‹ Traité d'électricité statique (volume 4)Chapitre 29 sur 176 · VITESSE DE PROPAGATION DE L*ÉL£CTRIC1TÉ · texte numérisé non relu

VITESSE DE PROPAGATION DE L*ÉL£CTRIC1TÉ

437. La communication des propriétés électriques d'une extrémité à l'autre d'un conducteur ne peut pas être absolument instantanée, mais on fut longtemps avant de pouvoir mettre en évidence la durée de ce phénomène. Plusieurs physiciens tentèrent de résoudre cette question, surtout à l'époque de la découverte de la bouteille de Leyde ; mais, quelle que fût la longueur du circuit interposé entre les deux armatures (près de deux mille toises d'un fil de fer, par exemple, dans des expé-

(«) Journal de Phygique, t. I, p. 2i9.

riences de Le Monnîer (*), ou même un circuit formé par un fll métallique de deux milles anglais de longueur et une distance égale par le sol, comme dans les expériences dirigées par Watson (*) à Londres), deux observateurs placés en deuxpoinis quelconques du circuit éprouvèrent toujours la secousse électrique au même moment, et les étincelles produites en deux points d'interruption parurent toujours simultanées.

La durée du phénomène est plus facile à mettre en évidence à Taide de corps notablement moins conducteurs que des fils métalliques.

Ainsi Beccaria, que nous avons déjà cité (7), s'est certainement trompé en évaluant à une demi-seconde la durée de la décharge dans un fil de fer de 500 pieds de longueur, mais il a constaté qu'avec une corde de chanvre le phénomène pouvait durer plusieurs secondes. Ce ralentissement de la décharge par les conducteurs médiocres a été mis à profit par Faraday (330) pour remploi du galvanomètre; il résulte aussi des expériences de Weber (331) que la durée de la décharge d'une batterie dont les armatures sont réunies par une corde de chanvre est, au moins comme première approximation, en raison inverse de la longueur de la corde, c'est-à-dire proportionnelle à la résistance du circuit. M. Riess considère cette relation comme générale, mais nous verrons, dans Tétude de l'étincelle, que la question est moins simple.

438. Diacomètre de Boiuiseaa. — Comme la propagation de rélectricité est extrêmement lente dans certains liquides et peut être considérablement modifiée par l'addition d'une très-faible quantité d'un liquide étranger, Rousseau eut l'idée de construire un instrument qu'il appela diagomètre ('), et qu'il proposa pour contrôler le degré de pureté des huiles d'olive en particulier. Cet instrument (fig. 167) se compose d'une aiguille aimantée très-légère afc, terminée à l'une de ses extrémités par un petit disque a, et reposant par une chape en métal sur une pointe métallique; celte pointe communique avec une lame verticale A et un plateau D. Ces organes sont parfaitement isolés dans un gâteau de résine, et

(•) Mémoire de V Académie des sciences (174C) p. 456.

(*) Phil, trans. ahtidged, vol. IX, p. 440 (1747).

rt Annales de Chimie et de Physique, 2* série, t. XXV, p. 373.

DÉCHARGES CONDUCTIVES. 4t

l'aiguille est recouverte d'une cloche portant des divisions. D*autre part, une pile sèche (270) formée de doubles disques de linc et de clinquant collés par un mélange d'huile de pavot et d'essence de térébenthine en parties égales, est fixée au pied de l'instrument. Un des pAles N communique avec le sol, l'autre p61e P communique par un fil avec une tige T, bien isolée, que l'on peut élever ou abaisser à l'aide d'un bouton B à crémaillère.

L'appareil est disposé de façon que, l'aiguille èlant a l'état neutre, le disque a soit très-rapproché de la lame fixe A et la pointe b en face du zéro de la graduation ; on observe alors la déviation que prend l'aiguille quand on la fait communiquer avec le pAle isolé P de la pile, en descendant , par exemple, la tige T jusqu'au contact du plateau D. On ramène alors l'aiguille à l'état neutre, on pose sur le plateau une coupe en métal C qui est remplie du liquide à étudier, on abaisse la tige T jusqu'au contact du Fig. is?.

liquide et on observe

le temps nécessaire pour que l'aiguille aimantée atteigne sa dé- - \iation maximum, la même que si la communication eût été établie par un conducteur métallique.

Ainsi, le temps nécessaire pour obtenir la diivialion définitive étant, par exempte, de 40 minutes avec de l'huile d'olive pure, il n'était que de 27 secondes pour l'huile de pavot ou l'huile de faine; l'addition d'un centième seulement de l'une de ces dernières à l'huile d'olive suffisait pour abaisser à 20 minutes le temps nécessaire à la déviation finale.

Ces expériences conduisent d'ailleurs à une relation remar-

4i TRAITÉ D'ÉLECTRICITÉ STATIQUE.

quable. Si Ton admet que la conductibilité du liquide soit en raison inverse de la durée du phénomène, et que la conductibilité d'un mélange soit la moyenne des conductibilités des liquides mélangés, le temps t nécessaire pour atteindre la déviation finale, dans le cas d'une addition d'un centième d'huile de pavot à l'huile d'olive, sera donné par l'équation

1 iôô'iô ïôô'i?'

on en déduit t = 2i minutes, au lieu de 20 que donne l'observation directe. Toutefois il ne semble pas que cet appareil ait ja« mais été très-employé.

Page 1