DE L ELECTRICITE
Les effets étant les mêmes quand les surfaces sont dépolies^ ils doivent dépendre par conséquent de la nature particulière de chaque métal. Si, au lieu de plaques^ on opère avec cylindres de fer et de cuivre d'un décimètre de longueur, de manière que les mêmes points de Tun d'eux parcourent continuellement la surface du second, ces points^ étant sans cesse soumis à Taction du frottement, s'échaufferont plus que les points de la surface du second, et cependant le résultat sera encore le même que si Tinversé avait lieu. Cette expérience prouve bien que le plus ou moins de frottement^ et par suite le plus ou moins de chaleur dégagée^ n'exercent aucune influence sur l'espèce d'électricité prise par chaque corps. Tâchons d'interpréter les effets produits : prenons deux lames ^ l'une de bismuth, l'autre d'antimoine^ soudées chacune à l'un des bouts du fil d'un multiplicateur; si on les frotte l'une sur l'autre , il y a dégagement d'électricité. Les deux électricités, devenues libres, se recombinent aussitôt, partie sur la surface même du contact, partie en suivant le fil du multiplicateur, de sorte que l'aiguille aimantée n'accuse qu'une très-faible portion des électricités devenues libres. Potir avoir un maximum d'effet, il faut, tout en maintenant le contact , séparer rapidement les parties frottées : on conçoit, en effet, qu'une portion des deux électricités éprouve d'autant moins de difficulté à suivre le circuit du multiplicateur pour se recombiner, que la distance qui sépare les parties frottées est plus grande, c'est-à-dire que le frottement a été plus rapide. L'expérience suivante vient à l'appui de cette explication. Au lieu de passer les deux lames l'une sur l'autre avec frottement, si on les presse ou qu'on les frappe fortement , mais de manière à éviter un frottement latéral , il ne se produit pas de courant , et par conséquent point de dégagement apparent d'électricité, quoique les surfaces soient plus fortement ébranlées que lorsque l'on frotte les deux lames légèrement l'une sur l'autre. Il faut donc, puisque les mômes points des surfaces restent constamment en contact, que l'électricité dégagée sur chacune des lames n'ait pas besoin , pour se recombiner, de suivre le fil du multiplicateur, et que la recomposition s'opère instantanément au contact même des parties pressées.
Si l'on obtient des effets électriques dans le frottement de deux métaux hétérogènes, on les retrouve encore dans le frottement des molécules liées entre elles par la force d'agrégation. (Peltier.) Mais, dans ce ca^, quand on frotte deux conducteurs de même métal lon-
134 CAUSES DU DÉGAGEHENT
gitudinalement, il se produit des phénomènes d'induction dus au déplacement des conducteurs par rapport à l'aimant terrestre, qui compliquent singulièrement les résultats. C'est pour ce motif que nous ne les décrirons pas ici.
wg &'• .Frottement des gas et des
vapeurs. Lorsqu'un jet de vapeur sort d'une chaudière^ et en général quand un gaz^ dans certaines conditions , éprouve un frottement contre les parois d'une ouverture par laquelle il sort, on observe un dégagement d'électricité.
Ce fait remarquable, en raison de l'intensité de ses effets et des circonstances dans lesquelles il est produit, a été observé pour la première fois par M. Armstrong en 1840, dans l'usine de Sigdille près New-Castle. Depuis on a modifié les chaudières destinées à produire le phénomène , et on leur donne actuellement la forme que nous allons indiquer. La figure 51 représente le petit modèle que Ton emploie habituellement dans les cours de physique. La chaudière a 80 centimètres de longueur, 37 centimètres de diamètre, et donne des étincelles de 4 ou 5 centimètres sous 8 à 10 atmosphères de pression ; on en a construit de plus grandes, dans lesquelles les elTets sont beaucoup plus énergiques.
La machine est formée d'une chaudière en forte tôle , à foyer intérieur, supportée par quatre colonnes VVVV de verre, dont les extrémités inférieures reposent sur un patin à roulettes P. En N est un tube indicateur du niveau de l'eau dans la chaudière; la soupape 8 permet de laisser croître la pression jusqu'à 8 ou 9 atmosphères. On peut, du reste, à l'aide du poids, régler la pression avec laquelle
DK L'BLVCTBIClTlé. 135
on opère. La prise de vapeur se fait sur le dôme D au moyen d'un robinet R. La vapeur^ en sortant du robinet^ se rend simultanément dans trois tubes parallèles dont les extrémités se voient en a ^ et qui travei-sent la boîte B. Cette boîte est remplie d'étoupe imbibée d*eau froide et destinée à reftoidir un peu la vapeur, de manière à la charger de gouttelettes d'eau dont la présence est essentielle à la production du phénomène; un petit tube recourbé n sert à s'assurer que la boîte contient toujours de Teau ; comme d'ailleurs cellcr ci s'échauffe par le passage de la vapeur dans les tubes qu'elle entoure, un tuyau t entraîne les vapeurs qu'elle émet dans la cheminée C.
Pour recueillir l'électricité produite dans le frottement de la vapeur humide contre les parois des petits cylindres de bois des ajutages a , on présente au jet de vapeur un peigne p , qui est supporté par une tige horizontale, mobile dans la botte H qu'elle traverse, afin de pouvoir faire varier la distance du peigne aux orifices d'échappement. Le tout est d'ailleurs supporté par une colonne de verre A qui sert à isoler le peigne d'avec la chaudière sur laquelle on l'adapte ordinairement.
Fig. 51 bis. I-^s extrémités des tubes a par où débou-
^^^ che la vapeur sont représentées dans la figure r>i bis, afin de montrer le passage de la vajieur et le frottement de celle-ci et des goutte- ^^^ lettes qu'elle renferme contre les petits cylindres de bois qui s'y trouvent contenus. Les cylindres en bois de buis E se trouvent placés entre les deux pièces eu cuivre a et a'j a' entrant à vis dans la première. La vapeur, ainsi que le représentent les flèches, n'entre pas directement de façon à frapper le cylindre de bois, mais, par suite de la disposition d'une petite plaque de cuivre a' o", elle contourne la face de la plaque a' qui regarde B, puis vient frotter contre le cylindre de bois non-seulement tout autour dans l'intervalle qui le sépare de a, mais encore au milieu, à l'aide d'une ouverture qui le traverse dans toute sa longueur.
On a reconnu qu'en plaçant dans la boite en cuivre a des cylindres de différentes substances, bois, verre, métaux, etc., on obtenait les effets les plus énergiques avec les bois; parmi ceux-ci, le buis donne de très-bons effets.
EFaprès ce qui a été dit plus haut, la vapeur communiquant Télectricité positive à la boule H (fig. 5i) et aux tiges qui sont en rap-
13C CAUSES OU OéGAGEMENT
port avec elle, la chaudière se charge d'électricilé négative en quantité égaie. Si on ne veut recueillir que la première^ il faut mettre la chaudière en communication avec le sol ; en approchant un excitateur à manche qui touche à la chaudière, de la pièce H^ quand la vapeur sort, on exoite des étincelles entre cet appareil et la boule H, Si Ton désire opérer avec l'électricité négative, on fait communiquer au sol la boule H , et on isole la chaudière ; alors celle-ci donne des étincelles en raison d'un excès d'électricité négative.
Il résulte des expériences faites par MM. Armstrong , Schafthoeutl. Faraday, et les différents physiciens qui se sont occupés de ce sujet , qu'il ne se dégage jamais d'électricité par le passage seul de la vapeur, mais bien lorsqu'il se trouve de l'eau mêlée avec elle. On a conclu de là que l'électricité est produite par le frottement des globules de l'eau contre les parois du cylindre , ou contre les substances qui s'opposent à leur sortie lorsqu'elles sont rapidement entraînées par le courant de vapeur. On conçoit très-bien par là comment il se fait qu'il se dégage d'autant plus d'électricité que la pression et la force de projection de la vapeur sont plus considérables , car on n'a pas à craindre alors que la vapeur mouille les parois , condition essentielle pour la production de l'électricité, qui s'opère de telle manière que généralement la vapeur ou l'eau est positive , et les solides quels qu'ils soient négatifs.
On comprend aisément que les effets doivent être modifiés parla forme, la nature et la température des orifices. La chaleur, qui s'oppose à la condensation de la vapeur, empêche le développement de rélectricité qui se manifeste promptement en refroidissant le canal d'une manière suffisante pour obtenir la condensation. Il n'y a de dégagement d'électricité qu'autant que l'eau est pure ; la présence d'ime petite quantité de sel ou d'acide détruit la faculté ; en ajoutant de l'essence de térébenthine, les effets électriques sont inverses , c'est-à-dire que la vapeur est négative.
M. Faraday a montré , comme du reste on le savait déjà, qu'on obtient des effets semblables en substituant un courant d'air au courant de vapeur. Quand ce courant renferme de l'humidité, il y a dégagement d'électricité; quand l'air est sec, il y a absence d'effets; en mêlant à l'air des poudres sèches, il y a aussi dégagegement d'électricité, dont l'espèce dépend de la nature des poudres.
DB L*ÉL£CTRIClTé. 137
Ces effets peuvent être observés en condensant de Tair^ sous une assez forte pression^ dans un vase à parois résistantes, ou mémo dans une fontaine de compression ; mais alors les effets, quoique sensibles à un électroscope, ne sont pas aussi énergiques que ceux que l'on obtient avec les chaudières à vapeur; avec celles-ci il se produit une grande quantité d'électricité, et Ton charge rapidement des batteries électriques et des jarres. Cependant, quand on opère avec de Tair comprimé mélangé de gouttelettes d'eau, on observe des elTets souvent contradictoires, qui tiennent à ce que la nature des parois influe sur la production du phénomène.
Nous citerons à cette occasion les expériences faites par M. Armstrong, en condensant de l'air sous une pression de huit atmosphères, dans un vase à parois très-résistantes, de la contenance d'un peu moins de sept litres, et muni d'un tube en vene par lequel l'air devait s'échapper : le vase fut placé sur un isoloir ; Ayant tourné le robinet pour laisser échapper Pair, il n'obtint, la première fois , aucun résultat. Dans une seconde expérience, le verre devint si fortement négatif, qu'il put en tirer des étincelles de 8 millimètres de longueur. Cette expérience fut répétée souvent avec le même succès. L'électricité du vase, quoique ordinairement négative, comme la vapeur, était cependant quelquefois positive; aussi devait-il se présenter des cas où il n'y avait aucun dégagement d'électricité, quand le vase passait de Tétat négatif à l'état positif. L'expérience réussissait mieux par un temps froid et légèrement humide, que lorsqu'il était sec et chaud. Cette circonstance est à noter, car elle conduit à cette conclusion que la présence de Teau dans l'air est une des causes de la production du phénomène.
Dans cette expérience, il paraîtrait que l'influence de la présence de l'eau en vapeur est telle, que loi'sque le récipient est parfaitement sec, et échauffé jusqu'à ce qu'on ne puisse y tenir la main , la sortie de l'air ne produit pas d'électricité. Si Tintéf ieur du récipient est humide, on ne peut faire disparaître les signes d'électricité qu'en élevant davantage la température; quand celle-ci est basse, la présence de l'eau contribue peu aux effets électriques.
En tout cas, il résulte des recherches faites sur le dégagement de l'électricité dans le frottement des gaz et des vapeurs cx)ntre des corps solides, qu'il est nécessaire que ces fluides aériformes soient mélangés de particules d'eau qui viennent frotter contre les parois des tubes de sortie ; sans cela, les gaz et les vapeurs seules ne donneraient lieu à aucun effet.
ISS C4CSE8 DU DÉGAOBUBtlT
La machine décrite plus haut est analogue aux machines électriques ordinaires, et elle fournit rapidement une charge électrique suffisante pour de grandes batteries; son emploi est borné aux mêmes usages que ceux auxquels sont destinés les appareils qui donnent de l'électricité statique : il y a forte tension et faible quan* tité. (Voir livre T', page 26.)
Clivage. Lorsqu'on clive rapidement une lame de mica dans l'obscurité , on aperçoit une faible lueur phosphorique^ qui est toujours accompagnée d'un dégagement d'électricité. On trouve effectivement que chacune des faces séparées possède un excès d'électricité contraire dont l'intensité est d'autant plus grande que la séparation a été plus rapide. Ce phénomène ayant toujours lieu^ quelque mince que soit la lame de mica^ on peut en conclure quil se reproduirait encore à la limite , c'est-à-dire , s'il était possible de séparer l'une de l'autre deux molécules. Ces faits prouvent deux choses : 1*" que les molécules possèdent au moins deux faces douées de facultés différentes, car, sans cela, on ne verrait pas pourquoi une des lames donnerait une électricité et l'autre lame l'électricité contraire ; 2« que chacune de ces faces manifeste une polarité électrique à l'instant où l'on détruit la force d'agrégation. Les actions chimiques, comme nous le prouverons, conduisent aux mêmes conséquences. On trouve la même propriété dans toutes les substances rangées parmi les corps mauvais ou médiocres conducteurs. On peut donc poser en principe que , toutes les fois que l'on sépare deux molécules réunies en vertu de la force d*agrégation, chacune d'elles emporte un excès d'électricité contraire, pour\'u toutefois que les corps auxquels elles appartiennent ne soient pas tellement bons conducteurs que la recomposition des deux électricités devenues libres suive immédiatement leur séparation.
Pour réussir dans ces expériences, il faut enlever aux cristaux la couche d'eau hygrométrique qui adhère ordinairement à leur surface, et porter rapidement les parties séparées dans Télectroscopc de Coulomb. (Voir page 21 .)
Deux lames de mica détachées du même cristal , rapprochées l'une de Tautre et légèrement pressées jusqu'à les faire adhérer, sortent de la compression chacune avec l'état électrique qu'elle possédait à l'instant du clivage. L'effet est particulièrement marqué quand on élève légèrement la température de la lame qui présentait l'état négatif en sortant du clivage.
Il est facile d'expliquer maintenant pourquoi l'on ne peut recueil-
DE L*ÉLECTRIC1Té. 180
lir d'électricité libre quand on broie dans un mortier d'agate des cristaux de substances conduisant mal l'électricité^ car il y a recomposition immédiate des deux électricités contraires dégagées sur deux lamelles contiguês. C'est par le même motif que Ton n'obtient aucun effet électrique lorsqu'on brise les corps cristallisés irrégulièrement ou formés de parties groupées confusément^ comme des tubes de verre ^ des bâtons de gomme laque ^ etc.^ etc. On conçoit de même pourquoi Ton n'observe aucun signe d'électricité libre dans le clivage d'un cristal conducteur de l'électricité, comme la galène^ les pyrites et autres^ attendu que la vitesse de sépa* ration ne peut jamais être assez grande pour empêcher la recomposition des deux électricités à l'instant où elles se séparent. A défaut d'électricité libre » on pourrait constater la présence de cet agent au moyen des effets électriques des courants : à cet effet, le cristal devrait être mis en communication par deux points avec les bouts du fit d'un galvanomètre. Il est infiniment probable qu'en clivant rapidement le cristal , une portion des deux électricités provenant de la destruction de l'attraction moléculaire, en suivant le fil pour se recombiner ^ produiraient un courant qui réagirait sur l'aiguille aimantée.
Passons aux effets électriques produits lors de la destruction de l'attraction moléculaire entre deux substances hétérogènes. Si Ton verse dans un verre conique , préalablement chauffé , du soufre en fusion , et que l'on plonge dedans, avant qu'il soit refroidi , un tube de verre, pour retirer le soufre du verre, on trouve, après la solidification, que, lorsqu'on enlève le cône de soufre, le verre possède un excès d'électricité négative, et le soufre un excès d'électricité contraire. Le chocolat, l'acide phosphorique , après leur solidification dans un verre , donnent des effets semblables, ainsi que le protochlorure de mercure, lorsque, l'ayant fait sublimer dans le col d'un matras, on en sépare rapidement quelques portions avec un tube isolant à l'extrémité duquel se trouve un peu de cire molle. Nul doute que, dans ces expériences, l'effet ne provienne de la destruction de l'attraction exercée par les molécules des deux surfaces qui adhèrent l'une à l'autre. On est porté à croire que, lorsque le soufre s'attache au verre , il y a également production d'effets électriques que l'on ne peut reconnaître à l'aide de l'expérience, mais qui doivent être en sens inverse des précédents.
Pression. Il ne nous reste plus, pour terminer le dégagement de l'électricité dans les actions mécaniques, qu'à parler du dégage-
140 CAU8BS OU DÉGAGEMENT
ment d'électricité par pression, c'est-à-dire des effets électriques qui ont lieu quand on presse deux corps l'un contre l'autre jusqu'au point de les faire quelquefois adhérer.
Libes est le premier qui ait observé qu'en posant sur un disque de bois recouvert de taffetas enduit d'une couche de résine élastique y un disque de laiton fixé à un manche de verre , avec la précaution de ne lui faire éprouver aucun frottement, si l'on presse légèrement le taffetas gommé, le disque de métal prend un excès assez considérable d'électricité négative : les effets sont inverses en pressant avec frottement; des disques d'argent, de zinc , etc., ont donné des effets semblables. Cette différence entre les effets de pression et ceux de frottement est des plus remarquables, et n'a pu être expliquée jusqu'ici.
Plus tard, Haùy trouva qu'un cristal de spath d'Islande et quelques autres substances minérales jouissent de la propriété de devenir électriques par la simple pression entre les doigts. On peut em- Fig. 6iter. ployer pour cette démonstration un
^ %; — -f • petit cristal de spath d'Islande a, atta-'
yjRjf. ^ A ché à l'extrémité d'une petite aiguille
Jè^Lgiill^ f kl A ^^ cuivre tournant à pivot sur une ai-
^Bé \ I guille d'acier portée par un support iso-
la '*'*"* ^' Après avoir pressé a entre les
"' — ^^™ — doigts, ce petit cristal se trouve chargé d'électricité positive, et on peut l'attirer avec un corps à Tétat naturel. En lui présentant un autre petit cristal de spath d'Islande, fixé à l'extrémité d'un manche isolant et pressé préalablement, les deux cristaux étant chargés de mênie électricité, il y a répulsion.
Mais cette propriété n'est pas aussi restreinte qu'Hauy le pensait, car elle appartient à tous les corps, même à ceux qui sont conducteurs, pourvu qu'ils soient isolés. Pour mettre le fait en évidence, on forme avec les substances que l'on veut essayer de petits disques d*une épaisseur de quelques millimètres, que l'on adapte à des manches parfaitement isolants ; on prend un manche dans chaque main , et l'on presse les disques l'un contre l'autre ; après les avoir retirés du contact, on les présente au disque de clinquant de l'électroscope de Coulomb préalablement électrisé : on trouve alors que les deux corps possèdent chacun une électricité contraire, pourvu toutefois que ces corps ou l'un d'eux soit mauvais conducteur. Le liège et le caoutchouc, pressés Tun contre l'autre, donnent, le premier l'électricité positive, le second l'électricité négative. (Becquerel.).
DB l'ÉLECTBICITÉ. 141
Les substances minérales cristallisées ayant un aspect vitreux , telles que la chaux sulfatée, la chaux fluatée, la baryte sulfatée, prennent Télectricité positive quand elles sont pressées avec le disque de liège. Des fruits, tels que l'orange, comprimés par un disque de même nature , lui communiquent au contraire un excès d'électricité positive : à mesure que le fruit se dessèche et perd de son élasticité, la faculté de s'électriser diminue.
Plusieurs causes tendent à modifier le dégagement de Télectricîté par pression : la première est le plus ou moins de conductibilité des corps. Si l'on emploie , par exemple, un disque de moelle de sureau et un disque de métal, il n'y a aucun effet produit, et il en est encore de même toutes les fois que des substances pressées sont conductrices de rélectricité. Il paraît qu'à l'instant où l'on exeix^ la pression, il se forme un nouvel état d'équilibre entre les deux fluides qui composent le fluide naturel des molécules en contact : tant que dure la pression , ces deux fluides sont neutralisés l'un par l'autre ; ainsi, malgré leur attraction réciproque , leur tendance à passer d'un corps dans l'autre j^ ils trouvent dans la pression une force qui neutralise ces deux actions. Quand les corps sont bons conducteurs, dès l'instant qu'une diminution de pression a lieu , les deux fluides se recombinent aussitôt /quelle que soit la vitesse de séparation, tandis que, lorsque l'un d'eux n'est pas bon conducteur, une diminution de pression n'entratne pas immédiatement la recomposition des deux électricités, laquelle met plus ou moins de temps à s'effectuer, suivant le degré de conductibilité des deux corps pressés. L'expérience suivante met en évidence l'influence de la vitesse de séparation dans les effets électriques de pression. Pressez un disque de liège sur une orange, et retirez-le ensuite vivement , il emporte avec lui un excès d'électricité positive assez considérable; mais, si on ne le retire que lentement, on trouve que cet excès va en diminuant, et, si la vitesse de séparation est très-lente, elle devient à peine sensible. (Becquerel.)
La chaleur modifie les phénomènes de pression. Si l'on prend un bouchon de liège bien sec, et qu'on le coupe par moitié avec un instrument tranchant, en pressant les deux piffties séparées l'une contre l'autre , assez ordinairement elles prennent chacune un excès d'électricité contraire ; mais il arrive souvent aussi qu'elles ne sont pas électrisées. Si l'on élève de quelques degrés la température de l'un des deux disques , celle de l'autre restant constante, on trouve que la partie chauffée prend à l'autre l'électricité négative. Deux
142 CAU8BS DU OÉGAGEMETÏT
morceaux de spath d'Islande^ à la même température y ne sont pas électriques par pression ; mais il suffit d'une différence très-légère pour leur donner cette faculté. A température égale^ les deux disques de liège ne doivent leurs facultés électriques de pression qu'à une différence dans l'état de leur surface : celle qui a le plus d'aspérités prend toujours à Tautre Télectricité négative. L'état des surfaces dans les corps mauvais conducteurs influe aussi sur leur qualité conductrice, car le spalh d'Islande^ qui est rangé parmi les corps les plus mauvais conducteurs (puisqu'il conserve pendant des semaines entières l'électincité qu'on lui a communiquée), devient suffisamment bon conducteur quand on lui a enlevé son poli^ pour qu'il soit nécessaire de l'isoler si l'on veut qu'il conserve son électricité pendant quelque temps. Les aspérités déterminent donc non-seulement l'espèce d'électricité que doit prendre un corps mauvais conducteur, mais elles modifient encore son pouvoir conducteur.
Pour mesurer les effets électriques de pression^ il faut un appareil qui permette de varier à volonté les causes qui influent sur leur production (').
FIg. 62.
On prend une balance de torsion que Ton place sur une planchette horizontale gg^ recouverte d'une glace; cette planchette est
(*) Voy. Beeqnerd , TraUé de Véleclricilé et du magnétisvM, t. II , p 100.
DE L*£LEGTfilClXB. 143
suspendue, à l'aide de deux montants verticaux , à une travere AA d'un fort châssis en bois A ABB ; la cloche oo de la balance est percée dans sa partie supérieure d*une ouverture ii, dans laquelle on fait passer un tube en cuivre qui descend dans son intérieur, et qui est maintenu sur la traverse horizontale par de fortes vis. A l'extrémité de ce tube, on fixe un appareil ce, composé de deux petits plans circulaires en cuivre qui peuvent se rapprocher ou s'éloigner au moyen de trois vis , et dont le plan inférieur est percé à son centre d'une ouverture de deux centimètres. C'est entre ces deux plans qu'on place le corps qui doit être soumis à la pression. Ce petit appareil communique au réservoir commun , par le moyen d'une chaîne métallique qui donne ainsi un écoulement à l'électricité. Lorsque l'on veut élever la température du corps ^ on verse dans le tube de cuivre bb un liquide chaud.
On pratique aussi deux ouvertures dans la planchette : Pune^ d'environ un décimètre de diamètre, pour l'usage intérieur de la balance, peut être fermée à volonté avec une capsule en verre dont le bord est revêtu d'une douille à vis : cette capsule est aussi destinée à recevoir les substances qui absorbent l'humidité de la cloche. L'autre ouverture uu sert à passer un ijetit tube en verre recouvei*t d'un vernis à la gomme laque, et portant à son extrémité supérieure te corps qui doit presser celui qui est placé entre les deux plans circulaires ; ensuite, quand on veut exercer la pression, on pose ce tube, au moyen d'un petit support, sur l'une des extrémités d'un fléau de balance , dont l'autre est disposée pour recevoir les poids nécessaires à la production de la pression. L'ouverture pratiquée dans la planchette est suffisanmient grande pour que ces mouvements ne soient pas gênés ; de plus , afin d'empêcher la communication de l'air extérieur avec celui de la cage de la balance de torsion^ on fixe , au moyen d'un anneau » autour de l'ouverture un cylindre en baudruche, au miUeu duquel passe le petit tube, et dont les dimensions sont telles, que la peau légère dont il est formé ne gêne nullement les mouvements du petit tube. Le fléau de la balance se hausse et se baisse à volonté à l'aide d'une vis de pression ; ensuite on dispose l'appareil de manière que le fléau soit dans une direction horizontale, lorsque les deux corps soumis à la pression ne font que se toucher. Les choses ainsi disposées, on exerce la pression; puis, pour séparer les corps, on se sert de deux ressorts disposés de manière à recevoir une tension déterminée. Les ressorts, revenant à leur état primitif, entraînent avec
144 C4USES DU DtfGAGBUBNT
eux le fléau ; les coq)s se trouvent doue sortir de la compression avec une vitesse égale à la tension du ressort. Le corps placé à ^extrémité du tube étant sorti de la compression , il faut pouvoir le présenter au disque de clinquant suivant sa plus grande surface ; on y parvient en formant ce tube de deux pièces, et les réunissant au moyen d*une charnière à boulon. Passant ensuite ce tube qui est plein dans un autre tant soit peu plus large , les deux parties se trouvent en ligne droite ; veut-on présenter le corps au disque de clinquant, on retire un peu le tube de son enveloppe, et la partie supérieure trébuche aussitôt.
Le plus souvent, l'excès d'électricité acquis par chacune des substances au sortir de la compression est très-faible. Si Ton prenait, par conséquent, pour fil de torsion un fil d'argent, tel que Coulomb Ta employé dans sa balance, la répulsion serait peu sensible, et quelquefois même nulle; il faut le remplacer par un autre qui ait une force de torsion bien plus faible. Les fils de platine d'une grande finesse, tirés à la filière à la manière de Wollaston , remplissent parfaitement ce but ; mais il faut avoir la précaution de choisir le degré de finesse convenable, car on s'est assuré que, lorsque ces fils ont atteint un certain degré de ténuité, la torsion d'un petit angle dérange assez Tétat d'agrégation des molécules pour que celles-ci ne reprennent plus leur position primitive d'équilibre. Il en résulte que les oscillations d'un petit pendule horizontal suspendu à l'extrémité de ce fil ne sont plus isochrones ; on doit donc le rejeter.
L'expérience prouve que les intensités électriques croissent proportionnellement aux pressions, pour des pressions qui ne dépassent pas 10 kilogrammes. (Becquerel.) Cette loi s'étend-elle à des pressions plus élevées? Il est difficile de répondre à celte question ; car nous ferons remarquer qu'il est probable que la quantité d'électricité que prend chaque corps pendant qu'on le comprime est dépendante du degré de l'attraction que les molécules des surfaces exercent les unes sur les autres; mais comme on ne peut apprécier les rapports existant entre l'attraction et la pression, ou le rapprochement plus ou moins grand des molécules, il est impossible de déterminer les rapports entre les quantités d'électricité correspondantes. En outre, la difficulté de séparer instantanément les deux corps comprimés, sans passer par des pressions intermédiaires successives, rend pour ainsi dire impossible la détermination des rapports en question.
BE L*éLSCTfiICITB. 145
En considérant la manière dont le dégagement de Télectricité croit dans les corps par Taugmenlation de la pression , ne peut-on pas y rapporter certains phénomènes lumineux dont on ne connaît pas encore bien Torigine ? On dit , par exemple, que dans les mers polaires il arrive souvent que des blocs de glace, en se heurtant, font jaillir de la lumière. Ces blocs énormes arrivent à la rencontre les uns des autres avec des quantités de mouvement considérables; leurs parties constituantes doivent donc éprouver une compression énorme qui les constitue dans un état électrique différent; mais, aussitôt que la compression a cessé, les deux électricités se recombinent ensemble pour tonner de Télectricité naturelle, et il en résulte une lumière plus ou moins vive, selon la tension de rélectricité dégagée.