CONSIDERATIONS GÉNÉRALES SUR LA DISTRIBUTION DES BIENS
On peut envisager la distribution des biens matériels entre les membres de la société,
1° Par rapport aux capitaux qu'elle possède déjà;
2° Par rapport à ses revenus annuels ou au revenu brut de la nation (§70).
Le mode de répartition des capitaux (qui se composent de tous les biensfonds, des épargnes, des fonds de consommation et des créances sur les pays étrangers) entre tous les citoyens, diffère d'une nation à l'autre, par suite de causes anciennes et de circonstances locales {a). L'histoire de chaque peuple en fournit la preuve et la statistique nous en offre le tableau. L'économie nationale a moins à s'occuper des causes, que des conséquences résultant de cette distribution fondamentale des richesses, et de son influence sur le partage annuel du revenu brut. Ce partage nous donne la mesure des ressources des différentes classes d'une nation et des individus qui la composent, car chacun ne peut consommer en définitive pour ses besoins que ce que comportent ses revenus.
(a) On conçoit aisément qu'il doit y avoir de grandes propriétés dans un pays qui a été partagé par des conquérants, et que le cultivateur y sera pauvre.
La distribution du revenu brut d'une nation, peut être considérée comme l'intermédiaire (terme moyen) entre la production et la consommation (a) et mérite une attention particulière.
1° Elle a un rapport intime avec la production, en effet :
a. La part de revenu de chacun est, en règle générale, en raison de sa coopération à la production ; par exemple la part du propriétaire ( la rente), dépend entre autres choses, de la coopération et du concours plus ou moins utile de ses terres à la production;
b. La manière dont les richesses sont divisées doit avoir, à son tour, une grande influence sur la production future, qui n'est jamais plus importante en effet, que quand la majeure partie du revenu national se partage entre ceux qui sont le plus disposés et les plus aptes à en faire un emploi productif.
2° Elle détermine la nature des dépenses, le rapport de la consommation productive à la consommation improductive , et l'étendue des besoins que chacune des classes de la nation peut satisfaire.
(a) Contre cette doctrine, Lotz, Traité, tora. i, p. 305, qui traite de la distribution au chapitre de la consommation. Voy. sur l'état actuel de ces matières, Richard Joxes, An essay on the distribution^/ toealth ,andonthc sources of taxation. Londres, 1831, préface.
On peut diviser les différentes classes de la société, d'après la nature et la part qu'elles reçoivent du revenu brut général : 1* En propriétaires de terres,
2° Propriétaires de capitaux (dans le sens économique) et de matériaux qui se louent (§ 54); capitalistes, (lato sensu), 3° Entrepreneurs de travaux et de services productifs , 4° Ouvriers dans ce double sens,
5° Personnes qui reçoivent la nourriture et l'entretien sans rendre de services équivalents, tels que les vieillards, les enfants, les malades, les pauvres, les détenus; ou ceux qui vivent en hostilité avec la société et ses lois, les escrocs, les voleurs, etc.
Chez une nation déjà civilisée et parvenue à un état assez avancé d'économie politique, il n'y a qu'une bien petite 'partie des biens nouvellement créés, qui soient immédiatement consommés par ceux-là même qui les ont * formés {les producteurs) ; la plus grande quantité en est transmise par l'intermédiaire du commerce à d'autres personnes pour la consommation desquelles on les a destinés; c'est le commerce qui 1° Donne à chaque classe de la société son revenu en tel ou tel produit, et 2" Facilite à chacun l'acquisition des produits qu'il désire.