CHAPITRE III
S ]• DéTeloppement de l'éleetrlclié par Inflaenee daa» an condiicteBr Isolé.
Si Ton présente à un corps conducteur isolé un corps électrisé, on développe dans le premier des signes électriques, lors même que les deux corps sont à une distance plus ou moins grande Tun de l'autre. Ces signes électriques disparaissent dès qu'on éloigne le corps électrisé. Ce phénomène constitue le développement de l'électricité à distance par influence ou par induction.
Pour faire l'expérience avec soin, on prend un cylindre de métal isolé B (fig. 42), et on attache à différents points de sa siir-
TTTTT
Fig. 42.
face de petits électroscopes à halle de sureau. On approche graduellement de ce cyUndre un autre corps électrisé, la sphère A, par exemple, en ayant soin que le cylindre soit placé de façon (|ue ce soit Tune de ses extrémités qui regarde le corps électrisé. Quand le cylindre n'est plus qu'à quelques centimètres de distance du corps électrisé, on voit les électroscopes diverger, du moins ceux qui sont placés à ses deux extrémités, car les électroscopes qui sont attachés aux points intermédiaires divergent d'autant moins qu'ils sont plus éloignés des deux bouts, et il en est même (|ui ne divergent pas du tout. Si on éloigne le corps électrisé, les balles des électroscopes retombent dans une posi-
ÉLECTRlCITii: PAU IWFLtlENCE, 81
^imu naturelle, et toute trace irélectricité disparaît. On rapproclie de nouveau les corps éleclrisésj la dhergence recommence 4i* la iDéme niamère.
Ce n'est pas tout. Si pendant que les électroscopes divergem en approche d'eux la balle électrisée d'un électroscope simple, [ûQ s'aperçoit que Vélectricité qulls accusent n'est point la même I l'ttiie des extrémités du cylindre qu*à Tautre, ATesitrémité la [plu^ vaiÀ-ine du corps éleclrise, elle est de nature contraij'e à f celle de ce corps, négative si la première est positive j à rexlrémité la plus éloignée, elle est de même nature. Pour mieux jiotniaîlre Télat électrique du cylindre pendant iju'il est sons [Juitlueoce du corps éleclrisé, il faut toucher successivement les MilTéreuLs {loints de sa surface avec le plan d'épreuve dont nous [Bems sommes servi pour étudier la distribution de réleclricité, Wn trouve ainsi que les deux électricités contraires sont à leur tjmmum aux deux extrémités du cylindre, qu à partir de celle tlrémité elles vont chacune en diminuant d intensité Jusqu'à un point où elles sont nulles, et qu on nomme par cette raison poini neutre. Le point neutre n'est jamais au milieu du cylindre; 68 position dépend de la dislance à laquelle les deux corps ont placés l'un par rapport à T autre et de Tinlensité de la ^charge électrique; mais il est, en tout cas, toujours plus rapprocûé (le rextrémité la plus voisine du corps électrisé.
Voici une expérience d'un physicien allemand , M, Mohr, qui
, étudié avec beaucoup de soin ce sujet, déjà bien éclairci par
^m reclierches de Coulomb, Le cylindre isolé avait 63 cenlimè-
tîies de longueur; le corps électrisé fut placé à la distance d'un
Uicaètre de Tune des extrémités du cylindre; le point neutre
\ trouva sur la surface, à une distance d'un centimètre seule-
Vflieiil de celte extrémité. Ainsi Télectricité négative (le corps
âeolrisé étant positif) n'occupait qu une partie de la surface du
rlîiîdre longue d'un centi mètre, tandis que la positive occupait
M wtre partie, longue de 64 centimètres. Une augmeutation
Ams la distance respective des deux corps» comme une dimi-
bnliûD dans la charge électrique du corps électrisé, aurait
Fihangé C£rs proportions et augmenté lespace occupé par Télec-
itive, et diminué par conséquent celui qu occupait la
positive, sans que toutefois jamais ce dernier pût cesser d'être supérieur au premier.
Dans les expériences qui précèdent, il faut ayoir soin de placer le corps éiectrisé à une distance suffisante du conducteur isolé pour qu'il ne passe dans le second aucune portion de Télectricité du premier. Si en effet cette distance est trop petite, on voit partir une étincelle entre les deux corps, preuve qu'une partie de l'électricité de Tun a passé dans l'autre. Il peut même arriver, si l'air est humide, que ce passage d'électricité ait lîev graduellement d'une manière invisible; alors le corps conduoteur isolé est éiectrisé par communication , et non plus par influence, ce dont on s'aperçoit facilement; car après avoir été soustrait à l'influence du corps éiectrisé, au lieu de revenir à l'état naturel , il se trouve chargé d'une électricité de même nature que celle de ce corps.
Mais, si en prenant les précautions nécessaires pour que cette transmission d'électricité n'ait pas lieu, on fait communiquer avec le sol le conducteur isolé pendant qu'il est soumis à l'influence, on le trouve chargé, après que l'influence a cessé, d'un excès d'électricité de nature contraire à celle da corps éiectrisé, négative si celui-ci est positif. Il faut avoir sein seulement de supprimer la communication du conducteur isolé avec le sol avant de le soustraire à l'influence, car, sans cela, son électricité négative s'écoulerait comme la positive.
Une remarque importante à faire, c'est que le corps éiectrisé n'éprouve, pendant qu'il éiectrisé par influence un conducteur, d'autre perte de son électricité que celle qui résulte de Timperfeclion des supports isolants et du contact de l'air et par conséquent celle qu'il subirait s'il était seul. C'est ce qu'il est facile de constater en touchant avec le plan d'épreuve le corps éiectrisé au même point avant qu'il ait exercé son action induetrîoe et après qu'elle a eu lieu.
Ces phénomènes sont une conséquence naturelle de la théorie desdeuxfluideséleclriquesquenousavonsdéjàexposée. Ces deux fluides, éminemment subtils, sont doués de la propriété que ks molécules de r un attirent les molécules de l'autre, tandis queks molécules du même fluide se repoussent mutuellement. Il faut
ÉLECTRICITÉ PAR INFLUBNCE. 83
admettre qu'ils préexisteotVuD et l'autre dans un corps conducteur puisqu*on peut les y faire apparaître sans communiquer aucune électricité à ce corps. Mais ils y préexistent en proportion telle, qu'abandonnés à eux-mêmes^ ils se neutralisent 1 un lautre sans cependant se détruire. Ils constituent ce qu'on appelle le fluide neutre, et le corps qui ne possède que ce fluide est dit être dans Tétat électrique naturel^ tandis qu*il est positif ou Titré s'il possède un excès d'électricité positive, négatif ou résineux s'il possède un excès d'électricité négative.
Quand on présente à un conducteur isolé qui est à l'état naturel un corps électrisé positivement, l'électricité positive de ce corps décompose le fluide neutre du conducteur, attire la négadve et repousse la positive. Les deux électricités pouvant cheminer librement dans le conducteur, la négative se porte dans la partie la plus voisine du corps électrisé qui l'attire, et la positive est repoussée dans la partie la plus éloignée. Mais au iDoment où l'on enlève le corps électrisé, les deux électricités développées dans le conducteur ne sont plus soumises qu'à leur attraction mutuelle, et, comme elles sont en égale proportion, elles se neutralisent et reconstituent le fluide neutre. Si on touche le conducteur pendant qu'il est sous Tinfluence du corps âeclrisé, son électricité positive, chassée dans le sol par celle de aéme nature que possède le corps électrisé, ne se retrouve plus après que l'influence a cessé, pour reconstituer avec la négative le fluide neutre. C'est pourquoi le conducteur présente un cicès d'électricité négative.
Après avoir montré comment les phénomènes d'induction rentrent dans la théorie, revenons-y encore, soit pour les étudier sous différentes formes, soit pour expliquer quelques faits ftrtieuliers qui en dépendent.
S %, DéTeloppement de l'électricité par Inllneiice dans plusieurs condncteiirs successifs.
Observons d'abord que l'on peut, au moyen d'un seul corps âectrisé, développer de l'électricité par influence dans un trèspand nombre de conducteurs isolés, tels que des cylindres métalliques. On n'a qu'à les placer les uns à la suite des autres sur
84 lÈLEGTRTCITÉ STATÎQîK.
la même ligoe, de manière que les exlréinilés de chacun d'eui âûient à la même distance des extrémités de celui qui le précède et de celui qui le suit. On approche de Feittrémité antérieure du premier le corps éleclrisé, par exemple une sphère métallique positive. Aussitôt chaque cylindre isolé se trouve éleclri^ positivement dans celle de ses extrémités la plus rf^loignée ih la sphère^ négativement dans l'extrémité la pins rapprochée. • Si Ton touche avec la main le dernier des cylindres, ou fait écouler, dans le sol , son électricité positive, et il arrive le plus souvent que rélectricité négative de ce dernier, rendue plu^ libre par le départ de la positive qui la retenait, se réunit a travers Fair sous forme d*étincelle avec la positive de Tavaul' dernier, la négative de celui-ci avec la positive du suivanl, H ainsi de suite jusquau premier dont rélectricité négative se combine avec la positive de la sphère électrisée* Ces étincelle?, qui s'échappent ainsi simultanément à travers rair, sont un signe de la neutralisation des électricités contraires; d*où il résulte que chacun des corps après que le phénomène a eu licU| est revenu à son état naturel. Si Ton enlève la sphère /dectr sans ^voir fait communiquer avec le sol aucun des cylindreîî, ' neutralisation des deux électricités, au lieu de sopérer de rua k Fautre, se fait dans chacun d*eux séparément^ et ils se retroavent encore ainsi dans Fétat naturel , sans qu il y ait eu d>ffeL^ extérieurs sensibles.
$ â« Rir»t« d^m iMiInleft il«iiii tm iilifitcini^ii»« iPiniliiMloii fl d«iia Is machina étevtrlqtK'.
L'ellet des pointes dans les phénomènes d'induction m% très» remarquable. Nous avons vu que la forme en pointe ^lél«^ mine, dans la partie du conducteur qui la possède, une charge ou réaction électrique tellement plus considérahle que daïisk^ reste de la surface, que l'électricité le plus souvent s en écbap pour se porter > soit dans Fair, soit sur les conducteurs les pW voisins* Aussi quand ou présente à un conducteur terminé i pointe et isolé im corps éleclrisé, l'électricité de nature c<iniraire, qucFinduction développe dans le conducteur, s'accumy
I&Dt à sa poiûle, en sort pour neulraliàer à travers Tair ceUe du [ torpg éleclrisé; c*esi ainsi qaoB peut décharger le conducteur ^rl*tme mac-hine éleclrique ou rempêcber de se charger, eo lui présenlanL à une distance de 20 à 30 cenliinèlres ou plus grande encore, une pointe métallique qu'on lient à la main. Dans le heu de la machine électric|ue U se passe un phéDomene du même pnre. Chaque partie du plateau de verre que le frottement a éleclrisée va passer successivement devant les pointes du conducteur isolé de la machine dont elle décompose, par inflaence, rélectricité nalurellcj attirant la négative et repoussant la poative, La négative accumulée aux pointes en sort pour neutraliser la positive du plateau qui, passant de nouveau entre les coussins, reprend, par le frottement qu'il y éprouve, Télectridlé positive qu'il a perdue. Quant à rélectricité positive du conducteur, privée de la négative qui est sortie par les pointes, I elle ne peut reformer du fluide neutre et reste par conséquent «îïi excès ; c'est pourquoi, après un certain nomhre de tours, le tooducteur isolé de la machine se trouve chargé d'électricité [positive- Ce n'est donc point, comme on le dit souvent par er- BttT, rélectricité positive du plateau de verre qui a passé dans conducteur, c'est la négative du conducteur qui est sortie par les pointes et y a laissé la positive avec laquelle elle formail le fluide neutre et dont elle a été séparée par Tinfluence du plateau* Cette action inductrice continue à accumuler de fVIcc!trici té positive dans le conducteur jusqu*à ce que chaque pMHit de la surface de celui-ci ait une réaction égale à celle fju'acquiert chaque point de la surface du verre par son frotteujf*nl contre le^ coussins. En effet, lorsqu'on a atteint celte liirùte, il n'y a pas de raison pour que ce ne soit pas aussi bien i' ctricité du conducteur qui agisse sur le plateau que Téleciricilé du plateau sur le conducteur- Il y a donc équilibre et le rouducteur ne se charge plus; on comprend donc que la charge du conducteur doive être d'autant plus forte ijue la réaction êleelrique, déterminée sur le plateau parle frottement, est plus Mf^rg^ique; énergie qui dépend elle-même de la qualité du Ycrfx% de celle des frottoirs, de la manière dont ils sont phjs ou xnoinâ Jbiea ajustés, du degré de sécheresse do lair et du plus
OU moins de soins qu*on prend pour dessécher et nettoyer la surface du plateau lui-même.
C'est aussi au développement de Télectricité par influence qu'on doit rapporter le fait qu'il n'est pas nécessaire, pour agir sur un électroscope, de le toucher avec un corps électrisé, mais ({u'il suffit d'en approcher ce corps à quelque distance. En effet, celui-ci, par son influence, décompose l'électricité naturelle de lîi partie métallique de l'électroscope située extérieurement, attire, près de lui, l'électricité de nom contraire à la sienne et repousse celle de même nom dans les feuilles d'or, les brins de paille, ou autres substances légères qui sont en communication avec cette partie métallique. L'électroscope se trouve ainsi chargé pendant qu'il est sous l'influence du corps électrisé de li même électricité que celle que possède ce corps ; mais pour qu'il la conserve, il faut alors le toucher avec le corps lui-même. Cependant, si pendant qu'il est soumis à l'action inductrice on le touche avec le doigt en un point quelconque de sa partie métallique extérieure, ou le trouve ensuite chargé d'une électricité contraire à celle du corps électrisé, pourvu qu'on ait eu soin d'ôter le doigt avant d'éloigner ce corps. En effet, l'électricité de même nom obéissant à l'action répulsive, au lieu d'avoir été chassée dans les feuilles d'or, s'est écoulée dans le sol par l'intermédiaire du corps et du doigt de l'observateur, il est donc resté dans l'instrument, quand il a été soustrait à l'action inductrice, un excès d'électricité contraire qui a fait diverger ses feuilles d'or. C'est une manière plus expédilive et plus commode de charger l'électroscope; mais il faut, quand on l'emploie, ne pas oublier que l'électricité qu'il accuse est de nature contraire à celle du corps avec lequel on agit sur lui.
S 5. Aectrophore.
Un instrument fondé sur le principe du développemeai de l'électricité par influence qui peut, avec avantage, remplaoei dans bien des cas la machine électrique, est celui imaginé par
VoUa qui l'a nommé éledrophore. Il se compose d*uu gâteau de réBine coulé dans un moule circulaire de bois ou de métal d'un diamètre quelconque. Un disque de métal ou de bois, revêtu d*étainet d*un diamètre moindre que celui du gâteau, est muni d'un manche isolant fixé à son centre perpendiculairement à sa sorbce. Ce disque est entouré d'un rebord arrondi, afin d'éviter les arètea yiyes par lesquelles Télectricité risquotdt de s'écouler (fig. 43). On électrise le giteaa de résine» en battant sa surface avec une peau de chat ; puis on pose sur lui le disque métallique, en le tenant par le manche isolani, on le touche avec le doigt, et lors- ""^Tî^aT qpi'on Venlëve on le trouve chargé d'électricité positive. On peut répéter Texpérience un très-grand oombre de fois et même à plusieurs jours de distance, sans qu'il soit nécessaire d'électriser de nouveau le gâteau. Celui-ci garde très longtemps, à cause de sa faculté isolante et de son peu de tendance à attirer l'humidité de l'air, l'électricité résineuse qu'on a développée sur sa surface. 11 faut seulement iToir soin de laisser reposer sur lui le disque métallique dont la présence empêche la déperdition de Télectricité qui résulterait du contact de Tair. Il n'est pas nécessaire d'ajouter que €*est rélecthcité résineuse du gâteau qui, décomposant Télectricité naturelle du disque métallique, chasse la négative dans le sol par l'intermédiaire du doigt, et attire la positive qu'on retrouve dans le disque dès qu'on l'enlève. Si on le soulève sms ravoir préalablement touché avec le doigt, on le trouve alors chargé, non d'électricité positive, mais d'une certaine quantité d'électricité négative qu'il a prise au gâteau par sim- ^ communication. Cette quantité est toujours très-faible â eanse de la difficulté que l'électricité éprouve à quitter la résine.
L'électricité positive dont le disque se charge est assez énergique pour donner de fortes étincelles; aussi s'en sert-on pour enflammer les gaz et pour un grand nombre d'expériences. On t même un appareil nommé lampe électrtquêy dans lequel un jet d*hydrogène est enflammé par Tétincelle que donne un
88 ÉLECTRICITÉ ïiTATHîrE.
dectrophore dont le disque métallique est, au moyeo d'uD co^
dou de soie fixé au robinet qui donae issue au gftz, détaché du gàlBâu de résine par le même mouirement qui ouvre le robinet. Un conducteur isolé que vient loucher le disque quand U est soulevé par le niouvemenl du robinet^ est terminé, vers le jet d*liyditK gène^ par une pointe One placée visà-viK, et à uue très-petite distance d'une pointe semblable, cammuniquant avee le soL Cest entre ces deiii pointes que passe Tétineelle électrique /^'"''^^ i-J qui rencontre ainsi et enflamme le jet ( Va^l de gaz hyilrogène. Ce gaz est loi-
\ /HTj même reproduit dans Tappareil, à
^ — ^ ^ mesure qu'il s*en écoule, au moyeo
*^" * d'un bâton de zdnc sur lequel agit df
l*eau acidulée par de Tacide sulfurique (fig. 44), Il faut avoif soin déleelriser de temps à autre, avec une peau de chat, k gâteau de résine et de coller sur celui-ci une petite bande de tain en communication avec le sol et que touche le dist|ue i bile quand il repose sur le gâteau afin de perdre son électr négative.
Le phénomène primitif de rélectricilé, celui de raltractioo j corps légers par un corps électrisé^ est un véritable phénomii d*induction* H n'y a pas d*attraniion pas plus que de répubioo entre un corps éleclrisé et un corps qui ne Test pas; il n*y fO a qu'entre des corps élec Irisés tous les deux. Aussi^ quand i présente un bâton de cire frotté à des corps légers, tels que < morceaux de papier ou des balles de sureau, le Mlon de cin» décompose leur électricité naturelle, repousse dans le sol k électricité négative; ceux-ci, gardant alora un excès d*éle cité positive, obéissent à Taitraction que doit exercer un c€ éleclrisé négativement sur un curj^s électrisé pusiliveinfl
A l*appuiy on peut citer les faits suivants : le premier, c'est que si les corps légers sont d'une matière isolante, ils ne sont pas attirés par un corps électrisé , parce que leur électricité oaturelle ne peut pas être décomposée aussi facilement que lorsqulls sont conducteurs ; le second fait, c'est que si les brins de papier ou les autres corps légers reposent sur une surface isolante, telle qu'une plaque de verre ou de résine, ils ne sont plus aussi facilement attirés, parce que celle de leurs deux électricités qui est repoussée ne peut plus les quitter pour se rendre dans le sol; alors l'autre électricité ne peut que difficilement remporter par sa puissance attractive sur la force répulsive de la première. Pour qu'il n'y ait point d'attraction du tout, il est nécessaire que les corps légers soient minces et petits; des balles de sureau, si leur diamètre dépasse trois ou quatre millimètres, sont attirées quand on approche très-près d'elles le corps électrisé, lors même qu'elles sont placées sur ane surface isolante, parce que l'électricité contraire à celle^ que possède le corps, est dans une partie de leur surface sensiblement plus rapprochée de ce corps que celle où se trouve accumulée l'électricité de même nom.
Une expérience assez intéressante et assez élégante, qui rentre dansVexplication que nous venons de donner, consiste à placer sur un disque de métal, muni d'un pied qui communique avec le sol , des petites balles de sureau ou de liège, de recouvrir le tout d'une cloche de verre dont la partie supérieure ouverte est munie d'une botte à cuir à travers laquelle passe à frottement juste une tige qui porte à son extrémité inférieure un disque de métal semblable au premier. On place ce disque à une distance de 10 à SO centimètres du premier; on arrive dans chaque cas à trouver par le tâtonnement la distance la plus convenable. On fait communiquer la tige et par conséquent le disque supérieur avec le conducteur d'une machine électrique en activité (lig. 45); l'électricité positive attire, par l'effet d'induction que' Pig. 45 nous venons d'expliquer, les petites balles de sureau qui, en
arrivant en contact avec la surface inférieure du disque constamment positif, se déchargent de Télectricité négative qu*elies avaient acquise par influence et en prennent de la positive par communication ; ce qui fait quHmmédiatement repoussées elles retombent sur le disque inférieur qui, communiquant avec le sol, leur enlève leur électricité positive. Revenues à leur état nature] , leur électricité naturelle est de nouveau décomposée, elles sont attirées et repoussées encore; elles exécutent ainsi, aussi longtemps que l'électricité de la machine arrive au disque supérieur, ces mouvements alternatifs en se heurtant de mille manières. Cetle expérience, qui semble n*ètre qu*un simple jouet , doit la célébrité dont elle jouit à ce qu elle a donné naissance à une théorie de la grêle imaginée par Yolta et que nous aurons occasion d'exposer plus loin. On peut faire l'expérience plus simplement en se servant d'une cloche de verre dont on électrise la surface intérieure en touchant ses différents points avec le conducteur d'une machine électrique en activité. Puis on la renverse sur une table au-dessus d'un tas de petites balles de sureau qui se mettent aussitôt à danser dans l'intérieur de la cloche, attirées et repoussées Fig. 46. qu'elles sont successivement par sa surface c|ui, à cause de sa faculté isolante, garde longtemps l'électricité qu'on lui a donnée (fig. 46).
On remplace quelquefois les balles de sureau par des mor- (îcaux de liège auxquels on donne une forme quelconque; par exemple, celle de petits bons hommes; c'est ce qu'on nomme la danse des pantins ; il suffit dans ce cas de placer deux disques dont l'un communique avec le conducteur de la machine, et l'autre avec le sol parallèlement l'un à l'autre à une distance de vingt centimètres environ, mais qui peut être plus ou moins grande, suivant la force de la machine; c'est entre ces deux disques que s'opère le mouvement. On peut également remplacer les pantins par une feuille d'or battu qu'on voit alors voltiger entre les disques de métal ,fig. 47).
Un appareil fondé sur le même principe et qui a quelque
ÉLECTRICITÉ PAB INFLUENCE. 91
ince , parce qu'il sert dans plusieurs pays à accuser la e d*uD nuage électrisé, est le carillon ue (fig. 48). Une petite boule métallisée à l'extrémité d'un cordon de soie lUtre extrémité est attachée à un sup- »rizontal qui fait partie de l'appareil, «ndue entre un timbre qui communiiC le sol et, un timbre semblable qui est communication par son support avec » d'électricité, par exemple, le conducla machine électrique; la petite balle ^"«- ^'^• ïDtre les deux timbres comme la balle de sureau entre les sques et elle fait entendre par ses chocs une suite de sons musicaux. Le même 1 porte quelquefois plusieui*s balles de emblables à la précédente et pareilleispendues, ainsi que le nombre de timcessaires pour que les mouvements de lent puissent s*opérer. Le tout est disfaçon qu'il y ait alternativement un timme boule de métal , et que des deux timbres antre leshaque boule se trouve placée, Tun communique avec t l'autre avec un support isolé destiné à lui transmettre Lcité.
Fig. i8.
QBel^oes effets reauir^ambleit de l'éleetrlelté p«r Inllaeiice.
à les nombreuses expériences auxquelles le développeî l'électricité par influence donne naissance , nous citecore quelques-unes qui ont un intérêt d'application. 1 de distance du conducteur d'une machine électrique ité , on fait tomber sur un plateau isolé en communiivec un électroscope, des gouttes d'eau provenant d'un t métallique que Ton tient à la main ou qu'on fait comer avec le sol d'une autre manière. Les gouttes d'eau t après leur chute une électricité de nature contraire à
92 ÉLECTRICITÉ STATIQL£.
celle du coodueleur. Ce même effei est produit d'une manière encore plus sensible en dirigeant sur le plateau métallique le jet d eau d'une fontaine de compression qu on tient à la maiii^ en ayant soin que le jet passe près du conducteur de la machine. Dans ces expériences, les gouttes d'eâu qui sortent du vase mi, avant de se séparer du jet, leur électricité naturelle décomposée par r influence du conducteur ; leur électricité positive est chassée dans le sol, la négative reste dans Teau et affecte par conséquent Télectroscope. M< le professeur Bailli a obtenu le même résultat en substituoint à rélectricilé de la machlue^ l'électricité positive dout raLniosphère dans les jours sereins est constamment chargée. Il a recueilli dans un récipient i^lé et eu communication seulement avec un électroscope les gouttiss d*edu qui tombaient d'un jet d'eau Irès-élevéj et il les a trouvées chargécî^ d'électricité négative; c'était un ellet d'induction produit par rélectricUé positive de Faîr* 11 est probable que rélectricité négative que Voila j Trallès et d* autres physiciens ont trouvée dans l'eau qui tombe des cascades naturelles, ait même origine et qu'elle n est pas due, comme on avait pa] croire j à ce que le globe terrestre lui-même d'où partent gouttes serait négatif. Du moins on ne peut pas tirer cette clusion de l'observation que nous venons de rapporter , pi qu'elle s'explique très-naturellemenl par la seule inlerventîcm de l'élecrricité positive de ralmosphère.
Parmi les effets remarquables d'inllueuce que peut exi rélectricité dont Pair est con^tammeul chargé, nous citerousi core robservation faite par M. Peltier, qu'il suffit d'élevé! d'abaisser brusquement un électroscope pour le charger d' tricité positive ou négative. C'est probablement à la même came que doivent être attribués les phénomènes électriques observés récemment par M< Palagi, qui a remarqué qu'il suffit de rapprocher ou d^éloigner Tun de l'autre deux corps, pour les charger d'électricité négative ou positive. Nous reviendrons sur rrt expériences en nous occupant de 1 électricité atmosphérique.
1 ïn autre effet de rinducliou électrique assez reuuirquahle e*l celui que présentent les corps organisés qui y sont soumiit. liai* vani a remarqué le premier qu'une grenouille vivante ou tuée
depuis moins de quatre ou cinq heures, suspendue à quelque distance du conducteur d*une machine électrique , mais sans communication directe a^ec lui, éprouve de vives commotions quand on charge le conducteur, et encore plus, quand, après qu'il a été électrisé, on le décharge en tirant une étincelle. Ces commotions sont dues, la première à la décomposition de Téleclricité naturelle qui se fait dans le corps de Tanimal par Tinfluence de Féleclricité positive de la machine, la seconde bien plus vive, à la recomposition subite des deux électricités qui s*opère dans la grenouille elle-même quand la cause de Tinduction vient à cesser brusquement par la décharge du conducteur de la machine. Les commotions de cette espèce qui impriment au corps de ranimai comme une sorte de convulsion s'appellent choc en retour. En présence d'une puissante machine, un homme éprouve des secousses analogues; lorsque deux personnes sont placées près du conducteur, si l'une tire des étincelles, l'autre éprouve diaque fois à l'instant même une violente commotion sans qu'aucune trace d'électricité ne passe entre elle et le conducteur; c'est là encore l'effet du choc en retour ; quand nous nous occuperons des effets de la foudre, nous verrons qu'un nuage orageux peut agir de la même manière et foudroyer aussi bien par le choc en retour que par le choc direct.
Indépendamment de cet effet, une personne placée près du conducteur d'une machine électrique éprouve pendant qu'on la charge des sensations extraordinaires au visage et aux mains; ses cheveux se hérissent plus ou moins fortement , une toile d'araignée semble couvrir son visage ; ces effets sont tous dus àla décomposition de l'électricité naturelle du corps de l'observateur par l'influence à distance et à l'écoulement des deux âectricités séparées, l'une dans le sol, l'autre à travers l'air ' Ters le conducteur électrisé.