DE LA RÉSISTANCE ÉLECTRIQUE DES CORPS
359. Les différents corps se rangent en trois classes, d’après Îa facon dont ils se comportent relativement au passage de l'électricité.
La première classe comprend tous les métaux, leurs alliages. quelques sulfures et d’autres composés renfermant des métaux ; 1l faut y ajouter le carbone sous forme de charbon de cornue, et le sélénium sous la variété cristalline.
Pour toutes ces substances, la conduction se produit sans décomposition ni altération de la matière chimique des corps, ni dans la masse, ni aux points où le courant entre ou sort. Dans tous ces corps, la résistance augmente à mesure que la température s'élève (1).
La seconde classe comprend les substances que l’on appelle électrolytes, parce que le passage du courant est accompagné d’une décomposition de la substance en deux éléments qui apparaissent sur Îles électrodes. En général, les corps ne peuvent être électrolytes qu'à l’état liquide; cependant il y a certains colloïdes, tels que le verre à 100°, qui sont solides en apparence et qui sont pourtant des électrolytes. Des expériences de Sir B.-G. Brodie, il semble résulter que certains gaz sont susceptibles d’électrolyse sous l'influence d’une force électromotrice considérable.
Pour toutes les substances où la conduction est électrolytique, la résistance diminue à mesure que la température s'élève.
La troisième classe comprend des substances dont la résistance est si grande que les méthodes les plus délicates peuvent seules y percevoir le passage de l'électricité : elles sont appelées diélectriques. A celte classe appartiennent un grand nombre de corps solides, quelques liquides, tels que la térébenthine, le pétrole, la paraffine fondue, etc., et tous les gaz et les vapeurs. Le charbon sous forme de diamant et le sélénium sous la variété amorphe appartiennent à cette classe.
La résistance des corps de cette classe est énorme, comparée à celle
(') La résistance des charbons employés pour la production de la lumière électrique décroit quand la température s'élève. . [P.]
des métaux. Elle diminue à mesure que la température s'élève. En raison de la grande résistance de ces corps, il est difficile de déterminer si le faible courant que l’on peut faire passer au travers est ou ‘non accompagné d’électrolyse.
De la résistance électrique des métaux.
360. Il n’y a point de partie des études électriques pour laquelle on ait fait des expériences plus nombreuses et plus soignées que pour la détermination de la résistance des métaux. Il est de la plus haute importance pour les télégraphes électriques que le métal dont sont faits les fils ait la plus petite résistance possible : on doit donc faire des mesures de résistance pour choisir les matériaux. Si une faute se produit sur la ligne, sa position est aussitôt déterminée par des mesures de résistance; ces mesures, auxquelles tant de personnes sont maintenant employées, exigent l’usage de bobines de résistance faites d’un métal dont les propriétés électriques aient été étudiées avec soin.
Les propriétés électriques des métaux et de leurs alliages ont été étudiées avec grand soin par MM. Matthiessen, Vogt et Hockin, et par MM. Siemens qui ont tant contribué à introduire dans la pratique journalière l'usage des mesures électriques exactes.
Des recherches du Dr Matthiessen, il résulte que l'effet de la température sur la résistance est à peu près le même pour un grand nombre de métaux purs; la résistance à 100°C. est à la résistance à o°C. dans le rapport de 1,414 à 1, ou de 100 à 50,7. Pour le fer pur, le rapport est de 1,645; pour le thallium pur, de 1,458.
La résistance des métaux a été observée par le Dr C.-W. Siemens (!) dans les limites de température plus étendues, s'étendant du point de congélation del'eau jusqu’à 35o°C. et, dans quelques cas, jusqu’à ro000°C. Il trouve que la résistance croît avec la température, mais que l’accroissement diminue à mesure que la température s'élève. La formule qu'il trouve en accord très exact avec les observations de résistances faites à basse température par le Dr Matthiessen et avec ses propres observations s'étendant sur un intervalle de 1000°C. est
r=AaT'-ST+ 7,
où T est la température absolue comptée à partir de — 273°C. et où
(') Proc. R. S., 2; avril 1871.
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