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DES RAPPORTS DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE AVEC D'AUTRES SCIENCES

La science de la politique économique ainsi que celle des finances, sont des branches de la science du gouvernement, c'est-à-dire qu'elles ont pour objet les besoins de l'État que le gouvernement doit satisfaire. Ces besoins dérivent de la haute mission que la raison assigne à l'État. La partie de la science sociale qui nous donne l'idée de l'État, de ses devoirs , ainsi que de ceux du gouvernement (droit public général, politique philosophique) est donc la source des règles et des principes généraux de chaque branche de l'administration publique, et par conséquent aussi des sciences de l'aisance nationale et des finances.

La science sociale envisagée sous ce point de vue, doit nous enseigner les rapports qui existent entre les devoirs que lui impose l'économie nationale , et la haute mission de l'État.

Les obligations de l'union sociale, relativement aux besoins du gouvernement, nous font connaître le but de la science des finances (§14); mais pour ce qui concerne la science de la politique économique (Volkswirthschaftspflege), son caractère et ses devoirs se révèlent par les observations suivantes :

1° Le besoin général de subsistances et de jouissances matérielles est un puissant levier qui pousserait aisément l'homme au mépris du droit, s'il n'y avait des moyens de l'apaiser , compatibles avec le respect des lois. Les ressources que l'administration de la justice et la police mettent au pouvoir du gouvernement, ne suffiraient donc pas pour maintenir la tranquillité

intérieure, si l'on ne facilitait l'acquisition des richesses , en encourageant de toutes les manières les travaux utiles.

2° Une fortune honnête donne les moyens d'encourager les travaux dont les produits embellissent et ennoblissent l'existence. La richesse des nations favorise le développement de l'esprit, et la propagation des lumières; elle élève les sentiments de proche eu proche ; et l'histoire enseigne qu'il y a une connexion intime entre la richesse et la civilisation. Les sciences et les beaux-arts ne sont ni recherchés ni cultivés par des peuples pauvres; et leurs progrès concourent réciproquement d'une manière puissante au développement de l'industrie (a).

3° L'activité et l'épargne sont les causes les plus énergiques de la formation des richesses, et le développement moral de l'homme y gagne en proportion des encouragements que le gouvernement y donne.

(a) L'histoire ne mentionne aucune nation qui ait été paresseuse, pauvre, et policée tout à la fois ; elle ne fait pas connaître un seul peuple civilisé qui ne vécût au sein de l'industrie et de la prospérité. Voy. Lueder, sur V Industrie nationale ( ttber national Industrie ), i , xxxii.

i° On a parfois exprimé la crainte que le développement industriel ne se fit aux dépens des qualités morales, et n'inspirât un désir immodéré du gain. Mais il ne faut pas perdre de vue non plus que la misère détruit la noblesse des sentiments ; que si le développement social fait inévitablement naître des dangers pour les mœurs, c'est au gouvernement et à l'église, qui doivent au peuple les bienfaits de l'éducation, qu'il appartient de circonscrire la poursuite de ses intérêts dans de justes bornes, en subordonnant les soins de ceux-ci à des principes plus élevés (a).

5° Quand la richesse nationale augmente, le gouvernement voit aussi s'augmenter ses revenus, et peut mieux encourager le développement de l'activité industrielle (b).

6° Le gouvernement doit par de sages mesures, protéger tout ce qui peut favoriser le bien-être général lorsque l'industrie particulière des citoyens ne peut suffire seule à l'assurer. C'est un des devoirs que lui imposent la conservation et la défense de ce bien-être (§14).

(a) Les anciens avaient principalement à cœur de simplifier les besoins et de les combattre , tandis que dans les temps modernes on a préféré faire servir ces besoins à l'encouragement des travailleurs, en les satisfaisant ainsi par des motifs et par des moyens louables. Voy. Pecchio, Storia délia Economia public a, p. 290; Droz, Economie politique, p. 282. ^

(b) Voy. Za.charia£ , vierzig Bûcher vont Staat, i, p. 3455.

INTRODUCTION

La partie pratique de l'économie politique, se compose donc d'un ensemble de principes combinés de la science du gouvernement et de l'économie : celle-là nous fait connaître la fin que le gouvernement doit se proposer, celleci, les moyens les plus propres à employer pour y parvenir. La politique économique doit donc quant à ses principes fondamentaux au moins , trouver sa place dans la science du gouvernement qui est une partie de la science sociale, mais particulièrement dans la politique. Cependant si on comprenait la science de la politique économique, et celle des finances tout à fait dans cette partie, elles ne pourraient pas y recevoir une exposition aussi complète que dans l'économie politique [a). L'économie nationale n'est pas une branche de la science sociale , si l'on entend par cette dernière l'ensemble des principes qui assignent à l'État une destination conforme aux maximes de la raison, mais un de ses plus puissants auxiliaires (b).

{a) La même chose a lieu pour plusieurs matières d'administration publique. Par ex. : la science sociale abandonne les spécialités de la stratégie , de la tactique, de la fbrtilication et de l'escrime à la science militaire ; mais elle lui emprunte des principes généraux, pour la création des moyens de défense, la connaissance des différentes espèces d'armes , etc. II en est de même des données de la science de la police sur les règles de l'hygiène publique , qui doivent être appuyées en théorie et en pratique sur la connaissance de la médecine ; et de l'éducation publique, par rapport à la pédagogie.

{b) Voy. Poblitz, les sciences politiques, etc., (dieStaatswissenschaflen), t. h, p.8,2-édit., 1827.

On peut avec raison considérer l'économie politique comme faisant partie des sciences sociales (latiori sensu) , c'est-à-dire de celles qui ont pour objet la vie civile. Des auteurs récents (Eiseles, Ilandb.der System, der Staatsiciss : 1828; et Schmitthetïser, Grundriss. der historis. und politisch. Wis&ensch., 1830, p. 30), ont rangé l'économie politique parmi les sciences politiques, parce que, d'après eux , celles-ci doivent donner aussi un tableau de la vie publique.

L'économie politique met fréquemment à contribution les différentes théories de l'économie privée, surtout celles de l'industrie, (la science des mines, l'agriculture, la science forestière, la technologie, le commerce).

1° Plusieurs de ses principes y ont leurs racines, y trouvent leur explication ou leur développement {a).

2° La partie pratique de l'économie politique ( Staatswirthsschafspflege )

INTRODUCTION

a aussi besoin de leurs secours tant pour l'intelligence des mesures de protection que l'Étal doit prendre en faveur de l'industrie , que pour les branches de celle-ci qu'il exploite lui-même , et l'imposition du revenu provenant de l'activité industrielle.

(a) Quand même la technologie ne serait pas nécessaire pour la connaissance de l'économie nationale , on ne peut nier qu'elle ne soit d'une grande importance pour cette science, ni contester les secours qu'elle lui prête.

L'histoire politique nous apprend à connaître les ressources des états dans les temps passés; la statistique nous les fait connaître dans leur actualité. L'histoire politique des temps modernes, plus instructive que celle d'autrefois pour l'art du gouvernement , nous offre une foule d'exemples précieux des mesures que prirent les gouvernements dans maintes circonstances, et des bons ou mauvais effets qui en furent la suite. Ces enseignements d'un haut intérêt, sont indispensables pour l'homme d'état, car il est rare que dans l'administration publique on puisse se livrer à un essai sans compromettre gravement le bien-être général; il faut donc les puiser dans l'étude des expériences de nos devanciers.

La statistique fournit les faits , à l'aide desquels on peut tracer le tableau de la situation d'un état, à une époque donnée ( généralement au temps présent). Les données sur la richesse occupent une place importante dans les colonnes de cette science , parce qu'elles se laissent facilement exprimer en chiffres, ce qui est fort à désirer pour la statistique. L'enseignement de celle-ci sur la production, le partage, la possession et la consommation des richesses matérielles d'une nation, et sur la situation des finances est du plus haut intérêt pour l'économie politique ; il complète et confirme les principes de cette dernière, les justifie, et en facilite l'application dans plusieurs circonstances; l'économie politique à son tour est pour la statistique un auxiliaire puissant , en lui indiquant le point de vue sous lequel ses données peuvent être recueillies, vérifiées et classées. Il est donc d'une grande utilité pour ces deux sciences , de faire marcher leurs expériences de front (a).

(a) Voy. AwciLLOii , de la conciliation des extrêmes en politique, i, 88. Sat, Cours, t. iv , p. 233. II reste encore beaucoup à faire dans cette voie, et de non- , ▼elles études sur la théorie de la statistique promettent de combler ses lacunes. Les principaux écrivains qui ont fait marcher de pair, la statistique et l'économie, sont:

INTRODUCTION

L. Krug , considérations sur la richesse nationale de la Prusse, Berlin, 1805, 2 vol.; — Gatulh , théorie de ^économie politique fondée, etc., 1822, 2 vol.; — Chaptal, Industrie française, 2 vol., Paris, 1819;— Vo* Malchus, Statistik und Statenkunde, 1826; — Bebnouilu , Archiv. suiss. pour la Statistique et l économie sociale, 1827-31 , 8 volum. ; — Dupiw , forces productives et commerciales de la France, 1828, Bruxelles, 2 vol.; — Mac Culloch, dietionnaire du Commerce.

L'économie politique est du plus haut intérêt sous beaucoup de rapports et eierce une grande influence sur la vie pratique.

1° Elle donne aux agents de toutes les administrations des règles sûres de conduite (en matière de police, sensu latiori) dans les devoirs les plus importants qu'ils ont à remplir (§ 15).

2° Elle enseigne aux agents de l'administration des finances les principes et les secrets de leur science.

3° Elle rend de grands services à d'autres agents du gouvernement, notamment aux magistrats; car elle leur révèle la nature des rapports des propriétés ; sans son secours , il est impossible de faire des règlements sur l'usure, les devoirs et les charges des gens de campagne, les matières d'agriculture, et souvent la décision des affaires soumises au juge, présuppose la connaissance des principes et des lois de notre science (a).

4° Elle donne à tout homme qui aime à penser, des notions précieuses sur des phénomènes dignes d'attention et d'intérêt qui se reproduisent chaque jour dans la vie, mais qu'on ne peut bien apprécier sans son secours, elle prévient ainsi beaucoup d'erreurs et de jugements précipités (6).

5° Enfin elle enseigne à l'ouvrier, quelle est ou quelle peut être l'importance de son travail dans la production générale, et lui fait connaître les procédés qui sont le plus généralement utiles , les plus sûrs et les plus productifs (c).

{a) Say, Cours , t. i , 40 et suiv.

(b) Par ex. sur le commerce des grains, les taxes, etc.

(c) Say, Cours , t. î, p. 8 a 48. — Schulze (sur la nature et Vétude des sciences économiques ou Camérales, Jéna, 1826) a essayé une exposition de l'économie sociale , comme base de la technologie.

INTRODUCTION. 17 §27

Pour celui qui embrasse l'humanité sous un point de vue universel et moral, l'économie politique a aussi des consolations vraiment douces (§ 20-21); n'a-t-elle pas en effet démontré à l'évidence, quant aux rapports internationaux, que la prospérité d'un peuple n'est pas le prix de l'abaissement des peuples rivaux, des exactions et de l'affaiblissement de l'industrie de ses voisins ; mais qu'elle repose sur leur industrie réciproque et la liberté du j commerce qui en est la conséquence. Aussi les peuples ont-ils généralement cessé de croire que leur activité industrielle est paralysée par celle de leurs voisins, et cette opinion a été puissante pour faire respecter l'existence politique de toutes les nations, et cimenter entre elles des rapports d'amitié.

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