ASSOCIATION DES APPAREILS DE RUHMKORFF EN SÉRIE
Au mois de février 1856, M. L. Foucault s'exprimait ainsi dans une Note communiquée à l'Académie des sciences (1) :
(( Les étincelles qu'on obtient actuellement des ma- » chines inductives ne s'élancent guère au delà de 8 à » 10 millimètres, et déjà pourtant elles accusent dans le » courant d'induction une forte tension, dont le dévelop- » pement dépend de l'intensité du courant inducteur et » delà longueur du fil induit; mais ce qui favorise sur- » tout cette haute tension, c'est la cessation plus ou moins » brusque du courant inducteur. Or, il n'y a pas de » moyen connu d'interrompre instantanément un courant » qui circule avec intensité dans un long conducteur mé- » tallique. La séparation, quelque rapide qu'elle soit, des w pièces contiguës desthiées aux contacts, n'a jamais lieu » sans production d'une étincelle plus ou moins visible,
(I) Comptes rendus des séances de l'Académie des scienceSf 1856, t. XLU, p. 215.
ASSOCUTION DBS APPÂRBILS DB RUHMKORFF. S07
B qui montre que tout courant qu'on voudrait arrêter B court est effectivement prolongé pendant quelques in- B stants par un exh^a-courant dirigé dans le même sens. » Ces étincelles d'extra-courant sont plus vives, plus du- B râbles et plus nuisibles à mesure que le courant inter- B rompu parcourt un plus long circuit; et comme celui-ci Bse développe nécessairement avec les dimensions de » l'appareil , il arrive qu'en cherchant à les accroître,
• on finit par perdre d'un côté ce que Ton gagne de » l'autre.
» Tel est en réalité l'obstacle qui, malgré l'adjonction »du condensateur de M. Fizeau, est venu s'opposer à ce I qu'on donnât une plus grande extension au phénoï mène révélé par l'admirable découverte de M. Fa-
• raday. »
Puis, M. L. Foucault se hâtait d'ajouter : a Cependant, en assimilant les appareils d'induction » aux autres sources connues d'électricité dynamique, qui » toutes sont susceptibles d'être réunies en série et de » donner des effets de tension proportionnels au nombre » des éléments électromoteurs, j'arrivai à conclure qu'il en » serait de môme entre plusieurs machines inductives, » pourvu qu'elles fussent assujetties à fonctionner d'une » manière concordante. »
M. L. Foucault ne tarda pas à justifier l'exactitude de ses prévisions. Mais, pour associer en série plusieurs appareils d'induction, il eut à surmonter des diflicultés très sérieuses: d'une part, il dut imaginer un nouvel interrupteur à mercure pour remplacer l'interrupteur solide de M. Ruhmkorff, devenu insuffisant à cause de
308 ÉLECTuicrrÉ dynamique.
rintensité des courants employés ; d'autre part, il dut disposer les appareils d'induction accouplés en série de manière à les rendre solidaires et concordants.
Interrupteur de M. Ij. Foncanlt. — Dans Tappareil de
Ruhmkorif, les surfaces de contact de Tenclume et du marteau sont garnies de lames de platine qui échangent une étincelle à chaque interruption. Grâce à Télévation de scm point de fusion et à son peu de tendance à ToxydatioD, le platine résiste mieux et plus longtemps que les autres métaux à l'action de l'étincelle. Cependant, même avec un seul appareil et le coui*ant de 5 à 6 éléments qui le traverse, cet interrupteur s'altère au bout d'un certain temps, le platine est attaqué par les étincelles de rupture, les surfaces de contact se déforment suffisamment pour qu'il devienne nécessaire de les renouveler. Quand le courant transmis acquiert une certaine intensité, l'interrupteur à contacts solides est rapidement mis hors de service; les étincelles de rupture acquièrent assez de puissance pour déterminer des points de fusion sur les surfaces de contact, qui ne tardent pas à se souder.
Pour remédier à ce grave inconvénient, M. L. Foucault (1) a renoncé à l'emploi des contacts solides. La Figure 381 représente son nouvel interrupteur, ainsi que le condensateur de l'extra-courant.
UU, U'U', sont deux larges planches de bois entre lesquelles est placé le condensateur de l'extra-courant. Pour former ce condensateur, on fait une pile de lames d'étain rectangulaires, en ayant soin de séparer chaque
(I) Comptes rendus de V Académie des sciences, 1856, t. XLID, p. 4i.