‹ Traité d'électricité théorique et appliquée. 3Chapitre 29 sur 47 · APPLICATIONS PHYSIOLOGIQUES, SOIT THÉBAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

APPLICATIONS PHYSIOLOGIQUES, SOIT THÉBAPEUTIQUES

$ I, Coup d’teil general «nr l’appliculion de l’£leetriel(f à l'art de guérir, et deacription des appareil* emplojé*.

L’effet que produit sur tout corps organisé, et en particulier sur le corps humain, une décharge électrique, fut, parmi les phénomènes qui sont dus à l’électricité, un de ceux qui attirèrent le plus vite l’attention des savants immédiatement après la découverte de la machine électrique et de la bouteille de Leyde. Ainsi, dès l’année 1748, Jallabert à Genève eut l’idée de soumettre quelques malades à un traitement électrique en tirant des étincelles des différentes parties de leur corps, qu’il approchait du conducteur d’une machine électrique. Il crut reconnaître que l’électrisation activait la circulation du sang, qu’elle était capable de réveiller la sensation endormie et de rappeler au mouvement un organe paralysé, et qu’elle déterminait des mouvement? convulsifs involontairés. Il réussit, sinon à guérir, du moins à améliorer considérablement l’état d’un homme qui avait le bras droit paralysé, surtout du sentiment, et dont la main et l’avant-bras étaient atrophiés, en l’électrisant soit par étincelles, soit aussi par de fortes commotions. Plus tard, l’abbé Sans et Sigaud de la Fond obtinrent un assez grand nombre de cas de guérisons de paralysies plus ou moins complètes. En 1781, Mauduyt publia plusieurs observations, desquelles il concluait que l’application de l’électricité était lavorable dans les paralysies et dans tous les cas où il convient de fluidilier les liquides et de donner du ton aux solides. Il

appliquait en- général l’éleclricilé sous forme de bain électrique, c'est-à-dire en plaçant le patient sur un tabouret isolant et en le mettant en communication avec le conducteur d'une machine électrique. L’effet, s’il y en avait réellement un, ne pouvait provenir que de l’écoulement de l’électricité dans l’air. Aussi a-t-on dès lors, dans ce mode de traitement, tiré des étincelles des différentes parties du corps de celui qu’on veut électriser en en approchant des conducteurs métalli(|ucs non isolés, ou simplement la main de l’opérateur, ou encore des brosses fofmées de nombreux fils métalliques, pour faire sortir l’électricité de plus de points à la fois. C’est surtout pour guérir les paralysies qu’on applajuait ce mode d’électrisation. L’abbé bertholon, Mazars de Gazelles à Toulouse, Cavallo eu Angleterre, et bien d’autres auteurs, citent un assez grand nombre de cas de guérisons opérées par l’électricité, mais bien des cas d'insuccès également. Toutefois, ce qui frappe dans ces travaux, et en particulier dans ceux de Bertbolon, ce sont les fausses idées théoriques sur lesquelles on s’appuyait. Le fait est que, loin de se généraliser, l'application médicale de l’électricité était tous les Jours plus abandonnée, jusqu'au moment où l’on essaya de l’employer sous fortae de courant produit par la pile voltaïque. Mais, avant de passer à ce nouveau mode d’application, nous devons ajouter qu’on avait essayé de se servir de l’électricité condensée , telle qu’elle se trouve par exemple dans une bouteille de Lcyde, en faisant passer la décharge à travers une partie du corps. Cés commotions très-fortes ne sont pas innocentes; elles peuvent faire assez de mal en ébranlant tout le système nerveux, comme.aussi dans quelques cas ou les a vu produire des guérisons remarquables. Ce genre d’action est en diminutif semblable à celui de la foudre, dont la chute est le plus souvent mortelle pour celui qui y est exposé, mais qu’on a vu quelquefois, quoique rarement, produire la guérison de paralysies invétérées. Nous reviendrons sur les effets mêmes de la foudre quand nous nous occuperons de l’influence de l’électricité atmosphérique sur l’organisme vivant. Remarquons seulement que .M. Thillaye donna en 1H03 u'n assez grand nombre de préceptes utiles sur l’application médicale de l’électricité

.‘i(Vi APPLICATIONS DE l'ÉLECTBICH É.

onlinaire; prér.eptcs qui soixt suivig encore aujourd'hui! el qui sont pxliviiionicnl simples, tels que se servir de brosses mélalli-. ques tenues par un manche isolant el mises en conimunicalion avec le conducteur de la machine; donner d'abord l'électricité la plus faible, el rnugincnler graduellement jusqu’à la dose que le malade peut supporter; ne pas empêcher, quand*on applique l’cleclrisalion, l'emploi d'autres procédés agissant dans le même sens, tels que frictions, vésicatoires, purgatifs, etc.

L’idée d’appliquer le galvanisme, soit l’électricité de la pile, à la lliérapeutiquc, doit remonter jusqu'aux expériences si rer maniuahlcs de M. de llumboldl sur l'irritation galvanique des (Ibres musculaires el nerveuses. Mais Aldiui, élève de Galvani, est le premier qui se soit occupé directement de l’application du galvanisme à la médecine, à laquelle il consacra la plus grande partie de son ouvrage, publié à Cologne eu 1804, sous le litre d’£'i*ai théorique el expérimental sur le galvanisme. Galvani avait déjà, il est vrai, dans ses importantes recherches électro-physiologiques, entrevu ce genre d.’applicalious, mais il n’en avait pas poursuivi la réalisation. On trouve dans les travaux d’Aldini, au milieu d’idées théoriques inadiuiàibles, un assex grand nombre de faits (îurieux sur les effets de l’éleclricilé dans les nombreux cas pathologiques ,où l'auteur l'avait appliquée; néanmoins, il n’en résulta pas qu’elle piit prendre rang dans les moyens curatifs généralement adoptés; toutefois, les essais continuèrent. Sarlandières se servit, pour introduire le courant plus sûrement dans l’intérieur du corps, de l’aeupnucture, dans le traitement der la goutte, du rhumatisme et des affections nerveuses; il énonça également le premier l’idée, qui fût mise à exécution par Pétrequiu, d’employer ce moyen pour le traitement des anévrismes. Deux ou plusieurs aiguilles fines d’acier ou de platine, plantées à travers la tumeur anévrismale, sont mises en rapport avec les deux pôles d’une pile, ce qui produit la coagulation du sang contenu dans la dilatation artérielle qui caractérise l’anévrisme, et par suite la guérison. Cet effet, qui ost plutôt un résultat indirect de l’action du courant électrique, puisqu’il dépend de ses propriétés chimiques el non de ses propriétés physiologiques, est du même

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genre cjue l'nppUcalion Un courant au traitement des calculs vêsictinx imaginé par Prevôst et Dumas; nous nous en occuperons d’une manière spéciale dans le paragraphe que nous consacrons à l’action thérapeutique indirecte de l’électricité.

Nous ne pouvons nous arrêter sur les nombreuses publications où l’on préconisait l’électricité comme moyen curatif. En 1828, Fabré-l’alaprat publia une traduction d’un ouvrage de La^ume , précédé d’une préface dans laquelle le traducteur rivalise avec l’auteur sur les merveilleux effets de l’électricité, qui, suivant eux, est un remède souverain- pour presque toutes les maladies. Cependant Labaunio admet qu’il ne faut pas employer le galvanisme pour les maladies inflammatoires aiguës et les excitations nerveuses; d’un autre côté, Eabré-l’alaprat dit avoir réussi à se guérir d’une maladie nerveuse dont il était atteint depuis plusieurs années, en introduisant une aiguille successivement des deux côtés du crâne dans la région du cervelet sur l’os môme, et une autre aiguille dans une partie adjacente. Les deux aiguilles ayant été mises en communication avec les pôles d’une pile , pn électrisa par commotion, c’est-àdire en interrompant le circuit à des instants très-rapprochés, le courant étant dirigé tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, et, au bout de plusieurs mois de ce traitement, la guérison fut complète. Magendie a aussi constaté l’heureuse inlluence do l’électricité voltaïque dans plusieurs affections nerveuses, et en particulier dans celles de. l’organe de la vue; ses expériences asssez nombreuses ont donné dans, bien des cas des résultats favorables; il a reconnu que Kélecirioité voltaïque agit spécialement dans les névralgies, surtout quand on fait passer le courant dans le trajet du nerf malade.

C’est dans les cas de paralysie en général que l’application de l’électricité voltaïque semble avoir donné les résultats les plus satisfaisants. Un physicien ilalieù, que nous avons déjà eu l’occasion de nommer plus d’une- fois, M,.Marianini, cite, dans un mémoire publié en 1833, un nombre assez considérable de cas de paralysie traités au moyen de l’électricité voltaïque. 11 fait usage de piles ordinaires, cuivre et zinc, à colonne, chargées simplement avec des rondelles de drap humectées d’eau salée,

568 APPL!CATIO»S DE t’ÉLECTRIClTÉ.

el composées d’un nombre plus ou moins considérable de couples (50 à 100), suivant les circonstances. Pour donner une idée de la manière dont il opère, nous citerons le cas d’ùne jeune femme de 23 ans dont les deux jambes, privées de mouvement, n'éprouvaient plus aucune sensation depuis l’extrémité des orteils jusqu’aux genoux, quel que fût l'objet avec lequel on les louchât, qu’il fût chaud ou froid, pointu ou tranchant. M. jMarianini fit d’abord donner l.'iO secousses à l’une des jambes, et ensuite un nombre égal et de la même manièroi à l'autre, puis 300 secousses à toutes les deux simultanément, en faisant communiquer i’un dés pieds avec le pâle positif de l'appareil, et l'antre avec le pôle négatif. On mettait un intervalle d’une ou deux secomles entre chaque secousse, el un repos de deux ou trois minutes après qu’on en avait donné 40 ou oO. Quelques légères contractions el quelques mouvements des pieds semblaient accompagner la circulation du courant électrique. Dans l’intervalle d’une série de secousses à la suivante, on faisait quelquefois circuler le courant d’une manière continue à travers les membres de la malade; quelquefois aussi on électrisait la malade en mettant l’extrémité de l’électrode négatif, qui se terminait en pointe aiguë, en contact av^c l’endroit de la jambe dont la peau semblait la plus délicate et qu’on avait humectée avec de l’eau salée. La malade sentait alors une légère douleur semblable à celle qu’aurait occasionnée une piqûre; ce fut la première sensation qu’elle éprouva depuis le commencement de la maladie. On augmenta chaque jour le nombre des commotions, qui fut porté jusqu’à 800 ainsi que le nombre des couples de la pile, qui d’abord de 58, s’éleva jusqu'à 75. Le traitement durait une heure chaque jour; ce fut seulement douze joürs après qu’il eut été commencé qu’on aperçut une amélioration. La malade éprouva successivement différentes sensations en même temps que la possibilité de faire quelques mouvements, el au bout de seize jours elle marchait sans fatigue et fut électrisée pour la dernière fois. Dans ce cas, comme dans les autres cas de guérison que cite M. Marianini, on abandonnait le traitement électrique quand on voyait que la malade était en bonne voie de guéri-

APPLICATIONS PnrSlOlOOIQlIES. 569

son, et on laissait celle-ci s’achever toute seule. On ne peut nier que la guérison ne fut, sinon en entier, du moins en grande partie, due à l’application de l’électricité voltaïque, quoique cette même application n’ait pas eu de résultats satisfaisants dans d’autres cas du même genre traités de la même manière par M. Marianini, qui du reste Continue encore (en 1857) à se servir de ce même traitement, non sans succès.

M. Nobili, ayant remarqué dans ses recherches électro-physiologiques que, lorsquVin avait donné le tétanos à une grenouille par le passage d’un courant électrique, on parvenait à détendre ses muscles par l’acliou'd’un courant contraire, avait cru en conclure qu’il pourrait arriver que l’action d’un courant électrique dirigé dans un sens déterminé, servit à calmer, sinon à guérir, le tétanos chez l’homme. M. Matteucci cite en effet un cas dans lequel il a obtenu cette guérison; mais il est vrai que le malade mourut ensuite par l’effet des accidents d’un autre genre occasionnés par les blessures qui avaient déterminé le tétanos. Toutefois il ne paraît pas que ce moyen curatif ait eu {dus de succès que tant d'autres essayés dans cette terrible maladie ; peut-être cela- tient-il à ce qu’il n'est pas encore appliqué convenablement.

Au milieu de tant d’essais et de résultats contradictoires, nous citerons comme représentant bien l’état de la science, sous le rapport de Tapplication thérapeutique à l’époque où il' parut, un article de MM. Andral et Ratier, publié en 1831 dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. On y trouve un résumé du travail de M. Andrieux sur l’électricité médicale, dans lequel sont énoncées plusieurs propositions dont la principale est la suivante, savoir : Que dans l’état actuel de nos connaissances, l’électricité produite par différents appareils peut être introduite dans le domaine de la thérapeutique, non pas comme un moyen spécifique applicable dans tous les cas sans distinction, mais comme un agent physique extrêmement puissant dont les effets peuvent être prévus, calculés, modifiés et dirigés avec plus de prévision que ne peuvent l’être la plupart des médicaments connus, et avec lequel on peut susciter dans l’é-

570 APPLICATIOXS DE L ÉlECTniClTÉ.

conomie'lcs phcnomLnos les, plus divers et par conséquent remplir un très-z^rand nombre d’indications cunitives. M. Andriüux restreint beaucoup le cadre des maladies dans lesquelles on croyait pouvoir employer réJeclricilé; ainsi il croit qu’il n’y. a que les dl'eU immédiats do l'électricité sur lesquels on puisse compter.

Les essais sô multipliaient aussi bien en Italie, en Angleterre et en Allenîagne qu’en France. M. Uayer introduisait, dès Ib.lO, une pile à auges dans son service à l'iièpital de la Charité et la faisait servir à traiter des paralysies de toute espèce; M. Amiral lit employer ég;iiement l’électricité dans plusieurs maladies. •Ou se servait en général de piles à auges d’un plus ou moins grand nombre de couples faiblement chargés. On essaya aussi en Allemagne et eu Angleterre rapplic,ation de l’électricité dansles cas d’accouchements laborieux parinsuflisancedes contractions utérines; mais l’expérience no justifia point les espérances qu’on avait conçues.

La découverto des courants d’induction amena une nouvelle phase importante dans l’électricité médicale. Nous avons vu que dans l’emploi de la pile on cherchait, et c’est ainsi qu'opérait M. Marianini, à obtenir une série de secousses imitant U série dcsétincelles électriques plutôt qu’un courant continu dont l’eiret n’était guère sensible qu’au moment de son établissement et ^ l’instant de sa cessation, sauf dans quelques cas, comme lorsqu’il s’agit de l’organe de^la vue. Or^ les courants d’induction qui sont une série de courants instantanés se succédant très-rapidement, remplissaient bien mieux que les courants de la pile et les étincelles éleclri<|ues, les conditions voulues, en particulier comme stimulants, puisqu’en général l’efl’ct physiologique du courant n’a lieu qu’au moment de son établissement et à celui où il cesse. Nous avons Vu l’efl’et prodigieux de ces courants sur l’organisme animal, dans les expériences de M. Masson qui se servait du courant d'une pile qu’il transmettait à travers des bobines d’induction et qu’il rendait discontinu au moyen d’une roue électrique. M. Nætf, à Francfort, fut un des premiers à faire usage de ces courants au point de vue médical, en. se servant, pour les produire, d’un appareil très-

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simple , fondé sur le même principe que j’ai appliqué à la construclion de l'inslruinent que j’ai nommé condensateur électrique', savoir, l’emploi d’une armalurc iiiohile, soumise à l’action d’un fer doux placé dans rkilérieur de la bobine et destinée à établir et à rompre le circuit d’un couple voltaïque, dont le couratit traverse l’uu des fds de Ip bobine pour produire l’aimantation, ce qui fait qu'rl y a dans l’autre fil une succession de courants induits. Nous avons déj.à décrit la cassette de M. Ikmijol ’ , dont l’introduction dans les hôpitaux pour produire des courants induits en vue des applications médicales se répandit bientôt et donna d'heureux résultats dans les cas de paralysie locale. On se servait également des appareils d'induction de Clarke et de Saxton‘, dans lesquels le courant produit par la pile est remplacé par un aimant permanent fixe, dontrarmatureinobileest entouréed’un fil dans lequel sont produits les courants induits. Mais ces appareils plus massifs avaient l’inconvénient de ne pouvoir pas donner des courants d'iutensité assez variable. Le môme reproche ne peut être adressé à l’appareil de UubmkorO!, dont on a fait aussi usage, ainsi que de beaucoup d’autres appareils d’induction construits, eu vue des besoins de la physique et dont la description serait ici un dopbie emploi, puistju’elle a été déjà faite d’une manière complète daus Iç chapitre V, § de notre troisième Partie. Nous nous bornerons donc à décrire ceux de ces instruments qui ont été imaginés exclusivement çn vue de l’application médicale, en y joignant la description, de divers appareils électriques, eutre autres d’une espèce particulière de piles voltaïques, construits également dans le même but.

L’uu des appareils d'induction le plus aucicimcmenl employé,,en particulier dans les hôpitaux de Paris, est celui de MjM. llretou frères (tig. 428), daus lequel, suivant le système imaginé par M. Page, les bobines sont placées autour des brandies d’un aimant ordiuuiré.en fer à cheval qui est fixe, taudis

* Tome I, pèse 391.

* Id., page 339.

t Id., page 38 t.

572 APPLICATIONS DE l'ÉLECTBICITÉ.

qu'une armature de fer doul mobile est mise en rotation-rapide

devant les faces polaires de l’aimant. Les variations d’inten-

Pig. *28.

sité qui résultent dans le magnétiséae de l'aimant, du passage de l'armature devant les pôles se traduisent en courants d’induction dans le fil des bobines. Pour graduer leur appareil, afin d’avoir des courants plus ou moins forts, MM. Breton se servent d’une vis de rappel avec laquelle ils éloignent ou rapprochent plus ou moins de l’aimant, le fer doux qui tourne à son extrémité. L’armature en fer doux est mise en rotation au moyed d’nne chaîne sans fin qui communique avec une manivelle extérieure à la botte qui renferme tout l’appareil. Cet instrument, comme on le voit, est très-simple, n’exigeant aucun préparatif et toujours prêt à agir, puisqu’il ne renferme pas de pile; il peut marcher des heures entières sans que sa puissance s’affaiblisse. Son énergie , qui peut être très-grande , dépend non-seulement de la distance de l’armature aux pôles, mais aussi de la vitesse avec laquelle se succèdent les intermittences; enfin elle dépend, pour chaque appareil, de la longueur et de la finesse des fils des bobines. Le seul inconvénient que présente cet appareil sous ce rapport, c’est que l’aimant fixe en fer à cbe.val se désaimante un peu avec le temps et qu’il faut le

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rûaimanter; mais cet alTaiblissement dans les appareils bien construits ne se manifeste qu’au bout de plusieurs années. MM. Breton ne se contentent pas d’une seule bobine, ils enroulent autour des branches de leur aimant deux lils, l’un plus gros, l’autre plus fin, pour qu'on puisse avoir à volonté un courant à plus<forte ou à moins forte tension. C'est l’aimant qui agit directement sur chacun de ces ûls, seulement un.pcu plus fortement sur celui qui est plus rapproché. On fait communiquer l'un ou l’autre de ces Bis par leurs extrémités respectives avec des conducteurs d’où parlent des ûls métalliques destinés à servir d’électrodes aux courants. 11 est évident que l’on perçoit ainsi une succession de courants induits dirigés alternativement en sens contraires, qui sont développés par la diminution et l’augmentation d’intensité qui résultent dans le barreau aimanté de l’approche et de l’éloignement de l’armature en fer doux. Si l’on veut opérer avec une succession de courants cheminant tous dans le môme sens, il faut employer un commutateur C formé d’une roue dont les dents si^t alternativement en métal et en ivoire, et qui, mue parla même action que la manivelle, est combinée de façon à ne fermer le circuit que pour l’un des 'deux courants induits, celui qui résulte de l’approche ou de l’éloignement de l’armature.

Une modification a été introduite par MM. Gaiffe et Loiseau dans l’appareil de MM. Breton; elle consiste en ce que l’artnature en fer doux est entourée elle-même à ses extrémités de deux hélices comme dans les appareils de Clarke et de Saxton, ce qui produit do nouveaux courants d’induction qu’on peut combiner avec ceux qui se manifestent dans les hélices qui entourent l’aimant lui-raôme.

M. Duchenne a aussi imaginé un appareil du môme genre que les précédents, dans lequel l’induction est produite par un aimant permanent; mais, avant de le décrire, nous devons parler de celui du meme savant, dans lequel les courants induits «ont produits par l’aimantation et la désaimantation d’un fer doux, et par conséquent avec l'intervention d’une pile voltaïque. Les deux appareils de M. Duchenne ont été construits

o74 APPLICATIONS DE L'ÊIECTRICITÉ.

essentiellement en vue de l'application qu'il en a faite à l'électrisation localisée*.

Le premier appareil esl celui auquel M. Duchenne a donné le nom de voUa-faradiqve , pour rappeler l'idée que les courants induits découverts par Faraday sont produits par l’intervention de la pile de Volta, tandis qu’il a appelé le second magnilo- faradique, parce que c’est l'intervention d’un aimant, et non celle de la pile, qui détermine l'induction.

L’appareil volla-faradique (fig. 429) renferme dans un tiroir

inférieur un couple voltaïque composé d* un petit baquet en zine où se trouve une couche d’eau salée, avec laquelle est en contact une plaque horizontale de charbon imprégnée d'âcide nitrique, rapprochée autant que possible du fond du baquet de

< H. Duchennt désigne par ce* mots la mélhqde qu'il a Imaginée, et au moyen de laquelle il est parvenu A agir exclusivement sur certains organes, entre autres sur certains muscles et A en faire aiusi la dissccilun sur le vivant. Cctio méthode sera l'objet de noire analyse et de notre examen dans le paragraphe suivant. Pour plus de détails, nous renvoyons à son livre : De i électrisation localisée et de son ap/ilicalion à la physiologie, à la pathologie el à la Ihérajieatique. Paris, 185A, ln-8, avec Ogures.

Arri'iCATiONs pmsioiOGiQi'ES . 575

zinc. Des prccaiiltons sont prises pour qu'aucune ?apeur aciiîc ne puisse s’échapper du tiroir qui renferme la pile et venir affecter les autres parties de l’appareil'. Deux lames de cuivre en contact, l’une avec le zinc, l’autre avec le charbon, amènent le courant à deux plaques^le platine E et G au moyeu des boutons à vis L et N. C’est à ces plaques qu’aboutissent les extrémités du gros lil d’induction, qui est un fil de cuivre rouge d’un millimètre de diamètre et enroulé en hélice autour d’un faisceau de fils de fer doux. Le lil induit plus fin, également de cuivre-rouge, cl d’un demi-millimètre de diamètre, est enroulé autour du lil précédent. Ses extrémités aboutissent aux boutons 1* et 0, d’où paCtetrt deux fils servant d’électrodes. L'armature mobile, soit irembleur, se compose d’un fer doux mobile et d’une vis platinée S, contre laquelle le fer doux est repoussé. La rapidité avec laquelle le trembleur exécute ses mouvements le rend précieux dans bien des cas; mais quoiqu’on puisse.au moyen de son ressort et lies pièces de fer doux mobiles dont il est muni, régulariser son action et là rendre plus ou moins rapide, cependant il est important de pouvoir avoir un moyen plus sûr et plus exact de diminuer ou d’augmenter à volonté le nombre des intermittences “dans un temps donné; c’est l’office que remplit la roue dentée Ü fixée en dehors de la boite sur la base de l’appareil , et q\ii tourne à la main au moyen d’une manivelle; elle présente à sa circonférence quatre dentelures sur lesquelles s’appuie une lame de cuivre Ü' qui fait ressort. On peut donc, suivant les circonstances, se servir du trembleur ou de la roue dentée. Trois autres pièces

' Celle pile a une durée d'action Irèe-reinarquable. M. Duebenne a observé que ce n’est qu'après cinq ou six mois d'un, usage fréquent que les sels, qui résultent de l’action chimique intérieure de la pile, diminuent sa puissance en se déposants II faut pour rendre A la pilo sa forte prlmitivt, plonger le charl on pendant plusieurs heures dans l'eau qui en dissout tous les sels, puis, après l’avoir laissé sécher, le charger d’acide nitrique cumme s’il était oeuf. Il faut attacher uu soin tout particulier au choix du charbon. M. Duchenne est parvenu a en fabriquer un qui, moins dur que celui qu’on retire des usines à gaz, l'cst pourtant encore assez pour être durable, et so trouve assez poreux pour s’imprégner facilement d’acide nitrique.

576 ÂPPLiCATioiss DE l'&lectricit£.

sont jointes encore à l’appareil. C'est d'abord un galvanomètre, soit rhéomèlre, destiné à mesurer l’intensité du courant, et par conséquent le degré d’aimantation du fer doux de la bobine; c’est une simple aiguille de boussole entourée d’un fil que traverse le courant, (jn peut, au moyen de ce galvanomètre, régler l’intensité <lu courant du couple, de manière à être certain d’opérer toujours dans les mêmes conditions. Mais il faut, tout en restant dans ces conditions, avoir le moyen de faire varier l’intensité des courants induits. M. Duchenne y parvient de deux manières : i” en se servant du modérateur-; 2° en introduisant ce qu’il a nommé le graduateur. Le modérateur dont on faisait usage déjà depuis longtemps dans les appareils du même genre ‘ consiste dans un tube de verre F rempli d'eau , terminé à son extrémité inférieure par un fond de métal auquel est soudé un bouton 1 , et à son extrémité supérieure par une virole, de laquelle part un petit crochet qui sert à mettre la tige du modérateur en communication avec l’un des boutons P ou X des courants induits, afin que le modérateur se trouve dans leur circuit. Dans la virole supérieure est placé un petit bouchon que traverse la tige J du modérateur, qu’on peut abaisser ou élever de manière à rapprocher plus ou moins son extrémité du fond métallique qui eommuni(jue avec l’un des.conducleurs, tandis que l’autre conducteur part de celui des boutons qui n’est pas en communication avec la tige. De cette façon, on peut faire varierdans des limites assez étendues l’épaisseur delacoucbe d’ean que le courant doit traverser, et par conséquent modifier son intensité au point de la rendre presque nulle ; ce qui est nécessaire lorsqu’on agit sur des nerfs très-délicats, comme ceux de la face. Toutefois les variations qu’on obtient avec le mo- , dérateur étant encore trop grandes, quelque faible que soit l’excursion de la tige, M. Duchenne parvient à les subdiviser en quantités excessivement petites, au moyen de ce qu’il a nommé le graduaieur. Le graduateur repose sur l’inlluence

’ H Bonijol l’avait déjà ajouté à sra cassettes d'induction on 1840 , en vue , des applications médicales de rélcctricilé d'rnducliun.

APPLICATIONS PnrSIOLOGlQllES. 577

qu’exerce sur l’inlensilé des courants induits, une enveloppe métallique continue qui sépare le faisceau de fer doux des fils de la bobine induite. Cette intluence, découverte et analysée avec soin par Dove *, qui tient au développement de courants induits dans l’enveloppe métallique elle-même, consiste dans un all'aiblissement plus ou moins considérable des courants induits dans le fil de la bobine^ M. Ducbenne a eu riicureuse idée d’utiliser cette propriété pour la construction de son régulateur, qui consiste dans un cylindre P de cuivre rouge (|ui enveloppe la bobine, et à la partie supérieure duquel existe une échelle de graduation. On peut le faire avancer et reculer, de façon qu’il recouvre la bobine plus ou moins, et mémo totalement, ou point du tout. Un second cylindre intérieur, semblable au premier, enveloppe le faisceau de fer doux, et peut SC mouvoir également de la même manière. Son action est naturellement plus efficace que celle du premier; M. Ducbenne a trouvé que leur action combihée permet de subdiviser encore davantage l’inlensilé des courants. Le graduatcur et le modérateur se prêteiU un constant concours; on commence par chercher à obtenir avec le modérateur les courants de l’intensité voulue; puis, une fois cette intensité obtenue, on la fait varier dans des proportions minimes avec une délicatesse remarquable, en faisant marcher le graduateur d’un ou de plusieurs millimètres dans un sens ou dans l’autre.

L’appareil magnéto-faradique de M. Ducbenne (tig. 430) se compose, comme les appareils du même genre, de deux barreaux aimantés réunis à leurs extrémités par un fer doux transversal. Ces barreaux sont recouverts chacun de deux bobines, dont l’une, la plus rapprochée de l’aimant, est faite d’un fil de cuivre de ; millimètre de diamètre et de 24 mètres de longueur; l’autre, qui recouvre la première, d’un fil dej de piillimètre de diamètre et de 600 mètres de longeur. Les deux fils * de cuivre sont enroulés dans le même sens, et ils sont soudés ensemble par deux de leurs extrémités qui aboutissent au même bouton. L’autre extrémité du premier aboutit aux res-

' Tome I, jago V22. .

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578 APPLICiLTiONS DE l’ÉLECTMCITÉ.

sorte S qui déterminent les inlermiltcnces sur le commutateur B, et l'citréniité libre du second aux boutons auxquels s'attachent les conducteurs destinée à conduire les courants. On peut facilement avoir ainsi séparément le courant induit du

Fig. 430.

premier fil et celui du second. L’appareil du reste, à quelques différences près, est construit comme les autres appareils du même genre. En faisant faire deux révolutions par seconde à la grande roue, oq obtient C4 intermittences dans le même espace de temps. La plaque mobile F, sur laquelle sont établis l’armature et son système moteur, peut être rapprochée ou éloignée de l’aimant au moyen de la vis de rappel N, ce qui permet d’avoir des courants plus ou moins intenses. Enfin l’appareil est muni d’un commutateur et d’un gradualeur composé de deux cylindres de cuivre rouge mobiles, qui enveloppent chacun une bobine et qui glissent au moyen d'iine tige U qui porte des divisions.

Indépendamment des appareils que nous venons de décrire, il en exista un grand nombre d'autres qui ne sont que des modifications plus ou moins heureuses des premiers. Ainsi M. llipp,àBerne, en fabrique qui sont si peu volumineux, qu’ils

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APPUCATIONS PHTSIOIOGIQUES. 570

soDt entièpement renfermés, la pile comprise (car ils marchent par la pile), dans une boite d’un volume moindre que celui d’un décimètre cube. Celui de M. Éric Bernard, dont M. Bouvier, dans son rapport à l'Académie de médecine, donne une description détaillée, est aussi d’un petit volume; il chemine au moyen d’une petite pile de Grove; son interrupteur marche au moyen de l’armature mobile , mais par l'intermédiaire d’une lame et d’une pointe de platine dont le contact et l’éloignement déterminent le passage et l’interruption du courant'; il y a, comme dans l’appareil de M. Duclienne, deux bobines formées, l’une d’un fil plus fin et plus long, l’autre d’un fil plus gros et plus court. L’appareil de MM. Legendre et Morin présente encore un volume plus petit; la botte qui le contient renferme, d’un côté, une petite pile construite sur le principe de celle de Bunzen, et, de l’autre, la bobine; celle-ci se compose de plusieurs fils dont on peut percevoir séparément les courants. Nous citerons encore un appareil de M. Déchargé, constructeur d’instruments de physique à Paris, et un de M. Bianchi, où l’interruption se fait au moyen d’aiguilles. qui plongent dans le mercure comme dans l’appareil à rotation de Bitchie".

il résulte de ce court exposé que les appareils destinés à fournir à l’électricité médicale des courants d’induction se divisent en deux classes : ceux qu’on peut appeler magnéto-électriques, dans 1 esquels la force émane d’un aimant permanent ; ceux qu’on peut nommer volta-éleclriques, dans lesquels c’est une pile voltaïque (ordinairement un seul couple) qui fournit celle force. Ces derniers sont certainement d’un maniement plus commode que les premiers, puisque l’opérateur n’a point de roue à faire tourner; ils présentent aussi quelques avahlages au point de vue médical, comme nous le verrons plus ‘loin; cependant nous sommes disposés à' penser, avec M. Bouvier et M. Alfred Becquerel, que les appareils magnéto-électriques

' Nous avons décrit cc mode, qui a servi A M. NœCT, pour étudier la lumière électrique. Tome II, page 217.

* Tome I, page 389.

580 APPLICATIONS DE l’ÉLECTKICITÉ.

sont, à tout prentlre, préférables dans la pratique médicale.

Mous n’avons rien dit en parlant des instruments destinés à la production des courants induits, d’une question intéressante qui a*été soulevée par M. Duchenne, savoir des propriétés physiologiques spéciales et toutes différentes pour chacun d’eux, dent jouissent, suivant lui, les courants induits qui SC développent dans le plus gros des fils, celui qui, dans les appareils volta-électriques, conduit le courant du couple, et les courants induits qui se développent dans le second fil plus long et plus fin. Ces propriétés, sur lesquelles nous reviendrons, consistent en ce que les premiers exercent une action plus spéciale sur la contractilité musculaire, et les seconds une action plus spéciale sur la sensibilité cutanée et sur la rétine, ainsi qu’une pénétration plus facile dans l’organisme. Pour le moment, nous n’avons autre chose à faire qu’à voir quelle est la différence physique qui existe entre ces deux espèces de courants. C’est dans le paragraphe suivant que nous étudierons leurs propriétés spécifiques au point de vue physiologique.

Uemarquons d’abord qu’on ne peut admettre avec M. Duchenne que les courants induits dans le premier fil soient l’origine des courants induits dans le second. Dans les appareils magnéto-électriques, il est évident que l’aimant agit également sur les deux fils, avec un peu plus de force seulement sur celui qui est plus rapproché; le premier ne peut avoir aucune action sur le second, à moins que son circuit ne soit fermé, cas dans lequel il affaiblit un peu le courant induit dans le second fil, comme le ferait une enveloppe métallique. Les deux courants ne sont pas d’ordre différent; ce sont deux courants induits du premier ordre, mais induits dans des fils de longueur et de diamètre diiiérents et placés à des distances différentes. 11 ne peut donc y avoir de différence entre ces courants qu’une différence de qvLantilè et d’intcnAiVé, provenant de ce que l’un des fils est plus gros, plus court et plus rapproché, et l’autre plus long, plus lin et plus éloigné. Les courants du premier fil, quand ils traversent des corps bons conducteurs, doivent y produire plus d’effet; les courants du second

AITLICATIONS PHTSIOLOGIQUES. 581

Iraverserout plus facilement Un conducteur plus imparfait, à cause de leur plus grande tension. Il est facile déjà d’entrevoir, dans les dilféreuoes physiques de ces courants, la cause de leur différence d’action physiologique.

Mais c’est surtout dans les appareils voUa-électriques que M. Duchenne trouve la différence dont il s’agit; pour montrer' qu’elle ne tient pas à des différences de conductibilité, il a employé, dans la construction de la première bobine, un fil de môme longueur et de même diamètre que celui de la seconde, et il a encore trouvé les différences (jue nous avons signalées. Ici la question est plus complexe ; nous reconnaissons avec M. Ducbenne que le courant qui circule dans la première bobine peut bien agir sur le fil de la seconde, puisque nous savons que, lors même qu’il n’y a pas de fer doux, l'induction s’opère, mais la présence du fer doux l’augmente dans une proportion énorme, et les deux acUons, agissant pour produire le même effet, elles s’ajoutent. Le courant induit dans le second fil, est donc tout à fait semblable à celui qu’y induirait l’action directe d’un aimant, et nous ûe pouvons, en conséquence, voir dans ce courant qu’un courant du premier ordre, et non un courant du second, comme le désigne M. Duclienue. Quant au courant induit dans 1e fil même qui conduit le courant de la pile et qui se manifeste au moment où ce courant cesse de passer, c’est ce que Faraday et fous les physiciens ont appelé après lui, V extra-courant. Nous reconnaissons ici qu’il peut y avoir, entre l’extra-courant et le courant induit dans le se^ cond fil, d’autres différences physiques que celles relatives à la quantité et à l’intensité, et que par conséquent, tout en combinant les bobines de façon qüe, sous ces deux rapports, les courants soient semblables, ils peuvent encore différer sous d’autres. D’abord l’extra-courant ne se compose Jamais que d'un seul courant induit, celui qui marche dans le même sens que le courant de la pile tandis que le courant induit proprement dit se copipose de deux courants instantanés dirît gés alternativement en sens contraire. Cette différence peut

* Tume I, pa^e 3G2.

Dhitir

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582 ÀPPLiCATioiis i>E l'électricité.

bien en entrainor une dans l'action physiologique; mais il y en a encore une autre qui fait qu'en ne prenant dans le second fil que l'un des deux courants induits, celui qui, comme l'extfacüurant, résulte de l'interruption du circuit, il peut arriver qu'on ne trouve pas complète identité entre l'extra-courant et le courant induit proprement dit ; c'est lorsque le circuit du premier est disposé de façon à renfermer le couple même qui le produit, ce qui doit diminuer son instantanéité, et en même temps l'augmenter en quantité, comme cela a lieu dans le condensateur éleclro-chimk|uC que j'ai décrit ‘; tandis que lé second a nécessairement toujours un circuit tout métallique. Nous verrons plus loin si .ces différences peuvent expliquer les différences d'action observées par M. Duebenne.

Nous avons dit que, malgré l'introduction, dans la pratique médicale, des courants induits, on y faisait encore usage des courants produits par. la pile voltaïque; nous avons remarqué qu'on se servait, pour pHoduire ces courants, des piles les plus simples, zinc et cüivr^, chargées avec de l’eau salée et composées d’un nombre plus ou moins grand de couples. On a imaginé, en vue de ce genre d’application, des piles d’une espèce particulière, nommées chaînes galvaniques, et qui ont l'avantage d’avoir une assez forte tension et d’être eu même temps d’un maniement très-facile. Telle est la clialne galvano-électrique de Goldberger, qui se compose d’une série de chaînons de zinc et de cuivre, terminée, d’un côté, par un crochet, et, de l'autre, par un cylindre de verre; pour l’appliquer, on la trempe préalablement dans le vinaigre ; mais il est évident qu’elle ne peut produire aucun efl'et, ou tout au plus l'efl'et d’un seul couple. Il n’en est pas de même des chaînes de Pulvermacher, qui sont des piles voltaïques d'une forme trèsingénieuse, qui présentent un grand nombre de couples sous un irès-petit volume, et sont par conséquent douées d’une forte tension électrique. Voici commèiit sont fabriquées ces piles. Une longue tige de bois, convenablement préparée, est recouverte mécaniquement d’un fil de zinc et d'un fil de laiton, qui

' Tomo I, page 391, et Ionie II, p. liai.

APPLKilTlONS PHYSIOLOGIQUES. 583

sont enroulés autour de la tige sans se toueher, mais en étant Irès-rapprochés l'un de l'autre; ils sont un peu incrustés dans le bois par la pression qu'on exerce sur eux -pour les enrouler . Une fois recouverte, cette tige est eoupée en morceaux plus ou moins longs, contenant un certain nombre de tours, par exemple dix, de chaque fil ; à un bout le fil de zinc est libre, tandis que le ül de laiton vient s'attacher à un petit crochet de cuivre planté dans l'axe du bois ; à l’autre bout, c’est le fil de laiton qui est libre , tandis que le iil de zinc vient par son extrémité se souder à un autre crochet planté dans l'axe; les petits maillons représentent chacun un couple, soit élément de pile, en supposant que le hois fasse office de conducteur humide. Pour constituer la pile, on les accroche les uns apx autres dans l'ordre convenable, de manière que le crochet de zinc du premier couple reçoive le crochet de laiton du second, et ainsi de suite (fig. 431). Un forme de cette manière une chaîne de lU, 20 et même KM) éléments. Pour la charger, il suffit d'humecter le bois en trompant la chaîne (fig. 432)

Fig. *3t. Fig. 432. Fig. 433.

dans de l’eau légèrement acidulée à l'acide acétique. On reçoit alors une vive commotion quand on vient à en toucher les deux extrémités avec la main ; ces commotions persistent tant que la chaîne demeure humectée. Au lieu d'une chaîne longue

584 ai'plicàtions de l'électhkité.

et éiroite, on peut en avoir une courte et large en disposant les éléments parallèlement les uns aux autres (lig. 433) , ce qui forme une pile d’pne tension beaucoup moindre, mais plus puissante en quantité. La première pile est destinée à faire parcourir au courant la plus grande étendue de la partie malade. et la seconde à circonscrire la force du courant dans un espace étroit.

On peut, au lieu d'avoir un courant continu, se procurer, au moyen de ces piles, un courant discontinu semblable aux courants d’induction , quand le traitement l'exige. Deux petits appareils ont été imaginés dans ce but par M. Pulvermacber. Le premier, dit cylindre interrupteur, est un petit tube (fig. 434) avec un anneau de cuivre à chaque extrémité; il contient un ressort à boudin métallique mobile à son extrémité libre. Quand on l'adapte entre deux chaînes ou entre l’un des pôles et le conducteur, le courant est alternativement rompu et rétabli par chaque mouvement du cylindre qui met celte extrémité en vibration ; ainsi on a des interruptions consécutives, mais irrégulièrement espacées. Pour les avoir régulières, il faut se servir du second appareil (fig. 435),.dont le mécanisme est fixé dans un conducteur à manche isolant, au moyen duquel on remonte le mou-

Fig. *34.

Fig, 435.

vemeul. Ou accroche l’un des pôles de la chaîne électrique à l'anneau mobile de l’instrument (jn’on met en mouvement,

APPLICATIONS PHTSIOLOGIQCES. 58o

en poussant de droite à gauche avec le pouce une petite pièce, soit aiguille en corne; en la poussant plus ou moins, on rend les intermittences, et par conséquent les secousses, plus ou moins fréquentes. Quand on veut arrêter le mouvement, il suffit de ramener l'aiguille en corne au point de départ.

Il y a, suivant M. Pulvermacher, deux manières d’appliquer les chaînes électriques. L’une consiste à intercaler l’organe qu’on veut traiter entre les deux pôles de la chaîne, de manière que l’un des pôles aboutisse à la région malade, et que l’autre soit placé sur une partie saine et, autant que possible, sur un centre nerveux correspondant avec l’organe malade; c’est la méthode ordinaire d’application du courant électrique, qui permet même de localiser son action. La seconde manière d’employer les chaînes consiste à les appliquer en ceintures sur les parties malades, atteintes soit de rhumatismes, soit de névralgies, en ayant soin d’unir les deux pôles au moyen d’un crochet qu’on passe dans une agrafe en tendant et consolidant la chaîne,, Nous ne comprenons pas très-bien l’effet de celle disposition en vertu de laquelle le courant ne doit circuler guère que dans la chaîne sans traverser, du moins d’une manière bien sensible, aucune partie du corps , car il ne peut pas même y avoir de courant dérivé, à cause de l’imparfaite conductibilité de la peau. Au reste, aucun fait bien positif n’a constaté l’efficacité de ce dernier mode d’application, sur lequel l’expérience n’a pas encore prononcé.

On doit conserver le même doute sur les ceintures et mixtures électriques de MM. Breton. La ceinture est une véritable pile à un seul élément composé de deux lamelles de zinc appliquées sur une semelle double de cuivre, mais séparées de celle-ci par un mastic humide. Cinq boulons, fixés à l’extrémité de fils métalliques, soudés à la surface de ces métaux, forment autant de pôles positifs ou négatifs, dont le contact avec la peau donne, dit-on, lieu à plusieurs courants dérivés qui la parcourent en tous sens. Cette électricité est très-faible, surtout quand le mastic se dessèche, et la peau ne pourrait en ressentir l’action que lorsqu'elle, serait dépouillée de l’épi-

i>86 APPtICATIONS DE l' ÉLECTRICITÉ.

derme en quelque point. Quant à la mixture électriqpie, elle se compose de deux pâtes contenant, l'nne de la poudre de zinc, l’autre de la poudre de cuivre, mêlées è de la poudre inerte de bois et à une solution de chlorure de calcium destinée à conserver leur humidité, (tn renferme ces deux mixtures chacune dans un sachet de toile qu’on place dans un linge mouillé; puis, à travers de petites ouvertures pratiquées à' ces enveloppes, on enferme et on lixe au milieu de chaque mixture la tige d’un bouton de métal. Ces boutons appliqués dans la peau lui transmettent, dit-on, comme ceux de la ceinture électrique, l’éleclricilé produite par les réactions chimiques qui ont lieu dans les sachets. Nous ne nions point qu’il n’y ait production de courants dans ces appareils ; le galvanomètre môme indique leur présence ; mais ce sont des cournnts très-faibles, et nous ne voyons pas quels avantages peuvent présenter ces dispositions qui reposent au fond sur les fausses idées de l’électricité de contact. Nous croyons, en résumé, que quand on veut employer l’électricité à l’état de courant continu, ce qu’il y a de mieux, c’est de faire usage des piles de Pulvermacher, supérieures, sous le rapport- de l’économie et de lu facilité de la manutention, aux piles ordinaires lorsqu’il s’agit d’obtenir une forte tension , ce qui est le cas dans le genre d'application qui nous occupe.

Après avoir décrit les principaux appareils producteurs de l’électricité qu’on emploie dans la thérapeutique électrique, il est nécessaire d’ajouter quelquos mots sur les moyens dont on se sert pour amener l’électricité aux organes eux-mêmes. Les intermédiaires situés aux extrémités des üls conducteurs, et qui sont destinés à être mis en rapport avec la peau, les tissus ou les organes, doivent être nécessairement bons conducteurs de l’électricité; ils sont de dilférentcs espèces. Ce sont d’abord des conducteurs métalliques, de cuivre en général, qu’on met en contact avec la peau, soit des cylindres plus ou moins volumineux destinés surtout à être serrés entre les mains, soit des plaques plus ou moins larges, destinées à être appliquées sur une surface d’une certaine étendue, soit des boutons, des boules, des cônes métalliques d’un volume et

APPLICATIONS PnVSIOlOeiQUES. o87

d’une forme que l’on peut disposer à volonté suivant l’usage qu’on veut en faire et la partie sur laquelle on désire agir. On a quelquefois recoiirs à des tiges métalliques droités ou recourbées, et destinées à être introduites à une certaine profondeur dans les cavités pour y diriger les courants. On peut même, pour mieux localiser le courant, c’est-à-dire le faire parvenir directement aux portions mêmes du corps sur lesquelles on veut qu’il agisse, introduire des aiguilles en acier ou en platine dans l’épaisseur des muscles et faire passer le courant entre deux aiguilles placées'à une certaine distance l’une de l’autre, soit dans le môme muscle, soit dans le même membre, soit enfin entre deux points quelconques, entre lesquels on veut qu’il circule. Malgré quelcjues légers inconvénients auxquels, avec des soins et de l’adresse, il n’est pas difficile (Je parer, ce procédé d'électro-punclure a bien des avantages, et eu particulier celui de localiser-très-bien l’action des courants, et de réveiller beaucoup mieux la contraction musculaire dans les muscles qui en sont privés. A défaut do ce moyen, qui d’ailleurs n’est pas toujours applicable, on sa sert d’éponges imbibées d’un liquide conducteur qui est en général de l’eau. salée. Deux éponges ainsi humectées sont logées chacune dans un godet métallique placé à l’extrémité des fils conducteurs et en communication avec eux. Ces deux godets métalliques sont supportés par des tiges isolantes destinées à être tenues entre les mains de l'expérimentateur; on fait usage des éponges comme des aiguilles dans l’électropuncture, pour faire passer le courant dans la direction voulue. L’emploi des éponges est très-précieux en ce qu’il localise parfaitement le courant, et il a rendu de très-grands services entre les mains de M. Duchenne. On fait usage de pinceaux ou brosses métalliques quand on veut agir énergiquement sur la peau en produisant l’électrisation cutanée. L’application de l’électricité par bains, soit locaux, soit entiers, paraît devoir être susceptible de rendre d’assez grands services en agissant comme un puissant stimulant dans des cas de débilité profonde, d’anémie portée à un liant degré, etc.

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APPLICATIONS DE l'ÉLECTBICITS.

§ 8. AnAlise deii effeto thérapealivaei direct* de l’électricité.

Avant de nous occuper d’une manière spéciale des effets thérapeutiques directs de l'électricité, rappelons brièvement ses effets généraux sur l’organisme. Nous les avons déjà étudiés, il est vrai, dans le chapitre IV de notre quatrième partie ; mais il n’est pas inutile d’y revenir, surtout maintenant que nous pouvons les rapprocher des phénomènes électriques qui accompagnent les actions physiologiques et que nous avons analysés dans le chapitre 1" de la sixième partie

Commençons par rappeler que nous sommes arrivés à reconnaître , à la suite des travaux de M. Matteueci et de M. Dubois-Reymond, que les muscles et les nerfs ont un état électrique qui leur est propre. Nous avons cherché à nous faire une idée de cet état qui eonsiste dans une disposition particulière que prennent; sous l’influence de la force vitale, les molécules que nous avons regardées comme douées dans la matière organique, aussi bien que dans l’inorganique, de deux pAles contraires. Sous l'action de la volonté ou des autres causes qui déterminent la contraction nqusculaire ou la sensation, cette disposition se modifie de façon qu’elle devient tout à fait semblable dans le nerf comme dans le muscle, à ce qu’elle est dans un conducteur qui transmet un courant électrique. Sans revenir sur ce sujet que nous avons suffisamment développé, nous nous bornerons à insister seulement sur deux points qui ont quelque importance pour la question qui va nous occuper.

M. Dubois-Reymond avait attribué le phénomène de la contraction induite, découvert par M. Matteueci’, non pas à une production d’électricité qui accompagnait la contraction musculaire, mais à une diminution du courant musculaire ordi-

' Tome III, pa"c l .

’ Tome III, paÿc 3S.

naire, qui aurait lieu au moment de lacontraetion, et qui ferait prévaloir une force électro-motrice opposée, et en particulier celle provenant des polarités secondaires des électrodes destinés à conduire lo courant. Pour démontrer que ce n’est pas ainsi qu’il faut interpréter le phénomène, M. Matleucci emploie pour fermer le circuit , au lieu de lames de jdatine plongeant dans l’eau salée, deux lames de zinc distillé com<muniquant chacune avec une extrémité du galvanomètre, et immergées dans une dissolution de sulfate de zinc neutre et saturée; il est facile de s’assurer que, par ce moyeu, il n’y a pas trace de polarité secondaire, comme l’avait déjà vu M. Jules Ilegnauld qui s’en est servi le premier. Partant de là, tout étant disposé convenablement et l’aiguille du galvanomètre étant bien en équilibre, il n'y a qu’à placer, comme lè fait M. Uubois-Reymond, un gastroenémien ou une cuisse entière fournie de son nerf, entre les deux appendices de papier humecté, qui plongent respectivement dans les verres remplis de sulfate de zinc où sont les électrodes en zinc; après avoir attendu que l’aiguille soit arrêtée, on fait contracter lemuscle; alors l’aiguille dévie rapidement dans un sens opposé, ce qui ne peut être attribué ici à l’action d’une force électro-motrice préexistante. .M. Matleucci en conclut qu’il y a un courant instantané, ou plutôt une décharge dans le muscle au moment de la coutracliou, ce qui nous paraît, du reste, extrêmement probable, car c’est une conséquence de la disposition nouvelle que doivent prendre dans la contraction, les unes à l’égard des autres, les molécules bipolaires qui constituent le muscle.

Le second point, sur lequel nous croyons utile de lixer encore un instant notre attention, est relatif à des expériences fort curieuses de M. llelmholtz, qui conduisent à la môme conséquence. Elles sont relatives à la durée des phénomènes de la contraction musculaire et de la transmission de l’excitation nerveuse. Au moyen de procédés et d’appareils fort délicats et en opérant sur le muscle gastroenémien d’une grenouille très-vivace, chargé seulement en commençant, du poids d’un petit appareil, et plus tard de quelques petits poids additiouuels placés dans un bassin supporté par l’appareil, M. Ilclm-

Ü90 APPLICATIONS DE l'ÉLF.CTRICITÉ.

hoUz a reconnu qu'il s'écoule une certaine durée entre l'excitation du muscle et le moment où son énergie commence à augmenter; c’est en faisant usage d’une manière très-ingénieuse de courants coutiuus combinés avec des courants d’induction , que le savant physicien allemand est panrenu à apprécier un intervalle de temps aussi petit que celui dont ü s'agit, mais pourtant sensible; il a employé dans ce bol la méthode dont M. Pouillet s’est servi le premier pour mesurer de très-courts intervalles de temps, et qui consiste à observer l’ellèt qu’un courant électrique continu produit, pendant la durée de l'intervalle à mesurer, sur l’aiguille du galvanomètre.

M. llelmliollz a fait passer un courant électrique continu dans .un circuit fermé par une pièce métallique suspendue à i’extrémrté inférieure du muscle, en ayant soin (jii’au moment précis où ce courant commençait à circuler, un courant d’inductiüu vînt exciter le muscle ou son nerf; à l’instant où le muscle a possédé une énergie suffisante pour soulever les pièces, suspendues à son extrémité, le circuit traversé par le courant continu s’est trouvé interrompu, et la déviation de l’aiguille du galvanomètre a permis d’apprécier le temps trèscourt pendant lequel ce courant avait circulé, et par conséquent la durée nécessaire au développement de l’énergie musculaire; en faisant varier le poids suspendu au muscle, on a pu mesurer les durées nécessaires au développement de divers degrés d’énergie, et arriver à des résultats intéressants sur la marche ^ graduelle de la contraction.

Dans t^tes les premières expériences que M. HelmhoUz a faites, le muscle était directement excité par le passage d’un courant électrique; c’est en faisant passer le courant par le nerf adhérent au muscle qu’il est parvenu à rendre sensible la durée nécessaire à la transmission de l’excitation nerveuse. Le résultat de ses observations peut se formuler de la mànière suivante : l’excitation-étant produite par un courant qui traverse une longueur du nerf de 5 à 6 millimètres, il s’écoule des temps différents entre le moment de l'excitation et le motneut où les poids suspendus au muscle sont soulevés, suivant que la partie du nerf excitée est voisine ou éloignée du mus-

de L'explication la plus simple de ce résultat est d’admettre que la transmission de l'excitation' nerveuse à travers une longueur de nerfs de quelques centimètres exige une durée sensible; ce qui, comme nous l'avons déjà remarqué, est une conséquence naturelle de la manière dont, d’après les expériences de M. Dubois-Heymond, nous expliquons la propagation de l’action nerveuse en l'attribuant à une modification matérielle dans l'arrangement des particules en vertu de leur polarité électrique

Cette modification peut même être rendue sensible à l'oeil au moyen du microscope, ainsi que l'a montré dernièrement H. Amici qui est parvenu, au moyen de son admirable microscope composé, à se faire une idée exacte de la structure de la fibre musculaire élémentaire. Il a trouvé qu'un simple filet musculaire était composé d’une série de disques excessivement minces et excessivement rapprochés,- liés les uns aux autres au moyen d’un grand nombre de fils infiniment fins, allant de la circonférence de l’un des disques à celle de l’autre, comme les génératrices d'un cylindre. Quand 1^ contraction a lieu, on voit ces fils rentrer intérieuremeilt en formant une ligne brisée , de manière à opérer le rapprochement des disques qui, au lieu de rester les deux bases d’un cylindre , semblent être les bases de deux cônes tronqués opposés par leur petite base. Il résulte de ce changement uo

> la ylteue de propagation de i'excitalion nerveuse est dans le nerf Kiatiqop de la grenouille de 30 mètrea par seconde environ. Le ii finldinii^fciiit ilij nerf diminue bc^coup cette vitesse de transmission ; c'est en refroidiannt lea perfi avec de la glace que M. IlelmhoUz a pu constater ce résultat d’autant pjiûa Intéressant qu'il se produit lors même qu'on refroidit un point du nerf plus éloigné du muaclc, que le point où l'on détermine l'excitation. .’ '

* On ne peut expliquer lea pbénomènea, en supposant que l'excitatton nerveuse produise sur le muscle uu effet d’autant moindre que la purliou du nerf qni est excitée se trouve plus éloignée du muscle. Des expériences directes ont en effet montré que l’énergie musculaire était exactement la meme dans les deux cas. Tant que la vitalité du nerf n’a pas commencé A s’affbiblir, on reconnaît une identité complète entre les courants électriques nécessaires pour développer A aqn maximum l’énergie du muscle par l'excitation de deux portions du nerf différentes, et par conséquent situées à des distances inégales du muscle.

592 APPIICATIONS DE t'ÉLECTIllClTt.

raccourcissement de la fibre entière, ainsi que cela est facile à concevoir. Quant aux disques eux-mêmes, ils sont comme des espèces d’anneaux dont la circonférence, plus compacte et plus résistante, sert de point d'attache aux fils, tandis que leur partie centrale est remplie d’une matière molle, analogue à celle qu’on trouve dans les infusoires, et qui semble être la matière qui forme le muscle. Cette constitution de la fibre musculaire élémentaire, qui n’est point une simple hypothèse, puisqu’elle résulte de l’inspection faite au microscope , est tout à fait propre à confirmer l’opinion que nous avons émise sur la cause de là contraction. En effet, dans l’état de repos et sous l'influence de la force vitale, les particules de chaque disque ou anneau ont leurs pôles négatifs tournés intérieurement et leurs pôles positifs extérieurement; maia sous l’action d’une cause quelconque , les particules font une demi-révolution qui fait tourner leurs pôles négatifs au-dessous et les positifs au-dessus, ou réciproquement; il en résulte alors que ces particules, ayant leurs pôles contraires placés tous les uns près des autres dans la même direction rectiligne, qui est le sens de la longueur de la fibre, elles s’attirent mutuellement, ce qui fait rapprocher les disques, comme cela a effectivement lieu dans la contraction.

Après avoir rappelé brièvement la manière dont se comportent les nerfs et les muscles quant à leur état électrique propre, étudions de plus près que nous ne l’avons fait, l’action générale et spéciale qu’exercent sur eux les courants électriques, afin de pouvoir en conclure d’une manière plus rationnelle leur effet thérapeutique.

L’électricité agit sur l’organisme de deux manières : 1" en stimulant les muscles et eu remplaçant ou renforçant l’action que les nerfs exercent sur eux; 2” en stimulant les nerfs euxmêmes, et par conséquent en augmentant ou diminuant l’action naturelle des centres nerveux.

Nous ne revenons pas pour le moment sur l'effet général de l’électricité sur les muscles, que nous avons étudié avec soin , mais nous nous arrêterons quelques instants à ce qui concerne cet effet sur les nerfs.

APPLICATIONS PHYSIOLOGIQUES. o93

Nous avons déjà vu l’efTet sur les neiüs des courants directs et inverses; nous savons que, quelle que soit la direction du courant, lorsqu’il est intense, tous les muscles auxquels se distribue le nerf, dont une partie est traversée par ce courant, se contractent à l’instant où l’on ferme çomme à l’instant où l’on ouvre le circuit, et il y a en même temps de la douleur. Tant que le circuit est fermé, il n’y a ni contraction, ni douleur, ce qui tient à j’état particulier dans lequel le passage du courant met les nerfs et les muscles. Nous savons également que les contractions sont plus fortes au début qu’à la cessation du courant direct, et que c’est le contraire quand le courant est inverse, tandis que la douleur suit la marche opposée. L’action des courants est remarquable suc un nerf mixte d’un animal récemment tué ou vivant. Si l’on y fait circuler,un courant continu, l’excitabilité -est diminuée ou détruite quand le courant est direct; elle est conservée et même augmentée cjuand le courant est inverse. Si ce même nerf a été parcouru par le courant direct, le repos lui rend assez promptement une partie de son excitabilité; au contraire, il a été parcouru par le courant inverse, il perd par lé repos une partie de l’excitabilité que le passage de ce même éourant inverse lui avait donnée. Le temps de repos nécessaire à un nerf, pour i-evenir dans les deux cas à son état normal, est trèsvariable; il est beaucoup plus court dans.les nerfs très-excitables que dans les autres. Toutes ces expériences exigent, pour réussir, des courants faibles et modérés; des courants intenses diminuent toujours Tex’citabilité du nerf, et quelquefois la suppriment complètement pendant un certain temps. Cette diminution ou suppression a lieu à un degré plus élevé lorsque le courant parcourt le nerf de la périphérie au centre que dans’ la direction opposée, qui est celle, comme nous l’avons établi, du courant naturel qui a lieu dans le nerf au moment où, sous l’inlluence du cerveau, ce neff détermine la contraction du muscle auquel il aboutit. ‘ , ’

L’action hyposlhénisanle des courants continps est un fait qui ressort de toutes les expériences du genre de celles qiic nous venons de rapporter, et qui peut être utilisé'd’uue main. 38

894 APPLICATIONS DF, L ÉLECTHICITÉ.

nière précieuse clans la thérapeutique. M. llemack, en opérant Siir l’homme avec des courants continus, a cru pouvoir constater que ceS courants avaient la propriété de faire cesser la contraction en conservant aux muscles la Acuité d’obéir à la volonté, et en la leur restituant même dans le cas où ils l’auraient perdue. On conçoit l’importance qu’aitrait ce fait pour la thérapeutique s’il se vériliait dans tous les cas; nous avons déjà cité un fait analogue à l’occasion du traitement du tétanos par Id circulation d’un courant continu , inidginé par M. Mattcucci.

Si les courants qui traversent un nerf, afi iieu'd’étrc continus, sont discontinus, les muscles auxquels ce nerf se distribue se contractent violemment et sont comme dans une sorte de contraction tétanique; en même temps l’excitahilité de ce nerf est très-alTaihlic, surtout si on la compare à celle d’un autre nerf sur lequel on a fait agir un courant continu. Quand les courants discontinus sont faibles et dirigés alternativement en sens contraires, l’action hyposlhénisante est trèsfaible, parce que la perte d’éxcitabilité produite par le courant direct est compensée par l’augmentation d’exeitabilité déterminée par le courant inverse; quand, au contraire, les courants sont intenses, l’action hyposthénisante, duc au courant direct, devient un phénomène prédominant. On doit éviter avec soin en thérapeutique la production de ce phénomène, en ne faisant usage que de courants faibles et dirigés alternativement en sens contraires, quand on veut réveiller la vitalité et exercer une influente tonique sur la vie organique des parties sur lesquelles on agit.

Nous avons supposé d-ans ce qui précède qu’on agit immédiatement sur le nerf avec le courant; mais, dans les applications thérapeutiques, cette action directe ne peut pas avoir 'lieu, sauf dans des cas exceptionnels; c’est donc à Travers la peau, à l'aide d’uh conducteur humide, qu’on doit exercer sur les nerfh l’action de l’élettricité. Comme les muscles conduisent mieux l’électricité que les nerfs, il faut, pour pouvoir concentrer l’action de l’électricité sur ceS derniers, qu’ils ne soient pas à une trop’ grande profondeur, qu’ils soient pour

*lPrLlCAT10îW PHlSIOLOGlOl'ÎS. 5!)5

ainsi dire superficiels, ou bien eu contact seulement avec les tendons des aponévroses ou avec du tissu cellulaire ; en tout cas, il n'y a jamais qu’une partie du courant qui traverse le nerf sur lequel on agit. M. Duclicnnc a donné la liste assez nombreuse des nerfs sur lesquels il est parvenu à porter ainsi les courants ; nous y reviendrons plus loin en nous occupant d’une manière un peu plus spéciale de l’action de l’électricité localisée, soit sur les muscles, soit sur les nerfs. Pour le moment, bornons-nous à remarquer qu’il y a une grande différence entre les nerfs moteurs, d’une part, et les nerfs mixtes et sensoriels, d’autre part, quant à l’action des courants; ces derniers étant susceptibles d’éprouver quelques cifets des courants continus, tandis que les premiers n’en épt-onvent que de la part des courants discontinus, ou qui, tout en étant continus, présentent des variations d’intensité. U en résulte que, pour réveiller l’activité fonctionnelle des nerfs mixtes et des nerfs sensoriels, on peut faire usage indifférémmenl , soit dé courànts continus, soit de courants discontinus, quoiqu’il soit préférable, le plus souvent, d’employer ces derniers qui sont plus stimulants que le^ premiers; tandis que, pour les nerfs moteurs, il ne faut employer que les courants discontinus. Aussi a-t-oti vu des paralysies du sentiment être guéries au moyen de courants continus, tandis que ces mêmes courants avaient complètement échoué pour des paralysies du mouvement. > on ne s’est pas borné à . étudier les eftets de l’élcclricilé sur les muscles et les nerfs ; on a également cherché à déterminer son action sur les centres nerveux. C’est à Weber qu’on doit les recherches les plus intéressantes sur ce point. Il a observé que la. moelle épinière étant soumise à l’action des courants discontinus, il y a dans loüs les muscles du tronc de violentes contractions tétaniques; mais ce qu’il y atle curieux, c'est' que la moelle ne se comporte point comme un simple conducteur de courants dérivés qui sc porteraient sur les nerfs i mais qu’elle agit par l’cflét de son action propre qu’excite le' passage de l’électricité. Entre autres preuves que c’est bien ainsi que se passe le phénomène, nous pouvons citer le fait qrte, lorsqu’on fait une section complète de la moelle, en laissant en

596 APPLICATIO.NS DE l’ÉLECTUICITÉ.

conlacl les surfaces divisées, ce qui n’einpèche pas les couranls dérivés de traverser , mais ce qui arrête la Iransinissicn de l'aclion médullaire proprement dite, on n'obtient, en portant l’excilation électrique à l’extrémité inférieure de la moelle, aucun mouvenienl convulsif dans les muscles supérieurs, et il n’y a de convulsions que dans les membres inférieurs; tandis que le mouvement convulsif a lieu dans les uns aussi bien que dans les autres, en appliquant l’électricité de la même manière, si la moelle n’est pas coupée. L’excitation électrique de la moelle allongée produit les mêmes convulsions tétaniques que celles de la moelle épinière. On n’aperçoit ni contractions ni signes de chaleur, quand on agit avec les courants discontinus sur les hémisphères cérébraux ou sur; le cervelet d’un animal vivant.

Quant aux nerfs ganglionnaires, on n’a pas pu agir directement ni sur les ganglions ni sur leurs lilets nerveux, mais bien sur les organes auxquels ils se distribuent. On a trouvé que les nerfs de la vie organique déterminent des conlractions dans les muscles auxquels ils se rendent, seulement quelques instants après qu’on a commencé à les exciter, et que de plus ces contractions persistent après qu’on a cessé de les stimuler; les contractions se propagent même à des muscles autres que ceux dans lesquels se rendent les nerfs stimulés; enfin les contractions s’exécutent et se succèdent dans un ordre qui répond à un but déterminé en rapport avec les fonctions de l’organe dans lequel on les constate. Ces résultats, que nous empruntons au résumé qu’en a fait M. Valérius, ne sont vrais que pour les muscles qui reçoivent leurs filets du grand sympathique.

Comme nous' l’avons dit plus haut, nous ne nous étendrons pas ici pour le moment sur l’effet des courants sur les muscles de la vie de relation et sur ceux de la vie organique; M. Duchenne, comme nous le verrons, croit qu’il y a des différences entre les muscles quant à leur susceptibilité de sc contracter sous l’influcncc des mômes couranls électriques; différences qui ne tiennent peut-être qu’à la facilité plus ou moins grande avec laquelle l’électricité peut pénétrer dans les divers muscles.

APPLIf.VTIONS PnrSIOlOOlQUES. S97

Mais ce qui paraît bien positif, d’après M. Duchenne, c’est qu’il existe une grande différence entre les muscles quant à la sensibilité (ju’ils présentent quand on les fait traverser par des courants discontinus; il est évident que cette différence tient aux ramifications nerveuses plus ou moins nombreuses qui s'y distribuent. .\insi la sensibilité est très-vive dans les muscles de la face, ce qui provient des nerfs de la-cinquième paire. Quant aux muscles de la vie organique, ils se contractent sous l’influence de l’électricité, mais à un moindre degré que ceux de la vie de relation ; de phis, les contractions se produisent plus lentement et durent plus longtemps que dans les autres muscles après qu’on a cessé de les exciter par l’électricité; tel est le cas pour les intestins grêles, pour l’estomac, le cæcum, etc. La peau éprouve des effets assez remarquables de l’application de l’électricité, mais ces effets varient au plus haut degré suivant les différents individus; on voit souvent la peau des membres présenter le phénomène connu sous le nom de chaÀr de poule, dans lequel les poils se hérissent et leurs bulbes font saillie au dehors, la peau elle-même se contracte, ce qui, suivant M. Brown-Séquard, ne serait pas dû aux fibres-celluleâ, qui sont peu nombreuses dans cette partie du corps, mais bien au tissu cellulaire, qui lui-même est contractile.

Il nous faut encore, avant d’examiner de près les cas pathologiques dans lesquels l’application de i’électricilé peut être une lieureuse ressource , nous arrêter quelques instants -sur la méthode si remarquable de l’électrisation localisée de M. Duchenne, que nous n’avons citée qu’en passant, et dont nous venons devoir l’application dans quelques- uns des résultats que nous avons énoncés. Les faits qui ont servi de base à cette mériiode consistent simplement en ce que, suivant que les excitateurs ou électrodes du courant sont secs eu humides, et suivant que la peau elle-tnême est sèche ou liumkle, on peut à volonté ou concentrer l’action électrique dans la peau, ou la faire traverser sans incision ni piqûre la peau elle-mépîc, pour la linùter dans les organes situés au-dessous, c’est-à-dire dans les nerfs, dans les muscles et même dans les os. Aussi, pour obtenir ce résultat, il faut qu'à la fois les électrodes, qui sont

598 APPLICATIONS DE L’ÉLECTniCITÉ.

(les éponges imbi^iécs d’eau salée, et la peau elle-même, soient également Irés-liumides; alors on n’observe ni étincelles, ni crépitations, ni sensations de brûlure, mais on obtient des phénomènes de contractilité et de sensibilité tÆs-variables, suivant qu’on agit sur. un muscle ou sur un faisceau musculaire, sur uu «erf ou sur upe surface osseuse; cas dans lotiuel ou détermine une douleur vive, d’un caractère tout particulier, ce qui fait qu’on doit éviter avec soin (le placer les, électrodes sur une semblable surface. Dans tops les cas autres que ceux que nous venons d’indiquer, c’est-à-dire si les deux électrodes sont secs ou (jue l’un seulement soit mouillé, si la peau seule est mouillée- les électrodes étant secs, la recomposition électrique a toujours lieq unniuemént dans la peau, suit à sa surface, soit dans son épaisseur avec ou sans étincelles et cixipitatious. il- Ducliennc s’est encore assuré par plusieurs faits -que, lorsque l’électricité, gn'ice à l’humidité des électrodes et de la peau, va chercher les m’ganes sous-cutanés, elle u’agil point physiologiquement sur la peau, et que la sensation produite ne doit être attribuée qu’à l'excitation direple des muscles.

Indé[iendamment de la précaution que nous venons d’indi- ■ quer, l’électrisation localisée exige, pour être complète, l’emploi de certains courants de préférence à d’antres; c’est ce qui -résulte do la comparaison que M. Duebenne a faite sous ce rapport entre l’électricité des machines ordinaires et la bouteille de Leydc, celle do la pile vültau[ue et celle des appareils d’induction, désignant l’emploi de ces trois espèces d’électricités sous lcs noms à'êlecfrisation, galvanisation et faradisation musculaires localisées. 11 est arrivé bien vile à reconnaître que des trois espèces d’électricité, la dernière, c’est-à-dire l’électricité d’imluction, est celle qui convient le mieux à l’électrisatiou musculaire, surtout ‘quand cette opération doit être longue et fréquemment pratiquée. Les courants induits peuvent en elt'el provo([uerles plus fortes coiitractious musculaires sans exciter en même temps la sensibilité cutanée , sans produire de commolioHS, sans déchirer les vaisseaux capillaires, sans occasiouucr, coutme l’électricilé ordiuairè des machines, tous

APPLICATIONS PHÏSIOLOCIOUES. 599

ces accideuls, contre lesquels il est quelquefois difficile de réagir. Ils peuvent agir avec une grande puissance physiologique sans risquer d'altérer les tissus, comme le fait l'électricité vollaiiiue par l'elfet de ses propriétés chimiques, propriétés qui sont presque uulles dans les courants induits, soit parce qu'ils sont instantanés, soit parce qu'ils sont en général dirigés alternativcpieut eu sens contraires. M. fhichenne ei) conclut, à la suite .d'un grand nomhre d'essais., que l’électricité induite est essentiellement l'électricité médicale. < .

Uuaut au mode d'opérer il peut avoir lieu de deux mauières, soit eu coqcentrant l'actiou élcclrh|ue dans les plexusou dans les troncs nerveux qui la conduisent aux muscles placés sous leur dépendance, soit en dirigeant celte action sur chacun des muscles ou sur chacun de leurs faisceaux. Dans ces diii'érentes opérations, les électrodes doivent toujours être aussi rapproeliés que. possible. Le premier cas produit des mouveu^euts d'ensemble, c'est l'électrisation musculaire indirecte ; le second donne des mouvements .paclicls, c'est l’électrisation musculaire directe. L'électrisation indirecte exige la connaissance exacte du la distribution et des rapports aualomiqucsdes nerfs; elle est très-simple -sur les membres où, la plupart des troncâ nerveux sgns-culanés, dans un point do leur, extrémité, sont accessibles aux excitateurs ; elle est plus difficile et plus délicate dans d'autres régions. L’électrisation directe, qui consiste à faire contracter individuellement chaque muscle ou chaque faisceau musculaire en plaçant les électrodes diumtdes sur les points de la peau qui correspondent à leur surface, est très-facile, surtout dans les régioqs superficielles du tronc et des membres, si l'on possède des connaissances anatomiques, et surtout celle de l'anatomie des surfaces. Elle oOre plus de difficultés pour les muscles des régions profondes des membres, quoique la plupart d'entre eux présentent, sous la peau, un point de leur tissu musculaire par lequel ils sont accçssibles à celte excitation directe.

On doit avoir soin de ne jamais administrer aux- muscles qu’une dose d’électricité proportionnelle-à leur degré d’excitabilité que M. bucbcuue croit être variable pour cbacund'eux;

000 APPLt.'ATÎ0?IS DE t'ÉLECTIVICrrÉ.

point qui lui a été contesté cl qu'il est très-difficile d’ctablir, puisque l’excitation plus ou moins vive d'un muscle ne dépend pas seulement de son ‘degré d’excitabilité, mais de la résistance plus ou moins grande que l’élcctricilé rencontre pour parveniP jusqu’à lui. Quoi qu'il en soit, il est important de pouvoirgrailuer la quantité d’électricité employée; aussi est-il nécessaire que l’opérateur ait une main libre prête à agir sur le graduateur de rappaéeil pendantrélectrisation, tamlis ijue l’autre main lient les électrodes nu moyen de manches isolants cl les manœuvre faeilemenl. Il faut toujours les placer au niveau de la masse charnue des muscles, et non aii niveau de leurs tendons, car Tcxcitation de ces derniers no peut' produire la eontraclion musculaire. Plus un muscle est épais, plus le contact doit être parfait, sairs cola les libres superficielles sont sçules excitées,; chez les sujets très-gros cela est surtout néccs.saire. M. Duchenne s’est assuré que plus les appareils sont puissants, plus l’électricité pénètre profondément. Ainsi, il a^vu dans des cas de paralysie saturnine, où certains muscles de la région postérieure de l’avant-bras sont atrophiés et ne se contractent pas sous l’influence des courants induits, les muscles situés au-dessous de ces muscles paralysés entrer’ en contraction si les courants sent assez forts pour les traverse^ et pénétrer jusqu’à ceux qui sont sains. Les excilàlei;rs, soit électrodes humides, n'étant en rapport qu’avec la face externe des muscles, et les filets nerveux n'arrivant à ceux tics régions superficielles que par leur face intérieure, on est certain que les contractions musculaires n’ont pas lieu par l'intermédiaire îles filets nerveux. A la face, l’électrisation partielle des muscles est plus difficile à cause des ranrificalions nombreuses des nerfs qui s’entrecroisent; on peut cependant leséviler, car on est averti par la contraction Simultanée do plusieurs muscles, que l’électrode a porté sur l’un des rameaux nerveux ; alors on place l’électrode un ou deux millimètres plus haut ou plus bas, et on le maintient toujours sùr la direction du muscle à électriser. 11 faut une connaissance exacte de l’anatomie pour éviter ces filets nerveux, et c’est ce qui a permis à Mi lJuchenne de limiter l’action électrique dans chacun des muscles du visage et de produire les jeux de physio-

APPLICATIOÎtS PHYSIOLOGIQPES. 60l

nomie les plus variés Comme l’excitabilité de la sensibilité électrique est très-vive dans les muscles de la face, ce qui est dû, ainsi que bous l’avons vu, à la cinquième paire qui leur envoie des filets nerveux, on doit éviter de placer les électrodes sur les points correspondants à ces filets; car il en Vésulterait une douleur très-aiguë qui retentirait dans plusieurs points de la face et même du cerveau. M. lluchenne a fait une étude approfondie de l’excitabilité électrique des muscles au point de vue de la contractilité et de la sensibilité; c’est au moyen de cette étude qu’il est parvenu à posséder l’art de faire contracter isolément et exactement chacun desmusdes ou de leurs faisceaux; mais, pour arrivera ce point de perfection, il faut une très-grande habitude et être initié à une foule de détails minutieux ; ainsi, par exemple, il existe pour chacun des muscles un point anatomique dans lequel les électrodes doivent être placés de préférence,' pour obtenir la contraction complète et isolée de ces muscles ; et c’est ce point qu’il est essentiel de déterminer pour cliaque muscle en particulier.

Nous avons vu qn’en employant les précautions inîiitpjées, on peut faire parvenir l’électricité aux muscle» à travers la peau sans que celle-ci soit affectée, et que les courants d'induction sont la forme la plus favorable de l’électricité pour atteindre ce but ; mais il est des cas où il importe au contrairè de porter l’électricité sur la peau. M. Duclienne estime que pdur l’électrisation cutanée, quoique les courants voltaïques puissent être employés' avec avantage dans quelques cas, l’électricité induite ipii respecte les tissus est encore ici bien préférable. Les différences d’excitabilité électro-cutanée des diverses parties du corps nécessitent l’emploi de différents procédés d’électrisation cutanée au nombre de trois. Le premier mode est l’clectri- 'salion cutanée par la main électrique; oit se sert d’un électrode humide, une éponge renfermée dans un cylindre métallique qui communique avec un des pôles de l’appareil et qu’on place

' Il a j-éussi, en faisant contracler ainsi successivement et isolénienl les dilTérenls muscles de la face, à déterminer le n>le de chacun d’eux dans les diverses expressions de ia physionomie. ,

Ô02 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICITÉ.

sur un point très-peu excitable de la.surface du corps; l’électrode qui pQmuiuiiique avec le second pftie est tenu dans l’une des niaius de l’opérateur qui passe rapidement la face dorsale de sa maiu libre sur les points qu’il veut exciter, après avoir desséché la peaüi du malade à l’aide d’une poudre absorbante (poudre de lycopode ou de riz). Le second mode est l’électrisation cutanée par les corps rnéluUiques pleins, cylindriques ou coniques, qu’on promène plus ou moins rupidement sur les parties malades après les avoir mis respectivement en communication avec les pôles de l’appareil. Le troisitune mode est l’élec» Irisation cutanée par les fils metalliqiifs ; ces iils sont employés sous forme dcvergelte oude balais enl'erinés daii;^des cylindres qui sont tenus par des uumelies isolants; tantôt ou parcourt, avec .cesiils qui servent d’électrodes aux courants, la surface malade; tantôt ou frappe légèrement la peau avec leurs extrémités, ce que M. Duchenue appelle la fusligalion èleclrique; tantôt on laissé les tils en placé aussi longtemps que le maiade peut les supporter : ce dernier prqcédé, qui est rarcmeul supporté par les malades, peut être désigué-sous U>. nom dowio.ra électrique. Les trois proçédés dillèrent notablement quant à leur degré , d'énergie et aux sensations qu'ils développent; ainsi l'application de la main électrique ne produit de sensation un peu vive qu'à la face, et cette sensation est celle d’une brosse rude qui déchire la peau. Les électrodes métalliques pleins agissent plus fortement que la main électrique; mais ils sout aussi impuissants sur plusieurs parties du corps, en particulier sur les mains cl sur la plante, des pieds. Les üls inéialliques augmentent dans une proportion énorme la puissance de l’élec- Irisatiou sur la sensibilité' de la peau; lorsqu’on les laisse en place, ils occasionnent une sensation semblable à celle qui serait produite par dcj» aiguilles brùlant(;s enfoncées dans les tissus; au dire des malades rien n'égale la sensation produite par ces lils, pas même le feu tel qu'on l’applique par le moxa ou la cautérisation transcurrenle.

. L’électrisation desorganes internes a été un objet de longues recherches de ta part de M. Duchenue, qui a dans ce but donné des formes plus ou moins variées aux conducteurs

destinés à porter le courant dans ces organes; mais c’est aurlout. à rélèctrilation des organes des sens qu'il a apporté un soin tout particulièr en indiquant les moyens à employer et les précautions à prendre pour opérer dans ces cas. Nous y reviendrons un peu plus loin en nous en occupant au point.de vue thérapeutique. Nous nous jjornèrons seulement à pne remarque relative à l’effet différent, soit difèreniielf cotanyc l’appelle M. I)uchenne, des deux courants d’induction sur l'organe de la vue.

Nous avons déjà dit que M. Duchenue avait trouvé ([ue dans la machine à induction, l'extra-couraut, c'est-à-dire celui qui est produit dans le Ul inducteur au momeut de la rupture du circuit, ne jouissait .pas des mêmes propriétés que le courant induit dans le second üf. Ce dernier non-seulement, agit plus puissaanrueut sur la rétine, mais aussi excite plus vivement la sensibilité de la peau et pénètre plus profondément dans les tissus que l'exlra-cüurant, lequel au contraire excite plus vivement la sensibilité et la contractilité des muscles et de quelques organes sous-çutanés. La différence entre les propriétés physiologiques et thérapeutiques des deux courants est telle qu'on ne doit pas employer indifféremment l'uu ou l'autre dans la pratique. Nous avons déjà indiqué que cette différence tient essentiellement à ce que le cpuraùt induit proprement dit est produit dans un iil beaucoup plus Joug e.t plus lin que l'extra-coiirant, ce qui fait qu'il a plusdè tons^on; qu’en outre il est plus instantané en général , cL eqlin qu’il est composé dQ.dcux courants dirigés alternativemont eu sens contraires, tandis que l’extra-courant ne se compose qim d’un senl courant induit dirigé toujours dans le même sens. Les diverses expériences do M. üuchenne s’expliquent très-bien sans aller cliercber ailleurs la cause des effets différents des deux espèces de courants. Ainsi, il trouve qu’en se servant de J’bélice à fil long et ün,pour conduire lo courant, Véxtra-courant qui est produit dans ce cas n’a plus les propriétés des courants induits dans cette meme }iélice i|uaiul elle est sous l'inllueuce d’une hélice à Cl gros, qui est traversée par le Courant de la même pile; cela tient à ce que daus le premier cas le courant inducteur est tcllemeut affaibli que l'cxtra-couraul est lui-même peu

C04 APPLICATIONS DE l’ÉLECTRICITÉ.

puissant; tandis que dans le second cas, la force 4u courant inducteur devenant beaucoup plus considérable à cause de la conductibilité meilleure de son circuit, le courant induit auquel il donne naissance est énergique en môme temps qu'il a beaucoup de tension, à cause de la longueur èt du petit diamètre du fil dans lequel il est développé. Cette dilférence entre les hélices explique aussi pourquoi le trajet à travers une môme quantité d’eau affaiblit beaucoup plus l’extra-courant que fè courant induit. 11 faut faire extrêmement attention, dans les questions de cet ordre, à tenir compte de toutes les parties d’un circuit. Ainsi, lors même qu’on a rendu deux courants égaux au moyen d’une certaine résistance interposée dans -leur circuit cl différcnlc pour chacun d’eux, il n’en résulte- pas du tout qu’ils soient aptes à surmonter la même résistance. Mous croyons que c’est faute d’avoir apprécié toutes ces circonstances! que M. Duchenne a cru trouver une dilférence spécifique entre les deux sortes de courants induits, dilférence qui ne tient, comme toutes celles i^ui existent entre les courants, qu’à ce que l’un des courants, l’exlra-couranl, est plus fort en quantité, et l’autre, le courant induit, plus fort en intensité, soit en tension. Ajoutons que le courant induit proprement dit se compose de courants dirigés alternalivemcfit en sens contraires , circonstance.qui joue un r^Ie important dans son action physiologique, et qui peut, en partie du moins, contribuer à Ja différence d’effets observée par M. Huchenne.

Ce n’est pas seulement le- fait d’èlré dirigés alternativement en sens contraires, qui donne aux courants induits certaines propriétés particulières; mais la rapidité plus ou moins grande avec laquelle Sis se succèdent exerce, indépendamment de leurr direction, une très-grande influence sur leur effet physiologique. La vitesse îles intermittences contribue à augmenter rélcnduc de la contraction musculaire, parce que les fibres musculaires ne se relâchant que peu ou point dans l’iiuervalle des contractions, chaque excitation raccourcit de plus en plus le muscle; mais celle vitesse n’influe nullement sur l’énergie de la contraction qui ne dépend que de l’inlensilé du courant. Qu’on fa.sse contracter, pâr des iqtermiltences alternativement rares

APPLICATIONS PIlYSIOLOGlOUES. 603

et rapides, un muscle paralysé dont l’irritabilité est inHacte, par exemple le fléchisseur des doigts, et qu'on attache un poids à l’exlrémilé des doigts mis en mouvetnent par la contraction de ce muscle, l'on verra que les intermittences rapides ne donnent pas à ce muscle la force de soulever un poiils plus lourd que les intermittences rares. Mais si rintensité de la contraction musculaire n’est pas augmentée par la rapidité plus ou moins grande des inlerinitlences, il n’en est pas de même de la s.ensation qui devient des plus douloureuses, presque tétanique, quand la vitesse est considérable; cette' vitesse augmente aussi la puissance tonique des muscles et elle peut, lorsqu’elle est longtemps prolongée,^ aller jusqu’à produire la contracture. La contraction musculaire et la sensibilité électro-cutanée augmentent également d’une manière notable avec la rapidité des intermittences, indépendammeqt de l’intensité propre des courants qui se succèdent. Il résulte de ce qui précède que l’emploi des intermittences rapides est précieux dans bien des cas : d’abord quand il s’agit de l’étude de l’action individuelle des muscles, parce que les intermittences rapides peuvent produire des contractions artificielles qui imitent parfaitement les mouvements volontaires, tandis qu’avec les intermittences lentes ou ne peut avoir de contractions musculaires sans tremblement, çe qui, par exemple, empêche lorsqu’il s’agit de la face , d’observer exactement l’influence que l'action individuelle des muscles exerce sur l’expression du visage. La faculté que .possèdent- les courants qui se succèdent rapidement d’agir plus fortement sur la sensibilité musculaire, trouve encore d’heureuses applications thérapeutiipues dans les cas assez fréquents où les muscles ont perdu leur sensibilité; il en est de même pour les cas d’insensibilité de la peau; les courants induits, môme les plus intenses, sont impuissants contre ces anesthésies, s’ils ne se succèdent pas avec une grande rapidité. Enfin M. üuchenne a encore utilisé de la manière la plus heureuse eu thérapeutique la propriété que possèdent les courants d’induction rapides, d’augmenter la puissance de la tonicité musculaire, cette force q"!!) ne Sommeille jamais, qui, dans

flOO APPLICATION!? OF. l'ÉLECTRICITÉ.

l’ahsPncc dos rontraclioris volontaires, constitue la physionomie de la face, maintient les muscles dans leur attitude naturelle et qu’on peut comparer à la force d'un ressort qui, si elle venait à diminuer ou à augmenter, dérangerait 'le mécanisme le mieux combiné. Enfin l’expérience a montré que l’emploi des courants à intermiltenc'es rapides est nécessaire au traitement des atrophies musculaires, qu’elles soient ou non compliquées de paralysie.

Il est par contre des cas où les intermittences rapides pourraient être dangereuses; par exemple, lorsqu’à la suite de paralysies cérébrales il s’agit de rendre à des membres paralysés leur aptitude motrice, oii risquerait, avec des cotiranls trop intenses ou se, succédant trop rapidement, d’cxcitcr trop vivement la sensibilité générale cl d'exposer ainsi le malade aux plus graves accidents. Quand bien même l’état des centres nerveux ‘n’indiquerait pas d’éviter l’emploi des intermittences rapides, il n’csl pas indilférenl d’opérer l’électrisation avec ou sans douleur ; car il y a des personnes, telles que les femmes et les enfants, qui, soit par défaut d’énergie, soit en raison de leur excitabilité nerveuse, ne peuvent la supporter; il faut donc avoir égard à cetlo circonstance pour modérer la rapidité des intermittences. Il est enfin des circonstances où l’application d’un très-petit nombre d'intermittences isolées est seule nécessaire, comme lorsqu’il s’agit d’exciter la membrane du tj mpan en cas de surdité, etc.

On voit ilonc que, de même qu’il importe de munit les machines d’induction d’un appareil destiné à graduer l’inteiisité des courants , de mèmè il est indispensable de pouvoir faire varier à volonté le nombre des intermiltencçs dans un temps donné. Sous ce point de. vue, l’emploi d’une roue dentée qu’on manœuvre à la main est préférable au trembleur qui marche tout seul; aussi M. Duchenne- se sert-il des deux procédés également pour rendre le courabl discontinu , faisant usage, suivant les cas, de l’un ou de l’autre. Avec les machines magnéto-électriques, dans lesquelles la pile est remplacée par un aimant periuancnt, la rapidité avec laquelle on fait tourner les armures devant l’aimant détermiue

APPLICATIONS PIPTSlOLOCIQUESi 007

(lireclemenl celle avec laquelle les courants induits se succèdent.

Après cet examen de la méthode d’électrisation imaginée pftr M. Duclienne , nous devrions peut-être suiVre èon inventeur dans r.ipplicîition qu’il en fait à l’étude physiologique des différents muscles de l’organisme, mais cette analj-se' nous conduirait beaucoup trop loin. Nous devons donc nous bortier h Une remaniue importante, c’est quel’exploraliôn électro-musculaire seule, tout en faisant connaître exactement l’action propre du muscle, apprend rarement quels sont ceux dont le concours lui est nécessaire pour obtenir le mouvement physiologique qu’il est destiné à exécuter, et sans-lesquels il ne produirait le plus souvent que des accidents et des difformités; il faut y joindre l’observation patholUgiqne quh enseigne quels sont les troubles qui surviennent dans les mouvements exécutés par un muscle en conséquence du défaut d’action synergique d’un'ôu de plusieurs autres muscles. C'ést en opérant ainsi ce contrftle mutuel de l’expérimentation électro-physiologique et de l’cxpérimentatioiï- électro-pathologique, que M. Duchenne est parvenu à déterminer le rôle individuel de cbaquè muscle aitisi que la part des autres muscles dans l’action de chacim, et qu’il parait avoir ainsi trouvé la clef de l’action musculaire synergique.

En- se livrant à ces explorations musculaires, véritables autopsies faites sur le vivant, M. Duchenne est parvenu à découvrir l’exisieuce assez fréquente d’atrophies musculaires, qui étaient confondues avec les paralysies ordinaires; ce sont' principalement les faits pathologiques de ce genre observés dans toutes les régions, et sous les formes les plus varices, qui lui ont permis d'analyser avec le, plus grand soin les fonc- ' tions des musclés de la main, de l’épaule, du diaphragme et de la face, et qui lui permettront d’étendre ses travaux électro-physiologiques aux muscles des autres régions. Un ordre de faits nouveaux et tfès-curieux, auxquels l’application de l’électrisa-' tion localisée a conduit M. Duchenne, est relatif à l’influence de la contractilité électro- musculaire et de la sensibilité musculaire sur les mouvements volontaires. Ainsi il a vu des muscles se contracter par la volonté, alors qu’ils avaient perdu la faculté d’entrer en action par l’excitation électrique; d’autres

608 « APPLICATIO.VS DE l’ÉLECTJUCITÉ.

fois il a des muscles que la volonté pouvait mettre en mouvement lorsqu'elle était aidée par la vue, rester dans l'inertie la plus complète quand l’action des yeux faisait défaut ; phénomène dû, suivant M. Duchcnne, à la perle de cette propriété musculaire qu'il a appelée, comme nous l'avons déjà dit, couscience musculaire.

N ous ne devons pas dissimuler que quelques objections graves ont été faites à certaines parties du système de M. Duclienne. Les principales sont celles de M. Ilemack, qui n’est pas disposé à admettre la distinction établie par M. Duchenne entre l’électrisation directe des muscles et leur électrisation indirecte par l’intermédiaire des blets nerveux, ne croyant pas que le muscle soit susceptible de se contracter par l’action immédiate de l’éleetricité, point que nous avons déjà eu occasion de traiter en détail Ce physiologiste croit que le point anatomique particulier pour chaquQ muscle sur lequel les électrodes doivent être placés pour produire une contraction complète, n’est pas relatif à la direction des bbrcs musculaires, mais bien aux rameaux nerveux placés dans le muscle et qa'il s’agit d'introduire dans le circuit; ces points seraient les points latéra'ux des muscles, s-oit points-d’entrée des nerfs moteurs; de ces points, en leur appliquant l’u- ues électrodes, on peut commander aVec sûreté aux muscles pendant que Ton place l’autre -électrode sur l’une ou l’autre ramiücation intérieure nerveuse. Kous ne suivrons pas M. Remaçk dans les recherches au moyen desquelles il appuie son opinion tout en admettant les faits observés par M. Duchenne, qu’il interprète seulement d’une autre manière. Il arrive à conclure qu'il faut connaître les points des bords des muscle-s,'c’est-à-dire les points d'entrée des nerfs, pour électriser les muscles d’après un plan et suivant uabul déterminé; cette connaissance peut s’acquérir par l’anatomie, et même aü' moyeu de l’électrisation localisée. Ce serait sortir des limites d’un ouvrage de l;i nature de celui-ci que d’entrer dans le détail des discussions soulevées entre M. Uuclienne et M. Ilemack, soit sur l’objet même que nous venons de traiter, soit sur les questions relatives à l’irritabilité hallé-

' Tome ni.

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APPLICATIOHS PHYSIOLOGIQUES. ' 609

rienne* et la sensibilité musculaire, M. Duchenue continuant à admettre l'existence de cette irritabilité contre M. Remack qui la conteste, et persistant dans la distinction entre ces deux méthodes d’électrisation : l’une directe sans l'intermédiaire des nerfs, l’autre indirecte au moyen de l’excitation électrique des rameaux nerveux.

M. Remack, suivant une toute autre direction que M. Du> chenue, conduit par les expériences de Nobili, de Matteucci et de M.'Eekhard sur l’influence paralysante que dans la grenouille le courant voltaïque continu exerce sur un nerf moteur placé dans le circuit, avait trouvé que l’électrisation par un courant continu des nerfs moteurs dans l’homme, mettait en jeu les propriétés toniques des nerfs et -des muscles antagonisltes. II était arrivé à croire, à la suite de nombreuses expériences, que les contractions toniques ou continues qui surviennent dans un membre pendant le passage d’un courant continu à travers un tronc nerveux, soit dans les muscles antagonistes, soit dans les muscles animés par ce nerf, sont de nature réflexe et peuvent par conséquent être produites aussi par l’excitation galvanique de'certains nerfs cutanés. Il résulterait de là que l’excitation büfltinue des fibres nerveuses sensibles, qui se produit, comme on le sait, par l’action du courant continu, peut se transmettre chez, l’homme jusqu’aux centres nerveux et causer même des contractions continues des muscles qui sont en rapport avec les centres nerveux excités aiirsi indirectement. A l’appui de cette idée, M. Remack a eu l’occasion,' dans l’application des courants continus à la guérison des contractures, d’observer des phénomènes qui le forcèrent de supposer que la cessation dee contractures n’est pas un fait purement périphérique, mais qu’elle est causée par une excitation des centres nerveux. Dans le cours d’un grand nombre de traitements, et en particulier de ceux des hémiplégies, il lui est 'arrivé de voir que la paralysie de la face ou de la langue, ou même la faiblesse intellectuelle étaient diminuées, quoique les courants voltaïques

^ On désigne sous ee nom l'irrUablIité dont on suppose que la fibre muKUluire est douée, sous l'empire d’une action directe, et sans l'intervention d'aucun (Tlct nerveut.

ÜIO APPLICITION^ DE l'ÉLECTIUCITÉ.

n'eussentélé transmisqu’à travers les eilrémilésnerveuser.34’ac-. tion du courant se Iraiismeltail donc jusqu’au centre nerveux, et il art résulterait, comme on le conçoit, de^ conséquences importantes pour la thérapeutique. Sans nier la possibilité de cette action réflexe, nous-croyons qu'elle est beaucoup moins générale que ne le présume M. Remack, et que bien des phénomènes qu’il lui attribue sont simplement la conséquence d’une amélioration dans l’état des nerfs et des muscles soumis directement à l’action électrique, amélioration qui les rend plus susceptibles d’obéir à l’action émanée des centres. nerveux eux-mémes.

M. Duchenne, qui a fait aussi une étude assez détaillée de Rélectrisation des extrémités nerveuses et de l'aetioii r^exe, est arrivé à reconnaître que lorsque l’électrisation est bien localisée dans l’extrémité nerveuse, elle ne fait jamais entrer en contraction des muscles qui reçoivent des filets nerveux de nerfs placés au-dcs3u& du point excité j mais que pour faire entrer en contraction ces muscles, il faut éloigner les électrodes Tua de l’autre, de manière à faire passeç les courants, des terminaisons nerveuses dans les troncs nerveux, ce qui est une. électrisation opérée par une sorte d’action réflexe. Celte électrisation se fait en général en mettant deux des extrémités de la personne, les deux mains ou les deux pieds, ou un pied et une main, chacun dans un bassin rempli d’eau ou plongent les électrodes-. L’électrisation par action réflexe agit en excitani les centres nerveux, un peu à la façon de la noix vomique ou des préparations analogues; cependant elle excite plus la sensibilité que la contractilité musculaire. M. Duchenne l’a en conséquence appliquée au traitement de certaines paralysies où l’on, pouvait sans danger stimuler les centres nerveux; cependant il n’a pas eu à se féliciter en général de ce mode d’éleclrir sation, qui expose quelquefois les malades à des douleurs profondes dans le trajet des nerfe ‘<doÿt les ramifications ont été excitées, douleurs qui ont souvest persisté sous forme de névralgies. Elle peut aussi donner lieu à des accidents graves lors- ((u’il existe nu travail inflammatoire vers les centres nerveux. M. Duchenne en cite un exemple rcm'arquable, c’est celui d’un jeune homme de 22 ans qui, frappé d’une hémiplégie due à une

APPLICATIONS PHTSWLOGIQtlIS. 6H

hémorrhagie cérébrale, avait cru, au bout d'un an qu'elle s^élait à peu près dissipée, pouvoir faire cesser la contracture continue de quelques muscles, qui n’avait pas disparu entière-', ment, en produisant l'électrisation par action réflexe au lieu de limiter l’action électrique dans les muscles. En eifet, ilavait fait passer les courants induits de l’une de ses mains dans Tautrè en saisissant les électrodes avec chacune d’elles. Sa vie fut plusieurs jours en danger, et il ne sortit de l’hôpital qu’apres un long séjour, ayant conservé dans son côté droit des contractures plus fortes que celles qu’il avait voulu guérir.

§ s. BxaaieB Uea eu p«riUea|lem MxaneU la théreneirtlqee élutrl«ae ut anplteaMé.

Maintenant que nous avons étudié d’une manière générale l’application des propriétés physiologiques de l’électricité à l’art de guérir, entrons dans quelques détails sur les cas particuliers dans lesquels cette application a été utilement réalisée, soit comme diagnostic, soit comme moyen thérapeutique, en cherchant à classer ces cas d’après les principes qui doivent servir de guide dans cette matière. Ces principes découlent de deux sources, l’une, l’expérience faite dans des cas pathologiques, l’autre les phénomènes physiologiques observés dans l’état normal.

Nou$ ayons déjà dit que nous pouvions regarder comme démontré que l’électricité est le moyen de communication qui existe entre les centres nerveux et les muscles par l’intermédiaire des nerf^ ; nous avons réussi à déterminer l’état électrique naturel, soit des nerfs, soit des muscles, el la modification que cet état subit quand il y a action des centres à la périphérie, et de la périphérie aux centres. Cette modification consiste dans un déplacement moléculaire des particules des muscles et des particules des nerfs, analogue à celui qui s’opère dans les corps conducteurs, et en particulier dans les électrolytes tels que l’eau, quand ils transmettent un courant électrique ; déplacement en vertu duquel les particules sont polarw sées, c’est-à-dire se trouvent avoir leurs pôles semblables, tous tournés dans une môme direction. L’existence de cette prppriété

6i2 APPLICATIOI» DE l'ÉLECT&ICITÉ.

dans le nerf cl dans le muscle suppose qu'à l'élat sain, ces deux porlioDS du corps animal ont leurs particùles douées d’une grande mobilité, de façon qu'elles puissent facilement (^ir aux forces capables de troubler l'équilibre naturel dans lequel elles se trouvent sous l'empire de la force vitale, pour leor imprimer la disposition nécessaire à l'accomplissement de leurs fonctions. Si nous examinons quelles sont les causes qui peavenl empêcher, dans l'état anormal de maladie, cetaccomr plissement d'avoir lieu, nous ne pouvons trouver que les suivantes : ou un état maladif du nuiscle qui gène le mouvement de ses particules, de façon qu'elles ne peuvent obéir à l'action dÉtïMrf; ou une maladie et l^on du nerf qui empêche la eommunication du èentre nerveux au muscle, ou du muscle au centre nerveux, de s'opérer régulièrement, état anormal qui peut également exister dans la liaison des dernières ramifications nerveuses avec les muscles; ou, enfin, une maladie des centres nerveux eux-mêmes d'où émane la force qui, à travers les nerfs, va atteindre les muscles, ou auxquels parvient l'impression qui part des extrémités. On conçoit déjà d'aVance que dentier cas l'appliralion de l'électricité doive présenter chances de succès, puisque ce n'est pas le mode de comiltulrication qui manque entre les centres nerveux et la périphérie, mais la possibilité de mettre en activité ce mode dé communication, point sur lequel nous ne pouvons avoir que des idées tout à fait problématiques ' . Par contre on peut croire

< M. Jacubowitich vient de commoniquer réeemment'i l'Académie desKiences de Parii, par l'organe de M. Flourens, l'extrait de travaux qu'il a bita sur lea oentrea nerveux , desquels il résulte que tout le système nerveux cérébro-spinal (la utoellé épinière, la moelle allongée, les corps quadrijumeaux, le cerveau et le cervelet), et tout le système ganglionnaire, coniiatent d'une manière générale en trois espèces d’éléments nerveux : les cellules du mouyement, les cellules de la sensibilité, les cellules ganglionnaires ; il faut y juindec les cylindres d'axe de toulea ces cellules ; le système nerveux ganglionnaire ne constltne pastao système à part ; Il appartient essenUcllement au système cérébro-spinal. I,cs dUTéreiUes cellules sont les racines des nerfs de meme nature qu’elles. Tous les nerfs issus du cerveau, du cervelet, de la moelle épinière et de la moèllo allongée sont, d'après leur origine, de nature m'ijitc, et ils renferment des filaments provenant des dilTérentes cellules en plus ou en moins erandc proportion, de sorte qu'il s’y trouve des fl -

ArPLICATI«^S l'BYSIOLOGIQUES. 61B

que, si le défaut se trouve dans l'ineapacité du nerf de transmettre en se polarisant, l’impression émanée du centre nerveux ou de la périphérie, on puisse, à moins de lésions trop graves, lui rendre son aptitude naturelle eu la développant artificiellement par un courant électrique d'une intensité et d’une direction convenables. De même, on doit penser qu’en faisant contracter le muscle au moyen de l’électricité, on parvienne à restituer à ses particules cette mobilité et cette élasticité nécessaires pour la contractilité volontaire. Nous allons voir, par l’examen des résultats qu’ont obtenus les praticiens, jusqu’à quel point sont fondées les déductions logii(ues que nous venons de tirer de l’étude <}ue nous avions faite des phénomènes électro-physiologiques.

On peut résumer sous trois chefs principaux les cas où l’em-^ ploi médical de l’électricité est indi(jué. : f" rétablir la contractilité dans les muscles qui en sont privés lorsque la perte de la contractilité ne tient pas ou ne tient plus à des lésions encéplialo-rachidiennes ; 2° rétablir la sensibilité générale ainsi (juc la sensibilité spéciale des organes des sens, lorsqu’elles sont abolies ou simplement diminuées ; 3° ramener à leur type normal la contractilité et la sensibilité exagérées ou perverties. Op comprend quelquefois sous un quatrième chef les cas où il

menu nerveux de mouvement, de lentiment ; tes ner/s du grand sympathique ont leurs racines dans les cellules ganglionnaires, l'n élément important, qui entre pour beaucoup dans l’édiflce et dans la consirucllon du système nerveux, c'est le système du tissu cellulaire, qui non-seulement réunit i la façon d'un ciment les éléments nerveux Isolés, eu forme des groupes qu’il relie aux diiférentes subdivisions du système Bervéux',' mais qui a encore une autre importance essentiellement fonctionnelle, attendu qu'il contient les vaisseaux sanguins, et qu'il sert par cqnséquetit è la condition de la vie la plus Importante, c’est-è-dire A la nutrition. En (uant subitement par des narcotiques, tels qu'acide prussique, nicotine, etc., on trouve que les éléments nerveux celinlalm sont «titiérements détruits', ce qui ne peut s'expliquer que par une interruption aoadaine de la nutrition , qui est produite par l'action du poison. Cette analyse expérimentale du système nerveux, que l'auteur poursuit dans l'examen détaillé qu'il fait des dilTérentcs parties de ce système, fait entrevoir la possibilité, dans certains ras pathologiques, de se servir de l'électricité pour agir sur les centres nerveux avec chance d'obtenir une amélioration ; en tout cas elle aura le mérite, du moins d'après le jugement du célèbre auteur de tant de belles découvertes- phy.<iolt>giqucs que nous venons de nommer, d'avoir fait faire un grand progrès à la physiologie expérimentale.

014 APPLICATIONS DE L ÉLECTBICITt.

est Utile de produire une révulsion cutanée, qui consiste dans une douleur superficielle produite sur la peau ainsi qu’une hyperémie capillaire également superficielle et passagère; l’électricité ne nous paraît dans ce cas agir qu’indirectement.

Les paralysies qui proviennent d’une lésion du cerveau ou de la moelle ne sont nullement susceptibles d’être traitées dans le principe par l’électricité, ainsi que nous l’avons déjà dit ; tous les essais qu’on a faits sous ce rapport ont été parfaitement malheureux, et cela devait être. Mais il arrive souvent que lorsqu’une paralysie provenant d’une hémorrhagie cérébrale n’a pas fait succomber le malade, elle s’amende, une résorption s’opère, le foyer hémorrhagique se cicatrise; c’est le résultat de l’évolution naturelle de la maladie lorsqu’elle n’est pas compliquée par des rechutes, évolution qui exige un temps variable, mais toujours assez long. (Quelquefois le mouvement revient complètement dans les muscles primitivement paralysés, avec la cicatrisation du foyer liémorrhagique, quelquefois le mouvement ne revient que très-imparfaitement, ou même point du tout. C’est alors que l’emploi de l'électricité est indiijué pour rendre à ces muscles la contractilité volontaire, d’autant plus qu'ils n’ont jamais perdu , même au début de la maladie, la contractilité électro-musculaire. C’est un fait établi par Marshall, constaté par M. Duchemie, puis par un grand nombre de médecins , et en particulier par M. A. Becquerel, que la contractilité électro-musculaire demeure Intacte dans les muscle» paralysés sous l’inlluence d’une hémorrhagie cérébrale. Ce fait démontre la vanité de ceux qui prétendent guérir des paralysies cérébrales à l’aide de l’électricité; car, enfin, que veulent-ils faire? Rélabliê la contractilité musculaire, mais elle n’est pas miéaulic; ce qui l’cmpécbe d’étre mise eu action, c’est la lésion cérébrale que personne ne songe à guérir au moyen de l’électricité. Bans des paralysies récentes, tant que le travail de cicatrisation du foyer hémorrhaghiue h’est pas complètement terminé, l’application des courants électriques aux muscles paralysés est non-seulement inutile pour leur rendre le mouvement, mais peut être trèsnuisible; on a vu souvent, en effet, sous l’intluence de l’exci-

„.glc

APPLICATIONS PUYSIOLüGIQOES. 615

tatioa générale qui accompagne toujours l’emploi local de l’électricilé, de nouvelles hémorrhagies cérébrales se produire. Quoique rien ne soit plus variable que la durée du temps nécessaire pour (fue le travail réparateur amène la cicatrisation complète du foyer hémorrhagique, ou peut cependant fixer dé six à huit mois cette durée, au bout de laquelle il faut se servir des courants électriques pour les muscles paralysés dont une inaction prolongée a diminué la contractilité électromusculaire; car ceux dans lesquels elle est restée intacte ne gagneront rien pour la contractilité volontaire s'ils l’ont penlue en totalité ou en partie, cette perte ne provenant pas de l’incapacité du müscle à se contracter. Mais dans le premier cas, qui est celui où la paralysie, après avoir cessé d’être symptomatique de la lésion organique centrale, s’est localisée dans les muscles, l'emploi de l’électricité sera utile en favorisant la tendance naturelle des muscles à reprendre uné partie de leur mouvement. M.Quchenne remarque que, même alors, les résultats ne seront ‘heureux qu’autant que le foyer hémorrhagique n’est plus marqué que par une cicatrice ; mais, si, après la résorption, de l’épanchement, il reste un kyste un peu volumineux, ou si le cerveau a éprouvé une perle de substance considérable, alors l’électrisation localisée ne produit aucun résultat. Il serait important de pouvoir diagnostiquer, du moins approximativement, l’état du foyer héinorrhagique aprè^ le ter/ne onlinaire dè sa résorption, peur savoir s’il convient ou non d’appliquer l’électrisatioa localisée aux muscles qui sont restés paralysés. M. Duchenne, tout erl reconnaissant qu’il est bien difficile de déterminer d’une manière exacte l’étal et le degré de la lésion du cerveau, a trouvé cependânt que les malades qui,sixà huit mois aprèsle début d’une hémorrhagie cérébrale, ont conservé une paralysie plus ou moins complète, mais sans la moindre contracture, ont été avec avantage traités par l’élec- Irisalion localisée ; ce qui prouve que l’hémiplégie consécutive h l’hémorrhagie cérébrale qui n’est pas compliquée de contradture, n’est pluè entretenue après six mois de durée par la lésion centrale, mais qu’elle s’est localisée dans les muscles' qui ont perdu leur aptitude motrice. C’est l’inverse, si l’hémiplégie

616 APPUCATIO:iS DK L'ÉLKCTBICITlt.

présente des phénomènes de contracture; dans ce cas, si la contracture des muscles est permanente, elle annonce un travail inüammatoire dans le cerveau, et il faut se garder del'électrisation localisée. Il n'en est pas de même si les contractures sont passagères; on peut les faire cesser, ou du moins les diminuer, par une application prudente et bien dirigée de l’électricité. Mais c'est surtout dans les paralysies de la face et de la langue que cette prudence est nécessaire ; cette double paralysie persiste quelquefois après la résorption de J'épanchemenl sanguin; non-seulement elle occasionne une distension des traits, mais les malades en éprouvent une grande gène pour parler et pour manger. M. Duchenne l’a guérie très-heureusement par l'électrisation localisée; mais malheureusement dans trois cas sur dix çette électrisation a été accompagnée d’accidents cérébraux plus ou moins graves. Pour éviter ce danger , il faudrait pouvoir distinguer l'hémiplégie faciale de cause cérébrale de celle qui provient de la paralysie de la septième paire, laquelle peut être soumise sans Je moindre inconvénient à ce mode de traitement, le seul le plus souvent capable de la guérir. Mais il est souvent difficile de distinguer les deux hémiplégies l'une de l'autre à cause de l'analogie qui existe dans leur apparence. Toutefois, lorsque les muscles paralysés conservent leur contractilité électrique intacte, il est évident que l’hémiplégie est due à une cause cérébrale; par contre quand l’orbiculairc des paupières est paralysé, on peut être certain que l'hémiplégie faciale ne peut être rapportée ù une lésion du cerveau, et qu'elle dépend uniquement d'un état pathologique du nerf facial. Il existe encore d'autres indications plus indirectes, telles que pesanteur de tête, tournoiements, etc., qu’il ne faut pas négliger.

ÿuoi qu’il en soit, lors même que l’application de l'électricité est indiquée d’une manière qui semble positive, il faut la pratiquer avec beaucoup de précautions dans le traitement de la paralysie consécuiive à l'hémorrhagie cérébrale. D’abord il faut éviter à tout prix l’électrisation par action réflexe; ainsi, nonseulement il faut se garder de faire passer le courant des extrémités aux centres nerveux, en leur faisant parcourir les nerfs

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APPLICATIONS PHJSIOLOÜlgiîES. 617

dans le sens de leur longueur, mais il faut incme rapprocher autant que possible les électrodes dans l’électrisation localisée, pour que le trajetdes courants électriques soit bien limité dans les organes eux-mèmes. 11 faut en outre que les intermittences des courants soient éloignées les unes des autres ; car pour un certain degré de rapidité de ces intermittences, les sensations deviennent douloureuses et comme tétaniques, et il peut en résulter une excitation générale qui, en réagissant sur les centres nerveux, risque de provoquer une congestion, une nouvelle hémorrhagie, en un mot des acculents cérébraux. D'ailleurs comme le but ici est uniquement de provoquer le retour des mouvements volontaires en produisant des contractions musculaires artificielles, l’emploi des courants à rares intermittences est parfaitement suffisant. 11 faut encore avoir soin d’exciter individuelleinent les muscles paralysés pour rappeler les mouvements d’une manière égale et pour rétablir l’équilibre des forces musculaires. Enfin il ne fau t pas que les séances soient trop prolongées ni que la durée du-trailement soit trop longue, vu que les muscles n’étant pas atrophiés et n’ayant pas souflertdans leur texture, on n’a autre chose, à faire qu’à.rétablir la contractilité volontaire. Si, après quinze ou vingt séances, les muscles ne paraissent pas recouvrer leurs mouvements, c’est que la cause de la paralysie siège encore ailleurs que dans les muscles, c’est-à-dire dans le cerveau. Il faut attendre, et une nouvelle tentative peut être plus heureuse que la première.

T^’ous ne nous arrêterons pas aux paralysies qui proviennent d’un ramollissement ou de tumeurs développées dans le cerveau; il est évident que les règles à suivre dansTopplication de l’électricité , doivent être les mêmes que pour les paralysies dues à une hémorrliagie cérébrale; seulement, si dans le premier cas l’électrisation localisée peut notablement contribuer à l’amélioration des symptômes et à la récupération de tout ou partie des mouvements quand le ramollissement est arrêté ou. en voie de cicatrisation, il est plus prudent de proscrire d’une manière absolue l’emploi de l’éleptricité dans la paralysie symptomatique d’une tumeur cérébrale, à cause du danger qu’on court par là de favoriser l’apparition on le retour de conges-

<318 APPLlCATlOîtS DB l'ÉLECTRICIIÉ.

lions sânguines autour de ces produits accidentels développes

dans le cerveau.

Les paralysies symptomatiques des maladies de la moelle diffèrent en un point essentiel, suivant Marshall Hall, de celles qui sont symptomatiques des affections cérébrales, savoir, en ce que tandis que dans celles-ci la contractilité électro-musculaire demeure intacte, elle disparaît complètement dans les premières. M. Duchenne, tout en combattant le mode d’expérimentation du physiologiste anglais, qui en quelques points est défectueux, trouve bien cependant comme lui que dans les lésions de la moelle épinière l’irrilabililé musculaire diminue du moins presque toujours, ce qu’on peut constater en portant successivement l’excitation électrique sur chacun des muscles paralysés. Malheureusement pour la généralité de la loi, M. Duchenue a trouvé un cas exceptionnel dans lequel la contractilité électro-musculaire était restée normale dans tous les muscles, malgré une lésion telle que la substance grise avait complètement disparu dans chacune des deux moitiés de la moelle et sur la ligne médiane, ainsi que le prouva l’autopsie du malade qui avait succombé plusieurs mois après, à une fièvre continue. Cependant dans tous les autres cas où il avait pu constater à l’autopsie uné altération des autres parties de la moelle, M. Duclienno avait trouvé une altération correspondante de la contriclililé électro-musculaire. M. A.. Becquerel ne va pas même aussi loin que M. Ouchennè, car il estime que, si la proposition de M. Marshall Hall est vraie en général, il y aurait de nombreuses distinctions à faire pour des cas particuliers. Il a trouvé en étudiant la contractilité éleclTO-musculaire dans plusieurs cas de la maladie de la moelle, que le degré ou l’infensité de cette contractilité est en raison directe de la conservation du mouvement volontaire, de manière qu’elle ne disparaît d'une 'manière absolue que si la paralysie est complète et le mouvement volontaire tout à fait aboli.

Quant aux règles à suivre dans l’application de l'électricilé aux maladies de la moelle, on ne doit pas y songer tant que le ramollissement chronique de la moelle n’est pas stationnaire ou en voie de cicatrisation, ce que l’od reconnaît à ce que les

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APPLICATIONS PHïSlOLOf.lOI'PS* 61 Ô

symptômes do paralysie sont stationnaires ou décroissants. Mémo dans ces eas, cette application est inutile et peut être fâcheuse si la^ paraplégie reste complète et si la contractilité électro-musculaire est elle-même à peu près anéantie; lorsque la paraplégie est incomplète et la contractilité seulement diminuée, on peut avoir recours à l’élèctrisalion localisée et exciter successivement les muscles des deux membres inférieurs. M. A. Becquerel conseille aussi comme traitement plus simple et exigeant des séances moins longues, des bains de pied électriques sous l'influence desquels la presque totalité des muscles inférieurs se contractent en même temps. Ces bains sè donnent au moyen de deux petits baquets remplis d’eau salée tiède, dans cbacnn desquels un des pieds du malade est plongé, et qui communiquent' mpectivement avec les pôles de l'appareil d'inductioDi lAiéanees doivent être de dix à quinze minutes,^ et leur nomi^ doit toujours être considérable, car il faut, dans les pànlffli^s symptomatiques des maladies dé la moelle, continuer pendant un temps bien long l’emploi de l’électricité pour obtenir dé bien légers résultats.

Après les pàrat]fsic>qui’ proviennent d’une lésion du cerveau ou de la moelle, vieoneoi celles auxquelles donne naissance la lésion matérielle dlunaarf de nmuvement ou d’un nerf mixte. Une semblable lésion, si elle est d’une certaine intensité, peut avoir pour effet d’anéantir le mouvement et q’uelquefois même le sentiment, sur les muséles dans lesquels le nerf lésé se distribue. Bien des causes peuvent déterminer les lésions capables de produire un tel effet ; les unes indirectes, provenant de maladies dans les nerfs, les autres plus directes, désignées souS le nom de lésions traumatiques, provenant d’accidents qui blessent ou coupent les nerfs. M. DUchenne a fait une élude fbute particulière des paralysies dues à celte dernière cause dansjes nerfs mixtes, qu’il a désignées sous le nom de paralysies traumatiques des nerfs mixtes.

Toute lésion traumatique d’un nerf mixte occasionne un trouble plus ou moins grand dans l’état de la sensibilité, des mouvements volontaires et de la nutrition des muscles qui sont sous la dépendance de ce nerf. Il est clair que, si toutes les

620 APPLICATIO.NÜ DC L ÉLFXTRICITt.

fibres ont éM^j^intes et désorganisées par la lésion,

la eonltÿelillli élnrlia mirrnliirr des parties correspondantes est.anéantfe} et il n’y a pas espoir de guérison par l’électricité; c'est comiiae si le conducteur qui doit amener le courant à un télégraphe électrique était totalement rompu, on aurait beau réparer l’appareil télégraphique, il n’en marcherait pas mieux; mais si le conducteur n'est que partiellement rompu, si l'accident qu'il a éprouvé est plus ou moins réparé, il y aura encore manifestation de signes à l'appareil télégraphique, pourvu qu'on ait soin de faire cesser l'état de détérioration' dans lequel il a pu tomber par défaut d’usage ou par accident. Quand donc toutes les fibres d’un nerf n'ont pas été détruites, il peut se faire que la contractilité fnusculaire soit conservée partiellement ou intégralement, lors même que les mouvements volontaires sont anéantis; on peut espérer alors la guérison au moyen de l'électricité. Dans un cas cité par M. Duchenne, cas dans lequel, à la suite de la luxation d'une éj>aule, un homme éprouva une paralysie du membre correspondant avec atrophie des muscles du bras, de l'avant-bras, de la main, tous les iilels nerveux avaient également souffert, car le membre entier était amaigri, tous ses mouvements étaient également abolis ; d'où il était naturel de conclure que tous ses muscles étaient également affectés. Parmi les muscles, les uns avaient perdu leur contractilité électrique , ce sont ceux qui s'étaient atrophiés le plus rapidement; tandis que les autres muscles paralysés également, mais sans perte de la contractilité électrique, échajqjèrent à l'alropliie et recouvrèrent leurs mouvements volontaires après quelques séances d'électrisation localisée. Cependant, quoique la perte de la contractilité électrique dans certains muscles pût faire craindre que ces muscles fussent perdus à tout jamais, M. Duchenne ayant conclu de la sensibilité qu’accusait encore le malade quand ou soumettait les mêmes muscles à l’action des courants induits, que la communication nerveuse n’était pas complètement interrompue, il ne désespéra plus de leur rendre leur vitalité sous l’intluencc de l’excitation électrique. Seulement il arriva qu’avant de retrouver leurs

APPLICATIONS PHïStOlOGlQl'ES. 621

mouvements et leur nutrition, ils éprQ^^ent, sod94|wfluence du traitement, une surexcitation de kë^Mnsüiifitiét^^âypÿrMthésie) momentanée, phénomène qui', lorsqu’il se 'présente dans ce cas, peut donc être considéré comme un signe favorable. Voici donc la succession des phénomènes thérapeutiques tels qu’ils se manifestent sous l’infhience de l’électrisation localisée dans les cas dont il s’agit': 1° Retour rapide des mou-^ veraents volontaires dans les muscles qui n’ont pas perdu leur contractilité électrique ; 2° exaltation de la sensibilité (hyperesthésie) dans les muscles dont la contractilité électrique a été profondément lésée et dont la sensibilité était seulemè^t diminuée; 3® retour de la nutrition et ensuite des mouvements volontaires dans les muscles du bras; puis de l'avant-bras et enfin de la main. 11 est évident que, sous l’influence de l’électrisation localisée, les nerfs sont peu à peu revenus à leur état naturel, de manière à pouvoir établir la communication, momentanément interrompue par l’effet de leur lésion, entre les centres nerveux et les muscles. La lenteur de la guérison pourrait peut-être faire croire qu’elle n’est que l’effet du temps; mais l’heureuse influence de l’électrisation localisée dans des cas semblables, où elle était intervenue très-tard et à une époque où la paralysie et l’atrophie étaient depuis longtemps stationnaires, montre l’utilité de cet agent thérapeutique, en même temps qu’il prouve que le temps est le plus souvent insuffisant, à moins que les 'nerfs n’aient été très-peu affectés et que les muscles aient perdu de leur contractilité électrique. Un fait assez extraordinaire, signalé par M. Duchenne, c’est qu’il est arrivé quelquefois que, sons l’action de l’électrisation localisée, des musOles ont repris leurs mouvements volontaires, leur force et leur nutrition avant de recouvrer leur aptitude à se contracter sous l'influence de l’excitation élëctrique. M. A. Becquerel n’est pas disposé à admettre ce dernier fait qu’il regarde plutôt comme une exception, sur la nature de laquelle il a même des doutes. Ce qui est plus positif, c’est que la lenteur de l’action thérapeutique de l’électrisation loca-

' M. Duchenne > obtenu les mêmes pésultals dans plusieurs os aBaloguei. .

G22 1PPLIC.VTI0NS DE l'électricité.

Usée sur les muscles qui ont perdu leur conlraclilité et leur scusibilité électriques, lient à ce que, lorsque la lésion du nerf n’est pas guérie, l'in&uence du centre nerveux ne peut pas encore se communiquer librement aux muscles, et qu'alors l'eiTet de l'électricilé sur eux, qui consiste essentiellement à leur rendre l'aptitude d'obéir à cette inilueoce, ne peut évidepoment pas se faire sentir encore. Squs ce rapport, l’électrisation localisée peut servir de diagnostic entre des muscles qui semblent être également paralysés; M. Uuchenne a observé que ceux parmi ces muscles qui n'ont pas perdu leur contractilité électrique, peuvent retrouver leurs mouvements spontanément il est vrai, mais plus rapidement cependant par l’excitation électrique que par le seul effet du temps, tandis que ceux qui l'ont perdue commencent par s’atrophier et ne peuvent retrouver leur nutrition et leur mouvement que lorsque la lésion des nerfs étant guérie , ils sont capables de recevoir l’influence nerveuse ; c’est alors seulement que le traitement électrique peut leur être appliqué avec succès. .

Cette perte de la contractilité électrique permet de distinguer les paralysies qui tiennent à une lésion traumatique des nerfs de celles qui dépendent d’une cause cérébrale, dans lesquelles celte conlyaclilité demeure intacte. M. Duebenne cite un çxemple frappant de la justesse de ce diagnostic chez un malade où, malgré toutes les apparences contraires, il n’hésita pas à attribuer à une altération des nerfs qui se rçndent aux muscles la paralysie qu'ils éprouvaient; or, un examen minutieux finit par constater une lésion au niveau de l'émergence des nerfs qui consliluent les plexus cervical et brachial -du cèté droit; cette lésion locale était due à une exostose qu'on parvint à guérir, et avec elle la paralysie qui raccompagnait. M. Duebenne cite encore d'autres faits à l'appui de l'exactitude de sa proposition dont il fait ressortir l’importance pour les cas où la cause de la paralysie n'est pas évidente, et où cependant une tumeur ou une exostose profondément cachée peuf comprimer un tronc nerveux et produire lentement ou subitement des phénomènes de paralysie traumatique des nerfs mixtes, pbéno-

APPLICATIONS PBTSIOLOGIQLES. .. 623

mènes dont la nature n'est pas douteuse dans les cas ordinaires dans lesquels ils sont la conséquence de la section, de la contusion, de la commotion, de la compression ou de la distension des nerfs.

L'exploration électro-musculaire. est donc le meilleur diagnostic pour les paralysies consécutives à la lésion traumatique des nerfs; la gravité d» ces paralysies est en raison directe de l'affaiblissement de la contractilité et de la sensibilité électriques des muscles auxquels ces nerfs aboutissent; mais si la sensibilité est conservée ou simplement diminuée, lors même que la contractilité électrique est éteinte, cette gravité diminue. La contractilité électrique demeure entière dans les muscles qui n'ont pas souffert, mais qui se trouvent quelquefois paralysés par une sorte de solidarité nerveuse ; cette intégrité de la contractilité électrique est un signe favorable, et ces muscles recouvrent rapidement leurs mouvements.

Lorsque la lésion traumatique d'un nerf est très-grave, soit par une division complète, soit par une perte de substance, on a pu croire que les paralysies qui en étaient la conséquence étaient incurables. Cependant M. Duchenne, qui avait longtemps partagé celte opinion et avait refusé dans ces cas d'appliquer l'électrisation, a reconnu plus lard que quoique trè.s-graves, les cas de ce genre ne sont pas désespérés. Ainsi il a réussi à guériy une paralysie atrophique d'une main décharnée et privée de mouvement, paralysie qui était la conséquence de l'arrachement du -nerf cubital, et qui datait de quatre ans. 11 attribue ces heureux résultats à ce qu'un nerf peut se cicatriser quand il a été divisé, ou se régénérer quand il a perdu une partie de sa substance 11 croit même, d'après une expérience curieuse de M, Claude Bernard \ qu'à défaut de ses conducteurs gatu-

' MM. Follin et Brown-Sequard ont constaté par des recherches, mitroscopiques, que dans ces cas les Obres nerveuses se continuerrt, sans interruption, à travers la cicatrice. M. le docteur Prévust avait déjé fait la même observation en 1827, à la suite d'exprriences.très-inicressantcb sur la régénération du tissu nerveux.

* M. Cl. Bernard ajrant déiruit dans le cariai vertébral d'un chien toutes les

624 U>Pl IClTlOxNS DE L’ÉLECTRICn-t.

tels, l'iullueace nerveuse centrale peut à la longue Se frayer une Douv elle route pour arriver aux organes privés de leurs nerfs propres, probablennent au moyen de la solidarité qui semble ex ister entre les nerfs des organes rapproehés. Ne serait-il pas possible aussi que l’électrisation contribuât nonseulement à rendre aux muscles leur aptitude à obéir à l’influence nerveuse, mais qu’elle fût également capable de développer dans les nerfs leurs propriétés essentielles, quand ils les ont perdues à la suite des altérations qu’ils ont éprouvées, et à revivifier les ramifications nerveuses les plus délicates qui restent encore plus ou moins dans les muscles, lors même qu'ils semblent privés de toute substance nerveuse.

Sans nous étendre davantage sur le sujet intéressant qui vient de nous occuper, bornons-nous à résumer en deux points le principe qui doit servir de guide dans le traitement des paralysies consécutives à la lésion traumatique des nerfs : 1° que .cette ^nilysie, lorsque la contractilité musculaire n’est pas abolie, doitiBtre soumise le plus tôt possible au traitement d’électrisation localisée; 2° que lorsqu’au contraire cette contractilité est perdue, ou dn moins insensible, il faut attendre que la lésion nerveuse soit guérie, c’est-â-‘dire de quatre à dix mois, avant d’appliquer l’électrisation. Chaque muscle doit être électrisé d'une manière spéciale-, plus il a souffert dans sa constitution et dans sa contractilité, plus l’intensité du courant et la rapidité des intermittences doivent être considérables. M. Duebenne a ôbservé que le meilleur moyen d’agir sur la contraction des muscles atrophiés, est d’exciter la sensibilité musculaire au moyen des intermittences rapides; seulement il faut diminuer leur fréquence et modérer le courant quand on voit la sensibilité s’exalter, de peur de provoquer des névralgies difficiles à réprimer et même quelquefois des accidents inflammatoires. Il ne faut pas non plus des séances trop longues, et il vaut mieux

racines sensibles dans une certaine étendue, de manière que leur régénères cence fdt impossible, la perte de la sensibilité fut la conséquence de cette opération. Mais cette sensibilité revint progressivement, et un an après l'opération, l’animal paraissait jouir de si sensibilité noniule.

APPUCA.T10NS PHYSIOLOGIQUES. 625

n’agir que trés-peu de lemps de suite sur le Qiéme mueele, une qainute par exemple, quiUe à revenir plusieurs fois dans une même séance, sur chacun des muscles, en laissaui^l entre chaque excitation un lemps de repos. '

Parmi les paralysies consécutives à la lésion des nerfs, nous citerons encore celle qui constitue l’hémiplégie facialcj nous avons vu que cette hémiplégie peut être une conséquence d’une affection du cerveau; ce n’est pas celle-hà dont il est question ici; il s’agit de l’hémiplégie faciale isolée, qui tient toujours à quelque affection morbide du nerf facial, telle qu’une petite hémorrhagie ou ramollissement très-circonscrits à l’origine même de ce nerf, ou dans son épaisseur, telle encore qu’une compression de ce nerf déterminée, soit par une congestion san-» guine, produite sous l’influence d’un refroidissement, d’un courant d’air. Soit par une tumeur siégeant quelque part, près de l’origine du nerf ou en dehors du crâne; la blessure du nerf, sa suture, sa destruction par des suppurations abondantes, par là gangrène, produisent également l’hémiplégie faciale isolée; quand l’hémiplégie faciale n'est pas le résultat de la compression du nerf facial par une tumeur, de sa blessure ou de sa destruction, il faut, lors même que la contractilité électro-musculaire est diminuée ou anéantie, essayer de la traiter par l’électricité localisée avec toutes les précautions que nous avons indiquées plus hau t ; ce n’est qu’en persévérant pendant deux ou trois mois au moins dans ce mode de traitement, qu’on pourri s’assurer si la paralysie est curable; dans quel cas, on obtiendra ou une guérison complète ou la persistance d’un certain degré de paralysie. 11 est un troisième mode de terminaison que M. Duchenne a étudié avec beaucoup de soin, c’est la contracture, affection dont ,1a gravité consiste en ce que les muscles qui eri sont atteints peuvent se rétracter à la longue et ameiier une diÇormilé incurable qui gène beaucoup les mouvements; quand la contracM*^e, succède à la paralysie de la face après qu’ont commencé à employer contre elle l’électrisation, il faut en général l’interrompre. On est a peu près assuré d’éviter la contracture quand on veilles muscles dont la contractilité électrique a été plus ou moins abolie par la paralysie de la septième

626 APPLICATIONS DC l'électricité.

paire , retrouver leur tonicité dans un certain ordre et d'une manière graduelle. C'est un point du reste sur lequel nous reviendrons à l'occasion des paralysies rhumatismales.

Outre les paralysies qui proviennent des lésions organiques dans les centres nerveux ou dans les nerfs, il en est d'autres dont la cause moins apparente est souvent difficile à discerner, mais à la guérison desquelles le traitement électrique n'en est pas moins applicable souvent avec succès. Nous citerons d'abord le* paralysies hystériqutê, qui se présentent tantôt sous la forme de paraplégie, tantôt sous celle d'hémiplégie, tantôt sous celle de paralysie isolée d'un membre ou d'une partie d'un membre. Suivant M. Leroy d’Étioles, ces paralysies seraient dues à l'absence plus ou thoins prolongée de Vinjlvx nerveux (c'est ainsi (ju’il désigne rinfluence émanée des centres nerveux) , après une dépense exagérée et rapide de cet agent. Mais cette explication, qui est en opposition avec plusieurs cas de. guérison opérés par l'électricité, immédiatement après les attaques d'hystérie, ne saurait être admise; M. Valérius serait plutôt di.^posé à croire que ces paralysies sont dues à une déviation de l’influx nerveux qui serait détourné par la maladie d'un organe pour être porté sur un autre; il ûe serait pas éloigné non plus de les attribuer à un trouble survenu dans l'état électrique des muscles paralysés^ trouble ijui consisterait dans l’alfaiblissement de la polarité électrique naturelle de ces muscles, que l'électricité ferait disparaître. Ce qu’il y a de certain, c’est que les paralysies hystériques ne correspondent à aucune lésion appréciable du cerveau ou de la moelle épinière, et qu’elles sont liées avec un certain état nerveux particulier. Uicn n’est plus irrégulier que leur début, leur marche et leur lerminaisen ; elles se montrent tantôt lentement et progressivement, ([uelquefois subitement, mais presque toujours à la suite d'une impression nerveuse un peu vive; elles sont également variables, soit dans leur développement, tantôt faibles, tantôt intenses, disparaissant dans un poipt pour se montrer dans un autre, soit dans leur terminaison tantôt brusque tantôt lente. La conlractililé électro-musculaire demeure toujours parfaitement intacte

APPLICATIO.NS PÜTSIOLOGIQCES. ^27

dans tous les cas, et l'électrisation localisée est un moyen de guérison qui ofl're de grandes chances de succès, sauf dans les cas où la paralysie hystérique se présente sous forme de paraplégie. 11 faut, dans cette parélysie, avoir Soin de porter l’excitation électrique dans chacun des organes affectés, et continuer le traitement quehjue temps après le retour des mouvements ou de la sensibilité, afin de fixer, pour ainsi dire, la guérison , car les organes résistent d’autant mieux aux rechutes auxquelles ils sont exposés à la suite des accès hystériques, qu’ils ont été plus souvent électrisés. M. Duchenne, à qui nous empruntons ces détails, ajoute cependant qu’il y a eu des cas où il a suffi d’une seule excitation électro-cutanée pour guérir la paralysie hystérique. C’est sans doute en allant exciter les centres nerveux par une sorte d’action réflexe que l’électrisation cutanée rappelle les mouvements dans les paralysies hyslérhjues. Ce mode d’électrisation est surtout précieux quand la sensibilité cutanée est considérablement diminuée dans le cas qu’on a à traiter; cependant il est beaucoup plus douloureux que le traitement par l’électrisation nlusculairc; aussi ne faut-il l’employer qu’avec les malades qui peuvent le supporter. En général, la sensation produite par l’excitation électrique est tellement étrange, alors même qu’elle n'est pas douloureuse, que, pour éviter de provoquer des, accès hystériques chez ceux qui l’éprouvent, il faut habituer graduellement les malades à cette sensation, en commençant par des doses très-faibles, et avec des intermittences éloignées. On arrive peu à peu à une électrisatibn localisée à intermittences rapides, qui est le meilleur mode qui convienne au traitement de la paralysie hystérupie; mais il faut y renoncer quand il provoque des crises nerveuses, et le remplacer par l’électrisation musculaire à rares intermittences. Ajoutons cependant que quelques médecins, notamment M. A. Becquerel, estiment que dans les paralysies nerveuses, il faut n’avoir recours à l’électricité que lorsque les autres agents thérapeutiques ont échoué, et la réserver pour les cas où la paralysie est complète et déjà ancienne ;',il ne conteste pas, qu’avec de la persévérance, on ne puisse obtenir un résultat heureux.

628 ÀPPUCATIOSS DE L'tLECTniCITÉ.

Outre les paralysies hystériques, il est encore d'autres paralysies nerveuses sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas; ce sont celles qui sont la conséquence de quelque affection, soit locale, soit générale, qu’a éprouvée le malade, telle que la chlorose, certaines fièvres graves, etc. Ces paralysies, qui sont eu général désignées sous le nom d’essentielles, ont été souvent traitées avec succès par Véîectricilé; cependant il ne faut pas s’exagérer la portée, dans ces cas, de ce mode de traitement, car on a vu des paraplégies essentielles guéries quelquefois spontanément ou sous l’action des moyens thérapeutiques les plus divers; toutefois il est des cas bien constatés où ces paraplé-gies, qui avaient résisté à tous les agents thérapeutiques, ont cédé à l’application des courants électriques.

Les paralysies par intoxication appartiennent aussi à la catégorie de celles qui ne résultent d’aucune lésion des centres nerveux et des nerfs* parmi ces paralysies, la plus fréquente et la plus importante est la saturnine, qui affecte les malades qui sont sujets, par l’effet du métier qu’ils exercent, aux coliques de'plomb. La paralysie saturnine, quoique pouvant frapper les muscles Jes plus différents, atteint cependant de préférence les extenseurs, et se porte en général sur les mains et sur les bras. Souvent elle est incomplète, et elle ne se manifeste que par une faiblesse plus ou moins grande des muscles; quand elle est complète, c’est une paralysie véritable et absolue. M. Duchenne regarde comme l’un des caractères les plus tranchés de cette paralysie, l’abolition de la coniractihté électro-musculaire dans les muscles qui en sont affectés; M, Becquerel croit que cette abolition n'est complète que lorsque la paralysie l’est aussi, et que le degré de conservation de la contractilité électro-musculaire est en rapport direct avec le degré de conservation du mouvement volontaire. La remarque de M. Becquerel n’est point en contradiction avee l’allégation de M. Duchenne, qui observe lui-même que l’abolition de la contractilité musculaire n’est point générale, et qu’elle semble toujours se porter de préféreùce sur certains muscles,, alors que le membre entier est frappé de paralysie. L’atrophie s’attaque principalement aux muscles qui ont souffert dans leur

APPLICATIOÎIS PU^SIOLOGIQUES. 029

contractilité électrique, quoique le membre frappé de paralysie soit généralement amaigri. Ces muscles sont les seuls qui, en réalité, aient subi l’influence délétère de l’intoxication saturnine. Les autres muscles du membre paralysé souffrent peu dans leur nutrition, et recouvrent très-vite leur force et leurs mouvements volontaires sous l’influence du traitement ‘. Quoi qu'il en soit, l’application de l’électrisation localisée présente de grandes chances de guérison, surtout dans les paralysies incomplètes, et même elle réussit quelquefois dans les complètes, alors qu’ont échoué les traitements les plus énergiques. Il importe, dans le traitement électrique, de commencer par constater l'état exact de tous les muscles paralysés, au moyen soit de l’exploration électro-musculaire, soit d’autres signes diagnostiques, qui exigent qu'on connaisse bien l'action individuelle de ces muscles. Ce qui rend importante la connaissance exacte du degré de lésion des muscles, c’est que l’excitation électrique doit être portée dans chacun d’eux à une dose d’autant plus forte et pendant un temps d’autant plus long, qu’ils sont plus profondément lésés. Le traitement de la paralysie saturnine est en général très-long et exige de trente à cent séances; il faut pratiquer l’électrisation de façon à exciter des sensations douloureuses, parce que le courant doit être à intermittences rapides, aussi intense que possible, et dirigé principalement sur

' H. Duchenne a eu l'occasion de conOrmer l'exactitude de son assertion par l'autopsie d'un homme qui, pendant près de vingt ans, avait conservé une paraiysie saturnine de queiques muscies de la région postérieure de i'avantbras. Ces muscies, pendant ia vie, ne se contractaient pas par i'cxcllation électrique, tandis que ceux de la partie antérieure de l'avanl-bras Jouissaient do toutes leurs propriétés, quoique leur force fût très-diminuée et qu'ils fussent aussi atrophiés. A l'autopsie les premiers mnscles, ceux dans lesquels la contract tillté électrique n'existait plus pendant la vie, étaient d'un jaune pèle ; examinés au microscope, ils furent trouvés transformés en graisse ; les muscles de la région antérieure, au contraire, étaient restés A l'état normal. Ce n'est cependant qu'après plusieurs années que les muscles paraissent commencer à s'altérer dans leur texture. Quant A la nature de cette altération, elle nous semble être duc A la présence d'une certaine quantité de plomb dans le sang, qui doit suffire pour Ater avec le temps au muscle qui reçoit ce sang ses propriétés normales et sa vitalité.

Diniti2od hy CjOOglc

630 APPIICATIONS DE t'ÉLECiaiClTÉ.

les muscles dont la coulractililôct la sensibilité électriques sont le plus alTaiblies. Il faut également agir sur des muscles atrophiés, et le courant rapide est celui qui exerce le plus d’influence sjr la nutrition musculaire, en même temps qu'il rappelle le mouvement volontaire. Les séances ne doivent pas durer plus de • dix minutes, et il faut les répéter en géiiérafde deux jours l’un. On peut joindre avec avantage au traitement de l’électrisation localisée, les bains sulfureux, la strychqine à l’intérieur, la gymnastique nerveuse', èt le massage.

Il nous parait résulter du diagnostic et du traitement des paralysies saturnines, que ces paralysies proviennent essentiellement de l’altération des muscles, altération qui doit s’étendre aux ramifications nerveuses qu’ils reçoivent, et non d’uu état morbide des centres nerveux; non-seulement celte altération est visible, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, mais elle nous semble constatée par le fait que le muscle n’est plus capable de se contracter sous l’action directe d’un courant élec- , trique, incapacité qu’il ne présenterait pas s’il était sain. La même remarque s’applique aux autres cas de paralysie par intoxication, qui du reste présentent des symptômes analogues et peuvent être traités de la même manière. Toutefois il serait ])ossible que dans tous ces cas, l’altération des muscles ne fût pas un eflet direct de l’action des poisons, mais le résultat indirect de leur action sur les nerfs.

Nous en disons autant des paralysies rhumatismaîes , quitiennent évidemment à une modification du tissu musculaire, telle que le muscle ne peut plus se conlfaeter. Celle modification se manifeste par l'abolition du mouvement, qui est la conséquence de la douleur très-vive, qu’éprouvent un muscle ou un systèiqe de muscles à la suite d’un refroidissement, par exemple : douleur qui augmente par le toucher et par le moindre mouvement, ce qui rend ces' derniers- impossibles. 11 arrive ordinairement que, lorsqu’à l’aide de divers agents

■ M. Ductienne entend par gymnaitique ncrrcpec l’excrricc répélé de la conlmrlilité vuluulairc, mitant ipic cela est possiblo au malady, qi|i doit s'aider pjur cela de tous les movens nécessaires. • ,

APPLICATIONS PIITSIOLOGIQUEg. G31

tlicrapculiques on s’est rendu maître de la douleur, le mouvement volontaire reprend dans les muscles qui l’avaient perdu; mais quelquefois il no reparaît pas; c’est à cette abolition momentanée ou permanente de la contraction musculaire qu’on a donné le nom de paralysie rhumatismale; elle peut atfcclcr tons les muscles du corps. M. Duclicnne a trouvé que les muscles ainsi paralysés conservent leur contractilité clectriqne, lors même qu’ils opt perdu le mouvement volontaire; c’est en employant également l’électrisation cutanée et l’électrisation musculaire, et en agissant successivement sur chacun des muscles paralysés en particulier, qu’on réussit assez généralement à obtenir une guérison. Les cas, que M. Duchenne a été appelé à traiter, sont les paralysies rhumatismales de l’avant-bras.

Parmi les paralysies rhumatismales, l’hémiplégie faciale et. la contracture qui en est quelquefois la conséquence, est une de celles que M. Duchenne a le plus étudiées. Nous avons déjà vu que cette alfeclion tient à la paralysie de la septième paire, dont les divers degrés peuvent être appréciés assez exactement par l’affaiblissement plus ou moins prononcé de la contractilité électro-musculaire. Dans les cas où 'cet affaiblissement est à peu près nul, la guérison est très-prompte, et quoiqu’elle oit Heu quelquefois spontanément, il vaut mieux cependant, pour l’obtenir plus sûrement et plus rapidement, l’amener par l’électrisation localisée. Quand la paralysie rhumatismale do la face est telle que les muscles paralysés ne se contractent plus, ce qui constitue son deuxième degré, le cas précédent étant le premier, elle oppose en général une grande résistance aux agents thérapeutiques; cependant elle cède à l'électrisation localisée, ainsi que M. Duchenne l’a souvent constaté; seulfement il faut en général de trois à six mois de traitement, et on ne peut pas toujours ramener complètement la contractilité volontaire à l’état normal. Malheureusement la contracture des muscles de la face est une terminaison assez fréquente do cette paralysie, et il est important de la diagnostiquer à temps, ce qui n’est pas toujours facile; car son apparition peutcontreindiquer l’emploi de l’électrisation localisée, ou exiger qu’on en modifie le moded’applicaljon.Undessignesd’unecontracture

632 APPLiCATioîfs PE l'électricité.

prodiaine est d’abord l’apparition d’un spasme dans un muscle paralysé de la face sous l’intluence d’une excitation artificielle ; c’est également, en l’absence de ce spasme, le retour trop rapide et avant le temps, de la tonicité dans un muscle complètement paralysé; c’est également certains ‘changements dans l’expression habituelle de la physionomie, qu’une expérience un peu longue de ce genre d'affections apprend à discerner. En conséquence dans le Irailcmeul de la paralysie rhumatismale de la septième paire, M. Duchenne est disposé à croire qu’il vaut mieux , quand cette paralysie est à son deuxième degré, c’est-à-dire que les muscles ont perdu complètement leur contractilité électrique, ne pas appliquer immédiatement l’électrisation localisée, comme on peut le faire avec avantage quand la paralysie n’est qu’à son premier degré; toutefois il a encore quelques doutes à cet égard, et estime que son assertion ne doit pas être considérée comme générale. Quant au mode d’application de l’électricité , M. Duchenne préfère localiser l’excitation dans chacun des muscles paralysés, plutôt que d’agir indirectement sur eux en électrisant le nerf de la septième , paire ; ce qui au reste est d’accord avec l’ohservation générale que les paralysies de mouvement sont plus heureusement influencées par l’excitation directe de la fibre musculaire que par l’intermédiaire de l’excitation du nerf qui l’anime '. Pour rappeler la tonicité musculaire et la contractilité volontaire, ce qui est le but dans l’hémiplégie rhumatismale de la face, il faut agir avec des courants à intermittences rapides ; mais quand le retour de la tonicicité musculaire qui précède ordinairement l’apparition 'des mouvements volontaires a eu lieu, il faut éloignée les intermittences de manière qu’il n’y en ail plus qu’une à quatre par seconde, surtoi^t quand on voit se manifester dans un muscle paralysé les symptômes précurseurs de la contracture. On peut cependant continuer à appliquer l’électrisation localisée, mais avec prudence et avec des intermittences éloignées, à des muscles menacés de contracture et même déjà contracturés.

' Nous verrons que c’est l’inverse pour les paralysies cl sentiment.

AFPLICÀTIONS PHYSIOLOGIQUES. 633

Dans ce dernier cas, il faut joindre au traitemént électrique l’élongation directe du muscle, soit en faisant exercer par les malades oux-mèmes des tractions sur les lèvres, les joues, les paupières dans le sens des libres, soit en leur faisant placer entre la joue et les mâchoires une bille aussi grosse que possible, de manière à distendre fortement la joue, et par conséquent les muscles contracturés,

H y a encore quelques variétés de paralysie outre celles dont nous avons parlé qui, quoique moins fréquentes, mériteraient cependant d'attirer notre attention, si nous u’étions pas obligés de nous restreindre. Nous mentionnerons en particulier la paralysie générale des aliénés, qu’on risque quelquefois de confondre, soit avec un ramollissement chronique du cerveau, soit avec une maladie de la moelle j l’action des courants électriques peut être employée, non comme moyen thérapeutique, car il ne paraît pas qu’elle puisse être efficace, mais comme moyeu de diagnostic, car s’il s’agit d’un ramollissement chronique de la partie snpérieure de la moelle épinière, la contractilité électi’o-musculaire est abolie, ou du moins notablement diminuée. Nous mentionnerons encore la paralysie connue sous le nom de crampe des écrivains, qui consiste dans une paralysie incomplète des doigts des personnes qui passent une partie de leur vie à écrire, d’où il résulte pour eux l’impossibilité de continuer l’exercice de leur profession. Quand cette paralysie est toute locale, elle se guérit très-bien p,ar l’application des courants électriques. M. A. Becquerel cite le cas d’un homme dont cinq doigts de la main droite avaient été peu à peu paralysés, et qui au bout d’un mois fut entièrement guéri par un traitement électrique, opéré avec la machine magnétoélectrique de MM. Breton. Mais la paralysie dont il s’agit n’est pas toujours locale ; elle a quelquefois son origine dans une aü'eclion du centre nerveux; dans ce cas l’électricité, loin d’exercer une bonne influence, est plutôt nuisible.

Les paralysies du mouvement dans les muscles de la vie organique ont été, de la part de M. Duchenne, l’objet d'un grand nombre de tentatives de guérison par l’électricité; ce sont en particulier celles des intestins, du rectum et de la vessie, pour

634 APPLICATIOBS DE l'ÉLECTBICITÉ.

lesquelles ces essais ont été tentes tantôt avec succès, tantôt sans résultats favorables ; il arrive très-souvenl que dans le dernier cas c’est la paralysie des muscles de l’abdomen qui est la cause réelle de la maladie ; aussi l’électrisation locale portée sur ces muscles est-elle le traitement le plus convenable. Lorsqu'il s’agit de faire parvenir ks courants électriques dans des points déterminés do l’intérieirr d’un viscère, M. Duchenne emploie pour conducteurs des sondes métalliques, isolées par une enveloppe de caoutcliouc, sauf à leur extrémité où le métal est à nu, ce qui fait que les courants ne passent que par les points en contact avec cette extrémité. L’aphonie produite par la paralysie des muscles du larynx a été également guérie- dans quelques cas par l’application de l’électricité localisée, pourvu que cette aphonie fût indépendante de toute lésion organique, et non symptomati([ue d’une autre maladie. Quand l’éleclrisation musculaire appliquée à la partie antérieure du cou ne suffit pas, il faut y joindre l'électrisation cutanée pratiquée pendant quatre à cin<i secondes au niveau du larynx; et en général on en obtient de bous effets. Toutefois dans tous les cas qui précèdent, le plus souvent les paralysies locales ne sont que les symptômes d’autres maladies beaucoup plus graves, et alors l'électricité est malheureusement presque toujours impuissante.

Un peut rapprocher des paralysies des muscles de la vie organique celle du diaphragme, dont M. Duchenne a fait une étude toute particulière; cette maladie, qui paraît être extrêmement rare, consiste dans une altération des mouvements réguliers de la poitrine et de l’abdomen pendant l’inspiration et l’expiration, qui amène une inspiration courte et insuffisante aux besoins de la voix ; ce n'est pas une maladie mortelle par elle-même, parce que la respiration n’est pas complètement empêchée; mais la plus simple bronchite peut occasionner la mort par asphyxie, l’expectoration étant difficile et même impossible. Le traitement indiqué par M. Duebenue est l’électrisation du diaphragme par l’intermédiaire des nerfs pbréiiiques, ce qui produit une véritable respiration artificielle, qu’on peut obtenir aussi au moyen de l'éleclrisatiou cutanée effectuée rapidement sur différentes parties du

APPUCATIOSS PnYSlpMJGIQUP.S. G35

corps. Ces deux mauières d’obtenir une respiration artificielle peuvent être utilisées également dans les cas où les mqscles respirateurs sont à demi paralysés, comme dans certains cas d'cmpoisenneinent, de fièvres graves, etp.

Les. paralysies du sentiment ont été, comme celles du mouvement, traitées par l’électricité, ainsi que uous l’avons déjà fait remarquer dans les deux premiers paragraphes de ce chapitre. W. le professeur W'artmann avait déjà, il y a longr temps, indiqué l’emploidcs courantsd’indiietion comme propres à réveiller la sensibilité dans les cas d’anesthésie produite par l’inspiration de l'éther, quand celte anesthésie, poussée, trop loin, risquerait d’être mortelle ' ; mais nous avons à nous occuper ici des paralysies du sentiment qui proviennent d’un état maladif et qui consistent essentiellement dans un trouble de la sensibilité, soit simplement cutanée, soit aussi musculaire, Ce trouble n’est pas seulement une anesthésie, c’est-àdire une privation de la sensibilité, mais il est aussi quelquefois une hyperesthésie , c’est-à-dire au contraire une exagération de la seusibilité. Dans ce dernier cas, si l’état pathologique ne provient pas d’une affection des centres nerveux, on peut employer l’électrisation cutanée, en pratiquant sur la peau sèche une fustigation électrique énergique, ou en promenant les conducteurs métalliques pleins sur la région douloureuse, en même temps que l’appareil marche avec des intermittences très-rapides; l’intensité du courant est proportionnée au degré d’énergie et d’excitabilité du malade ; l’opération doit durer de deux à cinq minutes. Ce mode de traiteraenUne produit malheureusement souvent qu’un soulagement momentané; mais il y a cependant des cas de guérison complète. L’électrisation cutanée triomphe plus facilement de l'auesthésie;

^ L'effet dp t'ctlier, du chleroforme et autres ngents anesthésiques, lient pro- Lahlcnient ù cç que le sang, en apportant aux nerfs les [larticules très-divisées de ces liquides volalils, détermine en eux une espèce d'inerlie, qui leur ôte la susceptibilité de se polariser, comme iis doivent l'elre, quand ils transmettent soit les impression^ du cerveau à la i>ériphérie, soit les sensations de la périphérie au centre. Il serait intéressantque les physiologistes essayassent l'action directe sor les nerfs des agents aqeathétiqocsi j'ignore du reste si tes essais n’on t point été faits.

636 APPLICATIONS DE l'ÉLECTRICITÉ.

l'emploi de la main éleclrique est suffisant pour la guérison des anesthésies cutanées de la face, mais pour le cou, le tronc et les membres, il faut les excitateurs inélalliqucs pleins, et . même si la peau a perdu complètement sa sensibilité, l’emploi des fils métalliques dont l’action est plus profonde, est nécessaire. On place ces fils métalliques sur la partie de la peau frappée d’anesthésie, en faisant marcher l’appareil avec son maximum de force et à intermittences rapides; si l’action thérapeutique est immédiate, comme o’est le cas ordinaire, le malade éprouve dans les points excités un chatouillement accompagné de rougeur et suivi d’une légère sensation de brdlure qui va en croissant rapidement, et qui devient bientôt intolérable. On recommence la même opération sur les parties voisines Jusqu’à ce qu’on ait ainsi modifié la paralysie de la peau dans une certaine étendue. Alors on remplace les fils métalliques, devenus insupportables pour le malade, par des excitateurs métalliques pleins, ayant soin de diminuer l’intensité du courant au fur et à mesure que la sensibilité reparaît. En général l’action de l’électrisation cutanée est presque toujours limitée aux points de la peau qui sont mis en contact avec les excitateurs ; il arrive quelquefois, mais très-rarement, que la sensibilité revient dans toute l’étendue do la surface de la peau, lors même qu’on s’est borné à exciter plus ou moins vivement un seul point de cette surface. Quoiqu’il y ail assez souvent des rechutes, cependant l’anesthésie cutanée ést d’autant plus sûrement guérie que l’excitation électrique a été renouvelée un plus grand nombre de fois. C’est surtout lorsqu’elle siège aux mains et aux pieds, que l’anesthésie cutanée est grave par ses conséquences; mais l’électrisation cutanée et celle des nerfs collatéraux en .vient généralement à bout. Cependant il y a aussi bien souvent des insuccès dans la guérison par voie électrique des cas d’anesthésie ; il est possible que cela tienne à ce que dans ces cas elles ne sont que des symptômes d’autres maladies. Il est probable que les hyperesthésies et anesthésies cutanées proprement dites et curables proviennent d’un état maladif des houppes nerveuses, et on conçoit l’action de l’électricité qui tend à rétablir ces houppes dans leur état normal, en étant

APPLICATIONS PinSlOLOClQUES. 637

directement appliquée sur les points de la peau auxquels aboutissent les extrémités de ces filaments de nerfs.

L'hyperesthésie et l’anesthésie musculaires ne sont pas moins fréquentes que celles de la peau. Les muscles, comme tous les organes qui reçoivent des filets nerveux sensitifs ou mixtes émanés du centre céphalo-rachidien, jouissent d’une sensibilité qu’ils tiennent de ces filets nerveux et de leur communication avec l’encéphale. Celle sensibilité , quoique moins vive qüe celle de la peau, est susceptible cependant comme elle, d’augmentation et de diminution, et même d’abolition. L'électrisation cutanée appliquée à la place douloureuse provoque une' vive douleur perturbatrice qui ne tarde pas à modifier ou à dissiper l’hyperesthésie musculaire ; cependant elle présente plus de résistance à ce mode de traitement que l’hyperesthésie cutanée; il s’agit ici de l’hyperesthésie musculaire hystérique; quant à celle qui constitue le rhumatisme musculaire, tel que lumbago, douleur musculaire de l’épaule et du cou, elle disparaît rapidement sous l'action de l’électrisation cutanée ; une ou deux fustigations électriques suffisent le plus souvent. La guérison rapide obtenue dans la période d'acuité par de simples excitations électro-cutanées, prouve bien que le rhumatisme musculaire n’csl pas inflammatoire, mais qu’il est dû à une névralgie qui a son siège dans les muscles. Quand le rhumatisme musculaire est compliqué de paralysie, ce qui arrive quelquefois, il faut coinmencer, avant d'appliquer l’électrisation musculaire , par appliquer l’électrisation cutanée pour faire disparaître, autant que possible, la douleur ; c’est surtout dans les muscles du bras et de l’épaule que celle complication survient. Si la contracture accompagne le rhumaslisme musculaire, l’excitation électro-cutanée peut la faire disparaître en même temps que la douleur; M. Duchenne estime qu’on peut l’appliquer dans les torticolis par cause rhumatismale, même pendant la période d’acuité. Lorsque la contracture d’un muscle est arrivée à une période moyenne entre l’état aigu et l’état chronique, que par cpnséquent le muscle n’est pas encore rétracté, on peut espérer d’en obtenir la guérison en plaçant les muscles antagonistes dans un état de contracture

P38 APPLICATIONS DB l’ÉLECTBICITÉ.

artificielle, au moyen de l'électrisation localisée pratiquée avec des intermittences rapides; ce traitement réussit surtout darts le torticolis du cou et de l’épaule. Les muscles dont on augmente ainsi artificiellement la puissance tonique agissent comme des appareils orthopédiques qu’on placerait à Ttin des membres inférieurs pour s'opposer à une déformation occasionnée par une contracture musculaire. M.Duchenne conclut d’un assez grand nombre d’observations, (|ue le torticolis produit par la contracture rhumatismale du rhomboïde et des muscles rotateurs de la tète, peut être combattu avantageusement par l’électrisation à intermittences rapides des muscles antagonistes de ceux qui sont contracturés.

Si au lieu d’ètre augmentée, la sensibilité musculaire est diminuée ou abolie, il faut, comme dans le cas de l’auestlicsie cutanée, commencer par traiter la paralysie du mouvement avec laquelle coexistent le plus souvent les deux genres d’anestbôsie, qui disparaissent également ordinairement avec cette paralysie. Mais, dans les cas d'hystérie, les deux anesthésies peuvent ou marcher ensemble ou s'isoler; cependant l’anesthésie musculaire profonde est rarement seule, elle accompagne le {dus souvent soit la paralysie musculaire, soit l’anesthésie cutanée ; on la traite donc en même temps et de la môme manière que les deux autres. Lorsque par hasard elle est seule ou qu'elle existe avec la paralysie musculaire, il faut agir avec des courants électriques énergiques et les faire pénétrer par la méthode ordinaire dans l’épaisseur même des muscles. C’est à une espèce d’anesthésie musculaire que tient l’abolition de cette sensibilité spéciale à laquelle, comme- nous l’avons déjà dit, M. Ünchenne a donné le nom de conscience musoulaire ; les individus chez lesquels manque cette faculté n’ont plus la conscience do l’étendue de leurs mouvements, de la pesanteur, de la résistance, etc.; il leur arrive même quelquefois de perdre, quand on leur enlève momentanément l’exercice de la vue, la faculté d’exercer les moindres mouvements volontaires. M. Ducheniie applique dans ce cas l’électricité localisée qui rétablit la conscience musculaire en même temps qu’elle fait disparaître l’auEsthésie dans les muscles qui en sont alleinls.

APPLICATIONS phYSIOLOCIQlES, 639

Les névralgies, dont nous venons de dire un mot à l’occasion du rhumatisme musculaire qui en est très-probablement une forme, méritent d’autant plus d’attirer un instant notre attention que c’est une des eatégories d’affections morbides à la guérison desquelles on a depuis longtemps appliqué l’électricité. Rien n’est si peu connu que la cause des névralgies; bien souvent elles peuvent être occasionnées par quebjue petite tumeur, quel<iue désordre musculaire ijui agit sur le nerf et produit la douleur. Mais nous ne parlons ici que de celles qui ont leur siège dans le nerf lui-même. S’il est permis d’énoncer une opinion, peut-être bien hasardée sur ce sujet, nous serions disposé à voir dans les névralgies proprement dites une perturbation dans l’état électriijue naturel du nerf, de telle façon qu’il y aurait lutte entre sa disposition anormale et Faction nerveuse régulière. Or rétablir, ?i c’est possible, l’influence préilominante de cette dernière action serait le moyen le plus sflr de combattre la névralgie; et pour cela-, l’emploi de l’électricité semblerait indiiiué. La forme sous laquelle l’électrisation devrait ‘ avoir lieu ne serait pas indifférente; il faudrait d’abord tâcher de faire pénétrer direcle'menl dans les nerfs les courants électriques, ensuite il serait iinportaiu de donner à ces courants une direction telle, que le nerf fût dans im état électrique semblable à celui qu’il a dans l’état normal. Or, la pratique médicale indique la nécessité d’avoir égard aux deux points que n.ous venons de signaler. M. Magendie a eu, le premier, l’idée de faire arriver les courants jusqu’aux nerfs, dans le traitement des névralgies de la cinquième paire, en introduisant deux aiguilles de platine, l’une à l’origine du nerf, ou au moins dans son voisinage immédiat, l’autre vers sa terminaison. Le courant continu d’une pile d’abord peu forte, mais dont on pouvait graduellement augmenter un peu la puissancet passait d’une aiguille a l’autre en parcourant le nerf et toutes ses divisions ; après la cessation de la douleur, qui n’avait lieu ordinairement qû’après plusieurs séances successives, on ne retirait pas immédiatement les aiguilles, mais on faisait exécuter au malade quelques-uns des mouvements qui ramènent ordinairement la névralgie, afin d’être bien certain qu’elle eût disparu. Quoique M. Magendie

Digiliz?^ bv Coogk

640 APPUCA.TIQKS DE l'ÊLECTIUCITÉ.

ait aussi employé les courants d'induction, M. James, qui a écrit un ouvrage sur le Traitement des névralgies par V électricité, remarque que pour réussir on est obligé souvent de faire usage d’un véritable courant continu. M. A. Becquerel caractérise, sous le nom de méthode substitutive ou perturbatrice, ce mode d’application des courants électriques. Lui -même a obtenu des résultats très-satisfaisants par une méthode qu'il appelle hyposthénisante, et qui me semble avoir beaucoup de rapports avec la précédente. Elle consiste aussi à faire circuler un courant direct et continu d'une certaine intensité dans le nerf; mais il est indispensable que le pèle positif de la pile qui produit ce courant soit placé vers le centre nerveux et le pôle négatif à la périphérie, de façon que le courant soit direct, c’està-dire qu’il parcoure les nerfs dans le sens de leur ramiücation. Si le courant est indirect, l'action thérapeutique n’en aurait pas moins lieu, mais les douleurs Seraient beaucoup plus vives pendant tout le temps qu’on ferait circuler le courant dans les nerfs. M. Becquerel, s’appuyant sur les expériences de MM. Nobüi et Marianini que nous avons citées dans la quatrième partiede ce Traité ', croit qu’en agissant ainsi sur le nerf, on engourdit momentanément sa sensibilité comme sa motilité, et c’est ce qui lui a fait donner à sa méthode le nopi A' hyposthénisante. Quoique, pour faire pénétrer le courant dans le nerf, la méthode dç l’électro-puncture de Magendie soit certainement plus sûre, cependant M. A. Becquerel, pour éviter une douleur trop vive aux malades, se contente le plus souvent de deux éponges humides pour électrodes; on applique l’une, la positive, sur le point du nerf le plus rapproché du centre nerveux; on promène l’autre, la négative, successivement sur les branches du nerf qui sont douloureuses. Ce traitement en général n’est pas long; si au bout de douze ou quinze séances on n’a rien obtenu, il est bien probable qu'on ne réussira pas. M. A. Becquerel a remplacé sans inconvénient, dans ce genre de médication, la pile à auges par un appareil d’induction, mais en ayant soin de n’avoir qu’un des courants induits tou-

* Tomo II, page 430. .

APPLICATIONS PHTSIOLOOIQimS. • 641

jours dirigé dans le même sens, et en disposant les électrodes de façon que oe sens soit tel que l’électricité positive arrive du côté des centres nerveux, et la négative par la périphérie. Jl faut de plus que les intermittences soient très-rapides ; dans ces conditions, les courants induits agissent comme des courants continus. Seulement dans le premier instant la douleur est très-vive, et elle est accompagnée d’un tremblement tibrillaire des muscles placés sûr la route des courants; cette douleur'est bientôt remplacée par la sensation d’un engourdissement qui augmente peu à peu, finit par devenir complet et firafoud, et persiste jusqu’à la fin de l'application. M. A. Ilecquerel cite plusreors'cas intéressants de guérison qu’il a obtenus par la méthode (jiie Pons venons de décrire, entée autres celui d upe jeune personne, âgée de dix-neuf ans,»atteînle d’une névralgie qui occupait les deux nerfs sus-orbitaires, et qui avait une marche régulière. Commençant à onze-hèures du matin, elle était tolérable jusqu’à quatre ou cinq heures après midi, moment à partir duquel elle augmentait d’intensité jusqu’à deux heures du matin, à un point tel que la malade ne pouvait s’empéchér de pousser des cris perçants, et qu’il y avait, dans les instants où la douleur était la plus vive, des mouvementé convulsifs du front et des paupières. A deuit heures du malin la douleur décroissait progressivement jusiju’à cinq heures'du matin, heure à laquelle le sommeil survenait; puis tout nrecommençait à onze heures. Tous les remèdes avaient été essayés, mais en vain : sulfate de quinine’ opium, valériane, vésicatoires morphinés, etc. Le traitement électrique fut alors appliqué; les trois premiers jours une séance de, dix à quinze minutes fut donnée à une heure, les deux électrodes étant placés entre les deux régions temporales pendant une moitié de la séance, et entre les deux nerfs sus-orbitaires pendant la seconde moitié. Chaque fois la douleur disparut subitement, et la malade n’en ressentit aucune atteinte jusqu’à six heures du soir, instant auquel elle revenait. Dès. lors on fit deux séances par jour, une à une heure, l’autre à six heures, et en dix jours la guérison fut complète et absolue. •

’Uuli e la inclhodo que nous venons de décrire, on en emploie,

Gi2 AW*LICATIONS BK L'hUCiniClTÉ.

dans le traileincnt des névralgies, une aulro 'imaginée par M. Dnchcnne qui est la niéllipile révulsive, fondée fur l’électrisalioii cutanée. No\is en avons déjà parlé plus haut à l’occasion des hypéreslliésics eu donnant des détails Suftisaiits sur la mauière dont on la pratique; suivaiit M, Becquerel, ce mode d’application de l’électriché jiroduit l’anestUf’rsie du nerf malade en dôtcrininaui une douleur dérivatricc : nous sommes pluUU disposé à croire que c’est, comme nous l’avons dit, par un eÜ'et direct sur les dernières ramiücations nerveuses qu'il agit. Ce mode de traitement, appliqué particulièrement par M. l)uchenne à la névralgie sciatique, çst susceptible cependant d’être employé contre toute autre espèce de ué\j'algie. Quoiqu’il ng donne pas toujours des résultats satisfaisants, il est néfiumoins des cas particuliers où il semble plus approprié que. le premier, dont l’emploi nous parait pourtant plus rationnel et plus propre à amener une guérison prompte et complète. - . Parmi les paralysies du sentiment, celles des organes des ■ sens mériteht tout particulièrement d’attirer notre attention, quoique jusqu’ici, il faut le reconnaître, l’emploi de l’éleclricilé dans leur traitement n’ait pas donné des résultats bien satisfaisants.

Magendie est le premier qui ait essayé, par une application rationnelle de l’éleciricilé, de traiter la paralysie complète ou incomplète de la vue, c’est-à-dire l’amaqrosc à ses différents degrés; il parait bieft qu’il a obtenu quelques succès; cependant Cf mode de traitement n’a pas été généralement adopté, ce qui prouve qu’il laisse quelque chose à désirer, et qu’il n'est pas peut-être sans incouvénienl. Uemarquous d’abord qu’il se- •rnit parfaitemerH inutile d’employer l’électricité pour le traitement des amauroses qui sont liées à un état général, ou qui proviennent d’une maladie du cerveau; -il n’y a que les amauroses essentielles proprement dites, qu'on ait quelques chances de guérir i>ar ce moyen. Parmi celles-ci, les hystériques, u’étant le pjus souvent (juc passagères, disparaissent en général d’elles-mémes ou cèdent à une médication ordinaire, telle que l’hydrothérapie; cependant si çllessont persistantes, l’emploi de l’élcctridlé peut avoir un bon cUet. Les

A1TL1CA.T10NS THYSIOLOlilOtES. 6'l3

amauroses, (jui soûl accotupagiii'cs île rongcstion vers la tète, ne doivent pas èlre traitées par l’électricité, traitement qu’il faut surtout ^garder pour celles qui marchent avec un étal de faiblesse de l’organisme. 11 est rare, même dans ce cas, que lorsque la vue est perdue d’une manière absolue, on obtienne une guérison; cependant. Magendie .a guéri un c,is d’amaurose complète. Plus dn eiriploie l’électricité à une époque rapprochée du début de la maladie, plus on a de chances de réussir. C’est évidemment à une paralysie du nerf optique que sont dues les amauroses qui nous occupent. Aussi plus on atteindra ce nerf directement par l'électricité, plus on opérera dans de bonnes conditions; sous ce rapport l’éleclro-punclure, si elle n’ejfrayait pas trop les .malades, serait le meilleur mode d’applioation ; c’est ainsi qu’opérait Magendie. M. Persoii également, en implantant les aiguilles dans l'orbite et Aiêmealans la sclérotique jusqu’à rhumeur vitrée, a obtenu plusieurs cas de guérison complète; M. Magendie et luise servaient de courants continus. Ce sont aussi ces courants qu’emploie M. Pnrkinje, qui a remarqué que le sens du courant est loin d’ètro indifférent; ainsi, lorsque l'amaurose est à son début et qu’elle est accompagnée de douleurs subjectives, c’est l'électrode négatif qu’il place le plus près possible de l’œil sur lequel il veut agir, tandis que c’.est l’électrode po.sitif qu’il place ainsi quand l’amaurose débute par un affaiblissement de sensibilité de la rétine; le pôle contraire à celui qui est près de l’œil, étant placé à une certaine distance, en coulact avec la muqueuse buccale, par exemple.

M. Duchenne cbe un cas de diplopie qu’il a réussi à guérir par le courant d'une pile assez forte, en appliquant les deux électrodes humides respeclivémenl sur les deux paupières du malade préalablement fermées. Deux éxcilalions successives furent données à une seconde d’intervalle et à une dose trèsforte. Le malade vil une tlauAme eonsidérable qui lui causa une sorte d’éblouissement; il secoua la tète et ouvrant les yeux, il dit : Vous n'avez plus qu’une tète; je ne vois plus double. Sa guérison a été complète et s’est maintenue. M. Duchenne n’avait pas été toujours aussi heureux; ayant traité un jour des muscles paralysés de la face avec le courant d'une pile, il

644 APPLICITIOSS DK L ÉLECTRICITÉ.

occasionna dans l’œil du malade Tapparition d'une flamme subite (phospliène), qui fut suivie d’un trouble considérable de la vue dans cet œil, trouble qu’on n’a pas réussi à faire disparaître. C’est cet’ accident qui| en démontrant à M. Diichenne l'action spéciale des tourants continus sur la rétine, l’engagea à faire l’essai que nous avons cité le premier, et dont le résultat fut des plus satisfaisants. Nous avons déjà remarqué (|ue M. I)uchenne a reconnu aux courants (l’induction qu’il appelle du deuxième ordre, c’esl-à-dirè ceux qui ne sont pas les extracourants, la même propriété d’agir sur la rétine. Ce’pendaut M. A. Becquerel conseille de se servir plutôt des courants de tension médiocre et administrés avec des intermittences tentes, en appli(|uant les électrodes humides autour des oibites, sur les paupières mêmes; les séances doivent être courtes; il eu faut un très-grand noiribre, et on doit agir eu général avec beaucoup de précautions et de patience; le traitement- ‘peut durer quelquefois plusieurs mois. Si les éponges humides ne suflisent pas, on peut essayer l’électro-puncture qui présente de bonnes chances de succès.

La paralysie de l’organe de l’ouie a été traitée aussi par l’électricité; mais il est. évident qu’ici, comme pour l’organe de la vue, ce mode de traitement ne peut présenter de chances de succès (ju’autaut que le siège du mal est dans le système nerveux auditif. C’est pourejuoi on ne doit l’appliquer qu’après un diagnostic fait avec beaucoup de soin. Toutefois, même après (ju’on s’est assuré par une exploration rigoureuse (jue l'oreille moyenne est saine,- que tous les passages sont hbres, et que par conséquent la surdité a son sié^e dans l’oreille interne, il de s’ensuit pas, comme le remaniue j udicieusement M. Ménière', qu’elle provienne d’une lésion même du nerf àcousticjue. Il y a tant d’autres parties, tant de tissus dans l’oreille interne dont la lésion peut être une cause de surdité, que la conclusion que nous venons d’indiquer pourrait bien être souvent hasardée.

' Noii$ rviivu)»iis [Hiur Ic8 détails à un inurieau Irt-.s-iiiU-rosaiil île M. Ménlèri?, l'halijlc médpi in i-n ihrf de riiisliUit de» »oiirii»-nim l<, m»éré dan» le frailr des apphinhoiis de iélrclncifr n In Ihirapnihgitc de M. A. l.i ei|UiTel.

APPLICATlOilS PmSIOLOGIQUEg.

Mais la surililé- fût-elle nerveuse, M. Ménière, à la suite d'un j^ran J nombre d’essais variés de beaucoup de manières, estime que les courants d’induction n’ont pas d’efficacité dans le traitement de cettesurdité, si elleest essentielle et non pas symptomatique, comme celle qui s’observe chez les hystériques, cas dans lequel presque tous les moyens lhérapeuti(|Ues ont un égal succès.

Malgré ces résultats décourageants, appuyés d’une autorité trop respectable pour ne pas y ajouter une pleine confiance, nous voyons tju’il y a des cas rebelles aux autres moyens curatifs dans lesquels on peut essayer l’efnploi de l’électricité, qui d’ailleurs ne présente pas d’inconvénients, s’il n’offre pas les avantages qu’on en attend. Aussi nous donnerons en quelques mots les moyens d’opérer indiqués par M. Duchenne. On commence par injecter dans le conduit auditif externe, qui est placé verticalement au moyen de l’inclinaison de la tète, une quantité d’eau suffisante pour remplir sa première moitié. On y plonge un fil métallique, qu’on met en communication avec l'un des électrodes des courants induits, pendant que l’autre se termine par une éponge humide enfoncée dans un cylindre que l’on place sur la nuque; il faut avoir soin que le fil métallique ne soit point en contact avec la membrane du tympan ou avec les parois du conduit auditif. On ne doit employer que des courants tres-faibles et appropriés à la délicatesse de l’organe' sur lequel on agit. Les sensations qu’éprouve l’oreille, lorsqu’elle est saine, sont assez remarquables; c’est d’abord un bruit sec, qui se rapproche de celui du battement des ailes d’une mouche qui vole entre une vitre et un rideau lorsque les intermittences deviennent très-rapides. Puis à ces phénomènes d’audition s’ajoute une sensation de chatouillement qqi se communique à différentes parties de la langue ; il y a également une sensation gustative spéciale qui se manifeste quand l'excitation est assez énergique. Les sensations perçues dans le fond de l’oreille et dans les deux tiers antérieurs de la langue annoncent bien une excitation des nerfs de la membrane et de la corde du tympan, ce qui semble devoir faire espérer qu’une opération qui ébranle si profondément le système nerveux 4® l’oreille, doit exercer une iiilluence heureuse sur certaines sur-

646 APPL1CAT10NÎ5 DE l'ÉI ECTBICITÉ.

dilés nePTeuses. M. Duchenne cite en effet, à c^té d'un nombre à peu près égal d'insuccès, des cas où il a obtenu par l’électrisation de la membrane et de la corde du tympan, soit la guérison, soit une amélioration dans des sunlités nerveuses indépendantes d’une lésion organique. Tout dernièrement il a réussi à guérir presque entièrement un enfant affecté d’une surdi-mutité congéniale, de l’espèce de celles qui jusqu’ici ont été considérées comme incurables. Ce cas, qui est le premier de ce gebre, est d’un immense intérêt ; s’il n’est pas l’elfet d’une illusion, si en particulier il se répétait, il démontrerait que la sutdi-mutilé congéniale peut, sous l’influence de l’eicitatiou électrique de l’oreille interne, être, sinon compléletnent guérie, du moins considérablement améliorée; c’est en opérant sur l’oreille interne, suivant le mode que nous avons décrit plus haut, que M. Duchenne a obtenu ce résultat inattendu.

Quant à l’odorat et au goùl, les tentatives qui ont été faites pour les rendre par un traitement électrique, quand ils' ont été perdus, sont trop peu nombreuses et trop peu importantes pour que nous nous y arrêtions.

Parmi les maladies au traitement desquelles on a appliqué avec succès l’électricité, nous devons mentionner encore les atrophies; nous avons déjà parlé de celtes qui atteignent les muscles qui, par l’effet d’une paralysie ou par une cause quelconque, cessent de fonctionner; nous n’y reviendrons pas. Mais il en est d’autres huxquelles on ne peut alléguer de causes générales, et dans lesquelles les différentes parties du système nerveux , l’encéphale, la moelle épinière et les nerfe, restent dans un état d’intégrité parfaite, avec cette différence cepepdant que dans plusieurs d’entre elles les racines antérieures des nerfs spinaux sont atrophiés ; ce sont les narines postérieures de ces mêmes nerfs qui seules restent intactes. Cette es|)èce d’atrOphie, désignée sous le nom d’atrophie musculaire graisseuse progressive, envahit successivement faisceau par faisceau, libre par fibre, les muscles soumis à la volonté, en laissant intactes la sensibilité générale et spéciale, les facultés intelicCtuelles et affectives, et toutes les fonctions de la vie de nutrition autres que la nutrition des muscles. M. Cruveilher, à qui l’on

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APrUCVTlONS PHYSIOLOGIQUES. Ü47

doit la découverte de l'exisleiiCe, dans cette affection, de l’atrophie des racines antérieures des nerfs- spinamc comme accompagnant celle des muscles, reconnaît deux degrés danscette dernière: dans le premier, le muscle est réduit du cinquième au dixième et'incme au vingtième de son poids, sans altération de structure, mais seulement avec une diminution notable dans l’intensité de la coloration rouge; le deuxième degré est alors l’atrophie par transformation graisseuse. Suiv:^nt M. Duchenne et .M. Valérius, l'a sensibilité et la contractilité électriques sont diminuées , mais non abolies dans un muscle atteint d'atrophie; plus lard , et même avant que les fibres musculaires se soient toutes atrophiées, le muscle ne se contracte plus, quelque intenses que soient les courants auxquels on le soumet, mais la sensibilité des nerfs sensoriaux qui n’avait été que peu ou point affaiblie persiste; toujours. M. A. Becquerel croit que la contractilité électrique persiste dans les fibres restantes, et qu’elle y conserve le même degré d’énergie, mais que, comme ces fibres ont considérablement diminué en nombre, la contractilité totale du muscle est notablement diminuée. Lorsque les muscles sont le siège de la transformation ‘graisseuse , la 'contractilité électro-musculaire es.t alors tout à fart anéantie. M. A. Becquerel ne croit pas que, dans ce genre d’affections, l’électricité puisse être appliquée avec avantage; c’est aussi l’oiiinion de M. Valérius. M. Duchenne estime au contraire i|ue, tant que les muscles conservent leur contractilité électrî(]ue et les contractions fibrillaires, avant la période extrême où la transformation graisseuse commence à se, produire, il est permis d’espérer de les sauver d’une destruction complète, et peut-être de les développer plus ou moins en y rappelant la nutrition au moyen de l’électrisation localisée. Il me semble (|ue les cas remarquables de guérison ou d’amélioration cités par M. Duchenne protiveraient la vérité de son assertion, du moins quand l’atrophie musTulaire graisseuse est locale et est la conséijuence d'un travail forcé et conliiiii; mais il est probable qu’il n’en serait plus de même quand l’atrophie est, générale et spontanée, sans cause occasionnelle. Il semble résulter en effet des cas de guérison cités par M. Du-

f)48 APPLICATIONS DE l'ÉLF.CTRICITÉ..

chcmu', que l’atrophie musculaire progressive se porte enclusivement sur les muscles qui sont le plus îatigués, et qu'ime fois guéris par l’électrisation localisée, le seul fait de la reprise d'un travail pénible occasionne des rechutes.

Une question générale très-intéressante se présente ici; lorsque, comme cela a lieu dans les cas qui nous occupent, l’atrophie des racines antérieures des nerfs spinaux accompagne l’atrophie musculaire graisseuse, il semble difficile de comprendre qu’on puisse guérir, même par l’électricité çt en agissant uniquement sur eux, des muscles auxquels n’arrive plus l’influence nerveuse qui leur donne la vie et détermine la nutrition. M. Duchenne est disposé à croire qu’ici, comme dans le cas de l’expérience de AI. Cl. Bernard, que nous avons citée plus haut', des conducteurs nerveux de nouvelle formation remplacent les racines nerveuses atrophiées, et que l’électricité rend aux muscles la propriété, longtemps suspendue, dé subiv pour leur nutrition l’influence nerveuse qui avait été arrêtée ou gênée. Ce point de vue, dont nous ne saurions méconnaître la justesse, conduirait à admettre que l’électricité ne saurait être efiicqce qu’autant que la cause fondamentale du mal, l’atrophie des racines nerveuses, aurait déjà cessé oq du moins diminué; son action consisterait donc essentiellement, comme nous l’avons déjà observé^ dans nos remarques préliminaires, à rétablir la relation interrompue entre les muscles et les dernières ramifications nerveuses destinées à les animer. La présence de la contractilité volontaire et de la contractilité électrique, qui persistent dans cette affection, tant qu’elle est curable, semblent à M. Duchenne ne pouvoir se concilier avec le nom de paralysie atrophique que M. Cruveilher lui a donné; il est même convaincu qu’en s’y prenant à temps, c’est-à-dir e en n’attendant pas pour agir que les muscles ne remplissent plus du tout leurs fonctions, ou qu'ils soient entièrement détruits, on peut nonseulement arrêter la marche envahissante de la maladie, mais même refaire delà libre au moyen de l’électrisation localisée. Il est probable que les.divergencesqui existent entre M. Duchenne

' Tfimn III, pa«' (124 (mile;. ^

IPPLICATIOMS PB¥slOLO<ilQUEg. 649

pl M. A. Berquerel, relativement au traitemeat des atrophies nuisçulaires progressives, tiennent ici, comme cela arrive si souvent, simplement à ce que les cas observés par ces deux habiles médecins u étaient nullement dans les mêmes conditions, soit quant à l’origine, soit quant à la période de la maladie

Le traitement de l’atrophie musculaire graisseuse progressive exige en général l’emploi d’appareils de très-grande force et à intermittences très-rapides ; il est évident sju’il faut diminuer graduellement l’intensité du courant, tout en la maintenant considérable, à mesure que s’accroît la sensibilité des muscles, d’abord obtuse; la durée de chaque application ne doit pas être trop prolongée (huit à dix minutes au plus). Enfin il faut avoir soin de diriger l’excitation électrique, surtoutsurles muscles doutles usages sont les plus nécessaires, tels queceuxqui sont les agents indispensables de la respiration et du mouvement.

Nous avons vu que M.Ducbenne n’a pas distingué l’atrophie musculaire essentielle, qui est la conséquence de l’atrophie des racines antérieures des nerfs rachidiens, désignée par M. Cruveilher sous le nom de paralysie atrophique, de celle dans laquelle il n’y a aucune lésion des nerfs, et qui nous paraît cependant dilférer essentiellement de la première; par contre il classe avec raisuu sous un chef distinct, sous le nom de paralysie atrophique graisseuse de l’enfance, la maladie décrite avec grand soin par M. Ililliet sous le nom de paralysie essentielle de l’enfance. M\ Duchenne admet, dans cette paralysie, deux degrés, l’un danslcquel la contractilité électrique musculaire est intacte, l’autre dans lequel elle est au contraire très-alfaiblie et même abolie) Comme on le voit, l’exploration électrique musejulaire permet de distinguer ces deux degrés, qui semblent correspondre à deux genres d'afl'ections, l'une qui suit une marcl|e aiguë et se termine par une guérison rapide, l’autre ayant une durée pfus longue et se terminant par l’atrophie et la transformation graisseuse d'un pUisouineins grand nombre de muscles. La première est peut-être une affection périphérique légère, probablement dénaturé rhumatismale, tandis que la seconde* tient, à ce, qu’il paraît, à un état morbide quelconque d’une partie plus ou moins étendue de la moelle épinière, car elle se

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6oO Am.lC.VTIONS DF. I,’ÉlF.CTniCITf .

rapproche Jjeaucoup par ses symptômes et par sa marche, de la paralysie consecutive à la lésion traumatique des nerfs spinaux ou de la moelle. La paralysie atrophique graisseuse de l'enfance se distingue de la paralysie atrophique progressive que nous avons décrite plus haut, en ce que, contrairement à celleci, telle va en décroissant, ce qui tient à la cause très-différente , des deux affections. M. Ducheune s’est beaucotip occupé de celte maladie; il a cohstaté, dans un très-grand nombre de cas,' ijuc l’électricité localisée, appliquée à temps, peut abr<%er la durée de la paralysie, diminuer, sinon prévenir l’atrophie des muscles, et peut-être empêcher leur transformation graisseuse. 11 a vu, à une époque très-avancée dq la maladie (aprè$ un an et plus de durée', les muscles (jui ne sont point graisseux recouvrer leur contractilité électritjue, quelque atrophiés qu'ils aient été. Lors même ijue l’absence de toute contractilité- électrique ferait craindre que le tissu musculaire soit devenu entièrement graisseux, il faut encore essayer uu traitement électrique pour le cas possible où il resterait, comme cela s’est présenté, quelques fibres musculaires saines, cachées dans l'épaisseur du tissu graisseux. L’électricité localisée, en favorisant leur nutrition, finit par les développer en augmentant à la fois leur force et leur étendue. ' ‘

Obligé de nous restreindre, nous ne nous arrêterons pas longtemps à toutes les affections autres que celles dont nous avons parlé, qu’on a également essayé de traiter par l’électricité; ce serait d’ailleurs malheureusement enregistrer plus d’insuccès que do succès. Nous avons déjà indiqué la métbdde de Nobili, appliquée parMatteucci pourlaguérisondutélau6s;cette mélhode, qui consiste- à faire passer un courant continu direct le long de la moelle épinière, eu iniroiluisant le malade graduellement dans le circuit voltat(jue pour éviter les contractions mùscnlaircs, n’a jamais été appliquée qu’une fois: le malade parut soulagé, mais les blessures ijui avaient oécasionné le tétanos étaient trop graves pour qu’il pût survivre, de sorte (ju’on ne iml pas tirer de conclusion positive. D'ailleurs, comme le remanpie M. Dubois-lleymond, fa moelle épinière étant située ires-profondeiiient, il faudrait, pour agir sur elle, faire usage

APPLICATIO?»S PHTSIOlOGIOrtS. t)5I

de courants très-intenses, ce qui, d’un autre côté, ne serait pas sans danger; de plus il serait nécessaire d’agir aussi directement sur les muscles tétanisés eux-mèmes.

Les convulsions en général ont été également dès longtemps soumises à des traitements électriques; il est évident qu’on n’a rien à espérer de ces traitements pour celles qui sont une conséquence d’une lésion actuelle (juelconque de la moelle ou du cerveau; c’est tout au plus les contractures accompagnées ou non de paralysie qui persistent après que les lésions des centres nerveux sont cicatrisées, qu’on peut avoir quelque espérance de guérir par l’application de l’électricité, comme nous en avons cité quchjues exemples. O'iant adx convulsions des enfants, qui ont lieu en général sous l’inlluertce d’une excitation cérébrale, l’emploi de l’éleetricité non-seidcment n’otfrirait pas de chance heureuse, mais pourrait être dangereuse en risquant d’augmenter cette excitation. Il n’en est point de même des convulsions et des contractures hystériques auxquelles l’applicalion judicieuse du traitement électrique peut être fort utile, comme elle l’est du reste, ainsi que nous l’avons vu dans la plupart des aifeCtions hystériques en général. Nous ne reviendrons pas sur, l’application faite par M. Uemack des courants continus à la guérison des contractures, guérison qu’il regar'de comme une consé(|uenc4! d’une action réllexe et d’une excitation sjiéciale des centres nerveux; ce point nujritcrait un examen approfondi-, pour le(|uel de nouvelles observations seraient encore nécessaires.

L’épilepsie, la catalepsie ont été, dit-on, guéries par l’électricité;, mais ces prétendues guérisons , annoncées déjà dans les premiers temps <où l’on essayait l’action thérapeutique de l’électricité, n'ont jamais été véritiées, et on n’a.pas tenté de les renouveler ju.s(|n’à priaient. La chorée paraît plus susceptible d’éprouver une iniluence heurettse de la médication électrique ; quelques essais tentés par .M. A. Becijuerel’ tendraient à le prouver; malheureusement le nombre des faits relatifs à ce mode de traitement pour ce genre de maladie est tres-restreint, et il serait bien à desirer que de nouvelles recherches vinssent fixer les idées sur ce point d’une manière plus positive.

♦î52 APPLICATIONS DK L ÉLECTRIClTf;.

L’aslhmc el l'angine de poitrine sont encore deux sortes d’affections .pour lesquelles un traitement électrique a été tenté. M. Duchenne dit avoir réussi L guérir l’asthme nerveux par l’électrisation cutanée, mais il n’a cité à cet égard aucun cas positif, ne trouvant pas encore ses observations assez nombreuses, etélantdans l’intention de poursuivre ses expériences.

L’angine de poitrine , maladie heureusement assez rare et qui est une affection probablement de nature nerveuse, a été l’objet de recherches fort intéressantes de la part de M- Duchenne. H parait bien constaté, d’après ces recherches, qu’elle est indépendante des lésions organiques du cœur, qui du reste sontbeaucüup plus fréquentes qu’elle, mais qu’elle accompagne quelquefois. Dans l’opinion de M. Duchenne, c’est l’accès qui, dans l’angine de poitrine, tue presque toujours. Il importe donc de chercher le moyen d’arrêter ces accès, puisque un seul peut être suivi de mort immédiate, et d’empêcher leur retour en enrayant la maladie. C'est en appli»|uant pendant l’accès sur chaque mamelon du malade l'extrémité de chacun des fils conducteurs de son appareil d’induction, à son maximum de force, qu’il a réussi à faire disparaître la douleur de l'angine et les autres phénomènes qui l'accompagnaient; mais la douleur artificielle fut atroce, quoique instantanée. Quelques électrisations cutanées pratiquées à des intervalles assez éloignés sur les points douloureux enlevèrent le reste de l’angine, et le malade put reprendre son étal de corroyeur. Ce mode de traitement réusftit prcs([ue aussi bien dans un second cas cité par M. Duchenne. Néanmoins ici aussi un plus grand nombre d'observations sérail nécessaire pour établir sur une base solide le traitement électrique, dans le cas de l’ajigine de poitrine, quoique nous reconnaissions volontiers que s’il est bien démontré que celte alleclion u’est qu’une forme de névralgie, ce mode de trailemetil doive donner des résultats satisfaisants.

Nous lerminérions ici celte longue énumération des divers cas palhidogiques dans lesquels le traitement électrique a été tenté à ditféreules éimques el sous différentes formes, si un cas intéressant, que nous citerons encore, ne. venait nous démontrer combien ce mode de traitement, tout eu étant précieux

APPLICATIONS PHTSIOIOGIQOES. 653

pour la guérison d'atl'ections locales, est impuissant, comme au reste presque tous les autres, contre le principe morbide, duquel, dans tous les éas, dérivent ces affections quand elles ne sont que les symptômes d’u'n élafmaladif général et non un simple mal local. Ce cas, auquel nous venons de faire allusion, et qui a été observé à (îenève par MM. les docteurs Coindet et Duval; est relatif à une jeune fille de dix-sept ans et demi, chez laquelle s'est manifestée une gangrène des doigts, dépendhnt d’un arrêt momentané de circulation sous l’influence hystérique. Tous les doigts de la main droite , à l’exception du pouce, étaient de couleur ardoisée Jusqu’au milieu de la deuxième phalange, froids et complètement anesthésiés; l’index et le doigt du milieu étaient’ contractés dans une demi-flexion; tout mouvement était impossible, et la malade éprouvait de vives douleurs. Le pouls radial était tout à feil insensible, et' il fallait remonter jusqu’au milieu du bras pour percevoir les pulsations dé l’artère humérale. A gauche les mêmes symptômes existaient à un degré moindre, et on y percevait la pulsation de l'artère radiale. L’électrisation ayànl été pratiquée avec l’appareil volta-électrique de M. Duchenne, la jeune fille, au bout de dix minutes, s’écria qu’elle pouvait remuer les doigts, et elle les remua; en même temps la douleur cessa, les pulsations radiales reparurent à droite, et s’élevèrent de 92 à 116 par minute; le sommeil, absent depuis cinq nuits, reparut ;' cependant au bout de quelques heures la douleur revint. Les jours suivants on continua le même traitement; après chaque séance d’électrisation la doqleur cessait pour revenir, il est vrai, mais après un intervalle de plus en plus long. La roideur des doigts était ‘moins- ferme; les nuits étaient bonnes ; la contracture avait disparu depuis la première séance, et les' pulsations du pouls u’out plus dès lors cessé d’ètre perceptibles. Üès le deuxième jour, il se manifesta après chaque séance une aboudaute transpiration des doigts, d’une odeiir fétide. Au bout de sept jours la couleur des mains était devenue tout à fait normale, sauf à la face palmaire de Ifit troisième'pliai ange de l’indéx et de l’annulaire, dont l’ épiderme s’étdit soulevé et finit par tomber dans un bain. Dès lors l’aflec-

654 AITLICAIIONS DE 1,’tI.EClKIClTÉ.

lion locale ne reparut plus. Le .IraiteineiU accessoire avait consisté en bains et quelques laxatifs et diurétiques. Mais, malgré cette guérison, la santé générale est restée mauvaise; il y a eu des accidents hystériques, et la jeune lille est devenue phthisique. On voit eependaut que l'eiïet de l'électricité a été extrêmement prompt et d'une. évidence incontestable, mais que s'il a pu guérir le mal local, il n'a pu modifier le fécheux état de la sanlé^énérale qui avait probablement amené ce mal.

Nous ne lcrmiiieruus pas ce long paragrajdie .sans insister de nouveau sur les précautions qu'exige l'emploi de réleclricilé dans la thérapeutique. L'tdcctricité, si elle ne produit pas ,dc bons effets, n'est pas toujours du iindiis c/>mplélemcul innocente; ainsi les décharges des bouteilles deLcyde, le courant d'une pile trop forte, et surtout les' courants des puissants appareils d'induction, peuvent occasionner des aaidents, cérébraux et nerveux qu'il est important d'éviter. 11 est vrai que ces accidents sont variables avec les individus; mais le nombre de ceux qui ne sont pas prédis[»osés à les éprouver est bien moindre (jue le nombre de ceux qui en sont affectés. Les accidents que peut produire l'électricité sont très-variés; ce sont d'abord un état général de fatigue, de brisement des memhrc.s, une grande susceptibilité nerveuse, quelquefois même une congestion cérébrale; ce sont aussi la réapparition de maladies ancienties, telles que névralgies, divers accidents nervéux, le renouvellement d'hémorragies cérébrales, etc.; c'est encore une augmentation d'intensité des maladies chroniques qui existent au montent où l'on administre l'électricité; l'existence de semblables maladies, lorsqu'elles ont une certaine intensité, doit faire craindre l'emploi de l'électricité,' lors même qu'il eu résulterait quelque amélioration momentiuiée.

hidépendamment de ces accidents g'énéraux; l'électricité peut, quand elle est mal appliquée ou appliquée mal à propos, produire des effets locaux fâcheux. C'est ainsi qu'elle risque, quand on s'en sert trop tôt ou qu'on l'emploie trop iutgnse, d'aggraver ou de renouveler les paralysies symptomatiques des maladies du cerveau et de la moelle. Dans les paralysies rhumatismales aigues, l'emploi de l'élcctritc augmente sou-

APPLICATIONS PnYS10l0Cl(.>li;S, 6i)0

venl lee douleurs cl les rend intolérables, sans produire aucun bien au fotu\. Nous n’insisterons pas sur les accidents qui peuvent provenir de ce qu'on agit avec des doses trop fortes d’électricité, en particulier dans le traitement des ancslbésies et des paralysies des organes des sens ; nous en avons déjà donné des exemples, en nous occupant de ce .genre d’alleclkms; d’a.il- IcUrs il est évident qu’il en est de ce procédé thérapeutique comme de tous les autres qui, salutaires quand ils sont appliqués à doses modérées, deviennent dangereux (juand on les exagère. Dans les névralgies il est rare que le traitement électrique, soit qu’il ail lieu par la méthode révulsive de l’électrisation cutanée, soit qu’on opère eu agissant directement sur les nerfs par la méthode hyposlhénisanle, produise des, accidents. 11 n’en est pas de même des maladies convulsives pour lesquelles l’emploi de l’électricité exige beaucoup de précautions. Il est des alfeclions, telles en particulier que les atrophies, pour lesquelles il importe excessivement de savoir appliquer l’électricité au momeiil opportun; car autant elle peut faire de bien quand elle est appliquée à temps, autant elle peut être fâcheuse quand on l’applique trop lard.

.Telles sont quelques règles générales que l’expérience a indiquées; mais c’est surloul.au tact du médecin, à son diagnostic et à sa prudence, qu’il faut s’en remettre pour la direction à suivre dans l’oinplpi de cet agent thérapeutique, dont la médecine a déjà tiré parti, mais dont elle a encore, suivant nous, beaucoup à espérer'.

§ 4. EflTeta thvrapeutiquos iudirecti de l’électricité.

Nous avons déjà dit rpue nous Massions sous ce 'chef les effets (hérapeutiques (jne produit rélectricité, quand elle agit non plus en vertu de s<’s propriétés physiologiijues, mais en vertu de ses propriétés chimiques ou-physiques, "et par conséquent comme tout autre agent chimique ou physique. Nous

* Nous ne terminerons p.is ce paragr.iplie sans rappeler que c’r.«t à M. Masson qu'un doit, à la suite d'expériences éleclro-phvsioloÿiqucs très-intcrc8s<iptes, la première idée de l'applicution des courants induits à la thérapeutique.

656 APPLictTions DE l'électricité.

parlerons aussi ici des effets qui tiennent à l'action de l’électricité en général, sans qu'on puisse assigner exactement à quel genre de propriété ils se rapportent, tel est par «xemple celui qui consiste à rappeler la, sécrétion lactée. En effet, quoique la sécrétiod' lactée soit une véritable opération chimique, il est bien probable que l'électricité , en la provoquant ; n'agit pas chimiquement, mais bien physiologiquement, en excitant les nerfs qui se rendant aux glandes mammaires déterminent la sécrétion. Si cette influence de l'électricité était une action chimique, les courants voltaïques continus seraient bien plus propres à la provoquer que les courants induits discontinus; or l’expérience a démontré le contraire. Il y a plus; on a éssayé défaire passer du sang, au moyen de l’électricité voltaïque; à travers des organes sécréteurs, tels que le foie, les reins, etc., séparés du corps de l’animal et par conséquent privés de vie, et on n’a jamais obtenu que le même produit, savoir, un liquide identique- résultant de la décomposition électro-chimique, du sang' ; ce qui prouve que ces organes n’agissent dans ce cas que comme de simples conducteurs humides. Toutefois, quel que soit le lUode d’action de l’electricité, il n’en est pas moins constant qu’elle agit d’une raaniéfe remarquable sur la sécrétion lactée, c’est ce qui résulte d’une observation de M. Aubert, répétée et vérifiée par M.’ A^ Recquerel sur une jeune femme / de vingt-sept ans, chez laquelle, à la suite d’émotions répétées, ' la sécrétion laclé>e diminua dans le sein droit et se tarit à peu près complètement dans le sein gauche. On appliqua des courants induits d’une médiocre intensité à ce dernier sein ; on leur faisait traverser la glande mammaire à l’aide des électrodes munis d’éponges humides, placés sucessivement dans les divers points de la surface du sein, et de manière que les courants pénétrassent dans presque toutes ses parties. On fit trois séances de quinze minutes chacune; dès la première, la onontée du lait se fit dans la soirée; elle continua dès lors sans cesse, et le soir ' du troisième jôur. le lait était abondant dans le sein gauche.

‘ Ces r.-iilâ sont le résullat d'cxpérieiiccf que nous avions railes, U. Macaire cl moi, en IRÎ4, cl qnc nous n’avons jamais pnbliéts.

APPLICATIONS PHTS10L061QÜZS. 657

Depuis cette époque, la jeune femme n'a pas cessé d’avoir du lait en abondance, et l’eufanf, qui avait souffert de la suppression momentanée de sa nourriture, s’est promptement rétabli et a continué à venir très-bien.

Il paraîtrait que ce n’est pas seulement sur la sécrétion lactée que l’électricité peut agir; M. Ludwjg a démontré en effet, au congrès scientifique de Vienne en 1856, qu’elle augmente en général la quantité des liquides sécrétés, qu’elle détermine, par exemple, une augmentation considérable de la sécrétion des glandes salivaires, en étant appliquée méthodiquement sur ces glandes. Ce genre d'application nous paraîtrait digne d’être étudié avec soin, car il pourrait rendre d'importants services.

Si, comme nous l’avoifs dit, c’est plutôt à ses propriétés physiologiques qu’à ses propriétés chimiques, qu’il faut rapporter l’effet de l’électricité sur les sécrétions, il n’en est plus de même quand il s’agit des tentatives qu’on a faites de l’employer à dissoudre les calculs de la vessie. La première idée de cette application appartient au docteur Ilarle de Norwich, mais les premiers essais qui en ont été faits sont dus à MM. Prévost et Dumas; ils les ont dirigés, non pas en vue d’extraire le calcul, mais en vue de détruire l’état d’agrégation qui lie ses molécules entre elles, parce qu’une fois devenu friable, il sortirait facilement. Ils se|sont assurés d’abord, en appliquant sur.le calcul même plongé dans l’eau, les fils de platine servant de pôles à une pile assez forte, que le calcul se décomposait, ou plutôt se réduisait en une poussière fine telle qu’au bout d'une double opération de seize heures, les fragments les plus volumipeui n’étaient pas de la grosseur d’une lentille et pouvaient par conséquent passer au travers du canal de l’urètre; cependant le calcul très-compacte pesait 92 grains avant l’expérience. Le point principal sur lequel ont porté ensuitp les rechefehos de M.M. Prévost et Dumas a été de déterminer tout ce qui touche à la sensibilité de la vessie dans ce genre d’opération, afin de savoir jusqu’à quel point elle serait praticable sur l’homme vivant. Ils ont cru pouvoir conclure d’expériences faites sur des chiens, qu’il serait possible d’introduire dans la vessie les deux

lU.

658 imic.vTioNS de l’électricité.

comluclcui's servant d’éleclroilcs à un courant voltaïque et d’y produire une ahomlanle décoiuposUion chimique, sans blesser cet organe, ni l'airccler d'une manière fAcheuse. Mais, tout en voyant que leur niéiluxle était susceptible d’application, ils ont reconnu qu’elle ne peut ofl'rir aucun avantage pour l’extractiôn des calculs qui ne sont pas des composés salins tels que des phosphates alcalins, mai» qui se composent en totalité ou en grande proportion d'acide urique. Userait donc essentiel, avant tout, de s’assurer de la nature des calculs Quant au liquide à introduire dans la vessie, ils ont trouvé qu’il y a vait"de l’avantage, pour faciliter la dissolution du calcul, à substituer à l’eau une dissolution de nitrate de potasse C’est ce qu’a constaté plus tard, par une série d’expériences, M. Bounet, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu à Lyon. Il a successivement placé plusieurs calculs de nattire différente entre deux électrodes de platine, en les plongeant dans une dissolution de nitrate de potasse (4 gros dans 4 onces d’eau), et il a féuM ftles détruire partiellement en les faisant traverser par le courant pendant un temps plus ou moins long. Les calculs d’oxalate de chaux sont les seuls qui ont résisté à l’action ; les autres se dissolvent plus ou moins vile; l’effet le plus prompt a été obtenu sur-un calcul ammoniaco-magnésien; toutefois les réactions, en général, sont faibles et lentes, ce qui reud l'opération plus difficile sur le vivant f cependant le point que M. Bonnet a résolu d’une manière satisfaisante, c’est de pouvoir porter sur les calculs urinaires, au moyeu de la décomposition électro-chimique d’une dissolution saline, des acides ou des alcalis, sans que les réactifs puissent se -répandre dans rurine que contient la vessie. Le docteur Bence Jones a repris ce sujet qu’il a enrichi de nouvelles observations iuléressaules svir la dissolution des calculs au moyen du courant vollalijue; il a trouvé, après bien des essais, qu’une dissolution plus ou moins toncentrée dp nitrate de potasse était, daos presque tous les cas, le liquide dans lequel il valait le mieux plonger le calcul, quelle que fût sa nature, pour obtenir ' un prompt et bon résultat; il a réussi même à dissoudre assez complètement des calculs d’oxalale de chaux, pourvu qu’ils renferment aussi des phosphates, tandis que s’ils contiennent

APPLICATIONS PnYSlOI.Or.lQt'ES. {);J9 '

des urates!, et surtout s'ils ne Sont ijue des oxalates, leur dissolution est beaucoup plus difficile.

Malgré toutes les cxpiriences que nous venons de rapporter, la dissolution des calculs dans la vessie même n’a pas encore été tentée, ou, du moins, si elle l’a été, ce que nous ignorons, les résultats de l’Opération n’ont pas été heureux, puisqu’on en est toujours, pour le traitement de ée genre de maladie, à l’opération si remarquablement perfectionnée maintenant, de la lithotritié. Ce résultat négatif ne nous étonnerait pas, car, en introduisant dans la vessie d’abord une dissolution de rritrate de potasse, et ensuite les électrodes, il nous semble que c’est beaucoup plus sué le nitratp que sur le calcul que doit agir le courant; et, en supposant qu’on agisse sur le calcul indiéectemCnt, c’est-à-dire par l’effet de l’acidc' nitriqoé et âè ta potasse dégagés respectivement aux deux éleclro'des bn Mbtaéi avec le calcul, nous pensons que la présence dd ces deux cofps dans la vessie ne doit pas être innocente. La circulation d’un courant électrique, aussi fort que celui qui est nécessaire, ne doit pas être ikm plus sans danger. ’

Une autre application thérapeuto-chimique de l‘éleclricité est' relative à l’extraction des métaux introduits et séjournant dans l’organisme, qii’ils aient été pris, soit sous la forme lle remèdes, soit par absorption dans les arts et métiers qui exigent leur emploi. C'est à M. Pocy qu’est due l’idée de cette application, qu’il a réalisée en plongeant le malade jusqu’au cou dans une baignoire métallique, isolée du sol, où il est étendu horizontalement sur un banc de bois, de toute la longueur de son corps qui ainsi ne se trouve point en contact immédiat avec le métal de la-baigiioire. On acidulé l’eau avee de l’acide nitriijue ou de l’acide hydrocldoriipie pour l’extraction du mercure, de l’argent ou de l’or, et avec de l’acide sulfurique pour l’extracliob du plomb. On met eli contact le métal de la baignoire avec le pôle négatif de la pile, et on fait tenir au malade le pôle positif, tantôt de la main droite, tantôt de la gauche. Suivant M. Poey, le courant électrique, en traversant le corps qui est dans le bain, * entraîne avec lui les particules mélalliqucs qui s’y trouvent, et les dépose sur le métal de la baignoire ; il affirme qu’on a trouvé

/660 APPLICATIONS DE L'ÉI.F.CTRICITft .

des traces de mercure et de plond) dans le liquide, après avoir soumis à ce traitement des personnes chez lesquelles on savait d'avance que ces deux métaux devaient se trouver. Nous avouerons sans peine que nous avons beaucoup de doutes sur la réalité de ce mode de traitement ; nous ne concevons pas d’abord comment le courant électrique peut amener dans le liquide du bain des molécules métalliques qui, d'après les lois de la décomposition électro-chimique, iloivcnt ne se déposer que sur les surfaces métalliques des électrodes. De plus, il nous parait difficile que ce courant en circulant dans tout l’organisme, aille passer exactement dans les points du corps où se trouvent en si petite quantité les métaux qu'il s’agit d’extraire.' Le sujet a donc besoin, à notre avis, d’être étudié de nouveau, en étant l’objet d’expériences nombreuses et précises, ce qui n’est pas impossible.

L’emploi de l’électricité pour opérer la résolution des tumeurs, et en particulier de celles qui résultent de la tuméfaction des ganglions, a été tenté à plusieurs reprises *. On s’est borné quelquefois à agir extérieurement au moyeu de l’électrisatien cutanée, qui n'est, au fond, comme nous l’avons fait déjà remarquer, qu'un stimulant de la peau, du même genre que tant d’autres. M. Boulu, dès l’année 1853, a essayé de faire pénétrer l'excitation électrique dans l’épaisseur même de la tumeur, en agissant en même temps sur toute sa surface, et en la cernant à sa circonférence, de manière à l’isoler des parties voisines, et à borner, autant que possible, l’action des courants aux tissus malades. 11 fait arriver ces courants au moyen de deux demi-disques métalliques à surface granulée ou garuie de pointes mousses, fixés à des plaques-d’ivoire de manière à ne pas être en communication électrique, et recevant chacun un des fils conducteurs de l’appareil. L’appHcalion des disques se fait avec une certaine énergie sur la peau; on agit ainsi a la

< M. le docteur Uespiiic ü'Aix a remarqué que ]'électrlcité, telle qu'on la tire simplement d'une machine électrique sous forme d'étiBcclIeg, est précieuse, comme moyen adjuvant, pour guérir des dartres qui sont traitées en même temps par les eaux minérales.

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. APPLICATIONS PHYSIOLOGIQUES. 6<îl

fois dans l’épaisseur de la tumeur et à sa surface. On peut aussi faire pénétrer dans la tumeur de fines aiguilles de platine, qui servent d’électrodes aux courants, suivant la méthode de, l’acupuncture. M. Boulu cite un assez grand nombre de cas dans lesquels il a réussi en opérant suivant les modes indiqués avec des courants d’induction, à faire disparaître ou à réduire considérablement, soit des tumeurs lymphatiques, soit des engorgements ganglionnaires. L’effet de l’électricité ne peut être ici un effet purement chimique; c’est plutôt un effet excitant, comparable aux autres genres d’excitation qu’on emploie dans le traitement de ce genre de maladie. L’excitation électrique active Ja circulation, redonne la vie aux tissus; en un mot, tend à les replacer dans leur état normal; et quoiqu’elle produise ici un résultat opposé en apparence à celui' qu’elle donne dans la guérison des atrophies, cependant elle agit par le même principe , et non pas en vertu d’une action dissolvante électrochimique ou électro-calorifique. Du reste, M. A. Becquerel n’est pas disposé à croire, avant que de nouveaux faits un peu nombreux l’aieut démontrée, à l’efficacité du traitement électrique dans les tumeurs cervicales, du moins dans toutes; car, s’il est possible d’obtenir quelques bons résultats par ce traitement , quand il's’agit de tumeurs provenant d’une inflammation chro- 'hique des ganglions (adénite chronique), il n’en est plus de même quand les tumeurs sont constituées par la dégénérescence tuberculeuse des ganglions.

Le traitement des anévrismes par l’électricité, dont nous avons déjà dit un mot dans le § 2, présente plus de chancês de succès. Il est fondé sur la propriété (fue possède le sang traversé par un courant électrique, de se coaguler à l’électrode positif, comme cela a lieu également pour l’albumine, probablement par l’effet secondaire- d’un acide dégagé à cet électrode dans la décomposition d’un sel que renferment le sang et l’albumine. C’est M. l’etrequin, ainsi que nous l’avons déjà dit, (jui obtint le premier un succès, et qui l’attribua avec raison à l’action décomposante de la pile , indiquant ainsi qu’il faut se servir d’un courant continu, produit par une pile-composée de couples nombreux, mais faiblement chargés. On fait pénétrer

662 APPL1SATI0N8 DE l’ÉIF.CTRICITÉ.

le couranl dans la tumeur aiiévrismale au moyen d’aiguilles de platine qu’on y impiaule; on peut se borner à n’implanter que l’aiguille qui sert d’électrode positif, et appliquer l’électrode négatif, sous forme de plaque, sur la peau. Il faut que l’aiguille positive pénètre au centre de la tumeur, et que la placjue métallique négative soit placée à son extrémité, il suffit d’uile pile à auges de 20 couples faiblement diargés pour produire le courant ; la durée de la séance doit être d’une demiheure. La méthode <|ue nous venons de décrire a été employée avec succès dans un Irès-gra'ml nombre de cas ; nous devons cependant remarquer qu’elle est souvent très-douloureuse, et qu’elle n’est pas à l’abri de quehiues iuconvénieiH;5 pouvant provcKiuer des accidents tels ijue rinllaiumalion dés bords de la piqûre, ainsi que leur ulcération et la production de petites escarres le long du trajet de ces phpiies. .\ussi faut-il surtout l’appliquer aux nombreux anévrismes que leur siège spécial soustrait à la compression directe, et même à la ligature; ajoutons que si elle a produit souvent de bons résultats dans le traitement des anévrismes traumatiques du coude, il ne faut pas se dissimuler que ces anévrismes cèdent facilement à beaucoup de traitements fondés sur d’autres méthodes.

11 ne nous reste plus à parler que d’un seul de.s effets thérapeutiques indirects de l’électricité (ju’on ait jusqu'ici employés dans la pratique médicale; c’est celui qui, fondé sur les propriétés calorifiques du courant électrique, est désigné sous le nom de galvano-causiique .

Ou sait que la cautérisation est une opération qui a pour but Viistiori ou ïescarificalion des parties organisées; elle se distingue en ailuelle cl polcnliillt-, suivant qu’on la pratique avec le feu ou avec les caustiijues. La cautérisation est directe, lorsqu’on la pratique sur le lieu même du mal, et indirecte ou révulsive quand on l’exéeule.sur des tissus sains, plus ou moins éloignés du mal, alin d’obtenir un puissant effet’ de révulsion ou de dérivation. L’application des cautères à la nuque, dans les cas d’encéphalites chroni(jucs, celle d’un moxa sur le trajet d’un cordon nerveux atteint d’une névi algie rebelle, celle d’un exutoire au bras, rentrent dans celte classe de cautérisation.

APPLICATIONS PBTSIOLOGIQIIES. 663

Quant à la cautérisation directe, elle est detlruclive, quand eile est accomplie en vue de la destruction d’une tumeur, d'une mëmbrane ; elle est siroplement modificatrice, qliand on s’en sert uniquement pour modifier la viUlUé des tissus, pour changer l’état des parties sur lesquelles on la fait agir, comme par exempte, quaml on opère l’attouchement léger d’une plaie, d'une membrane muqueuse enflammée, avec la pierre infernale. Les agents thérapeutiques que l’on*a employés pour (qiérer la cautérisation sont extrêmement nombreux; on peut les classer sous deux chefs principaux, savoir : les agents de cautérisation, qui produisent la mortification des tissus par le calorique dont ils sont empreints, et ceux qui les mortifient en agissant chimûiuement sur eux. Les premiers, quoique bien moins nombreux que les seconds, sont pourtant de différentes espèces ; ce sont des métaux (on emploie plus particulièrement le fer et l’acier) qu’on chauS'e fortement ' dans un brasier ardent, et auquel ou donne diUéreutes formes suivant l’usage particulier qu’on a en vue; ce sont des inoxas, c'est-à-dire une substance inflammable, une couche de coton canlé, par exemple, de forme cylindrique, qu’on place sur la partie du corps qu'on veut cautériser, et au sommet de la({uelle on met le feu, en ayant sein de la laisser brûler jusqu’à son entière combustion; ce sont enfiu quelquefois des rayons solaires réunis en un seul foyer au moyen d’une ou plusieurs lentilles; quelquefois encore on se sert d’eau ou d’huile bouillante, mais op préfère maintenant, quand Ota ne veut pas opérer une forte cautérisation, approcher du siège du mal, ou un c'harbon allumé, ou une plaque de fer rouge, jusqu’à la distance nécessaire pour obtenir la chaleur voulue.

La cautérisation par les métaux incandescents étant J’une des plus usitées, on a eu l’idée d’employer les courants électriques pour produire ce réchauffement. Le docteur Fabre-Palaprat est le premier qui se soit servi d’un fil de platine, chauffé

* Les anciens étaient dans l'usaze d’employer des fers légèrement chauffés; cette pratique a été aLandonnée, vu qu’il vaut beaucoup mieux ne se strvir que de cautères excessivement chauds, qui présentent la coloration rouge-blaac, |>aroe

qu’ils font lien moins souffrir que s’ils étaient seulement rouges,

664 APPLIC.ÀTIOW OT L'ÉLECTHICITi.

par une pile voUa1i[ue, pour produire des moxas. Longtemps après, en 1845, M. lleider employa le même moyen, d’après le conseil du professeur Steinheill, pour cautériser les nerfe dentaires douloureusement atfectés. Kn 1840, M. Çrusell, de Saint- Pétersbourg, imagina de couper et de cautériser les tissus au moyen d’un fil ou d’une lame mince de platine rendus incandescents par un fort courant électrique, en les faisant agir à la façon d’une scie au moyefi d’un mouvement de va-et-vient. Ce mode de cautérisation se répandit bientôt en Angleterre, et M. J. Marshall en fit l’ol)jet de nombreuses expériences, d’abord sur des cadavres et sur des animaux, et ensuite sur des malades, après avoir constaté la possibilité de cautériser ainsi les tissus. 11 parvint de Cette manière à guérir une fistule de la joue au moyen d’un lil de platine d’un demi-millimètre de diamètre, rendu fortement incandescent par le courant électrique, auquel il avait donné la forme d'une anse qui fut introduite dans la cavité du sinus fistuleux; plus lard, il se servit du même procédé pour détruire d’autres fistules, des tumeurs de petit volume, et pour cautériser des plaies, etc. M. Nélaton en a fait, à partir de 1850, l’application à la cure des rtimeurs érectiles sous-cutanées, ce qui permet de détruire ces tumeurs en conservant la peau. M. le docteur Amussat fils a pu également, au moyen d’un fil de platine d’un demi-milümètre ehviron et de 20 à 25 ceutimclres de longueur, chauffé totàlement par le courant d’une pile de Üiinzen , cautériser, soit extérieurement', soit intérieurement, plusieurs organes importants, et faire l’ablation de tumeurs cancéreuses; il s’est servi également de lames minces, soit rubans de platine, qu’il faisait chauffer de la même manière, et auxquels , comme aux fils , pour opérer la section des tissus, il imprimait nü mouvement de va-et-vient, comme l’avait fait Crusell.

Tels sont, en résumé, les divers essaie, plus ou moins heureux de galvano-caustique qui avaient été tentés, quand parut, en 1855, un ouvrage important sur ce sujet du docteur Middcldorplfde Breslaii. Les instruments qu’il emploie sont désignés par lui sous les noms de cavières gah-uniques, de porte-ligature galvanique, de sétons galvaniques.

AHPUCATIONS PHYSIOLOGIQUES. 663

Le cautère galvanique dont on se sert aujourd'hui communément en Allemagne pour cautériser ou diviser les tissus, se compose d’un manche de bois d'un certain volume, coupé longitudinalement en deux parties égales, assujetties par une virole à chaque* extrémité; ce manche est traversé dans toute sa longueur par deux tiges métalliques de cuivre doré, ouvertes à leurs extrémités pour recevoir lë fil conducteur du courant électrique, et, d’uire autre part, le ruban ou fil de platine, long de 28 millimètres sur 1 de diamètre, destiné à devenir incandescent, et auquel on peut donner la forme arrondie, ou bien celle d’un bec d’oiseau, suivant qu’on veut s’en servir pour cautériser des surfaces planes ou inciser des trajets fistuleux. La fixité des fils ainsi engagés est maintenue par des vis de pression. L’une des tiges de- cuivre qui traverse le manche est brisée, et l’une de ses deux portions tend à s’écarter de l’autre, lorsqu’elle est en liberté, grâce à la largeur, en cet endroit, de la gouttière qui la loge. Lorsqu’on veut établir la conti- • nuité de ses deux fragments, une vis de pression ^ert à en opérer le contact. Avec cet instrument, on peut porter le fil de platine sur le lieu même qu’il s’agit de cautériser, le rendre aussitôt après incandescent, et l’utiliser ensuite froid, par suite de la disposition de cette tige, qui permet d’inteirompre, quand

666 APPtlCATtON» DE l'ÉLECTRICITÉ.

on veut, le courant électrique. Les ligures 436 et 438 représentent cet instrument vu lie profil et de face; la figure 437 le représente avec la moitié du manche enlevée, pour mettre à nu les conducteurs qui le traversent.

Le porte-HgaiuTe galvanique consiste dans des fils qu’on fait passer, soit dans des tubes do verre, soit dans des tubes métalliques et bons conducteurs, mais isolés l’iin de l’autre; l’anse coupante fait saillie à l'extrémité du tube; les fils qui passent à travers les tubes permettent de donner à l’anse terminale le volume et l’étendue que l’on désire.

Les séions galvaniques sont des fils de platine de différentes grosseurs, que l'on conduit au moyen d'aiguilles droites ou courbes à travers les canaux ou tissus dans lesquels il s’agit de dévelop[>er un travail inflammatoire.

Les avantages de la galvano-çaustique sont, d’après M. Middeldorptf, l’absence d'bémorrhagie, In rapiilité et l'énergie d'action, la limitation exacte des effets de l'opération, la possibilité de brûler et découper des parties profondes, qui sont absolument inaccessibles à tout instrument tranchant, .enfin la production de bourgeons charnus de bonne nature. Le nombre des cas auxquels ce traitement est applicable serait, d’après le docteuft allemand, très-considérable. Ce seraient, entre autres, les hémorrhagies qu’il permet d’arrêter là où le fer rouge ne peut pénétrer, les névralgies dans lesquelles il convient ou de détruire le nerf {comme pour le nerf dentaire), ou de cautériser certaines parties de la surface du corps (comme dans le Cas de la sciatique), quelques ’paral'ysies, la gangrène des iilcéraCons , les cancers, mais surtout les fistules, dont plusieurs exemples de guérison sont cités. Plusieurs autres cas Stout encore énumérés, tels (juç ceux de tumeurs vascu-* laires, de [lolypffl de différentes espèces, dont la galvano-caustiqne favorise l’ablation en la rendant possible là on les instrunvnts ordinaires ne peuvent pas pénétrer; îles amputations même peuvent être opérées par cette méthode, eu employant un courant électrique très-intense (pii réchauffe fortement le fil ou la lame de platine, .\iusi, on a pu o[iércr par la ligature incandescente la section d’un deuxième pouce bien complet.

iPPLlCATIONS PHTSIOLOGIQÜ18. 667

qui adhérait par une soudure osseuse au pouce droit d’un enfant de six mois, au-dessous de l’articulation métacarpo-phalaugienne;.on opéra ainsi la section non-seulement des parties molles, mais encore de l’os, dont le volume égalait celui d'une plume de pigeon; l’enfant guérit rapidement.

Sans nous arrêter à tous les cas que M. Middeldorpff indique comme s*isceptil)les d’être traités par la galvano-caus» tique, et tout en reconnaissaiit’cpi'il y a à cet égard de l’exagération, nous croyons que ce nouveau mode de cautérisation oll're certains avantages incontestables. Sans doute, il est des cas. où il est inférieur au fer rouge ou aux caustiques, vu qu'il peut donner (juelquefois lieu à des hémorrhagies et qu’il ne cautérise souvent.les tissus que très-superüciellement; mais il ne faut pas conclure de ces cps, comme l’ont fait quelques auteurs, qu’il ne puisse être employé avec succès que lorsqu’il s’agit de modifier la vitalité des tissus plutôt que de les détruire. M. J. Ucgnauld , que nous avons déjà eu souvent l’occasion de citer dans le cours de cet ouvrage, nous parait avoir, à la suite d’observations très-bien faites, parfaitement bien précisé les limites entre lesquelles l’usage du cautère électrique peut être avantageux; eu même temps qu’il a signalé les conditions auxquelles il ne peut satisfaire, et les circonstances où son usage parait otlrir des difficultés presque' insurmontables.

La faible masse de platine qu’on peut réchauüer par un courant électrique, à moins d’employer des piles d’une puissance hors de proportion avec le but qu’on se propose d’atteindre, rend impossible l’emploi du çaplère électrique toutes les fois qu’il s’agit de détruire des tissus volumineux. H semble, il est vrai, que le fil de platine traversé constamment par le courant électrique ne se refroidit point comme un caiitere ordinaire rougi à blanc par le feu, et qu’il peut ainsi compenser, par la continuité de son action, ce qui lui manque sous le rapport de la masse. Mais il faut remarquer que le contact de tissus baignés de liquide empêilie le fil d’arriver à la haute température qu’il aurait dans l’air, cl cela, non-seulement en lui ôtant sa chaleur, mais eu le rendant, par l’eü'et de ce re-

668 APPtiCiTions de l'électricité.

froidissement, meilleur coriducleur, et par conséquent moins susceptible de s’échauffer sous l’action du courant. Certainement il n’est pas impossible de faire rougir à blanc un fil de platine an sein des tissus gorgés d’humidité; mais on est entre deux écueils opposés, ou de ne pas réchauffer le fil suffisamment ou de risquer de le fondre ; cette fusion s’opère dans la petite partie du fil qui sort à ras de la peau et qui s’échauffe d’autant plus que la portion qui est plongée dans les tissus s’est refroidiè davantage par le contact des -liquides*. Lors même que le fil, tout en se récliauflant beaucoup ne fondrait pas dans ses points d’entrée et de sortie, il ne cautérisera que ces points et non l’intérieur comme on serait disposé à le croire. Cet inconvénient se vérifie pour toutes les opérations dans lesijuelles le fil de platine doit rester plongé dans les tissus (cautérisation de longs trajets fistuleux, excision et ablation de tumeurs volumineuses). M. Regnauld, tout eu ne rejetant pas d’une manière absolue, même dans ces derniers cas, l’emploi des cautères électriques, estime que ce genre d’appareils dont l’avantage incontestable, résultant de leur faible masse, est de pouvoir les porter aux plus hautes températures, sans avoir à redouter les elfets du rayonnement sur les parties voisines de celles qu’on veut détruire, possède une grande supériorité sur les autres moyens pour les cautérisations exercées sur des surfaces peu étendues, situées dans le voisinage d’ôrganes délicats ou dans la profondeur de quelques cavités naturelles. Il croit également, d'après son expérience, que le mode le plus siir d’application consiste à répéter successivement les contacts du stylet incandescent et de la partie sur laquelle on opère.

Nous croyons utile de donner encore en terminant quelques détails sur la manière d’opérer la galvano-caustique, dont l'emploi, nous en sommes convaincu, tend à devenir toujours plus général pour les cas du moins où elle est évidemment supérieure aux anciens procédés. L’un des points essentiels'est de pouvoir cliaull'er à blanc des conducteurs de volume très-

■ Yo\ei, pour ce genre (le pbénomène, tome II, page iSô, au bas.

APPLICATIONS PHTSIOLOGKÎÜES. 669

variable; il faudrait donc que l’opérateur eût à sa disposition des piles de forces très-variables elles-mêmes. M. Middeldorpff, qui se sert de couples de Grove, a réussi à les combiner de manière, qu’au moyen d’un commutateur, il peut se procurer immédiatement et à volonté un courant plus ou moins puissant en intensité et en quantité, et obtenir ainsi l’incandescence du 61 et de la lame de platine dont il a besoin. Nous croyons qu’on pourrait apporter à cette partie de l’appareil un grand perfectionnement en ayant une pile d’un plus petit volume que la pile de Grove, d’un maniement plus commode et d’une force sufüsamment variable pour parer aux besoins dont il s’agit; ce serait un objet intéressant de recherche pour les physiciens que de trouver unepareille pile; nous ne croyons pas que ce fût bien difücile, surtout dans ce cas où le prix de revient a peu d’importance. Le grand avantage de la galvano-caustique est qu’on peut manier les cautères électriques avec une tranquillité et une précision bien différentes de la précipitation inséparable jusqu’ici de la cautérisation au fer rouge. Ainsi, lorsqu’on veut cautériser le fond d’une cavité, on introduit l’instrument à froid lentement, doucement; puis, lorsqu’on s’est bien assuré qu’il est exactement en place, on appuie sur le bouton de l’appareil (üg. 438), ce qui ferme le circuit qui était resté ouvert; et immédiatement après, le courant passe et la cautérisation commence; on l’arrête par l’opération inverse. C’est, comme nous l’avons vu, la disposition du platine ^et sa forme (tantôt lame, tantôt lil) qui établit les principales diüérenccs entre les instruments galyano-causliques de M. Middeldorpü'. M. Broca, qui a fait un rapport très-intéressant à la Société de chirurgie de Paris sur ce sujet, décrit des cas d’amputation sur des animaux, opérés par l’anse coupante, qui montrent que, pour éviter l’écoulement du sang, il ne faut pas chaull'er trop fortement le 61, et que, par conséquent, il est nécessaire d’opérer avec une pile d'une force moyenne. Il cite encore trois cas différents de cautérisation galvanique opérés, deux par M. Middeldorpü', le troisième, par lui-même, qui ont été suivis d’un plein succès. Suivant lui, cette cautérisation ne met pas seulement à l’abri des hémorrhagies primi-

670 APPLICATIONS DE l'ÉLECTIUCITÉ.

tives, niais elle paraît encore conjurer la clianccilcsliéinorrliagies consécutives, et elle présente, sur l’emploi du fer rouge, la grande supériorité d’être incomparalilemenl moins effrayante pour les malades, en supprimant cét appareil terrible de la cautérisation ordinaire.

Comme on le voit, les praticiens ne sont pas encore complètement d’accord sur la portée de la galvano-causlique, que les uns restreignent à un petit nombre de cas, tandis (jue les autres en étendent beaucoup l’usage. Ouant à nous, nous croyons à ce procédé opératoire un assez grand avenir, à cause de sa simplicité et de sa commodité; mais nous estimons aussi qu’il ne faut en faire usage qu’avec une extrême prudence, surtout tant que sou emploi ne sera pas généralisé daiantage.

$ 5. Effets phrstotoglqnes de l’électricité etmosphérivae.

Nous avons déjà' parlé des effets mortels que produit la foudre sur les hommes et sur les animaux, et des particularités remarquables qui les accompagnent. Ces effets ne sont pas les seuls; M. Boudin, qui a fait une élude particulière des effets de la foudre sur l’iiomme, y distingue trois sortes de [ihéuomènes. 1* guérison d’affections préexistantes; 2° production de blessures cl d’intirmilés ; 3“ mort. Parmi les affections ilonl la foudre produit la guérison, on trouve des exemples d’affections rhumatismales, de paralysies des membres, d'amaurose et de surdité tous ces cas, qui sont très-rares, sembleraient prouver qu’une forte décharge électricjue artilicielle, telle qiïe celle d’une balterie de bouteilles de Leyde, serait capable d’opérer la guérison de certaines affections; mais les chances de danger

* Tome lit, page 147. i

* H. üuerard racuntt, (l’aprèa Tulpiua, qu'un Jeune homme, muet députa trois ana, I la suite de l’alilaliou de la moitié de la langue, reasentlt un arand mou* veineDt dans lus musdca de cet organe au moment od 11 vit briller uo éclair suivi d'un violent coup de tonnerre, et recouvra immédiatement la parole. {Dictionnaire de Aledecine ou Répertoire dc$ sciences medicales. Paris, 1836 , tome XI, arllcic b'icctrlcité. page 218.)

APPUnATIONS PllYSlOLWIQPKS. <)71

sont tellenlent plus grandes que celles de guérison, (ju'on ii'oserait conseiller de recourir à un semblable moyen. Kn efl'et, parmi les affections morbides ([ue produit la foudre, il est assez remarquable, qu'indépendamiiienl de beaucoup d’autres, on retrouve loutescelles que l’électriciléguéril, telles que paralysie passagère ou persistante des membres, amaurose, surdité, avec ou sans perforation du tympan; puis, en outre, brûlures plus ou moins étendues, exanthèmes divers, épilation partielle ou . totale du corps, hcmorrliagics nasales, buccales, auriculaires, cataracte, mulisme, imbécillité, avortement. Nous ne nous arrêterons pas à la description de ces divers accidents, qui orit été constatés plüs d’une fois, et qui ont été traités par les procédés thérapeutiques ordinaires ; nous nous bornerons à insister sur les cas de mort et sur les circonstances. curieuses qu’ils présentent souvent.

Il arrive quelquefois que la mort n’est qu’apparente; M. Boudin cite l'exemple (Tun homme foudroyé, qui ne manifesta quelque apparence de vie qu’après cinq quarts d'heure, malgré tous les secours qu’on lui avait prodigués. Cependant il Unit par reprendre sa connaissance, et avec elle, toute la force de sou intelligence; mais sa vue était totalement abolie, toutes les diverses parties de son corps ne semblaient plus lui appartenir, tant les sensations étaient obtuses et les mouvements difficiles. Au boutde trois semaines, les brûlures nombreuses étaient encore très-vives, le pouls petit, fréquent, irrégulier, le sommeil était agité-, pendant le jour, assoupissement presejue continuel, lourd et fatigant, céphalalgie frontale, s’étendant parfois jusqu’à l’occiput. Uhe chose remarquable, c'est que les sens de l’odorat, du goût, et surtout de l’oule, avaient acquis plus de délicatesse. L’anéautisseuient était complet; il y avait une véritable résolution des forces muscul.aires ; tout le corps, dans les déplacements qu’on lui faisait subir, était comme une masse inerte, obéissant au gré de la pesanteur, des crampes douloureuses s’y uidnifestaient assez fréquemment, surtout pendant la nuit. Grâce à un traitement énergique, bains, sulfate de quinine administrés tous les jours, application fréquente de sang- ’ sues derrière les oreilles, emploi même de l’électricité près

672 imiCATiOKs de l’électhicité.

d’une plaie, ce qui avait produit un soulagement immédiat, le malade avait fini par se rétablir peu à peu ; ce n'est qu’au bout de trois mois que l'état de son toucher, qui avait été très-altéré, redevint à peu près normal, que la transpiration qui avait été jusqu’alors complètement nulle, reparut, et qu’il retroXiva la conscience d’une solidarité d’union eulre ses didérents membres. La vision, qui avait été rétablie, mais très-imparfaitement pour un seul œil, au bont de huit jours après l’accident, finit par revenir aussi pour le second œil. Enfin, au bout de quatre mois, la guérison étant bien avancée, 'le traitement cessa, et le rétablissement finit par devenir complet.

Revenant aux cas de mort, rien n’est plus variable que les circonstances qui les accompagnent. Tantôt l’individu foudroyé est tué roide sur place, le mort restant dans la position ioù il était, assis, debout ou à cheval ; tantôt il est lancé à une distance considérable. Tantôt la foudre déshabille complètement les victimes et emporte le corps; tantôt, au contraire, elle brûle, désorganise le corps, et laisse intacts les vêtements. Tantôt le corps du foudroyé semble braver les lois de la décomposition ; tantôt* au contraire, la plus rapide et la plus Imrrible putréfaction s’empare immédiatement du cadavre. Les mutilations chez l’homme, avec séparation départies du corps, accompagnent rarement la mort occasionnée par la foudre ; sur plusieurs centaines d’observations d’individus foudroyés, M. Boudin dit n'avoir rencontré que six cas de mutilation proprement dite; mais, dans ces six cas, se trouvent quatre arrachements partiels ou totaux de la langue. La proéminence des yeux est citée par plusieurs auteurs comme un phénomène qui est observé fréquemment sur les individus foudroyés. Ou remarque aussi quelquefois sur eux un petit trou au crûne et même, mais pluSMrarement, la fracture complète de la partie osseuse de la tête. Quant aux désordres dans les’organes intérieurs, tels que les poumons, le cœur, les intestins, etc., ils s’observent souvent, soit isolés, soit concurremment avec les autres affections. Rien, en un mot, n’est plus variable que l’étal du corps, après la mort, chez les individus frappés par la foudre. Cela en grande partie, très-probablement, à la route que suit

l’électricité dans son trajet à travers le corps; route qui ellaroémc dépend de la direction suivant laquelle arrive l’électricité, de l'attitude de l'individu, et de la position relative de ses membres, à l'instant même où la foudre le frappe, du degré plus ou moins grand de conductibilité électrique des diverses parties de son corps ' et de ses vêtements, etep&n aussides circonstances extérieures aü milieu desquelles il se trouve, telles que son isolement ou son rapprocheraentd’objets conduc’teurs ou isolants. Mais tous ces clémeiits qui concourentà la production des effets spéciaux qui accompagnent 1»} phénomène général, sont presque toujours très-difficiles à déterminer, et ne peuvent, par conséquent, être Tacileujent étudiés en vue d'être expliqués. ^ ,

Une question intéressante èl qui n’est pas .encore résolue, est de savoir comment la foudre tue, quand dit moins le cadavre ne présente aucune lésion organique, à laquelle on puisse attribuer indirectement la mort de l’individu frappé. M. Brown- Séquard , qui s’est beaucoup occupé de ce sujet , part du principe que tonte cause d'excitation des .forces nerveuses, musculaires, etc., agit de manière à diminuer d'autant plus la quantité de ces forces qui s« trouvent, à u'ji moment donné, chez unin'dividp, que cette excitation est pliis énergique; tous les faits connus démontrënt l'exactitude de cette loi. 11 en ressort que la foudre, en tant que cause d’excitation extrêmement puissante , déterminera la dépense de toute la quantité des forces nerveuses, musculaires, etc., chez les* individus qu elle frappera; c.es forces anéanties, oo comprend parfaitement bien que la vie doive cesser aussitôt, parçe qu'aucun des actes vitaux de quelque importance ne saurait s’accomplir en l’absence de ces forces. Ainsi donc la foudre tue en épuisant toute la quantité de forces dynamiques que possède l’écoHomie animale, ce qui explique la mort qui a lieu en l’absence de toute lésion vi-

’ Il extale csrtatnt individus qui jouissent d'une espèce d’immunité contre la foudre, ce qui tient probablement au défaut de conductibilité électrique de leur corps. Le même fait a été observé asseï fréquemment sur les personnes placées dans la chaîne qu'on forme, pour taire passer la déciuirge d'uue bouteille de Leydc, et. qui ne la transmettent pas. .

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