TRAITEMENT DIRECT DANS LES AFFECTIONS EN FOYER
Quel pôle devra dans ces différentes affections agir d'une manière prépondérante ou d'une manière exclusive sur le foyer du mal ? Cela dépendra des conditions du cas particulier, des indications à remplir, des opinions du thérapeute et assez souvent de l'expérience thérapeutique. Jusqu'ici on n'a pu fournir que des données assez vagues relativement au choix des pôles. Ainsi l'on préfère ordinairement le pôle positif dans les phénomènes prépondérants d'excitation, dans des processus de maladie plus récents, plus actifs, chez des personnes très irritables et très sensibles. On emploie au contraire le pôle négatif, dans les manifestations de paralysie et de faiblesse, dans les processus de maladies plus anciens et plus torpides (dégénérescence grise, sclérose, etc.), chez des individus peu irritables. Mais partout où l'on tâche d'obtenir des résultats surtout catalytiques, on fera bien d'employer successivement les deux pôles.
En ce qui concerne l'intensité et la durée des applications, vous devrez être d'abord très circonspects. Choisissez de préférence de faibles courants et n'opérez qu'avec l'intercalation du galvanomètre (de 20 à 45 degrés de la déclinaison de l'aiguille avec 150 de résistance suffiront d'ordinaire !) La durée de chaque application ne doit pas être au commencement de plus d'une à deux minutes et la séance entière ne doit pas durer plus de 4, 6 ou 8 minutes. Si vous voyez qu'on endure bien le courant, vous pourrez en augmenter lentement la force. Il arrive assez souvent que des séances trop prolongées, avec des courants trop forts agissent d'une manière défavorable et produisent des sensations de fatigue et de lourdeur, une augmentation de douleurs et de paresthésies, des insomnies, etc. Il faudra donc tâcher d'éviter cet inconvénient. Vous devrez toujours choisir avec prudence les cas pour les applications prolongées. Quant à la fréquence des séances et à la durée de toute la cure, vous vous conformerez aux règles générales (15e leçon, page 275.)
En traitant indirectement la moelle épinière, il faut d*abord s'occuper de ce qu'on appelle la catalyse indirecte de Remak, c'est-à-dire l'action sur les voies nerveuses vaso-motrices (et trophiques), qui exercent une influence particulière sur la circulation et sur les phénomènes de nutrition dans la moelle épinière. C'est pourquoi l'on s'est toujours occupé exclusivement du sympathique du cou (Remak y a par-ci parlà ajouté les ganglions de la poitrine et du ventre). De quel droit ? C'est ce qu'il est difficile d'expliquer, vu que nous ne connaissons dans le sympathique guère que des fibres venant de la moelle épinière. Cependant les filets vaso-moteurs, émanant du sympathique, peuvent avoir de l'influence sur les artères vertébrales et spinales, etc. Il en est de même des voies vaso-motrices pour les artères intercostales. Outre cela, l'expérience semble nous apprendre qu'un traitement du
3i2 MALADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
sympathique, dans certaines affections de la moelle épinière. n'est pas inutile (Flies); il se peut que ce soit le cas, particulièrement dans les maladies qui montent jusqu'à la partie cervicale de la moelle, jusqu'à la pupille, jusqu'à certains nerfs cérébraux et le cerveau lui-même (tabès). J'ai, en conséquence, employé souvent une méthode du traitement de la moelle épinière, qui détermine une action simultanée sur le sympathique du cou. Le pôle négatif « l'électrode médiane » est fixé d'un côté au ganglion supérieur ; la grande anode est appliquée sur le fcôté opposé de la colonne vertébrale (tout près des prolongements épineux), d'abord sur les vertèbres les plus basses du cou et sur la plus haute de la poitrine, d'une manière stable, puis peu à peu par échelons, en descendant, et en séjournant quelque peu dans chaque région. Trois à quatre points d'application successifs suffisent à cet effet. On répète ensuite le même procédé de l'autre côté. Une minute ou une minute et demie suffisent de chaque côté. Après cela je mets en œuvre habituellement l'action stable du pôle négatif sur la colonne vertébrale, en changeant successivement les points d'application, tandis que le pôle positif est fixé sur les vertèbres inférieures des reins (également environ une minute ou une minute et demie). — Il est possible que ce procédé ne soit efficace que parce qu'il détermine une meilleure irrigation delà moelle épinière, par laposition d'une électrode sur la surface antérieure du cou. En tout cas, je crois avoir employé ce procédé bien des fois avec succès. Naturellement vous pouvez aussi employer la galvanisation ordinaire du sympathique à côté du traitement direct et ordinaire de la moelle épinière.
Une autre manière d'agir indirectement sur la moelle épinière, c'est défaire partir de la peau l'excitation réflexe, par irritation des nerfs sensibles de la peau. Il est indubitable que l'on peut, de cette façon, agir sur la moelle épinière ; ou bien on utilisera en première ligne une action directe sur les éléments nerveux comme dans les troubles fonctionnels, les troubles les plus délicats de nutrition, ou bien on agira sur les vaisseaux, comme pour le cerveau (Rumpf). Mais il faut d'abord procédera quantité d'expériences, avant de poser des règles positives.
Vous pourrez obtenir une pareille action réflexe ou bien par « la faradisation générale » et ce procédé est vanté spécialement par LôWenfeld, ou bien, d'après les indications de Rumpf, en promenant le pinceau faradique sur une grande partie de la surface de la peau, le tronc et les extrémité'-, absolument comme dans le procédé conseillé pour le traitement du cerveau. Ici aussi il faut agir avec circonspection et n'en augmenter que progressivement l'action.
L'excitation dite diplègique imaginée par Remak et fort préconisée pour certaines affections spinales (voir 11° leçon, p. 203), a-t-elle réellement une valeur thérapeutique considérable, c'est là une question