LE MÉDECIN DOIT SEUL ÉLECTH1SER
l'exécution de celte méthode de traitement si longue, quoique en apparence si uniforme ?
La seule réponse péremptoire ne peut, à mou avis, être que celle-ci : ce sera le médecin lui-même et, autant que possible, un spécialiste en fait de traitement électrique. Car il ne suffit pas, comme on parait le croire généralement de posséder des connaissances médicales générales et d'être un excellent médecin praticien ; il ne suffit pas de s'être procuré un appareil électrique, pour devenir immédiatement un habile éleclrothérapeutiste. La possession de l'appareil ne suffit pas ; je pense vous avoir convaincus, dans mes leçons précédentes, de la nécessité de se procurer une large somme de connaissances et j'ajouterai, une expérience pratique non médiocre. En effet quelque simple que paraisse l'électrisation, elle est loin d'être aussi simple qu'on se l'imaginerait. Il faut qu'on l'apprenne, qu'on s'y exerce, comme pour tout autre métier manuel. Il faut du temps, de l'exercice, de l'attention, du goût pour Ja science; c'est de quoi j'ai pu très souvent me convaincre en voyant faire mes élèves et mes auxiliaires. — Naturellement on ne peut exiger que tout médecin praticien s'occupe d'électrothérapie ; un médecin est généralement trop chargé d'autres occupations pour pouvoir se faire élecfcrothérapettliste ; tout ce qu'on peut attendre de lui, c'est qu'il soit familiarisé avec les principales propriétés de cette médication, qu'il la conseille en temps opportun, et qu'il sache indiquer à ses malades la bonne voie comme cela est en usage dans l'ophthaimologie. On peut vouloir que le médecin, qui veut se charger lui-même d'électriser, possède au moins les éléments indispensables de cette branche de la médecine ; il faut qu'il sache appliquer à chaque cas morbide le traitement qui promet le plus d'efficacité, mais je dois me déclarer nettement contre ces électrisations faites au hasard, sans plan et sans méthode, comme cela n'arrive que trop souvent et qui font croire aux malades, qu'ils ont maintenant été suffisamment électrisés.
Je dois protester encore davantage contre des faits qui se produisent de-çà et de-là : On voit, par exemple, un barbier ou même un simple artisan, qui s'est procuré un appareil électrique, électriser à tort et à travers les malades atteints des affections les plus diverses. Si les profanes se rendent en pèlerinage chez cette espèce de charlatan, il ne faut pas s'en étonner. Mais si des médecins se contentaient purement et simplement de renvoyer leurs clients à un semblable empirique avec le conseil de se faire électriser, je ne pourrais m'empècher de dire qu'ils ont agi sans conscience. On serait pareillement coupable, si l'on renvoyait à des infirmiers ou à des gardes-malades le soin d'électriser, sans que ces individus possédassent la science nécessaire pour procéder à ce genre de médication.
;£78 ÉLECTRÛTUÉRAP1E GÉNÉRALE
On nous demande souvent si l'électrisalion ne pourrait pas être effectuée par les malades eux-mêmes, par leurs parents, leurs domestiques ou leurs gardiens. Quiconque a vu avec quelle maladresse ce traitement est exécuté, souvent par des médecins peu familiarisés avec cette méthode, attendra encore bien moins de profanes, de femmes, de serviteurs et de gardes-malades et partagera mon avis: -avoir qu'il faut donner à cette question une réponse négative. Mais très souvent par pitié pour l'état des malades, sous la pression des circonstances, un médecin se résoudra à électriser et se disculpera en disant qu'il vaut encore mieux quelque chose que rien du tout. Jadis j'étais bien plus disposé à abandonner le traitement aux malades eux-mêmes ou à leurs parents ; mais je me suis convaincu de plus en plus qu'en général on ne gagne rien ou pas grand'chose à ce système. Les difficultés de la chose sont bien plus grandes qu'on ne le pense ordinairement et l'on est souvent étonné de voir avec quelle naïveté on dirige les courants ou plutôt on ne les dirige pas. Passe encore dans des cas relativement simples et quand il s'agit de faire tenir les électrodes tranquilles, pendant quelques minutes, sur un point déli rminé ; évidemment il n'y a pas là de difficulté.. Mais dans tous les cas plus compliqués, lors du traitement d'organes plus importants, alors qu'il s'agit de posséder quelques connaissances anatomiques et physiologiques, la question devient plus grave. Si malgré cela et dans des cas semblables, vous vous décidez quelquefois à donner au malade ou à ses proches, en main, la batterie et les électrodes, conformez-vous du moins à la règle suivante : le traitement du malade doit être commencé et dirigé pendant quelque temps par le médecin lui-même, pour qu'il puisse enseigner les dispositions individuelles de l'excitabilité et de la résistance au courant ; que l'on n'emploie que des méthodes simples plus ou moins infaillilibles et qu'elles soient suivies et accomplies par les personnes auxquelles on aura confié cette tâche, sous la surveillance réitérée, personnelle et consciencieuse du médecin. Il serait bon, en pareil cas, de donner à ces personnes des indications détaillées, faciles à comprendre et transcrites sur le papier.
Et maintenant. Messieurs, laissez-moi, en terminant ce chapitre, vous recommander encore une fois instamment de ne laisser passer aucune occasion d'acquérir l'habileté et la dextérité nécessaires, au moyen d'exercices préliminaires sur votre propre corps, en pratiquant les méthodes d'exploration, en étudiant à fond toutes les circonstances physiques. Avant toutes choses, marchez avec le plus grand calme et le plus grand sang-froid vers l'appréciation des résultats salutaires dus à vos efforts électrothérapeutiques.
ÉLECTROTHÉRAPIE