PRÉFACE
Ilya à peine un siècle que rélectricité n'était qu'un modeste chapitre des traités de physique. La bouteille de Leyde venait, il est vrai, d'être découverte; il était déjà permis d entrevoir la puissance de l'étincelle électrique. Toutefois, Franklin n'avait point encore établi l'identité entre la foudre et rélectricité. On savait seulement que certains corps deviennent capables, après avoir été frottés, d'exercer une attraction autour d'eux; qu'il y a des substances conductrices et d'autres non conductrices de l'électricité; qu'il y a dans rélectricité deux principes différents qui s'attirent, tandis que ceux qui sont semblables se repoussent; que la réunion des deux principes opposés donne lieu à des étincelles dont la puissance peut acquérir un degré d'énergie remarquable au moyen d'appareils particuliers.
Voilà à quoi se bornaient encore, en 1750, les connaissances des savants sur l'électricité. Qui aurait cru alors que la météorologie ne tarderait pas à y aller chercher la cause des grands phénomènes de l'atmosphère ; que la chaleur lui emprunterait ses instruments les plus parfaits et les moyens de mettre en évidence ses lois les plus importantes; que la physique moléculaire s'en servirait pour pénétrer dans la constitution intime des corps, et la ferait concourir
Tl PRÉFACE.
avec la lumière polarisée à la manifestation des rapports qui existent entre la matière pondérable et l'éther impondérable; que la chimie lui devrait la découverte de nouveaux éléments, la formation de nouveaux composés, ses moyens d'analyse et de synthèse les plus puissants et ses théories les plus satisfaisantes; que la minéralogie et la géologie y trouveraient en grande partie l'explication de l'origine de leurs cristaux et de leurs couches; que la physiologie y puiserait la connaissance plus intime des forces qui régissent la matière organique et le secret d'agir sur crtte matière presque comme la vie; que la médecine y rencontrerait des ressources contre des maux jugés jusqu'alors incurables; que les arts métallurgiques y découvriraient des procédés nouveaux pour extraire, mouler et appliquer les métaux; qu'enfin elle fournirait à la mécanique une force qui, prompte comme la pensée, indépendante du temps comme de l'espace, permettrait à l'intelligence de sortir de son enveloppe limitée pour s'élancer au gré de ses désirs, avec la rapidité de l'éclair, dans les régions les plus lointaines?
Telles sont cependant les merveilles que l'électricité a accomplies dans moins d'un siècle; tels sont les liens qui l'unissent maintenant d'une manière indissoluble à toutes les autres parties des sciences physiques. Aussi son étude est-elle devenue indispeiï3able à tous ceux qui cultivent ces sciences : au chimiste aussi bien qu'au physicien, au géologue tout autant qu'au physiologiste, à l'ingénieur comme au médecin. Tous sont appelés à rencontrer l'électricité sur leur route; tous ont besoin par conséquent de se familiariser avec elle. Ce besoin universellement senti m'a fait croire qu'on accueillerait avec faveur un ouvrage ayant pour but de le satisfaire. Quoiqu'il existe déjà des Traités spéciaux d'électricité et malgré tout le mérite du Traité si complet et si remarquable de M. Becquerel, il en manquait un qui