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III. La concurrence des offrants et des demandeurs

(a) Voy. une excellente dissertation sur le prix, dans Hermaxk, Essais d'Èco nomie politique, 4° divis., p. 66 144 (ail.).

(b) Lorsqu'on donne un scAeffbl(i hectolitres) de froment, pour 6 aunes de toile, le froment est le prix de la toile ; mais on peut dire aussi dans le sens inverse, que le prix d'une aune de toile équivaut à i/e de scheffel ; tout dépend de la question de savoir, lequel de ces deux produits est pris pour unité. Depuis qu'on se sert de l'argent, c'est ce produit qu'on appelle le prix, dans les échanges.

I. La valeur qu'un objet a pour nous, détermine rétendue des sacrifices que nous voulons faire pour en obtenir la possession (a), en supposant que nous le destinions à notre usage (§ 57 w «). Quand le commerce est libre, personne ne fait des achats auxquels il perd, à moins que ce ne soit par des causes ou par des motifs étrangers à l'économie, ou pour réaliser de grands bénéfices dans un temps éloigné. Ainsi, abstraction faite de ce cas, et lorsqu'on n'a égard qu'à l'avantage présent et économique, on peut poser comme première règle : « que le prix d'un objet ne dépasse pas la valeur qu'il a pour l'acheteur » , (c'est-à-dire pour celui qui en fait ou veut en faire l'acquisition par un échange) (§ 64, n° 1). Parfois on a égard à la valeur des objets qu'on offre en échange de ceux qu'on demande, et celle-là doit nécessairement être inférieure à celle-ci, pour que le demandeur gagne à l'échange. Il résulte de cette règle :

a. Qu'entre plusieurs personnes qui demandent un objet, et qui ont une même fortune, celle, pour laquelle cet objet aura la plus grande valeur individuelle, sera portée à faire les plus grands sacrifices pour l'obtenir, comme cela se voit clairement dans les ventes aux enchères ;

b. Que les objets qui ont une grande valeur, se vendent à des prix excessifs dans les temps où la demande en augmente; c'est ce qu'on remarque pour les moyens de subsistance, dans une ville assiégée, dans un désert, aux époques de disette (6);

e. Que le prix des objets qui ne sont pas indispensables, haussant, le nombre des demandeurs doit diminuer, parce que ceux pour qui la valeur de ces objets est moins grande que leur prix, se décideront à ne pas les acheter;

d. Que pour des choses propres à différents usages, et qu'il est impossible de multiplier à volonté, dans lesquelles par conséquent il ne faut avoir aucun égard aux frais de production, et dont on peut aisément exprimer la valeur en chiffres, les prix doivent se régler à peu près sur leur valeur ; ceci s'applique particulièrement aux terres cultivables (c).

(a) Si dans cette circonstance on argumentait du haut prix , pour conclure à la haute valeur d'un objet, il ne faudrait pas cependant à contrario, inférer que cet objet n'a qu'une petite valeur, parce que son prix est peu élevé ; car quel est celui qui n'acquerrait pas volontiers un objet lors même qu'il pourrait s'en passer, s'il pouvait l'obtenir à bas prix ?

(b) Voy. ($ 63*»*) comment se règle la valeur d'une somme d'argent.

(c) Lorsqu'un champ se vend b un prix double d'un autre, on peut généralement en conclure qu'il donne un produit net , double de celui que donne le second. Cependant on ne peut pas toujours s'attendre à voir un juste rapport entre les prix et la valeur des choses; car la concurrence fait naître de grandes variations dans les

prix et le* préjugés et l'usage agissent de telle sorte que souvent on n'estime pas les produits d'après leur valeur, ni par l'utilité qu'on en peut retirer: un produit enfin est souvent propre aussi à plusieurs usages. Ainsi le prix du bois , bien que parfaitement indépendant des frais de production, ne se règle pas uniquement sur la propriété qu'il a de nous chauffer; car le bois de chêne, par exemple, est recherché pour différentes professions; tandis que la tourbe, malgré son prix peu élevé, n'est pourtant pas généralement demandée parce qu'elle donne une grande quantité de cendres.

II. Les frais de production et de transport d'un objet, lorsqu'on peut toujours l'obtenir régulièrement au même taux, peuvent aussi bien que la valeur, déterminer son prix.

a. C'est ce qu'on observe fréquemment pour les objets qu'on met en vente : en effet celui qui les offre est certain de ne pas perdre, pourvu qu'il reçoive en échange autant qu'il lui faut pour recommencer sa production. La considération des frais de production est la seule qui détermine celui qui tient en magasin plus de produits qu'il ne lui en faut pour sa consommation ; ces produits n'ont plus pour lui de valeur concrète (§ 57 bit ) (a); c'est aussi la seule, pour ceux qui ne fabriquent que dans la vue de vendre; on conçoit en effet que dans ce cas, l'entrepreneur ne travaille pas pour sa consommation individuelle. Le fabricant, le marchand, etc. , dans leurs opérations, ne font aucune attention à la valeur des marchandises qu'ils offrent, mais seulement à ce qu'elles leur ont coûté ; il leur suffit d'obtenir un prix supérieur à leurs frais de production, et qui leur assure en outre un profit; car ils feraient une perte, si le prix qu'ils obtiennent n'était au moins assez élevé pour compenser leurs frais. On peut donc poser comme deuxième règle : « qu'on ne vend pas les produits à un taux inférieur à leurs frais de production. »

(a) Le cultivateur, par exemple , qui ne produirait que ce que réclament ses besoins et qui ne le trouverait pas ailleurs, ne vendrait une partie de ses produits qu'a la condition d'en obtenir un prix fort élevé; mais quand sa production dépasse ses besoins, il se défait volontiers du superflu pourvu qu'il fasse ses frais et qu'il ait un léger profit; et c'est ainsi que nous voyons des produits de très-grande valeur se vendre journellement à bas prix.

b. Les frais de production de l'objet qu'on demande concourent avec sa valeur à régler son prix , par les motifs suivants :

Chacun est, dans son propre intérêt, toujours attentif à se procurer les produits qui lui sont nécessaires, au meilleur marché possible ; personne ne

donnera le prix qu'on lui demande pour un produit s'il peut se procurer le même à meilleur marché ailleurs ; et il appréciera cette circonstance, s'il sait à quel taux, il peut, lui ou tout autre, le produire ou en faire l'acquisition; ainsi, et c'est une troisième règle : « le prix d'un produit peut tout au plus s'élever au taux pour lequel le demandeur peut l'obtenir ailleurs » (a). Cependant ce que nous venons de dire pour la limite des prix n'est pas toujours applicable, et notamment dans les cas suivants :

a . Lorsque l'objet qu'on demande est tel qu'on ne peut calculer rigoureusement ses frais de production, par la raison qu'on ne peut toujours se le procurer. Tels sont par exemple les produits des arts, les antiquités, les objets que la nature ne présente que rarement;

P. Quand il consiste en argent, parce qu'on n'achète pas l'argent pour lui-même, mais pour le donner contre d'autres valeurs (§ 63 k* ) dont on a un besoin plus urgent;

T . Quand on ne connaît pas ses frais de production, comme cela a souvent lieu pour les produits des pays étrangers, et pour des objets d'art ;

S. Quand on ne peut le produire qu'à certaines conditions, qui ne sont au pouvoir ni des demandeurs ni d'autres personnes (&);

i. Quand par suite de la division du travail, il n'y a qu'une classe d'ouvriers capables de former tel produit ;

C. Quand le demandeur consent à payer un produit à un taux supérieur à ses frais de production, parce qu'il le trouve d'une bonne qualité ou à son gré, ou bien parce qu'il peut l'obtenir au moment où il le désire.

(a) Au lieu de dire que les frai» de production de» objet» réciproquement offert» et demandés concourent à déterminer le» prix , on peut énoncer cette proposition d'une autre manière, savoir : « l'offrant et le demandeur, avant d'opérer un échange, ont égard aux frais de production des objets qu'ils offrent réciproquement. »

(b) li en est ainsi des vins exquis; il ne peut pas être question ici de leurs frais de production, car les bons clos ne donnent chaque année qu'une certaine quantité de produits qu'on ne peut pas augmenter a volonté.

Les frais de production de l'objet offert ne sont aucunement pris en considération, lorsqu'il n'est pas possible de le produire au gré de la demande, c'est-à-dire, lorsque ce n'est pas sans peine qu'on peut trouver à le remplacer par un objet qui a les mêmes qualités. C'est donc uniquement sa valeur que l'on considère dans ce cas, et l'on est bien plus rarement d'accord sur l'estimation individuelle de celle-ci, que sur les frais de production (a). En général , on peut dire que les échanges les plus fréquents se font avec les

produits qu'on obtient régulièrement et sans peine, et dont les prix sont par conséquent toujours en raison de leurs frais de production {b).

(a) C'est parce que l'opiuion des demandeurs n'est pas uniforme sur la valeur des biens, que l'on parvient a s'accorder plus facilement.

(b) Les causes que nous venons d'ëiiumérer comme déterminant le taux des prix , nous donnent les conditions suivantes pour l'élévation de ceux-ci. Nommons A l'objet qu'on offre, et B l'objet demandé ;

1° La valeur de B sera supérieure à celle de A ($ 147) ;

2° Les frais de production de A seront moins grands que la valeur de B (§ 147), mais dans certains cas ,

3° Les frais de production de A seront inférieurs à ceux de B (§ 149).

Pour le demandeur de l'objet de A (l'offrant B) , l'inverse aura lieu , en donnant à B la position que vient d'avoir A, et réciproquement. Mais si , comme cela se voit ordinairement, pour l'un des objets offerts, soit A par exemple, on n'envisageait que la valeur (si c'était une somme d'argent), et si celui qui offre l'autre produit, c'est-à-dire l'objet B, n'en considérait pas la valeur, mais uniquement les frais de production, les données suivantes seront encore d'une application générale :

1° La valeur de B (marchandise), devra être plus grande pour le demandeur, que la valeur de A (prix en argent);

2° Les frais de production de B devront être moins grands pour celui qui offre cet objet, que la valeur de A.

En supposant que B vaille 100 fl. pour le demandeur, et que ses frais de production soient de 70 fl. pour l'offrant, il faudra que le prix de la quantité A qu'on donne pour obtenir B, tombe entre 70 et 100 fl. Ces deux sommes sont donc les limites de son prix. Et plus ces limites sont écartées, plus il y a d'espace pour les variations du prix. Si les conditions que nous venons d'énoncer ne sont pas remplies, il ne se fera pas d'échange ou du moins il ne s'en fera pas beaucoup.

D'après ce que nous venons de voir il est facile de répondre à la question suivante : en quoi consiste le gain que nous retirons d'un échange? Toute opération de ce genre faite librement, et après mûre délibération donne un profit à chacun des contractants, profit qui résulte de la diversité de leurs estimations (a).

1» L'acheteur destine-t-il le produit dont il fait l'acquisition à son propre usage? Le gain qu'il fait à cette opération est toujours égal à la différence de valeur (concrète) des objets échangés; cette différence se mesure :

a. Sur la valeur de l'objet donné par l'acheteur, lorsque cet objet ne peut pas être aisément remplacé, ou lorsqu'il consiste en argent,

b. Ou sur son coût, lorsqu'il est facile de se le procurer ailleurs. Si le prix de l'objet qu'on achète était moins élevé que les frais pour lesquels

on peut le produire soi-même ou l'obtenir ailleurs, la différence entre les frais de production et le prix, formerait pour l'acheteur un profit, qu'on peut appeler bénéfice sur le coût ( Gewinn aus den kosten) ; mais ce n'est là cependant qu'une partie du gain qu'il fait à son achat [b).

2° Mais s'il veut le revendre, il doit réunir et comparer l'achat et la revente; la différence des prix de l'achat et de la revente, et des autres frais accessoires, constituera le bénéfice.

(a) Ceci s'explique par la différence des estimations individuelles ; mais celui qui n'envisage un échange que sous un seul point de vue sera facilement amené à croire qu'il est le seul qui gagne, et que son vendeur perd.

(*) Une personne achetant pour 100 fl. un objet qu'elle évalue à 180 fl., fait à cette opération un gain de 80 fl. Si pour le produire elle-même , ou pour l'acheter d'un autre, elle devait donner 136 fl., les 36 fl. qu'elle aurait épargnés à son achat seraient le profil qu'elle aurait fait sur le coût (frais de production); et la différence de la valeur qu'elle lui aurait reconnue (180 fl.), d'avec les frais de production (136 fl.) , ou 44 fl. formeraient la seconde partie de son gain. On pourrait aussi faire ce second profit en produisant soi-même l'objet qu'un demande ou en «'adressant à un autre vendeur; car il ne résulte pas d'une circonstance fortuite uniquement , aussi d'ordinaire ne le compte-t-on pas , parce qu'il est souvent difficile de le traduire en chiffres. Si l'objet en question ne valait que 130 fl., on ne pourrait sérieusement mettre son prix à 136 fl.; car personne ne veut dépenser plus, que ne le comporte la valeur de l'objet qu'il demande; et il y aurait encore dans ce cas, un bénéfice de 30 fl. à faire sur l'acquisition.

Lotz pense que le profit sur la valeur et le profit sur le cortt , sont tout-à-fait différents, bien qu'ils coïncident toujours. Traité, lom. i, p. 313; et Hermak*, dans ses Recherches , p. 69. dit avec raison que l'évaluation des produits, en argent, ne concerne que leur valeur échangeable; or, comme on peut attacher du prix b la valeur d'une somme d'argent, il est reçu d'exprimer de la sorte la valeur en usage des choses.

III. La concurrence (§ 146). Lorsque plusieurs demandeurs également riches se présentent pour obtenir une espèce de produits dont la quantité n'est pas suffisante pour tous, il n'y a que ceux qui consentent à faire un sacrifice plus grand que leurs concurrents, qui l'obtiennent ; et de même, lorsqu'il y a concurrence pour l'offre d'un produit (d'offrants), et peu de demandeurs, ceux qui veulent vendre les premiers, doivent se contenter d'un prix moins élevé. La concurrence des demandeurs ou la grande demande est favorable au vendeur, car elle tend à faire hausser le prix pour les acheteurs , en raison de son intensité ; les acheteurs au contraire ont un avantage d'autant plus grand, qu'il y a plus de vendeurs ou Coffre, parce

qu'alors les prix tendent à baisser. La concurrence réciproque maintient donc le prix dans les limites naturelles de la valeur et des frais de production, et les élève tantôt au plus haut, tantôt au plus bas terme.

Partout où il y a concurrence, il n'y a pas seulement opposition de tous les offrants et de tous les demandeurs, mais chaque offrant et chaque demandeur individuellement pris a un intérêt différent de celui de ses rivaux; en effet, il a un double bnt :

1° Il veut, dans sa rivalité avec ses confrères, soit qu'il s'agisse de vendre ou d'acheter, atteindre son but.

2° Il ne veut accorder à celui avec lequel il contracte, que ce qui est rigoureusement nécessaire , pour y parvenir. Ces tendances réciproques se combattent, et poussent chacun à étudier avec soin et à connaître avec précision les conditions et les circonstances sous l'empire desquelles il peut contracter le plus avantageusement.

Le rapport de l'offre à la demande règle toujours, en dernier résultat, le prix de tous les produits à l'exception pourtant de ceux dont la demande est aussi rare que l'offre. L'intensité de la concurrence, dépend donc :

1° De la somme de telle espèce de produits

a. Que les uns demandent et peuvent payer ,

b. Que d'autres offrent et veulent vendre (a);

2° De l'empressement et des ressources qu'ont les offrants ou les demandeurs pour contracter (6), et notamment

a. Du besoin des demandeurs, lequel détermine les sacrifices plus ou moins étendus qu'ils feront pour obtenir ces produits ; il dépend de la valeur qu'ils leur attribuent (c), et en partie de leur fortune {d) ;

b. De la volonté plus ou moins grande des vendeurs de se défaire de leurs marchandises; plus ce besoin sera grand, plus tôt ils se décideront à donner leurs produits à bas prix , s'il ue trouvent pas de moyen plus avantageux de s'en défaire.

(a) Le désir réellement manifesté d'avoir un objet ou de s'en défaire , suffit pour modifier les prix. Les produits qu'on n'a pas encore mis en vente, ne font pas plus baisser le prix, que le besoin qui s'en fait sentir ne le fait hausser, aussi longtemps qu'on n'a pas cherché à le satisfaire ; h moins toutefois que la prévision d'une demande ou d'une offre prochaine n'ait ralenti la volonté des contractants. — Du reste le nombre des offrante et des demandeurs ne prouve rien par lui-même pour

la concurrence , si ce n'est lorsqu'il est le résultat de Pexistence effective d'une quantité plus ou moins grande de produits offerts ou demandés.

(6) Cette circonstance n'est souvent connue que lorsqu'elle s'est manifestée dans les échanges; mais elle doit servir d'auxiliaire pour expliquer les phénomènes que présentent le commerce.

(c) Une demande même fort grande de produits qui ne sont pas indispensables, peut ne pas en augmenter beaucoup le prix; parce que s'il haussait, une partie des demandeurs le trouveraient peut-être trop élevé pour la valeur qu'ils y attachent, et n'en voudraient plus (§ 147, c).

(d) La capacité d'acheter des demandeurs se traduit dans la somme plus ou moins grande qu'ils sont en état de donner (S 65, a. ). Hermaxn , déjà cité, p. 72.

(e) C'est ainsi qu'après une bonne récolte , le prix des céréales pourra être fort bas. si les cultivateurs ont trop peu de ressources pour en différer la vente, et doivent s'en défaire promptement à tout prix.

Quant l'offre est à peu près égale à la demande, les prix sont à un taux moyen, favorable aux acheteurs comme aux vendeurs. Un accroissement dans l'offre entraîne une baisse, une extension dans la demande produit une hausse des prix. Toutes les circonstances qui influent sur l'offre et la demande, influent sur le taux des prix; et ce qui plus est, non seulement un changement réel, mais une réduction probable seulement de la demande et de l'offre, peut amener une variation de prix. Aussi ceux de la plupart des produits sont-ils soumis à des fluctuations fréquentes, et il est impossible de prévoir leur taux futur (a). La demande d'un produit est fondée sur le désir des consommateurs de l'obtenir, sur les moyens qu'ils ont de l'acheter ; elle dépend des caprices, des besoins, des usages du public, qu'il n'est donné à personne de gouverner ni même d'influencer (b). Il en est autrement de l'offre, car il suffit d'un petit nombre de producteurs pour augmenter considérablement les produits, ou réduire l'offre môme, s'ils sont par exemple de la nature de ceux qu'on doit aux manufactures.

{a) Le prix de toute espèce de produits dépend de la réunion de plusieurs circonstances particulières. Du côté des offrants (vendeurs) les plus grands changements de prix se montent a la suite des bonnes ou des mauvaises récoltes, du coté des demandeurs, d'après le temps de paix ou de guerre. L'éventualité d'une pareille cause, a une grande influence, comme cela se voit au prix des grains, du vin, lorsque pendant l'été , le temps varie de manière à donner ou a faire perdre l'espoir d'une récolte prochaine. Nous trouvons de nombreux matériaux pour cette question, dans Th. Tooke, Considérations sur les hauts et bas prix pendant ces 30 dernières années, 1823. Londres, 2 vol. (angl.).

{b) La crainte d'une disette produit souvent une extension spontanée dans la d<--

mande. — Un seul acheteur suffit pour influer sur le taux du prix des objets qu'on n'apporte aux marchés, qu'en petite quantité.

Le prix établi par la concurrence et qui se reproduit dans le plus grand nombre de cas, s'appelle prix courant (Marklpreis, wirklicher Tauschpreis) («); c'est celui que Smith et Say opposent au prix naturel (naturlichen Preis), Sismondb et Storch au prix nécessaire ( nothwendigen Preis), Lotz au prix proportionné ( angemessenen Preis), Von Jacob, Von Schloezer et Folda au prix coûtant (Kosten preis) (6), lequel ne représente après tout que les frais de production. Le coût à lui seul ne forme pas le prix, il n'est qu'un de ses éléments; mais quand le prix est égal aux frais de production, c'est par l'effet de la concurrence, et c'est alors un prix courant (c). Or, comme il n'y a que les objets régulièrement produits et fréquemment demandés qui aient un prix courant, on peut l'opposer au prix unique ou exceptionnel (vereinzelten Preis) de ceux qui sont si rarement dans le commerce, que dans les offres qui s'en font à des époques éloignées, leur taux présente de notables différences {d).

(a) On appelle ici , au figuré, marché, l'action réciproque de P'offrc sur la demande. Lotz oppose le prix coûtant au prix qu'on obtient par l'échange, i, 49.

(o) Sat, Cours, tom. m, p. 336, a appelé ce prix, prix originaire , parce que c'est celui qu'un objet a coûte à produire. — Mais il faut cependant bien distinguer la production de l'échange.

(c) Smith lui-même, î, p. 111, appelle prix naturel, le prix de vente qui coïncide avec les frais de production ; il semble en cela convenir tacitement que les frais de production ne forment pas un prix; il fait observer, p. 113-199, que le prix courant est tantôt supérieur, tantôt inférieur, tantôt égal au prix naturel. — On pourrait appeler prix naturel, celui qui coïncide avec les frais de production , pourvu que l'on convint qu'il n'en est pas moins pour cela prix courant.

(d) Rau, not. 16 sur Storch, t. m, p. âlSO.

On peut tenir pour une règle fondée sur l'expérience et sur les principes immuables de l'économie admis par tous les hommes, que les prix ont une tendance, provenant de celle des acheteurs et des vendeurs, à se rapprocher sans cesse des frais de production et de transport. Le prix naturel, ditSimi, est le point central autour duquel gravitent les prix courants de tous les produits; différentes circonstances peuvent quelquefois les tenir un certain temps élevés au-dessus et quelquefois les forcer à descendre un peu au-des-

sous de ce prix; mais quels que soient les obstacles qui les empêchent, ils tendent néanmoins toujours à se rapprocher de lui {a).

{a) Recherches, etc. , 1. 1, p. 116.

Et en voici les causes :

1° Quand le prix d'un produit tombe au-dessous de ses frais de production, le vendeur fait une perte qu'il doit nécessairement supporter, s'il n'a aucun moyen de s'y soustraire (a), mais il s'en garantira pour l'avenir en cessant dorénavant de produire ; ainsi l'offre diminuera jusqu'à ce que les prix auront haussé {b).

2° Plus son prix s'élève au-dessus de ses frais de production, plus le vendeur gagne. Ceci encourage d'autres producteurs à l'offrir, et à prendre part à ce profit (b). La concurrence des producteurs produit bientôt une extension de l'offre, d'où résulte de nouveau une baisse des prix (c). Dans les deux cas, c'est donc l'offre qui, suivant les fluctuations de la demande, rapproche sans cesse les prix des frais de production {d).

(a) Le gain qu'on fait à l'échange (§ 131 ), provient alors, de-ce qu'il y a moins d'inconvénients pour le vendeur à vendre de suite des produits peu ou fort demandés, que de les conserver pendant longtemps en magasin.

(b) Plus l'offre de produits est grande , plus il s'écoule de temps avant que leurs prix se relèvent. — Au reste, il résulte de cette observation que les frais de production sont la dernière limite et le minimum du prix des produits, non seulement dans quelques circonstances, mais dans le plus grand nombre ($ 184).

Il y a des cas où la diminution de l'offre ne fait pas hausser les prix des produits; c'est notamment lorsque les demandeurs diminuent, et qu'ils estiment moins haut la valeur concrète des objets offerts, mais alors aussi la production décroît, et n'est continuée que par ceux qui peuvent s'y livrer sans essuyer des pertes. Voy. Her- MAWIf , p. 82.

(c) La tendance de l'homme à mettre l'offre en rapport avec la demande se montre partout d'une manière bien remarquable : la demande s'ëtend-elle par l'accroissement subit de la population d'un endroit , on voit aussi les producteurs faire tous leurs efforts pour multiplier les moyens de subsistance , et employer un plus grand nombre d'ouvriers, et plus de capitaux. Voy. Mill, Éléments, p. 88.

(d) À moins toutefois qu'une demande plus étendue n'entraîne de plus grands frais; voy. Hermaxk, p. 84. Mais le contraire a généralement lieu dans les manufactures, où les frais de production diminuent en raison du développement qu'on donne à la production.

Quand les frais de production sont au même taux que les prix des produits, on peut admettre que les vendeurs peuvent facilement étendre ou restreindre leur offre en raison du prix de ceux-ci ; mais s'il se rencontre des difficultés dans les entreprises, les prix peuvent se maintenir plus ou moins longtemps au-dessus ou au-dessous des frais de production. Ces difficultés méritent une attention sérieuse, car elles apportent une exception à une règle qui est d'une haute importance en économie politique (§ 157). Mais parfois elles sont si peu graves qu'elles permettent le rétablissement de l'équilibre entre les frais de production et les prix, au moindre changement qui se manifeste dans la demande ; il est cependant nécessaire de se reporter toujours aux conditions sur lesquelles repose cette règle, et de ne pas s'attendre à une coïncidence entière de ces grandeurs (a).

(a) Les obstacles qui s'opposent aux variations de l'offre , comme le frottement s'oppose au mouvement des objets matériels, n'ont pas été bien appréciés jusqu'à présent , et on ne les a pas crus aussi nombreux , ni aussi importants que l'expérience nous le montre. Ricardo est celui qui les a le plus perdus de vue; il n'attribuconéme aux variations dans la concurrence des acheteurs et des demandeurs qu'une influence si passagère sur les prix , qu'il ne les juge pas dignes d'une sérieuse attention; en général il admet, que les prix et les frais de production sont également élevés; c'est ce qui fait que, dans son ouvrage, valeur, valeur échangeable, ont la même signification que frais de production, prix naturel. Voy. i, 128, traduction française,

Les obstacles qui s'opposent à l'extension de l'offre sont de deux sortes : les uns résultent de circonstances naturelles, les autres du fait de l'homme. 1° Circonstances naturelles :

a. Il y a des choses qu'il n'est pas possible de produire partout, parce que leur formation dépend de circonstances tout-à-fait locales. Cela s'applique aux minéraux qu'on ne peut exploiter que dans les lieux où il y en a des gisements (a), aux plantes, aux animaux qui ne vivent que dans certaines régions et sous certaines latitudes (b). Souvent aussi il n'y a que la qualité d'un produit qui tienne à des circonstances locales (c).

b. Lors même que pour la production on ne rencontre pas de pareils obstacles, il peut n'être pas toujours au pouvoir de l'homme d'en augmenter la quantité. C'est ce que démontrent la plupart des travaux des champs et surtout la culture des végétaux destinés à notre subsistance (d). Le prix des grains varie avec les récoltes, et à la suite de plusieurs bonnes années, on l'a vu tomber au-dessous des frais de production ; il peut aussi dans

d* autres circonstances être pendant longtemps plus élevé. Mais comme le blé est d'une grande valeur et qu'on s'en passe difficilement, la demande n'en sera pas beaucoup moins grande après une mauvaise récolte, et le prix pourra s'en élever fort haut. Il est vrai que pendant les bonnes années la consommation du blé est plus grande que dans les mauvaises, mais il y a des limites à cette consommation même, qui font tomber le prix dans une proportion plus forte que la production n'augmente (e).

{a) Nous avons particulièrement à mentionner ici, les sources (uniques dans leur genre) d'eaux minérales, par exemple, les eaux de Setters, dont on exporte annuellement d'immenses quantités en Angleterre. — Le schiste marneux de Solenhofer a été pendant quelque temps exclusivement employé pour la lithographie.

(6) Les coteaux bien exposés, les perles , les huîtres , les espèces de poissons propres à certaines mers. La canne à sucre ne se cultive avec succès que dans les pays où la température moyenne ne descend pas au-dessous de 18° Réaumur; l'arbre a café ne croit qu'à une température moyenne de 14°; l'olivier ne pousse plus dans les pays où pendant le mois le plus froid, la température descend au-dessous de 4 î/a°. Voy. Humbold , de distributione geographica plantarum. Paris, 1817, p. 1S6. —Mais les prix des produits des climats chauds ne sont cependant pas plus élevés que leurs frais de production, parce qu'il y a dans ces climats aussi, une quantité suffisante de terres qui peuvent être employées a cette culture.

(c) Par exemple, on croit qu'il y a des espèces de bières qui ne peuvent se faire qu'avec Peau de certaines localités. La beauté des soieries de Lyon est due, dit- on, en partie, à la qualité des eaux de la Saône. En Chine, la sécheresse du vent du nord (Packfung) donne de la beauté et de la solidité aux étoffes de soie qui s'y fabriquent. Revue encyclopédique, 1830, p. 670, d'après Dobell.

(d) La pêche de la baleine est d'un produit fort inégal , l'éducation des vers à soie et des abeilles, ne donne pas non plus, chaque année , les mêmes revenus ; on a même observé des variations d'une année à l'autre , dans la quantité de laine que produisent les troupeaux de moutons.

(e) 11 est impossible de donner le rapport général de la récolte des produits h leur prix, parce qu'il faudrait pour cela tenir compte de différentes causes accessoires, telles que la récolte de l'année antérieure , l'importation et l'exportation des grains, les anciens prix antérieurs, etc. Le prix du grain hausse ou baisse beaucoup plus, après une seconde récolte bonne ou mauvaise qu'après une première; et une mauvaise année qui en suit une très -bonne, produit une hausse moins grande que si elle venait après une récolte moyenne. Aussi la fameuse règle de Kikg, que nous a fait connaître Da venant, ne peut -elle être employée que par manière d'exemple pour jeter du jour sur la question. La voici :

Quand la récolte présente i/io» en moins, le prix du grain s'élève de 8/ioau-dewu» du prix moyen.

hfto,

e/io 1 6/10 9 8/10 4 il*

Tookb, m, 90. La conséquence de ce principe, c'est que le produit de deux terres de môme grandeur, est plus grand dans les mauvaises années que dans les bonnes, quoique les frais de production et de transport soient a peu près les mêmes, et que les frais de récolte, de battage et de transport soient même moins élevés dans les mauvaises années. Le produit de la culture du froment en France peut nous servir d'exemple :

HECTOLITRES DE PROREXT.

PRIX HOTE!» EU fRASCE.

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