‹ Traité d'électricité et de magnétisme et des applications de ces sciences à la chimie, à la physiologie et aux arts (volume 2)Chapitre 12 sur 27 · I-IIKMIMENKS I.SVKHALA · texte numérisé non relu

I-IIKMIMENKS I.SVKHALA

lequel on substitue un fil de torsion, en argent ou en laiton non recuit, au fil de soie auquel est suspendue l’aiguille aimantée, et l’on mesure par la torsion sur un tambour disposé à cet effet, comme on l’a dit à propos de la balance de torsion (voir page f 0), de combien de degrés il faut tordre le fil métallique pour ramener toujours l’aiguille au zéro de la division du cercle du multiplicateur, ou à sa position première. L'angle de torsion donnera donc immédiatement une quantité proportionnelle à l’intensité du courant électrique, laquelle pourra lui servir de mesure.

La plupart du temps on a recours ù la boussole des sinus et à la boussole des tangentes, qui permettent d’évaluer rapidement l’intensité des courants électriques.

Boussole des sinus. La boussole des sinus, dont le principe a été indiqué en 1821 par M. de lu Rivet*), a reçu de M. Pouillet la forme sous laquelle elle est adoptée aujourd'hui. Elle se compose d’un cadre ou d’un cercle CD formé d’une bande de cuivre rouge vers le milieu duquel , dans l’intérieur, se trouve une aiguille aimantée à chappe d’agate et qui se meut sur un pivot d’acier très-fin. Ce cercle est placé sur une alidade Ail se mouvant sur un cercle divisé MN , de telle sorte que le pivot de l’aiguille se trouve toujours dans l’axe de rotation, t’n système de niveaux et des vis calantes permettent de placer le cercle MN parfaitement horizontal; l’alidade portant un vernier, on peut facilement estimer sa position à une minute près. Les deux extrémités de la bande de cuivre CD, isolées à la base par un morceau d’ivoire, sont disposées de manière ù être mises en communication avec la source d’électricité.

Le cercle CD doit être placé dans le méridien magnétique. Quand l’aiguille aimantée est déviée d’un certain nombre de degrés , onfait mouvoir le cercle CDau moyen de l’alidade AU qui y est fixée, de manière à le ramener dans le plan de l’aiguille ; on y parvient à l’aide de lunettes qui permettent de viser sur les extrémités d’une

Klg. 3G.

(*) Mémoires de la Société de physique de Centre, t. III , p. 117.

fi.

KLtCTIlIClTK l>\ NAMIQIIK.

Oh

aiguille en cuivre fixée à angle droit sur l'aiguille aimanté*;. Dans ce «as l’intensité du courant électrique est proportionnelle au sinus de l’angle mesuré sur le cercle MN par le mouvement de l’alidade (*). Au lieu d’un circuit simple, c’est-à-dire d’une seule bande

(*) Soit NOD le pian horizontal du cercle divisé sur lequel on mesure la dévia-

Kig. 38.

lion d'une aiguille aimantée AO. Supposons le plan du cercle, contenant le fil parcouru par le courant, perpendiculaire au plan horizontal et passant d’abord par MN, qui est la direction du méridien magnétique. L'aiguille AG, qui était d'abord dans le plan MN, est chassée par l'action du courant en G' A', jusqu’à ce que la force répulsive due a l’action du courant soit égale à l'action magnétique de la terre qui tend à ramener l'aiguille dans le méridien magnélique MN.

kxaminons ce qui se passe à l'un des pèles de l'aiguille; l'action à l'autre |x)le est égale et contraire, et il suflil de doubler l'eflet calcule comme on va l’indiquer pour avoir l’effet total. Or, l'action de la terre s’exerçant suivant une ligne A’T parallèle à MN, se décompose en deux d’après le parallélogramme des forces: la première composaule A'D située dans la direction OA', est détruite par la résistance du pivot; la deuxième composante A B a seule une action pour solliciter l’aiguille à revenir dans le méridien magnétique. Or, en nommant a l’angle AOA', on a pour la composante A B

A'B = ATcos. BAT = A'Tsin. a.

Si donc on fait tourner le plan du cercle de cuivre MN autour duquel se trouve enroulé le fil conducteur de façon à l’amener dans le même plan que l’aiguille G'A', l’action exercée de la part du fil parcouru par le ronraul sur l’aiguille sera dirigée suivant A'C |>erpendiculairement au plan G'A’, d’après l’expérience d’Oersted ; pour que l’équilibre ait lieu, il faut que l’on ait AC — A'B, ou bien A’C = A'Tsin. oc Ainsi, dans une série d’expériences , la longueur du lil conducteur restant la même et la puissance magnétique de l’aiguille ne variant pas , l’intensité du courant est proportionnelle au sinus de l’angle parcouru par le plan du cadre MN sur le cercle divisé horizontal. Tel est le principe de la boussole des sinus.

Quant à la boussole des tangentes, décrite plus loin, voici le principe sur lequel elle repose. Si le plan du cadre contenant le fil conducteur reste en MN dans le méridien magnétique , la force émanée du fil parcouru par le couraut sera dirigée suivant la ligne A'F perpendiculaire à MN. Cette force se décompose en deux : la composante dirigée dans le sens de A D est détruite par la résistance du pivot ; celle qui est dirigée suivant la tangente A’C est égale à A'F cos. a. Four qu’il y ait équilibre, il est nécessaire que A'B = A’C. On a alors

A'T sin. a = A'F cos. a , ou bien A’F = A’T lang. a.

Dans ce cas, l’intensité du courant est proportionnelle à la tangente de la dévia-

PHENOMENES GÉNÉRAUX

•lu cuivre, on peut opérer avec un circuit multiple dans le cas où l'on veut donner plus de sensibilité à l’appareil ; on entoure alors le cercle de cuivre CD, qui est à gorge, d’un fil de cuivre recouvert de soie faisant une ou plusieurs circonvolutions, suivant l’intensité du courant à mesurer ; on applique donc ici à l’instrument le principe du multiplicateur. On a supposé que l’aiguille aimantée était supportée par un pivot, mais pour des recherches précises, il est préférable d’y substituer par un autre mode de suspension une aiguille fixée à un fil de soie et supportée dans l’appareil , comme l’indique la boussole des tangentes représentée figure 37. Les moindres variations dans l’intensité du courant peuvent ainsi être rendues manifestes, ce qui n’a pas lieu quand l’aiguille est placée sur un pivot; cet appareil d’un emploi facile est alors d’une grande exactitude.

lion de l’aiguille. Mais il est une condition essentielle \ remplir : l’action terrestre s’exerce bien de la même manière, quelle que soit la position de l’aiguille ; ainsi A*T peut être considérée comme constante dans la formule précédente; Mais A' F n’est proportionnelle à l’intensité du courant qu’autant que la distance des pèles de l'aiguille au lit conducteur est constante dans toutes les positions. Il est donc necessaire que l’aiguille GA soit aussi courte que possible , et que le cercle MN soit très-grand.

Ainsi , dans la boussole des tangentes, la condition indispensable pour que les in- . Inusités soient proportionnelles aux tangentes de déviation serait que la longueur de l’aiguille fflt infiniment |>etile. On ne peut pas atteindre cette limite.

D'après M. Despretz, qui a comparé avec soin les intensités des courants et les tangentes des déviations , dans une boussole des tangentes , dont le cercle des cou rants est d’un mètre, et l’aiguille est de trente mill. de longueur, les tangentes des déviations sont sensiblement proportionnelles aux intensités des courants électriques. Quand on emploie des boussoles dont les aiguilles sont plus longues, les intensités ne sont plus exactement proportionnellement aux tangentes des déviations, et alors on peut employer la formule

* = (1 -+-38*) tang. a — sin. 2a,

i étant l'intensité dn courant , a la déviation , 8 le rapport entre la demi-distance des pèles de l’aiguille et le rayon du cercle du courant.

M. Gaugain a reconnu qu’en plaçant le centre de l’aiguille aimantée excentriquement par rapport au cercle vertical , on pouvait avoir des déviations dont les tangentes étaient promotionnelles à l’intensité du courant. M. Bravais, qui s’est occupé de cette’question, a rendu compte du phénomène, par le calcul de l’action magnétique exercée par un courant circulaire sur l’aiguille nim mire, < I en a déduit toute les circonstances des expériences.

70 KLICTRICITB DYXAMIQIUI.

Boussole de tangentes. La Imussole des tangentes (fig. 37) se compose d'un grand cercle CD en cuivre rouge, dont le diamètre varie entre trois décimètres et un mètre; on fait passer le courant par le cercle lui-méme ou par un fil enroulé autour de lui , comme avec l’appareil précédent. Ce cercle doit être parfaitement vertical, et on l’amène dans le méridien magnétique. L’aiguille doit être très-petile, et avoir le même centre que celui du cercle du courant; elle peut reposer sur un pivot en acier, mais il est préférable, comme le représente la figure , de la suspendre à l’aide d’un fil de cocon; une tige de cuivre mince qui lui est perpendiculaire , et qui est placée dans le même plan horizontal , sert à indiquer les déviations sur le cercle divisé MN. Un cercle en cuivre horizontal PQ permet d’utiliser aussi l’appareil comme boussole des sinus.

Dans cet instrument, les tangentes des déviations indiquées par l’aiguille ne 'sont proportionnelles aux intensités des courants électriques que dans cas où l’aiguille est infiniment petite par rapport au diamètre du cercle CD (voir la note précédente, relative aux boussoles des sinus et des tangentes). Comme on ne peut atteindre cette limite , il faut prendre le cercle un peu grand et l’aiguille fort petite; dans le cas contraire, on peut avoir recours à une formule plus compliquée, ainsi que l’a fait voir M. Despretz. On a bien proposé de remédier à ce défaut de proportionnalité des intensités aux tangentes des déviations, à l’aide de dispositions particulières (Poggendorf, Weber, Lenz, Péclet, Oaugain, Bravais), mais on peut se servir de l’appareil indiqué plus haut, en se conformant aux indications précédentes.

Magnétomitrc. L’appareil construit par M. Weber et avec lequel on ne mesure que de très-petites déviations, donne également avecprécision l’intensité des courants électriques. Il est formé comme il suit : à un fil / de soie sans torsion , long de soixante centimètres environ , se trouve suspendu un système composé d’un petit miroir de glace étamée à faces parallèles M, lié invariablement aux fourchettes FF' ; celles-ci sont terminées par deux crochets qui reçoivent les tourillons d'une barre II', fixée perpendiculairement et

PHÉNOMÈNES OKNKRMIX.

*■'***• 37 1,1,1 par le milieu, à un fort bar-

reau aimanté A A' de dix centimètres de longueur et de quinze millimètres environ de diamètre. Par cette disposition , l’axe du barreau se trouve perpendiculaire au plan du miroir qu’il entraîne dans tous ses mouvements.

On plaee à une certaine distance une mire sur laquelle se trouve tracée une division en millimètres; une lunette munie de fils croisés permet d’observer par réflexion dans le miroir les divisions de la mire qui, it chaque mouvement du miroir, viennent te placer successivement dans l’axe optique de la lunette. On connaît d’ailleurs la distance de la mire au miroir, distance variable au gré de l’observateur et qu’il peut rendre plus ou moins grande suivant qu’il veut obtenir une approximation plus ou moinsjconsidérable.

Le fil de suspension / est attaché au treuil T d’un micromètre pareil à celui de la balance de Coulomb; le miroir Mse trouvedans une petite boite It qui s’ouvre en g pour permettre l’observation. Quant au barreau AA', il effectue sesoscillations dans l’intérieur d’une portion de cylindre elliptique CCOC en cuivre rouge d’une épaisseur de quinze millimètres environ, dont l’action inductive les amortit rapidement Ce cylindre elliptique est environné d’un ou plusieurs fils de cuivre entourés de soie et isolés formant le cadre de ce multiplicateur, et qui viennent aboutira des boutons en cuivre fixés sur une plaque d’ivoire Bit attachée à l’appareil.

En mh se trouve une petite portion de cadran divisée (dix à quinze degrés) pour les observations très-approximatives, et pour placer le barreau à zéro.

ELBCTRICITK DVNAMIQUE.

Tout le système est mobile, pour l'orientation , sur un plateau horizontal PP supporté par trois pieds munis de vis calantes.

On voit que le principe de cet appareil consiste en ce que les plus faibles déplacements dans la position du barreau aimanté sont rendus sensibles, dans une lunette, par le déplacement de l’image des divisions de la mire vues par réflexion sur le miroir. Ce mode d’observation est le même que celui qui a été appliqué par M. Gauss aux observations de magnétisme terrestre. Kn outre, M. Weber a utilisé l'influence du cuivre sur un aimant en mouvement , pour abréger les observations en supprimant le nombre considérable d’oscillations que le barreau aimanté ferait sans cela avant de prendre sa position d’équilibre.

Balance électro-magnétique. On peut employer avantageusement, dans la comparaison des courants électriques, la balance électromagnétique que l’un de nous a fait connaître (Becquerel). Cet appareil , représenté flg. 39 , donne en poids l’intensité du courant électrique, cette intensité étant proportionnelle aux poidsjplacés dans un des plateaux des balances.

Fig. 3».

La balance d’essai doit trébucher à moins d’un milligramme ; à chacune des extrémités du fléau jf on suspend à une petite tige verticale un plateau p,p'; au-dessous de chaque plateau est fixé à

PHKNOMKXES OKNKHAUX.

un fil de soie un barreau aimanté a, a'; ces deux barreaux, aimantés à saturation , tournent leur pôle boréal en bas. On prend ensuite deux tubes creux en verre , d’un diamètre assez grand pour «lue les deux barreaux puissent y entrer sans toucher les parois; on enroule autour de chacun de ces tubes un fil de cuivre recouvert de soie, de manière à former une hélice de plusieurs milliers de circonvolutions. Ces deux tubes sont fixés verticalement sur des plateaux horizontaux en cuivre cc, c'c', mobiles dans deux directions perpendiculaires entre elles, au moyen de deux vis de rappel v, afin de pouvoir les centrer par rapport à l’axe des barreaux. Si l’on fait passer un courant à travers le fil d’une des hélices , suivant sa direction, le barreau aimanté s’élèvera ou s'abaissera, et fera participer le fléau à ce mouvement. Si on dirige ensuite le courant dans le fil de la seconde hélice, de telle sorte que le mouvement du fléau s’exécute dans le même sens, et qu’on fasse communiquer ensemble les deux hélices, les deux actions s’ajouteront ; l’appareil acquiert alors une grande sensibilité et indique le passage d’un faible courant dans tout le circuit. Nous allons donner une application de ce mode d’expérimentation. On a pris une laine de zinc et une lame de cuivre présentant chacune une surface de quatre centimètres carrés. Après les avoir mises en communication avec les deux extrémités libres des deux hélices, on les a plongées dans dix grammes d’eau, auxquels on avait ajouté une seule goutte d’acide sulfurique. Les plateaux ont trébuché, et il a fallu 0‘ T ,0.1o, r > pour maintenir l’équilibre. En opérant avec de l’eau distillée, on n’a employé que 0*' ,0025 ; d’où il résulte que l'intensité du premier courant est à celle du second dans le rapport de 3Î>5 à 2 5, ou comme IA : 1 . Cet appareil peut également servir à mesurer les courants électriques de faible intensité.

Multiplicateur à hélices. En donnant une autre position aux hélices et aux barreaux, on transforme la balance en un multiplicateur d’une très-grande sensibilité ( Becquerel ). Au lieu de placer les hélices dans une position verticale, on les met horizontalement, et l’on substitue deux aiguilles aimantées aux deux barreaux, lesquelles sont fixées chacune perpendiculairement à l’une des extrémités d’une tige très-mince de métal, que l’on suspend horizontalement par son milieu ii un fil simple de cocon, pour donner une grande sensibilité à l’appareil. Voici l’indication des différentes parties dont il se compose :

AA’, tige horizontale ayant une longueur deO m ,28i;

74 KLICTRIC1TR DYNAMIQUE.

Kiff. 4u.

a, a', aiguilles aimantées ayant chacune une longueur de 60 millimètres ;

H, H', hélices en ivoire entourées chacune d’un fil de cuivre de 8,000 mètres de longueur ;

р, p', pieds mobiles des hélices;

с, e' t charnières des hélices i

C, cercle divisé portant une échelle arbitraire ;

», index , parcourant l’arc de cercle divisé ;

PP, potence servant à suspendre l’aiguille AA' jiar un fil de cpcon;

Une cage de verre peut être mise sur le socle adapté à une tige autour de laquelle il peut tourner , ce qui permet de placer les hélices dans |a position la plus convenable relativement aux deux aiguilles aimantées;

V, V, V, vis calantes.

Les pèles des deux aiguilles étant placés inversement , on peut disposer le système de manière à ne lui laisser qu’une force directrice excessivement faible , condition indispensable jHiur donnera l’appareil une très-grande sensibilité. Dans leur position naturelle d’équilibre, les deux aiguilles, auxquelles on donne la courbure d’un arc de la circonférence décrite par l’extrémité de la tige, pénètrent, chacune jusqu’il leur point de jonction avec la tige horizontale, dans I intérieur d’une des hélices qui sont placées de chaque côté du liras du levier. Le courant est dirigé de telle manière, que l’action qu’il exerce sur chaque aiguille chasse celle-ci hors de son

PHÉNOMÈNES OÉXÉHAUX. 75

hélice; l’action se trouve ainsi doublée, puisque chaque hélice chasse l’aiguille dans une direction opposée.

Les deux hélices sont fixées, chacune, à une tige verticale mobile entrant avec frottement dans un cylindre de laiton crenx, lequel peut être élevé ou abaissé à volonté. Elles peuvent en outre , au moyen de charnières , être inclinées dans un sens ou dans un autre. On a ainsi tous les moyens nécessaires pour centrer les aiguilles aimantées, c’est-à-dire pour les placer dans la direction des axes des hélices.

Dans le principe cet appareil contenait quatre hélices au lieu de deux, afin d’agir sur les quatre pôles à la fois; mais dans cette disposition la course du levier horizontal était très-limitée, puisque l’aiguille aimantée qui était attirée par l’hélice ne pouvait y entrer que d’une demi-longueur, c’est-à-dire de trente millimètres.

Galvanomètres. Quand il s’agit d’observer le dégagement de l’électricité dans les phénomènes chimiques et , en général , les courants électriques d’une très-faible intensité, on a recours non-seulement aux instruments qui viennent d’étre décrits, mais encore aux appareils appelés galvanomètres , et qui sont plus ou moins sensibles, selon leur construction.

Ces appareils ont reçu de grands perfectionnements de M. Nobili. L’influence du magnétisme terrestre s’opposant à ce que l’aiguille aimantée obéisse entièrement à l’action du courant, puisque celte influence la ramène continuellement dans le plan du méridien magnétique, on la détruit en substituant à l’aiguille aimantée deux autres aiguilles placées dans une position parallèle à l’extrémité d’une tige très-légère, les pôles inverses en regard comme le représente la figure 35; c’est le système asiatique de M. Ampère. Si les deux aiguilles étaient parfaitement identiques, possédaient la même quantité de magnétisme , et se trouvaient dans deux directions parfaitement parallèles , le globe n’exercerait aucune action sur le système: mais il ne peut jamais en être ainsi; il lui reste toujours une force directrice très-faible, qui le ramène dans une position fixe, quand on l’en écarte. L’une des deux aiguilles est placée dans l’intérieur de la boite du galvanomètre, et l’autre en dehors; l’action des quatre parties du cadre du multiplicateur sur l'aiguille intérieure a lieu dans le même sens. Quant à l'aiguille extérieure, il n’y a que la partie supérieure du cadre qui agisse sur elle dans le même sens que sur l’aiguille intérieure; les antres agiraient en sens inverse, mais, comme elles sont plus éloignées, leur action est beaucoup

70 KLBCTRICITK l)\ NAMÎQUK.

plus faible. L’effet <lu eouraut sur la double aiguille est néressairement plus forte que sur une seule, abstraction faite de l'action terrestre; mais, comme en outre il ne reste plus aux aiguilles qu’une force directrice peu sensible, il en résulte que de très-faibles courants, qui ne peuvent mettre en mouvement une des deux aiguilles^ impriment au système une action très-prononcée. Le multiplicateur, avec cette addition, est l’instrument le plus délicat que l’on possède pour constater , dans un grand nombre de phénomènes, l’existence de courants électriques qu'on ne soupçonnait pas jadis.

La fig. Il représente un de ces appareils construit par M. Kumkorff. AB est le châssis enveloppé par le fd de cuivre dont les bouts aboutissent aux boutons métalliques FF’. Ce châssis est fixé sur un plateau horizontal DE, qui peut tourner dans son plan et autour de son centre au moyen d’une roue dentée à pignon placée en-dessous , et mise en mouvement par un bouton.

HMN est le support du système astatique des deux aiguilles aimantées suspendues à un til de cocon VL ; R est le cylindre de verre qui enveloppe l’appareil et repose sur le plateau de cuivre. Le cadran divisé placé sur le châssis est percé à la partie centrale d’une petite ouverture circulaire et. d’une fente transversale, afin de pouvoir placer et retirer l'aiguille à volonté. Les trois vis v, »•', v", servent à mettre l’appareil de niveau et à centrer l’aiguille.

Le fil métallique qui entoure le cadre ABC est un fil de cuivre recouvert de soie ; on lui donne une longueur plus ou moins grande et un diamètre plus ou moins petit , suivant les expériences que l’on a en vue. Pour des courants thermo-électriques, un fil d’un cinquième de millimètre de diamètre suffit ; on l’entoure deux ou trois cents fois seulement autour du châssis. Pour les actions chimiques , on prend un fil plus fin , et on l’enroule deux ou trois mille fois ; pour des expériences très-délicates on construit des galvanomètres qui ont jusqu'à trente mille tours.

Afin de bien fixer la position de l’aiguille , on place une petite lunette ou une loupe sur l’enveloppe du verre au haut de l’appareil.

J'JIKNOHKlN bS OBNKRAUA.

Quand on veut se servir de ces appareils pour étudier les effets des décharges électriques, on isole les fils, non-seuleinent avec de la soie , mais encore en les enduisant de vernis à la gomme laque ; puis, quand on les enroule, on les vernit de nouveau à chaque tour.

Dans beaucoup de circonstances il est nécessaire de former une table des intensités qui donne le rapport entre la déviation de l’aiguille aimantée et l’intensité du courant qui l’a produite. On peut s'y prendre de plusieurs manières. Le procédé le plus facile et le plus exact consiste à construire le galvanomètre de façon que deux fils conducteurs de même longueur soient enroulés parallèlement l’un à l’autre. Ün a alors un galvanomètre à deux fils, qui est dû à l’un de nous (Becquerel).

On conçoit que 3i l’on enroule , en môme temps, autour d’un châssis, deux fils égaux, l’aiguille aimantée ne sera pas dérangée de sa position d’équilibre quand on fera passer dans chaque fil un courant d’égale intensité émanant d’une source semblable , "mais dirigés en sens contraire l’un de l’autre. En faisant passer dans chaque fil un courant d’égale intensité, mais dirigé dans le même sens , la déviation de l’aiguille aimantée correspondra à une force double de celle qu’on aurait avec un seul courant. En faisant varier l'intensité du courant qui passe dans chaque fil, on aura une série d’observations qui permettront de former une table des intensités électriques ; on peut également construire des galvanomètres à trois, quatre fils et même davantage. (Becquerel, Traité d'électricité, tome II , p. 1.1 et suivantes.) Nous renvoyons au surplus au même ouvrage , même volume, pour l’exposé des diverses méthodes en usage [jour la formation de la table des intensités.

En général, quand on ne dépasse pas 20°, on peut considérer les déviations comme sensiblement proportionnelles aux intensités du courant électrique qui passe.

Quand on veut transporter le galvanomètre, on commence par abaisser les aiguilles, jusqu’à ce que l’aiguille supérieure vienne se poser sur le cadran ; puis on retire la cloche, et après avoir mis sur une des moitiés de l’index un large ruban de soie, de manière que les deux bouts en ressortent par les bords du cercle métallique DE , on remet en place la cloche ; alors le fil de cocon ne soutenant plus aucun poids , et les aiguilles étant presque immobiles par la pression du ruban , on peut faire parcourir à l’instrument de grandes distances sans craindre de le déranger.

KI.KI. I Hll.llh UVNANIVUÏ.

Nobili a remarque le premier que les aiguilles aimantées des multiplicateurs les plus sensibles ont deux positions d’équilibre stable, situées à lu même distance de chaque côté du diamètre qui liasse par le zéro du cadran , en sorte que l’index amené sur cette ligne s’y trouve nécessairement dans un état d’équilibre instable , et tombe toujours dans l’une ou l'autre des deux positions primitives.

Os deux positions d équilibré dérivent de l’action magnétique du fil de cuivre , dont les circonvolutions supérieures sont partagées en deux masses , afin de pouvoir introduire dans l’intérieur du châssis une des aiguilles aimantées. Or, il est facile de voir que ces deux centres d’attraction constituent un inconvénient très-grave: l’action magnétique du cuivre diminue non-seulement la sensibilité du multiplicateur, mais elle altère encore la proportionnalité qui aurait lieu naturellement entre les degrés et les forces de déviation dans les arcs rapprochés de zéro. Ce magnétisme du cuivre, qui réagit dans cette circonstance sur les aiguilles, est dû en grande partie au- fer que renferme ce métal. Actuellement, on est parvenu ii obtenir des multiplicateurs qui ne présentent pas cet inconvénient , c’est-à-dire dans lesquels l'aiguille garde toujours le zéro.

Les mêmes difficultés que l’on éprouve pour les fils de cuivre ont lieu également à l’égard du châssis , du plateau tournant et de la plaque métallique qui porte le cercle divisé; on se trouve par là dans la nécessité de n'employer que du laiton très-pur.

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