‹ Traité d'économie nationaleChapitre 41 sur 109 · PRIX DC SEIGLE. POPILAT10* PAR LIEUE CARRÉE · texte numérisé non relu

PRIX DC SEIGLE. POPILAT10* PAR LIEUE CARRÉE

Moyenne pour tout le pays. . . 38 silbg. 11 livres 2570

Prusse orientale et occidentale. 30 2 1720

Grand duché de Posen. ... 33 11 1969

Brandebourg et Poméranic. . . 36 8 1920

Saxe 39 0 3147

Silésie 39 4 3322

Westphalie 46 2 3133

Provinces rhénanes. .... 47 î» 4768

Ces résultats ont été obtenus en éliminant les maxiina et les minima.

Ce qui contribue beaucoup à maintenir l'uniformité du prix du blé, c'est qu'il est un des plus importants moyens de subsistance, et celui d'après lequel se règlent les prix de beaucoup d'autres denrées nourrissantes ; aussi les salaires se basent-ils généralement sur les prix moyens du blé et tous les deux sont-ils nécessairement proportionnés au prix de la plupart des biens. Pour servir de base aux salaires et indiquer le rapport du prix des produits

en général, ce ne sera donc pas le prix du blé du temps où l'on se trouvera, mais son prix moyen qu'il faudra prendre (a).

(a) Par exemple, si on voulait pour 1827 exprimer la valeur d'une somme de 300 francs en céréales , et se servir des prix moyens du Brandebourg et de la Poméranie de 1807 à 1826, en éliminant les maxima et les minima, le prix moyen du seigle étant de 44 î/iekrtz., la somme à réduire équivaudrait à 202, M scheffel de seigle. Or, si quelqu'un devait payer annuellement une pareille quantité de céréales , ce serait une charge fort inégale, à cause des changements que subissent les prix d'année en année ; un pareil paiement devrait donc se faire en argent , d'après les prix moyens des années antérieures. Thabr a employé pour ses calculs d'économie rurale, une mesure dans laquelle le travail et le prix des céréales combinés entrent comme éléments ; en effet, il admet que le salaire des ouvriers ordinaires équivaut à peu près au prix de 1/9 de scheffel de seigle. Or, en faisant application du prix moyen pour le Brandebourg , de 1819 à 1832, après avoir fait les éliminations dont j'ai parlé antérieurement, la journée vaudrait l i krtz., ce qui est évidemment trop peu. D'autres auteurs pensent que l'ouvrier ne peut pas vivre, s'il ne gagne au moins un scheffel de Prusse par semaine , ou 1/8 scheff. par jour. Voy. Klebe , Grundsaetze der Gcmcinhcitsthcilung , 1, 80. Du même auteur, Introduction à un système d'impôts fonciers , 1828, p. 123. Mai/tous dit qu'un peck de froment est le salaire moyen d'un bon ouvrier dans les bons temps, et que les céréales et le travail pris ensemble, forment une meilleure mesure du prix, que le travail seul, ou les céréales seules, pourvu qu'on prenne la moyenne de ces deux données. Principes, p. 128. (Un peck équivaut à peu près à 1/6 du seticr ou du scheffel, et est 1/32 du quarter). Sinclair (Principes d'agriculture, p. 103 delà traduction allemande) affirme, qu'en Angleterre, la valeur d'un peck de froment a été pendant longtemps regardée comme l'équivalent de la journée d'un ouvrier. — D'autres pensent que pour évaluer avec quelque exactitude des sommes d'argent en d'autres produits, il faut prendre pour base, indépendamment du prix des céréales, celui de plusieurs autres grands moyens de subsistance : par exemple celui des vêtements, du cuir, des produits métalliques, du sucre, et tout cela dans la proportion des quantités qui sont nécessaires à l'entretien de la vie. Voy. Lowe , Etat actuel de l'Angleterre, traduct. Vos Jacob, Leipzig, 1823, p. 400; et Hermai™, p. 98 , 1 10 , 1 17, 135, Considérations sur le prix du numéraire (ail.).

VARIATIONS DKS PRIX.

TROISIÈME SECTION

VARIATIONS DES PRIX

On dit qu'un objet est cher, ou coûteux (Kostbar), quand ses frais de production et d'acquisition sont élevés, comparativement à ceux d'autres objets ; mais la cherté d'un objet (le coût, Kostbarkeit), c'est-à-dire sa propriété de coûter une certaine somme de frais», n'est pas toujours le même, elle varie avec les temps et les lieux ; pour le simple particulier, le coût s'entend aussi bien des frais qu'il doit faire pour acheter que de ceux qu'il devrait faire pour produire lui-même un objet [a). De la comparaison des prix d'un même produit, à différentes époques naissent les idées de cherté et de bon marché ( Thcuer, Wohlfeil). Un produit est cher ou à bon marché, lorsque le prix en est plus ou moins élevé dans un pays, une localité donnée, qu'il ne l'est généralement et dans d'autres temps : ceci suppose que les prix d'un produit diffèrent avec le temps et les lieux [b). Entre cet état de cherté et de bon marché (§ 166), se trouve le prix moyen, qui représente la valeur des frais de production ; et c'est aussi le prix ordinaire [c). Il faut toujours rapporter les idées de cherté et de bon marché à certaines espèces de produits, dont le prix est bas ou élevé comparativement à d'autres. La cherté de tous les biens ou leur bon marché comparé à la monnaie n'est, à tout prendre, que le bon marché ou la cherté de celle-ci. Quand il est question de ces phénomènes de cherté ou de bon marché, sans désignation de l'espèce de produits, on entend parler des moyens ordinaires de subsistance (d).

(a) Le diamant est cher sous ces deux rapports, car il n'a pas seulement une grande valeur, il en coûte beaucoup aussi pour le découvrir et le tailler.

(b) Stohcr , 1. 1 , p. 456.

(c) Aussi le sens attaché par Lotz à ces idées , diffère-t-il moins du nôtre qu'on ne le croirait. D'après lui , elles donneraient le rapport des prix de marché et des frais de production , et Ton appellerait cher le produit dont le prix dépasse les frais de production; Traité, i, 54. —Comme les frais de production déterminent généralement le prix moyen , cette explication s'accorde dans la plupart des cas avec ce qui se voit. Cependant , en général , on ne parle pas des frais de production dont on n'a même souvent aucune idée ; chacun dit que le sucre est à bon marché, quand il coûte 2b fl. le quintal , et cher quand il en coûte 60, quels que soient les frais de production. On dit même communément et sans réflexion que des produits qui se

vendent à un taux plu» élevé que leur» frai» de production , comme le vin des bons clos sont à lion marché ou chers.

(</) On confond souvent la cherté absolue (Koslbarkeit), avec Vélévation des frais d'achat (cherté relative), et A défaut d'une autre expression on se sert de celle-ci : bon marché, pour indiquer ce qui n'est pas cher.

Une chose peut être chère ou à bon marché et se vendre à un prix extraordinairement bas ou élevé :

1° Par suite d'une augmentation ou d'une diminution de l'offre ou de la demande ;

2° Par suite d'un changement apporté à la production (dans les frais). Dans le premier cas, on dit que la cherté ou le bon marché sont relatifs; dans l'autre qu'ils sont réels {a). Abstraction faite de l'inutilité de ces expressions qui ne sont môme pas fort justes, la distinction des causes de la cherté et du bon marché est très-imporlantc; car une modification de prix, provoquée par celle des frais de production, est d'habitude plus durable que celle résultant du mouvement de l'offre et de la demande. Quand le haut ou le bas prix d'un produit est son prix ordinaire, on ne peut plus dire que ce produit est cher ou à bon marché, si ce n'est en comparant son prix actuel à celui qu'il avait autrefois.

{a) Storch , i , 456.

La circonstance la plus heureuse, est celle où les prix coïncident avec les frais de production ; c'est la plus générale, c'est celle qui favorise en même temps les producteurs et les consommateurs, et qui est dans l'intérêt de tous; partout où cela existe :

1° Les producteurs et les vendeurs peuvent se rembourser de toutes leurs dépenses (a) :

2° Les acheteurs ou les consommateurs peuvent se procurer des choses qui ont de la valeur, et à un taux moyen, dont le maintien est toujours possible (fr).

{a) En supposant dans ce cas , que le profit de l'entrepreneur soit compris dans les frais de production ($ 139).

{b) Le désir des producteurs de voir leurs produits se vendre à un taux beaucoup plus élevé que les frais de production, ne mérite pas l'attention sérieuse d'un économiste; car il a pour corrélatif, celui des consommateurs qui souhaitent de voir les produits à bon marché; or, il faut prendre à cœur l'intérêt de toute» les classes en même temps : du reste, les vœux des producteurs se contrarient fréquemment ; ainsi , par exemple, les cultivateurs voudraient vendre les laines fort cher,

VARIATIONS DES PRIX

cl les fabricants de drap voudraient les acheter à bon marché ; cependant n'oublions pas qu'une cherté momentanée, et telle que la consommation n'en diminue pas ( ce qui n'arrive que lorsque la hausse n'est pas outrée ) encourage beaucoup la production. 11 est à désirer que le prix des produits , à la formation desquels un pays a intérêt à se livrer, s'élève au-dessus des frais de production; car, sans cela rien n'encouragerait à y faire converger de nouveaux capitaux ; les producteurs trouvent dans cet état de choses , un dédommagement pour les pertes que les prix trop peu élevés leur auraient fait éprouver. Tooke, déjà cité, m, 103, fait voir entre autres , que le chiffre des demandes et partage des biens communaux adressées chaque année au parlement (inclosure-billx), augmente ou baisse d'après les hauts ou bas prix des céréales ( surtout d'après ceux de l'année immédiatement antérieure).

Toute réduction des frais de production est avantageuse sous tous les rapports; eu effet :

1° Elle permet aux consommateurs d'acheter la même somme de produits , en faisant de moindres sacrifices, et la consommation s'en augmente nécessairement;

2° Les producteurs par l'extension de la demande, vendent davantage, étendent leur production, et voyent augmenter leurs profits; car tout en baissant, les prix se maintiennent plus aisément au-dessus des frais de production, et l'extension donnée à la demande permet de faire des économies sur le capital engagé et sur le capital circulant. On comprend par cela même qu'une augmentation des frais de production ne peut qu'être nuisible.

Lorsqu'à des époques trés-rapprochées , les prix varient d'une manière sensible en s'écartant des frais de production, ils apportent une perturbation dans les relations commerciales.

1° Quand les prix sont trop peu élevés, les producteurs doivent continuer leur industrie avec perte , ou y renoncer ; dans ce dernier cas , on voit les ouvriers rester sans ouvrage, ou forcés de quitter une industrie pour une autre; les capitaux ne sont ni demandés ni utilisés ( § 161 ); et dans le premier, on réduit ses capitaux et la production se ralentit (a).

2° Quand les prix sont élevés, surtout lorsque cette élévation tombe sur des produits de grande valeur, elle impose des privations pénibles aux masses ou toutau moins les force de restreindre leur consommation; or, quand les débouchés se ferment, les vendeurs souffrent ($ 155. n" 2) et la production diminue proportionnellement (b).

(a) On remarque le même phénomène lorsque les frais de production augmentent, et que les prix ne varient pas , ou ne croissent pas dans la même proportion ( § 163). Les variations qui surviennent dans les prix de quelques matières seulement , n'influent en général ni promptement ni complètement sur le prix d'autres produits pour la formation desquels on les emploie.

ib) Une diminution dans la demande ne se restreint pas toujours aux seuls produits dont le prix a haussé; car quand ceux-ci sont tels qu'on ne peut pas s'en passer, on s'impose de préférence la privation d'un produit moins nécessaire , afin de ne pas augmenter ses dépenses ($ 120 , n° 2 ).

Indépendamment des variations qui ne sont que de courte durée, on remarque que les prix de tous les produits éprouvent une hausse ou une baisse lentement progressive, mais constante. La raison s'en trouve dans les modifications qu'éprouvent les frais de production (§ 181 ). Il faut sous ce point de vue distinguer plusieurs classes de produits :

1° Les végétaux et les animaux dont il se fait une grande consommation et dont la production est continuelle et régulière, comme les céréales, les bois, la chair, la laine, les peaux, etc., renchérissent en raison de l'augmentation et de l'aisance de la population, parce que leur production devient plus difficile et plus coûteuse à mesure que la consommation en augmente (a).

2° Les matières minérales dont l'abondance dépend de la richesse des mines, n'éprouvent pas de variation dans leurs prix.

L'épuisement des anciennes mines, le renchérissement du bois, et l'accroissement de la demande qu'on ne peut satisfaire sans augmenter les frais de production, pourraient renchérir ces produits à la vérité, si les progrès de la science et des méthodes et la découverte de nouveaux liions ne venait les faire baisser (b).

(a) Storcii, i, 471. Ricardo , Principes, i, p. 128. Le bois et les matières animales sont surtout sujettes à renchérir; par exemple, la viande de boucherie, quand on convertit les prairies en terres labourables. D'après Shukburg , depuis 17150 h 1798,

Les moutons se sont multipliés dans la proportion de. . 100 a 882

Les chevaux » à 904

Les bœufs i, b 890

Les vaches » à 2000

I^s porcs » à 1960

(b) Voy. Storch, ii, 67.

VARIATIONS DES PRIX. 137

5° Quant aux produits des manufactures ils renchériraient, lorsque le prix des matières premières hausse , si les progrès des arts n'avaient pour objet de réduire les frais de fabrication.

Ainsi les produits,

a. Dans la formation desquels on peut employer des machines et des outils perfectionnés, apporter une meilleure division du travail ou des procédés plus économiques, tendent à devenir moins chers, et cette catégorie est grande. Cela nous démontre à l'évidence la haute influence des sciences et des arts sur la production ; car toute économie sur les frais de production fait baisser les prix et favorise la consommation (a).

b. Ceux au contraire à la formation desquels on ne peut apporter des économies, restent au même prix ou bien renchérissent. C'est ce qui a lieu pour les produits qui n'exigent pas d'art et qui sont faits à la main, ou pour ceux dont les matières premières exigent si peu de modifications, que leurs frais de production ne se composent en grande partie que du prix d'achat de celles-ci, par exemple le verre, et d'autres produits chimiques {b).

(a) Storch, i, 398. — Une conséquence de ceci, c'est qu'un pays qui exporte des matières premières et importe des produits manufacturés , obtient pour une même quantité de celles-là, une plus grande quantité de ceux-ci. Storcu, m, 20.— On peut généralement admettre que les matières premières entrent pour 1/3 à 2/5 daus les frais de production. Ce rapport varie cependant beaucoup pour certains produits; ainsi la valeur de la matière première du tabac s'élève aux 3/4 de ses frais de production ; il en est de même du pain, du verre; elle est d'uu 1/4 pour le papier, de 7/10 pour le cuir tanné ; voir les ouvrages de Cuaptal et de Krug mentionnés § 24. — On peut citer à l'appui, le bas prix actuel des montres, de certains tissus, etc. Cependant cette baisse des prix a un terme dans les limites des améliorations et des perfectionnements qu'on peut apporter à l'industrie, et qui sont capables de balancer les causes de cherté mentionnées plus haut (6). En prenant le prix des étoffes de laine = 100, nous trouvons que le prix de plusieurs ont varié par rapport h celles-

ci, en Angleterre depuis 1814, de la manière suivante :

Houille 53

Salpêtre raffiné 36

Acim | 66

Soieries 1

Tissus de coton 73

Étain 81

Acier et fer 108

Instruments de cuivre et de laiton. 116

Cuir 101

(b) Ou achèle avantageusement des produits de ce genre dans les pays peu peuples, où les matières premières sont à bas prix et les salaires peu élevés ; les bimbeloteries , par exemple , se tirent des pays des montagnes, où le bois est à bon marché , et où les ouvriers se contentent d'un salaire peu élevé , comme Berchtesgaden, la vallée de Groedner dans le Tyrol, les environs de Sonnenherg dans le duché de Mciningen. Voy. plus haut, § 115. Dans l'Inde on ne file pas le coton à un prix aussi bas, qu'en Angleterre avec le secours des machines, mais on l'y tisse à meilleur marché, car les salaires ne s'y élèvent qu'à 1/7 oui/s de ce qu'ils sont en Angleterre. Voy. Bernouilli, sur V Accroissement des manufactures de coton, p. 22. Bâle, 1825. Le salaire des ouvriers employés à fabriquer les 29 espèces de produits chimiques, mentionnés dans Chabrol (Rec/terc/tes statistiques sur la ville de Paris), calculé par Hermank, sur les données de cet auteur (Essais, p. 137), n'est terme moyen que de 7, 4 °] 0 du prix de vente, et pour quelques produits que de 1 à 2 °/ 0 seulement. — En comparant les prix de plusieurs espèces de produits déclares à la douane en Angleterre, depuis 1696 jusqu'à nos jours , on remarque de notables différences; supposons les prix de 1696 = 100 , nous aurons :

1° Matières premières dont le prix a baissé :

Fers et acier, valeur. ... 83 °/ 0 56 °/ 0 Houille 47 43

2° Produits des manufactures dont le prix a baissé :

Étoffes de laine 98 87

Fabricats de cuivre et laiton. 73 83

— de lin 74 62

— de coton. ... 49 89

3° Produits dont le prix a haussé :

Viande de boucherie. . .

Objets de fer et d'acier. .

(Voy. S 429, note (a)).

TROISIEME DIVISION

PREMIÈRE SECTION

Page 1