ÉLECTRICITÉ NÉGATIVE
6** La perte de réleclricité augmente dans l'air sec avec la température. Les expériences destinées à établir cette loi ne
PROPAGATION DK L' ÉLECTRICITÉ. 89
peuvent être faites que daos des limites très -restreintes de température, entre 0" et 18®, car déjà au-dessus de 20" Télévation de la température diminue la faculté isolante des tiges même de gomme laque. Néanmoins , même entre ces limites, Finfluence de la température sur le pouvoir isolant dé Tair très-sec est très-sensible. Ainsi à 18Ma perte de l'électricité de la boule isolée était de -^U, tandis qu*à 0° elle n*était que de 47i, c'est-à-dire seulement la moitié.
7* La perte de Télectricité dans Fair sec diminue avec la diminution de la densité de Tair. Ainsi la divergence d*un électroscope dans de Tair raréfié, à 3 millimètres de pression, était la même au bout de deux jours qu'au commencement de rexpérience , ce qu'il était impossible d'obtenir avec de l'air d'une densité plus grande. Cette expérience semble bien prouver que c'est par les particules mêmes de l'air que l'électricité s*écoule, puisque moins il y eu a, moins l'écoulement est rapide. Il faut seulement remarquer que la quantité absolue d'électricité qui peut rester, sans s'échapper à l'état de tension, sar la surface d'un corps conducteur isolé, est beaucoup moindre quand l'air est raréfié que quand il est sous une pression plus forte. M. Matteucci en conclut que dans le vide parfait il n'y aurait point d'électricité retenue sur la surface du corps conducteur ; nous verrons plus loin jusqu'à quel point cette conclusion peut être admise.
8" La perte de l'électricité dans l'air pris à une température et à une pression constante augmente avec la quantité de vapeur d'eau contenue dans cet air , mais non suivant une loi simple, comme Coulomb l'avait cru. Ce n'est que dans l'air qui contient de très-grandes quantités de vapeur d'eau , que la perte se trouve approximativement proportionnelle à la tension ou à la quantité de vapeur d'eau, quelle que soit la température. Une chose assez remarquable, c'est que la présence , dans de l'air très-sec , d'autres vapeurs, telles que celles du camphre, de quelques huiles essentielles et même de l'éther sulfurique, n'exerce aucune influence sur la perte de l'électricité.
M. Matteucci, dans le travail important qui l'avait conduit aux résultats que nous venons de rappeler, avait cherché à
90 TBANfilliaiiÛ!! DE L'ÉLECniClTÉ.
déterminer rinfluence que peat avoir sur la perte de Télectricité la nature du corps électrisé. Comme Coulomb» il n*avait trouvé y à cet égard , aucune diffiérence entre dee boules ou disques métalliques, ou des boules ou disques de gomme laque; mais à une condition, c*estque la gomme laque soit électrisée par Tétincelle d'une machine, car si elle est électrisée par frottement, il y a une différence constante, ce qui tient très-probablement à ce que Télectricité , au lieu de n'être qu'à la surface 9 comme dans le premier cas, pénètre plus profondément et, par conséquent, ne peut pas s*échapper aussi fa-^ cilement.
Après avoir étudié les lois de la propagation lente, soit dé-* perdition de Vélectricité dans les gaz, occupon&4ious de celles auxquelles est soumise la propagation rapide qui peut s*opérer, soit par décharges, soit dune manière continue, sous forme de courant.
On sait que lorsque le conducteur chargé de Tune ou Vautre des deux électricités est terminé en pointe, cette âectricité s*é* coule dans Tair avec facilité. Cette propriété des pointes, que nous avons déjà signalée, est fondée sur la grande densité qne Télectricité y acquiert en vertu des lois de sa distribution. Elle peut âtre diminuée et même annulée si Ton place la pointe dans l'intérieur d*un conducteur creux; par exemple, si une pointe qui est fixée sur un disque métallique isolé et électrisé ae trouve au milieu et dans Taxe d*un cylindre creux métallique plus élevé qu'elle, qui lui-même repose sur le disque. Une fois Télectricité accumulée à la pointe, elle sort et se propage en déterminant dans Tair un mouvement mécanique asses violent, qui tient probablement à la répulsion exercée par la pointe sur les particules dair en contact avec elle, auxquelles elle a communiqué son électricité. Les corps en combustion, et les flammes en particulier, exercent le même efiEet que les pointes. Si Ton place, par exemple, deux disques métalliques Tun au*dessous de Tautre , Tinférieur communiquant avec le p61e d'une pile sèche qui Vélectrise et le supérieur avec un âectroscope, il suffit de placer dans le premier un fragment d'amadou incandescent pour que Télectroecope qui est lié au>
mtûoà diverge fortemâot. L*amadou agit donc dans ce cas. comoie une poiote, car on peut annuler $od effet comme celui de la pointe en Tentourant d*un cylindre creui, ce qui prouve qoe ce n^est point la fumée qui transporte rélactricité, car elle. cootione à monter comme auparavant en une épaisse colonne fers le disque supérieur. L'influence de Tamadou incandescent, le £iii sratir aussi bien en déchargeant le disque in£mmr qu*en chargeant le supérieur. Elle agit également de haut en bas eomoie de bas en haut.
Riess a £ait sur œ sujet un grand^nombre d'expérienoes, en «nployani une mèche de coton et des bougies allumées; mais, pour édiapper à l'influence perturbatrice de la fumée> il a trouvé préférable de faire usage d'une préparation de salpéti^ et de charbon unis ensemble avec de la gomme astringente, de. iaçMi i en flaire des bougies de la longueur de 3 centimètres «Dviron. Il a constaté ainsi Tinfluence des enveloppes oonductoicea qui empêchent le corps incandescent de décharger Télec* Irîdté du disque sur lequel il repose et de charger le disque qui ssi rapproché de lui, et il a établi d'une manière péremptoire ranalogie complète qui eiiste entre le mode d'action de ces. eorpa et celui des p(Hntes. Ce n'est donc pas au moyen des pro* dnils de leur combustion que les corps incandescents exercent Isor prc^riété conductrice, mais en vertu d'un état particulier de leur surface, qui se conduit comme si elle était recouverte de pointes très-fines. Au reste^ l'action des pointes très<Krourtes, mm trèfr-parfaites, est constatée par une ancienne expérience dans laquelle (m réussit k décharger un conducteur électrisé en lui présentant à distanee un morceau d'amadou fait avec Tagaricus du chêne» sans avoir même besoin de l'allumer, ee qui tient aux pointes très*fioes, à peine villes, dont toute la surface de cette espèce d'amadou est recouverte. Il est iadle de s'assurer de l'existence dans un corps en combustion de pointes seoiblables, qui se détruisent et se renouvellent con* staaiment.
Dans les corps dont la combustion produit une fianmie, ce sont les petits filets de vapeur et les pointes de charbon qui ftoodnisept Téleetricité, ainsi qu'on le prouve en remarquant
92 IRANSMISStON DE l'ÉLECTRICITÉ.
que la flamme ne perd point sa propriété conductrice en étant entourée d*un tube de métal^ comme cela a lieu lorsque lecorps incandescent perd son électricité par Teffet des pointes dont il est recouvert. On peut même voir^ dans une expérience bien simple, l'action de ces deux portions conductrices de la flamme se succéder visiblement. Si on éteint subitement une bougie de cire qui brûlait avec vivacité, on voit la vapeur que renfermait sa flamme agir encore pendant quelques secondes comme conductrice; puis la mèche imprégnée de cire fondue cesse d*agir, de sorte que la fumée n'exerce plus aucune influence sur le corps électrisé qu'on en approche. Mais quand la cire cesse d'arriver à la mèche, celle-ci devient incandescente, et alors les petites pointes de charbon qui s'y forment conduisent l'électricité pendant un court instant.
La propriété des corps en combustion de conduire l'électricité peut servir à deux usages importants : le premier à enlever à un corps isolant son électricité en promenant autour de lui une petite flamme d'alcool ou la pointe d'une bougie allumée; le second, à augmenter la sensibilité d'un électroscope destiné à percevoir une électricité éloignée, en plaçant sur lui un corps enflammé qui a le pouvoir de soutirer l'électricité à une plus grande distance encore qu'une pointe.
Dans tout ce que nous avons dit sur les corps en combustion, nous n'avons eu aucun égard à la nature de l'électricité employée; leur conductibilité est en effet la même pour l'une et pour l'autre électricité, pourvu que la combustion soit vive et parfaite, et que, lorsqu'on fait usage de l'amadou et du charbon, on ait soin de les dégager fréquemment de leurs cendres. Sans ces précautions, on aperçoit fréquemment que l'une des électricités est plus facilement conduite que l'autre, ce qui tient à ce qu'il a de l'électricité développée dans l'acte même de la combustion. Ce n'est donc que lorsque nous nous occuperons des sources mêmes de l'électricité, que nous pourrons apprécier la part d'influence que peut avoir dans le pouvoir conducteur des flammes le dégagement d'électricité qui accompagne leur production.
Lorsque l'électricité s'écoule par une pointe, nous avons
PBOPAOATION DE L*ÉL£CTRlCITi. B3
TU que cet écoulement est accompagné d*un mouvement de Tair qui est semblable à celui d*un souffle frais, et qui a été nommé Tent électrique. Ce vent peut être rendu sensible en étant dirigé contre la flamme d'une bougie, contre les ailes d un petit moulin de carton qu'il fait tourner, contre de la poudre de lycopode placée sur Teau qu*il chasse devant lui. G*est à cette agitation de Tair ou plutôt à la répulsion que le courant électrique qui le traverse exerce sur cellii de la pointe d où il sort, qu'est due, comme nous l'avons vu, la rotation du moulinet électrique. En effet, dans Tair raréfié, ce mouvement n*a plus lieu, et il suffit aussi de placer le moulinet au milieu d*un YEse dont les parois, très-rapprochées de lui, sont chargées de la même électricité^ que celle qu'on lui transmet, pour que la rotation cesse également. Le vent électrique favorise le refroidissement et la vaporisation des liquides. C'estce qu'avaient déjà remarqué depuis longtemps plusieurs physiciens, mais ce ^ que Peltier a constaté d'une manière positive. Dans ce but, il avait placé au-dessus d'un vase de platine rempli d'eau, à une 4i5tance de 15 à 18 centimètres, une boule métallique ou un laiseeqp de fils de métal terminés en pointe. L'eau ayant été chauffée à 80* ou 90* cent., il commença à s'élever de la surface des vapeurs visibles ; mais ce nuage de vapeur devint beaucoup plus considérable dès que l'on fit arriver aux pointes l'électridté d'une machine. Un thermomètre sensible, placé dans l'eau, indiquait aussi par son abaissement une augmentation dans la quantité de vapeur formée. Le phénomène n'était pas dû uniquement au renouvellement de l'air sur la surface du liquide chauffé; c'est ce dont M. Peltier s'assura en renouvelant artificiellement l'air au-dessus de cette surface, au moyen d'un ventilateur ; l'effet était toujours moins considérable que celui que produisait le vent électrique.
Évidemment la transmission rapide de l'électricité à travers des conducteurs imparfaits, tels que l'air, tend à faire écarter les unes des autres les particules; c'est ce qu'on voit très-bien quand dans l'obscurité on étudie l'aigrette lumineuse qui est composée de filets divergents formés de petites particules rendues lumineuses par le passage de l'électricité. Cette même
94 TEAmMWiOK DE L*ÉLICtRlCn<.
tendance s^obsenre également dans les cas où les condnctenrk imparfaits sont liquides. Ainsi Faraday a remarqué qu'en faisant passer Vélectrieité provenant du cooducleur d*une ma* chine électrique dans de la cire à cac^ier rendue fluide par la chaleur, ils*en détache des fils très^ns, qui recoutrent comme d*une laine fine on papier placé au-dessous* Une goutte d'eau gommée, suspendue à rextrémité d*une lige par laquelle lui arrive Télectriciléi se résout en fils déliés quand on la plonge dans de l'essence de térébenthine mise elle-même dans un rase dont le fond métallique permet à l'électricité de s'échapper. Une goutte de mercure ou de chlorure de calcium s'allonge et devient pointue, et il s'en détache des petites gouttelettes qui sont entraînées par Télectricité dans l'air où sefaitl'eipérience. En se serrant d'une goutte d'eau gommée, on observe, suivant la force de l'électricité qui lui arrive, des phénomènes asset divers. D'abord la goutte se transforme en cÂne; puis, à me* sure que Télectricilé augmente d'intensité, on voit une partie du liquide être entraînée , le reste devenir plus pointu et pren« dre une surface frisée, avec la bruit particulier aux aigrettes; enfiD, avec une électrisation plus forte, une portion plus con^ sidérable du liquide est entraînée, la goutte restante s'allonge et se retire par accès en formant une forte aigrstle lumineuse. Quand on fait aniver à la goutte d'eau gommée de l'électricité négative, le c6ne qui se forme est pli» large qu'avec de la positive.
Une ancienne eipérience du même genre que celles qui pré* cèdent, due i NoUet, consiste à mettre de l'eau dans ua entonnoir en métal muni de quelques ouvertures capillaires et communiquant avec le conducteur électrique. L'eau ne s'écoule que par gouttes isolées et de forme arrondie, tandis que, dès que l'entonnoir est électrisé, elle en sort en petits jets continus très*fins, divergents et lumineux dans l'obscurité.
Le plus souvent, au lieu de s'opérer d'une manière lente et continue, la propagation rapide de l'électricité à travers l'air et les gas a lieu d'une manière instantanée et brusque par décharges. La distance à laquelle cette dédiarge peut avoir lieu^ ou ce qu'on a nommé la distance ou portée exfio&ive^ dépend.
PBOPAQATIOII DI L^ÉLECTAICrri. OS
pour une même intensilé de la charge électrique, de la densité ^ de la nature da milieu aériforme. Bania a trouTé, par dif er* MB expériences, que les quantités d*éiectricité nécessaires pour tntYeraer un interralle donné varient dans un simple rapport avec la densité de Tair, et que, par conséquent, la portée explosive dans de Tair raréfié est inverse de la densité de Vair, ce qui fait que la même décharge peut traverser un intervalle d*air d*une longueur double lorsque la densité de cet air a été réduite de moitié. Si Ton réchauffe même jusqu'à 148'' Tair renfermé dans un vase clos, on ne fait pas varier la portée explosive, tandis que si on laisse le vase ouvert, on Taugmente sensiblement, ce qui prouve que ce n*est pas la pression du fluide électrique, mais le nombre des particules qui détermine la difficulté plus ou moins grande que la décharge éprouve à le traverser. Knockenhauer, par une suite d*expériences dans lesquelles, laissant la distance explosive consilante^ il déterminait la< densité de Télectricilé nécessaire pour obtenir la décharge électrique à différents degrés de densité de Tair, avait trouvé que ces deux densités étaient à peu près propor* tionnelles Tune à Tautre, résultat égalemmt obtenu par Mas^ son au moyen d*une méthode un peu différente.
Mais de tous les physiciens, celui qui a fait Tétude la plus consciencieuse de ce sujet est Riess. Nous renvoyons à une note finale l'exposition détaillée des méthodes et des calculs par lesquels Riess est, arrivé à établir les lois qui régissent les décharges des batteries électriques ' ; nous nous bornons ici i donner la formule par laquelle il exprime la valeur delà portée
explosive. Cette formule est rf= h3-^ h étant la distance explosive pour la charge qu*on a prise pour unité, d la distance explosive pour la quantité q d'électricité, et n la grandeur de la surface de la batterie sur laquelle Télectricité est accumulée, soit le nombre des bouteilles dont se compose cette batterie^ Afin de démontrer l'exactitude de la foriçQule par Vexpérience, Riess se sert d*un appareil qu'il nomme mia-omèire à éiineeliesy
1 y^ym la noU AmIc C.
et qui cfdDsiste (fig. 187) dans deux liges métalliques verticales isolées y terminées chacune par une boule : l'une des tiges e8t
fixe, l'autre est mue au moyen d'une Tis micrométrique, ce qui permet de mesurer exactement la distance à laquelle il faut approcher les deux boules l'une de l'autre, pour que la décharge ait lieu entre elles. L'une des boules de l'instrument communique par un fil métallique avec l'armure intérieure, et l'autre avec l'armure exté- Fig. 4S7. rieure, laquelle est également
mise en communication avec un électromètre. Dans une première expérience, les boules du micromètre étaient à une distance rf=i 1; c'est la distance 1 dans le tableau qui «uit; la batterie comparée de s bouteilles fut chargée jusqu'à ce que la décharge eût lieu, et l'éleclromètre indiqua la valeur de la quantité q d'électricité employée. On trouva ainsi la valeur de la constante &, qui donna q =0,833. sd. Or, le tableau suivant donne pour différentes valeurs de rf et de « les valeurs correspondantes de q observées directement et calculées d'après cette formule:
L'accord du calcul avec l'observation montre bien l'exactitude de la formule. On voit même qu'on peut, sans le secours de l'électromètre, une fois la constante 6 donnée, déterminer
PROPAGATION DE L*ÉLECTBlCITi. 97
très-exactement, au moyen de cette formule, la quantité d*électricité dont la batterie est chargée, pourvu qu'on connaisse le nombre des bouteilles, soit la surface s de la batterie, et la distance explosive d fournie par le micromètre à étincelles.
Des essais faits avec divers gaz avaient montré à Doeberainer que la portée explosive est d*autant moindre que le gaz a luimême plus de densité. Schaffautl avait trouvé, dans de Thydrogène comprimé et chauffé jusqu'à 280* en vase clos, cette portée plus grande que dans de Tair ordina'u*e, dont la pression était cependant vingt-sept fois moindre.
Ces différences entre les divers gaz avaient déjà été signalées par Morgan, à la fin du dernier siècle. Il avait remarqué le rapport qui existe entre la distance explosive et la charge de la batterie, et que, pour une même charge, Fhydrogène fournit la plus grande distance explosive, et le gaz acide muriatique la moindre. Faraday a repris, il n'y a pas longtemps, Tétude ébauchée par Morgan : sa méthode, sans être rigoureuse, conduit à des résultats approximatifs qui, s'ils n'offrent pas une précision mathématique, permettent tout au moins de classer les différents gaz dans l'ordre de leur perméabilité par la dédiarge électrique. Il fait communiquer le conducteur d'une machine électrique à la fois avec un appareil composé de deux boules métalliques entre lesquelles l'étincelle doit passer en traversant l'air ordinaire, et à la fois avec un appareil semblable placé dans l'intérieur d'un récipient où l'on peut faire le vide et introduire différents gaz (fig. 188). Les deux boules de lappareil placé dans le récipient sont à une distance constante de 16 millimètres l'une de l'autre, tandis qu'on peut diminuer on augmenter la distance mutuelle des deux boules placées dans l'air, de façon que l'étinceUe électrique passe par l'une ou l'autre des deux voies qui lui sont offertes, ou se partage également entre elles. Faraday a déterminé pour chacun des gaz, en les introduisant successivement dans le récipient, quelle était la plus petite distance à laquelle les deux boules situées dans Tair pouvaient être placées l'une par rapport à l'autre, pour que l'étincelle préférât traverser encore le gaz, et non plus Tair, et la distance la plus grande qu'on pouvait leur donner sans que II. 7
TEANSMISSIOM BB L*iLECTEICtTÉ.
ng. 488.
rétiocelle c«88ftt de passer à travers l'air de préférence au gax. Bntre ces deux distances^ rétiooelle doit se partager entre Tair et le gaz ; en en prenant la moyenne, on d)tient pour chaque gaa la valeur de la distance explosive dans Tair équivalente à celle du gaz, qui est toujours de 16 millimètres. Comme, d'un autre c6té, les quantités d'électricité qui passent dans Tair entre les boules sont proportionnelles aux éloignements de ces boules, on peut connaître au moyen de ces éloignements la quantité d'électricité qui est nécessaire pour franchir la môme distance explosive dans chaque gaz. C'est ainsi qu^on trouve que sous la même pression et à la même température, cette quantité est la plus grande pour le gaz acide hydrochlorique, et la plus petite pour l'hydrogène, de sorte qu'avec la même quantité d'électricité, l'étincelle serait la plus longue dans Vhydrogène et la plus courte dans le gaz acide bydrochlorique, résultat con* forme à celui qu'avait trouvé Morgan.
Les gaz soumis à l'expérience avaient tous été desséchés avee soin, étaient à la même température et sous la pression atmosphérique. Voici, du reste, un tableau dans lequel, à côté de chaque gaz, est indiquée la distance moyenne explosive dos
deui boules dans l^air, équivalente à la distance explosive constante des gaz ' :
Adde hydrocblorique. .... 1.105
Gazoléfiant 0.750
Air ordinaire 0.695»
Gaz acide carbonique 0.640
Afote 0.615
Oxygène 0.505
Gas de la houille 0.490
Hydrogène 0.370
Dans les expériences de Faraday, les deux boules mises en communication avec le conducteur de la machine électrique, et placées Tune dans le gaz, l'autre dans Tair, étaient de même grandeur, mais avaient un diamètre d'environ moitié moindre de celui de leurs deux boules correspondantes qui communiquaient avec le sol. Il résultait de là que, si le conducteur de la machine était chargé d'électricité négative au lieu de l'être de positive comme dans les expériences ci-dessus, les distances explosibles dans l'air équivalentes à celles de chacun des gaz étaient toutes un peu moindres, mais l'ordre des gaz n'en était pas altéré, sauf que la dififérence entre le gaz acide hydrocblorique et le gaz oléfiant devenait à peu près nulle.
Les expériences que nous venons de rapporter sont loin , comme Faraday le remarque lui-même, d'avoir la précision qui serait nécessaire pour qu'on pût attacher aux nombres du tableau ci-dessus une importance très-grande, car bien souvent des circonstances imprévues les ont fait varier entre des limites assez considérables. Ainsi, un peu de poussière, un peu plus ou un peu moins d'humidité dans l'air, modifiaient la direction
et la longueur de l'étincelle dans des conditions en apparence
* Les distances sent exprimées en pouees et fracUons de poiroe, et la distance eeoslaiKte des dem boules dans le récipient» où Ton introduisait successivement les ^fers gax, était de 0?, 62.
' Ce résultat ne me parait pas pouvoir être admis, car la distance explosive pour l'air dans le récipient doit être égale à celle pour Vair hors du récipient, e*esl-i-dire de op, 62, puisque c'est le même air sous la même pression et sous la oiéaie température.
100 TRANSMISSION DE L*ÉLECTIUCITÉ.
les mêmes. Néanmoins il résulte de Finspection du tableau ces deux faits importants : le premier, c*est que sous la même pression et à la même température les divers gaz exigent des charges différentes d'électricité pour être traversés par Tétincelle dans un trajet de même longueur; le second, que ces différences ne tiennent pas uniquement à la densité du gaz, mais aussi à sa nature, puisque le gaz oléûant, moins dense que Toxygène et surtout que Vacide carbonique, exige une charge plus forte. Il est seulement à regretter que la différence de diamètre des boules ait introduit un élément étranger dans l'étude même du phénomène, qui se trouve ainsi un peu complexe.
Nous voyons, d'après ce qui précède, qu'il faut distinguer, en ce qui concerne la propagation de l'électricité dans les gaz, le cas de la propagation lente, soit déperdition, de celui de la propagation rapide, soit décharge. Dans le premier cas, en effet, la densité du gaz, soit le nombre de ses particules, est une circonstance favorable à la propagation, et la nature du gaz n'a que peu ou point d'influence. Dans le second, la densité du gaz est au contraire une circonstance défavorable, et la nature du gaz a une influence très-prononcée. Il y a de plus dans ce dernier cas un mouvement, une agitation de l'air, qui indique que son déplacement est nécessaire à la propagation, et que, par conséquent, loin de la faciliter, sa présence la contrarie. Les choses se passent de même quand la propagation rapide se fait sous forme de courant continu au Ueu de s'opérer par décharges. C'est ce dont nous nous sommes assurés, M. CoUadon etmoi, en faisant passer sous forme de courant, suivant le mode imaginé par M. CoUadon lui-même *, de l'électricité statique accumulée et renouvelée constamment sur un conducteur isolé, à travers de l'air ordinaire pris à différents étals de densité, de température et d'humidité. Nous faisions usage d'un globe de verre de 20 à 25 centimètres de diamètre, muni de deux tubulures sur le même diamètre. Nous faisions passer à travers l'une des tubulures une tige métallique isolée terminée dans l'intérieur du globe par une boule en platine et
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PROPAGATION DE l'ÉLEGTEICITÉ. 101
communiguant extérieurement avec le conducteur électrisé; l'autre tubulure était traversée par une tige semblable, mais terminée intérieurement par une pointe en platine maintenue i 1 ou 2 centimètres de distance de laboule, et aboutissant eitérieurement à Tun des bouts du fil bien isolé d'un galvanomètre, dont l'autre bout communiquait ayec le sol. En opérant avec soin, nous nous étions assurés que dans de l'air raréfié jusqu'à 1 ou 2 millimètres, l'aiguille du galvanomètre éprouvait une déviation aussi forte quand la pointe et la boule de platine étaient à 5 centimètres de distance que lorsqu'elles étaient en contact l'une avec l'autre; la déviation était de 55** dans les deux cas, tandis qu'elle n'était que de 35"* dans de l'air sous la pression de 72 centimètres. Dans uçe autre expérience, l'air ayant été raréfié et chauffé jusqu'à 50% la déviation était de 57*, tandis qu'elle n'était que de 24** avec de l'air sous la pression de 73 centimètres à la même température. La distance de la boule et de la pointe étaient dans ce cas de 13 centimètres. Si l'intérieur du globe était saturé de vapeur aqueuse, l'air y étant très-raréfié, la transmission de l'électricité s'y faisait moins facilement que dans de l'air très-raréfié, mais sec. En effet, le ballon étant chauffé comme précédemment à 30^, on avait 55'' de déviation, la pointe et la boule étant à 5 centimètres de distance, et 60^ quand elles étaient en contact; tandis que dans l'air très-raréfié, chauffé, mais sec, la déviation était exactement la même, que la boule et la pointe fassent en contact ou qu'elles ne le fussent pas.
M. E. Becquerel a obtenu des résultats bien plus complets et remarquables en transmettant le courant d'un ou plusieurs couples à travers différents gaz. Son appareil consistait dans on tube de platine tiré à la filière et sans soudure, de 65 centimètres de longueur et de 1 de diamètre intérieur, assez épais pour qu'on pût &ire le vide dans l'intérieur sans le déformer, même quand une partie de sa longueur était portée à la température rouge blanc. Le tube traversait un fourneau et était disposé de façon à pouToir être porté au rouge sur une longueur de 19 centimètres. Il était terminé, à ses deux extrémités, par des bouchons portant des' tubes de verre, qui permet-
102 TAAN81flS8IOIf DE L^ALEGTElGiTÉ.
talent d*iûtroduire dans le tube de platine divers gaz et de les raréfier au moyen de la pompe pneumatique. Un fil de platino qui traversait Tun des tubes servait d'électrode , le tube lui-' même faisant Toffice de l'autre électrode. Dans quelques cas M. £. Becquerel employait comme électrodes des fils de platine isolés et passant y sans le toucher, au milieu d'un tube de porcelaine cbauffé au rouge. Toutes les précautions étaient prises pour que les supports et les différents ajustages ne fussent pas exposés à des variations de température qui auraient pu modifier leur pouvoir isolant , en sorte que le gaz seul et les électrodes fussent soumis à ces variations dans ces différentes expériences. Celles-ci étaient conduites en faisant passer le courant produit par un ou plusieurs couples de Grove par le fil d'un galvanomètre sensible et à travers le gaz placé dans le tube. Le circuit renfermait aussi un rhéostat, formé d'une colonne liquide d'un très-petit diamètre , qu*on pouvait allonger ou raccourcir en enfonçant plus ou moins un fil de platine servant d'électrode dans un tube divisé qui renfermait la colonne; ce liquide était de l'eau distillée tenant en dissolution des proportions variables de sulfate de cuivre suivant les expériences» et l'autre électrode était une lame métallique placée au bas de la colonne et en communication avec elle. Quand on voulait opérer, on commençait par ôter du circuit le gaz soumis à l'expérience, et on donnait à la colonne liquide du rhéoslai une longueur telle que l'aiguille du galvanomètre fût déviée, par exemple, de 20% puis, sans rien changer, on remettait le gaz dans le circuit, et on abaissait l'extrémité du fil de platine du rhéostat jusqu'à ce qu'en diminuant la résistance de la colonne liquide d'autant qu'on avait augmenté celle du circuit en y introduisant le gaz, on eût ramené la déviation de Vaigttille à ce qu'elle était, c'est-à-dire à 20^. Évidemment Tintensité du courant demeurant constante, la longueur de la colonne liquide comprise entre les deux portions de l'extrémité du fil de platine était équivalente à la résistance du gaz con- Xenn dans le tube, augmentée de la résistance au passage des deux électrodes qui transmettaient le courant dans le gaz. Au moyen de cet appareil, M. E. Becquerel a constaté plu-
PR0PA6ATI01I DE L*ÉL£GTAlGtTÉ. lOS
Mors faits importants. Il s*est d*abord assuré que la propagalioD du courant à travers le gaz ne pouvait avoir lieu avant que celui-KÂ eût atteint la température rouge, mais qu*à partir de ce point, la résistance du gaz diminuait progressivement à mesure que la température s*élevait y et que cette diminution était très^rapide quand le tube était chauffé fortement au rouge Uanc» Tous les gaz présentent la même propriété, mais toutefois à des degrés différents. Quand on se sert, pour transmettre le courant dans le gaz, du tube et du fil, on trouve que la translûission est plus facile quand c'est le tube, c'est-à-dire l'électrode le plus étendu, qui est négatif et le fil qui est positif, que dans le cas inverse ^ Avec deux fils de platine parallèles et isolés pour électrodes, il n'y a pas de différence, et la transmission a lieu avec une égale facilité, que te courant marche dans un sens ou dans l'autre. On trouve, en employant ces deux fils placés à 3 millimètres de distance l'un de l'autre, que la résistance de Vair chauffe au rouge dépasse 30 mille fois celle de Veau contenant \ dix^millième de sulfate de cuivre en dissolution. Cette résistance comprend celle qui est due au passage de Félectricité des électrodes dans le gaz, indépendamment de celle qui est due au passage à travers le gaz lui-même.
Pour constater l'influence de la force élastique des gaz sur leur résistance au passage de l'électricité, on n'a qu'à raréfier l'air ou le gaz contenu dans le tube de platine» en ayant soin de maintenir le tube à la température rouge. Voici le résultat d'une eipérience faite avec le courant d'un seul couple li*ansmis à travers de l'air maintenu à la température rouge , mais raréfié graduellement jusqu'à la pression de 2 millimètres de mercure : l'aiguille du galvanomètre était ramenée à la déviation constante de 25"^ au moyen du rhéostat.
Force étaitiqae.
RésUtanee.
Pression ordinaire.
137, 'Bill- 0
* M. Andrews, en étudiant le pouvoir conducteur pour l'électricité des flanune
10^ TEJLNSMISSION DE L* ÉLECTRICITÉ.
Même dans le cas de la raréfaction la plus grande, il exisle encore une résistance bien appréciable entre les deux électrodes de platine, qui est supérieure à lîi de la résistance que présente l'air chauffé à la même température, à la pression ordinaire.
Un fait assez important à noter, c'est que la température à laquelle un gaz commence à transmettre le courant voltalque est la même, que ce gaz soit raréûé ou maintenu à la pression ordinaire; il faut une température aussi élevée dans le premier cas que dans le second; mais une fois qu'on a atteint cette température, qui est celle du rouge naissant, les différences deviennent sensibles avec les variations de pression.
On peut classer comme suit les gaz dans Tordre de la résistance qu'ils présentent au courant à la température rouge blanc, sous la pression de Tatmosphère, les électrodes étant en platine et la résistance de l'air étant prise pour unité :
Hydrogène [résistance comprise entre 0.3 et 0.4].
Hydrogène protocarboné.
Oxygène [résistance comprise entre 0.4 et 0.7].
Chlore [résistance ne dépassant pas 0.9].
Protoxyde d'azote et azote [résistance peu différente de celle de Tair].
Acide carbonique [résistance comprise entre 1.2 et 2].
Vapeur d'eau [résistance plus forte que l'air].
La chaleur comme la raréfaction agit sur tous les gaz pour diminuer leur résistance à la transmission de l'électricité, mais celte diminution n'est pas égale pour tous; à mesure qu'on les chauffe et qu'on les raréfie, les rapports qui expriment leur résistance au passage du courant tendent sans cesse à se rapprocher de l'unité. Quand on arrive à la pression de 3 ou 4 millimètres de mercure, toutes les substances gazeuses transmettent également bien le courant, pourvu que leur température soit la
et de Tair chauffé, avait déjà trouvé que Tair chauiïé Jusqu'au rouge par une lampe d'Argant, ne conduisait le courant d*une pile de 20 couplet qu'autant que le pôle positif communiquait avec le fil de platine placé dans l'air chaud, et le négatif avec le tube de laiton de la lampe près de l'oriflce d'où sortait la flamme ; dans le cas inverse, le courant ne passait pas ; c'était au moyen de la décomposition du iodure de potassium que la transmission du courant était accusée.
PROPAGATION DE l'ÉLEGTRIGITÉ. 105
même. La chaleur agit dans le même sens que la diminution de pression; mais elle a une action propre bien évidente, puisqu*à la température ordinaire , dans le vide le plus parfait qu'on puisse produire, il n*y a pas de transmission électrique appréciable, tandis qu'à la température rouge, l'électricité peut traverser un gaz, même quand il n'est pas raréfié.
La résistance que les gaz offrent, dans leurs diverses conditions de température et de raréfaction, à la transmission de l'électricité, varie avec le nombre des couples et avec l'intensité du courant produit par le même nombre de couples. L'étude que M. E. Becquerel a faite de ces anomalies semblerait démontrer qu elles tiennent aux résistances variables suivant son intensité que le courant éprouve à passer des électrodes dans le gaz.
Les expériences de M. E. Becquerel sont de nature à confirmer la remarque que nous faisions plus haut sur la différence qui existe dans l'action des substances gazeuses, entre le cas de la déperdition lente et celui de la propagation rapide de l'électricité. Nous voyons même que l'influence de la densité et de la nature du gaz est presque la même, que la propagation rapide ait lieu par décharge ou par courant : quant à celle de la température, elle n'a pas été étudiée dans le cas des décharges; il est bien probable qu'elle conduirait à des résultats analogues à ceux qui ont été obtenus pour le cas des courants.
11 nous parait donc résulter de tout cet ensemble de recherches que le rôle de l'air et des gaz est exclusivement négatif quand il s'agit de la propagation rapide de l'électricité, tandis qu'il est positif quand il est question de la propagation lente ou déperdition. Dans ce dernier cas, les particules du gaz sont polarisées par l'électricité du corps qui est placé au milieu d'elles, et elles déchargent le corps et se déchargent successivement les unes les autres plus ou moins lentement suivant certaines circonstances, de la même manière que cela a lieu pour les particules des conducteurs imparfaits solides et liquides. Aussi les conditions du phénomène sont-elles les mêmes, que les corps au moyen desquels s'opère la déperdition lente soient gazeux, liquides ou solides. Il est possible cependant que dans les corps gazeux la propagation de l'électricité s'opère par un petit mou-
106 TRANaUSSIOÏf BS L*ÉLBGTBIG1TÉ.
vement, soit déplacement des particuleSi comme cela a lieu pour la propagation de la chaleur.
Si la propagation est rapide, la tendance des deux électricités à se réunir est contrariée par la présence des particules isolantes, que le milieu soit gazeux, solide ou liquide. Cette réunion, c'est-à-dire la décharge ou le courant ne peuvent donc avoir lieu qu'autant que les particules seront écartées; de là la rupture des corps solides, le mouvement et l'agitation des particules dans les liquides et les gaz; de là aussi les différences entre les diverses substances quant à leur facilité à laisser passer la décharge; les gaz dont les particules sont plus mobiles la laisse*^ ront mieux passer, et parmi eux il y aura encore des différences tenant à leur différence de mobilité, laquelle n'est point en rapport avec leur pesanteur spécifique. L'influence de la raréfaction ne devient pas moins facile à comprendre une fois que la particule du gaz n'est plus un conducteur plus ou moins imparfait, mais un obstacle à la transmission de l'électricité. Enfin, l'effet de la température s'explique également si on se borne à le considérer dans les électrodes solides chargés des électricités con-^ traires, et non dans les gaz où il peut être considéré comme nul, puisqu'il est le même, que le gaz soit à sa densité ordinaire, ou qu'il soit raréfié au point de ne plus contenir que 2 mill. de mercure.
Un fait important à signaler encore avant de quitter le sujet de la propagation de l'électricité dans les gaz, c'est la difCé-* rence qui existe entre rélectricité positive et la négative quant à leur facilité respective à déterminer la décharge dans les mêmes circonstances. Nour avons fait remarquer cette diffé* rence en ce qui concerne la propagation lente, en rapportant les expériences de Matteucci ; Belli avait déjà, avant Matteucci, observé que l'électricité négative à tension égale se dissipe plus promptement que la positive, l'état de l'atmosphère et la disposition de l'appareU étant exactement les mêmes; il opérait au moyen d'un électromètre à cadran, dont les boules mettaient KV t' à descendre de 20|^ à iO"" quand elles étaient chargées d'électricité positive, et seulement 4' 30'' quand elles étaient chargées d'électricité négative. Quant à la transmisàon
PEOPÀGATIOM DE l'ÉLSGTEIGITÉ. 107
rapide ou décharge, on sait depuis longtemps la différence frappante que présente la lumière qui raccompagne sous forme d'aigrette, suivant que la surface électrisée d*où elle part est positive ou négative. Mais, indépendamment do cette apparence^ que nous étudierons en nous occupant de la lumière électri^ que, il y a un fait plus général établi par Faraday en ce qui concerne la décharge elleHoaéme.
Remarquons d'abord que lorsque la décharge a lieu à travers Tair entre deux boules de grandeur inégale, Tétincelle est beaucoup plus longue quand c'est la boule la plus petite qui est positive et la plus grande négative, que dans le cas inverse; ainsi, dans le premier cas, elle peut avoir de 20 à 30 centimètre! de longueur, et dans le second, 2 ou 3. Il y a aussi une diffé* rence importante dans la longueur de Tétincelle, suivant que les boules reçoivent directement Télectricité de la source, c'est» à-dire sont inductrices^ ou qu'elles la reçoivent par induction, c'est-à-dire qu'elles sont induites. Ainsi l'étincelle est deux fois plus longue quand la petite boule est rendue positive directe* ment, que lorsqu'elle l'est par induction ; une différence ana* logue, mais moins considérable cependant, peut être observée quand la boule est négative au lieu d'être positive.
Pour bien déterminer les degrés différents de tension ou de charge électrique qu'acquièrent les petites boules avant que la décharge ait lieu, suivant qu'elles sont positives ou négatives, 00 peut faire usage de l'appareil suivant (fig. 189), composé de
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deux fourches métalliques L et R terminées chacune par des boules de diamètres différents; les boules A et D ont 5 centi- Blètres de diamètre et les boules B et C 5 millimètres; la dis- ^nce entre chacune des grandes boules et la petite, dans la même fourche, est de 12 centimètres environ; les deux fourches étant mobiles, on peut faire varier les intervalles n et o; on met l'une d'elles en communication avec la source d*électricité, et
108 TRANSMISSION DE l' ÉLECTRICITÉ.
Tautre avec le sol. Les intervalles neio étant de 24 millimètres chacun et les boules ^ et ^ étant positives et inductrices, la décharge a lieu en n, le plus souvent avec une aigrette; les mêmes boules étant toujours inductrices, mais négatives, la décharge a encore lieu en n, mais toujours avec aigrette. Ici. ravantage est en faveur de la petite boule inductrice, qu'elle soit positive ou négative ; mais si Ton fait l'intervalle n de 22 millimètres et l'intervalle o de 16, la décharge a lieu également entre les deux intervalles, quand A et B sont inductrices et positives; quand elles sont négatives, la décharge a lieu en plus forte proportion en n, ce qui semble prouver que la petite boule se décharge plus facilement quand elle est négative que lorsqu'elle est positive. Cette expérience et d'autres du même genre conduisirent Faraday à admettre que de deux surfaces également conductrices, placées dans l'air et électrisées au même degré, celle qui est négative se décharge à une tension un peu plus basse que celle qui est positive; et que, lorsque la décharge a lieu, elle passe dans une plus forte proportion de la surface positive à la négative, que de la négative à la positive.
Ces différents effets tiennent très-probablement à la nature du corps diélectrique interposé, qui est ici l'air ordinaire, et à la manière dont ses particules se polarisent; ce qui le prouve, c'est qu'ils varient avec les gaz placés sur la route de la décharge. Faraday, pour étudier l'influence des divers gaz, avait disposé l'appareil de la figure 189 de manière que les deux fourchettes fussent dans un récipient où l'on introduisait le gaz, et que chaque paire de boules pût communiquer extérieurement au récipient, comme dans la figure 188, soit avec une source d'électricité, soit avec le sol. En opérant comme avec l'air, c'està-dire en rendant A et B tantôt inducteurs positifs, tantôt inducteurs négatifs, on trouve que la petite boule négative a une supériorité décidée sur la boule positive pour déterminer la décharge dans les gaz oléfiant et acide carbonique, tandis que dans l'azote et l'hydrogène, c'est l'inverse.
Les phénomènes qui viennent de nous occuper sont donc intimement liés avec la manière dont a lieu la propagation
de rélectricité dans les fluides élastiques, et par conséquent avec les eCTets qui accompagnent cette propagation ; aussi aurons-nous Foccasion d'y revenir dans les chapitres suivants, consacrés à Fétude de ces effets. Ils se rattachent à la même cause à laquelle sont dues les différences observées par M. E. Becquerel dans la facilité de la transmission du courant électrique à travers les gaz, suivant que c'est par le tube ou le fil de platine qu'arrive l'électricité positive. Enfin, quand nous étudierons les phénomènes de décomposition qui accompagnent le passage de l'électricité dynamique à travers les liquides, Dous verrons des effets de mouvement et de transport des liquides eux-mêmes du pôle positif au négatif, qui indiquent encore une disparité dans le mode d'action des deux électricités.
$ •• C^BsItlérmtloBS i^éBérmle* sur le mofle tie tmasmlMloB «le PHectrlcité dUas les corps et émmm le Tlde^ et s«r «ael^ves phéBOMièBes MiolécalAlres 4«l en sont la conséquence.
L'étude que nous venons de faire de la propagation de l'électricité à travers les corps solides, liquides et gazeux, et à travers les bons conducteurs et les conducteurs imparfaits, nous amène naturellement à distinguer deux modes de transmission. Le premier se fait par l'intermédiaire des corps, de molécules à moléculesy et plus ou moins rapidement suivant le degré de conductibilité de ces corps et de ces molécules; c'est celui que nous appellerons avec Faraday canduciion^ et qui est toujours accompagné de Tinduction moléculaire. Tous les corps peuvent donc être considérés comme conducteurs, ceux que nous appelons isolants étant seulement conducteurs à un degré si faible, qu'ils ne permettent pas une propagation assez rapide de l'électricité pour qu'il y ait courant : il y a seulement déperdition lente. Le mode de transmission par conduction peut être accompagné d'effets calorifiques et d'effets chimiques; dans ce dernier cas, il constitue le mode par électrolysey qui n'en est qu'un cas particulier, que Faraday regarde cependant comme un mode
no TRANSMISSION DB L*ÉLBGTRICITÉ.
distinct. Le second mode a lieu à distance; il est le résultat de la tendance que les deux électricités ont à s* unir en vertu de leur attraction mutuelle, et il s'opère d*autant plus facilement que le milieu, nécessairement isolant, interposé entre les deux conducteurs solides, positif et négatif, renferme un moindre nombre de particules matérielles. Le milieu le plus favorable à ce mode serait donc le vide parfait; c'est ce que toutes les expériences semblent démontrer. Mais il ne suit nullement de là que le vide soit conducteur, car la conductibilité suppose une succession de particules matérielles qui propagent l'électricité; or il s'agit ici de la transmission à distance sans l'intermédiaire de particules contiguës. Le vide joue donc simplement ici un rôle négatif, c'est-à-dire qu'il est l'état de l'espace le plus favorable à la réunion des deux électricités à distance, parce qu'il ne renferme pas de matière qui s'y oppose; mais lui-même ne conduit pas, comme nous allons le prouver.
Comment s'opère cette réunion à distance des deux électricités? Est-ce simplement à travers l'éther et par son intermédiaire? ou a-t-elle toujours lieu par l'intermédiaire de particules très-fines, détachées des électrodes chargés d'électricités contraires et transportées de l'un à Vautre? Faraday admet les deux modes également : il nomme le premier décharge disrtipiive, parce qu'il s'opère par le déplacement violent des particules du milieu ambiant, en produisant de la lumière sous différentes formes, et le second décharge par convection ou transportante, parce que la décharge a lieu au moyen de particules transportées, différant de la conduction, dans laquelle les particules matérielles n'ont pas de mouvement sensible. Je serais disposé à croire que ces deux modes n'en font qu'un, et que dans les cas même où la décharge est la moins forte, il se passe en petit ce qui a lieu en grand dans le phénomène de l'arc voltalque, c'està-dire un véritable transport de molécules très-divisées. Toutes les conditions, telles que le réchauffement des électrodes, la raréfaction du milieu gazeux, qui favorisent la transmission, sont de nature à faciliter l'arrachement par l'électricité et le transport de petites particules appartenant aux électrodes. Il est vrai qu'il semble difficile de concevoir que l'électricité d'un seul couple
PROPÀGATKMf DB L'ÉLEGTRICITi. 111
poisse, comme M. Becquerel Ta remarqué, avoir assez d'intensité pour être transmise de cette manière; mais cette objection D*est point péremptoire, car nous verrons bien d'autres exemples où rélectricité d'un couple unique peut, lorsque les circonstances sont favorables, produire des effets qui exigent ordinai* rement une pile de plusieurs couples. Or, dans les expériences de M. Becquerel, la haute température à laquelle les électrodes sont portés et leur grand rapprochement doivent faciliter sinçoUëreoient la production de Teffet que nous venons d'indiquer. iu reste, no^s ne pourrons traiter convenablement la question importante que nous venons de soulever que dans le chapitre où nous nous occuperons des effets calorifiques et lumineux de l'électricité; c'est là que nous pourrons examiner si l'on doit admettre que les deux électricités puissent se réunir à dislance sans l'intermédiaire de particules matérielles, ou si cette réunion exige toujours nécessairement la présence, soit de la matière continue, ce qui constitue la conduction, soit des particules transportées entre les deux corps chargés d'électricités contraires, ce qui réduirait à deux seulement les différents modes de décharge. Et même il ne serait pas impossible que ces deux modes ne différassent pas essentiellement l'un de l'autre. En effet, qu'est-ce que la conduction, sinon une suite de décharges qui se passent de molécules à molécules, à des distances infiniment petites, au lieu de s'effectuer entre des corps de certaine dimension, à des distances de grandeur finie? De plus, dans la conduction, les décharges ont lieu à travers le vide moléculaire, et par conséquent, soit à cause de cette circonstance, soit à cause des petites (jUstances qui séparent les molécules, il n'est pas nécessaire que l'électricité possède une grande intensité pour être transmise. Ou peut se demander seulement aussi si les décharges moléculaires ont lieu uniquement par l'intermédiaire de l'éther interposé, ou s'il y a un transport très-minime de matière d'une particule à une autre. Cette question, qui est exactement la même que celle que nous avons soulevée pour les décharges qui s'opèrent à des distances finies, ne peut être convenablement traitée qu'en étudiant les effets que produit chez les corps le passage de l'électricité. Toutefois nous pouvons déjà remarquer
que l'altération moléculaire qu'éprouvent les conducteurs solides qui ont longtemps servi à la transmission du courant, cl qu'a signalée M. Peltier, et les décompositions chimiques qui accon^^agnent cette transmission dans les liquides, sembleraient plutôt favorables à Tidée d'un mouvement atomique et moléculaire.
Ainsi donc, en résumé, il n'y aurait qu'un mode de propagation de l'électricité dynamique, celui par décharges, s'opérant ou de molécules à molécules et à des distances infiniment petites, ou de corps à corps à des distances finies, se succédant, tantôt d'une manière assez rapide pour constituer le courant^ tantôt trop lentement pour afTecter cette forme. La seule question qui resterait à résoudre serait de savoir si ces décharges ont lieu toujours par l'intermédiaire de parties matérielles, ou si elles peuvent avoir lieu également par l'intermédiaire de l'éther et sans la présence de substances pondérables. C'est cette question que nous serons appelés à examiner dans les chapitres suivants de cette quatrième partie, où nous nous occuperons des effets de la propagation de l'électricité, après nous être bornés dans celui-ci à faire une étude générale et aussi complète que possible de cette propagation elle-même.
Nous avons maintenant à donner des preuves directes de la non-conductibilité du vide, que nous avons admise plus haut. Ces preuves sont très-difficiles à obtenir, parce qu'il est impossible de priver complètement un espace de toute matière pondérable; il reste toujours dans le vide de la pompe pneumatique» et même dans le vide barométrique, une certaine quantité de vapeurs. Cependant en remplissant de mercure, qu'on a bien fait bouillir, im tube fermé à un bout et qui plonge par sa partie ouverte dans une cuvette pleine aussi de mercure, ou peut obtenir au haut du tube un espace bien vide en raréfiant l'air audessus du mercure de la cuvette, ce qui fait baisser la colonne renfermée dans le tube. En entourant la partie vide du tube d'une armure métallique et en l'électrisant comme une bouteille de Leyde, Morgan avait d'abord vu de la lumière électrique dans l'intérieur, ce qui semblait prouver que le vide était conducteur et se conduisait comme une armure intérieure. Mais en prenant
PBOPÀGATION DE L* ÉLECTRICITÉ. 113
la précaution de bien dessécher le mercure et le tube, il n'obtint plus aucun effet, et il put s'assurer en élçctrisant l'enveloppe extérieure qu'aucune trace d'électrioité n'était développée dans l'intérieur. Erman, après avoir inséré un fil de platine dans le haut d'un tube barométrique et y avoir fait un vide aussi parfiait que possible en faisant bien bouillir le mercure, s'assura, au moyen d'un électroscope mis en communication avec le mercure isolé de la cuvette barométrique, que de l'électricité qu'il faisait parvenir au fil de platine n'arrivait point à l'électroscope, et ne traversait par conséquent pas l'espace vide long de 16 centimètres, compris entre ce fil et le haut de la colonne de mercure. Davy avait constaté, de son côté, au moyen d'un petit électroscope attaché à un fil de platine qui lui-même était fixé, comme dans l'expérience précédente, au haut d'un tube vide d'air reposant par sa base sur du mercure, que les balles de cet électroscope divergeaient quand on électrisait extérieurement le bout du fil de platine auquel elles communiquaient. Cependant celte divergence n'aurait pas eu lieu si l'électricité avait pu se propager à travers l'espace vide. Nous avons déjà vu * qu'Harris et Becquerel ont également maintenu pendant plusieurs jours la divergence des feuilles d'or d'un électroscope, en le plaçant sous un récipient où l'air avait été raréfié, autant que cela était possible, au moyen de la pompe pneumatique. Riess a fait la même observation; il a même remarqué que la divergence d'un électroscope, qui était descendue de 13 millimètres à 9 au bout de 55 minutes dans l'air d'un récipient, demeura la même, c'est-à-dire de 13 millimètres, pendant 68 minutes, quand l'air eut été raréfié jusqu'à ne plus soutenir que 10 millimètres de mercure. Seulement il faut, pour que cette divergence se maintienne, que le corps électrisé placé dans le vide soit à une distance suffisamment grande de tout corps conducteur communiquant avec le sol ; autrement l'électricité se dissipe et on aperçoit une lueur bleuâtre entre le corps électrisé et le conducteur voisin.
Nous pouvons donc admettre qu'un corps électrisé entouré
' Tomel, page 127.