LIVRE CINQUIÈME. INTRODUCTION
Les phénomènes dont nous allons particulièrement étudier la nature dans les différentes industries, sont :
1° Par rapport à la production :
a. La part contributive de chaque espèce d'industrie à l'ensemble de la production, d'où dépend surtout son importance pour la consommation générale ;
b. Le nombre et l'action des agents producteurs qui sont nécessaires dans telle ou telle industrie, et leur rapport réciproque;
c. Les différentes manières de produire.
2° Sous le point de vue de la division des richesses :
a. Le prix des produits dans les différents états de la société;
b. Les conditions de la demande;
c. La part qui revient aux ouvriers et aux entrepreneurs sur le produit de l'industrie, leur situation respective.
3° Sous le rapport de la consommation :
a. La valeur et le nombre des produits nécessaires à telle ou telle consommation;
b. La réaction de celle-ci sur la production.
PREMIÈRE DIVISION
PREMIÈRE SECTION
Cette industrie (a) fournit la société de produits regardés avec raison comme étant de la plus haute valeur, et propres aux besoins les plus généraux et aux usages les plus variés. Parmi ceux-là, il faut ranger plusieurs métaux, entre lesquels le fer occupe le premier rang, parce que, de même que les moyens de subsistance, il est nécessaire dans toutes les industries. A ce produit des mines, qui n'est pas il est vrai indispensable bien que d'une trèsgrande utilité, il faut ajouter tous les métaux précieux et autres, tels que le sel, la houille, la terre de porcelaine, etc. , etc. La plupart de ces produits sont employés dans les arts comme matières premières ou comme matériaux, et exigent, pour leur exploitation ou leur transformation, du travail et des capitaux (0). Le travail des mines ouvre une vaste carrière aux applications de la mécanique, science qui est d'une importance non moins grande pour d'autres industries (c). Plusieurs produits des raines, la houille particulièrement, ne peuvent pas être envoyés au loin à cause des grands frais qu'entraîne leur transport ; il est donc d une bien haute importance pour une nation de posséder, sur son territoire, des mines de cette espèce (</).
{a) Nous commençons ce livre par les travaux des mines, non pas a cause de leur importance relativement plus grande , mais parce qu'on est dans l'habitude de commenter par là, dans le système des travaux de l'agriculture ($97).
(à) La Silësie avait, en 1791, 1171 ouvriers mineurs et en outre 1990 ouvriers dans les usines où l'on travaillait les métaux. Voy. Koehler, Journal de Bergman,
1793 , i, 277-278 (allem.). Les mines de fer, dans le Oberharze, occupaient 233 ouvriers, et les fonderies 335.
(c) Karsten , Archiv. fur Bergbau und Hûttenwesen, i, 1 er cah., 1818. Voy. Lotz, Traité, i, 263. — Hacsmann, de l'État actuel et de l'importance des montagnes du Hanovre; Gœttingue, 1823 (allem.).
(d) Un pays qui possède des mines de houille peut livrer à l'agriculture, des champs qui devraient sans cela être consacrés à la culture du bois , et peut assurer à ses manufactures une existence qui serait nécessairement menacée , si le prix du bois était très-élevé.
Franklin disait : m que les mines de houille et les canaux ont élevé l'Angleterre à la prospérité où elle est parvenue ». Luder, Économie nationale, p. 169. On évaluait autrefois le produit des mines de l'Angleterre à 180 millions de quintaux par an ; aujourd'hui on l'estime à 18 millions de tonnes (à raison de 2240 liv. angl. ou 2171 liv. de Prusse la tonne) ou 390 millions de quintaux, tandis que les mines non moins riches de Y Autriche, ne donnent que 2 '/< millions de quintaux. Voy. André, Zatdenstatistik , i, 181. On compte que YÉcosse, en supposant que l'exploitation des mines y continue sur le même pied qu'aujourd'hui, a encore pour 3,488 années de houille en réserve (Nouv. éphémérid. degéogr. univers., vu, 3* cahier (allem.) ). 390 millions de quintaux équivalent à-peu-près au même nombre de schetfel de Prusse. Or, comme 12 quintaux de houille, d'après Rersten (voy. HertAa, novembre 1828, p. 236) ou 14 d'à rès Hundeshagex, ( Forstpolizei, p. 246) , équivalent à 1 klafler (1 mètre, 949 cent. ) de bois, ou un tiers de klafter de charbons de bois , on peut estimer que la production annuelle de houilles , de la Grande Bretagne, comme équivalente à 28-32 millions de klafter de bois; or, à raison de 2/s klafter par arpent, il faudrait donc couper annuellement 70 à 80 raillions d'arpents de bois, pour remplacer la houille fournie par l'Angleterre. Mais une forêt de cette étendue couvrirait 3,255-3720 lieues carrées, ou 38 à 67 0 / o de la surface de l'Angleterre et de l'Irlande! On compte que la houille que produit l'Angleterre, évaluée au prix auquel la paie le consommateur (32 kreutz. le quintal, et 16 kreutz. à la fosse) donne une valeur plus grande que le produit des mines d'or et d'argent de l'Amérique, au commencement du 19° siècle, valeur qu'on peut estimer respectivement à 18 et 8.900,000 liv. sterling. Voy. Piouv. annales des voyages, janvier
1828. — En Prusse on exploite 7 millions de tonnes ou 28 millions de quintaux de houille ; et le quintal y coûte 28 kreutzer au consommateur. Voy. Ferber , JVouv. annales, p. 81. — Les Asturies ont aussi des mines fort riches, le quintal n'y coûte que 22 kreutzer, rendu à bord du navire; Revue encyclopédique, avril
L'exploitation des mines exige un grand capital pour les raaga^s , les machines et le bois. Dans les pays peu peuplés et où l'industrie n'est pas encore fort développée , le bas prix des bois {a) et la richesse des filons {b)
offrent un avantage immense, qui est malheureusement trop souvent contrebalancé par la rareté des capitaux et des bras, et le petit nombre d'hommes capables de diriger les travaux (c) (§ 185). C'est par ce motif que les mines des pays riches et bien peuplés sont, malgré la concurrence de l'étranger, toujours exploitées au moins pour la consommation de l'intérieur. Mais lorsque les travaux d'art et les capitaux sont parvenus à un prix fort élevé, les frais d'exploitation doivent augmenter dans la même proportion, et l'on peut ainsi se trouver dans la nécessité d'abandonner entièrement certains travaux, vu l'impossibilité de soutenir la concurrence des pays dont les mines sont plus riches.
(a) Et du travail aussi ; en Amérique, sous l'administration espagnole, les naturels étaient forcés de travailler dans les mines pour fort petit salaire. En Sibérie on y fait travailler les criminels, les paysans qui doivent la corvée, et d'autres qu'on y appelle comme recrues. Dans les montagnes de Y Altaï, il y avait en 1826, 17,314 recrues, et 87,000 corvéables employés aux travaux des mines. Voy. Leoebour, Voyage dans les montagnes de l'Altaï (allein.).
(b) Au Chili, d'après Hall , le cuivre se montre à la surface du sol , et peut être exploité avec la plus grande facilité. Ce métal s'y vend de 11 è 13 piastres le quintal (27-32 fl.), ce qui est à-peu-près la moitié du prix qu'il coûte en Europe. — On estime par contre, que dans le Harz, dont les mines sont exploitées depuis le 10* siècle, et donnèrent le revenu le plus abondant en 1725, plusieurs seront épuisées et cesseront d'être exploitées avant peu d'années, savoir : à Andréasberg, dans 20-30 ans; à Lautenthal, dans les mines de Wildemann et de Cellerfelder, dans quelques années , et dans 8-10 ans les mines de Burgstadt, près de Clausthal. Voy. Oftmàws, Preisschri/t , en abrégé, dans le magasin de Hanavre, 1824, n» 3-3. Mais heureusement la découverte de plusieurs nouveaux filons a dissipé les inquiétudes que donnaient l'épuisement des anciennes exploitations. Voy. Halsmanw, déjà cité, p. 170-172. — Dans plusieurs contrées de V Allemagne, principalement en Bohême, on exploitait au moyen âge des quantités considérables d'or et d'argent , auprès desquelles la production actuelle n'est que fort peu de chose. Kuttenberg en Bohême, donnait seul en 1303, un revenu brut de 32,000 marcs . et plus tard encore davantage. Joachim Sthal et Freiberg donnaient encore des produits immenses au 13 e siècle. Voy. Fischer, Histoire du commerce de l'Allemagne , i, 81, 270, il, 112, 319, 633 (allem.).
(c) Les travaux des mines étaient autrefois très- imparfaits et peu suivis en Amérique : on avait des méthodes vicieuses qui faisaient perdre beaucoup de métal, et l'on exploitait sans machines. — Ces dernières sont cependant d'une grande utilité dans les travaux souterrains ; elles servent principalement à l'extraction du minerai, et à puiser l'eau qui est un obstacle aux travaux. On a calculé qu'une roue à augets, construite en 1788, pour l'exploitation du Jonge-llohcbirke , en Saxe, destinée à remplacer un cabestan dont on s'élait servi jusqu'alors, pour l'extraction du minerai, devait produire une économie annuelle de 666thalcrs, ce qui fait 19 °/,du capital de 3,374 thalers qu'on employa h sa construction. Lempe .
Magasin pour l'exploitation des mines, vi, 67. Dresde, 1789 (allem.). Dans un autre cas, où il fallut faire une nouvelle fosse, qui coûta 5,141 thaï., l'économie annuelle fut de 740 thaï, ou 14 1/2 0 / o du capital. — Ibid., vu, 238. — La machine hydraulique construite \\ Clausthal pour Pépuisement des eaux , a coûté 24,000 lhalers. L'application des capitaux et des procédés mécaniques qu'ont fait les Européens à l'exploitation des mines de V Amérique, aurait produit de grands résultats, s'ils ne s'étaient en général livrés à ces entreprises, sans avoir des connaissances suffisantes, et avec trop de précipitation; aussi en est-il résulté de grandes pertes pour les actionnaires. Voy. Quarlerly Rcview, juin 1827, p. 81 et 2 e avis général de la direction des sociétés allemandes pour V exploitation des mines de l'Amérique. Elbcrfeld , 1828.
L'exploitation des mines d'or et d'argent est celle qui donne le moins de profits aux entrepreneurs, tant à cause du bas prix des frais de transport de leurs produits que de la grande concurrence qu'on rencontre dans ces travaux (§ 169) et de la petite quantité de ces métaux qu'on livre à l'industrie manufacturière des pays où on les produit. Les mines de l'Amérique même, n'ont en général pas donné de grands profits (a) ; mais ceci doit en grande partie être attribué aux procédés métallurgiques peu avancés qu'on y employait (§ 551 (b)). Quant aux autres minéraux, et principalement le plomb, le fer et la houille, etc., ils atteignent, lorsque la demande en est grande, un prix qui, déduction faite des frais de production, permet de réaliser de grands bénéfices {b). En général ces bénéfices n'échoient pas aux propriétaires du sol comme fermage; d'après la législation de la plupart des états modernes, le droit d'exploiter les mines n'est pas une conséquence du droit de propriété, et les prétentions du propriétaire se réduisent à une indemnité pour la partie de son terrain dont on le prive dans l'intérêt de l'exploita tion.(r).
(a) Un des voyageurs les plus récents, H\ll. a confirmé ce que Smith a dit sur la foi de données déjà anciennes, savoir : qu'en Amérique on hésite à entreprendre l'exploitation d'une mine d'argent; mais que celle d'une mine d'or, offre toujours de grandes chances de perte , quoiqu'il ne manque pas d'exemples d'entrepreneurs qui y ont amassé de grandes fortunes. La part que le gouvernement prélevait au Pérou, sur l'exploitation des mines d'or et d'argent, était d'un 1/3 à 1/10 sur le revenu net des mines d'argent, 1/20 pour celui des mines d'or; à Mexico, ce droit s'élevait en 1780, jusqu'à 3 °/ 0 pour les mines d'or.
La mine Anima Valenciana produisit en 43 mois, de 1787-1791 :
Brut 1,737,032 marcs, ou . . . . 13,186,483 piastres. Les frais, et la part de l'état s'élèvent à 10,232,330
Revenu net des entrepreneurs 4,933,933 piastres.
? C'est aussi la plus riche du Mexique, et l'on ne peut pas juger des autres d'après celle-ci. Récemment son revenu net est tombé de 5 °/«, principalement parce que, depuis 1811 , il s'y est manifesté des voies d'eau qui remplissent la plus grande partie de sa profondeur. Storch , n, 77, iv, p. 21. — Adams, The actual state of the Mexican mines, 1821$. — Heidelb. Jahrbucher, 1823, p. 712. — Au Brésil , le droit prélevé par l'État sur l'exploitation de l'argent est encore de i/s du revenu , quoique les exploitations y soient peu actives. Spix et Martius , Voyages t i, 146.
— Dans la Caroline du Nord, on loue les couches d'or nouvellement découvertes depuis quelque temps, à i/4, à 1/2 de leur revenu net; mais ce n'est que dans l'espoir de faire des découvertes extraordinaires que les entrepreneurs se décident à donner un si haut prix. — Voy. Olmsted, dans Taylor, Philosophical magazine, n° 32», p. 373. — On évalue le revenu net de la mine de Himmelsfursten (la mine d'argent la plus riche de la Saxe ) , à 27 °/o de son revenu brut , celui de la mine de Dorothea, près de Clausthal , s'élevait autrefois à 30 °/„; mais il y a en revanche dans le tlarz, des mines qu'on n'exploite qu'avec perte, de sorte qu'à tout prendre, on peut estimer le revenu net de toutes, en moyenne, à 10 "U. Quant aux mines du Oberharz , il n'y en a que 6 qui donnent des bénéfices , 4 remboursent les frais d'exploitation , les autres donnent de la perte. Hausmakn , déjà cité , p. 163, tab. v. Les détails que nous avons sur le produit de plusieurs mines de la Saxe (Lempe, Magazin, v, 93), démontrent clairement l'influence de l'importation des métaux moins chers que nous envoie l'Amérique, sur les mines de l'Europe. Le revenu net que se partageaient entre eux les entrepreneurs de l'exploitation de YAnnaberg, était
En 1496-1303, année moyenne, de 60,499 florins. 1362-1571 .» 11,368 »
Les notices sur le revenu net de la mine d'argent de Sala, en Suède, nous offrent le même exemple :
Au 13* siècle, année moyenne, 17,276 thaï.
17° siècle » » 3,072 »
18» siècle » »' 1,832 »
Voy. Hausmaitî» , Voyages en Scandinavie, iv, 311. Gœttingue, 1816.
(b) Les grandes mines de cuivre de Hœraa en Norwège , rapportaient en 1767, 271,778 lhalers de revenu brut, et 146,204 thalers de revenu net, ce qui fait 33 */o à raison de 80 thalers danois, pour le schippond (300 liv.) de cuivre de rosette.— Voy. Schloezer, Correspondance, 5 e cahier, p. 273. D'après les données de Uausmaicw , Voyage en Scandinavie, v, 237, elles donneraient encore 47 •/„.
— Les mines de plomb à'Écosse. et celîes d'étain de Comouailles, rapportent, d'après Smith , 16 2/3 »/,. Cependant on a prétendu récemment, qu'en général elles
ne donnent pas de revenu net, mais que les bénéfices des unes compensent les pertes des autres. — Les mines de houille de la principauté de Schiaeidnitz ont donné, terme moyen, pendant un espace de douze ans, de 1778-90, un revenu net de 25 2/5 •/« (voy. Koehler, Journal des mines, 1792, 1, 82); les mines de houille de la Silésie en général , en 1790 , 33 °/ 0 ( Fbid., 1 , 47 ).
(c) Parfois il reçoit, pour cette indemnité, une certaine part des produits de la mine. Schenck, Volksioirthschlehre, p. 184.
L'exploitation des mines est plutôt le fait d'une société de capitalistes que d'un simple particulier, et la raison en est sensible : c'est que ce travail exige de grands capitaux, que le capital engagé qui en forme la plus grande partie ne peut pas être facilement réalisé, qu'on ne peut pas s'attendre chaque année à un revenu net, qu'il faut même parfois débourser, au lieu de recevoir. Or un individu qui aurait à supporter seul, un pareil fardeau et à courir les risques inévitables d'une pareille entreprise, pourrait voir sa fortune ébranlée et éprouver de la gêne dans ces moments de crise qu'il est impossible de prévenir; il n'y a d'exception à ceci que pour les petites exploitations, dont les produits sont en quelque sorte à la surface du sol, ou pour des propriétaires fort riches. Aussi en général les mines sont-elles exploitées par des sociétés [Gewerkschaften) dont le capital se divise en actions {Knxe), bien plus fréquemment qu'aux dépens d'un seul particulier {Eigenlchner) (a). On voit donc que la plupart de ceux qui entreprennent l'exploitation des mines ne forment pas une classe à part d'industriels, mais se rangent dans la classe des capitalistes (b).
(a) Ce mot eigenlehner s'applique aussi a un petit nombre d'intéressés, (pas audelà de 8). Mittermaibr, Privatrccht, § 302.
(b) Au Chili l'entrepreneur (Minero) est en général un homme qui n'a pas de capitaux et qui en emprunte aux capitalistes ( Ifabilitador), lesquels courent les risques de l'entreprise.
Les ouvriers qui travaillent dans les mines sont rarement entrepreneurs en même temps (a) et, en général, ils ne travaillent qu'à la journée. Les travaux des mines ont un caractère tout particulier; ils exigent de l'expérience, une certaine force physique, et ils exposent les ouvriers à de nombreuses incommodités et à de grands dangers (6). Tant que les exploitations sont florissantes et qu'il n'y a pas une trop grande offre de bras, les salaires peuvent être fort élevés ; mais dès que l'on ne peut plus donner d'extension aux travaux , dès qu'on doit au contraire les restreindre . les salaires baissent inévilable-
ment ; car les mineurs sont tellement inféodés à leurs travaux et aux habitudes qui s'y rattachent, que Ton ne voit pas parmi eux, les fils abandonner volontiers la profession et la demeure de leurs pères (c); aussi l'offre de bras est-elle toujours grande dans cette carrière. Le zèle, la simplicité des besoins, la modération des ouvriers mineurs {d) les rendent heureux malgré leurs ressources peu étendues.
{a) Sauf dans les travaux faciles, tels que ceux dont nous avons parlé $ 353 , par exemple dans les exploitations où le minerai se trouve à la surface du sol.
(b) Tels sont les travaux des piocheurs qui sont dans une position inclinée et difficile, de ceux qui doivent travailler sur de hautes montagnes. A Heiligenblut, en Carinthie, on travaillait en 1798 jusqu'à 10,000 pieds d'élévation au-dessus de la surface de la mer. Les ouvriers qui. exploitaient les mines d'or, dans la région des neiges, ne descendaient qu'une fois par semaine dans la vallée, et étaient exposés sans cesse au danger des avalanges. De nos jours il y a plusieurs mines encore voisines de cette région, dans le district de Salzbourg. Voy.ScHULTES, Voyage au Glockner, u, 48, 1801. Au Rosa, la dernière hutte des mineurs est à une lieue d'élévation dans les neiges, il en est de même à Piotasco, au Chili. — Dans le harz supérieur il périt annuellement 10-12 ouvriers. Hausmanx, 89.
(c) Ce qui y contribue, c'est que dans cet état, les enfants peuvent gagner un petit salairede fort bonne heure. Dans le harz supérieur, le salaire par semaine :
D'un gamin employé à bocarder, est de 34-42 kr.
D'un ouvrier mineur , de 108-180 »
D'un aide dans les fonderies (de celui qui amène la mine, d'un
chauffeur), de 162-270 »
D'un fondeur, de 270 kr.
Les mineurs tâchent encore de s'y faire quelques profits, en faisant la récolte du foin. Hausmato, 59 et 69, et tab. i. II en est de même des mineurs allemands et esclavons en Hongrie; voy. Csaplovics, Tableau de la Hongrie, u, p. 111, 1829 (ail.).
{d) Le travail à forfait ou par entreprise stimule le zèle ; les travaux des champs, des bois, permettent aux mineurs de gagner quelque autre chose dans les heures de loisir. — Les mineurs de Cornouailles entreprennent leur travail à la mesure, pour une partie du revenu brut, par adjudication publique et au rabais, et ils y trouvent leur avantage. Voy. Quarterly Revicw, juin 1827, p. 81 .
Quand les mines sont exploitées sur une échelle plus étendue que ne le demande la consommation du pays, l'on voit naître parfois de grandes crises dans les contrées où celte industrie est la principale; les capitalistes sont assez facilement entraînés par quelques exemples de grands bénéfices réalisés dans l'exploitation des mines, à y mettre plus de capitaux qu'il n'est raisonnable,
et la hausse des salaires fait naturellement augmenter l'offre de bras. Cette mesure imprudente a souvent fait négliger d'autres travaux productifs (a) et plongé plusieurs générations d'ouvriers dans la misère, quand les mines venaient à s'épuiser, et que la demande diminuait {b). Mais d'un autre côté, la prospérité des mines peut en fort peu de temps, répandre l'aisance dans des contrées éloignées et jusques là abandonnées (c).
{a) II parait que cela avait déjà lieu au 8° siècle, en Bohême, sou» le duc Krzesomisl, au point que l'indifférence pour l'agriculture occasionna souvent des chertés et des disettes. Fischer, Histoire du Commerce, i, 91. De pareilles méprises ne peuvent être que transitoires.
(b) Nous en avons un exemple remarquable dans la ville de Konsberg (en Worwège). Sa fameuse mine d'argent occupait 2,500 ouvriers, le quart de la population de Konsberg jusqu'en 1805, époque où l'administration danoise l'abandonna entièrement, parce que depuis 1750, elle avait coûté tous les ans 70,000 thaï, au-delà de ce qu'elle rapportait. Là. où l'on voyait autrefois une immense population de mineurs descendre b la pointe du jour dans les entrailles de la terre et revenir avec plaisir a la chûte du jour, se reposer à la flamme de son modeste foyer, on voit aujourd'hui les avenues de la mine désertes, et les rues de la ville couvertes de mendiants qui y étalent la misère de leur accoutrement, et dont les faces décharnées et livides accusent les plus grandes privations. Hausmawn, Voyage en Scandinavie, n, § 2. — Depuis quelques années on a recommence à exploiter cette mine, et on en tire de grands revenus 277).
(c) On en trouve des exemples dans Muruard, Théorie politique du commerce, i, 59.
DEUXIÈME SECTION