T. II
au courant induit qui lui permet de franchir: une ligne télégraphique très-résistante, alors que le courant inducteur primitif aurait été inhabile à le faire.
Télégraphes à aiguilles. En général, les appareils d’induction fonctionnent bien, et l’on doit être étonné qu'ils m’aient pas été plus. en usage. On n’a pas construit seulement des télégraphes magnétoélectriques à cadran, mais on a fait usage de télégraphes à aiguilles, analogues à ceux dont nous avons parlé. Nous citerons parmi ceux-ci le télégraphe construit par M. Henley, lequel n’exige que peu d'électricité pour fonctionner, et qui #Ÿ d’un très-bon emploi.
AY
Vu À 24
La figure 221 représente 2e manipulateur. — Deux bobines de fil très-fin, traversées par des cylindres de fer doux, forment une sorte d’électro-aimant EE’ mobile devant un faisceau d’aimants fixes en fer à cheval K.
Une touche en ivoire T peut faire tourner le système de manière à amener devant le pôle S de l’aimant la bobine E, que la figure représente devant le pôle N. a est un arrêt contre lequel vient appuyer la tige qui porte la touche d'ivoire lorsqu'on l’abaisse.
Afin de mieux juger du jeu des différentes parties de l'appareil , nous représentons en coupe, dans les figures 221 bis et 221 {er, la position de l’électro-aimant, quand Pappareil est au repos, et lors-
qu’on le fait fonctionner.
Fig. 221 bis.
Fiz. 221 ler.
Sur la lame de fer M qui joint les deux bobines est fixée une petite pièce munie d’un appendice P. Cet appendice, lorsque l'appareil ne fonctionne pas, touche la languette L. La pièce sur laquelle vient se fixer le ressort R communique avec le fil f, et est isolée de la pièce M par une lame d'ivoire.
L'autre extrémité du fil de lélectro-aimant communique avec le disque en laiton de la bobine E', par suite avec l’axe G, et enfin avec le support métallique K.
Cela posé, lorsque le système est au repos (fig. 221 bis), l'éléctroaimant sert d’armature à l’aimant fixe et l'empêche de perdre sa force. Mais, si l’on abaisse la touche d'ivoire (fig. 221 ter), l'électroaimant vient prendre uñe autre position relativement à l’aimant fixe, etil en résulte un courant par induction dans les bobines. Ce courant suit le ressort R, et va au récepteur. Si l’on abandonne la touche, elle se relève par l’élasticité du ressort, la pointe P vient toucher la languette L, et le fil de la bobine ne se trouve plus dans le circuit.
Le récepteur se compose d’un électro-aimant E et d’une aiguille destinée à osciller entre les pôles ; les figures 222 et 222 bis répré-
sentent cet appareil vu en avant et en arrière; on voit dans la figure 222 bis Pélectro-aimant et l'aiguille aimantée qui doit être déviée par l'influence du courant magnéto-électrique développé dans le manipulateur et circulant dans l’électro-aimant.
Afin que l'appareil ait une grande sensibilité, sur les pôles de cet électro-aimant sont placées deux pièces semi-circulaires de fer doux qui présentent quatre pôles, et c’est dans le cercle que forment ces pièces de fer que se trouve l’aiguille aimantée montée sur un axe, Du reste, la figure 233 représente sur une plus grande échelle les dispositions des pièces semi-circulaire AG, BD, attachées
Fig.2%. en leur milieu sur les deux extrémités de l’électro-
aimant. Supposons que l’aiguille aimantée NS soit en-
tre-B et C dans sa position d'équilibre: si, lors de léta- Jo blissement du courant, les pôles A et G deviennent
des pôles sud, et B et D des pôles nord, il est évident
que Paiguille NS s’inclinera de manière à venir entre À et D; mais, comme un courant d’induction magnéto-électrique direct suit le premier courant induit qui est de sens contraire, aussitôt que l'on ne touchera plus au manipulateur ce courant direct circulera dans l’électro-aimant, et ramènera NS dans sa première position. C’est pour ce motif que dans cet appareil on n'utilise que le mouvement de Paiguille dans un seul sens.
L’axe auquel est fixée l'aiguille aimantée porte aussi une aiguille indicatrice, qui montre en dehors de l’appareil les mouvements de l'aiguille intérieure; la figure 222 représente cette aiguille. On voit pa Ja position des deux arrêts que le mouvement d’inflexion dans un seul sens est seul possible.
Afin de pouvoir amener [l'aiguille aimantée à sa position d'équilibre, la vis sans fin {/ (fig. 222 bis) sert à faire tourner l’électro-
aimant sur son axe par l'intermédiaire d’une roue dentée r. On peut ainsi changer la position des pièces semi-circulaires par rapport à l'aiguille.
On emploie dans ce télégraphe les signaux usités pour le télégraphe de Morse, et qui seront indiqués plus loin, page 300; ces signaux sont gravés sur le cadran, comme le montre la figure 222. Une double oscillation de l'aiguille correspond à un point; un temps d'arrêt correspond à une ligne. Pour produire la double ôscillation ou le point, on abaisse la touche d'ivoire du manipulateur, et on l’abandonne aussitôt ; l'aiguille est déviée à droite, par exemple, par le premier courant d’induction, puis à gauche par le second courant qui est en sens inverse du premier, et qui ramène l’aiguille au repos, ainsi que nous l'avons dit. Pour faire faire un temps d’arrêt à l’aiguille, on tient quelque temps abaissée la touche du manipulateur; la déviation de aiguille du récepteur subsiste alors, parce que le magnétisme développé dans Pélectroaimant par le. courant d'induction ne cesse pas instantanément; mais, lorsque la touche se relève, le magnétisme change et l'aiguille revient à sa position primitive.
On joint toujours au récepteur de ce télégraphe un appareil pour servir d’avertisseur et pour faciliter l'intelligence des signaux fournis par l’aiguille ; il se compose de deux timbres qui sont placés à côté d’un petit appareil formé d’un électro-aimant portant des pièces semi-circulaires en fer et une aiguille aimantée mobile disposée comme on l’a représenté fig. 223; en réalité, ce n’est autre chose qu’un récepteur, mais dans lequel le mouvement de l'aiguille fait frapper celle-ci contre les timbres à chaque fois que le courant électrique circule dans l'appareil. Du reste, cet avertisseur marche . en même temps que le récepteur, et le bruit que produit son aiguille en frappant les timbres coïncide avec les oscillations de Paiguille du cadran.
Le télégraphe que nous avons décrit est à une seule aiguille, et n'exige. qu'un circuit pour fonctionner; mais, si l'on dispose un manipulateur double, on pourra avoir un récepteur également double!, et faire mouvoir simultanément deux aiguilles inductrices. Le nombre des signaux que l’on pourra faire sera donc plus grand, et lon aura le même avantage qu’en employant le télégraphe ordinaire à deux aiguilles, ou bien le télégraphe à signaux utilisé par l’administration française, et représenté page 280, fig. 217.
Nous avons vu que les changements de position entre l’aimant
294 APPLICATIONS DIVERÈES
et l’électro-aimant du manipulateur avaient lieu par un mouvement de rotation effectué autour d’un axe horizontal. M. Henley a obtenu le même effet, avec plus de simplicité peut-être, en éloignant, à VPaide d'un levier, l’électro-aimant de l’aimant: il suffit d’appuyer de même la main sur une touche pour effectuer cet écartement, et, en enlevant la main, Pélectro-aimant reprend sa position première.
Ce télégraphe exige peu de force pour agir, et Pemporte sur les autres télégraphes magnéto-électriques par la rapidité de sa marche, c’est-à-dire par la quantité de signaux qu'il peut transmettre par minute. Du reste, il partage avec eux l’avantage de donner à chaque fois successivement des courants électriques dans deux directions opposées, ce qui met obstacle, ainsi que nous le dirons plus loin, aux effets qui se produisent dans les conducteurs sous-marins et sous-terrains, et qui nuisent à la rapidité de transmission des dépêches avec les télégraphes ordinaires, à moins de dispositions spéciales,