CONDENSATEVB ET BOUTEILLE DE LEYDE
l'armure extérieure indique la présence d’une éleclricité négative libre sur cette armure (tig. 54).
On peut mettre en évidence les électricités libres de nature contraires que possèdent alternativement les deux armures en. plaçant entre les deux boutons avec lesquels chacune d’elles communique, la balle de sureau d’un pendule électrique ; attirée par l’électricité libre de l'un des boutons, cette balle vient en contact avec lui et s’électrise par ce contact; aussitôt repoussée elle va à l’autre chargé d’une électricité libre de nature contraire ; clic y perd sa propre électricité et se charge de celle de ce second bouton par lequel, repoussée, elle retourne au premier, et ainsi de suite (üg. 55).
La balle exécute ainsi entre les deux boutons une série d'oscillations qui peuvent se prolonger pendant plusieurs heures au bout desquelleslesdeuxormuresayant perdu leur électricité par cette succession de très-petites déoliarges, le phénomène cesse. Ondonne quelquefois à la balle de sureau la forme d’une araignée dont elle est le corps et dont les pattes sont des petits fils très-fins de métal; c’est pourquoi on appelle cet appareil, Varaignéf électrique. Si au lieu d’employer la balle de moelle de sureau, on touche successivement avec le doigt les deux boutons de la bouteille, on parvient à la décharger par une série de petites étincelles provenant des portions d’électricité rendues alternativement lüjres sur chacune des armures ; mais ce n’est qu’après avoir tiré un nombre d’étincelles très-considérable, iiu’on parvient à décharger complètement la bouteille. 11 est important dans celte expérience de prendre garde de ne jamais toucher en même temps les deux boutons de la bouteille, ce qui arriverait facilement si on faisait usage des deux mains ; on servirait alors soi-même de lieu de réunion aux électricités accumulées sur les deux armures et on éprouverait une sè-. cousse violente et souvent dangereuse. C'est aussi dans le but
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d'éviler cel iucouvénient qu’il est essentiel de placer la bouteille de Leyde, lorsqu’elle est chargée, sur un tabouret isolant; car si on se borne à la placer sur une table ordinaire, on se trouve, au moment où l’on touche le bouton , sur la route que suivent pour se réunir les électricités des deux armures qui ne sont plus séparés que par des corps conducteurs.
M. Faraday pour montrer l’électricité différente dont sont chargées les deux armures d’une bouteille de Leyde, emploie deux cylindres concentriques faits avec une toile métallique, séparés par une couche d’air d’un centimètre environ d’épaisseur et reposant sur une base en résine ; l’extérieur est mis en communication avec le sol pendant qu’on charge l’intérieur d’électricité; on les touche successivement avec le plan d’épreuve et on les trouve chargés, chacun, d’une électricité différente. 11 faut avoir soin de loucher le cylindre extérieur sur sa surface extérieure. ( / J
Il est facile de charger d’électricité négative l’armure intérieure d’une bouteille de Leyde; il suffit pour cela de la tenir par le bouton et de faire arriver sur l’armure extérieure l’électricité de la machine; mais c’est encore dans ce cas qu’il faut avoir soin, après que la bouteille est chargée, de la poser sur un support isolant, car si en la tenant par le bouton on la plaçait sur une table, on recevrait toute la décharge.
Une expérience assez élégante due à Lichtenberg et dite des figures de Lichtenberg, met en évidence sans électroscope et sous une forme immédiatement visible, la nature de l’électricité dont est chargée l’armure intérieure d’une bouteille. Cette expérience consiste à promener lentement sur un gâteau de résine le bouton d’une bouteille de Leyde dont on tient à la main l’armure extérieure ; on peut même avec ce bouton tracer des figures. L’électricité libre de l’armure intérieure qui se renouvelle constamment à mesure qu’elle sort puisqu’on tient à la main l’autre armure, reste adhérente a tous les points du gâteau que le bouton a touchés. Si après avoir ainsi tracé des lignes avec le bouton d’une bouteille chargée intérieurement d’électricité positive, on en trace d’autres à côté avec le bouton d’une autre chargée d’électricité négative , on réussit à les
CONDENSATEIB EJ BOITEILLÈ DE LEÏDE. 109
rendre visibles et distinctes les uns des autres en saupoudrant le gâteau d’une poudre formée par un mélange de soufre et de minium qui ont été triturés ensemble. On voit toutes les particules de soufre se porter sur les lignes positives et toutes celles de minium sur les négatives et y rester adhérentes lors même qu’on souffle ou qu’on secoue fortement le gâteau pour faire disparaître la portion de la poudre qui se trouve sur les parties de la surface que le bouton n'a pas touchées. L'effet que nous venons de décrire provient de ce que dans leur trituration mutuelle les molécules de soufre ont pris l’électricité négative et celles de minium la positive, ce qui fait que les premières se portent sur les traces positives et les secondes sur les négatives. Remarquons encore que le soufre forme autour de chacun des points électrisés positivement une petite aigrette tandis que sur les points négatifs le minium ne laisse qu'une tache circulaire. Ce phénomène qui établit une différence assez remarquable entre les deux électricités tient à une cause plus générale que nous étudierons plus tard.
La propriété que nous venons de reconnaître dans la résine de conserver adhérentes à la surface l’une et l’autre électricité n’appartient pas seulement à cette substance; toutes celles qui sont isolantes la possèdent à un degré plus ou moins prononcé. Nous avons déjà vu qu’elle existait dans le verre quand nous avons électrisé intérieurement un bocal de verre pour produire la danse des balles de sureau. Une bouteille de Leyde, dont les armures sont mobiles, en fournit une nouvelle preuve. Le bocal de verre a dans ce cas une forme évasée, soit conique ; l’armure intérieure est en fer-blanc et entre exactement dans le bocal, l’armure extérieure est également en fer-blanc et le bocal y entre exactement. On charge la bouteille comme à l’ordinaire; puis avec un manche de verre isolant, on enlève l’armure intérieure, on enlève ensuite le bocal de verre; les deux armures ainsi détachées ne manifestent aucun signe électrique. Les deux électricités sont en effet restées adhérentes au verre, la positive sur sa surface intérieure, la négative sur l’extérieure. On retrouve ces deux électricités en replaçant le bocal dans son armure extérieure et en remeltant en dedans son
ll() ÉIECTRICITÉ STiTIOint-
armure inlérieure; la décharge entre les deux armures a lieu
comme si elles n’avaient pas été dérangées.
Le fait que nous venons de signaler explkfue pourquoi une bouteille de Leyde conserve toujours de l’électricité après une première décharge ; lors même que celle-ci a donné naissance à une forte étincelle, on peut en tirer une seconde décharge, beaucoup moins forte, il est vrai, que la première, mais cependant encore très-sensible et quelquefois même assez violente, si la bouteille est grande et a été fortement chargée. Cette seconde décharge provient de ce qu’une portion des deux électncilés est restée adhérente au verre après la première décharge, malgré le cootact do tous les points dos deux surfaces du bocal avec les surfaces métalliques; mais la seconde décharge suffit ordinairement pour faire disparaître toutes les traces restantes l’our terminer les détails relatifs à la bouteille de Leyde, ajoutons quelques mots sur l’origine de son nom qui est lié à I histoire de sa découverte. C'est en 1746 que trois physicions réunis à Leyde, Mnsschenbroek, Allaman et Cuneus, ayant essayé d’introduire, au moyeu d’une tige métallique, de l’électricité provenant d’une machine dans de l’eau renfermée dans un ballon (flg. o6), afin d’essayer, disaient-ils, d’emmagasiner cet agent, furent singulièrement etirayés, lorsque l’un d’eux, tenant le ballon à la main, reçut, en touchant la tige métallique plongée dans l'eau, une secousse des plus violentes. Cette expérience fit grand bruit ; on en Fig. 56. exagéra singulièreii eut les efl'ets; des colporteurs qui se répandirent dans toute l’Europe gagnèrent leur vie à la répéter sous des formes diverses. L’appareil primitif dans lequel il est facile de voir que l’eau faisait office d’armure intérieure tandis que l’humidité, dont le verre est toujours recouvert, remplissait la fouction d’armure extérieure, fut bientôt perfectionné et amené à la forme actuelle qu’il a toujours conservée, et cela longtemps avant qu’on en eût trouvé la théorie.
CONDENSATEUR ET BOUTEILLE DE LEYDE. ill
$ S. Batteries ^lectrt^aee.
D« même que pour le coiuleusaleur, la quaiililé totale d'électricité qu’oo peut accumuler sur une bouteille île Leyde avec une même source d’électricité, dépend de l’étendue de sa surface ou plutôt de la surface de ses armures. En effet, la cliargo' n’arrive à sa limite que lorsque chacun dos points de la surface de l’armure en communication avec la machine électrique a une quantité d’électricité libre dont la réaction est égale à celle de la machine. On a donc cherché à donner aux liouteilles de Leyde la plus grande surface possible; on en a construit qui ont jusqu’à 3() et 4ü centimètres de diamètre sur üO à 60 de hauteur. Mais ces grandes bouteilles, outre qu’elles sont d’un maniement peu commode et d'un coût assez dispendieux, à cause du prix élevé des bocaux de la dimension voulue, présentent l’inconvénient que le verre peut facilement se briser si sa contexture n’est pas parfaitement homogène. Il suffit, en effet, qu’il ait quelque défaut et par conséquent une partie plus faible que le reste, pour que les deux électricités accumulées sur les deux armures, obéissant à la tendance puissante qui les porte l’une vers l’autre, se réunissent à travers ce point en brisant le verre. Il est donc préférable d’unir ensemble plusieurs bouteilles de grandeur médiocre en établissant une communication métallique entre toutes leurs armures intérieures et une autre semblable entre toutes leurs armures extérieures. C’est ce qui constitue une batterie électrique qu’il ne faut pas confondre, comme on voit avec une batterie soit pHe voltaïque.
Chaque batterie se compose de quatre bouteilles ordinairement, quelquefois de neuf ou de douze (fig, o7j. Les bouteilles sont placées dans une caisse doublée d'une feuille d’étain sur laquelle elles reposent et qui sert à établir une communication entre toutes les armures extérieures; les armuresintérieures communiquent entre elles au moyen de petites liges métalliques qui lient ensemble les boulons. La
I I 2 ÉIF.CTBICITÉ STATIQI'E.
par rinleraiédiairc d'une rhalne ou d’un fil mélallique fixé par une de ses extrémités à la feuille d'étoiu de la caisse et dont l'antre extrémité est approchée du bouton de l'une des bouteilles au moyen d'un manclie isolant ou d’un excitateur. Il est facile de comprendre qu’on peut unir plusieurs batteries de manière à n’en former qu’une, comme on a uni plusieurs bouteilles pour faire une batterie.
Qu’il n’y ait qu’une ou qu’il y ait plusieurs batteries en expérience, c’est toujours une opération longue et pénible que de les charger; il faut pour cela avoir une bonne machine électrique et la faire agir au moins quelques minutes. On a imaginé d’accélérer l’opération en utilisant, pour la charge de chaque bouteille d’une batterie, l’électricité positive que l’induction développe dans l’armure extérieure des autres et qui ordinairement se perd dans le sol. On place dans ce but chaque bouteille de la batterie sur un support isolant et indépendant et on les dispose de façon que le bouton de chacune communique mé— talliquement au moyen d’une chaîne ou simplement par contact immédiat avec l’armure extérieure de la précédente (fig. 58). Le bouton de la première communique avec le con-
Ki(ç. .IS.
ducteur de la machine et l’armure extérieure de la dernière avec le sol. 11 résulte de cet arrangement que l’électricité positive de l’armure extérieure de la première bouteille, au lieu d’être chassée dans le sol, sert à charger la seconde en pénétrant dans son armure intérieure; que l’électricité positive de l’armure extérieure de la seconde charge la troisième, et ainsi de suite jusqu’à la dernière, dont l’armure extérieure, communiquant avec le sol, y envoyé l’électricité positive que l’induction y développe. On voit qu’on peut par ce mode, qu’on appelle charge par cascade, charger un nombre quelconque de bouteilles de Leyde avec la quantité d’électricité nécessaire pour en
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charger une seule; mais quand les bouteilles sont chargées, il faut, pour accumuler l’effet de la décharge au même point, supprimer les communications établies entre l’armure extérieure et l’armure intérieure de chaque bouteille, ce (pi’oii fait, ou en enlevant avec un manche isolant les conducteurs qui établissent cette communication, ou en éloignant les bouteilles les unes des autres. 11 faut, en outre, faire communiquer ensemble toutes les armures intérieures, ce qu’on fait également en disposant convenablement, au moyen d’un manche isolant, des tiges ou des fils conducteurs. On établit une communication semblable entre les armures extérieures, résultat qu on peut également obtenir sans l’emploi de conducteurs, en rapprochant assez les bouteilles pour que leurs armures extérieures viennent en contact. On a alors une batterie chargée et prête à agir; il faut seulement mettre du soin et de l'adresse à faire ces divers arrangements, afin d’éviter de décharger les bouteilles et surtout de prendre soi-même la décharge.
Pour savoir le moment où, soit une bouteille de Leyde, soit une batterie, sont suffisamment chargées, on met l’armure intérieure en communication avec un électroscope à cadran, dont la tige mobile décrit un arc de cercle plus ou moins grand par l’effet de l’électricité libre que possède cette armure. En général, on cesse de faire arriver de l’électricité à l’armure intérieure quand son électricité libre est capable de faire décrire à la lige mobile de l’électroscope unanglede 43' à 30°, ou mieuxencorc quand on voit que cet angle n’augmente plus, preuve que la charge est parvenue à sa limite. On se sert avec avantage, dans ce genre d’expériences, de l’électromètre circulaire de Uarris, qui repose sur le même principe que celui à cadran, mais qui est plus sensible et plus exact (fig. 30).
Ladivergence de l’éleclroscope, ne dépendant que de la quantité de l’électricité libre qui se trouve sur l’armure
intérieure, ne fournit aucune donnée sur l’intensité de la charge totale de la bouteille ou de la batterie; cette charge peut être mesurée au moyen de la distance plus ou moins grande à laquelle jaillit l’étincelle, entre le bouton de l’armure intérieure et un bouton semblable qui communique avec l’armure extérieure. L’appareil qui sert à préciser ces distances se nomme électronùlre de décharge de Lane (fig. 60). Une branche de verre courbée part de la tige qui pénètre dans l’intérieur de la bouteille, et porte elle-même une tige horizontale terminée, à l’une de ses extrémités, par un bouton qui se trouve visà-vis et à peu de distance du bouton de Fig. tio l'armure intérieure et communiquant par
son autre extrémité avec l’armure extérieure. On fait avancer graduellement celte tige horizontale jusqu’à ce que les deux boutons soient assez rapprochés pour que l’étincelle s’échappe enjre eux. La distance à laquelle la décharge a lieu est ainsi appréciée très-exactement ; mais il ne faut pas perdre de vue qu’elle doit dépendre non-seulement de l’intensité des électricités accumulées, mais aussi du degré d’humidité ou de raréfaction de l’air; et ce n’est qu’autanl que ce dernier élément est constant, que le premier peut être évalué bien exactement, fl faut donc, autant que possible, lorsqu’on se sert de ce moyen pour comparer la puissance relative de différentes bouteilles de Leyde ou batteries électriques, opérer dans les mêmes circonstances atmosphériques.
L'électromètre dérJuirgeur de Cuthbertson est un appareil qui opère de lui-même la décharge quand la bouteille ou la batterie sont parvenues à la limite de leur charge. Un support isolant A porte une tige de métal D C formée, comme les deux bras du fléau d’une balance, de deux branches égales et mobiles autour d un axe central. Ces deux branches, qui communiquent avec l’armure intérieure et avec un éleclroraètre à cadran, se terminent l’une et l’autre par un bouton. Au-dessous du bouton de 1 une des branches, mais à une distance suffisante pour que la décharge ne puisse pas avoir lieu, il en est un autre semblable E
CU.NDE>SATEl'R ET MM TEILLE DE LEYIIE. ,115
plaré à rcxlréniité d’uiie lige métallique A' qui communique avec J'armure extérieure. Au-des.sous également, mais très-prés du bouton de l’autre branche, il en est aussi un autre D' placé à l’extrémité d’une lige métallique fixée au même support que la lige mobile, communitjuant mélalliquemenl avec elle, et par conséquent aussi avec l’armure intérieure. Lorsque la charge électrique de la bouteille ou do la batterie est arrivée à sa limite, la force répulsive que l’électricité libre de l’armure intérieure imprime aux deux boutons rapprochés qui communiquent l'un et l’autre avec elle éloigne le mobile D du fixe D", et rapproche par conséquent eu même temps le bouton C de la branche opposée du^bouton fixe K, qui communique avec l’annure extérieure. Ce rapprochement détermine la décharge au moment où il a réduit la distance qui sépare ces deux boutons à la distance explosive de l’appareil. On donne quelquefois à l’appareil une forme un peu difl'érente, mais le principe de la construction est le même. La figure 61 les représente tous les deux.
Fig. 61.
Knfin, un dernier appareil, qui est indispensable pour les expériences qu'on fait av ec les bat teries électriques, est le déchargent universelA^ Henley (fig.62) .
il consiste en deux supi»orls isolants de même hauteur et placés sur un même pied, à une distance de 25 à 30 centimètres l’un de l’autre. Chacun d’eux •■‘K-
porte à son extrémité supérieure un genou auquel est fixé
116, ÉLECTRICITÉ STATIOL'E.
un petil tube de métal dans lequel glisse à frottement juste une tige métallique. Les deux liges peuvent ainsi être placées dans toutes les directions, et leurs extrémités, quand elles sont mises vis-à-vis l’une de l’autre, peuvent être éloignées à une distance quelconque. On place entre les extrémités opposées de ces deux liges, en le posant sur un petit support qu’on peut élever à volonté, le corps qui doit être traversé par la décharge, morceau de bois, lame de verre, feuille métallique, etc., etc.; puis l’on fait communiquer l’une des tiges avec l’armure extérieure de la batterie, et on établit la communication de l’autre avec l’armure intérieure au moyen de l’excitateur à manches de verre ou de l’électromètre déchargeur de Cuthberlson.
6* l|oel«ac« cITeto de» boniellle» de l^eyde et de» batterie» électrique».
Avant de terminer ce chapitre, nous dé-crirons quelques-uns des ell'els des plus remarquables qu’on peut produire avec la bouteille de Leyde et les batteries électriques, quoique les phénomènes (jui résultent de la transmission des décharges électriques à travers divers milieux ne puissent être étudiés à fond que dans la quatrième partie de cet ouvrage.
La commotion qui avait si fortement frappé les physiciens de Leyde fut, immédiatement après la découverte de la bouteille, le phénomène qu’on étudia le plus. On remarqua qu’elle pouvait se transmettre à travers une file d’hommes formant la chaîne, c’est-à-dire se tenant par la main, et dont le premier prenait la bouteille par son armure extérieure, tandis que le dernier la touchait par le boulon; on soumit à celle épreuve tout un régiment rangé en bataille, qui, dit-on, fut renversé d’un seul coup. Dans celle expérience, on a observé que les hommes qui sont au milieu éprouvent un choc moins vif que ceux qui louchent la bouteille. Il ne faut employer dans les expériences de celle nature que la décharge d’une bouteille; une batterie serait dangereuse et pourrait occasionner de graves accidents. On a remarqué, en effet, qu’il ne. faut pas des batteries trèsfortes pour tuer des oiseaux, des lapins et même des animaux de plus grande taille.
r.ONDE.NSATECR ET BOrTEILLE DE LEYDE. 117
Los effets calorifiques de la bouteille et des batteries sont uombreiix et de nature bien différente, .\insi avec la décharge d’une simple bouteille on enflamme facilement de l’éther, de l’alcool, du coton saupoudré d’un mélange de poudre de résine et de lycopode. H faut pour cela que la substance inflammable soit placée dans une capsule en métal qui communique avec l’armure extérieure au moyen d’un fil ou d’une chaîne métallique, tandis qu’on approche le bouton de la substance elle-même. A une certaine distance, l’étincelle part et enflamme cette substance en la traversant, pourvu qu’elle ne forme pas une couche trop épaisse. On peut également enflammer la poudre à canon en la plaçant dans une cartouche de 4 à 5 millimètres de diamètre et de 40 à 50 de longueur dans laquelle on introduit, par ses deux bouts, des fils de fer qui aboutissent vers son milieu à une petite distance l’un de l’autre, et entre lesquels passe la décharge. Il arrive souvent que la poudre, si elle est fine, se disperse par l’effet de la décharge au lieu de s’enflammer. Pour éviter cet inconvénient, il faut placer sur la route de la décharge un tube plein d’eau ou de colon, ou du papier imprégné d’huuridité. La présence de ce conducteur humide, en diminuant à ce qu’il parait la vitesse et l’instantanéité de la décharge, lui donne le temps d’enflammer la poudre.
C’est également avec la décharge d’une batterie qu’on peut faire rougir, fondre et même enflammer des fils métalliques très-fins placés entre les deux extrémités opposées des tiges du déchargeur universel. La longueur qu’on peut donner à un même fil dépend de la force de la batterie. Si c’est un fil de fer, on le voit jaillir en petits globules fondus qui sont lancés au loin. Des fils d’étain donnent aussi lieu à un phénomène semblable, ou si la décharge est encore plus forte, ils disparaissent sous forme d’une poussière fine et blanchâtre semblable à une vapeur: c’est le résultat de l’oxydation de l’étain. L’or réduit en fils ou en lames très-minces est également comme volatilisé par une forte décharge ; du moins il s’élève dans l’air sous forme d’une vapeur rougeâtre. On se sert de cette propriété pour faire des empreintes électriques : on fait une découpure dans une - carte, aux deux extrémités de laquelle est collée une bande
H 8 ÉLFXTRICITÉ STATIQUE.
d'élain. Un recouvre la découpure, d’un côté par une feuille d’or battu qui louclie chaeune des lames d’étain par un de ses bords, et de l’autre côté par un ruban de soie qui repose luimême par son autre face sur un morceau de carton; lu feuille d’or est également recouverte d’un carton ; on place tout le système dans une presse pour bien assurer le contact. On fait ensuite passer la décharge de la batterie à travers la feuille d’or au moyen des deux bandes d'étain; l’or s’échauffe et s’oxyde; comme il ne peut s’échapper dans l’air, il passe à travers les jours de la découpure et produit sur le ruban une empreinte de couleur brun rougeâtre, très-régulière et qui reproduit l’image do la découpure (üg. 63).
lx*s fortes décharges déterminent sur les masses métalliques des espèces d'anneaux colorés qui paraissent provenir de la haute température à laquelle est expost'ie la surface de ces métaux, à l'endroit où l'électricité les traverse. Priestley a fait une étude particulière de ces cercles de fusion, qu’il attribue à une liquéfaction partielle opérée par la chaleur.
Ce (jui caractérise plus particulièrement les décharges îles batteries électriques, ce sont leurs effets mécaniques ou moli'^ culaires. Une lame de verre placée entre les deux bouts des tiges de l’excitateur est trouée par la décharge ; il faut, pour empêcher que les électricités ne se réunissent eu faisant le tour de la lame, dont la surface toujours plus ou moins humide est par là légèrement conductrice, que la portion à travers laquelle on veut faire passer la décharge soit entourée sur les deux faces d’un bourrelet de cire en forme d’anneau ; une goutte d’huile mise au centre de l’anneau facilite aussi le succès de l’expérience. Un morceau de bois sec, une pierre, peuvent être également fendus en éclats par une décharge qui les tra-
COMDEMSATELR ET BOt'TEILLE DE LEYDE. 1 ü*
verse. Une carie est percée également; mais si les extrémitf« des deux tiges qui amènent la décharge ne sont pas exactement vis-à-vis l’une de l’autre, le trou se fait vis-à-vis Je la pointe qui apporte l’électricité négative. On remarque aussi que le trou présente des deux côtés également des bavures, comme si le fluide électrique était parti du milieu de la carte pour sortir par ses deux faces en même temps. Ce fait assez extraordinaire abeaucoup occupé les physiciens; il parait teniràce que, comme nous le verrons, la décharge électrique ne se fait pas réellement par un mouvement de translation fini, mais bien par une série de petits mouvements vibratoires moléculaires.
L’air, quandil est traversé par une décharge électrique, éprouve une agitation très-marquée et une expansion instantanée si le phénomène se passe en vase clos. C'est ce qu’on peut constater au moyen du thermomètre de Kinnersly (fig. 64), qui se compose d’un tube en verre fermé à ses deux bouts et d’un tube latéral dans lequel s’élève un liquide qui donne la mesure de l’expansion.
La décharge se fait entre deux boules métalliques qui pénètrent dans le tube.
Quant aux effets lumineux proprement dits, et qui ne sont pas dus à une simple incandescence des fils métalliques, ils se manifestent ordinairement sous la forme d’une étincelle, semblable, à l’intensité près qui est plus grande, à celle qu’on lire d’une machine électrique, et susceptible comme elle de présenter des apparences très-variées que nous étudierons plus lard. Nous nous bornerons à citer ici une jolie expérience qui consiste à faire passer la décharge d’une batterie à travers une chaîne métallique de plusieurs mètres de longueur, suspendue par des cordons de soie au plafond d’une chambre ; au moment de la décharge, celte chaîne s’illumine dans toute su longueur par l’effet des étincelles qui passent simultanément d’un chaînon à l’autre.