CHAPITRE IV
BFFETS PHT8I0L0GIQUEK PE L*ÉLECTRIGITÉ DYNAMIQUE.
S I. NMare émm effets ««e l^leeiHelté dlniM|rf««e exevee •mr les eerpe ersavleée.
Nous avons vu qu'une grenouille convenablement prép^ée éprouve une secousse quand elle est traversée par un courant électrique même très-faible. Déjà, avant cette expérience de Galvani, on savait que l'électricité exerce une action spéciale sur les corps organisés, aussi bien yégétaux qu'animaux; on avait même employé l'électricité fournie par les machines électriques comme moyen curatif dans les cas de paralysie ; mais c'est surtout depuis la découverte de la pile qu'on a pu étudier avec plus de précision l'action physiologique de l'électricité dynamique. Cette étude est très-difficile et délicate, comme tout ce qui touche à la physiologie, à cause de Tignorance où nous sommes encore du mode d'action de la force vitale qui pré* side à tous les phénomènes de cet ordre. Il y a plus; l'électricité agit-elle directement? ou n'exerce-t-elle qu'une action indirecte, en déterminant des effets calorifiques et chimiques qui seraient eux-mêmes la cause des phénomènes observés? Et, en effet, en traversant des corps organisés, elle y produit nécessairement de la chaleur et des décompositions chimiques à des degrés, il est vrai, plus ou moins sensibles, mais cependant le plus souvent appréciables. Or, c^tte chaleur et ces décompositions peuvent elles-mêmes donner naissance à des effets qu'on pourrait attribuer par erreur à l'action directe de l'électricité. Ainsi, Davy ayant soumis à Faction d'une pile de 150 couples une feuille de laurier, en s'en servant pour réunir deux vases pleins d'eau pure, dans chacun desquels plongeait l'un des élec-
EFFETS PHTglOLOGIQim DE L'iLlGTlIGITi DYNAMIQUE. 433
trod68, celle feuille pril la même apparence que si elle avait élé exposée à une température de 250 à 300* cent. ; elle devint brune et fut même grillée; la matière colorante verte, ainsi que de la résine, de Taloali et de la chaux avaient été transportés dans le vase négatif, tandis que le positif renfermait un liquide clair ayant Todeur de la fleur de pécher, qui élait de Vacide hydrocyanique. Une plante de menthe employée également eomme conducteur, donnait, après une aclion prolongée, des résultais du même genre; mais si Taction ne dure pas trop longlemps, la planle peut reprendre son état ordinaire. Il est évident que le courant électrique agit sur les matières végétales et animales comme sur des électrolytes, et qu*il doit nécessairement amener au bout d*un cerlain temps la désorganisation du corps organisé, comme le ferait toute autre action calorifique ou chimique.
On peut expliquer de la même manière l'influence apparenta de rélectricilé sur la germination et sur la fermentation. Il résulte des nombreux essais qui onl élé faits sur le premier point que réleclricilé statique n'exerce aucune influence sur la germination, ainsi que Ingenhouz Tavait très-bien démontré, en faisant voir que les erreurs dans lesquelles on élait tombé à cet ^rd tenaient à ce qu'on n'avait pas eu égard à des droonitances importantes, telles que la peésence de Teau, de la lumière, etc. Quant à l'influence de l'électricité dynamique, qui est réelle dans quelques cas, il est facile de prouver qu'elle provient d'une action indirecte, savoir celle qu'exercent les produits de la décomposition, et en particulier l'oxygène et les acides d une part, l'hydrogène et les alcalis d'autre part, sur les graines placées à l'un ou l'autre pôle, soit dans de l'eau, soit dans la terre humide. Ainsi, tandis que l'oxygène facilite la germination vers l'électrode positif, il arrive aussi très^souvenl que l'acide qui se rend également à cet éleolrode fait l'efifèt eontraire en détruisant la graine, tandis qu'on la v(ât germer à l'électrode négatif où s'accumule une base alcaline ; c'est ce qui résulte de nombreuses recherches sur ce sujet de M. Becquerel et de M. Ilatleucci. Hais il n'est pas impossible, eomme nous le verrons dans la cinquième partie, que l'électrieité, méoie déve*
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loppée dans Tacte de la germiDation, joue un râle, secondaire il est Traiy dans ce phénomène physiologique. Il en est de même de la fermentation que M. Gay-Lussac a réussi à déterminer dans du jus de raisin conservé à Tabri de Tair, en y plongeant deux fils de platine communiquant respectivement avec les pôles d*une forte pile; il est évident que Toxygène dû à Faction électrblytique était la cause de la fermentation, puisqu'il suffit d'introduire une petite quantité de ce gaz pour déterminer la production du phénomène, qui ne peut pas commencer dans un milieu où il n'y a pas d'oxygène. Enfin la coagulation de l'albumine autour de l'électrode négatif, observée par M. Lassaigne, est également le résultat de la présence à cet électrode d'acides provenant de la décomposition de quelques sels.
Nous ne nous arrêterons donc pas davantage sur ces effets indirects du courant électrique , nous nous bornerons à deux remarques : la première, c'est que nous devons en tenir compte en nous occupant des effets directs, et quand, en particulier, nous arriverons à l'étude de l'électricité même produite par les actions soit physiologiques. pures, soit chimico-physiologiques; la seconde, c'est que l'influence chimique de l'électricité dynamique sur les produits organiques serait en elle-même un sujet d'étude très-intéressant à cause des caractères propres à ce genre de composés qui les font différer d*une manière si prononcée des composés inorganiques, en raison de la vie qui a présidé à leur formation. Malheureusement jusqu'ici le nombre des recherches faites sur ce point particulier qui est plus du ressort de la chimie organique que de l'électricité, est trèslimité; nous essayerons de faire connaître le petit nombre de résultats qui ont été obtenus quand nous nous occuperons des applications électro-chimiques.
Passons donc maintenant aux phénomènes mêmes auxquels donne naissance l'action directe de l'électricité dynamique sur les corps organisés. Les végétaux, quoique J)eaucoup moins excitables que les animaux, le sont cependant dans certaines limites. Ainsi, soit la nUmasa senniivaj soit la mimosa pudicoy présentent des mouvements quand on fait passer le courant électrique à travers leurs brandies et leurs feuilles au moyen
EFFETS PHYSIOLOGIQUES DE l'ÉLECTRICITÉ DYNÀBAQUE. 425
de petites lames de plomb ou d'étain dont on les recouvre en quelques parties de leur surface. La simple communication des armatures entre elles sans Tintermédiaire de la pile ne suffît point; mais, avec le passage de Télectricité, on voit dans la mimosa pudica en particulier, une minute après rétablissement du courant, les feuilles, surtout celles qui sont armées, se plier sur leurs branches, puis le même effet se produire successivement sur d'autres feuilles çà et là dans plusieurs parties de la plante. Giulio, à qui nous devons ces expériences, a trouvé que dans làmimosa asperaia où l'irritabilité naturelle est moins prononcée, Tirritabilité produite par Félectricité sur ses nœuds, ses feuilles et ses pétioles, est beaucoup moindre que sur les deux autres espèces de mimosa. Vhedysarum gyrans et d'autres plantes remarquables par les mouvements que présentent leurs folioles, n'éprouvent aucune influence de la part de l'électricité dynamique.
On voit donc que l'action physiologique de cet agent sur le règne végétal est très-peu importante^ ou que du moins nos connaissances à cet égard sont très-limitées. Cependant il existe encore une plante sur laquelle on a observé des effets d'électricité très-remarquables, c'est le chara qui, comme on le sait, présente un phénomène physiologique très-curieux, savoir, un mouvement circulaire de globules et de lymphe; ces globules, dirigés de bas en haut , redescendent dès l'instant qu'ils rencontrent un nœud qui s'oppose à leur mouvement pour remonter et ainsi de suite-; en enlevant le diaphragme qui forme le nœud, les globules sortent par l'ouverture et se disséminent dans l'eau. MM. Dutrochet et Becquerel, en faisant passer dans une tige de chara un courant électrique plus ou moins fort tantôt de haut en bas, tantôt de bas en haut, ont remarqué que cette transmission produit dans les premiers instants un engourdissement dans le mouvement des globules dont rintensité dépend de la force ^u courant et qui est indépendant de sa direction, mais qui est le même sur les mouvements ascendants et descendants. Quand le mouvement de la lymphe a été arrêté, il recommence peu à peu sans que le courant cesse de passer et il reprend la vitesse qu'il avait primiti-
426 TRANSMISHOlf IHB l'ÉLKCTRICITÉ.
▼ement; la durée de l'arrêt dépend de Tintensité du courant, elle peut aller jusqu'à quelques heures si cette intensité est suffisamment forte ; mais le passage de l'électricité ne produit aueune désorganisation dans la plante , puisqu'un repos plus ou moins long lui rend ses facultés naturelles. L'élévation de température produit sur le chara des effets analogues à oeux du passage du courant. A partir de 0*, la circulation du chara s'accélère à mesure que la température monte; à IS"" ou 10* elle est très-rapide : elle diminue jusqu'à iV où elle est trèsralentie, puis elle augmente de nouveau jusqu'à 45* où elle cesse entièrement et ne peut recommencer, la plante éprouvant à cette température une désorganisation qui détruit le mouvement rotatoire des globules. On pourrait donc croire que c'est à la chaleur qu'il développe en traversant le chara que le cou-» rant doit son effet, mais il ne produit jamais d'accélération comme en détermine l'augmentation de la température, et d'un autre c6té, la chaleur ne produit pas d'arrêt comme cela a lieu avec rélectricité transmise. Il parait donc plus probable que l'influence du courant sur la circulation du chara provient de la disposition nouvelle qu'il oblige les molécules du végétal d'affecter en les polarisant; polarisation qui, lorsqu'elle est suivie d'une décomposition très-forte, peut désorganiser le végétal, mais contre laquelle luttent cependant avec assez d'avantage les forces vitales qui produisent la circulation, pour que les molécules organiques dérangées de leur position naturelle d'équilibre puissent recouvrer leurs propriétés primitives. L'action qui détermine le mouvement rotatoire l'emportant sur celle du courant, celui-ci continue à passer sans troubler le mouvement; mais la lutte cesse quand le courant possède une Intensité suffisante; d'un autre côté, les forces vitales, après avoir fait des efforts qui les épuisent momentanément, reprennent leurs facultés après on certain temps de repos, une fois qu'elles ne sont plus soumises à l'action de l'électricité. On voit donc qu'il y a des différences assez notables entre la chaleur et le courant quant à la manière dont leur action s'exerce; ee qui permet de conelure que l'éleetricité agit dans cet ordre de phénomènes d'une manière qui lui est propre.
BFFETS PHTSiOlMlWmS SB L*ÉliBGVBIOITÉ DYNAMIQUE. 4S7
; Mais c'est surtout sur les aoîmaux que Taction direote de Vélectricité a été constatée et étudiée. La manière la plus frappante de le démontrer est de préparer une grenouille à la façon de Galvani (fig. 258), en la coupant au milieu du corps, puis, après Vavoir dépouillée rapidement, on passe la pointe des ciseaux sous les deux nerfs lombaires qui paraissent comme
Fig. 25S.
des flls blancs de chaque côté de la colonne vertébrale ; on enlève les deux ou trois vertèbres inférieureSi on met ainsi à nu les nerfs lombaires; ils forment alors la seule attache qui lie encore les membres inférieurs aux vertèbres supérieures. Si mainte* nant on suspend la grenouille à un fil conducteur isolé au moyen de ses nerfs, et qu'on fasse passer en touchant les membres inférieurs avec un autre conducteur, une légère décharge ou un faible courant électrique des nerfs aux muscles, on voit les membres de la grenouille éprouver une contraction subite extrêmement vive. On peut également faire l'expérience en plaçant les jambes de la grenouille chacune dans un verre distinct plein d'eau (Sg. 259), et en plongeant dans Fun des verres le zinc et dans l'autre le cuivre d'un petit couple; aussitôt }a grenouille éprouve une contraction assex forte pour que le plus souvent elle soit chassée d'un verre dans l'autre ou même des deux verres également. Il n*est pas nécessaire, pour obtenir la contraction, de mettre dans le circuit les nérJSs'et les mus^
428 TRJLMSMUSION DB l'ÉLICTEIGITÉ.
des ; il suffit de faire passer le courant dans une partie des nerfSy même très-courte, pour que les muscles se contractent. Au reste, toute action existante exercée sur le nerf produit on effet du même genre.
Fig. 256.
Mais ce n'est pas sur la grenouille seule que Ton a étudié Faction physiologique du courant, Galvani lui-même et Aidini produisirent, il y a près de soixante ans, des contractions sur la tête d'un bœuf récemment assommé en introduisant dans une de ses oreilles un fil de métal en communication avec Tun des pôles de la pile et dans les naseaux un fil en communication avec Tautre pôle. On vit aussitôt les yeux s'ouvrir, les oreilles se secouer, la langue s'agiter et les naseaux s'enfler; des résultats semblables furent obtenus sur divers animaux. Plus tard, en 1818 , le docteur lire en ayant essayé de soumettre le corps d'un pendu, immédiatement après l'exécution» à l'action du courant d'une pile de 270 couples cuivre et zinc de 16 pouces carrés de surface et chargée avec de l'eau légèrement acidulée avec de l'acide sulfurique et nitrique, obtint des résultats remarquables. Un des électrodes de la pile fut, au moyen d'une incision, mis en contact avec la moelle épînière, tandis que l'autre fut appliqué sur le nerf sciatique qu'on avait également mis à nu ; à l'instant tous les membres du corps furent agités de mouvements convulsife ; en faisant mouvoir le second conducteur de la hanche au talon, le genou ayant été plié préalablement, la jambe fut lancée avec tant de violence qu'elle faillit renverser un des assistants qui essayait
IFFITS PHTIIOLOCaQUIS BB l'ALBCTRIGITÉ DTIfAMIQUE. 429
en Tain d'en prévenir Fex tension. D*autres expériences faites sur différentes parties du corps produisirent des contractions plus ou moins fortes dans divers organes et en particulier dans le diaphragme, auquel on parvint à donner un mouvement momentané analogue à celui qu*il possède pendant la vie, en déterminant ainsi une espèce de respiration forte mais pénible.
Humboldt qui» dès Torigine de la découverte de Galvani, 8*élait occupé de ce sujet avec beaucoup de soin, avait, après diverses recherches faites sur les animaux ei sur lesquelles nous reviendrons, voulu étudier l'action physiologique de l'électricité sur lui-même. S'étant appliqué des vésicatoires sur chacun des muscles deltoïdes, il mit sur l'une de ses plaies une plaque d'argent et sur l'autre une plaque devine, et réunissant les deux plaques par un fil de métal, il constitua un couple dont le courant contractait alternativement les muscles de l'épaule et du cou avec une sensation de forte cuisson aussitôt que la vessie, formée par le vésicatoire, fut ouverte.
Pour éprouver l'effet du courant sur son propre corps, il suffit de plonger chacune des mains dans un vase plein d'eau salée communiquant, l'un avec le pôle positif, l'autre avec le pôle négatif d'une pile d'une trentaine de couples faiblement chargés; on éprouve aussitôt une commotion qui s'étend jus^ qu'au poignet ou au coude, selon l'intensité de la décharge. Quand le courant passe pendant quelque temps, et qu'on tient dans chacune de ses mains un cylindre de métal mouillé assez gros pour la remplir entièrement, on éprouve une sensation désagréable analogue à un frémissement. Si plusieurs person^ nés se donnent la main, la commotion est éprouvée à la fois par toutes d'une manière sensible, surtout si le nombre des personnes est peu considérable. Le corps humain n'est pas, en effet, un bien bon conducteur. C'est ce que constatent des expériences assez exactes faites par Lenz avec un galvanomètre multiplicateur de Nobili, au moyen du courant d'induction d'une machine de Clarke, et dont voici les détails.
On détermine d'abord la résistance du circuit entier, composé du fil induit, du fil du multiplicateur et des fils qui servent à mettre le multiplicateur dans le circuit, et on la prend pour
480 TtâimKBMH M L'ÉUOTliOtTÉ.
unité; puis oo interpoge dans le circuit une personne, en loi faisant plonger un ou plusieurs doigts de chaque main dans deux vases remplis d*un liquide conducteur, qui sont mis eux*mêmes en communication avec les extrémités du fil induit. Oa mesure alternativement la force du courant arec et sans Fin^ terposition du corps humain , et on a ainsi une moyenne assez exacte de Teffet de résistance produit par cette interposition. Ainây en se servant pour liquide conducteur de Keau aiguisée de m d*acide sulfurique, on trouve que la résistance produite par le corps d*un homme de quarante-trois ans est trente-quatre fois la résistance prise pour unité, quand il ne plonge qu'un doigt dans chaque vase, et seulement 6 fois quand il plonge la main entière. La résistance est d'autant plus faible que le 1^ quide est plus acide, et par conséquent plus conducteur; on voit donc par là que la résistance existe surtout dans le passage du courant du liquide dans le corps, et réciproquement, et que la cause en est par conséquent dans Tépiderme. fin effet, la main immergée ayant /eçu accidentellement dans une expérience une petite écorchure, la résistance tomba de 6,06 à 4,81 , quoique les circonstances fussent d'ailleurs parfaitement les mêmes K Le mercure, substitué à Teau acidulée, augmente la résistance au lieu de la diminuer , probablement parce qu'il n'humecte pas la peau conune la solution acide.
La résistance varie un peu avec les personnes sounûses à l'expérience ; elle est en général beaucoup plus considérable avec des enfants ou des jeunes gens qu'avec des gens plus ftgéi. U est probable que cela tient à des différences dans la surfade des doigts immergés , puisque les résistances diffèrent moins quand c'est la main tout entière qui est plongée que lorsque ee n'est qu'un doigt ou deux. U semblerait aussi que la main droite présente plus de résistance que la main gauchoi ce qtii peut tenir au plus grand usage qu'on en fait*
* Il n'est personne qui , ayant manié quelquefois des piles Toltaiquet , ne uche combien la plus petite écorchure à une partie de la main, quand elle se Ireute ea contact ifee l'un dei électrodes, ficlllte U production de là seoMiioa I pvovenittt 4tt peMiit «Al eotfSÉl dâM les I
IVFITS PHTSlOLOttlQUlS W L*iLSGTEl(UTÉ DTMAMIQOI. 431
Pour comparer les résultats nombreux qu*il a obtenus à une résistance connue, Lenz a cherché à rapporter par les procédés décrits ' la résistance de son circuit, non compris le corps humain interposé, à celle d*un fil de cuivre de 1 millimètre d'épaisseur, et il a trouvé qu'elle équivalait à une longueur de ce fil de ISSS?*", 5, ce qui fait que la moyenne des résistances présentées par les diverses personnes, mises en expérience au nombre de six, équivaut à 91 503 mètres. M . Pouillet avait trouvé cette résistance égale à celle d'un fil de cuivre, toujours de 1 millimètre de diamètre, mais de 11 lieues de longueur, ce qui fait une résistance environ moitié moindre ; il est vrai que les mains étaient mouillées et plongées dans le mercure où aboutissaient les fils conducteurs du courant, ce qui explique pourquoi la résistance était moins considérable; mais le même physicien a observé que si le courant passe d'un doigt à l'autre de la même main, les doigts étant mouillés et plongés dans le mercure jusqu'à la moitié ou au tiers de la première phalange, il est affaibli 7 fois plus, c'est-à-dire autant que s'il avait traversé 77 lieues du fil de cuivre. M. Pouillet se servait, dans ces expériences, d'une pile de 12 couples à la WoUaston et d'un multiplicateur de 240 tours muni d'une aiguille aimantée très*sensible.
Plus tard, M. Masson a étudié l'effet physiologique des courants discontinus; il se servait d'une roue dentée pour rendre discontinus les courants qui traversaient une longue hélice, dans l'intérieur de laquelle on introduisait un cylindre de fer doux pour les rendre plus intenses. U a remarqué qu'en mettant un certain intervalle entre chaque secousse, on éprouve des commotions difficiles à supporter ; en augmentant la vitesse de la roue, il arrive un instant où les muscles éprouvant une contraction involontaire, on ne peut plus abandonner les poignées qu'on tient entre les mains pour transmettre le couvrant à travers le corps; la douleur devient insupportable, les bras se tordent sur eux-mêmes; et, en augmentant l'intensité de la pile, la douleur devient telle qu'on s'évanouirait si on ne
« TooM 11, p. 29.
432 TRANSMISSION DE L'ÉLECTRIGITÉ.
cessait pas aussitôt Texpérience. En tournant plus rapidement, la douleur diminue, les contractions sont moins fortes, ce n*est plus qu*un engourdissement qui finit lui-même par disparaître pour une certaine vitesse. Cette limite n*e8t pas la même pour tous les individus, elle varie également avec Tintensité du courant. M. Masson , en appliquant une succession plus ou moins rapide de ces secousses électriques à des chats très-vigoureux, a déterminé assez promptement leur mort, laquelle élait accompagnée d*une raideur des membres semblable à celle qu*aurait manifestée Tanimal quinze jours après une mort naturelle.
Nous reviendrons sur les effets observés par M. Masson, et en particulier sur une propriété qu'il a trouvé appartenir au courant induit, celle de n'affecter que les points du corps touchés par les électrodes, quand nous nous occuperons des applications de l'électricité comme moyen curatif. Nous renvoyons également à cette partie de notre ouvrage bien des détails importants sur l'action spécifique de l'électricité dynamique sur les systèmes nerveux et musculaire, ainsi que la description des divers appareils, imaginés pour la production des courants destinés aux applications physiologiques, tels que la roue foudroyante de Neeff, dont ils ne sont que des modifications. Nous ne nous ar^ rétons pas non plus à décrire ici les nombreuses recherches de divers physiologistes sur la spécialité de l'action électrique au point de vue des fonctions physiologiques, parce que les résultats en ont été contestés, et que d'ailleurs ce n'est que lorsque ayant achevé l'étude théorique de l'électricité et en particulier de l'électricité animale, nous pourrons discerner en quoi cette spécialité peut consister. Nous nous bornerons à rappeler queRitter avait cru que l'électricité du pôle positif augmente les forces vitales, tandis que celle du négatif les diminue ; que le premier tuméfie les parties du corps qu'il touche et fortifie le pouls de la main, tandis que le second l'affaiblit; il avait également cru voir une influence différente des deux pôles sur la vision et sur les sens du goût et de l'odorat ; tous ces effets et bien d'autres encore étaient évidemment dus à l'action soit chimique, soit calorifique de l'électricité dynamique et non à une action statique de l'élec-
EFFETS PQYSIOLOGIQUES DE L^ÉLEGTRICITÉ DTT9ÂMIQUE. 433
tricité de chaque pôle. Wassali, Julio, Rossi et Powler, à la suite d*uD grand nombre d*expériences sur les corps des criminels après leur eiéculion, avaient cru trouver une action spécifique de rélectricité sur le cœur et sur d'autres muscles, tels que ceux de Testomac et des intestins; Vol ta et Aldini avaient constamment nié Texistence de ce genre d'action. Enfin, le docteur Wilson Philipp, en opérant sur des lapins la section des nerfs de la huitième paire, avait estimé pouvoir remplacer par un courant électrique Taclion de ces nerfs sur la digestion. D'autres avaient été encore plus loin, en avançant que l'influence nerveuse n'est qu'une action analogue à celle de l'électricité. On avait même tenté de remplacer cette influence dans les sécrétions par un courant électrique agissant directement sur les organes sécréteurs. Mais tous ces résultats n'avaient qu'une fausse ressemblance avec ceux que détermine la force vitale transmise par l'intermédiaire des nerfs, ainsi que l'a prouvé un examen plus approfondi et plus détaillé. Nous laisserons donc de côté toutes ces recherches pour étudier d'une manière plus précise et plus scientifique, avec les divers physiciens qui s'en sont occupés, l'action réelle du courant électrique sur les différentes parties du corps des animaux, de la grenouille en particulier, en nous bornant à constater les faits positifs que des expériences multipliées ont mis hors de toute espèce de doute. Cependant cette élude elle-même ne pourra être complète que lorsque,' abordant dans notre cinquième partie l'action physiologique considérée comme source de l'électricité, nous pourrons apprécier la part d'influence qu'exerce, dans les phénomènes que détermine l'application d'une électricité extérieure et artificielle, l'électricité naturelle que l'animal possède et qui est liée avec ses fonctions physiologiques.
S 2. Analyse fondameMtole de l'aetloM eu eoaraiif éleetH««e Mir les Mili
L'action du courant électrique sur les animaux ne se manifeste nettement que sous deux formes : la douleur dont la perception ne peut être nettement accusée que par l'homme; la II. i28
434 TRAKSMISSIOIf DE L*ÉLEGTRICITÉ.
contraction musculaire qui est sensible chez tous les animaux par les mouTements qui en sont la conséquence, et qui peut même se manifester plus ou moins longtemps après qu*ils ont cessé de vivre. Elle consiste dans un raccourcissement des fibres dont se compose le muscle accompagné d'un accroissement de leur diamètre, sans qu'il en résulte aucun changement dans le volume du muscle lui-même. C'est ce que Matteucci a démontré, en plaçant une torpille et une grenouille, préparée à la manière de Galvani, dans un vase rempli d'eau et fermé avec un bouchon traversé par un tube étroit dans lequel le liquide monte; on fait arriver un courant électrique dans le vase au moyen de deux fils isolés, et, quoique la torpille et la grenouille éprouvent de fortes contractions, on ne voit pas que le niveau de la colonne liquide dans le tube prouve le moindre changement. Nous ne nous arrêterons pas ici aux détails relatif à la structure du muscle et aux hypothèses qu'on a faites sur la manière dont s'opère sa contraction; nous nous bornerons à ajouter que la cause qui la détermine dans l'animal à l'état normal est l'influence transmise par les nerfs qu'on désigne sous le nom de force nerveuse ^ L'ensemble de ces nerfs constitue le système nerveux célébro-spinal, qui se compose principalement d'un nombre infini de ramifications disséminées dans le corps de l'animal, se réunissant en une masse centrale qui forme le cerveau et la moelle épinière '. Si Ton coupe une de ces ramifications sur un animal vivant, et si l'on touche avec un ler rouge ou avec un morceau de potasse, ou si l'on blesse ou tiraille d'une manière quelconque la portion du nerf qui est restée en communication avec l'axe cérébro-spinal, l'animal donne des signes
^ Nous excluons à dessein le mot fitMt nerveux qui est quelquefois employé, parce qu'il repose sur une hypothèse que rien ne Justifie, quant à la nature de la força narveuie. *
* Outre le système nerveux, eiréhao-spinal, il ta existe un second, le système nenreux ganglionnaire, composé de ramifications distribuées principalement aux appareils de la Yie organique, qui, malgré ses liaisons nombreuses arec le premier, ne réveille cependant, quand il est irrité^ ni mouvements ni sensations. Nous ne nous en occuperons pas dans les recherches qui font l'objet de ce paragra^.
EFFETS PHTBIOLOGIQUEg BE i*ÉLEGTRIGITÉ DYNAMIQUE. 435
de douleur. En produisant ces méâies irritations au-dessous de la section, les signes de la douleur ne se manifestent pas, et on aperçoit seulement les contractions dans les muscles où se ramifie le nerf irrité. Quand on pratique ces excitations sur le nerf intact, on détermine simultanément la douleur et la contraction. On peut au lieu de couper le nerf, le lier, ce qui produit le même effet que la section; mais si on le lie en deux points et qu'on Virrite dans la portion comprise entre les deux ligatures, on n*a ni douleur ni excitation. Le nerf a donc pour office de transmettre l'action du stimulant appliqué sur lui, soit au cerveau où elle produit une sensation, soit aux muscles où elle détermine une contraction. Les découvertes modernes des phy* Biologistes ont démontré que parmi les nerfs il en est un certain nombre qui, étant excités, ne provoquent les uns que la contractibilité musculaire, les autres que la douleur. Ajoutons qu'un faisceau nerveux est composé d'un grand nombre de filaments tous capables de transmettre séparément l'action qui les excite, sans que les filaments avec lesquels est en contact celui qui est excité y prennent part. Quant à la nature même des nerfs, nous nous bornerons à remarquer que c'est une matière graisseuse renfermée dans de petits canaux cylindriques d'une consistance plus ferme et qu'on nomme névrilèmes, sans entrer pour le moment dans plus de détails sur leur constitution physique et chimique, qui a été l'objet des recherches d'un grand nombre de physiologistes.
Les causes capables de développer dans les ner& la force nerveuse, qui en se propageant jusqu'aux muscles y détermine la contraction, sont avant tout la volonté, puis les actions mécaniques, les actions chimiques, la chaleur, et enfin l'électricité; mais l'électricité diffère, dans son mode d*action, des autres agents extérieurs par des caractères qui lui sont propres et qui lui ont donné à cet égard une importance relative beaucoup plus grande, en rapprochant son effet de celui de l'agent que la volonté met en activité. Voici ses principaux caractères dont nous allons établir l'existence : le courant électrique est le seul irritant qui puisse exciter tantôt la contraction, taniôt la sensation, suivant la direction dans laquelle il parcourt un
436 TRANSMISSION DE L*ÉLEGTRICITÉ.
nerf; le courant électrique ne produit aucun des phénomènes qui résultent de Texcitabilité du nerf quand il le traverse perpendiculairement à sa longueur; il ne détermine ni contraction, ni sensation quand son action sur le nerf est prolongée; il peut seul modifier l'excitabilité du nerf, même la détruire, s'il circule dans un certain sens, et la conserver, ou même l'augmenter, s'il est dirigé en sens inverse; enfin, seul entre les agents irritants, il peut réveiller pendant longtemps l'excitabilité des nerfs lorsqu'elle est très - aiFaiblie par rapport aux autres stimulants.
Nous avons déjà rappelé dans le paragraphe précédent l'expérience fondamentale de Galvani et sa manière de préparer la grenouille. Volta et Fowler avaient remarqué, en répétant et variant cette expérience, que les mêmes contractions que la grenouille éprouve au moment où le courant s'établit, se renouvellent à l'instant où ce courant cesse de la traverser. Ce fait, étudié successivement par Valli, Rumford et Pfaff, avait été attribué par Volta à une espèce de refoulement qu'éprouve le courant au moment de la rupture du circuit par l'obstacle instantané qu'il rencontre, comme le ferait un fluide qui, cheminant dans un canal^ reculerait et se mouvrait dans un sens opposé quand il serait brusquement arrêté. Marianini, qui a étudié avec soin ce phénomène, n'a pas réussi à constater l'existence du contre-courant hypothétique de Volta, en employant soit un galvanomètre, soit la sensation exercée par le courant sur la langue; il a donc pensé qu'en enlevant les communications qui transmettent le courant d'une pile, on ne fait naître aucun courant opposé. C'est donc au seul fait qu'elle cesse d'être traversée par le courant, que la grenouille doit la seconde contraction qu'elle éprouve, et la preuve, c'est qu'il suffit pour la produire de réunir par un arc métallique les deux conducteurs qui font communiquer les pôles de la pile avec la grenouille. On détermine sa contraction en dérivant ainsi par un meilleur conducteur, le courant qui continue à cheminer dans un circuit dont l'animal, il est vrai, ne fait plus partie. Toutefois, Marianini a montré que la contraction qui a lieu au moment de l'irruption du courant et celle qui a