CHAPITRE PREMIER
Effets mécaniques.
Les actions dues à l'électricité sont nombreuses, et, pour les étudier en détail, nous distinguerons les effets qu’elles produisent en effets mécaniques, physiques, chimiques et physiologiques. Ces effets, qui diffèrent entre eux, sont plus ou moins marqués suivant la tension de l'électricité, et suivant qu’on l'emploie sous forme de décharge ou de courant; aussi, dans chaque circonstance, nous indiquerons les actions dues à l'électricité de tensior et celles qui résultent de l’emploi des courants électriques.
Il ne sera pas question dans ce livre des actions magnétiques de l’électricité, qui seront traitées dans le troisième volume, en même temps que l’électro-magnétisme ; nous réserverons également tout ce qui concerne les actions chimiques produites par l’électricité, pour n’en parler que dans le second volume, en traitant de l’électro-chimie.
Effets mécaniques produits par des décharges électriques. Quand une étincelle ou une décharge électrique éclate dans l'air, indépendamment de l’élévation de température qui l'accompagne , il se produit un refoulement de l'air. L’appareil nommé improprement thermomètre de Kinnerstley met le fait en évidence.
280 EFFETS DUS Fig. 85,
Deux boules en cuivre a et b sont placées au milieu d’un fort tube fermé par les deux bouts et en relation avec un petit tube manométrique. De l’eaù colorée placée au fond du tube et dans le tube manométrique indique, par l'ascension de la colonne dans ce dernier, quand la pression de l'air extérieur augmente. Si l’on fait éclater une étincelle entre les boules, le liquide monte dans les tubes, puis redescend aussitôt , mais non pas tout à fait, au niveau primitif; ainsi, indépendamment de l'élévation de température qui se manifeste de cette manière , il y a refoulement de l'air intérieur dû au passage de la décharge.
Œ mortier électrique conduit à la même conclusion : deux con-
Fig, S6 ducteurs en cuivre B et A viennent aboutir au fond de Pintérieur d’un petit mortier en ivoire, formé par conséquent de substance isolante ; l’orifice est fermé par une boule en liége.
Quand une décharge éclate entre les petites boules intérieures, le refoulement de l'air et la détente qui le suit projettent la petite balle de liége hors du mortier. Pour augmenter l’effet, on met un peu d’éther ou d'alcool au fond du mortier légèrement incliné.
On peut également, en faisant éclater une étincelle provenant d’une bouteille de Leydeentre les deux extrémités de fils de cuivre Fig. 86 bis.
placés au milieu d’un petit tube en verre AB (fig. 86 bis) exactement rempli d’eau et bouehé aux deux extrémités, déterminer la rupture de ce tube.
Pour faire ces expériences et quelques-unes de celles qui seront rapportées dans ce livre, on fait usage d’un instrument appelé
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excilateur universel, lequel est composé simplement de deux tiges +1] en cuivre £, 1’, mobiles à l’aide d'un mouvement de genoux autour
des extrémités de deux tiges isolantes e, c', qui sont fixées à un support T T’. Si l’on veut faire passer une décharge électrique entre les boules a, b, qui terminent les tiges #, {', on peut les rapprocher plus ou moins l’une de autre. Dans la figure, on a représenté un fil métallique tendu entre les boules a et b et disposé pour le faire traverser par la décharge électrique. En outre , une petite tablette | variable de hauteur permet de placer des objets sur lesquels ou à 4 côté desquels on veut faire passer les décharges. Des chaînes et des | conducteurs sont nécessaires pour obtenir des décharges plus ou moins fortes entre les boules a et b. 4 Quand on place sur la tablette une feuille de papier bien sèche, | si l’on amène les deux boules de cuivre en contact avec elle , et que leur éloignement ne soit que de 2 ou 3 centimètres, en faisant t éclater la décharge d’une batterie de plusieurs bocaux, le papier est déchiré. Cet effet est encore dû à l’action mécanique de l’électricité. :
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Lorsque la décharge électrique traverse un corps, s’il est résis- Fig. 87 bis tant, il peut être brisé. On peut mettre
ce fait en évidence en perçant une lame de verre à l’aide d’une étincelle électrique. On dispose alors deux poin- 14 tes P, P' en face lune de l’autre, de chaque côté d’une lame de verre TT; on met un peu d’huile là où les pointes touchent le verre, afin âe s'opposer à 1 JA la diffusion de l'électricité : si la charge . Î É d’une bouteille de Leyde est suffisante, 4 | = le verre se trouve percé souvent d'un trou rond.
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Le bois peut être également brisé par les décharges électriques.
L'expérience du perce-carte mérite encore d’être citée; elle met en outre en évidence un fait très-curieux que nous aurons l’occasion d’invoquer plus loin. On dispose entre les tiges d’un excitateur universel terminées en pointes une carte ordinaire, une carte à jouer, par exemple; on place les pointes en contact avec la carte de chaque côté de celle-ci, mais de façon que les deux pointes soient à 2 ou 3 centimètres de distance. On fait éclater l’étincelle d’un bouteille de Leyde entre elles, et la carte se trouve percée en un point situé en face de la pointé négative. Il résulte de là que l'électricité positive a plus de facilité pour franchir les obstacles qui se trouvent sur son passage que l'électricité négative, comme du reste on le démontrera plus loin; elle traverse effectivement l'air pour venir rejoindre la négative en face de la pointe par où débouche celle-ci. Mais l’action n’a pas lieu seulement comme si le flux électrique se transmettait de Ja pointe + à la pointe —, car l'ouverture de la carte a des bavures de chaque côté, ce qui montre qu’au milieu du papier constituant la carte, il y a eu décomposition des électricités par influence et ensuite déchirure dans tous les sens.
Si, à Faide d’un excitateur disposé plus simplement et qui porte le
Fig. s7ter. nom de perce-carte, on place l'appareil sous la clo-
; che d’une machine pneumatique, on trouve que dans l’air raréfié l’ouverture n’est plus placée en face de la pointe négative, qu’elle se déplace et tend à se mettre au milieu de la distance qui sépare les deux pointes à raison d’une moindre résistance (Tremery).
C’est donc sous l’action d’une pression extérieure que l’ouverture tend à se produire en face de la pointe négative. Nous retrouverons plus loin, dans d’autres expériences, cette facilité plus grande que possède l’électricité positive de franchir les obstacles.
Cependant quelques expériences de M. Belli sont en opposition avec cette conclusion; nous les rapporterons en raison de cette contradiction. Un électromètre à cadran ayant été fixé sur un conducteur horizontal, M. Belli a trouvé qu'après avoir électrisé un conducteur positivement, l’électromètre employait dix minutes deux secondes à descendre de 20° à 10°, tandis que, lorsque le conducteur était chargé négativement, lé même électromètre ne mettait que quatre minutes trente secondes à parcourir les dix
mêmes degrés, toutes choses égales d’ailleurs. De là M. Belli a conclu que dans l’air et aux tensions mesurées avec l’électromètre à cadran, et qui donnent des étincelles de 2 à 4 millimètres, l'électricité négative se dissipe plus promptement que lélectricité positive.
Rien n’étant changé dans l’appareil, on ajusta seulement une pointe métallique à l’une des extrémités du conducteur isolé, Le conducteur ayant été électrisé positivement, la tige de l’électromètre descendit rapidement à 6°, A la déperdition qui avait eu lieu jusqu’à ce moment par la pointe, avec un bruit perceptible et une lumière visible dans l'obscurité, succéda une déperdition lente, semblable à celle qui avait lieu sans la pointe. Avec de l'électricité négative, la tige de l’électromètre descendit rapidement à 6°,5 et ce n’est que parvenue à ce point que la déperdition commença à s’opérer lentement:
Au lieu d'adapter la pointe métallique au conducteur lui-même, on la plaça vis-à-vis de son extrémité sur un pied non isolé. Ce résultat prouva encore la différence existant entre le pouvoir absorbant et émissif des pointes pour chacune des deux électricités. Si ces faits étaient constatés, ils indiqueraient que la force ordinairement moindre que possède l'électricité négative, comparée à celle de l'électricité positive fournie par la même machine, ne dépend pas seulement de la disposition moins avantageuse des conducteurs destinés à recueillir la première électricité, mais aussi de la déperdition plus facile qu’elle éprouve.
Cependant ces expériences sont à étudier de nouveau, car les faits que nous allons citer viennent à l’appui de l'explication donnée par M. Tremery à propos de l’expérience du perce-carte.
Transport des matières par les décharges électriques. Lorsque l'électricité produit des étincelles, des décharges, elle donne lieu à des phénomènes très-curieux que nous allons décrire et qui prouvent que, dans ces actions, le transport de l'électricité ne se fait jamais sans transport de matière pondérable.
Lorsqu'on reçoit sur une plaque d’argent polie, en contact avec l’une des branches d’un excitateur, la décharge positive d'une bouteille de Leyde munie d’une boule de laiton en communication avec la garniture intérieure et dont l’autre branche communique avec la surface extérieure, on observe à l’endroit où la décharge a eu lieu une tache circulaire jaunâtre couleur de laiton, et qui disparaît peu de {emps après, comme si la matière déposée sé volatilisait, Ces
taches observées dans quelques circonstances par Priestley, ont servi de point de départ aux expériences pleines d’intérêt de Fusinieri et que nous allons rapporter.
Au milieu des taches jaunes obtenues de cette manière, on aperçoit souvent à l’aide du microscope des petits points blancs, ayant l’aspect de l’oxyde de zinc. De là Fusinieri en a tiré la conséquence que l’étincelle électrique contenait du métal en partie oxydé et en partie fondu, enlevé de la surface d’où elle est partie. En opérant avec une forte bouteille, on observe sur la surface opposée de la lame d’argent, à son point de contact avec la boule de laiton de l’excitateur, une petite excavation dans laquelle l'argent a été fondu. Les effet produits dénotent donc une action contraire sur les deux surfaces. Avec deux grandes jarres formant batterie, il a obtenu les effets suivants : on a commencé par mettre en contact avec le bouton de l’une de ces jarres un gros fil métallique terminé par une boule d’argent ; un disque de euivre bien décapé fut fixé à un manche de verre. On pouvait ainsi faire passer la décharge de la boule d’argent à l’excitateur par l'intermédiaire du disque en cuivre. La batterie ayant été chargée , le disqne de cuivre fut mis en contact avec la boule supérieure de lexcitateur, et l’on recevait sur l’autre surface la décharge de la boule d’argent.
IL se produisait toujours sur la surface de cuivre, en regard de la boule d’argent, une tache pourprée due à une oxydation superficielle, au centre de laquelle se trouvait une légère cavité avec une petite tache brun-verdâtre, parsemée de points infiniment petits d’argent.
De l’autre côté du disque de cuivre, à son point de contact avec la boule de l’excitateur, il existait une petite cavité circulaire renfermant de l’argent fondu, ayant une couleur verdâtre. Sur la boule de laiton de lexcitateur, à son point de contact avec le cuivre, se trouvait également une cavité circulaire renfermant aussi de l’argent fondu. Dans cette expérience le point de contact de la surface antérieure du disque de cuivre avec la boule d’argent n'était pas immédiatement opposé au point de contact de la surface postérieure avec Ja boule de Fexcitateur, la distance entre ces deux points étant de cinq à huit lignes, et néanmoins l’argent parcourait cet espace dans le cuivre sans s’allier avec lui.
Sur la boule d’argent se trouvaient de petits points noirs probablement d’oxyde de cuivre. Le double transport en sens contraire paraît avoir eu lieu ici. Il semblerait résulter de là que létincelle
A L'ÉLECTRICITÉ. 285 partie de l’argent a emporté avec elle des molécules de ce métal, qu'elle a transporté sur la surface et dans l’intérieur sans s’allier avec lui; après cela, une partie de l'argent transporté aurait été déposée sur les parois de sortie et un autre sur la boule de l’excitateur en contact avec le cuivre. Pendant que ce phénomène de transport s’effectuait, de l'oxyde de cuivre était transporté en sens contraire à travers Pair, et se disséminait sur la boule d’argent.
L'expérience a été faite en.mettant en contact le disque de cuivre, vers son centre, avec la boule d’argent, et l’on recevait Pétincelle sur l’autre surface de cuivre, afin qu’elle passât du cuivre à l’excitateur par l'air; les mêmes phénomènes de transport se sont reproduits. ,
En substituant à la boule d'argent une boule d’or de 4 centimètre et demi de diamètre, et au disque de cuivre un disque d’argent bien décapé et d'environ 9 centimètres de diamètre, on obtenait des effets semblables; car, en mettant en contact le centre du disque d'argent avec la boule d’or, et recevant l’étincelle de l’autre surface du disque sur la boule de l’excitateur, il existait sur la surface d’argent d’où partait l’étincelle une belle tache d’or d’environ 4 centimètre de largeur, mais variant de grandeur suivant l'intensité de la décharge. La distance transversale entre le centre de ces taches et le point de contact de l’autre surface avec la boule d’or était de 2, 3 et même 4 centimètres. L’or avait donc parcouru cette distance dans l’argent, sans se combiner avec lui. Au centre de la tache dor sur l’argent se trouvait une légère cavité autour de laquelle on voyait à la loupe de petites taches disséminées de couleur brun-rougeâtre, ayant l'aspect d’un oxyde métallique. Les taches d’or s’affaiblissaient peu à peu, comme si ce métal se volatilisait. On eu voyait encore des traces pendant quelques jours. Sur la surface opposée au contact de l'or avec l'argent se trouvait une petite cavité circulaire entourée d’une zone brune et renfermant de l'argent fondu. Au point de contact correspondant à la boule, il existait un petit cercle d'argent déprimé, dans lequel on reconnais sait des traces de fusion. Sur la boule d’argent de l’excitateur, il y avait des traces d’un très-mince dépôt d’or. On voit encore ici, comme dans les expériences précédentes , qu'en même temps que l'or était transporté au travers de l'argent à une distance de plusieurs centimètres, il y avait également transport en sens contraire de l'argent sur Por au point de contact, plus une couche métallique oxydée sur la surface de l'argent d’où l’étincelle était sortie. Toutes
ces expériences semblent montrer que le transport des métaux a lieu au travers des métaux, et prouver en même temps que l’étincelle électrique est toujours accompagnée de matière à l’état de fusion ou d’incandescence; c’est même là une des conditions de son existence.
Il suit de là que, lorsque l’on fait passer des décharges électriques dans l'air entre les deux lames de métal, on doit les polariser, c'est-à-dire déposer sur leurs surfaces des corps étrangers qui produisent des courants électriques quand on les plonge dans l’eau. Nous verrons bientôt des effets de ce genre.
Les effets lumineux produits entre les pôles de la pile avec des métaux ou du charbon, et qui seront étudiés plus loin, sont aussi la conséquence de la présence de matières pondérables très-divisées en incandescence ou en combustion lors du passage de l'électricité. Nous verrons également que l’aspect des étincelles suffit souvent pour indiquer la présence de molécules incandescentes, puisqu'elles affectent les couleurs des métaux en combustion. Fusinieri a même émis l’opinion que les effets mécaniques de perforation , de rupture et de déchirements pourraient être dus à la matière elle-même, animée de la même vitesse que celle de l’électricité qui est excessive,
Figures dues à l’action de l'électricilé. Quand on place une plaque de verre entre deux pointes dans l'arc de clôture d’une batterie, et que par la décharge une étincelle se meut sur chaque surface jusqu’au bord, on y reconnaît de faibles traces de désagrégation. Ces traces étudiées à l’électromètre sont conductrices ; et ce qu’il y a de particulier, c'est qu’on y trouve d’autres parties de la surface qui sont devenues conductrices, sans avoir subi de modifications apparentes. On les rend sensibles en projetant de la vapeur avec la bouche; ce sont ces figures qu’on a appelées figures roriques. Elles sont plus belles sur le mica; au lieu d’une décharge complète de la batterie , il suffit d'employer les aigrettes bleuâtres qui jaillissent des pointes. Après l’action électrique, la surface du mica isole dans toutes les directions (Riess).
Ce qui s’oppose à admettre que cesfigures soient produites par des particules métalliques transportées par l’étincelle, e’est que l'aspect des surfaces du verre et du mica n’est pas changé, et que ce dernier jouit de la propriété isolante.
En recevant l’étincelle sur des lames de plaqué d’or ou d’argent, elle y laisse une faible tache qui, après l’exposition à la vapeur humide, se présente sous l'aspect d’un cercle large de plusieurs
lignes parfaitement net, et entouré d’autres cercles plus ou moins chargés de vapeur.
Lorsqu'une décharge électrique parcourt une surface isolante de verre, elle pénètre à une certaine profondeur, et produit des altérations plus ou moins profondes qui ont de la ressemblance avec celles que l’on obtient en frottant le verre avec du sable (Simon). Ces traces sont plus visibles au bout de quelque temps qu'immédiatement après.
Avec le mica on obtient des changements encore plus réguliers. Si entre les deux pointes de l’are de clôture de la batterie on place une feuille de mica, l’étincelle, sous des charges modérées, va depuis le point le plus rapproché jusqu’à un autre où l’épaisseur est moindre , ou même jusqu'au bord de la feuille, et laisse des traces d’une apparence très-régulière (Wartmann).
Tous ces effets, dus à des actions par influence, à des modifications de la surface des corps et à des transports de matière , se produisent également lorsqu'on place une médaille, un corps conducteur, sur une surface plane en cire à cacheter, en verre, etc., et qu'on électrise la première. En insufflant de la vapeur d’eau avec l'haleine, ou bien en exposant la surface aux émanations d’autres vapeurs, on a des empreintes de la médaille (Karsten, Riess, Masson, etc.). On s’est beaucoup occupé de ces empreintes qui sont rarement parfaites, et qui mettent seulement en évidence la faculté que possède l'électricité, dans les décharges, de transporter les particules de matière qui se trouvent sur son passage.
Transport des liquides dans le circuit voltaïque. Lorsqu'un courant électrique traverse des circuits dans lesquels se trouvent des liquides, il se produit, comme dans les décharges électriques , des transports de matières. Les premières expériences de ce genre furent faites par Porrett : il prit un vase en verre qu’il partagea en deux compartiments au moyen d’un diaphragme de vessie ; puis chaque cellule fut remplie d’eau ordinaire, sans addition d’aucun sel; il plaça ensuite dans chacun d'eux une lame de platine en communication avec l’un des pôles d’une pile de 80 éléments. L'eau fut décomposée comme à l'ordinaire, mais le dégagement du gaz ne fut pas aussi rapide que si l’eau eût tenu en dissolution un sel ou un acide ; une grande partie de l’eau contenue dans le compartiment où se trouvait une lame positive fut chassée par une force d’impulsion dans le compartiment négatif, où le niveau de l’eau s’éleva. On voit donc que le courant électrique, quand il traverse un liquide
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mauvais conducteur, tend à lui imprimer une impulsion dans le sens de la direction que suit l'électricité pour se rendre du pôle positif au pôle négatif. Celte expérience, nous le répétons, ne réussit bien qu’autant que l’eau est presque entièrement pure , ou du moins offre une certaine résistance au passage de l'électricité.
Les effets de transport peuvent être rendus manifestes par l’expérience suivante : on ferme la partie inférieure de deux tubes de verre de quelques millimètres de diamètre à l’aide d’un peu dé kaolin délayé, et soutenu par une gaze de façon à ne pas tomber.
Le kaolin doit être assez délayé pour que, les deux tubes étant plongés dans un vase plein d’eau contenant un peu de sel, le moindre choc fasse tomber quelques parcelles de l'argile au travers de l’eau. Si alors on met également de l’eau légèrement salée dans les deux tubes, et qu'on y plonge deux lames de platine, l'une en relation avec le pôle +, l’autre avec le pôle — d’une pile à auges de 60 éléments, on voit le kaolin tomber au-dessous du tube par où débouche l'électricité positive. En changeant le sens du courant, l'effet se produit de l’autre côté. Il faut quelques tàtonnements pour bien préparer cette expérience (Becquerel).
M. Wiedemann a employé la disposition suivante pour mettre le même phénomène en évidence.
Une petite cloche tubulée G est mastiquée à l'extrémité supé-
Fig 89. rieure d’un cylindre d'argile
poreuse AB fermé par le bas; à la tubulure on adapte un tube vertical d, auquel est soudé latéralement un tube e. Dans le cylindre d'argile se trouvait un cylindre g de cuivre ou de platine, mis en communication par un fil métallique avec le pôle négatit d’une pile (par exemple, une pile de Bunsen de 10 ou 20
éléments). Un second cylindre de métal à, mis en communication avec le pôle positif de la pile, entoure le diaphragme. Tout l’appareil est renfermé dans un cylindre de verre k, rempli, ainsi que le cylindre d'argile, d’eau ou de tout autre liquide. L’intensité du courant est mesurée par un galvanomètre.
Aussitôt que le circuit est fermé, le liquide monte dans le cylindre poreux , et coule par le tube latéral dans un vase placé audessous.
On obtient de bons effets avec une dissolution légère de sulfate de cuivre et deux électrodes de cuivre ; il n’y a pas alors de gaz dégagé sur les lames. En changeant le sens du courant et rendant la lame intérieure g positive, le liquide s’abaisse dans le tube 4 au lieu de s’élever. Gette expérience montre que l'élévation de température due au passage du courant n’est pas la cause du phénomène, car, sans cela, il aurait lieu quel que fût le sens du courant. L'effet est donc dû à une action de transport qui se manifeste lors du passage de l’électricité.
En mesurant le liquide écoulé sous l’action de courants d’intensités diverses, on arrive d’abord à ce résultat, que les quantités de liquide écoulées dans des temps égaux sont directement proportionnelles à l'intensité du courant. Mais, lorsque la surface perméable du cylindre d'argile est peu à peu diminuée par une couche de gomme laque, tous choses égales d’ailleurs, les quantités de liquide écoulées sont indépendantes de la grandeur de la surface.
Dans des expériences faites à aide de ce procédé, un courant d’une intensité quelconque mettait le même temps à transporter 3 centimètres cubes d’eau à travers le diaphragme qu’à produire 1 centimètre cube de mélange détonant dans un voltamètre qui faisait partie du circuit.
Afin d’avoir des déterminations qui fussent indépendantes de la capillarité, de l’endosmose , etc., on a équilibré Paction mécanique du courant par une simple réaction hydrostatique. A cet effet, on a bouché à sa partie supérieure le tube du cylindre poreux, et on a mis en communication l'orifice d'écoulement avec un manomètre à mercure. Dans l'appareil se trouvait une dissolution de sulfate de cuivre. En faisant passer des courants de diverses intensités et en faisant varier la grandeur de la surface du diaphragme , le mercure restait stationnaire dans le manomètre à différentes hauteurs. Il résulte de la mesure des différentes pressions ainsi obtenues, que les hauteurs auxquelles les liquides s’élèvent sous Paction
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d'un courant voltaique sont directement proportionnelles à lintensité du courant et en raison inverse de la surface libre du eylindre.
Phénomènes unipolaires. Nous venons de voir que les courants agissaient différemment suivant leur sens; nous avons dit également (page 95), en parlant des flammes et de la conductibilité des gaz , que l'électricité passait plus facilement dans un sens que dans l'autre, suivant la manière dont elle se présentait aux conducteurs. Erman , qui a étudié cette dernière question , a cherché à prouver que certains corps ne possèdent pas le même pouvoir conducteur pour chacune des deux électricités. Mais les effets qu’il a observés sont probablement dus à-d'autres causes que celles qu'il a admises. Il a donné le nom d’unipolaires aux corps qui jouissent de cette propriété , et a nomméphénomènes unipolaires les effets qu'ils présentent.
Soit un appareil voltaïque isolé, dont chaque pôle communique avec un électroscope à feuilles d’or, très-sensible. On prend un prisme de savon bleu, et l’on insère dans un de ses bouts un fil métallique communiquant au sol. Si l’on touche par Pautre bout Pun des pôles de la pile, ce pôle est aussitôt déchargé, tandis que l’autre acquiert un excès de tension. Fait-on communiquer les deux pôles ensemble au moyen du savon et de deux fils métalliques , les deux électroscopes continuent à diverger; le savon se comporte comme un corps non conducteur. Si l’on touche maintenant le savon avec un fil de métal communiquant au sol, le pôle négatif est neutralisé et le pôle positif atteint son maximum de tension. Ces effets sont dus probablement à la présence d'un acide gras sur le pôle positif, provenant de la décomposition du savon par Paction du courant, lequel acide, en raison de son pouvoir non conducteur, s’oppose au passage du courant.
On doit ajouter que ces phénomènes n’ont lieu qu'après un certain temps nécessaire pour que le dépôt de l'acide gras puisse s’effectuer. Ainsi les propriétés unipolaires annoncées par Erman tiennent vraisemblablement à des produits secondaires déposés sur les lames décomposantes et non conducteurs de l'électricité. On a rapporté ici ces expériences pour prémunir les personnes qui cherchent à employer les forces électriques comme force chimique , contre une cause qui peut arrêter le passage du courant dans les circuits. Bien que ces expériences tendent à prouver que les phénomènes unipolaires peuvent, dans les décompositions électro-
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chimiques, dépendre de la présence de corps isolants sur l’une des lames décomposantes, cependant il existe des faits qui paraissent montrer, de même que le fait observé par Porett et ceux qui sont indiqués plus haut, que l’une et l’autre électricité peuvent avoir un pouvoir d’action inégal.
Il ne resterait plus, pour terminer les effets mécaniques dus à Paction des courants, qu'à parler des actions mutuelles de deux fils parcourus par des courants électriques ; mais nous consacrerons un chapitre du troisième volume pour traiter l’ensemble de ces phénomènes, connus sous la dénomination de phénomènes électrodynamiques.