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CHAPITRE II

Horloges électriques.

Aussitôt que l’on eut imaginé de faire usage de l'électricité comme moyen télégraphique, on pensa à se servir du même agent pour donner l'indication de l’heure simultanément dans des endroits différents. Supposons, en effet, que, dans un télégraphe à cadran, le manipulateur soit une horloge et tourne de façon à interrompre et à rétablir le courant électrique toutes les minutes et toutes les heures, alors l'aiguille du récepteur marchera de façon à indiquer les divisions du temps. Cette application est trèsimportante, puisque dans les différentes pièces d’une administration, et même à une distance très-grande, on peut avoir des cadrans qui marquent la même -heure. Dans les observatoires météorologiques on pent aussi faire battre la seconde et avoir l'heure exacte dans les différents lieux d’observation, pourvu que l'horloge-type marque régulièrement,

Dans l'horlogerie électrique, on peut se proposer de résoudre deux questions : 1° de construire des horloges électriques proprement dites, dans lesquelles électricité fait fonction de force motrice; 2° de faire marcher des appareils horaires ou compteurs électro-magnétiques, à l’aide d’un appareïl-type, et donnant l'heure simultanément dans un grand nombre de points différents.

La solution de la première question n’a pas jusqu'ici présenté d'avantages, car il n’y a aucun motif pour faire marcher un régu-

lateur en préférant la force motrice de l'électricité à celle des poids et des ressorts, si ce n’est le moins grand nombre de rouages employés. Il n’en est pas de même de la solution de la seconde question, qui présente des applications nombreuses et utiles. Il y a en effet avantage et simplicité à se servir de l'électricité comme moyen de transmission de mouvement dans toutes les directions possibles, et quelle que soit la distance. Nous avons pensé qu'en raison de l'importance du sujet, il était nécessaire de donner une idée des principaux systèmes en usage, soit parmi les horloges électriques proprement dites, soit parmi les compteurs électro-magnétiques.

Beaucoup d’appareils ont été proposés, et un certain nombre sont en activité aujourd'hui. Il en est de même pour ces instruments que pour les télégraphes électriques : chaque constructeur leur donne une disposition particuhère, et pouvant également aiteindre le but proposé. Nous ne décrirons que ceux qui sont aujourd’hui en usage en France.

Horloges électriques proprement dites. Ces appareïls peuvent marcher par le secours seul de Pélectricité; cet agent fait fonction du ressort ou du poids dans les horloges ordinaires, et rend à chaque instant la perte de mouvement du pendule ou du balancier due aux frottements et à la résistance de l'air.

Les appareils construits primitivement étaient tels que le pendule d'une horloge portait un électro-aimant ou une hélice qui, par leur action sur des armatures extérieures, entretenaient le mouvement de ce pendule, M. Bain a construit un instrument de ce genre en 4840. Mais les appareils construits depuis cette époque sont tels que le pendule reste identique à lui-même, et ils doivent être préférés; on a pensé en effet qu’en rendant la perte de mouvement au balancier par un poids additionnel agissant à des intervalles égaux , on régulariserait mieux l’action de l'horloge.

M. Froment a proposé la disposition suivante (voir page 330, fig. 249) : P est un pendule suspendu par un ressort AB à une pièce de cuivre fixe M; il peut osciller librement, et porte un appendice En, terminé par une vis » que l’on peut élever ou abaisser. Une petite masse en cuivre », attachée à l'extrémité d’un bras du levier Nam, mobile autour d’un centre fixe N, peut tomber à intervalles égaux sur la pointe de vis >, et communique alors au pendule P une impulsion qui lui rend sa perte de mouvement,

On atteint ce but par l’adjonction d’un électro-aimant D agissant sur une armature en fer doux C; cette armature est à l’extrémité

d’un des bras du levier boC, mobile autour du point fixe o, et dont l’autre extrémité b vient soutenir le levier Nam. Le bras de levier ob est percé d’une ouverture en F, afin de laisser passer librement le ressort qui supporte le balan- -cier, et pour ne pas entraver les oscillations de celui-ci; on peut aussi bien percer le ressort AB en F, et faire traverser la tige ob par cette ouverture : pourvu que le mouvement du pendule ne soit pas gêné, la disposition ne fait rien à la marche de lappareil.

Le courant électrique qui circule dans l’électro-aimant vient passer par le levier Nam, puis par la masse m, la vis » et l’appendice »E; à l'aide d’un fil ef, il passe par le ressort et arrive à la plaque de cuivre M. On comprend que, si le pendule P est en mouvement et qu'il soit dans la moitié de l’oscillation qui le fasse remonter à gauche de lobservateur, la masse 7»

et la vis » étant en contact, le circuit est fermé ; l’électro-aimant attire Parmature C, la masse » agit par son poids sur le pendule, et lui communique une impulsion en sens contraire. Quand le pendule est remonté de l’autre côté, #2 et n ne sont plus en contact, l’électroaimant n’a plus d'action, Parmature en fer doux retombe, et la masse # remonte à sa première position. Cet effet recommence ainsi à chaque oscilation, et à chaque oscillation Paction du poids in sur le levier lui rend la quantité de mouvement que les résistances et les frottements Ini ont fait perdre; le pendule marche alors régulièrement tant que le courant électrique dure.

Un des avantages de cet appareil est de n’exiger qu’un courant continu et capable de soulever seulement la masse de fer doux C; le courant n’a pas besoin d’être constant en intensité. Si donc l’on place cette horloge dans une cave où la température soit constante, ou que le pendule soit exactement compensé, elle pourra servir de chronomètre.

On peut employer pour la faire marcher un des couples décrits tome If, pages 219 et suivantes, soit le couple à sulfate de cuivre cité dans ce volume page 314, ou bien encore un couple formé par une lame de cuivre et une lame de zine plongées dans le sol à une certaine profondeur.

M. Robert-Houdin a construit une pendule électro-magnétique très-simple, dont nous donnôns ici la description; elle estreprésen- 0 Fig. 243. tée figure 243. Lorsqu’en donnant la première impulsion au banlancier on le pousse vers r, il soulève légèrement ce ressort, et, par ce contact, il ferme le circuit, Laissons un instant le balancier dans cette position, et voyons ce qui va se passer pendant ce temps du côté opposé.

Le courant passant par le ressort R se rend au balancier par Pintermédiaire de r; il va de là à la platine, à laquelle le balancier communique métalliquement;

puis il circule autour de l’électroaimant, Ici commence lPaction mécanique qui doit dégager le balancier de l'influence des variations de la pile. L’armature A est attirée, le levier x se soulève, et soulève également le ressort s' par l'intermédiaire de la tige T, En même temps un petit cône en cuivre, dépendant de cette tige, soulève un petit ressort fixé sur le levier L, et sollicite ce dernier à s’engager sous le ressort 7’. Lorsque le balancier a terminé sa marche ascendante, il rétro-

. grade, quitte le ressort r, et ouvre ainsi le circuit ; l'attraction cesse,

l’armature s’éloigne, et le ressort 7’, n’étant plus soutenu par la tige T,, tend alors à s’abaïsser ; mais il se trouve arrêté par le levier L, sur l'extrémité duquel il presse perpendiculairement. Cette pression suffit pour arrêter ce levier, qui, n’étant plus poussé par son petit ressort, tendrait à s’éloigner sous l’action de la masse » dépendant de ce levier.

Le balancier, pendant ce temps, a pu fermer et ouvrir le circuit, et, lorsqu'il revient vers le ressort r', il le soulève légèrement et permet aulevier L derétrograder. Leressort 7", se trouvantdégagé, peut donc communiquer intégralement au balancier la force dontil a été armé.

On comprend aisément que, lorsque le balancier quitte le ressort r, qu'ila soulevé, il le dépose sur la tige D, qui, étant isolée, forme un autre circuit au moyen du filS, dans le parcours duquel un électro-aimant peut faire fonctionnerun autre cadran sans exiger d’autre source d'électricité.

Voici, du reste, la légende de l’appareil :

R, ressort isolé, conduisant le courant et communiquant à r. , ressort en cuivre isolé par de l’ivoire.

“, ressort en acier destiné à donner l’impulsion au balancier.

p porte-suspension du balancier.

L, levier mobile en »,

T, tige pouvant se mouvoir verticalement.

E, électro-aimant.

A, armature mobile en b.

D, tige de cuivre isolée sur ivoire.

n', levier dépendant de l’'armature.

C, ressort-cliquet destiné à pousser la roue des Seondes d’une dent à chaque oscillation double faite par le balancier.

s, ressort dépendant de L.

m, masse antagoniste de s.

M. Robert-Houdin a utilisé une disposition de leviers qui permet de régulariser l’action attractive d’un électro-aïmant sur une armature, principalement dans les applications à l'horlogerie. Lorsqu'un électro-aimant agit sur une armature, il agit avec d'autant plus de force que l’armature est plus rapprochée; supposons donc que l'électro-aimant E doive agir sur larmature À, mobile autour de b,

Fig. 244.

de façon à faire marcher une roue à secondes R. Si A agissait directement sur R, l'effet serait d'autant plus énergique que A serait près de toucher E; or, si le prolongement de A, c’est-à-dire «&, est égèrement courbé, et qu’il agisse sur un levier également courbe

a mobile autour de e, on voit que, lorsque A sera éloigné de E, les leviers d et « seront en contact près de b, et a agira à une courte distance de b ; si, au contraire, À se rapproche de E, à mesure qu'il s’en rapprochera, a agira plus loin de b, à une distance de € qui deviendra de plus en plus petite, et l'extrémité de 4 aura une course de plus en plus grande. IL résulte de là que la puissance résultant de Faction de Pélectro-aimant sur l'armature se répartira mieux pendant la course de l'extrémité du levier. Cest pour ce motif que M. Robert Houdin l’a nommé répartiteur.

On pourrait aussi bien prolonger d de l’autre côté de e, et faire agir ce prolongement, disposé en arc de cercle comme les précédents, sur un troisième levier fixe; l'effet produit serait encore meilleur.

M. Robert Houdin a utilisé avantageusement ces dispositions pour diminuer la longueur du levier »' représenté figure 243 et pour simplifier la pendule, et aussi pour faire marcher des aiguilles de grandes horloges, qui sont, comme on le sait, assez pesantes.

Voici, du reste, la légende de la figure 244 :

E, électro-aimant.

A, armature dont le centre du mouvement est en b; a, levier courbe dépendant de Parmature et tournant autour du même centre b.

d, levier courbe dont le centre esten e.

f, cliquet devant pousser d’une dent le rochet de Ja roue à secondes; R, rochet ou roue à secondes.

G, contre-poids pour éloïgner l’armature A par l’intermédiaire des leviers d et a.

M. Vérité a construit une horloge électrique en adoptant un échappement de son invention qu’il avait proposé en 1844.

Le pendule SP, avec sa’ traverse horizontale en laiton .AH , est

Fig. 245. suspendu par une lame élastique en acier à un point fixe S, en communication avec l'un des pôles d’une-pile. Au-dessus, un balancier BB' fixé sur un axe mobile en »,se compose d’une partie isolante RR', et porte aux extrémités des lames en fer doux BB' attirées alternativement par des électro-aimants E et E’. Le courant arrive aux électro-aimants par un fil qui se bifurque en G, pour aller s’enrouler, à droite et à gauche, autour des

électro-aimants.. Enfin le courant, après avoir traversé le fil de Vélectro-aimant E, par exemple, va au bras BD du balancier BB, pour redescendre, par un fil très-fin et flexible d’argent Do, et puis achever le circuit par l’intermédiaire de la boule o dans son contact avec la traverse AH. Les boules a et 0° ne sont autre chose que les boules impulsives de léchappement inventé par M. Vérité.

Le mouvement se conçoit facilement : si Fon donne au pendule une première impulsion à gauche, la traverse AH vient toucher la boule 6, et le courant est établi; l'électro-aimant E abaisse le bras BD du balancier BB’, et, avec lui, le point d'attache D du fil qui porte la boule o. Celui-ci, dont le point de suspension est abaissé, n’abandonnera donc la traverse A’H’ que dans un point plus bas que le premier point de rencontre, et, par suite, donnera une impulsion au pendule. Mais bientôt, son contact avec la traverse ayant cessé, le courant cesse aussi de passer autour de l’éléctro-aimant E ; alors le pendule se relève à droite, et la traverse AH rencontre la boule c', pour reproduire de ce côté les mêmes effets que ceux que nous venons de décrire. Le mouvement'est commencé, et il continuera toujours tant que le courant aura assez de force pour que l'’électro-aimant puisse faire basculer le balancier BB”. -

Si l’on adapte à l’axe du balancier BB’ une fourchette comme celle qui fait manœuvrer l’aiguille du récepteur dans les télégraphes électriques , on a tout ce qu'il faut pour marquer les secondes, les minutes et les heures. Dans cet appareil, on peut emprunter en outre au même moteur la force nécessaire pour la sonnerie.

La pendule ainsi construite marche avec régularité; en effet, ici la force impulsive est alternativement le poids de la boule a ou v', poids qui est constant et qui agit pendant une durée constante, savoir, l'intervalle de temps que metla traverse AH à descendre la hauteur dont les points de suspension D ou D'se sont abaissés. On se sert, pour faire fonctionner cet appareil, de couples analogues à ceux qui sont employés poux les autres horloges de ce genre.

De même que dans les diverses pendules électriques décrites dans cet ouvrage, les variations d'intensité dans le courant ne nuisent point , tant qu’il suffit à faire basculer le balancier. Les variations de lougueur des fils de suspension des boules (dans des limites qui ne sont jamais atteintes) ne sont pas appréciables, car elles ne font que changer les points de rencontre avec la traverse, mais laissent la durée de leur action constante.

M. Paul Garnier a construit une pendule électro-magnétique dont nous allons donner la description (*). Cette pièce d'horlogerie utilise le mécanisme que les horlogers désignent sous le nom de remontoir d'égalité, dont la propriété est de soustraire le pendule aux variations causées par le moteur, les frottements des organes entre eux, et par le plus ou moins de fluidité de l’huile.

Le mécanisme employé par M. Paul Garnier est celui qu'il a présenté à l’Académie des sciences en 1826, sous la dénomination d'échappement libre à remontoir, et qui est combiné de manière qu’une des oscillations du pendule s’opère sans que le rouage progresse, et que l’aiguille des secondes ne se meuve qu’à chaque double oscillation ; ce qui présente Pavantage d'obtenir la seconde fixe avec un pendule à demi-secondes. C’est donc toutes les deux oscillations que l’électricité est mise en jeu , tant pour remonter le petit poids qui entretient le mouvement du pendule, que pour agir sur les appareils électro-magnétiques, dont la marche est subordonnée à celle du régulateur électro-type.

(*) Cet appareil a été exécuté pour le cours de M. E. Becquerel, au Conserva-

toire impérial des arts et métiers , et présenté dans la séance du 19 février 1854.

La description suivante fera mieux connaître les différentes parties de ce mécanisme :

A est une roue fixée sur l'axe de laïguille des secondes et qui fait sa révolution en une minute. Sur le même axe est aussi fixée la roue à rochet A’ qui a soixante dents. B est un pignon ajusté sur un axe commun à la roue C; il engrène avec la roue A, et fait six tours pour un de celle-ci. La roue C marche avec la même vitesse, et porte dix chevilles perpendiculaires à son plan pour remonter chaque seconde le poids moteur du pendule.

D, cercle dit d'impulsion, dont la partie supérieure du diamètre est pourvue d’une dent 4 sur laquelle agissent les chevilles de la roue C pour remonter le poids g et le remettre en prise. A l’extrémité inférieure de ce même diamètre est une autre dent €, qui sert à donner l'impulsion au pendule. A angles droits de ces deux dents est fixé sur l’axe du cercle d’impulsion un bras L portant la boule g, dont le poids et la position sur ce levier déterminent la force restituée au pendule à chaque deux vibrations.

E, détente portant vers la moitié de sa longueur un talon e pour arrêter et maintenir en prise le cercle d’impulsion au moyen d'une troisième dent placée également sur la circonférence de ce cercle. L’extrémité inférieure de la détente E coïncide avec le bout de la bascule I, portée par le grand levier H, qui est une prolongation du pendule au-dessus de son centre de mouvement H'. Lorsque ce levier se meut de gauche à droite, la bascule I, qui est terminée par un plan incliné, s’abaisse et reste sans action sur la détente; mais si le mouvement s’opère en sens inverse, elle repousse la détente et dégage la dent du cercle d’impulsion que le talon de la détente retenait, ce qui permet à ce cercle de subir l’action du poids et de donner l'impulsion au pendule par la rencontre de la dent inférieure du cercle en ce avec la dent d’acier qui termine le levier H. La détente E porte aussi vers son centre de mouvement une goupille e’ qui vient faire arrêt contre le ressort courbé V, lequel communique par un fil de rosette avec l’un des pôles de la pile. Un autre ressort U. presse constamment sur le prolongement &e Paxe de la détente pour servir de conducteur électrique quand la goupille e’ touche le ressort V. On voit que quand le levier H se porte de droite à gauche, la détente E participe à ce mouvement; que la goupille e’ quitte le ressort, et que par cette séparation le courant électrique est suspendu jusqu’au moment où la détente abandonnant la bascule I vient reprendre sa place et remettre

la goupille e’ en contact avec le ressort V et rétablir le circuit.

K est un pignon de six dents engrenant avec la roue A sur l'axe duquel sont fixées deux ailettes d’égale longueur et diamétralement opposées £ et d'. Ces aïlettes viennent alternativement buter sur une vis-goupille placée vers le milieu du levier F, dont le prolongement en f le met en communication avec une goupille plantée dans une des barrettes du cercle d'impulsion. Lorsque le poids g s’abaisse, cette goupille soulève le levier F et dégage celle des ailettes qui appuie sur la vis goupille.

Fig. 247. La roue À n’étant plus retenue par cet arrêt, et la détente E = étant retombée sur le commu- = nicateur électrique V, le courant | passe par les bobines de l’élec- * tro-aimant MM (fig.247) pour attirer Parmature en fer N, liée par la tige intermédiaire P au levier horizontal O ; celui-ci, qui est pourvu à son extrémité d’un ressort en crochet Q, dont la tête s’engage dans la roue à rochet A’, entraîne une dent à chaque attraction de l’armature N, et la roue À , qui esten communauté de mouvement avec lerochet A’, reçoit l'impulsion nécessaire pour faire avancer la roue C (fig. 246) l’espace d’une cheville.

Celle-ci, rencontrant la dent supérieure du cercle d’impulsion, l'entraîne pour ramener le poids g à son point de départ, ainsi que le levierF, contre lequel l’ailette z’ vient buter à son tour. Le valet ou sautoir R (fig. 247) pénètre dans les dents du rochet A", afin de donner à l'aiguille des secondes un point de fixité qui la maintienne sur les divisions du cadran.

La position actuelle des pièces est telle que chacune d’elles est prête à entrer en fonction, et à reproduire indéfiniment les mouvements qui lui sont propres. ;

On voit encore que, dans cet appareil, l’action irrégulière de la pile n’exerce aucune influence sur la marche du régulateur, et que, si les fonctions de l'électricité et celles des organes de l’échappement

T. Il. 22

338 APPICATIONS DIVERSES

sont liées entre elles par une action réciproque, elles n’en sont pas moins très-distinctes lune de Fautre.

La figure 248 montre l’ensemble du régulateur électro-type M et d’un appareil électro-chronométrique N, qui sera décrit plus loin. Les fils partant des pôles de la pile aboutissent aux petits boutons métalliques AA’, dontles tenons correspondent métalliquement aux fils de l’électro-aimant, un directement, et l’autre par les pièces U, e' et V (fig. 246), dont l'office , ainsi qu’il a été précédemment expliqué, est d'ouvrir et fermer toutes les secondes le circuit électrique. D’autres fils s’'embranchent d’une manière particulière sur les deux premiers, et servent, comme on va le voir plus loin, à mettre en communication d’autres chronomètres avec la pendule.

Les appareils que nous venons de décrire ne sont pas les seuls’ qui aient été imaginés jusqu'ici; il y en a qui ontété construits pour former des chronomètres avec balanciers, comme les chronomètres pour la marine: nous citerons particulièrement ceux qui ont été proposés par MM. Liais et Veare; mais les détails dans lesquels nous sommes entrés suffisent pour montrer l'utilité de l'emploi des électro-aimants dans la construction des horloges électriques proprement dites.

Appareils horaires, ou compteurs chronométriques. Les appareils horaires , ainsi que nous l’avons déjà dit, ne sont autres que des espèces de télégraphes fonctionnant à des intervalles déterminés, et indiquant les heures d’après des horloges-types. Parmi les systèmes proposés, nous décrirons celui de M. Paul Garnier, adopté depuis six ans à la gare du chemin de fer de Lille, où dix-huit cadrans de toutes sortes de dimensions sont mis en mouvement par un appareil-type. Ce système est également appliqué dans d’autres . administrations de chemins de fer, et entre autres à celles de l'Ouest et de Lyon, où les cadrans des horloges électriques ont une dimension variant de 0%,95 à 47,80 de diamètre, et où la distance parcourue est de plusieurs kilomètres.

Le système chronométrique de M. Paul Garnier se compose de trois parties distinctes :

1° D'une horloge-type ; 2° d'appareils ou indicateurs horaires ; 3 d’une batterie voltaïque.

‘horloge-type ou primitive est l’horloge destinée à envoyer Fheure aux appareils horaires par l'intermédiaire de Pélectricité. Elle est disposée de façon à permettre et à interrompre le passage de l'électricité (à des intervalles égaux) dans les électro-aimants des indicateurs horaires. Elle se compose de deux rouages : Pun destiné, comme dans les horloges ordinaires, à entretenir les oscillations du balancier et à mesurer le temps; l’autre a pour but de produire la rupture et le passage du courant dans le circuit, et est soumis à la marche du premier; cette rupture se fait au moyen de deux pièces A et A’, dont l’une d’elles A’ appuie constamment sur un moulinet D qui a quatre dents excentriques et qui est porté par le dernier mobile du rouage auxiliaire ; ce moulinet suit le mouvement de la roue d'échappement. Les deux pièces À et A’ étant placées dans le circuit, il est facile de comprendre que dans la position indiquée par la figure, ces deux pièces se touchant et le circuit étant par conséquent complet , l'électricité pourra circuler et affecter les électro-aimants des appareils ho-

raires ; mais, le moulinet D continuant son mouvement, la pièce A” quittera la dent b avec laquelle elle est en contact; elle cessera également de toucher la pièce A; le circuit étant rompu, l’électricité ne passera plus dans les bobines des électro-aimants jusqu’à ce qu'une autre dent, rencontrant la pièce A’ et la soulevant, vienne la mettre en contact avec la pièce A, et ainsi de suite. Les pièces en contact qui servent à interrompre ou rétablir le courant sont deux sphères d’or ou d’un alliage de platine et d’or; le passage de Pélectricité peut se faire ainsi pendant longtemps sans altération.

Fig. 230. La figure 250 représente l’appareil horaire prêt à fonctionner. L’horloge-type faisant passer actuellement le courant électrique dans laimant temporaire L L’, la platine en fer doux M est attirée, et avec elle le levier FF’, auquel elle estliée par la tringle I; celui-ci est affecté d'un mouvement de bas en haut équivalent à l'intervalle d’une dent du rochet B. La tête du valetG portéparle levier FE est engagée dans l’une des dents de ce rochet; il entraine la dent avec lui, et le sautoir E se place devant la dent suivante pour empêcher le recul qui aurait lieu quand le levier F F'vient, en se détachant, à remettre le valet Gen prise.

Dès que le circuit estouvert, la platine en fer doux quitte l’aimant, et le levier F F, sollicité par son poids, vient reprendre sa première position, ainsi que le valet G, qui cède en passant par-dessus la dent du rochet qu’il doit entraîner à l’action suivante : les butoirs H et H' fixés sur le levier F F' empêchent le passage de plusieurs dents à la fois en-pénétrant dans une des dents du rochet B, l’un H quand l’appareil est mis en jeu, l’autre H' quand l’appareil est au repos, et que des coups de vent sur de grandes aiguilles pourraient faire passer des dents.

Comme on le voit, cet appareil produit ses fonctions par l’action directe de l’électricité sur le levier F, lequel met en mouvement le rochet B, dont le pignon J fait marcher la roueC C', qui, à son tour, communique le:mouvement aux aiguilles.

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L'horloge ainsi disposée peut envoyer l'heure non-seulement à l'appareil horaire indiqué dans la figure, mais encore à une infinité de cadrans de toutes dimensions et à toutes distances; il suffit d’augmenter le nombre des éléments de la pile et au fur et à mesure que l’on ajoute des appareils.

Les couples en usage sont ceux qui ont été décrits page 314, et qui peuvent fonctionner pendant plusieurs mois en plaçant seulement tous les huit jours un petit fragment de sulfate de cuivre dans la case cuivre. ”

M. Paul Garnier a fait dans son système une heureuse application des courants dérivés : le même courant électrique ne passe pas successivement danses différents appareïls horaires, de. sorte que l’un d’eux peut se déranger, cesser de marcher, sans que pour cela les autres cessent d'indiquer lheure. Pour obtenir ce ré-

Fig. 251. sultat, deux gros fils de cuivre AB, CD, qu’il a nommés artères électriques, partent de la pile P et se dirigent parallèlement le long de la ligne où doivent se placer les appareils horaires; l’horloge-type H est mise dans le circuit qui n'est pas fermé, car les deux fils AB, CD, sont bien isolés l’un de l’autre. Les appareils horaires o, 0, 0”, ete., ont leurs fils «b, «'b', ab", en communication avec AB et CD, de sorte que le circuit voltaïque se trouve complété par ces différents fils métalliques. On a soin de les prendre d’un beaucoup plus petit diamètre que celui des deux gros fils, et alors la résistance de ces deux derniers peut être négligée devant celle des fils «b, a'b', a"b", etc.; il en résulte qu’ils se partagent le courant électrique comme s'ils étaient attachés aux mêmes points (voir tome I*", page 245), c’est-à-dire que le courant se divise entre eux proportionnellement à leur pouvoir conducteur. On conçoit aisément que pourvu que la pile fonctionne et que lhorloge-type ne se dérange pas, un des appareils horaires peut être supprimé sans que les autres cessent d'indiquer l'heure. On peut même embrancher, d’après le même principe, les fils eZ d’un appareil horaire 0” sur les fils ab" d’un autre instrument semblable.

On a supposé que les deux gros fils de cuivre AB, CD étaient isolés; mais, d’après ce que l’on a dit du pouvoir conducteur du sol, on

342 APPLICATIGNS DIVERSES

peut en remplacer un par la terre, et se borner à un gros fil CI» bien isolé : alors chacun des fils «, a’, a”... des appareils horaires est soudé au gros fil CD, tandis que chaque fil b, b', b”.. est attaché à une plaque métallique plongée dans:le sol.

M. Robert Houdin a employé une disposition qui permet denvoyer successivement un courant électrique à une série d’électroaimants, de façon à les faire agir séparément avec toute la puissance que le courant est capable de développer dans les électro-aimants.

Fig. 252.

Nous supposerons qu'il s’agisse de faire sonner une suite de timbres XX’, etc., avec des marteaux, et que simultanément les roues à rochet qui les soulèvent fassent avancer des aiguilles d’appareils horaires. Soit V une pile ; F, une roue à chevilles d’un mouvement de pendule ou d’un régulateur, et ayant autant de divisions que la roue à cheville; supposons, en outre, que cette roue tourne avec une vitesse d’une dent par seconde.

Si le courant passe dans F et se rend au levier d, puis en P par intermédiaire du rochet R, il circulera autour du premier électroaimant et reviendra à la pile. Mais aussitôt l’armature A est attirée, le cliquet G pousse une dent du rochet Z qui est fixé sur celui de R, le doigt 4 tombe entre deux dents et ne communique plus à la roue ; mais, en même temps, le bout de ce ressort tombe sur un morceau de cuivre auquel est fixé le fil F, qui porte immédiatement le courant au second électro-aimant en passant par les mêmes pièces que dans le premier appareil; Paimantation a lieu de la même manière, et transporte le courant à un troisième, ete., et

Von peut faire ainsi fonctionner simultanément une succession d’appareils.

Lorsque le rochetR a supprimé le courant pour le transporter sur F, ila produit un effet contraire du côté opposé, c’est-à-dire que le ressort d’se trouve sur le sommet d’une dent du rochet R ; ainsi, lorsque la roue de cheville, en continuant de tourner, laisse tomber le ressort e et relève celui e’, le courant passe par ce dernier, se rend en d’, puis à la roue en rochet R, et enfin à l’électro-aimant. L’armature est une seconde fois attirée, et il se produit successivement les mêmes effets que la première fois.

Lorsqu'il est nécessaire d'envoyer le courant électrique à une certaine distance, et que les appareils horaires à faire fonctionner ont une dimension assez grande, on utilise alors le moyen employé dans la télégraphie électrique, c’est-à-dire que l’on a recours aux relais : en effet, si l’horloge-type fait fonctionner un | relais, et que celui-ci transmette le courant d’une batterie locale à | des appareils chronométriques, on comprend que la pile locale ne sera employée qu’à faire marcher ces derniers. M. Paul Garnier a utilisé cette disposition dans plusieurs circonstances.

M. Robert Houdin a fait usage d’un appareil que nous devons mentionner ici: dans un appareil horaire où il était nécessaire de faire fonctionner une sonnerie demandant une intensité électrique | plus forte que celle de la pile chargée de faire marcher Pappareil | chronométrique, il a disposé une pile de Smée (voir tome [®, |

er more gmmnnsacmennd *ge maso 1

carpe ana nannempnemnenann mem enemnnmmennnn.

page 222), dont les électrodes ne plongent dans le liquide’ qu’à certains intervalles, lorsque l'appareil horaire, en fonctionnant, laisse tomber ces électrodes, et qu'après avoir agi, elles remontent à leur première position d'équilibre. De cette manière, la pile de Smée peut fonctionner pendant un temps fort long, n’agissant chaque fois que pendant une ou deux minutes au plus.

M. Bain.a imaginé un appareil régulateur destiné seulement à placer tous les jours les aiguilles des horloges ordinaires au midi; E c’est au moyen d’un système d’électro-aimants qu’une horloge-type | fait marcher simultanément à cette heure que l’on atteint ce but.

M. Glaesener a proposé d'employer une forte horloge-type pour faire fonctionner une machine magnéto-électrique à des intervalles réguliers; le courant produit est alors transmis dans des appareils horaires et fait avancer les aiguilles. Dans ce système il n’y a plus | de pile employée, mais une horloge-type et des cadrans qui fonctionnent par Pinfluence de courants d’induction; tant-que l’hor-

loge-type peut fonctionner, tous les appareils horaires doivent donc indiquer synchroniquement l'heure.

Nous bornerons ici la description des appareils d’horlogerie élecirique ; on peut voir, d’après les détails que nous venons de donner, que l'électricité peut jouer le rôle de ressort, de poids agissant, d'une manière constante ou successive, et de moyens de transmission de mouvement dans tous les sens. Du reste, on ne saurait trop multiplier les appareils dans lesquels les sources électriques faibles sont utilisées, car on peut facilement en prolonger la durée sans que l’on ait à considérer la dépense du moteur, et les résultats obtenus peuvent être fort avantageux.

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