‹ Traité d'électricité statique (volume 4)Chapitre 86 sur 176 · Décharsea des baUeHeM. — LeS SCCOUSSCS élcctriqueS · texte numérisé non relu

Décharsea des baUeHeM. — LeS SCCOUSSCS élcctriqueS

que Ton provoque dans le corps de Thomme et des animaux, en les mettant sur le trajet de la décharge d'un corps électrisé, est un des phénomènes qui ont le plus frappé l'attention, surtout à l'époque de la découverte de la bouteille de Leyde. On a communiqué ces secousses à plusieurs personnes se tenant par la main et formant une chaîne entre les deux armatures d'une bouteille ; Franklin a ainsi terrassé avec la décharge de 2 grandes jarres 6 hommes disposés en chaîne, chacun posant la main sur la tête du suivant; l'abbé NoUet a communiqué la secousse électrique à 300 gardes, etc. 11 est à remarquer, dans ces expériences, que les personnes placées aux extrémités de la chaîne éprouvent une commotion beaucoup plus vive que celles du milieu, ce qui lient sans doute au défaut d'isolement. On parvient aisément à tuer des oiseaux par une bouteille de Leyde ; mais la décharge des batteries pourrait être très-dangereuse pour l'homme et les plus grands animaux. L'idée d'appliquer ces secousses électriques au traitement de certaines affections, des paralysies en particulier, se présenta à l'esprit de tous les électriciens, et l'on cite dans la science un grand nombre de guérisons oi)érées, soit par les machines ordinaires, soit par les bobines ou même l'action des courants continus. L électricité tend à devenir un des agents médicaux les plus employés.

L'énergie de la secousse provoquée dans un être vivant aug-

mente avec la différence de potentiel des deux conducteurs que Ton met en relation, et surtout avec la quantité d'électricité. Ainsi on peut recevoir impunément des étincelles de 20 ou 30 centimètres fournies par une machine ordinaire à plateau ou même par une bobine d'induction, tandis que la décharge d'une batterie capable de donner seulement des étincelles de quelques millimètres, peut être foudroyante. De même, à masse électrique égale, la décharge d'une cascade donne une secousse plus violente que celle d'une bouteille unique. Il semble donc résulter de ces indications générales que la secousse physiologique varie dans le môme sens que l'énergie électrique de la décharge. Une autre circonstance cependant joue encore un rôle très-important, c'est la durée du phénomène ; la secousse est très-faible quand on décharge une batterie par l'intermédiaire d'une corde mouillée; elle peut être encore supportable quand on touche avec les mains bien sèches les deux armatures de la même batterie, et elle devient sensiblement plus énergique si l'on a soin de mouiller les mains pour les rendre plus conductrices.

587. AeUon des coaranui continas. — Lcs décharges de batteries dans ces conditions provoquent des secousses trop violentes pour qu'il soit possible d'en déterminer la loi ; on ne peut arriver à des effets réguliers qu'en modérant beaucoup l'excitation électrique. Nous indiquerons rapidement les principaux résultats obtenus dans cet ordre de recherches.

Supposons d'abord que l'on applique les deux pôles d'une pile électrique très-faible en deux points d'un nerf moteur, comme le nerf sciatique d'une grenouille, de manière à y faire passer un courant; on observe que le muscle correspondant se contracte au moment où le circuit de la pile est ouvert ou fermé, et reste à peu près insensible quand le courant passe d'une manière continue, de sorte que les variations de l'état électrique sont seules capables de provoquer la contraction musculaire. Il se manifeste dans ces effets physiologiques des différences assez grandes. Ainsi, si le courant est ascendant, c'est-à-dire parcourt le nerf de la périphérie vers le centre, et d'intensité croissante, la secousse qui correspond à la fermeture du circuit est d'abord plus énergique que celle de l'ouverture, puis les deux secousses deviennent égales et enfin, pour des intensités suffisantes, la se-

cousse d'ouverture est prédominante ; Tinverse a lieu si le courant dans le nerf est descendant.

Si l'on fait agir sur le nerf un courant continu suffisamment intense, le muscle éprouve une contraction permanente ou tétanos. Cet effet peut être attribué, soit aux variations inévitables du courant électrique, soit plutôt aux actions chimiques qui produisent des composés nouveaux, lesquels détruisent peu à peu les différentes fibrilles du nerf et provoquent le tétanos, comme le ferait l'action directe d'un acide, d'une base ou d'un sel.

Les nerfs sensibles sont en général plus excitables par les courants électriques ; mais les phénomènes physiologiques auxquels ils donnent lieu suivent à peu pris les mêmes lois.

Au lieu d'exciter le nerf, on peut exciter le muscle lui-même et l'on obtient des effets analogues, quoique généralement moins énergiques.

588. laflaenee de réiectrotonu. — Un courant coutinu assez faible, qui traverse une portion d'un nerf moteur, ne provoque pas de contraction permanente dans le muscle correspondant, mais le passage du courant met le nerf dans un état particulier, dit électrotonuSy qui en modifie beaucoup l'excitabilité. Les parties de ce nerf les plus rapprochées du pôle négatif sont plus excitables par un nouveau courant qu'elles ne l'étaient dans l'état primitif; les parties voisines du pôle positif sont au contraire moins sensibles et il se trouve nécessairement, entre les deux pôles, un point dont l'excitabilité n'a pas été modifiée. Ce point neutre n'est pas situé à égale dislance des deux pôles : il est toujours plus près du pôle négatif et s'en rapproche d'autant plus que le courant permanent est lui-même plus intense. Les effets de l'éleclrotonus persistent encore quelque temps après qu*on a supprimé le courant qui l'avait produit. Ces modifications inégales de l'excitabilité du nerf pendant l'électrotonus interviennent sans doute pour une grande part dans les difféi'ences des contractions musculaires, suivant que le courant excitateur est élabli ou supprimé, suivant qu'il marche dans un sens ou en sens contraire.

fi 89. TranRmlfMion de la contraction et de Teiveitatlon. — La

contraclion musculaire et le Iransport de Texcitalion du nerf au muscle sont des effets mécaniques, en relalion directe avec la

structure de ces organes, et ne peuvent se produire instantanément. En effet, un courant d'une durée trop courte ne provoque pas de contraction. D'autre part, quand on excite un muscle directement, il s'écoule un temps appréciable (excitation latente) entre rétablissement du courant, par exemple, et le début de la « contraction ; celle ci va en croissant d'abord, puis en diminuant et finit par disparaître, mais d'une manière plus lente, après quelques oscillations dues à l'élasticité des tissus. Si l'on excite un muscle d'une certaine longueur, la contraction qui se manifeste d'abord au point excité se communique ensuile de proche en proche aux parties voisines avec une vitesse assez faible, puisqu'elle ne dépasse guère 1 mètre par seconde.

De même, quand on excite deux points d'un nerf moteur, le muscle n'entre en contraction qu'au bout d'un certain temps et se relâche ensuite; la période d'excitation latente est d'autant plus grande que les points du nerf attaqués sont plus éloignés du muscle, de sorte qu'en faisant deux expériences différentes sur le même organe que l'on excite en deux points inégalement éloignés du muscle, et déterminant la différence des temps qui s'écoulent entre l'établissement du courant et le début de la contraction musculaire, on peut évaluer la vitesse avec laquelle l'excitation se transmet dans le nerf. M. Helmholtz a trouvé ainsi 26", 4 pour les nerfs de la grenouille et 52 mètres environ chez l'homme ; ces résultats sont intéressants à signaler à notre point de vue, parce qu'ils sont tout à fait de même ordre que la propagation des effets électriques dans les corps médiocrement conducteurs, comme des cordes mouillées.

590. Effets des eoarMits d'iadactlon. — LcS pilcS élcctriqueS

sont le procédé le plus commode pour produire les excitations physiologiques, parce qu'on peut modifier à volonté la durée du courant, soit par un poids qui tombe d'une certaine hauteur et ferme le circuit pendant une portion de sa chute, soit par des interrupteurs à bascule ou à rotation, et faire varier l'intensité en introduisant des résistances dans le circuit ou en changeant le nombre des éléments de là pile. Toutefois, la détermination de l'intensité du courant, môme en valeurs absolues, ne suffit pas pour définir le phénomène électrique qui provoque les contractions. Ainsi, quand on ferme le circuit d'une pile, il se produit

200 TRAITÉ D'fiLKCTP.ICITf: STATIQUE.

une chute d'électricité tout à fait analogue à la décharge d'une batterie ; la force vive correspondante et la durée du phénomène dépendent du nombre des éléments de la pile, de leurs dimensions, de la conductibilité des différentes parties du circuit, et toutes ces circonstances devraient entrer en ligne de compte si Ton voulait préciser exactement les conditions de l'expérience. L'emploi des condensateurs permettrait de définir d'une manière très-simple l'énergie des décharges, mais, pour produire des secousses de faible durée, on a eu le plus souvent recours aux appareils d'induction.

Si l'on fait passer la décharge d'une bobine entre deux points d'un nerf moteur, on constate que le courant induit direct, drt à l'ouverture du courant inducteur, produit des contractions plus énergiques que le courant invei'se, ce qui était à prévoir d'après la plus courte durée du premier. Une succession lente de courants induits de sens inverses provoque une succession de secousses physiologiques ; mais, si les courants induits se succèdent trop rapidement, le muscle n'a pas le temps de se relâcher après chaque secousse et prend une contraction tétanique. Une étude plus attentive de ce phénomène permet de montrer alors que le muscle contracté n'est pas immobile, et qu'il éprouve une sorte de vibration dont les oscillations sont isochrones avec les décharges de la bobine d'induction. Masson a reconnu que le tétanos ne se produit plus si les décharges alternantes sont plus rapides encore; cette suppression des secousses peut être due en partie à ce que les décharges empiètent alors les unes sur les autres, et que les contractions relatives à chacune d'elles n'ont plus le temps de s'exercer.

Quand une bobine d'induction, dépourvue de noyau magnétique, produit des décharges alternatives assez rapides pour provoquer le tétanos d'un muscle, il suffit quelquefois d'introduire un paquet de fils de fer dans la bobine pour faire disparaître l'état tétanique ; cependant les décharges sont alors plus énergiques, mais l'aimantation a pour effet d'en augmenter la durée et, par suite, de faciliter l'empiétement des courants successifs.

Page 1