CHAPITRE I
1 . Ses phéaoïiièaM éleetrlqvfls. — Attraettoas et répvUoas. —
Le phénomène électrique le plus anciennement connu est Tattraction des corps légers. Quand on frotte avec la main ou avec un morceau de drap un bâton de verre et qu'on rapproche ensuite de corps légers, tels que des fragments de papier ou de barbe de plumes, on voit ces corps légers se précipiter sur le verre, y rester attachés pendant un temps plus ou moins long et s*en écarter ensuite. Le corps qui jouit ainsi de la propriété d'attirer les corps légers est dit électrisé^ et Ton donne le nom à^ électricité à la cause de ces phénomènes. Cette propriété n*est pas permanente; les corps qui l'ont acquise la perdent peu à peu et eue finit par disparaître complètement.
Pendant longtemps Fambre jaune, dont le nom grec est f/AsxTpov et le jayet furent à peu près les seuls corps dont on ait connu les propriétés électriques, et c'est là l'origine du nom qui a été donné à la science de rélectricité. Les anciens citent encore une autre substance, le lyncurium, qui attire aussi les corps légers et même des parcelles métalliques ; mais la nature de la substance désignée sous ce nom n'est pas bien connue, cl quelques auteurs ont cru, d'après la description de Théo-
phraste, que le lyncuriuin était une tourmaline, dont nous verrons plus loin les propriétés particulières (').
2. L'histoire de rélectricité ne date vérilablement que de recherches beaucoup plus récentes. Gilbert (*), médecin à Londres, a publié dans un ouvrage sur l'aimant un grand nombre d'expériences électriques. 11 a constaté que la propriété d'attirer les corps légers peut être donnée par le frottement à un assez grand nombre de corps : des pierres précieuses, telles que le diamant^ le saphir^ le rubis y Vaméthyste^ Yopaie, V aiguë- marine et le cristal de roche; et, à beaucoup d'autres substances plus communes : le soufre^ la gomme laque, la résine, le sel gemme, Valun de roche, le verre et toutes les matières vitrifiées. 11 a reconnu que les corps électrisés attirent non-seulement des morceaux de papiers et des barbes de plume, mais encore des fragments de corps quelconques solides, bois, pierres, minéraux, métaux, et même des gouttelettes liquides et des fumées épaisses. Gilbert employait, pour constater Télat électrique d'un corps, des baguettes longues et minces de métal ou d'autres substances suspendues sur une pointe comme les aiguilles aimantées. Quand il approchait d'une des extrémités de cette aiguille un corps préalablement frotté, Taiguille était déviée pour peu que le corps fût doué de la vertu électrique. Il a observé aussi que le frottement le plus efficace est celui qui est vif et léger; qu'un air humide ou un vent du Sud diminue beaucoup les apparences électriques, tandis que les phénomènes sont plus marqués quand l'air est sec et que le vent souffle du Nord ou de l'Est, et qu'alors la vertu électrique peut se conserver plus longtemps, dix minutes môme après que le corps a été frotté. Toutefois, Gilbert n'a pas remarqué que l'attraction est réciproque et que le corps électrisé est attiré aussi bien que celui qui ne Ta pas été. Enfin, on peut s'étonner qu'après avoir réalisé tant d'expériences nouvelles, il n'ait pas découvert le phénomène de la répulsion électrique (') .
(*) Voir Jja foudre , V électricité et té magnétisme chez le$ anciens, par M. Th.
lieiiriiMartin. Paris, 180G.)
^•) De magnete, magnclicisque cofporibus, (Londixîs, 1000.) -
(5) Voir ï Histoire de Vélectneité, de J. Priesllcy, ouvrage etcellent maign»
la partialité non dissimulée de l'auteur en faveur de ses compatriotes. — Une
traduction française a été publiée on 1771, sans nom d'auteur» et des notci>
TRAITÉ
4 TRAITÉ DtLECTRICïTÉ STATIQUE.
lieu obscur, il devenait entièrement lumineux, avec un éclat comparable à la phosphorescence du sucre broyé dans l'obscurité, et il fallait tenir l'oreille tout près du globe pour entendre le bruissement des étincelles.
Le docteur Wall (^) parvint à produire avec l'ambre, le diamant et la gomme laque, des craquements plus forts et des étincelles plus brillantes, et ces phénomènes l'ont tellement frappé qu'il ajoute : « Cette lumière et ce craquement paraissent en quelque sorte représenter le tonnerre et l'éclair. »
Otto de Guericke s'aperçut aussi que la vertu électrique excitée dans un corps par le frottement peut se transmettre par le simple contact à d'autre corps qu'on n'a pas frottés directement, et il vit même cette propriété se transmettre à une corde de chanvre jusqu'à la distance d'une aune; mais cette observation ne fut pas poussée plus loin, et la véritable découverte de la conductibilité électrique fut encore retardée d'un demi-siècle.
4. Vers la même époque, Hauksbée (') publia un grand nombre d'expériences fort curieuses. Il remarqua d'abord la grande puissance électrique du verre, substitua au globe d'Otto de Guericke soit un globe de verre, soit un cylindre de verre, et obtint des phénomènes beaucoup plus éclatants ; c'est depuis Hauksbée que l'emploi du verre en électricité est devenu général. Hauksbée a observé plusieurs phénomènes qui se rapportent à l'élcctrisation par influence, et qui n'ont été* bien compris que beaucoup plus tard. Ainsi, ayant approché d'un globe électrisé un cerceau de fil de fer auquel étaient attachés des fils de lin, il vit tous les fils se diriger vers le centre du globe, et quand on approchait la main assez près de ces fils, ils en étaient repoussés. Si les fils étaient, au contraire, placés dans l'intérieur d'un globe en verre creux et attachés à l'axe, ils divergeaient dans tous les sens quand le globe était électrisé. Les expériences les plus remarquables d'Ilauksbéc sont relatives aux phénomènes qui se produisent dans les gaz raréfiés ou dans le vide barométrique. En secouant du mercure dans un tube de verre vide d'air, il observa une grande quantité de lumière, avec des éclats singuliers qui semblaient s'élancer
(1) Philosophical transactions abridged, vol. V, p. 409 (1708), [édilion do 1800]. [*) Physico-mechanical experiments (1709). Une ti*aductioii française par Pc Breinoiid a été publiée en 175i.
TRAITÉ