‹ Traité d'économie nationaleChapitre 6 sur 109 · HISTOIRE DK L'ÉCONOMIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DK L'ÉCONOMIE POLITIQUE

Les anciens ne firent pas une étude approfondie de la nature de l'économie politique, et plusieurs de ses parties le plus importantes, telle que la ^ théorie des capitaux, leur furent entièrement étrangères. En pratique ils se bornaient, pour l'aisance nationale à quelques simples dispositions réglementaires dont on pouvait facilement apprécier la portée. Leur science financière ne reposait pas non plus sur des principes stables et n'avait en général pour objet que de procurer des rentrées au trésor, sans aucun égard pour les suites qui pouvaient en résulter (a). L'ignorance des sources et des principes de la production et de la consommation publique doit être rapportée, en partie, au peu de cas qu'on faisait à cette époque, des travaux de l'industrie' (Gewerke), qui étaient abandonnés presque entièrement aux esclaves; et quant à la Grèce particulièrement, où le charme et l'activité de la vie publique avaient tant d'attrait pour les citoyens, la forme politique des gouvernements, les intrigues de partis, les rapports internationaux enfin, étaient des choses qui absorbaient toute l'attention au détriment des matières économiques (b).

{a) 11 ne manquait pas à l'antiquité , pour autant du moins que nous la connais-

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sons, d'institutions sages et appropriées à la nature des localités; mais la plupart de celles qui protègent si sagement les efforts de l'industrie dans les temps modernes, lui étaient entièrement inconnues. — Voy. Ueereit, Idées sur la Politique et le Commerce, etc., 3 e édit., 1815, 5 vol. — L. Heymer ( + 1824), Économiepublique et rurale des Perses et des Phéniciens, 1819. Paris et Genève. — Jd., pour les Grecs, Arabes, Juifs, Égyptiens, Carthaginois. — BoEcn, de l'Économie politique des Athéniens. Paris, 1828.

(a) Simonde de Sishondi, Nouveaux Principes, 1. 1, p. 15.— Rau, Considérations sur l'Économie politique, Impartie (ail.). — Lotz, Manuel de V économie politique , 1. 1 , p. 77. (ail. ). — Sa y , Cours pratique, tom. vi , p. 3lîl et sqq.

Les philosophes grecs qui ont écrit sur l'économie politique , et principalement Xénophon [a) et Aristote {b) (car les écrits de Platon doivent être envisagés dans leurs rapports avec son système philosophique et ne sont que de peu d'importance pour nous faire connaître la situation de l'économie politique de ce temps), n'envisageaient la production, de même que les affaires politiques , que du point de vue de la morale. La fortune n'était à leurs yeux qu'un moyen de se procurer une existence noble et qui permit la libéralité; les efforts continuels et sans bornes pour amasser des biens matériels étaient blâmés par eux comme hostiles à la raison , qui prescrit des limites à nos besoins. Ce motif ajouté à leur manière d'envisager l'influence des travaux productifs , par l'action qu'elle semblait exercer sur le développement moral et physique de l'homme (c) , leur fit regarder l'agriculture comme la seule occupation digne d'un homme libre et civilisé ; au travail des fabriques et aux occupations mercenaires, s'attachaient des idées d'inconvenance, de honte et de dépendance; et le commerce malgré son utilité bien constatée déjà, par les biens qu'il amène et verse dans la circulation , était rangé par eux au nombre des opérations ttsuraires, ce qui s'explique par les notions incomplètes qu'on avait à cette époque de la nature del'argent(rf). On voit donc, que malgré quelques rayons de lumières qu'ils jetèrent sur l'économie politique, ils ne durent pas comprendre toute son étendue et son importance comme science.

(a) Principalement le dialogue intitulé o£xovo|xtxô; X0704.

(b) Dans le premier livre de la politique ; voy. sur ces écrits, Rau, Considérations sur l'Économie politique. Voici comment Aristote divise les industries: 1° production des moyens d'existence ; 2° production par le commerce , dont les principes sont du domaine de la Chrématistik.

a. Production de matières premières destinées à être vendues , Chrématistique Économique ; P. gain obtenu par l'échange, Métablctik ou Kapelik, par exemple, l'usure.

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(c) Cette considération ne s'étendait pas jusqu'aux esclaves que Ton ne regardait pas comme des êtres moraux , ayant leur fin en eux-mêmes , mais comme des instruments de production.

{d) Aristote, Politique, Ht. i, 9; Morale, liv. v; et Paulus, lib. i, Pandcvt. de contrahenda emptione.

Les Romains (a) ne dépassèrent pas dans cette carrière les Grecs leurs maîtres : il impliquerait cependant que les hommes distingués de Rome , et versés dans Fart de penser, comme Cicéron n'eussent pas saisi les principes et l'origine de l'économie politique et ne la comprissent pas souvent très-bien (6) ; mais ils ne soupçonnaient pas que ces principes ainsi que bien d'autres inconnus pour lors , eussent des rapports intimes . et que leur réunion dût former un corps de doctrine. L'éloge si souvent répété de l'épargne et de la frugalité, se rapporte à une considération subjective de la richesse, d'après laquelle, celle-ci devrait être répartie en raison des besoins (c). Cependant il ne faut pas perdre de vue, que l'on ne méconnut pas entièrement l'attrait et les avantages provenant d'une large jouissance de biens , l'action généralement utile des fortunes privées, et le devoir prescrit à la politique, d'accroître et de favoriser la fortune nationale {d). L'opinion des Romains sur le mérite et l'utilité des classes industrieuses , ne diffère pas sensiblement de celle des Grecs (e), bien qu'elle ne parvint cependant pas à chasser les industries regardées comme immorales if).

(a) Voy. Hermax , Diss. exhibent sententias Romanorum ad œconomiam universam, sive nationalem pertinentes. Erlangae, 1823. Les passages extraits des écrivains latins, et accumulés dans cet ouvrage, montrent à l'évidence, combien l'économie politique était inconnue à Rome. La dissertation non moins estimable de C. M. Calkoeh (Orer eenige Staatshuishoudkundigc gevoclens en stellingen in de geschriflen derouden en vooral in die ran Cicero voorkomende ) , publiée après la mort prématurée de l'auteur , par le Prof, den Text , dans les Annales de législation et de jurisprudence , vi, 3" cah., p. 413, 1832, établit un parallèle entre des passages de Cicéron et de plusieurs écrivains modernes.

(b) Par exemple les différentes branches de l'industrie, l'importance du travail , l'influence des sciences sur la production , le travail réciproque des hommes dans le commerce. Cicero, de Offlciis, i, 7 et alias.

(c) Voy. des passages dans Calkoe* , § 1 .

{d) Cicero, de Republica, m, 12, considère la production de la richesse comme un des postulats de la sagesse (sapientia), qu'il distingue de la justice. Voy. Calkoei» , $ 3 , 4 , 16.

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(e) Voir principalement Cicero, de O/fîciis, i, 42, illiberales autem et sordidi quœstus mercenariorum..., sordidi etiam putandi, qui mercantur a mercatoribus, quodstatim vendant... t opificesqueomnes in sordidâ arte versantur, nec

vero quicquam ingenuum potest habere officina Mercatura autem , si

tenuis est, sordida putanda est, sin magna et copiosa multa undiquè opportans.... non est admodum vitupcranda , atque etiam, si satiata quaestu vel contenta potius... ridcturjure optimo posse laudari. Omnium autem rerum, quibus aliquid acquiritur , nihilest agriculturd meliùs , nihil uberius , nihit dulcius, nihil homine libero dignius.

(/*) Voy. Herman , p. 29.

Il y eut une longue inertie pendant le moyen-âge dans l'étude de l'économie politique . et ce n'est que vers la fin de cette période que les circonstances politiques en provoquèrent le réveil. Après l'affermissement du pouvoir des princes, les administrations qui trouvaient des difficultés à élever leurs recettes au niveau de leurs nouvelles dépenses , songèrent à mettre de l'ordre dans leur gestion , à donner plus de soins qu'autrefois aux métiers des bourgeois, et à travailler aussi à l'aisance du peuple. Mais on n'avait pas de principes fixes , et il restait à découvrir la voie dans laquelle on devait entrer ; on ne trouvait guère alors quelque connaissance de l'économie que dans les villes où florissaitle commerce; mais ces notions ne correspondaient pas aux besoins des grands états. Quand un homme politique distingué avait obtenu des succès dans ses travaux, on se hâtait, il est vrai, d'imiter sa conduite , de la prendre comme une normale pour la pratique , mais l'on ne songeait pas à en tirer des principes théoriques. Tels furent cependant les premiers pas, vers l'application et la pratique de l'économie politique; et d'un mélange d'erreurs et de vérités, comme cela devait avoir lieu, se formèrent les premières théories. Sully et Colbert , deux hommes d'état distingués de la France , sont les premiers qui fixèrent sur eux l'attention dans cette carrière, et dont les travaux servirent de bases à deux systèmes économiques différents.

Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, plus tard Duc de Sully (né en 1560 + en 1641) se trouva à la téte du gouvernement delà France sous Henri iv, depuis 1589-1610 (a). L'objet de tous ses soins fut de fairedisparaltre le désordre incroyable des finances , la dilapidation et l'infidélité dans l'administration des revenus de l'état , et les vexations des fermiers généraux; il y réussit parfaitement , et parvint à jeter les bases d'une comptabilité politique. Imbu de cette idée que l'agriculture est la principale source

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du bien-être national, Sully favorisa le développement de cette industrie, chose bien nécessaire alors , vu l'état d'abaissement et de misère où plusieurs années de guerre et de charges onéreuses avaient mis les cultivateurs. Ses succès ne furent pas moins grands dans cette voie ; il supprima plusieurs charges qui pesaient sur le laboureur, permit le libre commerce du blé (b) et réveilla ainsi l'activité dans toute la France. Cependant il rencontra beaucoup d'obstacles, ne parvint pas à faire partager ses convictions et à les mettre tout à fait en pratique (<•).

(a) II a consigné des détails sur sa vie et ses principes, dans ses mémoires; Voy. Extrait de ces mémoires, pour les affaires d'état; Esprit de Sully, Dresde, 1768. — Voy. aussi la Dissertation sur Sully et Colbert dans les Nouvelles Camérales de Scureber, viii, i, traduit des Annales Suédoises de Krygers.

(à) On permit l'exportation des grains, d'abord moyennant un droit de sortie ; puis on l'en exempta en 1601. — Voy. Ordonnance Royale, 20 févr. 1601, dans Desessart, Dictionnaire universel de Police, iv, p. 429. Paris, 1787.

(c) Un Prince Allemand, (rélecteur Auguste de Saxe, mort en 1386), surpassa Sully par les soins actifs qu'il donna h toutes les branches de l'industrie. — Voy. Poelitz, Annuaire historique et politique, 1828, i, 130; Hasse, de curé peculiari, quant Saxoniœ principes, imprimisque Augustus Elector, rei familiuri impetiderunt. Lipzirc, 1828.

Le siècle de Sully n'était pas entièrement préparé aux principes de cet homme d'état; il était fatalement entraîné vers une autre direction. La découverte d'un passage aux Indes orientales, par mer, avait procuré aux Portugais un commerce très-lucratif avec cette région; et celle de l'Amérique avait donné aux Espagnols les mines d'or et d'argent si opulentes du Mexique, du Pérou et du Chili ; vers la fin du 16 p siècle les Hollandais se montrèrent les rivaux des Portugais, les écrasèrent insensiblement, et se procurèrent par le commerce avec les Colonies, une puissance et des richesses étonnantes («).

Les anglais à leur tour, depuis l'impulsion donnée à leur commerce marilime par Cromwell, et les mesures protectrices d'ÉLisABETu, vinrent prendre part à ces opérations productives. Les métaux précieux affluèrent de l'Amérique en Europe et firent hausser le prix de toutes les marchandises; ce fut un encouragement et une source de profits pour les entrepreneurs. L'or et l'argent furent considérés dès-lors comme les objets les plus dignes d'envie , et dont la possession rendait infailliblement riche {b). Tous les gouvernements portèrent leurs soins vers le commerce extérieur ; les écrivains de cette époque, partageant cette manière de voir, concoururent à propager

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l'opinion que le commerce extérieur est le vrai moyen d'acquérir de l'argent et des richesses. Ainsi naquirent insensiblement ces principes, dont l'ensemble s'appelle maintenant système mercantile ou du commerce.

la) Les Hollandais avaient cependant déjà amassé des richesses par leur commerce avec le Nord. — Voy. Lueder, Histoire du commerce Hollandais, ouvrage fait avec les matériaux de Luzac, u Hollands Rykdom, p. 87, (Leipzic, 1788).

(6) On perdit de vue à cette époque que l'extension du bien-être et de l'activité industrielle étaient dûs au commerce lucratif de denrées coloniales, à l'esprit d'entreprise, à l'extension qu'avaient reçues les relations commerciales, et au désir d'avoir, qu'irritait sans cesse de nouveaux produits et de nouvelles jouissances.

J. B. Colbert contribua singulièrement à développer ces idées par sa persévérance à les pratiquer, et l'application qu'il en fit sur une échelle plus vaste qu'on ne l'avait fait jusqu'alors. Aussi le cite-t-on souvent comme l'auteur de ce système. Né en 1619, il devint contrôleur général des finances en 1661, et mourut en 1683 (a). Comme Sully, il trouva un grand désordre dans les finances de son pays ; mais il parvint heureusement à le faire disparaître, et porta les revenus du royaume de 89 à 105 millions de livres. Les dissipations d'une cour brillante , et plusieurs années de guerre avaient épuisé les caisses de l'état; Colbert pour créer de nouvelles ressources conçut la pensée d'augmenter la richesse nationale en élevant des manufactures et en développant le commerce; des encouragements et des primes adroitement distribués attirèrent des artistes habiles en France, et en peu de temps les fabriques de soie de Lyon et de Tours {£), les fabriques de drap de Sédan et d'Abbeville, les manufactures de glaces, les fabriques de tissus et de tapis, et bien d'autres encore, prirent un développement prodigieux; on construisit une flotte pour étendre les relations extérieures ; des traités de commerce ouvrirent des débouchés aux produits de l'industrie française, enfin de grandes compagnies commerciales s'élevèrent sous le régime protecteur des privilèges (c). Mais ces avantages et plusieurs autres dont la France est redevable à Colbert (</), furentaccompagnés de graves inconvéniens. Le système de douanes qui tendait à diriger le commerce extérieur de telle sorte qn'il rapportât le plus d'argent possible (e) , mais plus encore les nombreuses „ ordonnances qui avaient pour but défaire observer religieusement et exclusivement à chaque industrie manufacturière, les méthodes et la pratique alors généralement adoptées (f) , ralentirent les progrès de celles-ci ; en même temps l'agriculture déclina sous le poids des charges dont la firent accabler la prédilection et la préférence données aux autres branches de l'activité publique.

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(a) De MoîiTHTOîf, Particularités et observations sur tes ministres des finances de ta France, les plus célèbres, p. 20. Paris, 1812. — Lemoutey, Retwe encyclopédique, juin 1822, t. xiv.

(b) Leur origine date de Henri iv.

(c) Ces dernières protections n'étaient pas d'un haut intérêt pour la prospérité publique. La Compagnie des Indes Orientales tomba en 1669, après cinq ans d'existence seulement. D'autres tentatives dcColbertne furent pas plus heureuses, comme par exemple la suppression des douanes dans l'intérieur du pays, et les améliorations qu'il voulut apporter au système des impôts.

{d) L'Académie Française en 1663, Académie des Sciences, en 1666, Canal du Languedoc, en 1661.

{e) Tarif de 1667, fait par Savary dans la vue de nuire au commerce de la Hollande.

(/) Ces mesures furent étendues plus loin encore, par les successeurs de Colliert. — Voy. Chaptal, de V Industrie Française, i, xui.

L'erreur fondamentale du système mercantile ou du commerce {a) con- • siste dans cette fausse opinion, que l'état ou une nation , comme un particulier, n'a pas de meilleur moyen de s'enrichir , que d'amasser de l'argent. Rien ne pouvait faire abandonner cette idée , bien qu'on ne pût méconnaître , que l'argent par lui-même ne satisfait aucun de nos besoins (b). Il ne se présentait donc pas d'autres moyens, de se procurer des métaux précieux, pour les nations qui n'avaient pas de mines d'or et d'argent dans leur pays , que de les attirer des pays étrangers par le commerce extérieur; et l'on croyait y parvenir, en exportant beaucoup de marchandises manufacturées, et en important peu de celles de l'étranger ; comme si l'on eût dû recevoir en argent l'excédant de valeur des exportations sur les importations; cette différence ou cet excédant s'appelait balance du commerce , et on la regardait

comme avantageuse au pays qui exportait plus qu'il n'importait. Les recherches statistiques sur la balance commerciale de chaque nation avaient une haute valeur à cette époque, tandis que le commerce intérieur qui ne produisait pas d'accroissement dans la quantité des métaux précieux paraissait fort indifférent, ou du moins d'une petite importance.

(a) Voyez sur cette matière, Ad. Smith, Rec/ierc/ies, etc. , p. 5-100, t. m, édition Garnier;— Storch, i, 99;iii, 260, et édition allemande, note 24, de R\c Lotz, Manuel, t.i, p. 9» (ail.) ; Gbier, Charactéristique du commerce. Wurtzburg, 1825, p. 123 (ail.). — Mac-Culloch, Principes de l'Economie, p. 22 (angl.);- Smitthehher, Ucberden VJiaracter unddie Aufgaben unserer Zeit., i, p. 100. Giessen, 1832 (ail.).

(b) Les écrivains politiques cherchaient toutes sortes de tournures pour détruire

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la contradiction qui existe entre ces deux propositions. Bielpeld et Steuàrt, par exemple , s'appuyaient sur cette observation , que l'argent est au moins le bien le moins destructible, et par conséquent le plus propre aux accumulations. Voy. Rau, Considérations sur l'Économie nationale, p. 146 (ail.).

Pour faire pencher la balance du commerce en sa faveur, chaque nation cherchait à introduire chez elle toutes les branches d'industrie, pour éviter d'importer des marchandises étrangères, et pouvoir exporter les siennes. Pour favoriser cette politique, on fit des ordonnances par lesquelles:

1° On empêcha, ou l'on paralysa par des droits fort élevés , a. L'introduction des produits des manufactures étrangères , P. L'exportation des matières premières, afin que les étrangers fussent

contraints d'acheter les produits qui en seraient faits dans le pays, et que

les marchands et les fabricants de l'intérieur obtinssent ces matières à un

prix peu élevé.

2° On permit et l'on encouragea même par la distribution de primes : a. L'exportation des produits des manufactures , p. L'importation des matières premières.

3° L'exportation de l'or et de l'argent fut sévèrement interdite (a).

4° On promit des récompenses, des avances de fonds, et maints autres encouragements à ceux qui élèveraient de nouvelles fabriques.

5° Des traités de commerce avec d'autres nations devaient favoriser l'exportation des productions nationales.

6° On provoquait l'établissement de grandes compagnies de commerce auxquelles on accordait des privilèges pour qu'elles se chargeassent des parties du commerce extérieur qui présentaient le plus de difficultés.

7° On tachait d'acquérir des colonies dans toutes les parties du monde; ces possessions n'étaient considérées que comme des débouchés pour les fabriques de la mère-patrie, et comme une source productive de richesses par l'importation des denrées coloniales.

(a) Ccst ce qui se pratiquait déjà dans l'ancienne Rome. Voy. Cicero , pro Flacco, c. 28. La politique commerciale de Venise était plus sage ; car elle défendait à ses marchands d'importer chez elle l'or des nations, dont les produits étaient estimés et avaient une grande valeur, par exemple, ceux de la France, de la Flandre. Voy. Deppiug, Histoire du commerce entre le Levant et VEurope. Paris, 1820; — Minerve, cr<?ii/1856, p. 233.

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Ce qui prouve l'enfance de l'économie politique, à l'époque du système mercantile, c'est que les principes de ce système n'y ont pas été méthodiquement exposés, ni basés sur des observations et une étude approfondies (a). On trouve déjà quelques principes de ce système, dans plusieurs écrivains du 16 e siècle lb), plus fréquemment dans ceux du 17" et dans ceux qui écrivirent sur la matière au commencement du 18 e siècle (c). II est cependant à remarquer que l'on ne rencontre parmi eux aucune similitude d'opinions et de vues sur les principes que nons venons d'exposer § 55-36. Comme plusieurs n'étaient pas d'accord sur les points fondamentaux, tels que la nature du commerce intérieur, la destination de l'argent, on se verrait en quelque sorte forcé de les placer dans une école qui naquit plus tard, si l'importance excessive qu'ils attachaient tous à la balance commerciale, ne devait les faire ranger au nombre des partisans du système mercantile (d).

(a) Voy. pour la bibliographie de ce système, Steinlein, i, 13.

(b) Jean Bodin (-}■ 1590), la République, Paris, 1576, fol.; en latin, de Republicâ, Paris", 1586, fol. L'édition la plus ancienne, du format in-8°, est de 1591. — Confer. Rau, priniae lineae histor. politices ; Erlangae, 1816 , et Lotz, Manuel de r Économie nationale, i, 97 (ail.).

(c) Thom. Mvîf.'Treasure by foreign trade, London, 1664 ; vraisemblablement écrit de 1635-1610. — J. Child, A new discourse of trade. London , 1688. — J. F. Melon, Essai politique sur le commerce. Amsterdam, 1735; en allemand , Jéna, 1740. Ses mélanges, 1736, Kopenhague.— C. Klock, De Aerario, Norimberg, 1751, 2« ( édition operâ Ch. Peller, 1671, folio, lib. n, chap. 34, 23, 66-70, 73. — J. J. Bêcher, Discours politiques sur la prospérité et la décadence des villes et des états. Francfort, 1672, S« édition, 1759, p. 103, 3 e édition de 1688. — B. Von Schroeder, Fùrstliche Schatz-und Renlkammer. Leipzig, 1686, et saepius; cap. 29, édition de 1721, p. 109. — Ch. Da venant, Political and commercial works. London, 1771, 5 vol. séparément, 1699. — W. F. B. S. (J. Von Horneck) F Autriche avant tout, etc. ; 1634, Leipzig et sœpius, p. 33, édition de 1707. Cet ouvrage a été retouché , a eu plusieurs éditions , sous le titre J. Von Horneck, Observations sur l'économie politique de r Autriche , revues et re/bndues par B.F.Hermann,1784; et n'a pas été sans influence sur l'administration de l'Autriche. — J. H. Von Justi, ( + 1770) Économie sociale. Leipzig, 1755, 2« édition , 1758, il vol. i, 195. — J. F. De Bielfeld, Institutions politiques. La Haye, 1760, h vol. 4. Saepius, i, chap. 10-14. En Allemand, Lehrbegriff der Staatskunsl, 3 e édition, 1777, m. Voy. sur Bielfeld, Von Schroeder, et Von Justi, Rau, Ansichten, p. 146-148. — J. Steuart ( + 1780) , lnquiry into the principles of political œconomy. London, 1767, u vol. 4° et dans ses œuvres. Londres, 1825, vi vol. 8». En Allemand, 1769-1770, u vol. 4° à Hambourg; Tubingue, 1769-1772

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6 vol. 8°cl 1786, 4 vol., 8°. — Rehberg, OEuvres complètes, îv, 299,(1829. allem.). — j. G. Busch (+ 1800), Essai sur la circulation de Vargent. Hambourg, 1780, h vol., 2» édition, 1800 (ail.). —Fermer, du Gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce. Paris, 1805, nouvelle édition 1821. Réfuté par Dubois Aymé, sous ce titre : Examen de quelques questions d'économie politique, etc. Paris, 1823. Voy. aussi Storcii, Cours d'économie politique, i, 99, sqq. édit. de Paris, 1823. — De Cazeaux, Bases fondamentales de V économie politique d'après la nature des choses. Paris, 1826. Voy. le Producteur, m, 576.

Nous ne devons pas omettre de citer ici plusieurs écrivains Italiens trop peu connus dans la plupart des états de l'Europe, et qui ont cependant traité notre science avec originalité et profondeur. La plupart des productions italiennes remarquables en économie politique, ont été réunies par Custodi, sous ce titre : Scrittori classici Italianidi Economia politica; Milano, chez Destefanis, 1803-4. Parte antica, vu vol.; parte modema, xxxxn ; le 50 e vol. publié en 1816, contient une table générale et une table particulière pour chaque auteur. Voy. aussi Muller, Tableau chronologique des principaux économistes Italiens ; Pesth, 1820. — G. Pecchio en a donné un sommaire écrit avec chaleur et talent, sous le titre : Storia délia economia publica in Itaiia. Dugano, 1829, traduit en français par Gallois. Paris, 1830. Les Italiens partirent de considérations d'économie domestique sur le commerce (Scarupfi. 1759. Davaxzati, 1688. Turbola, etc., exposèrent avec une prédilection particulière le rôle et la nature de l'argent, et parvinrent ainsi directement à l'exposition du système mercantile; parmi les autres écrivains partisans de ce système nous citerons : A. Serra , Trattato délie cause, che possono far abbondare li regni d'oro e dargento, dove non sono minière; Napoli, 1613. Classici, P. Ant. i ; c'est l'exposition la plus ancienne du système mercantile ; toutefois elle s'attache plutôt à enseigner les causes de la richesse numéraire d'un pays et les caractères qui la font connaître ; indirectement seulement les mesures à prendre pour l'obtenir. Galiam, Custodi et Peccmo regardent Serra comme le plus ancien auteur d'économie politique de l'Europe. — G. Bellom, Diss. sopra il commercio, Roma, 1750. — Class. P. mod. h; traduit en allemand par Schuman?. . Leipzig, 1752. — Partisans du système mercantile jusqu'à certain point , A. Genovesi ( + 1769), Lezioni di commercio osiad economia civile, Bassano, 1769. n. — Classici, Parte mod. t. vn-x, en allemand, par Wismann. Leipzig, 1776, n. — C. A. Rogcia (de tributi, et dette monetc. Naples, 1743. — Classici politic : ant. iv , etc. Peu d'auteurs surent s'arracher au joug de l'opinion dominante, comme l'Espagnol Diego Saavedra Kaxardo (+ 1648) , Idea d'un principe Christiano, represendada in tien empresas : en latin sous le titre : Idea principis Christianopolitici 101 symbolis expressa. Amsterdam, 1661 , p. 590 et sq. « Potissimae divitiae ac opes terrae fructus sunt , nec ditiores in regnis fodinae, quam agricultura. Plus emolumenti acclivia montis Vesuvii latera adfcrunt. quam potosus tuons cum intimis suis viscenbus, licet argentiferis, etc. » et le profond Dudley North, Discourses on trade, London. 1791. Voy. Mac-Culloch, Principles. p. 30 (angl).

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{d) Comme Geïiovbsi, par exemple, t. u, 195, 194, compar. a d'autres endroits.

Le second système (§31 in fine) d'économie politique (le système dit des économistes ou des physiocrates) prit naissance en France vers le milieu du 18° siècle; il dut son origine à la situation déplorable où se trouvait l'industrie du sol, sous l'administration dépensière de Louis xv. François Quesnay, (né en 1694 — + en 1774), en est l'auteur. La décadence de l'agriculture française avait donné l'éveil à cet homme de mérite qui avec ses partisans entra dans la voie ouverte par le grand Sully qu'il prit pour modèle. Les Physiocrates ne bornèrent pas leurs recherches aux travaux économiques seulement ; ils tracèrent aussi le tableau d'une administration publique bien entendue , qui devait amener selon eux le règne de la vérité , du droit et de la vertu , et faire disparaître la misère et le despotisme ; d'un mélange d'opinions empruntées à l'économie, à la morale et au droit, mais qu'ils exposèrent avec originalité , avec un ardent enthousiasme pour le bien , et non sans recourir parfois à des arguments spécieux et à des sophismes , ils composèrent un corps de doctrine qui, en apparence, avait toute l'importance et la forme d'un système , mais qui tant par sa forme que par ses principes, était diamétralement opposé au système commercial.

(a) Physiocratie veut dire littéralement, empire de la nature; l'ordre naturel est un des termes sacramentels, une des clefs de ce système.

Les physiocrates partent de ce principe, que toutes les richesses matérielles étant produites par la terre et étant un vrai présent de la nature, la culture de la terre est le seul travail qui peut augmenter les biens matériels (principe qu'on ne pourrait contester, si l'accroissement de la fortune, n'était dû qu'à une accumulation de matières premières). Les métamorphoses que l'industrie fait subir aux matières premières et l'échange qui s'en fait par le commerce ne peuvent, disent-ils , rien produire, puisqu'elles n'accroissent la valeur des matières premières que de la valeur des produits qu'on a consommés pour les modifier, les déplacer, etc. , et diffèrent en cela , d'une manière sensible, de l'agriculture , qui donne au cultivateur un excédent de produits sur les dépenses qu'on a faites pour les obtenir. Cet excédent est un véritable présent fait par la nature, selon eux, et cet excédant (la rente) reçut le nom de produit net {a).

{a) Une indagation attentive de ce que sont les reprises de la culture qu'il faut déduire du produit brut, nous apprend qu'elles sont destinées à couvrir:

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1° Les avance* annuelles qu'il faut faire chaque année pour l'obtention du produit brut;

2° Les avances primitives qu'il faut faire pour les établissements , indispensables à l'exercice de l'agriculture, tels que provisions, bestiaux, etc., et qui doivent rendre chaque année un haut intérêt. Ces avances primitives s'élèvent d'après Quesuay à 5 fois environ les produits annuels.

Les reprises de la culture qu'il faut, avant tout, prélever sur le produit brut de la terre, donnent le revenu aux cultivateurs, qui sont la classe productive de la société. A cette classe il faut joindre les propriétaires des terres {classe des propriétaires), ceux qui ont droit à la dîme et le chef de l'état qui reçoivent leur revenu sur le produit net des cultivateurs (a). A ces deux classes ils opposent la classe stérile, qui rend il est vrai des services à la société , mais qui ne contribue pas à augmenter la fortune , et qui sous le point de vue de la science, ne peut être utile que par ses épargnes; elle reçoit ce dont elle a besoin , pour sa consommation , de la première classe , en récompense des services qu'elle rend à celle-ci {b).

(a) D'après les physiocrates, le produit net, la rentrée comprend une autre sorte de dépenses, c'est-à-dire des avances foncières employées à défricher les terres, à les cultiver, à les améliorer, et dont l'action est continuelle. Les propriétaires fonciers et leurs ancêtres ont le mérite d'avoir fait ces dépenses, et de les continuer sans cesse, c'est ce qui fait que le produit net n'est pas tout à fait un présent de la nature. Au résumé, le système des économistes tend à favoriser beaucoup les propriétaires des terres. Il les considère comme les citoyens par excellence, et les protecteurs de toutes les classes de la Société, ce qui leur vaut en politique l'avantage de représenter seuls le pays. Ce ne sont pas ces hypothèses cependant, mais leurs principes de droit naturel qui leur ont fait adresser le reproche d'avoir contribué bien que sans le vouloir, à faire éclater la révolution française : « l'État ne réside essentiellement que dans le souverain, qui en est le chef, dans les propriétaires du produit net, et dans les entrepreneurs de culture.» — (De l'Esprit des Économistes, p. 22 ).

(b) Quesxay chercha à expliquer dans son tableau économique le partage des produits par une esquisse de compte. Si par exemple, dit-il, un pays donne pour 8000 millions de livres de produits, il en revient

1* Aux cultivateurs

a. Pour reprises annuelles 2000 mi II.

P. Bonification pour avances primitives 1000

2° Aux propriétaires fonciers comme produit net 2000

Total. *!ÔÔT

INTRODUCTION

Mais les cultivateurs et les propriétaires des terres donnent pour 1000 liv. de produits à la classe stérile, en récompense des différents services de tout genre qu'elle rend ; les dépenses s'élèvent donc pour

1» Les cultivateurs à 2000 roill. liv.

2° Les propriétaires des terres 1000

3° La classe stérile

a. En moyens de subsistance 1000

p. En achats de matières premières destinées à être modifiées 1000

Total. 5000 liv.

Ce sont les principes que nous venons d'énoncer qui ont servi à tracer les règles suivantes pour la pratique :

1° L'agriculture a droit à une protection spéciale de la part du gouvernement; il faut que ce dernier mette tous ses soins à ce que les dépenses productives ne diminuent pas, mais à ce qu'au contraire on leur donne le plus d'extension possible.

2° Il faut pour favoriser les cultivateurs supprimer tous les impôts qui entravent la liberté de l'agriculture; il faut aussi favoriser le débit de leurs produits tant à l'étranger que dans l'intérieur afin d'accroître leurs revenus.

3° Il faut dégager de toute entrave, le commerce et les manufactures, car les dépenses qui en résultent sont improductives, et la libre concurrence produit cet heureux résultat que la société peut pourvoir à ses besoins à aussi bas prix que possible ( Laissez faire et laissez passer).

4° Comme tous les impôts ne peuvent se prélever que sur la différence des produits et des frais de l'agriculture, et que ce produit net ne se trouve, à l'origine, que dans la possession des propriétaires des terres, c'est avec raison que ces derniers supportent tous les impôts, car les autres classes de la société ne peuvent payer des charges et des droits à l'état qu'avec les revenus qu'ils reçoivent, en échange de leurs services, de la classe des propriétaires ; il est donc infiniment plus simple de remplacer les contributions en général, par un impôt unique, l'impôt foncier, impôt qui fait payer par les propriétaires de la manière la plus naturelle et la moins frayeuse, ce qu'ils paient toujours, mais médiatement, et sous mille formes («).

(a) On essaya d'introduire cet impôt unique et tant vanté, dans le Grand Duché de Bade, de 1771 à 1801. Voy. Voir T)Rxis y Bade sous Charles Frédéric, î, p. 313. Cet essai ne fut pas couronné de succès ; mais sa réussite n'aurait pas non plus

INTRODUCTION

prouvé grand chose, car on ne le tenta que dans quelques villages, qui ne payaient guère d'autres impôts que ceux provenant de l'agriculture. La 4 P règle est si évidemment impraticable, que plusieurs économistes furent obligés d'en convenir, mais ils l'attribuaient à des circonstances extérieures, et ne convenaient pas pour cela de la fausseté des principes.

Tout exclusif qu'est ce système (a) et bien qu'il soit impossible d'en soutenir les principes, il eut ce mérite de présenter un exemple de travaux et de recherches approfondies sur l'économie politique, de forcer ses adversaires à se livrer à des études sérieuses, de faire prévaloir l'agriculture sur le système mercantile, de défendre la liberté de l'industrie, et d'ébranler le crédit imposant du système de la balance du commerce. Ce ne fut pas la France seule (6), l'Allemagne aussi donna des partisans et des défenseurs zélés à la physiocratie (r), en même temps que des adversaires redoutables (d). Quelques écrivains Italiens en avaient déjà adopté les principes, soit avant soit après Quesnay (e).

{a) Voy. Bibliographie dans Steinlein, i, 34. — Voy. aussi Schmitthenner, Caractère de notre époque, i, 121 .

(b) F. Quesnay, Tableau économique i Versailles, 1758.— Maximes générales du Gouvernement économique. Versailles, 17158. — L'un et l'autre dans Dupont, Physiocratie , i* r vol. Infrà. — De Riquetti, {Marquis de Mirabeau), l'Atni des Hommes, ou Traité de la Population. Avignon, 1756, m vol. En Allemand, 1759. Hambourg, u vol. — Théorie de l'impôt; Paris, 1761, i vol. — Philosophie rurale, Amsterdam, 1763, abrégé et traduit en Allemand par Wichmanw, 1797-98, u vol. — De Gournay, Essai sur l'esprit de la législation favorable à l'agriculture , Paris, 1766. u vol.

Mercier de la Rivière, l'Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, in-4°. Paris,1767.— (N. Baudeau), De l'Origine etdes progrésd'une sciencenourelle. Londres et Paris, 1768. En Allemand, Karlsruhe, 1770. — A.R. J. Turgot, (+ 1781), Recherches sur ta nature et l'origine des ric/iesscs. Paris, 1774. Traduit en Allemand, par Mauvillon ; Lemgo, 1775.— Du même. Réflexions sur la formation et la distribution des richesses, Paris, 1784. Aussi dans le 5 e vol. de ses osuvres complètes; Paris, 1808-1811, vm vol. Comme ministre des finances, Turgot fit plusieurs actes qui portent évidemment le caractère du système physiocratique , au-dessus duquel il sut s'élever souvent , mais sans oser renoncer ouvertement à ses principes. Il comprenait la nature de la rente des capitaux, et voulait cependant établir que l'État ne peut pas y toucher ; son ouvrage intitulé : Réflexions, etc., est le meilleur de l'école de Quesnay. — G. F. Le Trosne, de l'Ordre social; Paris, 1777. Traduit en Allemand par Wichmann. Leipzig, 1780.

— Physiocratie ou Constitution naturelle du gouvernement le plus avantageux du genre humain. Recueil publié par Dupojït; Yverdun , 1768-69, vi vol. Les deux premiers volumes sous ce titre : Diseussions et développements sur quelques-unes des notions d'économie politique ; les 3 autres concernent le commercedes grains. — G. Gartuer, Abrégé élémentaire des principes de l'économie politique; Paris, 1796.— Le PrikceD. oe G. (de Gallitzir), de l'Esprit des économistes ou les économistes justifiés d'avoir posé par leurs principes les bases de la Révolution Française. Brunswick, 1796. En Allemand 1798, Duisburg.

(c) ( Ch. Margrave de Bade). Abrégé des principes de l'économie politique. Carlsruhc, 1772, Will. voy. infrù ; traduit en Allemand par Gass. Dessau, 1783.— J. A. ScnLETTWEisx, les Moyens d'arrêter la misère publique. Carlsruhe, 1772, en Allemand, 1772. — La chose la plus importante pour le public, etc.,

Carlsruhe, 1772-1773, u vol.; nouvelle éd., 1777.— Basedes états ; Gies&en, 1779

Archives de l'homme et du citoyen; Leipzig, 1780-84 , vin vol. Nouvelles archives, 1785-88, iv vol. — 1s. Iselii» , Essai sur l'ordre social; Bâle, Mil. Rêves d'un philanthrope: Bâle, 1776, il vol.; nouvelle édition, 1784. — Ephémérides de l'humanité, 1 776. — J. M auvillon , Collections de dissertations sur des matières politiques. Leipzig, 1776, n vol. Lettres physiocratiques à Don m ; Brunswick, 1780. J. E. C. Sprixgel, Tablettes économiques et camérales ; Francfort, 1772. — Sur le système physiocratique ; Nuremberg, 1781.— Th. II. A. Schmaxz

1831), Encyclopédie der Kamcralwissenschaflen, 1796; nouv. édit., 1819. Traité d'économie politique; Berlin , 1808. — Lettres à un prince héréditaire , sur l'économie politique. Berlin , 1818, n vol. — L. Krug , Esquisse d'économie politique. Berlin, 1807, (ne contient que la politique de l'économie et quelques considérations physiocratiques.

(«0 F. A. De Forbonnais , Principes et observations économiques; Amsterdam, 1717; en Allemand par Neugebauer ; Vienne, 1767. J. B.Dr Mxbly, Doutes proposés aux philosophes économistes; Paris, 1768. — (J. Pirrro). Traité de la circulation et du crédit; Amsterdam,! 771 ; traduit en Allemand par K. A. V. Struersee; Liegnitz, 1776, 146 p. — C. W. Dohm, Exposition abrégée du système desphysiocrates ; Cassel, 1778.— (Von Pfeiffer). YAntiphysiocrate, ou examen détaillé du système économique ; Francfort , 1780. — G. A. Will, Essai sur la physiocratie; Nuremberg , 1782. Rudiger , dans ses principes généraux de la science de l'état; Halle, 1795, p. 114-116 , en cite plusieurs autres encore.

{e) Bakdiot, S. A. (+ 17 '60), discorso economico, écrit en 1723, imprimé en 177!i seulement, — Scrittor : P. mod. ; i. Les conseils qu'il donne d'accorder plus de liberté pour favoriser l'agriculture, le commerce, et surtout celui des grains, de simplifier les lois, l'administration et les impôts, et de réduire ceux-ci à un impôt foncier, le tout pour améliorer la Maremme de Sienna, le font regarder comme le précurseur des physiocrates. Voy. extraits dans Miller cit. suprà , p. 66 et Pbcchio, Storia, p. 70. — C. Beccaria ( + 1793), Elemente de economia publica, écrit de 1769-71. {Leçons sur les sciences camérales, a Milan) imprimées pour la 1™ fois dans la collection des Scrittori Cl. P. mod. , t. xi, xii ; incline un

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peu à la physiocratie, dans son parallèle de l'agriculture et des autres industries , part. i,§ 14. — G. Filangieri (+ 1788), Délia législations Naples, 1780-85, vu vol. En Allemand , Ansbach , 1788-91 ; en Français , vin , vol. Paris , 1802.— 2° vol. des Scrittor. cl. P. mod. , t. xxxii ; demande la liberté de l'agriculture et do commerce et quelques impots ronciers seulement.

L'écossais Adam Smith ( né 1723 + en 1790) est l'auteur d'un troisième système {a) qui, supérieur aux deux précédents, en offre en quelque sorte un mélange, (en se rapprochant cependant plus de celui de Quesnay que du système mercantile) et reçut le nom de Système industriel ou de Smith (6). Plusieurs des vérités qui se rencontrent dans la doctrine de Smith, étaient connues et proclamées depuis longtemps par des écrivains antérieurs à lui (c); mais à Smith appartient l'honneur de les avoir présentées dans un ordre plus systématique, de leur avoir surtout imprimé le cachet de la clarté et de l'évidence, et d'en avoir fait une plus utile application.

(a) Ad. Smith, Inquiry in to t/ie nature and causes ofthe wealth of nations. Londres, ^676, m vol. nouv. édit. par Buchaxaiï, 1814,4 vol. Par Mac-Culloch, iv vol., 1828.— En Allemandpar J. F. De Schiller ; Leipzig, 1777-78, n vol., m e par Wichmann ; Leipzig , 1792 ; mieux par Garve , continué par Dorrien ; Breslau , 1793-96, iv; 3 e édit., 1810, m vol. —En français plusieurs fois; la meilleure traduction est cclledeG.GARRiER,Paris,6vol.8°,1822. Cet ouvrage vraiment remarquable, pèche cependant par Tordre et la méthode, ce qui, à notre avis, est cause qu'il n'a pas été plus proinptement répandu et goûté en Europe.

(b) Envisageant les bases économiques de chacun de ces systèmes, et leur manière de rendre compte et d'expliquer la cause du bien-être national , on peut les classer dans l'ordre suivant :

1° Système de la balance du commerce, ou de la production de l'argent par l'exportation des marchandises.

2° Système du revenu net produit par l'agriculture.

3° Système de la production des richesses par le travail de l'agriculture , des manufactures et du commerce.

(c) David Hume (+ 1776), Essays moral and Political; Edinburg, 1742; et seuls Political discourses, 1752 et saepius. Ces ouvrages se trouvent dans la collection des Essays and treatises on several subjects, Londres , 1753, iv vol., saepius. Les essais concernant l'économie, ont été traduits en Allemand par Kraus, 1800, Kœnigsberg; nouvelle édition, 1813.

L'Italie a donné le jour h plusieurs écrivains que nous pouvons regarder comme les précurseurs de Smith, bien qu'il ne les ait vraisemblablement pas connus ; entre autres, citons F. Galiatvi (+ 1787), Délia moneta; N a poli; 1730 et 1780 — Scritt. cl. P. mod. m, iv. Les excellents principes de cet ouvrage ont fait croire que le

INTRODUCTION

jeune auteur (à 21 ans) s'aida de l'expérience de deux anciens amis. F. G. Pagtuhi, Saggio sopra il giusto pregt'o délia cosa, 1771, — Scr. cl. P. mod. 11. — C. Beccaria , voy. § 42 (c). — Giammaria Ortes , dell econotnia nazionale. Venczia, 1774. — Scritt. cl. P. mod. t. xxi (très-remarquable, resta longtemps oublié dans la grande collection des économistes, jusqu'à ce qu'on le réimprimât enfin). — Heflessioni sulla popolazione, 1791. Scr. cl. t. xxrv, a ouvert le chemin battu plus tard par Malthus. — P. Conte Verri ( + 1797), Mcditazioni sulla econotnia polilica. Milan, 1771. — Scritt. cl. P. mod. xv, en français. Lausanne, 1771. — Réflexions sur V économie politique et à Paris, 1808, sous ce titre : Économie politique. — Allem. par Schmid, Manheim, 1785, et principalement : Hasse, cuinam nostri aevi populo debeamus primas œconomiœ publicœ et statisticœ notiones? Lipsia;, 1828, 4°. — Peccbio , Storia. Vid. suprà.

Voici les principes fondamentaux de ce système :

1° La source de toutes les richesses est le travail de l'homme, aussi la valeur des produits doit-elle s'estimer sur la quantité du travail qu'ils ont coûté.

2* Le travail de l'agriculture qui nous donne des matières premières n'est pas seul productif; les travaux du fabricant, du manufacturier, et du commerçant sont productifs aussi.

3° Les auxiliaires les plus importants de l'activité humaine sont la division du travail et l'emploi des capitaux.

4° Chacune des espèces de travail, celui de l'homme, celui de la terre, celui du capital ( n° 2 ), a un droit égal à la protection du gouvernement.

5° La libre concurrence détermine les prix des produits , et encourage l'activité des producteurs mieux que ne peut le faire l'intervention de l'autorité.

6° L'action du gouvernement sur l'industrie n'est utile, que lorsqu'il cherche à la dégager des obstacles qui en entravent le développement; hors de là, il faut laisser à l'industrie et surtout aussi au commerce une entière liberté.

7° Le gouvernement ne doit pas s'associer à la production des industriels dans la vue d'augmenter par là, ses ressources ; mais qu'il perçoive pour ses besoins, et de la manière la plus économique, des impôts sur le revenu net des citoyens.

Bien que certains principes de cette doctrine dussent être mieux déterminés, d'autres rectifiés (a), et que l'ensemble eût pu être exposé d'une manière plus systématique que ne l'a fait Smith, on peut dire que les bases en étaient si solides que les travaux de ses successeurs n'ont fait qu'en complé-

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ter le développement sans produire un nouveau système ; c'est là , le motif par lequel on considère encore aujourd'hui l'économie politique , telle que l'ont faite même les travaux les plus récents, comme le système d'Adam Smith ; cependant cette science ne s'en tient déjà plus aux seuls principes de cet auteur [b). Les progrès que l'économie doit aux travaux des Allemands (c), des Anglais (d), des Français (e) et des Italiens (f) , ont fait généralement apprécier davantage son importance et augmenter son influence sur le gouvernement des étals. C'est depuis qu'elle a été soigneusement distinguée de la pratique, que l'économie nationale est devenue plus complète, plus claire, et plus méthodique; et c'est surtout en Allemagne qu'elle a été élaborée avec succès.

{a) Pour connaître les adversaires anglais de Smith (Pownall, Craufurd, Hamilton, Gray), voy. Sartorius, Manuel de l'Économie politique, préface, p. rv, et Storch, Traité, 1. i, 77.

Un des plus remarquables est sans contredit Laudbrdalb, lnquiry into the nature and origin of public wealth. Edimbourg, 1804.

(b) Voir la bibliographie détaillée dans Steinlein, Volkswirthschaflslehre,\.\, 106, et Schmitthehner, ueber den C/iaracterunsererZeit, i, 129.

{c) 1° Ouvrages qui reproduisent la doctrine de Smith plus ou moins modifiée et refondue :

G. Sartorius ( + 1828), Traité d'Économie nationale. Berlin, 1796. Nouvelle édition sous ce titre : Éléments de la richesse nationale et de l'Économie sociale. Gœltingue,1806.

Cet auteur ainsi que le suivant a le plus contribué à vulgariser les doctrines de Smith en Allemagne.

A. F. Lurdrr ( t 1819), de V Industrie nationale et de C Économie sociale, d'après les principes «/'Adam Smitii. Berlin, 1800-4, 3 vol. — de l'Industrie nationale et de son action. Brunswick, 1808, (extrait de l'ouvrage précédent).

Chrétien Joseph Kraus (+ 1807), Économie sociale, publiée par Von Auerwald, après la mort de l'auteur. Kœnigsberg, 1808-11, 3 vol. Les 4 premiers seulement appartiennent à notre science; le cinquième contient la politique économique.

2° Ouvrages qui en reproduisant les idées de Smith, se distinguent par leur originalité et leur méthode particulière :

L. H. Von Jakob (+ 1827), Principes de VÉconomie nationale. Halle, 1805. 3" édit., 18215.

Chrétien VonSchloezrr, Principes de VÉconomie sociale. Riga, 180» à 1807, 2 vol.

J. Comte de Soden ( + 1831), l'Économie nationale. Leipzig, 1803 à 1829, 9 vol. Les trois premiers volumes contiennent l'Économie nationale, le quatrième un extrait et un résumé des trois premiers vol., le cinquième la science des finances, le sixième la science de l'aisance nationale (die Staalsnationalwirthschaftslehre),

INTRODUCTION. 3

Les trois derniers volumes n'appartiennent pas proprement à l'Économie politique. Soden et Jacob ont beaucoup contribué par leurs écrits , à donner à l'Économie politique, une forme scientifique (§15 {a)); toutefois on peut leur reprocher de n'avoir pas assez visé à la pratique. L'ouvrage de Soden contient de riches développements sur certaines matières.

G. Hufeland (+ 1817), Nouveaux principes de /'Économie sociale. Giessen, 1807-13, 2 vol. ( incomplet).

J. F. C. Lotz , Révision des principes fondamentaux de l'Économie nationale. Cobourg, 1811-14 , 4 vol. — Manuel de l'Économie sociale. 1821-22, 3 vol.; nouvelle édition, 1837-1838, (ouvrage d'un grand mérite).

J. P. ILvrll, Manuel de l'Économie sociale et des Finances. Erlangen, 1811.

F. B. Weber, Traité d'Économie politique. Breslau, 1813, 2 vol.

A. W. Von Leipzigbr, Esprit de VÉconomie nationale, et de V Économie sociale. Berlin, 1813 , 2 vol.

H. Storch (+ 1835), Cours d'Économie politique. S*-Pétcrsbourg, 1813, 6 vol.

— Paris, 1823, 4 vol. avec des notes explicatives et critiques, par Say. — Traduit en allemand et enrichi de notes par Rau. Hambourg, 1820, 3 vol. — Les notes se vendent séparément.

G. Comte Von Buquoy, Théorie de r Économie nationale. Leipzig, 1826, 4 vol.

— et 3 cahiers supplémentaires, 1816-18.

J.F. G. Eiselen, Principes fondamentaux de l'Économie sociale. Berlin, 1818. Voie Ehrenthal , de l'Économie sociale, d'après les lois de la nature. Leipzig, 1819.

A. F. Lueder, l'Économie nationale ou la science de l'Économie politique. Jéna,1820.

R. Arrd, Nouvelle science des Richesses. Weimar, 1821. — Principes matériels et conditions morales de la civilisation Européenne. Stuttgard, 1835.

J. A. Obbrndorffer, Système de l'Économie nationale. Landshut, 1822.

L. H. L. Poelitz, Économie du peuple, Économie de TÉtat, Science des Finances, Scienccde la Police. Leipzig, 1827, 1" édition 1823; 2 e édition, 1827.— (Cet ouvrage forme le second volume du traité intitulé ; A<?a Sciences politiques mises au niveau des progrès du xix° siècle).

Voir Seutter, la science de l'Économie sociale. Ulra, 1823, 3 vol.

G. F. Krausen, Esquisse d'un système d'Économie nationale et sociale. Leipzig, 1830, 2 vol.

F. J. Schm itthenner, Principes élémentaires des sciences historiques et Politiques. Giessen, 1830, 1 vol. , pag. 104 , 214 , 287.

R. Steinlein, Manuel de la science de l'Économie politique. Munich, 1831.

R. F. Scrbnk, des Lacunes de l'Économie politique, V r vol. ; Principes fondamentaux de l'Économie politique, 2» vol.; Principes de la science de Vaisance nationale. Stuttgard, 1831).

K. S. Zacharlab, Économie sociale. Heidclberg, 1831, 2 vol. (c'est le 3« vol. de l'ouvrage intitulé : xl livres de l'État).

K. Von Rotteck, Politique économique. Stuttgard, 183:5.

INTRODUCTION

J. Schoen, Nouvel essai (T Économie nationale, etc. Stuttgard, 1835.

0. P. Poxs, r Économie de l'État. l rc section : Physique de la société. Berlin, 1830.

3° Collection de dissertations, écrits périodiques, monographies, etc.

Vos Struensee, Dissertations sur des matières importantes de l'Économie sociale. Berlin, 1800, 3 vol.

G. Sartorius, Dissertations sur les éléments de l'Économie nationale et sociale. Goetlingue, 1806.

C. F. Krausen, Traités sur différentes matières d'Économie sociale. Kœnigsberg, 1808.

R. Murhard, Idées sur des matières importantes du domaine de l'Économie nationale et sociale. 2 vol. Gœttingue, 1808.

K. H. Rau, Cfmsidérations sur r Économie politique. Leipzig, 1821.

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