‹ Traité d'économie nationaleChapitre 18 sur 109 · I. Les terres y produisent moins · texte numérisé non relu

I. Les terres y produisent moins

a. Parce que les récoltes y sont moins riches ; un arpent de Magdebourg produit en Allemagne et en France environ 6-7 quintaux de froment; dans les pays d'une belle irrigation ( près de Valence) jusqu'à 29 quintaux (Jaubert de Passa); sur le plateau de Mexico (à 4200-10,000 p. au-dessus de la surface de la mer) généralement 27 quintaux; dans les environs de Queretaro et de Cholula, 43 quintaux (38 grains pour 1). Le maïs donne en Allemagne 80-100, au Brésil 120-130 , à Mexico 300-800 grains pour un.

P. Parce qu'elles ne sont pas propres à autant d'usages différents: dans la plus grande partie de l'Allemagne , on commence déjà une nouvelle culture après la récolte des céréales; au midi de l'Europe, plusieurs récoltes se font au printemps, et cèdent la place à d'autres cultures , dans la même année.

T. Parce que les produits n'y sont pas aussi bons; par exemple, les raisins n'y sont pas aussi sucrés, et d'une moindre qualité. Un arpent de Magdebourg produit dans la Caroline 15 quintaux de riz; dans les Indes Orientales 5 quintaux de café ou 11 quintaux de sucre. Moreau de Jonkès, le Commerce au XIX e siècle , i, p. 11. Un arpent des meilleures terres, planté de pisang ( musa paridisica ) suffit au Mexique à la nourriture de 25 hommes , et ne demande que peu de travail (IIumbold).

II. Comme le temps de la végétation y est plus court , on doit y avoir plus de fourrages en provision, et réduire le nombre des bestiaux.

D'après Schubler, en Europe la végétation est arriérée de 5 jours par degré, à mesure qu'on avance versleNord ; voy. Bbrghaus, Annales, février 1831 , p.629(all.).

III. Dans 1rs mêmes circonstances, le travail est plus cher :

a. Parce que le chauffage , les vêtements et les habitations y sont plus chères , P. Et que beaucoup de travaux sont longtemps interrompus par le froid.

IV. On doit y consacrer aux forêts , plus de terres que dans d'autres pays. Voy. Schesck , Bedurf. der Volksioirthseh , i , § 88.

Cependant la situation économique des nations ne varie pas autant que les caractères physiques des contrées qu'ils habitent , et ceci s'explique, car :

1" Quels que soient les avantages dont la nature ait doté un pays, ils n'ont, en soi , d'influence directe sur la richesse nationale, que lorsque l'homme sait en tirer parti enutilisantleurcoopération. Plusieurs des contrées les plus riches de la terre n'offrent qu'une population comparativement faible et pauvre, parce que les vices de l'administration , la paresse ou l'ignorance de leurs habitants s'opposent à ce qu'on tire du sol, tes avantages qu'on en peut attendre (a).

2° L'activité et l'habileté des habitants d'un pays peu favorisé par la nature, sont des qualités auxiliaires qui peuvent leur être d'un immense secours dans leurs relations internationales; et l'expérience démontre que les forces, la patience, la frugalité et l'esprit d'invention de l'homme, se développent en raison des difficultés qu'il rencontre pour pourvoir à ses besoins (b). C'est ainsi que les manières de production des peuples n'ont souvent aucune connexion avec la nature du pays qu'ils habitent. On ne peut cependant dissimuler que ces peuples ne soient plus exposés aux effets de la disette , que ceux qui tirent leurs moyens de subsistance de leur propre sol.

{a) Décadence des états soumis à la domination des Turcs, comparés a leur prospérité antérieure; en Perse, le sol disparaît chaque jour sous les progrès du sable, et la stérilité augmente parce qu'on n'a aucun soin des sources. — Difficultés que présentent dans un pays nouvellement défriché, les eaux mal encaissées, les animaux nuisibles , etc. Simoîidb , de la Richesse comtn., i, 20-28. — Dans les pays chauds, le travail des fabriques rencontre plusieurs obstacles, parce que tous les travaux ne peuvent |»as y être suivis avec la même continuité ; et sous ce rapport les pays tempérés ont un avantage naturel évident. Les métaux s'oxident plus aisément, le bois se cambre; une poussière subtile s'insinue dans les rouages et les arrête, et les fils se cassent fréquemment en tissant. Voy.MEPfGin, Histoire de VÉgypte sous le gouvernement de Mofuimmcd-Mi y 1823; et Storcu, ii, p. 185.

(b) C'est ce que démontrent les pays exposés aux inondations, comme les Pays- Bas; les pays montagneux où les torrents sont difficilement maîtrisés, où la construction et l'entretien des chaussées coûtent infiniment , où les avalanges et les éboulements menacent le sol et la vie des habitants. Plus la nature a fait pour l'homme , plus il est enclin à la légèreté , à la paresse et à l'indifférence ; de même que le froid et les obstacles qu'on rencontre à la conservation de la vie, ont pose

ACTION PRODUCTIVE DES FORCES DE LA NATURE

des limites à la civilisation des habitants des terres polaires , de même la grande fertilité de certaines contrées, des Iles Sandwich, par exemple, a été nuisible au développement des hommes qui les habitent.

II. L'action des forces naturelles n'est pas aussi grande ni aussi continue sur les corps inorganiques utiles à l'homme (§ 86), tels que les minerais, les métaux natifs, les sels, les houilles, les pierres, etc., que sur les corps organiques, parce qu'on trouve ceux-là tout formés dans la terre; mais on peut utilement employer l'action de ces forces pour les exploiter.

III. La plupart des produits de la nature, soit organiques soit inorganiques, doivent préalablement être modifiés par le travail de l'homme pour pouvoir servir à ses besoins, et pour cette opération on peut de nouveau tirer un grand parti des forces de la nature ; il arrive fréquemment en effet que le travail de l'homme n'a pour objet que de mettre des corps dans une juxta position telle, que les forces de la nature puissent produire l'effet qu'on veut en obtenir (a).

(a) Mill, Éléments, p. 7. Le transport des produits matériels qui est l'objet du commerce est aussi infiniment facilité par leur coopération , par l'aiguille aimantée (boussole), parles navires à voiles, etc. Mais d'un autre coté la navigation est souvent interrompue pendant l'hiver.

Dans ces travaux on peut parfaitement distinguer deux genres de forces naturelles :

1° Les forces chimiques, qui produisent des combinaisons, des dissolutions, des précipités (a).

2° Les forces mécaniques qui ne produisent que des mouvements, mais qui sont très-utiles pour obtenir des changements de forme dans les corps (b); celles-ci peuvent plus facilement être suppléées par le travail de l'homme que les forces chimiques ; mais à la différence du travail, elles produisent au moins le même effet, sans nécessiter d'aussi grands frais que celui-ci.

(a) Par exemple, la force dissolvante de l'eau, la propriété qu'a la chaleur de produire l'évaporation de certains corps et d'empêcher leur oxidation, l'affinité d'un corps pour un autre, etc.

(6) Le vent , la vapeur , la chùte ou la pression de Peau , la force musculaire des animaux. — On a cherché à calculer l'intensité et la valeur des différentes forces motrices dont on se sert pour la production ou pour le commerce. D'après les données de Dcpih, qui semblent se rapprocher de la vérité (forces productives de la France, i, S 19), la somme des forces naturelles employées dans l'industrie, réduites en forces humaines, sont :

En Angleterre, en France.

1 8 Pour l'agriculture, bètes de somme. 22,500,000 28,872,500

2° Pour le commerce et l'industrie.

a. Bètes de somme. 1,750.000 2,100,000

p. Moulins à eau et machines hydrauliques. 1,200,000 1,500,000

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