CHAPITRE PREMIER
Effets chimique» dos a r<lcctricité.
et par suite la formation de l'acide nitrique, en plaçant dans la partie supérieure du tube une solution de potasse, qui absorbe cet acide au fur et à mesure qu'il se produit. Pourquoi la masse entière fie l'azote n'entre-t-elle pas de suite en combinaison avec la quantité d'oxygène nécessaire à la formation de l'acide nitrique , lorsque les étincelles éclatent , comme cela a lieu dans un mélange d'oxygène et d'hydrogène? On peut répondre à cela que le gaz azote a besoin probablement d'une certaine température pour brûler; or, sa combinaison avec l'oxygène n'élevant que très faiblement sa température, et les parties voisines du mélange gazeux qui se combinent lors du passage de l'électricité ne s'échauffent pas, il n'y a que les parties situées sur le trajet de l'étincelle qui puissent réagir l'une sur Pautre.
Les expériences dont nous venons de parler nous permettent de concevoir ce qui se passe dans les temps d'orage; lorsque les décharges électriques sillonnent l'air, il y a nécessairement formation d ? acide nitrique. On a reconnu en effet que les eaux provenant de pluies orageuses renfermaient de l'acide nitrique en quantité trèspetite, combiné avec la chaux et l'ammoniaque. L'expérience de Gavendisch a fait connaître pour la première fois la composition de Pacide nitrique.
Mais ce ne sont pas les seules actions que Pou puisse produire à l'aide des décharges électriques, on verra dans le tableau suivant quelques réactions qui se manifestent lorsqu'on excite des étincelles au milieu de gaz composés ou de mélanges gazeux. Pour faire les expériences, on remplit un tube de mercure et on le renverse ensuite dans un vase contenant une certaine quantité de ce liquide ; le gaz est alors introduit en quantité suffisante pour déprimer le mercure jusqu'au-dessous des fils de métal entre lesquels on fait éclater l'étincelle, ou la série d'étincelles quand il faut un certain temps pour obtenir la réaction. Ces fils sont soudés dans le tube lui-même (Singer.
Gai ro#l«ngé».
Air et hydrogène
Oxygène et hydrogène
Chlore et hydrogène
Aride chiot-hydrique et oxygène.
Oxyde de carbone et oxygène.. . .
Aav»te et oxygène
Acide sulfureux et oxygène
Hydrogène phosphoré et oxygène
Eau et azote.
Eau.
Acide chlorhydriquc.
Chlore.
Acide carbonique.
Acide azotique.
Acide sulfurique.
Eau et acide phosphoriqu".
ELECTRO-CHINIF..
Hydrogène sulfuré et oxygène Eau et acide sulfureux .
Oxygène et ammoniaque Eau et azote.
100 gaz oléfinnt et 284 ammoniaque Oxyde de carbone et hydrogène.
1 00 hydrogène carburé et 100 oxygène. . . Oxyde de carbone et hydrogène.
100 hydrogène carburé et 200 oxygène.. . Acide carbonique.
Acide chlorhydrique.
Acide fluorique
Deutoxyde d'azolc. . .
Acide carbonique
Hydrogène sulfuré. . .
Hydrogène phosphoré
Ammoniaque
Gaz olefiant
Hydrogène carburé. .
Hydrogène.
Hydrogène.
Acide azotique et azole.
Oxyde de carbone et oxygène.
Soufre et hydrogène.
Phosphore et hydrogène.
Hydrogène et azole.
Carbone et hydrogène.
Carbone et hy drogène.
Les résultais précédents mettent en évidence ee fait important . que les décharges électriques produisent dans les gaz deux effets directement contraires : ainsi le mélange de chlore et d'hydrogène se combine sous l'aclion de l'étincelle électrique, et le produit formé, l'acide chlorhydrique, se décompose peu à peu quand on fait éclater au milieu de sa masse une surcession de décharges électriques ; il en est de même de la vapeur d'eau , qui est décomposée alors que les éléments séparés se combinent , comme dans le pistolet de Voila. On pourrait encore citer d'autres exemples de cette double action ; mais on doit remarquer que la décomposition des gaz composés s'arrête à une certaine limite, à mesure que Ton absorbe ou que l'on enlève un des produits de la décomposition; cette limite est celle où les composés sont en proportion suffisante pour se combiner par l'action seule de l'étincelle électrique. Deux hypothèses peuvent être invoquées pour expliquer ces effets inverses :
1° La différence de masse des produits en présence, donnant lieu à une action du genre de celle qui se manifeste en chimie, oii j'on voit la chaleur donner lieu à des effets tout à fait opposés, suivant que la quantité de telle ou telle substance domine.
2° La nature complexe de l'étincelle électrique agissant comme agent de décomposition sur les gaz comme sur les liquides ( les gaz pouvant conduire Félcctricité, voir teme l rr , page 94), et comme agent de combinaison par l'action des particules ineandescente> transportées par l'étincelle.
Cette seconde hypothèse est la plus probable, si l'on remarque
que les particules de platine ou autres transportées par l'étincelle sont à une température supérieure à celle que les agents chimiques 1 i u vent produire.
Quand on veut opérer la décomposition des corps en vapeurs à la température ordinaire, on peut se servir du procédé suivant :
FiR ' 1 12, AB est un baromètre à cuvette, portant
à sa partie supérieure deux fils de platine soudés de façon que Ton puisse faire passer une série de décharges dans la chambre barométrique. On introduit audessus du mercure en ab une petite quantité du liquide fournissant la vapeur, et, en excitant une succession d'étincelles entre les fils de platine, la décomposition de la vapeur peut s'opérer. C'est ainsi qu'en opérant avec des hydrogènes carbonés (essence de citron . de térébenthine, etc.), avec l'alcool , l'éther, etc., on voit la colonne mercurielle s'abaisser graduellement ; le gaz que l'on recueille est du gaz hydrogène. Il se forme, dans certains cas, au milieu de la masse liquide des produits résineux qui n'ont pas encore été étudiés. Le sulfure de carbone donne du soufre et du charbon noir. On peut également faire passer les décharges entre une pointe de platine et le mercure du baromètre; dans cette circonstance l'électricité agit sur une plus grande masse de vapeur (Fremy et E. Becquerel).
Action de Varc voltaique sur les gaz et les vapeurs. Quand on opère avec les étincelles obtenues lors de la rupture d'un circuit vollaïque , étincelles qui ne proviennent que d'un arc voltaique intermittent, et avec l'arc voltaique lui-même, on observe des effets qui sont appréciables beaucoup plus rapidement. La température s élevant davantage que dans les décharges ordinaires, l'action calorifique doit être plus puissante.
Dans un travail que l'un de nous (E. Becquerel) a entrepris avec M. Fremy, les dispositions suivantes ont été adoptées pour faire agir les étincelles d'induction sur les gaz. Les figures 143 et i 44
indiquent les appareils employés suivant que Ton agit sur une masse de gaz confiné , ou sur un courant gazeux.
Kig. us. AB (fig. H 3) est un gros
tube de verre effilé en A et en c ft C, de manière à faire passer m i
^ " r ■ , * courant de gaz entre A et C ,
et à pouvoir fermer ensuite ces deux ouvertures. On soud^ en B un fil de platine qui se recourbe en D dans l'intérieur du tube , et forme une charnière en se joignant à un autre fil de platine DF. Ce dernier fil repose sur une tige de platine soudée au tube en E et E'; les deux extrémités E* et B' communiquant aux pôles d'une pile, le circuit se trouve fermé, et la portion de la tige DF, qui est mobile, peut s'élever ou s'abaisser en tournant autour de la charnière D. On fixe à l'extrémité F de la tige de platine mobile un petit morceau de fer doux F, enveloppé d'émail; un électro-aimant très-énergique, parcouru par le même courant que le circuit en platine, présente un de ses pôles F au-dessus du fer doux F. On voit donc que, lorsqu'un courant circulera simultanément dans le fil de platine B'DE' et dans l'électro aimant P, le fer doux F sera attiré, interrompra le circuit, le rétablira en retombant , et ainsi de suite : on obtiendra ainsi une suite d interruptions du circuit qui donneront, dans l'intérieur du tube AB, une succession d'étincelles brillantes entre le fil de platine DF et la tige EE' : cette succession d'étincelles produit , comme nous l'avons dit précédemment, un véritable arc vol laïque dont la température est assez élevée pour transporter des particules de platine d'un pôle à l'autre; aussi l'appareil, mis en action par 20 éléments de Bunsen, ne peut fonctionner que pendant une demi-heure : au bout de ce temps, le fil positif est coupé au point de jonction.
On a introduit dans le tube Ali de l'oxygène pur et sec , et ou l'a soumis, pendant un certain temps, à faction des étincelles obtenues dans les conditions que nous avons indiquées; on a alors trouvé que ces étincelles provenant de la rupture d'un circuit voltaïque ne communiquent pas à l'oxygène un pouvoir oxydant particulier et ne le rendent pas odorant, comme le font les étincelles ordinaires (voir tome I er , page 392) : cela tient probablement a la température très-élevée qui les accompagne, laquelle détruit l'ozone, c'est-à-dire la modification de l'oxygène, à mesure qu'elle se produit.
On a pensé que l'arc voltaïque, qui ne modifie pas l'oxygène, pourrait déterminer la combinaison de certains gaz entre eux ; on
a fait alors usage de l'appareil représenté figure i 14. Le gros tube AB, placé sur un
support MN, est ferme par deux bouchons, aux deux extrémités A et B. Deux petits tubes de verre AÀ' et BB', qui traversent les bouchons, permettent de faire circuler différents gaz dans le tube AB; un fil de platine passant dans un tube ab, soudé à ses deux extrémités, traverse un des bouchons et se termine par une petite cuiller en platine G; un autre fil en platine a'b', passant, comme le premier, dans un tube de verre soudé aux deux bouts, traverse l'autre bouchon , est terminé en charnière en D, et communique avec un fil de platine DH ; ce fil DH , qui forme la partie mobile du circuit intérieur, est terminé par un petit marteau en platine, et porte, comme l'appareil décrit précédemment, un morceau de fer doux entouré d'émail en F ; on place au-dessus du tube en P le pôle d'un électro-aimant très-fort, animé par le même c ourant que celui qui circule dans l'appareil. Il se produit ainsi, lorsque le courant passe dans l'appareil , au milieu de la cuiller G entre G et le marteau H, un arc voltaïque dont il est facile d'examiner les effets sur les gaz qui circulent dans le tube AB.
Combinaison de l'azote et de l'oxygène de F air. Dans ces recherches on a fait usage du gros électro-aimant du cabinet de physique du Muséum d'histoire naturelle, et d'une pile de Bunsen de 20 éléments. On a examiné en premier lieu l'influence de l'arc voltaïque sur l'air atmosphérique; lorsqu'on fait circuler de l'air dans l'appareil (fig. 114), on voit se produire immédiatement des vapeurs rutilantes qui détruisent en peu de temps les bouchons.
Il est intéressant de voir, dans cette expérience, l'are voltaïque agissant sur les éléments de l'air atmosphérique par l'électricité ou par le platine transporté à l'état de ténuité extrême et incandescent, donner naissance à la combinaison directe de l'oxygène et de l'azote. En voyant avec quelle facilité l'oxygène et l'azote s'unissent entre eux sous l'influence de l'arc voltaïque pour former des vapeurs rutilantes qui, en présence de l'eau, se changent en acide azotique, il est permis d'espérer que l'industrie pourra un jour produire directement de l'acide azotique avec les éléments de l'air atmosphérique.
KLECTBO-CHIMIE.
L'expérience que nous venons de décrire peut être facilement répétée dans un cours de chimie, et la couleur des vapeurs rutilantes qui se produisent après quelques minutes d'action , mettent nettement le phénomène en évidence; il est à remarquer, du reste, que, dans ce cas, l'union des deux gaz se fait avec beaucoup plus de rapidité que dans l'expérience de Cavendish décrite précédemment , où Ton opérait, comme on l'a dit, avec l'étincelle ordinaire. On a voulu produire, par cette méthode, l'acide azotique anhydre; mais on n'a pu y parvenir, la température élevée qui accompagne l'arc voltaïque > 'opposant peut -être à la formation de cet acide.
On a fait passer dans le tube AB un mélange d'oxygène et d'acide sulfureux; il s'est produit aussitôt, par l'action voltaïque, d'abondantes vapeurs d'acide sulfurique anhydre.
Un mélange de 3 volumes d'hydrogène et de'l volume d'azote a été soumis au même appareil; on a vu le gaz ramener au bleu le papier de tournesol rougi, ce qui semble indiquer la formation d'ammoniaque; cette expérience ne peut pas être continuée pendant longtemps, parce que l'électricité décompose, comme on le sait, le gaz ammoniac.
Il résulte donc des expériences précédentes que l'arc voltaïque , qui ne modifie pas l'oxygène pour produire de l'ozone, probablement en raison de sa température élevée, peut agir sur les mélanges gazeux à la manière de la mousse du platine, mais avec pius d'énergie qu'elle, puisqu'il détermine la combinaison directe de l'azote et de l'oxygène, de l'azote et de l'hydrogène , ce que ne fait pas le platine divisé. Ce pouvoir énergique se comprend , puisque l'arc voltaïque doit agir sur les gaz par sa chaleur, par son électricité et, de plus, par les particules de platine qu'il contient (Fremy et E. Becquerel).
£ On a aussi fait usage de l'appareil d'induction , dont nous avons déjà parlé dans le 1 er volume (page 352) , et qui donne aux extrémités d'un fil métallique induit une tension électrique suflisante pour produire des étincelles. On a constaté que les étincelles ainsi obtenues donnent exactement les mêmes effets que les étincelles des machines ordinaires. Comme les étincelles se manifestent sans interruption pendant trois ou quatre heures , on peut vérifier sans fatigue les résultats que l'on constate habituellement avec les machines ordinaires; aussi peut-il être d'un emploi avautageux surtout dans les analyses eudiométriques; seulement, si les fils de plaline soudés dans des tubes de verre, et entre lesquels les étin-
PHÉNOMÈNES GÉNKIIA.UX. 9
celles éclatent, sont rapprochées l'un de l'autre, il s'établit une succession d'étincelles tellement rapide, qu'il se forme dans le tube un véritable arc voltaïque, dont la température très-élevée peut même faire rougir les fils de platine.
Cette dernière circonstance permet de montrer encore d'une manière bien nette la combinaison de l'oxygène et de Pazote dans l'air atmosphérique, sous l'action de l'électricité. On prend un ballon en Fïg. ni. verre de la capacité de plusieurs
litres AI î, que l'on maintient renversé à l'aide d'un support. < >n peut fermer son orifice A avec un disque en verre CD mastiqué.
Ce disque est percé d'ouvertures laissant pénétrer dans le ballon deux tubes de verre verticaux contenant deux gros fils de platine à l'intérieur; les extrémités a, 6, des deux gros fils de platine, sont placés ài ou 2 millimètres de distance afin d'établir l'arc vollaïque entre eux ; pour cela il suffit de mettre les deux fils en relation avec les extrémités de l'appareil d'induction. Une fois l'arc établi , au bout de plusieurs heures, on voit le ballon se remplir de vapeurs rutilantes provenant de la combinaison des deux principes de l'air atmosphérique.
Pour assurer le succès de cette expérience, il faut que le gaz ne puisse trouver ni matière métallique, ni substance pouvant le décomposer ; et même quand , au lieu de grosses tiges en platine, on place dans les tubes de verre verticaux des tiges de cuivre, il faut les terminer par deux tiges de platine a et b, et recouvrir avec le verre ou avec du mastic toutes les parties cuivreuses qui seraient à jour.
Cette combinaison des deux gaz est peut-être la seule réaction chimique de l'azote capable d'en indiquer la présence, et la facilité avec laquelle on obtient cette production des vapeurs rutilante.-, est telle que, quand on prépare du gaz oxygène, s'il reste même , ,',„ d'azote dans le gaz, après le passage des décharges électriques, la coloration jaune se manifeste. Il est possible que l'on puisse même fonder sur cette réaction un procédé d'analyse directe de l'azote (Fremy et E. Becquerel).
Effets produits sur les électrodes quand les décharges traversent
ÉLSCTaO-CUlMIK.
les yaz. Précédemment (tome I" r , page 331) , en parlant des expériences de M. Delarive sur l'arc vollaïque, nous avons dit qu'autour des électrodes dans l'air, il se produisait des taches ou des anneaux provenant probablement de substances oxydées transportées d'une électrode à une autre. M. Grove, en faisant usage de l'appareil d'induction déjà plusieurs fois cité, et en opérant entre des électrodes de diverses natures dans le vide ou dans les gaz , a obtenu les résultats suivants, qui sont dus aux décompositions chimiques provenant des décharges électriques :
1° On a fait passer la décharge entre une lame de plaqué et une aiguille en acier placées sous une cloche disposée de façon que l'on pouvait raréfier l'air. Un petit flacon plein de potasse londue servait à absorber la vapeur d eau. On laissa rentrer dans l'appareil une très-petite quantité d'eau mélangée d air et d'hydrogène. Lorsque la plaque était positive, il s'y lormait en peu d'instants une lâche circulaire d'oxyde d'argent, présentant successivement les teintes jaune, orangée et bleue qu'on obtient en iodurant à divers degré» une plaque daguerrienne. Le sens du courant étant renversé, la tache disparaissait, et la surface de l'argent redevenait parfaitement nette; on obtenait toujours les mêmes résultats, à moins qull n'y eût une trop grande quantité d'air dans le mélange; dans ce cas, la plaque d'argent s'oxydait, quel que lût le sens de la décharge. Dans la plupart des expériences, la distance de l'aiguille d'acier à la plaque était d'environ % mm ,§.
2° Dans l'air raréfié, sans mélange d'hydrogène, l'oxydation avait lieu, quel que tût le sens du courant ; mais elle était beaucoup plus rapide lorsque la plaque était positive.
3° Dans l'hydrogène pur raréfié, il ne pouvait y avoir évidemment aucune oxydation ; mais, en prolongeant longtemps l'expérience, on voyait la surface de la plaque se dépolir légèrement. Si la plaque était primitivement oxydée, elle se désoxydait rapidement dans l'hydrogène, surtout si elle communiquait au pôle positif.
4° L'aiguille d'acier fut remplacée par des fils de cuivre, d'argent et de platine, sans que les phénomènes parussent sensiblement modifiés.
r>° On introduisit dans le récipient une petite quantité d'azote pur. La plaque s'oxydait, lorsqu'elle était positive, aux dépens de l'oxygène de l'air laissé dans le récipient par la raréfaction; la plaque étant négative, la désoxydation avait lieu comme dans l'hydro-
nùnn iwiic rtliic luiilnnu ni }£t ML, IJJdl.s |MUS lt*llU*llltlJl.
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6° Dans l'azote, aussi complètement privé d'oxygène qu'il était possible, les couleurs dues à l'oxydation ne se manifestèrent pas; il se produisait seulement sur la plaque positive une tache noire, probablement due à la désagrégation de la surface, qui ne disparaissait pas lorsqu'on renversait le sens des décharges. Toutefois l'azote, faisait disparaître les taches d'oxyde Tormées dans d'autres expériences lorsque la plaque était négative.
7° On substitua successivement à la plaque argentée des plaques de bismuth, de plomb, d'étain, de cuivre, de zinc, de fer et de platiné. Le bismuth se comporta presque exactement comme l'argent ; le plomb s'oxyda aisément, mais il fut difficile de faire disparaître la tache d'oxyde. L'étain , le zinc et le cuivre ne s'oxydèrent que lorsqu'on introduisait une grande quantité d'air, et il hit tout à fait impossible de les désoxyder. Le 1er s'oxyda seulement lorsque la pression de l'air était presque égale à celle de l'atmosphère, et il ne se désoxyda pas plus que les trois métaux précédents. Avec le platine, aucune espèce d'effet ne pouvait être observé.
8° On iodura la plaque d'argent , et on la fit communiquer avec le pôle négatif, le récipient ne contenant que de l'hydrogène raréfié. L'iodure se réduisit très-prompteincnt au-dessous de la pointe d'acier. L'appareil d'induction fut remplacé par une machine électrique ordinaire : dans un mélange d'un volume d'hydrogène et de deux volumes d'air, les phénomènes d'induction et de désoxydation se produisirent avec beaucoup de netteté; seulement les dimensions de la tache d'oxyde lurent très-petites.
Eudiouiètres. On fait usage de la propriété que possède l'étincelle d'enfiammer les mélanges gazeux et d'opérer des combinaisons chimiques pour analyser des gaz au moyen des eudiomètres.
Voici le principe sur lequel repose leur mode d'action. Soit un tube de verre fermé par un bout , rempli de mercure et renversé dans un vase contenant le môme métal , et dans lequel on introduit deux volumes d'hydrogène et un volume d'oxygène, de manière à occuper un espace de quelques centimètres; si l'on fait passer dans ce mélange une étincelle électrique entre deux fils de métal traversant le tube, et dont les extrémités soient éloignées de 2 à 3 millimètres, les gaz s'enflamment avec détonation , et il se produit de l'eau. Le mercure remonte à la partie supérieure du tube, dont la paroi intérieure se recouvre d'une couche légère d'eau provenant de la combustion de l'hydrogène. Pour que le tube ne soit pas
ÉLECTBO-CHIM1E.
brisé par l'effet de l'explosion, on donne a la paroi de 10 à 12 milli mètres an moins d'épaisseur.
La forme des eudiomètres et leur construction varient suivant le but que l'on se propose. Nous allons décrire d'abord le plus simple.
Fig. ne.
4° AB est un tube de verre très-épais, ouvert en H etC, fermé en haut par une virole en cuivre jaune ou en fer, suivant que l'on veut opérer sur l'eau ou sur le mercure ; la virole est surmontée d'une tige D, terminée par une boule de môme métal que le bouchon ; ff est un til de cuivre ou de fer tourné en spirale, aussi long que le tube et terminé dans le haut par une boule 6, et qui est placé dans le tube; sa longueur est ordinairement de 1 à 2 décimètres, et son diamètre de 40 à 18 millimètres.
Lorsqu'on veut déterminer la combinaison des gaz, on excite une étincelle en D à l'aide d'un électrophore ou d une machine électrique, et l'étincelle qui éclate en b au même instant donne lieu à la combinaison.
2° Cet eudiomètre, modifié par Gay-Lussac constitue l'appareil représenté à droite de la figure, et contient, en outre de3 parties précédentes, les accessoires que nous allons indiquer. La partie moyenne correspond extérieurement à une sorte de main en métal wi, destinée à fixer l'instrument pendant l'opération, et terminée par une virole brisée que la vis v presse contre l'eudiomètre. A la partie inférieure se trouve une virole gh, destinée à donner de la solidité à l'appareil. On fixe à cette virole, au moyen d'une vis q, une plaque ik mobile autour de la vis; cette plaque est percée à son centre d'une ouverture conique, fermée par une soupape qui , lors de son mouvement, est maintenue par la tige mn, et dont la petite goupille fixe l'étendue de l'ascension. Enfin , pour que la plaque IK ait plus de solidité, elle entre dans une petite échancrure À pratiquée dans le prolongement / de la virole gh. Au moment de l'explosion, la soupape, pressée de haut en bas, reste évidemment fermée; mais, qu'il se fait un vide dans l'eudiomètre, l'eau soulève la et vient le remplir. Au moyen de cette disposition, on
évite la rentrée de l'air quand l'explosion se manifeste.
M. Hegnault a construit un cudiomètre d'une grande précision représenté fig. 4 17^ et fondé sur la détermination des forces élastiques des gaz sur lesquels on opère. Nous extrayons de l'ouvrage de M. Regnanlt la description suivante (t. IV, p. 495) :
Fig. 117.
« L'appareil se compose de deux parties que Ton peut réunir et séparer à volonté. La première, le mesureur, sert à mesurer le gaz dans des conditions déterminées de température et d'humidité; dans la seconde, on soumet le gaz aux divers réactifs absorbants; nous lui donnerons, à cause de cela, le nom de tube laboratoire,
« Le mesureur se compose d'un tube ab de \ 5 à 20 millimètres de diamètre intérieur, divisé en millimètres , et terminé en haut par un tube capillaire recourbé ber'. L'extrémité inférieure de ce tube est mastiquée dans une pièce en fonte ... à deux tubulures, et munie d'un robinet II. Dans la seconde tubulure est mastiqué un tube droit //. ouvrit aux deux bouts, de même diamètre que le tube nb, et divisé également en millimètres. Le robinet R est
ÉLECTRO-CIlIllIE
à trois voies On peut donc établir à volonté les communications
entre les deux tubes ab, h, ou faire communiquer seulement avec l'extérieur l'un ou l'autre de ces tubes.
« L'ensemble des deux tubes verticaux et de la pièce en fonte forme un appareil manométrique renfermé dans un manchon de verre cylindrique ... rempli d'eau, que l'on maintient à une température constante pendant toute la durée d'une analyse. La température est donnée par un thermomètre. L'appareil manométrique est fixé sur un support en fonte muni de vis calantes.
« Le tube laboratoire se compose d'une cloche de verre / ouverte par le bas, et terminée en haut par un tube capillaire recourbé rf. Cette cloche plonge dans une petite cuve à mercure U en fonte de fer .... La cuvette U est fixée sur une tablette que Ton peut faire monter à volonté le long du support vertical, au moyen de la crémaillère qui engrène avec le pignon denté mis en mouvement à l'aide de la manivelle B. Le rochet k permet d'arrêter la crémaillère, et, par suite, la cuve U dans l'une quelconque de ses positions. Lu contre-poids fixé au rochet facilite la mameuvre; suivant qu'on le tourne d'un côté ou de l'autre, le rochet engrène ou n'engrène pas avec le pignon.
« Les extrémités des tubes capillaires qui terminent le laboratoire et le mesureur sont inastiquées dans deux petits robinet*» en acier r, ;', dont les extrémités rodées s'ajustent exactement l'une sur l'autre....
Le tube laboratoire est maintenu dans une position vertical»' invariable au moyen d'une pince w, garnie intérieurement de bouchons, et que l'on ouvre ou ferme facilement quand on veut ôtei le tube ou le mettre en place. Le mesureur ab est traversé vers by par deux fils de platine opposés, dont les extrémités s'approchent à une distance de quelques millimètres à l'intérieur de la cloche, et dont les autres extrémités sont fixées avec un peu de rire sur le bord inférieur du manchon. C'est à l'aide de ces fils que l'on détermine le passage de l'étincelle électrique dans la cloche ; l'eau du manchon n'y fait pas obstacle, si l'on provoque l'étincelle avec une bouteille de Leyde. »
Il est facile, à l'aide des tubes manométriques , de connaître exactement les volumes de gaz avant et après l'expérience, et d'en déduire l'analyse du mélange sur lequel on opère; la lunette placée à côté de l'eudiomètre permet d'estimer exactement les positions des extrémités des colonnes mcrcuriellcs. Nous renvoyons au traité
PnBROMftKIS GÉNÉRAUX. 15
de chimie de M. Rcgnault pour tous les détails des opérations.
Artton des étincelles et des décharges sur les liquides. Les effets dus à l'électricité statique présentent, dans quelques circonstances, des différences avec ceux que l'on obtient à l'aide des appareils voltaïques ordinaires : en faisant usage des courants, et en opérant avec de l'eau et deux lames de platine, le gaz oxygène se dégageait pôle positif, le gaz hydrogène au pôle négatif, comme on le verra plus loin; mais il n'en est pas toujours de même avec l'électricité libre. Wollaston, pour décomposer Peau avec l'électricité statique, a opéré comme il suit: on introduit des fds très-fins d'or ou de platine dans des tubes capillaires de verre dont les extrémités sont ramollies à la lampe pour que le métal s'applique exac- Fig. 118. tement sur le verre, et l'on coupe la portion du fil en dehors de la partie fondue, de manière à n'apercevoir à la loupe qu'un point métallique. On place deux de ces tubes dans un vase rempli d'eau, de telle manière que les deux pointes métalliques soient très-rapprochées l'une de l'autre ; un des fils est mis en communication avec le sol, et l'autre avec un conducteur métallique placé à peu de distance du conducteur d'une machine électrique dont on tire des étincelles: on aperçoit aussi tôt aux deux pointes de métal un dégagement de trèspetites bulles de ga 7 . que l'on recueille dans des éprouvettes remplies d'eau ; on trouve que lorsque l'électricité a une très-forte tension, le volume de gaz du côté négatif est double de celui obtenu du côté positif, comme dans les décompositions avec les appareils voltaïques. L'eau a donc été complètement décomposée. Celte déeomposition est d'autant plus rapide que la ténuité des pointes est plus grande ; il faut donc suppléer à la discontinuité de l'action par une très-forte tension ; quand elle est moindre, les deux gaz se dégagent quelquefois à chaque pointe: dans ce cas, les surfaces décomposantes sont , de chaque côté, Tune la pointe, l'autre le liquide adjacent; les deux gaz sont alors mélangés.
On peut décomposer de la même manière des dissolutions salines, et accuser avec des papiers à réactif la présence des acides et des alcalis aux deux pointes. Au surplus, M. Faraday a analysé comme il suit les effets chimiques produits dans cette circonstance :
Ayant pris une bande de papier tournesol et une autre de papier curcuma , il les humecta avec une solution de sulfate de soude et
KLECTR0-CI1IMIE.
les unit par un de leurs bouts. Un fil de platine en relation avec le conducteur d'une machine électrique communiquait avec le papier tournesol , et un autre fil, en relation avec le sol représentant le pôle négatif, touchait au papier de curcuma ; quelques tours de la machine suffirent pour montrer sur ces papiers les mêmes effets que ceux que l'on obtient avec l'électricité voltaïque. Les effets furent encore les mêmes en éloignant les deux bandes de papier et les faisant communiquer au moyen d'un fil de métal. La pointe négative de l'appareil , ainsi que le papier de curcuma ayant été enlevés, la pointe positive fut laissée en contact avec le papier tournesol, et l'on toucha ce dernier avec un conducteur humide que Ton tenait à la main. Le papier tournesol fut encore rougi. Le bout du conducteur humide , au lieu d'être tenu dans la main, fut suspendu dans Pair au moyen d'un tube de verre : le papier fut encore rougi ; dans ce cas, l'air formait évidemment le second pôle ou la seconde surface décomposante. On peut donc opérer une décomposition chimique en se servant , pour transmettre l'électricité, non-seulement de deux lames de métal . mais encore d'une lame de métal et d'un liquide, de deux liquides, d'un métal et de l'air, ou d'un liquide et de l'air.
Pour produire ces différentes réactions, on peut faire usage de l'appareil représenté ci -contre. Les tiges /, t' sont des tubes de
libre. Les tiges t et t' peuvent s'approcher ou s'éloigner du support ab.
On peut opérer la décomposition des liquides en se servant de l'appareil d'induction déjà cité plusieurs fois, et qui est éminemment propre à fournir pendant quelque temps une certaine quantité d'électricité de tension. En décomposant Peau de cette manière, les extrémités des conducteurs préparés à la Wollaston sont lumi-
Flg. 119.
quel on place les papiers ou
verre recourbés, dans l'intérieur desquels se trouve un fil de platine dont l'extrémité seule dépasse chaque tube de verre , et préparés comme dans la figure 118. T, T' sont des supports isolants ; ab un petit support en verre sur le-
substanecs sur lesquelles on veut faire agir l'électricité
neuses. De plus, on obtient, aux deux pôles, des mélanges détonants, tantôt avec un excès d'hydrogène, tantôt avec un excès d'oxygène. On peut expliquer ce résultat en remarquant que la décomposition se fait par décharges, et que par conséquent elle doit donner simultanément en des points très-voisins les deux gaz résultant de la décomposition de l'eau.
M. Masson, en opérant la décomposition de l'eau, et en prenant pour conducteurs polaires un conducteur en pointe et un autre conducteur terminé par une boule de platine de i à 2 millimètres, a vu la pointe lumineuse devenir le siège d'une décomposition abondante; sur la boule le gaz se dégageait à peine. M. Grove avait observé le môme fait en opérant avec une lame métallique. Le gaz dégagé à la pointe est un mélange d'oxygène et d'hydrogène, avec un excès de l'un ou de l'autre , suivant qu'elle est positive ou négative ; la boule donne du gaz pur qui dépend de sa position polaire. Si l'on met la pointe hors du liquide et dans l'air de manière à obtenir une série d'étincelles , la boule plongée dans le liquide le décompose à peine, et donne de l'hydrogène ou de l'oxygène, selon qu'elle est négative ou positive.
L'alcool ordinaire présente les mêmes phénomènes que l'eau . La décomposition est nulle sur la boule si elle est positive , l'oxygène se combinant probablement avec l'un des principes de l'alcool ; elle est très-faible si la boule est négative; le gaz obtenu parait formé d'hydrogène bicarboné. M. Masson cite à ce sujet l'expérience suivante : on peut dans l'alcool éloigner les tiges métalli ques polaires qui touchent avec les extrémités de l'appareil d'induction jusqu'à ce qu'on ne voie plus de bulles gazeuses sur les tiges; cependant l'électricité passe sans étincelle, puisque la masse d'alcool finit par s'échauffer jusqu'à l'ébullition ; ainsi , dans ce cas, aucune décomposition chimique n'ayant lieu, il semble que l'électricité traverse le liquide sous forme de décharge obscure, ou bien comme elle le ferait en parcourant un conducteur métallique : si cela avait lieu ainsi, l'effet serait dù à la haute tension de l'électricité.
Décompositions produites dans les liquides par les courants électriques. Les décompositions électro-chimiques au moyen de la pile s'observent dans un grand nombre de circonstances, et constituent aujourd'hui l'une des parties les plus importantes des sciences physico-chimiques. Ces décompositions sont soumises du reste à des lois que nous indiquerons plus loin.
KLECTRO-CHI M I E.
Un des exemples les plus remarquables de décomposition que l'on puisse citer en premier lieu est la décomposition de l'eau.
"••J 1 * Dans un vase MAI' terminé à sa
partie inférieure en forme d'entonnoir, et fermé par en bas en M' à l'aide d'un liège mastiqué, on fait pénétrer deux lames ou deux tiges en platine A, U.On peut mettre ces tiges en relation avec les deux pôles P et N d'une pile voltaïque. On place dans le vase de l'eau rendue conductrice en Pacidulant par l'acide sulfurique. Si l'on fait passer dans le circuit le courant provenant d'une pile à acide nitrique de 10 éléments, par exemple, aussitôt on voit autour des électrodes de platine des gaz se dégager en abondance. En les recueillant dans des éprouvettes C. D, on reconnaît qu'il se dégage deux volumes de gaz hydrogène au pôle négatif pour un volume de gaz oxygène qui se développe au pôle positif. Ainsi l'eau est décomposée en ses deux éléments, car on sait qu'elle est formée par la combinaison de deux volumes de gaz hydrogène et d'un volume de gaz oxygène.
Il faut que l'eau soit acidulée ou rendue conductrice par la présence d'un sel pour que l'on observe un dégagement de gaz. Si l'on employait l'eau distillée, ce liquide étant mauvais conducteur, la décomposition serait très-faible et ne commencerait à être appréciable qu'en se servant d'une pile composée d'un grand nombre d'éléments ; mais aussitôt qu'on verse quelques gouttes d'acide sulfurique | d'acide phosphorique , d'une dissolution de sulfate de potasse , etc. , les gaz se dégagent en abondance aux deux pôles.
Ainsi les courants électriques, comme l'électricité libre, décomposent l'eau, mais avec une rapidité et une intensité beaucoup plus grandes. Les dissolutions salines, les sels en fusion, peuvent être également décomposés; nous citerons, pour le prouver, les expériences suivantes :
>ig m» Si Ton met dans une vase AB une dis-
solution saturée de sulfate de cuivre, et qu'on y fasse passer un courant électrique à l'aide de deux lames /, /' de platine, on a un dépôt de cuivre métallique sur la lame négative , et on aperçoit des bulles de gaz oxygène qui se dégagent à l'autre pôle.
Des dissolutions de nitrate de plomb, d'argent, de chlorure d'or, etc., donnent également des dépôts métalliques au pôle négatif.
Si l'eau renferme du sulfate de potasse ou de soude, non-seulement l'eau est décomposée, mais encore le sel l est également. On peut le démontrer de la manière suivante : on prépare un mélange Fig. 122. d une dissolution de sulfate de soude ou
de potasse, et d'une infusion de choux rouge, qui est bleuâtre dans les conditions normales. On met ce liquide dansuntul>c en U à trois branches ACB, de la forme indiquée dans la figure 122, et l'on plonge dans les deux branches A et B deux fils de platine en relation avec les pôles d'une pile. Au bout de quelque temps, on voit le liquide rougir du côté positif A, et verdir du côté négatif B; dans le tube inférieur C le liquide qui n'est pas traversé par le courant électrique reste bleu.
Ces changements de couleur indiquent que de l'acide sulfurique se transporte au pôle positif tandis que de la potasse ou de la soude est mise à nu au pôle négatif.
On peut citer encore la décomposition de la dissolution aqueuse d'acide chlorhydrique , qui donne en même temps un moyen d'analyser ce gaz. On emploie avec avantage pour l'effectuer l'appareil suivant, analogue à celui de la fig. 92, tome I, page 297 :
Fig. 123.
ÉLECTRO- CHIMIE
ABC est un tube en U bouché à l'aide de bouchons de liège, et contenant dans une moitié de sa longueur de l'acide chlorhydrique du commerce. Deux lames de platine en relation avec une pile servent à la décomposer. Des tubes amènent les gaz provenant de la décomposition dans des éprouvettcs placées sur de l'eau saturée de sel marin. Du moment que le courant électrique traverse le liquide, on voit des gaz se dégager des deux côtés : de l'hydrogène au pôle négatif ; du chlore (mélangé de quelques produits chlorés) au pôle positif.
Lois des décompositions électro-chimiques. On pourrait multiplier les exemples, et, en prenant des précautions convenables, ainsi qu'on le verra dans la suite de ce chapitre, on trouverait que cette action décomposante est générale quand Félcctricité peut traverser les dissolutions. Tous les corps ne conduisent pas l'électricité au môme degré, nous citerons les huiles essentielles, l'alcool anhydre, l'éther, etc., qui se comportent comme isolants; les courants électriques ne les traversant pas sensiblement, on n'observe pas de décomposition. Quand on opère sur des dissolutions salines, il y u en général décomposition , mais les produits varient, ainsi qu'on le verra plus loin.
Lorsque les sels sont en fusion ignée , ils se décomposent assez généralement alors qu'ils ne sont pas décomposés à l'état solide, car la chaleur augmente leur pouvoir conducteur (voir tome l rr , page 88); dans ce cas, la décomposition se fait aussi bien et même mieux qu'à l'aide des dissolutions aqueuses; on peut citer, comme exemples, le chlorure de plomb, le nitrate d'argent, etc. La potasse elle-même peut être décomposée , et c'est même par la décomposition électro-chimique de la potasse que Davy a découvert le potassium et les métaux des terres; mais nous reviendrons sur la préparation de ces corps.
Il y a des composés liquides, tels que le perchlorure d'antimoine, le bichlorure d'étain, etc., qui ne sont pas sensiblement conducteurs, et qui par conséquent ne sont pas décomposés électro-chimiquement. On remarque en général que ces corps sont des combinaisons dans lesquelles les équivalents ne sont pas égaux ou ne se trouvent pas dans des rapports simples.
Toutes les fois que la décomposition électro-chimique a lieu, on observe les deux lois fondamentales suivantes :
1° L'hydiogtne, les métaux, les bases, sont transportés au pôle négatif ; l'oxygène, les acides, sont transportés au pôle positif.
2° Les décompositions se font toujours en proportions définies.
Dans la théorie du dualisme de Lavoisier, on voit, d'après la première loi, d'où viennent les dénominations de corps électro-positifs et de corps électro-négatifs. Si l'on suppose que les éléments ont une électricité propre, les premiers doivent se transporter au pôle négatif, et les seconds au pôle positif, lors de la décomposition
Dans les liquides, les dissolutions décomposées, il peut se produire des effets très-complexes ; nous avons supposé, dans les expériences précédentes, que les lames décomposâmes étaient de platine ou d'or, c'est-à-dire inoxydables; mais, quand elles sont attaquées par les éléments transportés par l'effet du courant, il se forme alors une foule de réactions qui dépendent de la nature de ces éléments. Si , par exemple, pour décomposer l'eau , on prend pour lame positive une lame de zinc , l'oxygène qui arrive sur ce métal se combine avec lui, et il n'y a aucun dégagement de ce gaz; il peut se manifester alors des produits secondaires qui masquent en apparence les effets de la décomposition électro-chimique. Nous mentionnerons encore à ce sujet les résultats suivants : quand on opère avec de l'eau distillée dans des vases en verre, on obtient, sur les lames décomposantes, du chlore, et de la soude provenant du chlorure de sodium employé comme fondant dans la fabrication du verre (Davy). Avec des vases d'or, il n'en est plus ainsi ; mais dans ce cas, quand l'eau n'est pas exempte d'air, on obtient du nitrate d'ammoniaque par 3uite de la production d'acide nitrique au pôle positif résultant de la réaction de l'oxygène sur l'azote de l'air, et d'ammoniaque au pôle négatif, résultant de la réaction de l'hydrogène sur l'azote. On voit , par là , que les principes constituants des vases sont enlevés par l'action décomposante du courant; il est probable que cet effet est dû à ce que l'eau dissout des quantités très- minimes de la matière du vase , qui est sans cesse décomposée par l'électricité.
Lorsque l'on décompose l'eau dans un appareil ordinaire, si l'on mesure avec soin les gaz dégagés dans différentes conditions de température, et en variant l'étendue des électrodes, on arrive à reconnaître que les proportions des deux gaz dégagés ne sont pas les mêmes, et c'est en général l'oxygène qui fait défaut. En effet, la décomposition de l'eau acidulée est toujours accompagnée d'ozone et d'eau oxygénée. L'ozone se forme en quantitétrop petite pour exercer une influence appréciable sur les mesures des gaz ; au contraire, l'eau oxygénée retient une proportion notable de l'oxygène
KLECTB0-CH1UIB.
développé par la décomposition de l'eau. Cette proportion est d'autant plus grande que la température est plus basse, et que l'on emploie pour électrode positive un fil de platine. Dans des expériences faites par M. Meidinger, le dégagement de l'oxygène sur un fil dans l'eau acidulée, a pu être réduit au J de l'équivalent de l'hvdrogènc dégagé.
En outre, une fois Peau oxygène formée, l'hydrogène qui se dégage peut être absorbé par le liquide, et son volume peut alors diminuer. Quand on veut recueillir la plus grande partie des gaz provenant de la décomposition de l'eau , il faut donc prendre des fils pour électrodes et opérer en élevant un peu la température. Du reste, à propos des voltamètres, nous donnerons encore quelques indications sur ce sujet.
Pour analyser les différents effets qui peuvent se présenter, nous allons étudier dans la décomposition électro-chimique l'influence ,
i 9 De la température ;
2° Du dissolvant ;
3° Du composé dissous ;
V Des éléments'séparés réagissant sur l'eau ou sur le dissolvant ;
r>° Des électrodes ;
6° De l'intensité du courant.
Influence de l élévation de ta température. L'élévation de température favorise singulièrement la décomposition électro-chimique par cela même que la conductibilité des liquides est augmentée dans une assez forte proportion (voir tome I er , page 93). Aussi l'eau dont on élève la température, les dissolutions salines chaudes, etc. . sont plus promptement décomposées par le courant qu'à la température ordinaire.
Influence du dissolvant. Le dissolvant peut être seul décomposé dans la réunion de deux corps , quoique chaque corps ne conduise pas l'électricité ou la conduise mal. On ne peut citer aucun exemple plus frappant de ce fait que ce qui se passe avec l'eau acidulée par l'acide sulfurique. L'eau pure n'est que faiblement décomposée à cause de sa résistance au passage du courant électrique ; l'acide sulfurique est dans le même cas; le mélange des deux corps, c'est-àdire l'eau acidulée , est décomposé facilement , mais il n'y a d'apparent que la décomposition de l'eau , puisque le soufre ne se dépose pas et que l'acide sulfurique n'est pas altéré. On peut mentionner à celte occasion une observation de M. Daniel , qui sera invoquée plus loin : en opérant la décomposition de l'eau acidulée dans un vase
séparé en deux compartiments par une cloison en baudruche , et chaque électrode plongeant dans un compartiment, M. Daniel a vu Peau acidulée augmenter d'acidité au pôle -f- et diminuer au pôle — , ce qui semblait indiquer qu'un hydrate d'acide sulfurique était décomposé par le courant ; nous parlerons plus loin de cet effet , qui pourrait provenir d'un transport inégal des substances au travers de la cloison sous l'influence de l'électricité.
Influence du composé dissous. Dans les dissolutions salines le dissolvant peut être décomposé seul, et d'autres fois le dissolvant peut l'être en même temps que le sel dissous; ces effets dépendent de la nature de la substance et de la proportion dans laquelle il se trouve.
Quant à l'influence de ia nature du dissolvant, elle est évidente; nous allons en citer quelques exemples. En général , les chlorures sont seuls décomposés (chlorure d'or, de cuivre, d'étain, d'antimoine, etc.) ; mais quelquefois l'eau l'est en même temps (sulfate de soude, etc.). Les composés iodurés sont ceux qui cèdent le plus facilement à l'action des forces électriques; on se sert habituellement de bandes de papier ioduré et amidonné pour le démontrer ; un seul élément de pile suffit pour décomposer l'iodure de potassium et mettre l'iode à nu, dont la présence est rendue manifeste par sa combinaison avec l'amidon, donnant lieu à une coloration bleue.
influence des éléments séparés. Lorsqu'on décompose l'eau, l'oxygène se dégage au pôle positif, et l'hydrogène au pôle négatif; ces deux gaz étant à l'état naissant, si elle renferme en dissolution des substances oxydables ou réductibles, l'oxygène ou l'hydrogène sont absorbés, et alors on ne trouve plus deux volumes d'hydrogène pour un volume d'oxygène. C'est là une des causes d'erreur dans l'appréciation des gaz ou des produits recueillis aux deux pôles, dont on ne tient pas toujours compte. L'action des éléments déposés aux pôles, alors qu'ils sont à l'état naissant, sur les substances en dissolution, donne naissance à des produits secondaires 1res-
ÉLECTRO-CHIMIE
varies, qui sont du ressort de la synthèse électro-chimique, et que nous étudirons dans les chapitres suivants.
Les corps qui sont en dissolution dans l'eau peuvent aider à sa décomposition, suivant qu'ils ont de l'affinité pour l'hydrogène ou l'oxygène. On peut le prouver en plaçant de l'eau dans un vase semhlable à celui représenté figure 120, les deux lames décomposantes étant en platine. A l'aide d'un seul couple à la Wollaston , l'eau même acidulée n'est pas décomposée; mais si ce liquide tient en dissolution du chlore , aussitôt on voit apparaître au pôle positif du gaz oxygène; le gaz hydrogène qui se porte au pôle négatif se combine avec le chlore pour former de l'acide chlorhydrique. Ainsi l'addition de chlore a suffi pour permettre à un couple ordinaire de décomposer l'eau avec dégagement de gaz. Le même effet se produit en dissolvant dans l'eau du protosulfate de fer ou une substance avide d'oxygène; dans ce cas, un seul couple peut décomposer l'eau , mais c'est le gaz hydrogène que l'on voit apparaître au pôle négatif, au lieu de gaz oxygène au pôle positif, comme dans l'expérience précédente (E. Becquerel).
Ces résultats peuvent s'expliquer en se reportant à ce que nous avons dit à propos de la conductibilité. La résistance au passage du platine dans le liquide par suite de la présence des gaz , quand on agit avec l'eau ordinaire, est cause que le circuit a une faible conductibilité, et qu'il naît un couple à gaz agissant en sens inverse du couple voltaïque employé (voir tome I er , page 202) ; en effet, un galvanomètre introduit dans le circuit indique une déviation qui va sans cesse en diminuant jusqu'à une certaine limite. Mais quand On ajoute du chlore ou du protosulfate de fer, ou une substance avide d'hydrogène ou d'oxygène, alors cet effet cesse, et l'intensité électrique du couple est suffisante pour décomposer l'eau.
Avec des solutions aqueuses de brome, il faut ajouter une certaine quantité de sel marin ou d'acide sulfurique, pour décomposer l'eau; avec l'eau iodurée, malgré l'addition du sel ou de l'acide, on n'obtient aucune trace de décomposition avec un seul couple voltaïque simple; cette différence mérite d'être signalée.
Quand on opère comme il précède avec le chlore, le brome et l'iode, il y a aussi de l'oxygène absorbé par l'action des substances dissoutes; on peut même, en opérant convenablement, connaître les rapports des volumes de gaz absorbés par ces différents corps, rapports qui suivent le degré d'affinité de ces substances pour l'oxygène et l'hydrogène.
PHÉNOMÈNES GKiSÉRALX.
Voici comment on a opéré : quatre appareils décomposants , disposés comme l'indique la figure 120, et renfermant, le premier une solution aqueuse de chlore, le second une solution aqueuse de brome, le troisième une solution aqueuse d'iode, le quatrième de l'eau acidulée, ont été mis en relation entre eux avec un appareil Yoltaïque. On verra plus loin que, d'après cette disposition, en faisant passer le même courant dans les quatre appareils, on doit avoir la même quantité de gaz aux électrodes. La pile était chargée faiblement, afin que les gaz, en se dégageant très-lentement sur les lames de platine, eussent le temps de réagir à 1 état naissant sur les gaz dissous dans l'eau, qui venaient successivement se présenter aux électrodes. Dans une expérience, la pile ayant fonctionné pendant trois heures, il ne s'était dégagé dans l'eau acidulée qu'environ 1 centimètre cube de gaz hydrogène, et ] centimètre cube d'oxygène ; la même quantité d'eau, correspondant à ces gaz, avait du être décomposée dans les autres vases. Si donc, l'on retranche le volume des gaz dégagés dans les trois premiers vases, du volume de l'hydrogène et de celui de l'oxygène recueillis dans le quatrième, on a la quantité de gaz absorbée :