Exeiiation unipolaire. — M. Chauvcau (') a employé
•^ Comptex rrnliis de V Académie dcx srinireit, t. LXXXI et LXXXIII.
EXPÉHIENCES DtXECTHlCITÉ ET PROPRIÉTÉS DE L'ÉTINCFLLE. 20i
'tjout récemment un mode d'excitation qu'il appelle unipolaire et qu'il croit plus propre à simplifier l'étude des phénomènes. li'une des électrodes étant appliquée en un point d'un nerf, l'autre électrode est mise en relation avec le nerf syméfcrique, de manière qu'on puisse apprécier immédiatement la différence des effets, ou bien communique avec le corps du sujet par une surface très-considérable, comme le liquide d'un bain dans lequel l'animal est plongé en partie. Dans ces conditions, les résultats sont très-différents suivant la nature de l'électricité.
Si l'on fait agir un courant continu d'intensité croissante sur un nerf moteur, par exemple, on constate qu'à l'établissement du courant la secousse est d'abord plus forte pour le pôle négatif, puis que les deux secousses sont égales pour une certaine intensité, à partir de laquelle les secousses positives deviennent prédominantes. Quand on étudie la manière dont varie l'énergie des secousses suivant l'intensité du courant, en ayant soin de se mettre à l'abri de diverses causes d'erreur, telles que la fatigue et l'altération des nerfs, on voit que les contractions positives augmentent d'abord proportionnellement à l'intensité et moins rapidement ensuite, tout en restant continuellement croissantes; les contractions négatives, au contraire, qui sont d'abord plus grandes, augmentent lentement et passent quelquefois par un maximum pour aller ensuite en diminuant.
Le sens du phénomène est renversé quand on agit sur un nerf sensitif : les excitations positives paraissent d'abord plus grandes et deviennent ensuite plus faibles que les négatives; avec un courant suffisamment intense, la douleur causée par l'électricité négative est incomparablement plus vive. On peut rapprocher oicore ces résultats de la variation de l'excitabilité pendant l'èlectrotonus (788) et de cette autre propriété, constatée dans les décharges électriques, que le dégagement de chaleur est généralement plus grand à l'électrode négative, comme on le vérifie aisément dans les tubes à gaz raréfiés.
A l'ouverture du circuit de la pile, la contraction musculaire augmente d'abord avec Tintensité du courant pour diminuer ensuite et même disparaître, et l'électrode négative se montre toujours moins efficace.
Avec les courants d'induction ou les décharges des condensa-
202 TRAITÉ D'ÉLECTRICITÉ STATIQIJK.
leurs, la marche générale des secousses est à peu près la même, mais avec moins de netteté. Les contractions négatives sont d'abord plus énergiques; puis, à mesure qu'on fait croître l'intensité du courant inducteur, les secousses des deux électrodes ne tardent pas à devenir égales et conservent ensuite cette égalité, quelquefois avec une légère tendance à l'inversion. D'autre part, la contraction atteint rapidement une valeur maximum, à partir de laquelle elle parait indépendante de l'intensité du courant inducteur; toutefois le relâchement du muscle, qui est trèsrapide à la suite des décharges faibles, devient de plus en plus lent à mesure que l'intensité du courant inducteur va en augmentant.
Cette question des secousses provoquées par l'électricité a donné lieu à un grand nombre de travaux que nous n'avons pas pu passer en revue, même d'une manière rapide; mais il semble qu'on n'a pas assez défmi en général le phénomène électrique lui-môme, en particulier son énergie et sa durée, et que la considération de ces deux éléments serait plutôt de nature à conduire h des lois simples au point de vue de la physiologie.
EFFETS CHIMIQUES DES DÉCHARGES ÉLECTRIQUES. 592. Inflammation de mélangea détonaato. — DaUS la plupart
des combinaisons qui s'effectuent sous l'influence des déchar* ges, l'électricité n'intervient que comme un moyen commode de provoquer en certains points une grande élévation de tem* pérature. Cavendish, en 1784, a utilisé la propriété que possède l étincelle électrique d enflammer un mélange d'hydrogène et d'oxygène ou d'air. L'étincelle agit comme un corps incandescent que l'on introduirait dans le mélange; elle enflamme la couche de gaz qui l'environne; la chaleur produite par la combinaison de cette première masse élève alors la température des couches voisines au point de les enflammer à leur tour, et la combustion se propage ainsi de proche en proche avec une vitesse plus ou' moins grande. Cette vitesse dépend Ae^ la quantité de chaleur dégagée, de la température de la combinaison, de la conductibilité calorifique des gaz, de la pression et d^
EXPÉRIKNCES D'KLECTBICITÉ ET PIIOPRIKTÉS DE l/fJlWELLE. 205
la masse à échauffer. On peut ainsi ralentir la vitesse de propagation, jusqu'à la rendre nulle, en ajoutant au mélange explosif une proportion de plus en plus gi*ande d*un autre gaz qui n*interxient pas dans la combinaison. La chaleur dégagée par la combustion aut(mr de rélincelle est employée en partie à échauffer le^niz inerte, et il peut arriver que la température acquise par lo mélange soit inférieure à celle qui est nécessaire pour provoquer la combinaison des couches suivantes. Dans ce cas, pour effectuer l'opération d'une manière complète, il serait nécessaire (l'entretenir les étincelles d'une manière continue pendant un temps assez long, afin que toutes les parties du mélange vinssent ?* V combiner tour à tour.
Ainsi Humboldt et Gay-Lussac (\) ont reconnu que, dans les mélanges d'hydrogène et d'oxygène où ce dernier gaz est en excès, il n\ a plus d'inilammation loi*sque le mélange détonant fornie une fraction moindre que les -^ du volume total, et que la Combinaison est incomplète tant que le volume de Foxygëne «t plus que 9 fois celui de Thydrogéne. Si Thydrogènc est dominant, au contraire, il en faut une proportion beaucoup plus inonde |K)ur rendre le mélange incombustible. L*azote se comporte à peu près comme un excès d'oxygène. Dalton (') a trouvé q"<* des méliîiiges de 10 volumes d'hydrogène avec 4 volumes <li»ir, ou d(» 15 volumes d'air avec I d'hydrogène, ne s*enflamnif*nt plus par l'étincelle, et que la combinaison n'est pas complète si le volume de l'hydrogène dépasse le double de celui de lair, ou s'il n'en atteint pas le cinquième. L'acide carbonique ernp^Vhe la combustion d'une manière encore plus efficace.
Les limites d'explosibilité varient d'ailleui^s avec les diamëtreu ''«*^ tubes eudiométriques et Ténergie des étincelles. On conçoit, **» offel, que si la masse de gaz dans laquelle débute la combi- "3>son occupe un espace tn^s-restreint, la chaleur dégagée en ^^ point pourra être insuffisante pour échauffer la couche voi- ^'"^e, à laquelle elle se conununi(|ue, jusqu'à la temp4»rature de *'*^ïnbinaison; tandis qu'avec une forte étincelle, le rapport de la "*3S8e échauffée à celle qui se combine sera beaucoup plu*< petit ^ U température plus élevée.
' AnnalcM H( Chitnir. l* Mri<>. f. Mil. |> iTAI. 1)^05 .
* Tlirtin«on, Annal» o f fthihnophif, nouwWc !i«Tic. t. X. p. ."CH |8Î5\
20 i TRAITÉ DtLKCTRICITÉ STATIQUE.
Par la même raison, la pression doit exercer aussi une influence sur le phénomène. Ainsi GroUhus(*) a trouvé qu'un mélange de chlore et d'hydrogène ne détone plus quand il est réduit par la raréfaction au sixième de la pression atmosphérique, et il faut réduire celte pression au seizième pour empêcher la combustion d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène. De même, un mélange d'air humide et d'hydrogène chauffé avec une lampe jusqu'à ce que le volume fût quadruplé, ne put être enflammé par une étincelle ni par la flamme d'une bougie ; cela tenait sans doute à la présence d'une grande quanlilé de vapeur d'eau dans le mélange.
595. Papillon* électriques. — Si le mélange est amené à la limite d'explosion, soit par une diminution convenable de la pression, soit par l'introduction d'un gaz étranger, l'inflammation peut encore se propager, mais d'une manière incomplète et dans des directions irrégulières. MM. Demondésir et Schlœsing ont montré ce phénomène par une belle expérience. Un grand ballon en verre de 10 lilres au moins de capacité est fermé par un bouchon percé de deux trous ; l'un de ces trous est traversé par un tube de verre qui s'ouvre au milieu du ballon et qui amène un courant rapide d'un mélange d'air et d'hydrogène; ce courant s'échappe par l'aulre oritîce. On obtient le courant gazeux qui convient en faisant arriver l'air à l'aide d'une soufflerie en relation avec un petit gazomètre à eau, pour que la pression soit à peu près constante, et l'on fait déboucher obliquement dans le canal de dégagement un tube à robinet qui communique avec un appareil producteur d'hydrogène ; on règle par tâtonnements l'ouverture de ce robinet d'après la manière dont marche Tcxpérience. En face de l'orifice du tube, dans le centre du ballon, on produit entre deux fils de platine une série d'étincelles à l'aide d'une bobine, ou bien on fait brûler d'une manière continue un tout petit bec de gaz. Si la proportion d'hydrogène est trop faible, le mélange ne s'enflamme pas. Quand on augmente peu à peu l'hydrogène, on voit d'abord les étincelles ou la flamme s'élargir et s'entourer d'une espèce d'auréole : la combinaison a déjà lieu, mais elle est limitée. Bientôt des espèces d'éclairs ou des langues
,») Aimnhs de Un-nir, I" scrie. t. LXXXII, p. 5i.
EIP6IUE!«CES D*ÊL£CTRiaT£ tl FRUPHiÉTÉS D£ LtTlNCELLE. >io:i
(le feu se disséminent dans toute Tétenduedu ballon d'une manière irré^lière, qui rappelle le vol d'un papillon ouïes mouvements d*un essaim de mouches, et le mrme phénomène persiste indéfiniment tant qu*on maintient le courant gaxeux. L expérience ne présente aucun danger d'explosion violente quand on commence par provoquer Tétincelle avant Tintroduction d*hydrogènedans le courant d*air; si, par instants, la proportion d*hydrogènc devient trop frrande, Tinflammation se propage le long du lube jusqu*au point où débouclie ce gaz ; il suflit alors de fermer un peu le robinet pour ramener la combustion dans le ballon et rétablir les choses dans Tétat primitif.
On peut déterminer au moins une limite inférieure de la vitesse de propagation dans un mélange explosif, comme le faisait Si. U. Saint-Claire Deville (^), en enflammant ce mélange à la sortie d*un chalumeau, et en diminuant [leu à peu la pression jusqu'à ce qu'une explosion se produise dans les tubes de caoutchouc qui amènent les gaz ; à ce moment même on évalue le débit. 1^ refroidissement causé par les parois des tubes, dans cette expérience, contribue à ralentir rinflammation; la propagation doit être notablement plus rapide au sein d'une grande masse de gaz, parce qu*il n'y a pas aloi*s de chaleur perdue et que les molécules acquièrent, par leur expansion subite, une vitesse de ti*anslation considérable.
594. t^MMMaaiMMM lente*. — Il se présente plusieurs cas où 'inflammation ne se propage pas d'une manièi*e sensible, même pour des mélanges dans lesquels la proportion des gaz est exacte- "lent celle qui convient à la combinaison, soit parce que le dé- ^âti:ement de chaleur est trop faible pour échauffer les couches voisines jusqu'à la température de combustion, soit que le comf^ se forme avec absorption de chaleur, soit encore que les Charges électriques aient une action propre, indé|>endante de 'élévation de température.
I*riestley avait remarqué que l'air atmosphérique traversé P^r une série d'étincelles diminue de volume et acquiert la propriété de rougir la teinture de tournesol. Cavendish (•) a profité ''^ Cette observation pour déterminer par synthèse la composi-
h^ottt tur la diê»ociaii09i, p. 4' .
' i*AW. tram, abhdged 1788 . ui|. XVI. p. iCil.
306 TUMTË UtLI^auiaTÉ STATUtUE.
tion de l'acide nitrique. Il fit passer une série d'étincelles au trt- \ers d'un mélange d'oxvgène et d'azote en présence de l'eau iv, chaux. Le gaz était contenu dans la partie supérieure d'un tube en V renversé (flg. 216), k cheval sur deux verres renfermant du mercure dont l'nn communiquait avec une machine électrique et l'autre avec le sol. Cavendish trouva ainsi que U combinaison avait lieu entre 7 volumes d'oxygène et 3 volumes d'azote; le rap- =; port de ces nombres est '~~- "" - - - - é.al à 2,35, et dilTèrc très
Fie «fl- peu du rapport véritaUe
2,5 déterminé par Gay-Lufr sac. M. Perrot a obtenu jusqu'à iOO milligrammes d'acide aïotique par heure, en faisant passer un courant d'air dans un tube capillaire qui était traversé transversalement par une série d'étincelles d'induction.
L'acide azotique n'est ici que le résultat d'une réaction secondaire, car la combinaison qui s'effectue directement sous l'influence de l'étincelle est de l'acide hypoazotique, ou du bioxyde d'azote qui se transforme au contact de l'air en vapeurs nitreuses- Si l'on fait passer une série d'étincelles dans un ballon renfermant de l'air parfaitement sec, on voit rapidement le gaz prendre la couleur rutilante qui est le caractère de l'aride liypoazotique. Si le ballon renferme en même temps une solution alcaline on si les parois du verre sont simplement mouillées, l'acide hypoazotique produit rapidement, par suite des réactions bien connues de ce gaz, une solution d'acide azotique.
U faut remarquer cependant que la formation d'acide hypoazotique exige des décharges en forme d'étincelles; l'cflluve électrique ne provoque pas la combinaison de l'azote avec l'oxygène et ne fait que transformer ce dernier gaz en ozone; il (?st probable qu'alors la températuit; n'est pas assez élevée.
595. 11 semble que l'électricité joue un rôle nécessaire dans la formation dii'ecle des composés de l'oxygène ot de l'azote, car on n'est pas encore parveini à cx>mbiner les deux gaz par la seule élévation de tempéra turc. (lp|iendant celle combinaison s'efTcc-
EXPÉRIENCES D'ÉLECTRICITÉ ET PROPRIÉTÉS DE lITLNCELLE. ^i07
lue, comme par entraînement, dans un certain nombre de circonstances où Télectricité n'inlervieqt pas. Ainsi l'eau que Ton forme en brûlant de l'hydrogène dans l'air est toujours acide, les produits de la combustion complète des carbures d'hydrogène et du gaz d'éclairage renferment des traces de composés nilrés, et l'explosion d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène dans un eudiomètre, en présence d'une petite quantité d'air, entraine la combinaison plus ou moins complète de l'azote avec l'oxygène. M. Bunsen (*) a reconnu que cette combinaison n'a pas lieu d'une manière sensible lant que le volume des gaz tonnants est inférieur aux l du volume total ; mais, si l'on fait brûler 9 volumes de^gaz tonnants mélangés avec 4 volumes d'air, il disparait pendant l'opération 0,12 du volume de l'air. Avec une proportion plus grande encore des gaz de l'eau, il se forme une telle quantité d'acide nitrique, que le mercure est attaqué avec dégagement de bioxyde d'azote, et qu'on peut recueillir sur les parois du tube des cristaux d'azotate de mercure.
596. L'acétylène donne lieu à des observations tout à fait analogues. M. Berthelot (*) a obtenu ce gaz à l'aide de l'arc produit par une pile électrique entre deux cônes de charbon dans un courant d'hydrogène; mais la chaleur seule, les décharges de batteries et les étincelles d'induction sont impuissantes pour effectuer cette combinaison directe. Si l'on part d'un carbure d'hydrogène, au contraire, on peut produire de l'acétylène dans une foule de circonstances. Le passage du gaz oléfiant, de la vapeur d'alcool, d'éther, d'aldéhyde, etc., dans un tube chauffé au rouge; les étincelles d'induction dans un gaz carburé ou une vapeur quelconque de substance organique; la combusiion incomplète du gaz d'éclairage, de la benzine et d'une huile quelconque ; toutes ces circonstances produisent de l'acétylène en quantité plus ou moins grande. Il est donc à présumer que l'aclîon de l'arc électrique est due, non pas à un effet particulier de l'électricité, mais à la grande quantité de chaleur qui s'y dégage et à l'excessive température.
Nous citerons encore l'acide cyanhydrique, que M. Berthelot (^)
• Méthode» gaiomé triques, traduction française, p. 65. («) Annales de Chimie et de Physique, 3* bérie, t. I.XVII, p. (>4. ,*) Annales de Chimie et de Physique, 4« série, t. XVllI, p. lOti.
a obtenu en faisant traverser par des étincelles électriques un mélange d'acétylène et d'azote, et qui se produit, soit directement, soit par l'intermédiaire de l'acétylène, toutes les fois que des étincelles puissantes traversent un gaz carburé quelconque contenant de l'azote.
Les combinaisons qui s'effectuent par une action progressive de l'électricité paraissent assez nombreuses, mais il est souvent difficile de les observer à cause des réactions consécutives qui tendent à les détruire ; nous reviendrons sur ce point.
M. Arn. Thénard, en faisant agir les effluves électriques sur un mélange à volumes égaux d'acide carbonique et de protocarbure d'hydrogène, ou d'oxyde de carbone eUd'hydrogène, a obtenu un liquide oléagineux (*). Cet expérience présente un intérêt particulier parce que le composé ainsi produit renferme des équivalents égaux de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, et présente, par conséquent, la même composition que l'acide acétique et la cellulose. Sous Tinfluencc des effluves, l'acétylène se condense aussi en un corps liquide et môme en un solide (*).
597. Décompositions. — Bcccaria, dès 1758 (*) parvint à réduire des oxydes cl à revivifier les métaux par les décharges électriques, et décomposa le sulfure de mercure. De Milly (*) réduisit de même le minium, la céruse, les chaux de bismuth, d'élain et de zinc; il plaçait ces poudres entre deux cartons ou deux lames de verre et les faisait traverser par la décharge d'une batterie. Morgan observa que le passage des étincelles dans les liquides mauvais conducteurs, tels que les huiles et les essences, y produit un dépôt de charbon. Enfin Beccaria avait constaté aussi que les étincelles provoquaient dans l'eau un petit dégagement de gaz.
La plupart au moins de ces décompositions ne doivent être attribuées qu a l'élévation de température. M. Grove (') a montré, en effet, que l'eau peut être décomposée en partie à une tem-' pérature bien inférieure à celle que produit la combinaison de l'hydrogène et de l'oxygène : un fil de platine porté à Tincandes-
1*! Comptes rendus de rAcadrmie des sciences, t. LXXVI, p. 517 et 083.
(*) Ibid. t. LXXV.ll,p. 219.
^^i Leltere dell' clcclncUmo, p. 282.
* Jovrnnl de Physique de l'abbé Rozier, t. lY. p. 140.
•M Annales de Chimie et de Physique, 2« série, t. XXI, p. 129.
EXPÉRIENCES D^ÉLECTRICITË ET PROrRIÉTÉS DE L^ÉTINCELLË. 200
cenee dans Teau par un courant électrique, ou chaufTé simplcr ment avec un chalumeau, donne des bulles formées d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène; le platine fondu versé dans l'eau dégage des gaz en grande abondance, etc.
598. Un grand nombre de gaz peuvent être décomposés par uue série d'étincelles électriques. Van Marum a triplé ainsi le volume du bicarbure d'hydrogène; M. Grove et M. Perrot ont montré que les vapeurs d'eau, d'alcool et de plusieurs composés organiques sont aussi décomposés (*). Il arrive souvent que l'opération a une limite naturelle, lorsque les corps qui proviennent de la décomposition restent à l'état gazeux et sont capables de se combiner directement avec explosion ; la décomposition n'est évidemment plus possible à partir du moment où une proportion nouvelle des gaz séparés rendrait le mélange explosible dans les couches que traverse rétincelle. Il s'établit donc un équilibre entre le composé primitif et les produits de la dissociation, et cet équilibre dépend en partie de l'énergie des décharges.
Priestley avait remarqué que l'acide carbonique traversé par un grand nombre d'étincelles augmente de volume et n'est plus entièrement absorbable par l'eau de chaux. Monge (*), se servant d'excitateurs en fer pour répéter cette expérience, ne vit qu'un faible changement de volume, mais les métaux étaient oxydés et plus d'un tiers du gaz n'était plus absorbable par les alcalis ni inflammable. De Saussure (') fit passer des étincelles pendant 18 heures entre une tige de cuivre et la surface du mercure dans un matras plein d'acide carbonique : le volume ne fut pas modifié, mais le mercure était noirci et le gaz renfermait 8 pour cent d'oxyde de carbone. M. II. Sainte-Claire Deville (*), avec des étincelles très-courtes entre des fils de platine, obtint au bout de 3 fois 24 heures un accroissement de volume de y, ce qui correspond à une décomposition des 28 centièmes du gaz primitif. M. Berthelot a constatée^) que la décomposition de l'acide carbonique par une série d'étincelles augmente d'abord, puis diminue et éprouve plusieurs oscillations qui tiennent sans doute à des
* Annaicx de Chimie cl de Phjsique, 7t* série, t. XXXUI, p. 876 cl t. I.XI, p. ICI [« Mrm. de VAcadt'mie (I7S0 , p. 430. ^ Journal des mine», t. Mf, p. 103 ^1802). ^1 lx>c. cil. p. 74.
» Annale» de Chimie el de Phjuique, 4« bêrie, t. XVIII, p. 179 et 'm.
Il 14
changements dans Ténergie des décharges. La décomposition parait d'autant plus avancée que les étincelles sont plus faibles; on peut décomposer jusqu'à 0,29 d'acide carbonique, et celte proportion est trés-voisine de la limite (0,33) à partir de laquelle le mélange serait explosible. M. Arn. Thénard a obtenu à peu près les mêmes résultats au moyen de l'effluve électrique, el vérifié qu'alors quelques étincelles plus fortes ramenaient le mélange à 7 pour 100 d'oxyde de carbone (*).
L'acétylène est aussi décomposé par les étincelles, mais, à l'inverse de ce qui a lieu pour l'acide carbonique, le mélange tend vers une composition fixe renfermant 0,12 d'acétylène, môme quand la pression du gaz varie entre 0"^^,40 et 3'",50.
L'acide hypoazotique, qui se produit directement par Faction des étincelles est détruit en partie en azote et en oxygène par la même cause. M. Berthelot a obtenu, par exemple, au bout de dixhuit heures un mélange qui ne contenait plus que 0,14 de gaz non décomposé. Le protoxyde d'azote donne aussi de l'azote et du bioxyde, et le bioxyde lui-même se décompose partiellement d'abord en protoxyde et acide hypoazotique, puis finalement en azote et vapeur nitreuse (*). On peut prévoir que ces problèmes d'équilibre chimique, déjà mal définis quand le gaz composé est en présence des seuls produits de la dissociation, deviennent beaucoup plus complexes si l'on augmente la proportion de Tun des gaz constituants et si l'on introduit dans le mélange un gaz étranger, lequel peut intervenir lui-même d'une manière plus ou moins directe dans les produits définitifs. Nous renvoyons au mémoire déjà cité de M. Berthelot pour l'étude de ces phénomènes, tels que la décomposition de la vapeur d'eau, l'action de l'hydrogène sur l'acide carbonique signalée d'abord par de Saussure, l'influence de la pression sur les états d'équilibre, etc.
M. Perrot a cherché quelle est l'influence de la forme des décharges d'induction sur le travail chimique accompli. Il a constaté que, dans une étincelle composée d'aigrettes et de traits de feu, la décomposition provoquée par l'aigrette est beaucoup plus abondante ; le phénomène présente alors une sorte de conti-
(* Compter rendue de V Académie des sciences, t. LXXV, p. H8. («) Annales de Chimie et de Physique, 5« série, t. VI| p. 199.
EXPÉRIENCES irÉLEGTRIGlTÉ ET PROPRIÉTÉS DE L ÉTINCELLE. 21i
nuité qui permet de comparer les effets des aigrettes à ceux des courants électriques.
599. Si Tun des produits de la réaction s'élimine naturellement par un changement d'état, ou si on le fait disparaître à mesure de sa formation à Taide d'absorbants chimiques, on peut continuer les décompositions par Tétincelle beaucoup plus loin et même les achever complètement, comme M. Deville Ta montré par plusieurs exemples. L'acide sulfureux est ainsi décomposé en soufre et acide sulfurique, mais en quantité inappréciable ; si Ton introduit dans Teudiomèlre une solution de chlorure de baryum, le gaz disparait peu à peu d'une manière complète : il se forme un précipité de sulfate de baryte et un dépôt de soufre sur les parois de l'éprouvelte.
L'acide chlorhydrique est de même décomposé en chlore qui se combine avec le mercure et en hydrogène; mais la présence de ce dernier gaz dans le mélange empêche la réaction de continuer, et l'on ne peut guère décomposer par les étincelles plus de 0,03 du volume primitif.
L'oxyde de carbone est décomposé en charbon et en acide carbonique ; il suffit d'introduire dans l'éprouvette une dissolution de potasse pour que le gaz soit absorbe d'une manière complète, en même temps qu'il se forme comme une neige de noir de fumée au sommet du tube, entre les fils de platine où se produit l'étincelle.
Inversement, comme nous l'avons vu, l'acide carbonique se transforme en oxyde de carbone et en oxygène, de sorte que si l'on introduit dans l'eudiomètrc un corps capable d'absorber l'oxygène, comme un morceau de phosphoi*e, les produits de celte réaction seront finalement du charbon solide et de Toxygène, et le gaz disparaîtra complètement. Le cyanogène se décompose aussi totalement en azote et en charbon.
Enfin l'ammoniaque est décomposée par une série d'étincelles en azote et hydrogène, comme l'a observé Van Marum, et l'opération est tellement voisine d'être complèle, qu'il est difficile de constater directenïont (ju'une portion du gaz est encore absorbable par Tcau et les acides. Ce|)endant il y reste de l'ammoniaque, car l'azote et l'hydrogène se combinent partiellement sous l'influence des étincelles. Pour le démontrer, il suf-
fit d'iiilroduiœ dans réprouvetle, au moment où le gaz parait totalement décomposé, un volume d'acide chlorhydrique égal au volume primitif de Tammoniaque, et de faire continuer Taction des étincelles. Au bout de plusieurs heures, Téprouvette se remplit de mercure et la partie supérieure est tapissée d'une couche de sel ammoniac.
600. Phénomènes éiectroiytiqnes. — Dans la plupart des décompositions qui précédent, sinon dans toutes, Faction des étincelles est due au dégagement de chaleur ; mais, après la découverte de Nicholson et Carlisle (^) qui décomposèrent l'eau avec séparation des deux gaz par la pile de Volta, on chercha à obtenir les mêmes effets avec l'électricité des macliines.
Déjà Paets van Troostwik et Deimaii avaient décomposé l'eau en y faisant passer des étincelles entre deux fils d'or ou de platine plongés dans le liquide et éloignés l'un de l'autre de quelques millimètres. Pearson reprenant cette expérience en 1797 (*) obtint en 3 heures, par exemple, après lôOO étincelles d'une machine à plateau d'un mètre de diamètre, environ j{^ de pouce cube d'un gaz qui détonait sous l'influence d'une étincelle en ne laissant qu'un résidu insensible. Wollaston, en 1800 (*), montra qu'on obtient une décomposition plus active quand on se rapproche autant que possible des conditions dans lesquelles on opère avec la pile voltaïque, en faisant pénétrer l'électricité dans le liquide par un conducteur qui présente la plus petite surface possible. Il introduisit un fil d'or de y^ de millimètre de diamètre environ dans un tube de verre capillaire, et, après avoir fondu le verre de manière à noyer l'extrémité du fil, il l'iisa graduellement jusqu'à ce que le {\\ fût mis à nu. En plongeant dans l'eau deux fils pareils dont l'un communiquait avec le sol et l'autre avec la machine, et ménageant sur cette dernière comnmnication une étincelle auxiliaire de longueur convenable, il observa sur les deux fils un dégagement contirm de petites bulles de gaz. Avec des fils plus fins encore, l'étincelle auxiliaire n'est pas nécessaire et Ton peut maintenir une communication continue entre la machine ell'un des fils. Toutefois, Wollaston n'obtint jamais à chaque fil
;', Dibl. biUann., t. XV, y. 11.
{*] Phil. Iraus. abridgcd, vol. XMil. p. iOÎ.
(3} Phil. tram. (1801), pnrl. lï, p. 427.
EXPËMEHCESntLECTRICITË ET PROPRIÉTÉS tS L'ËTINCEUT:. SIS qu'un mt^lange d'hydrogène el d'oxygi''ne; mais, en plongeant djns une dissniulian d'iizolutn de c(ii« re deux fils d'ar^'ent recouvetls de cire, sauf à leur exti-éniiltt, il reninniua (ju aiiri-s cent tours de la machine le fil négalif i-lait couvert d'un d<'/p<M de ruivre. tandis que le lil positif ne pr^i^entail rien de srnihhble. bc intime, ayant fait passer une st'-rie d'i-linoelles entre deux lî]<; d'ur placés û 25 milliiuêlres de distance sur une cailc colorée par de la teinture de louniesol, il vit une tiiclic rouge se former autour de l'élcclroile jwsitivo. Il n'-sulte de là qtie IV-lertricilë positive a une action oxydante el que réiectricitù uégali\e est surtout réductrice. M. Boiiijol (') clail parvenu à décomposer l'eau par l'électricité ulmosphériiiue, et même la pola^M- el le chlorure d'argent par l'électricilé ordinaire; mais l'an^iln^ie des machines éloclritjues u\cc In pile de Voila ne fui Itien démontrée que par les expériences de Karaduy (').
601. Faraday dispose sur une hime de verre deux petits morceaux de Icuilles d'élaiii M cl M' (fig. '217) dont le premier communique avec le conducteur positif d'une machine électrique et le second avec le sol (ou avec le conducteur négatif, si l'on emploie une machine à <leux conducteurs, couiiiie celle de .Nairne). Sur le milieu de In plaque il dépose une goulle . / d'une dissolution de sulfjle de cuivre donlil l'ail rummuniquer lesexln'-milés avec les feuilles d'êlain par des fds de platine « el s'. Lorsque la machine (oiiclioiuie.
l'extrémité du premier Glpesl positive, l'exln'v
mité H du second est négative, el nu hnut de peu de temps il se «Impose sur celle-ci une couche de c\ii\ rv métallique.
l'our montrer que l'on peut ainsi provoquer des dtVoni positions successives dans un nu^me circuit. Karad;iy dispose snr une lame de verre ((!?. -MS) plusieurs bandes de papier imbi-
l,XLV,p 313.
214 TRAITÉ DtLECTBIClTÉ STAXIQUE. '
bées de dissolutions salines : l'une d'iodure de potassium avec des traces d'amidon, la seconde de sulfate de soude coloré en bleu par du tournesol, la troisième imbibée aussi de sulfate de soude, mais colorée par le tournesol bleu dans la moitié qui est en contact avec le pôle positif, et par du jaune de curcuma sur l'autre moitié. Ces bandes de papier étant réunies entre elles par des fils de platine, il fait communiquer l'eitrémité Tavec
la machine el l'autre T avec le sol : le premier papier bleuit au pAle positif par suite de l'iode mis en liberté, le second rougit au pAle positif, le troisième rougit encore au pôle positif et le curcuma qui entoure le pôle négatif donne aussi une tache rouge due à l'action de la soude sur cette teinture.
Il n'est même pas nécessaire d'établir une communication conductrice entre les bandes de papier; on peut les tailler en
Fig. !19.
pointes, les placer à la suite l'une de l'autre sur une lame de verre, et disposer en face des extrémités de cette chaîne (fig. 219) deux conducteurs T el T' terminés aussi en pointes. Si toutes ces bandes de papier imbibées de sulfate de soude sont colorées de tournesol bleu dans les moitiés a dirigées du côté du conducteur négatif T', et teintes par le curcuma aux extrémités opposées, toutes les pointes se colorent en rouge par suite du flux d'électricité qui va de l'une à l'autre.
E1PÊIIIB1«CES DlLRCTRICITÉ KT PROPRIÉTÉS DE UËTINCELLE. Si5
Enfin M. Armstrong(') a obtenu, à Taide de sa machine hydroélectrique, la décomposition de Teau avec séparation complète des éléments. Deux cloches en verre très^troites, traversées à la partie supérieure par des fils de platine, étant remplies d*eau et renversées dans un verre, il fit communiquer Fun des fils avec la chaudière de sa machine et Tautre fil avec le sol ou avec une suite d autres cloches semblables renfermant des dissolutions de sels alcalins. 11 vit bientôt des gaz se former dans les cloches «Ml quantités inégales : de Thydrogùne pur aux pôles négatifs et un volume d*oxygène moitié moindre aux pôles positifs, en même temps que les solutions salines devenaient acides aux pôles positifs et alcalines aux pôles négatifs. La séparation des gaz n*était pas moins complète quand il établissait une interruption sur le trajet de ces appareils à la machine, de manière à provoquer la décharge sous forme d'étincelles.
il y a donc, d*après toutes ces expériences, la plus grande analogie entre le flux continu qui s*écoule d'une machine électrique et le courant d*une pile de Yolta, au point de vue de la décomposition des corps avec séparation des éléments.
602. B0 i*ttMae. — De même que les décompositions électrolytiques, la transformation d*oxygène en ozone sous Tinfluence de rélectricité ne peut pas non plus être attribuée simplement à Taction de la chaleur, car on ne connaît aucun moyen de préparer Tozone par la chaleur seule ; en outre, ce gaz se détruit peu à peu dans un tube fermé maintenu à la température de lOO*, et instantanément quand on le mélange avec de la vapeur d'eau bouillante.
l'n bâton de soufre fix)tté dégage une odeur particulière qui <^l due sans doute à rélectrisation, car on retrouve la même <Hleur auprès d*une machine électrique et surtout dans le voisinage des points où se produisent des étincelles. Franklin fit re- ''^arquer que Todeur de soufre se manifeste quelquefois avec ^tie grande intensité par les temps d*orage, en particulier dans '^s endroits où la foudre est tombée, et il indiqua celte propriété comme une des analogies nombreuses qui existent entre ^a foudre et rélectricité.
* Àmumifê de Chimie H tU Phyêtçue, 3« iiéne, t. X, p. 105.
Van Marum fit passer des étincelles pendant un quart d'heure dans une éprouvette renfermant de l'oxygène et renversée sur Teau ; le volume diminua d'environ -^ et « le gaz, dit-il, avait « pris une odeur très-forte, qui nous parut très-clairement être « l'odeur de la matière électrique, mais elle était beaucoup plus « forte que celle que nous avions ressentie auparavant. » Il répéta ensuite cette expérience sur le mercure et reconnut que la surface du liquide était fortement oxydée, en même temps que le gaz éprouvait une diminution de volume d'un tiers.
603. Ces observations étaient à peu près oubliées quand M. Schœnbein, en 1840, reconnut la même odeur et les mêmes propriétés oxydantes dans l'oxygène produit par la décomposition électrolytique de l'eau qui renferme l'un des acides sulfurique, azotique, phosphorique, ou quelques sels oxygénés. Si l'eau renferme au contraire des chlorures, bromures ou iodures, l'oxygène ne possède plus aucune activité particulière. Depuis cette époque, M. Schœnbein lui-même et plusieurs autres chimistes ont démontré qu'il se produit de l'ozone dans un grand nombre de réactions chimiques où rélectricité n'intervient pas, telles que l'oxydation du phosphore humide dans l'oxygène, la décomposition du bioxyde de barium, de l'acide chromique, du permanganate de potasse, etc.
L'ozone ou oxygène électrisé jouit de propriétés remarquables. Il a une odeur nauséabonde, attaque les muqueuses et provoque des crachements de sang quand on le respire en quantité notable.
Lorsqu'il est humide, il oxyde rapidement le mercure, l'argent et la plupart des métaux à la température ordinaire ; il allume le phosphore et produit avec l'iode d'abondantes vapeurs blanches. Il agit comme le chlore et le brome sur du papier imprégné d'iodure de potassium et le colore en bleu par l'iode mis en liberté. L'ozone décolore rapidement les couleurs organiques, comme celles des dérivés d'aniline ou même la solution d'indigo dans l'acide sulfuriq :e; il transforme l'acide sulfureux en acide sulfurique, l'acide arsénieux en acide arsénique, l'ammoniaque et les composés nitrés en acide azotique, etc.; il détruit la plu-
(*) Description d'une très-grande machine électrique^ etc., Harlem (1785), p. ii6.
part des matières organiques, altère rapidement le caoutchouc, le perce et le rend cassant, etc. Les propriétés oxydantes de l'ozone sec, au contraire, diffèrent peu de celles de Toxygène.
604. A l'aide de ces caractères de Tozone, il est facile d'en constater la présence dans un grand nombre d'expériences d'électricité. L'air qui a passé entre les plateaux d'une machine de Holtz est très-odorant. Les aigrettes qui se dégagent des conducteurs électrisés, les décharges des batteries, etc., produisent de l'ozone, et, quand on a répété un certain nombre d'expériences d'éleclricitè dans une salle fermée, on sent bientôt partout cette odeur de soufre qui est due à une petite quantité d'ozone.
Ainsi encore, l'air raréfié qui a élé traversé par un grand nombre d'étincelles, comme dans l'expérience du matras de NoUet, possède une odeur tout à fait nauséabonde, malgré la grande quantité d'air ordinaire avec laquelle on a été obligé de le mélanger pour rétablir la pression extérieure avant d'enlever la cloche.
L'odeur provoquée par les étincelles dans l'air pourrait être attribuée en partie à la production de composés oxygénés de l'azote (et M. Schœnbein avait cru d'abord que la présence de l'azote était néce'ssaire à la formation de Tozone) ; mais cette odeur est tellement particulière, qu'on peut en conclure l'existence d'un corps nouveau. MM. Marignac et De la Rive ont démontré, en 1846 ('), que l'oxygène pur et sec acquiert les propriétés de l'ozone quand on le fait traverser par un grand nombre d'étincelles très-petites; peu de temps après, MM. Ed. Becquerel et F'remy ont vérifié dune manière générale que toutes les formes d'étincelles électriques produisent de l'ozone en quantité plus ou moins grande, et qu'il suffit môme de faire passer des décharges entre deux pointes autour d'un tube de verre scellé à la lampe et renfermant de l'oxygène sec, pour que le gaz ait Todeur et les propriétés de l'ozone (*).
Dans cette dernière expérience, comme dans toutes celles où Ton obtient des décharges alternatives par simple influence sur les gaz, les étincelles sont moins intenses, plus larges, et se montrent particulièrement propres à produire de l'ozone. Telles
(«] ArchheM de V Électricité, t. V, p. 5.
(•) Annalf de Chimie et de Physique, 3* série, t. XXXV, p. 84.
218 THAITÉ DtLECTRICITÉ STATIQUE.
sont encore : rexpéri<^nce du matras deNoUet, celle du tube à air raréfié avec armatures labiales (779), la pluie de feu électrique et tous les appareils à effluves.
605. Malgré l'énergie des propriétés que nous avons signalées, l'oxygène ainsi préparé, soit par les procédés chimiques, soit par remploi de la pile ou des étincelles, ne renferme jamais qu'une quantité d'ozone pur extrêmement faible, ce qui rend l'étude de ce corps très-difficile.
MM. Andrews et Tait (*) ont vérifié, en provoquant des étincelles entre des fils de platine dans de l'oxygène sec, que ce gaz diminue sensiblement de volume, comme l'avait annoncé Van Marum , que Toxygéne ozone reprend son volume primitif quand on détruit Tozone par la chaleur, mais qu'il ne change pas de volume quand on le traite par Tiodure de potassium ou Tacide arsénicux; la portion de l'oxygène qui correspond à la diminution de volume est donc la seule qui disparaisse en général dans les phénomènes d'oxydation. Si l'on considère l'ozone comme une combinaison d'oxygène modifié avec de l'oxygène ordinaire, dans laquelle ce dernier gaz occupe le volume du composé, on est porté, par analogie avec la composition de l'eau, à admettre que l'ozone est formé de 3 volumes d'oxygène condensés en 2 volumes, c'est-à-dire que la densité de l'ozone est égale à une fois et demie celle de l'oxygène. M. Soret (*) a constaté en effet que Toxygène ozone, traité par l'essence de térébenthine ou ressencc de cannelle, produit des vapeurs abondantes et éprouve alors une diminution de volume double de celui qui correspond à Toxygène absorbé parl'iodure de potassium; dans ce cas, Tozonc aurait disparu complètement. M. Thénard a constaté aussi que Toxydation de l'indigo enlève à Tozone trois fois autant d'oxygène que l'acide arsénieux. Des expériences très-délicates sur la diffusion de Tozone comparée à celles du chlore et de Tacide carbonique ont encore conduit M. Soret à admettre pour Tozone la même densité.
MM. Andrews et Tait ont obtenu, par l'action de décharges silencieuses entre des fils de platine, une contraction de Toxygène éjzale au -~ du volume primitif; le passage de quelques étin-
(' Phil.irnnii. (1800,, part. I. p. iI5. -' AiuwIt'sHr Chimie cl de Physique, 4' jiTÎe, t. VU. p. 115, ett.XIII, p. 257.
EIPÉIUDICES D'ÉLECTRICITÉ ET PROPKIKTÉS DE L'ÉTINCELLE. ii9
celles électriques dilatait alors le gaz jusqu'à ce qu*il eût repris les ' de la contraction. Dans le premier cas, les ^i ou le quart de loiygène serait donc intervenu dans la formation de Tozone, ce qui serait une proportion énorme.
Eu décomposant de Teau additionnée d*un cinquième d*acidc
sulfurique dans un grand voltamètre refroidi à 5 ou 6 degrés
au-dessous de zéro, et dont les électrodes étaient séparées par un
diaphragme poreux, M. Soret a obtenu dans Toxygène à peine
6 pour iUO d'ozone pur dont 2 seulement étaient absorbables par
riodurc de potassium, et les appareils ordinaires à efHuves ne
pennettant guère de dépasser cette pro|K)rtion. Comme reflioa-
cité des décharges pour ce genre d'expériences parait d'autant
plus grande que Téchauffenicnt du gaz est moindre, il semble
((ue Ton devrait obtenir une richesse en ozone notablement
plus grande en agissant sur de Toxygène a une faible pression ;
Todeur repoussante qui se produit dans rexpérience du matras
de NoUet semble conllrmer cette manière de voir.
AIMA.NTATION ET l>DUCT10n PAR LA DÉCH.\RGB.
606. •tocrvaiiMis mmcêcmmmm. — Franklin parait avoir observé pour la première fois que les décharges électriques peuvent ainiauler une aiguille d^arier placée dans le voisinage, ou modifier cl même intervertir l'aimantation d*une aiguille aimantée. Cette obsenation, qui a été confirmée par la plupart des électriciens du siècle dernier, ne présenta d^aburd que rintérét d'une ana- ''ine nouvelle entre rélectricité et la foudre ; mais la découverte •l'Œrsledt, en 1820, sur la déviation que le courant électrique (l'une pile de Volta fermée imprime à Taiguille aimantée, les expériences d*Arago sur Taimantation du fer et de Tacier par les courants, et les mémorables travaux d*Ampère ramenèrent Tat- '^'nlion sur les propriétés analogues des décharges électriques. ^^fo ne tarda pas à reconnaître que le courant continu d'élec- ^ncilé qui s'écoule d'une machine à frotlement possè<le la pnn prifléde rendre l'acier magnétique, dès qu'en interrompant le conducteur on provoque lu formation d'une série de petites élin- ''^llcs. Ridolfi montra que ces étincelles ne sont pas nécessaires
et quo si on relie d'une manière permanente, par Tinterraédiaire d'une bobine dont les différentes spires sont bien isolées, le conducleur et les coussins d'une machine électrique, on peut dévier une aiguille aimantée et aimanter le fer doux ou Tacier.
Arago avait songé à utiliser l'aimantation des aiguilles d*acier afin de comparer les conductibilités de différents métaux pour les décharges électriques; il voulait faire passer la décharge d'une batterie par une série de fils parallèles de mêmes dimensions et de métaux différents, et comparer l'aimantation communiquée par ces différents conducteurs à des aiguilles d'acier. Ces expériences n'ont pas été réalisées ; elles n'auraient pas donné d'ailleurs le résultat qu'en attendait Arago, car l'aimantation des aiguilles d'acier par les décharges électriques s'effectue tantôt dans un sens tantôt dans l'autre, avec une énergie très-variable, suivant qu'on modifie les dimensions des aiguilles, leur distance à l'arc conducteur, la résistance du circuit ou la puissance de la décharge. Savary a étudié avec soin toutes les circonstances de ce phénomène (*).
607. Expérieneen de »m\mrj. — Savary tendait un fil métallique horizontalement au-dessus d'une table, et il plaçait audessous de ce fil, à différentes hauteurs, une série d'aiguilles d'acier très-fines disposées parallèlement entre elles et perpendiculairement à la direction du fil; il suffisait pour cela de les mettre sur une petite règle inclinée. Après avoir fait passer par le fil la décharge d'une batterie, il vérifiait si les aiguilles avaient été aimantées en les plongeant dans la limaille de fer; il déterminait ensuile le sens de l'aimantation, puis l'intensité magnétique en les faisant osciller sous l'influence de la terre. Les expériences ont montré que l'aimantation obéit alors à des lois très-complexes.
Les aiguilles les plus éloignées sont aimantées faiblement, mais dans le sens direct ou positif, c'est-à-dire que le pôle Nord est situé à la gauche d'un observateur qui, tout en regardant l'aiguille, suivrait le fil dans le sens parcouru par l'électricité positive pendant la décharge; l'aimantation est alors de même signe que si l'aiguille eût été soumise à l'influence d'un courant vol-
'V Annaleft fîe Chimie et tfe Physique, 2* s^rie, t. XXXI V, p. 5.
EXPâUElYCES DtLKCTRICITÉ ET FROI'RIËTtS DE LÉTLNCLLLi!:. 221
taïquo permanent de même direction que la décharge. A mesure que les aiguilles sont plus rapprochées du fil, Taimanfation augmente d'abord et passe par un maximum, puis diminue et devient nulle; Taimantation se produit ensuite en sens contraire ou négatif, passe par un nouveau maximum, change de nouveau de signe, et ainsi de suite. Les dernières aiguilles, celles qui sont en contact avec le lil, s*aimantent aussi positivement en général, de sorte que le nombre des inversions est toujours pair, sauf de très-rares exceptions.
608. Nous citerons ici, comme exemple, une des expériences deSavary. Les aiguilles avaient 15 millimètres de longueur et la décharge passait dans un fil de platine de i mètre de longueur sur(r*,25 de diamètre.
OIIMII
OISTANCi:
DC
hinir.
W* AMiVILtr*
l.*At(;ill.lC II' FIL
ht JO OV:iLLMH)X!»
or l'amaxtatiox
intii.
Fosilive.
Nêjîative.
Nulle.
Posilivo.
Id. iiiax.
Id.
îh
.Né^alixt'.
Id. iiiax.
îl'
Id. presque nulle
lN»siti\e.
Id. nuw.
Id.
U longueur des aiguilles n*a pas d^inHuence appréciable, car des aiguilles de 15, lU et 5 millimètres ont montré les mêmes changeuK^nts de signe, et sensiblement aux mêmes distances du dI de décharge. Le diamètre, au contraire, a une infiuence très- ^^h\o. : ainsi, en opérant dans les mêmes conditions, les ai- ?uilles de 0***,30 de diamètre ont donné lieu à deux changements ^ »igiie, tandis qu'avec des aiguilles de 0"*,80 et de 1"",75 ^^ diamètre, Taimantation a été positive pour toutes les dislan- ^^- be même, le nombre des inversions est d*aulant plus grand
que la trempe de Tacier est plus énergique ; des aiguilles suffisamment recuites finissent par s'aimanter toutes de la même manière et positivement.
Tes différentes parties du circuit traversé par la décharge ont exactement la même action, ce qui se conçoit à /^riort puisque le même phénomène électrique a lieu en tous les points ; Savary Ta vérifié en formant un circuit par des fils mélalliques de diamètres inégaux ajoutés hout à bout : les aiguilles situées à la même distance de ces différents fils furent aimantées sensiblement de la même manière.
L'énergie et la durée de la décharge sont les circonstances qui présentent le plus d'inténH. Quand on augmente la puissance de la décharge, soit en multipliant les bouteilles de la batterie pour une même dislance explosive, soit en élevant le potentiel, l'aimantation des aiguilles devient plus énergique, mais en même temps les inversions sont plus nombreuses. D'autre pari, si Ton ralentit la décharge en augmentant la résistance du fil, les alternatives diminuent de plus en plus et toutes les aiguilles finissent par s'aimanter positivement.
Toutefois, quand on supprime ainsi les changements de signe de l'aimantation, en augmentant le diamètre des aiguilles, en diminuant la trempe ou l'énergie de la charge, ou en faisant croître la résistance du circuit, les aiguilles présentent encore un certain nombre de maxima et de minima d'aimantation ; ce n'est que pour des charges très-faibles ou des résistances considérables que le magnétisme des aiguilles diminue d'une manière continue à mesure qu'elles sont plus éloignées du fil de décharge, comme on l'observerait pour le courant permanent d'une pile voltaïque.
Le passage de la décharge dans un fil conducteur enroulé en hélice exerce la même action sur les aiguilles placées dans l'intérieur de rhélice. Ainsi Savary a formé une hélice avec un fil de cuivre de 0'",80 de longueur et de O'^^^IS de diamètre, enroulé sur un cylindre de bois de G'"'",5 de diamètre, les spires étant écartées l'une de l'autre de 5""". En plaçant dans Tintérieur de celte hélice des aiguilles d'acier de 15""" de longueur et de 0'"",25 de diamètre, il a observé jusqu'à 6 inversions, à mesure que l'intensité de la décharge allait en diminuant* Quand
EXPÉRIENCES D*£LEGTRICITÉ ET PROPRIÉTÉS DR LITINCELLE. 323
on allonge le fil, on diminue aussi le nombre des inversions, comme dans les expériences sur les fils rectilignes.
Ces phénomènes ne peuvent guère s'expliquer par les oscillalions qu'éprouve la décharge quand elle s'effectue par un circuit de faible résistance (446), parce qu'alors le sens de l'aimantation devrait être indépendant de la distance des aiguilles. Il parait naturel, au contraire, d'admettre que les éléments magnétiques, déplacés d'une manière brusque au moment de la décharge, oscillent de part et d'autre d'une position d équilibre et s'arrêtent dans un état quelconque lorsque le phénomène est trop rapide, tandis que les oscillations s'éteignent rapidement et qu'il se produit une aimantation régulière quand on opère avec un courant de durée appréciable.