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THÉORIE DES DEUX FLUIDES

Il y a encore une autre raison qui nous permet d'affirmer que l’électricité, considérée comme quantité physique, et synonyme de charge totale du corps, n’est pas comme la chaleur, une forme d'énergie. Un système électrisé possède une certaine énergie; cette énergie peut se calculer en multipliant la quantité d'électricité qui se trouve sur chaque partie du système par une autre quantité physique, le potentiel de cette partie du système (!), et en prenant la moitié de la somme de ces produits. Les quantités électricité et potentiel, multipliées l'une par l’autre, produisent la quantité énergie. Ï1 est donc impossible que l'électricité et l'énergie soient des quantités de même espèce, l'électricité n'étant qu'un des facteurs de l'énergie, dont l'autre facteur est le potentiel. |

L'énergie, qui est le produit de ces deux facteurs, peut aussi ètre considérée comme le produit de divers autres groupes de deux facteurs; ainsi :

Une force x une distance le long de laquelle agit la force.

Une masse X la gravité agissant sur un certain parcours vertical.

Une masse X la moitié du carré de sa vitesse.

Une pression x un volume de fluide introduit dans le vase à cette

pression.

Une affinité chimique x un changement chimique mesuré par le nombre

d’équivalents électrochimiques qui entrent en combinaison.

Si nous arrivons à nous faire des idées mécaniques distinctes sur la nature du potentiel électrique, nous pourrons, en les combinant à l'idée d'énergie, déterminer la catégorie physique dans laquelle doit ètre classée l'électricité. |

36. Dans la plupart des théories sur ce sujet, on traite l'électricité comme une substance; mais, comme il y a deux espèces d’électrisation, qui, combinées ensemble, s’annulent l’une l’autre, et comme nous ne concevons pas deux substances qui s’annulent l’une l’autre, on a établi une distinction entre l'électricité libre et l'électricité combinée.

Théorie des deux fluides.

Dans la théorie dite des deux fluides, on suppose que tous les corps

(') [Il se présente ici un défaut d'ordre dans cette exposition : le potentiel électrique ne sera défini que plus loin, ct le lecteur ne comprendra ce passage qu'après avoir pris connaissance de ce qui suit. (C.)]

qui ne sont pas électrisés sont chargés de quantités égales d’électricité positive et d'électricité négative. On admet que ces quantités sont si grandes que, par aucun procédé d’électrisation, on ne puisse enlever à un corps toute son électricité de l'une ou l’autre espèce. Dans cette théorie, l'opération qui constitue l'électrisation consiste à prendre à un corps À une certaine quantité P d'électricité positive pour la donner à un corps B, ou bien à prendre à B une quantité N d’électricité négative que l'on donne à À, ou à combiner de quelque manière ces deux opérations.

Le résultat sera que À aura P + N unités d'électricité négative en sus de son électricité positive restante, laquelle est supposée combinée à une quantité égale d'électricité négative. Cette quantité P + N est ce qu'on appelle l'électricité libre, le reste est ce qu'on appelle l'électricité combinée, latente ou fixée.

En exposant cette théorie, on a généralement appelé les deux électricités des fluides, parce qu'elles sont susceptibles de se transporter d’un corps sur un autre et qu'elles sont très mobiles dans les corps conducteurs. Les autres propriétés des fluides, inertie, poids, élasticité, ne leur ont pas été attribuées par les auteurs qui n'ont fait usage de cette théorie qu’en vue de recherches mathématiques; mais l'emploi de ce mot de fluide a été de nature à induire en erreur le vulgaire, et avec lui bien des savants qui n'étaient pas des physiciens, et qui se sont saisis de ce mot de fluide, le seul terme qui leur parût intelligible dans l'exposé de la théorie.

Nous verrons que le développement de la théorie mathématique est dù dans une large mesure à des auteurs qui s’exprimaient dans le langage de la théorie des deux fluides. Mais leurs résultats ont été déduits entièrement de données que l'on peut établir par l'expérience, et qui par suite sont forcément vraies, que nous adoptions ou non la théorie des deux fluides. Et par conséquent la vérification expérimentale de ces résultats mathématiques ne prouve rien, ni pour ni contre les doctrines particulières de cette théorie.

La considération de deux fluides nous permet d'envisager l'électrisation négative de À et l’électrisation positive de B comme l'effet d’une quelconque de trois opérations différentes conduisant au même résultat. Nous avons déjà supposé qu'elle est due au transport de P unités d'électricité positive de A sur B, et de N unités d'électricité négative de B sur À. Mais si P +N unités d'électricité positive avaient été transportées de B sur À, ou si P + N unités d'électricité négative avaient été transportées de B sur À, le résultat serait le même que précédemment pour ce qui est de l'électricité libre sur À ou sur B; mais

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