‹ Traité d'électricité statiqueChapitre 4 sur 123 · G. MASSON, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

G. MASSON, ÉDITEUR

LIBKAÏKB DB L'ACADéMIB DE MÉDECINE PlJkCC DB l'école- DE -MÉDECIHE, Il

5. CondueOMiité «ieccrii|ae. — Quelques années plus tard, un autre physicien anglais, Stephen Gray, après avoir ajouté, comme ses devanciers, un certain nombre de corps nouveaux, tels que les plumes^ les poils, la toile, la laine, le papier, le cuir, le bois, le parchemin, la battdruche (*) à la liste des corps électriques, c'est-à-dire de ceux que Ton peut électriser par le frottement, fut mis sur la voie d'une découverte importante. Ayant essayé d'électriser directement les métaux sans y réussir, il se souvint qu'un tube de verre électrisé dans l'obscurité et devenu lumineux, communique sa lueur à différents corps avec lesquels on le met en contact, et il jugea que ce verre pouvait bien aussi leur communiquer sa vertu électrique. Il prit donc un tube de verre de 3 pieds 1/2 de longueur et de plus d'un pouce de diamètre, fermé à ses deux bouts par des bouchons de liège, frotta ce tube de la manière ordinaire et l'approcha de corps légers (*).

Il vit un duvet de plume courir au bouchon de liège, en être attiré puis repoussé, aussi bien que par le tube même, et il en conclut que le tube électrisé avait communiqué une vertu attractive au bouchon de liège. Il planta alors dans le bouchon une tige de sapin d'environ 4 pouces de longueur, terminée par une boule d'ivoire, et, répétant l'expérience, il vit que la boule attirait et repoussait la plume, môme avec plus de force que n'avait fait le bouchon. Il fixa ensuite la boule d'ivoire à des tiges de bois ou de métal de plus en plus longues et constata que la boule exerçait toujours une attraction, plus forte môme que tout autre point de la tige. Voulant pousser l'expérience plus loin, il suspendit la boule au tube par des cannes de roseaux ou par une ficelle, puis par une corde de 26 pieds qu'il laissait pendre en dehors d'un balcon, et la boule attirait toujours les corps légers qu'on lui présentait. Pour aller ù de plus grandes distances encore, il essaya de communiquer la vertu électrique à une corde tendue horizontalement et attachée à un mur, mais sans réussir d'abord.

Wheeler, à qui Gray communiqua ces résultats, lui proposa de suspendre la corde par un cordon de soie qui, à cause de sa petitesse, laisserait sans doute échapper une quantité moindre

*' Philosophical tramactiom abridgeiI,\o\. VI, p. 495 (1720^. «) /M., vol. vu, p. 449(1727).

PRËLIMINAIRES. 7

de la vertu électrique. L'expérience fut ainsi faite le 2 juilel 1 729. Une corde de 80 pieds de longueur fut fixée par Tune de ses extrémités au tube de verre, Tautre bout de la corde s'appuyait d'abord sur un cordon de soie , et, tombant ensuite verticalement, portait une boule d'ivoire à sa partie inférieure.

Le tube étant frotté, la boule d'ivoire attira aussitôt de petits fragments de cuivre qui y restèrent suspendus quelque temps. L'expérience réussit également avec une corde de 124 pieds, repliée sur elle-même ou tendue en ligne droite. Le lendemain, comme ils voulaient allonger encore la corde, la soie cassa, et ils essayèrent de la remplacer par un fil de métal ; mais ils n'obtinrent plus aucun phénomène d'attraction et en conclurent que la soie avait réellement une propriété particulière de ne pas livrer passage à la vertu électrique. Adoptant alors pour règle de n'employer que des cordons de soie comme moyens de suspension, ils conduisirent la vertu électrique jusqu'à 765 pieds, sans que les effets fussent sensiblement aflaiblis ; ils reconnurent qu'on peut conduire l'électricité dans toutes les directions à travers des corps de formes quelconques et de natures trèsvariées : les métaux, les pierres, les animaux vivants ou morts et le corps humain.

En eflet, Gfay toucha avec son tube électrisé un enfant suspendu par des cordes de crin ou posé sur un gâteau de résine, et vit que cet enfant attirait par ses doigts et toutes les parties de ses vêtements les corps légers qu'on lui présentait (').

Il résulte de cette dernière observation une conséquence importante : c'est que tous les corps reconnus électriques, c'est-àdire pouvant s'électriser par frottement, quand on les tient à la main, ne sont pas conducteurs de l'électricité, sans quoi la vertu électrique se communiquerait par la main au corps de l'observateur et de là dans le sol.

Ajoutons encore que Gray découvrit aussi l'clectrisation par influence, mais sans comprendre plus que ses prédécesseurs l'importance de cette observation. Il remarqua, en effet, qu'une corde isolée acquiert des propriétés électriques quand on en approche un tube électrisé, sans que le contact soit nécessaire, et

r*' Pkit. trani, abridged.,yo\, VIT, p. 567 (1751\

TRAITÉ D'ÉLBCTR[CÏTÉ STATIQUE.

que ces propriétés se manifestent surtout aux points de la corde les plus éloignés du tube de verre.

On peut donc, dès à présent, distinguer deux classes de corps : les corps conducteurs et les corps non-conducteurs^ bien que cette dénomination n'ait été employée que plus tard. En réalité, cette distinction, comme on le veira, ne peut être établie d'une manière absolue ; tous les corps conduisent l'électricité plus ou moins, et il n'y a de différence réelle que dans le degré suivant lequel cette propriété se manifeste. Il serait donc plus exact de former une seule liste de tous les corps en commençant par ceux qui conduisent le mieux comme les métaux, et terminant par ceux qui conduisent le moins comme la soie. Les derniers s'appellent souvent corps isolants parce qu'ils servent à soutenir les corps conducteurs électrisés et à les isoler du sol.

6. Nous citerons, à titre de renseignement, la liste suivante (^), dans laquelle les corps ont été partagés et classés en trois groupes : les conducteurs, les demi-conducteurs et les isolants, en rappelant que cette classification ne peut avoir rien d'absolu.

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