‹ Traité d'electricite et de magnétismeChapitre 28 sur 263 · THÉORIE D'UN SEUL FLUIDE · texte numérisé non relu

THÉORIE D'UN SEUL FLUIDE

la quantité d'électricité combinée laissée sur A serait moindre dans le second cas, et plus grande dans le troisième qu’elle n'était dans le premier.

Il résulterait donc de cette théorie que l’on peut altérer, non seulement la quantité d'électricité libre d'un corps, mais encore sa quantité d'électricité combinée. Or, on n’a jamais observé sur les corps électrisés aucun phénomène que l’on puisse attribuer à une variation dela quantité d'électricité combinée. Donc, ou bien les électricités combinées n’ont pas de propriétés que l’on puisse observer, ou bien il n’y a pas de variation possible de la quantité d'électricité combinée. La première de ces hypothèses ne présente point de difficultés au point de vue purement mathématique, car n’attribuant aux fluides d'autres propriétés que celles d'attraction et de répulsion, au regard desquelles les deux fluides s’annulent l’un l’autre purement et simplement, l’effet de ces fluides combinés est vraiment et identiquement nul. Mais, pour ceux qui ne peuvent employer le mot fluide sans avoir l’idée d'une substance, il est difficile de concevoir que la combinaison des deux fluides n'ait pas de propriétés du tout, que l’addition sur un corps de quantités plus ou moins grandes de cette combinaison n'ait aucun effet sur ce corps, qu'elle n’augmente ni sa masse ni son poids, ni ne change aucune de ses propriétés. Certaines personnes ont été ainsi amenées à supposer que chaque fois qu'il y a électrisation, des quantités exactement égales de chaque fluide sont transportées dans des directions opposées, en sorte que la quantité totale des deux fluides pris ensemble reste toujours la même sur tous les corps. Par cette nouvelle loi, ils tâchent de sauver les apparences, oubliant que l'on n'a nullement besoin de leur loi, si ce n’est pour accorder la théorie des deux fluides avec l'expérience, et pour l'empècher de prédire des phénomènes qui ne se produisent pas.

Théorie d'un seul fluide.

37. Dans la théorie d’un seul fluide, tout est semblable à la théorie des deux fluides, sauf qu'au lieu de supposer deux substances égales et opposées à tous égards, 1l y en a une, généralement le fluide négauif, à laquelle on attribue les propriétés et le nom de la matière ordinaire, gardant pour l'autre le nom de fluide électrique. On suppose que les molécules du fluide se repoussent les unes les autres suivant la loi de l'inverse carré des distances, et qu'elles attirent les molécules matérielles suivant la même loi. Si la quantité de fluide électrique contenue dans un corps est telle que, pour une molécule de fluide élec-

trique extérieure au corps, la répulsion due au fluide électrique du corps soit égale à l'attraction due à sa masse matérielle, on dit que le corps est saturé. Si la quantité de fluide du corps est plus grande que celle qui détermine la saturation, l'excès est appelé fluide excédant, et l’on dit que le corps est surchargé. Si la quantité de fluide est moindre qu'il ne convient pour la saturation, on dit que le corps est souschargé, et l’on appelle quelquefois fluide déficient la quantité du fluide qui serait nécessaire pour le saturer. Le nombre d'unités d'électricité nécessaire pour saturer 16° de matière ordinaire doit ètre très grand; en effet, 18° d'or peut être battu jusqu'à présenter une surface de 11, et sous cette forme peut prendre une charge négative d'au moins 60000 unités d'électricité. Pour saturer la feuille d'or, il faut lui donner cette quantité du fluide électrique; en sorte que la quantité totale nécessaire pour la saturer doit être plus grande encore. On suppose qu'entre deux corps saturés, l'attraction qui s'exerce entre la matière et le fluide est un peu plus grande que la répulsion qui agit'entre les deux parties de fluide et les deux parties de matière; et l'on suppose que cette force résiduelle rend compte de l'attraction de gravitation.

Cette théorie n'a pas le tort d'expliquer trop, comme celle des deux fluides ; et cependant elle exige que nous admettions que la masse du fluide électrique est si faible, qu'aucune des électrisations positive ou négative que nous sommes capables de produire ne puisse accroître ou diminuer d'une manière appréciable n1 la masse ni le poids d’un corps (:); et, de plus, elle n’a pu jusqu’à présent donner de raisons valables de supposer que l’électrisation vitrée plutôt que l’électrisation résineuse soit due à un excès d'électricité.

Une objection a été quelquefois opposée à cette théorie, par des hommes qui auraient dà mieux raisonner. On a dit que l'hypothèse d'une r'épulsion entre les particules de matière non combinées à de l'électricité est en contradiction formelle avec ce fait bien établi que, dans tout l'univers, toutes les particules de matière s’attirent mutuellement. Si la théorie d'un seul fluide était vraie, les corps célestes devraient se repousser l'un l’autre.

(‘) [Il n’est pas inutile de faire remarquer de combien de difficultés serait entouréc la pesée exacte d'un corps fortement électrisé.

L'affirmation n'est mème pas correcte en ce qui concerne la définition théorique du poids, qui est l'attraction terrestre : l’induction sur la terre modifie l’action réciproque. Quant à la détermination de la masse du corps électrisé, aucune expériencec connuc ne permet de vérifier ce postulatum qu'on admet dans le calcul du mouvement des corps électrisés. (C.)]

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