FORMES D'AFFECTIONS SPINALES A TRAITER PAR L'ÉLECTRICITÉ
expériences acquises jusqu'ici relativement à cette question, nous apprennent qu'une action thérapeutique salutaire des courants électriques appliqués de différentes manières), est non seulement possible, mais encore efficace (les preuves en sont irrécusables) pour toute une série de maladies spinales et c'est là déjà un résultat important, opposé aux insuccès désespérants de l'ancienne thérapeutique dans un grand nombre de ces maladies.
Elles nous apprennent en outre que ce résultat favorable peut se manifester tout d'abord dans les simples troubles de fonction de la moelle épinière (telles que névrosthénie, irritation spinale, commotion de la moelle épinière, peut-être aussi dans la paralysie ascendante aiguë, etc.). Ici l'on peut bien, absolument comme dans le cerveau, penser d'abord à l'action excitante et modifiante des courants électriques ; mais peut-être que leurs effets vaso-moteurs et catalytiques jouent un rôle encore plus important, en ce qu'ils aident à faire disparaître les troubles probables et plus délicats de la nutrition.
De même dans les doubles de circulation (hypérémies, anémies, transsudation exagérée de la moelle épinière, pour lesquelles il est tout au moins probable qu'ici comme pour le cerveau, des influences directes ou indirectes, spécialement des actions réflexes, partant de la peau, peuvent déterminer un résultat favorable ; il en est de même pour les suites d'hémorragies ou de ramollissement de la moelle épinière, où Ion peut utiliser les actions vaso-motrices et catalytiques du courant.
On peut aussi compter sur elles dans tous les troubles saisissables de la nutrition et dans les modifications anatomiques plus palpables (comme dans les états de méningite et de myélite aiguë, dans les formes chroniques de ces inflammations, dans la myélite par compression, dans la sclérose, la dégénérescence grise, l'atrophie, etc.), et ici nous devons naturellement recourir de nouveau, en première ligne, aux actions catalytiques déjà souvent mentionnées, que nous avons vu tant de fois employées sur des parties extérieures. Les influences du courant électrique sur la circulation, l'échange moléculaire, la nutrition, la circulation delà lymphe, l'excitation de centres et de voies trophiques, peuvent certainement rendre ici de grands services, ce que toutefois il n'est pas toujours possible de prévoir avec certitude.
Il est vrai que nous devons aussi nous dire (et les trop nombreux insuccès du traitement électrique ne nous apprennent cela que d'une manière trop frappante, qu'il existe toute une série de formes et de cas de maladies dans lesquels nous n'avons rien à espérer de l'électrothérapie (pas pins que d'autres médicaments!) comme par exemple dans toutes les modifications invétérées, chroniques, déjà fort avancés, inflammatoires et dégénératives, les contusions et hémorragies graves et dans Erb. — Électrothérapie. 22
leurs conséquences, dans les néoplasmes, les formations de cavités, etc.
Pour atteindre ces différents buts thérapeutiques, il existe maintes voies et méthodes. Nous pouvons traiter la moelle épinière directement ou par voie indirecte, en parlant de différentes voies nerveuses vasomotrices (et trophiques) ou d'une façon réflexe en partant de la peau, absolument comme le cerveau.
Pour le traitement direct de la moelle épinière, il faut employer en première ligne et presque exclusivement le courant galvanique ; il est vrai que, dans la plupart des cas, il s'agit d'actions vaso-motrices et catalytiques, dans lesquelles le courant galvanique est incontestablement bien supérieur au courant faradique, sans compter qu'il pénètre plus aisément à la profondeur nécessaire que le courant faradique. Il est de fait d'ailleurs que le courant faradique joue, depuis longtemps, un rôle bien secondaire, dans le traitement des affections chroniques de la moelle épinière et il faudra de nouvelles expériences pour démontrer que l'emploi du courant faradique, récemment préconisé par Lôwenfeld, a aussi sa raison d'être dans le traitement direct de la moelle épinière, surtout dans ses troubles fonctionnels.
Pour la plupart des actions de courants qui viennent en cause, et spécialement pour les actions catalytiques et vaso-motrices, mais non moins pour les actions excitantes et modifiantes, la première et indispensable condition est certes de faire agir le courant avec une force, une densité et une durée suffisante, sur la partie malade, c'est à ce point de vue surtout qu'il faut choisir et appliquer la méthode.
On ne sait point encore jusqu'à quel point les actions polaires isolées doivent avoir de l'influence sur le mode d'application. Pour les actions catalytiques, les deux pôles sont plus ou moins équivalents, et ne différent que peut-être quantitativement. Il en est de même des actions vaso-motrices. Par contre, pour les effets excitants et surtout modifiante le choix d'un pôle ou de l'autre (pour la partie malade), n'est pas chose indifférente ; ce choix doit se faire d'après les principes généraux, mais a besoin d'être contrôlé par l'expérience thérapeutique dans chaque cas isolé.
Nous ne savons pas d'une façon plus précise si telle ou telle direction de courant, joue un rôle dans le traitement de la moelle épinière. Pour l'action catalytique, ce rôle est très vraisemblablement tout à fait indifférent, il en est de même pour l'action vaso-motrice. Pour les actions excitantes et modifiantes, le choix d'un pôle plutôt que de l'autre est certainement la condition principale du succès, la direction du courant n'étanl qu'une cause secondaire. Toutefois, en fin de compte, ce n'est peut-être pas chose indifférente que de savoir quelle position relative les deux pôles doivent avoir sur la moelle épinière, quelles parties de celle-ci doivent être mises sous l'action du pôle négatif ou du
pôle positif et, à ce point de vue, telle ou telle direction du courant peut avoir de l'importance. Finalement l'expérience thérapeutique peut seule vider la question et bien que nous soyons encore loin de ce résultat, la plupart des thérapeutes penchent à croire que, pour le traitement de formes morbides déterminées, il faut donner la préférence à telle ou telle direction du courant. Pour ma part, je préfère, dans les états de faiblesse de la moelle, dans les processus de dégénérescence chroniques, etc., la direction ascendante du courant ; je n'emploie la descendante que dans les états plus irritatifs : mais bien des des fois, pour produire une action aussi intensive que possible sur la moelle épinière, il faut utiliser les deux directions lune après l'autre.
Si l'on tient compte de ces principes, on trouvera d'emblée la mét/iode d'application requise par tel ou tel cas ; une irrigation aussi complète et aussi intense que possible de la moelle est l'essentiel. A cet effet, vu la profondeur de l'organe, il faut des courants assez énergiques ; choisissez donc de grandes électrodes et éloignez-les le plus possible l'une de l'autre, afin que le courant pénèlrejusqu'au fond, (voir les explications données, 4e leçon, p. 56). Il ne faut absolument pas employer de petites électrodes ; évitez aussi de les poser trop près l'une de l'autre (par exemple aux deux côtés des prolongements épineux, à la môme hauteur, comme font beaucoup de médecins). On galvanise ainsi les muscles du dos et les épines vertébrales, mais non lamoelle épinière. Je prends ordinairement mes grandes électrodes et, pour des personnes obèses, mes toutes grandes. Que l'application se fasse, autant que possible, avec toute la surface. Si les prolongements épineux font de fortes saillies, il faudra pousser les plaques un peu de côté, puis les disposer le mieux possible, l'une à gauche, l'autre à droite desdits prolongements. SeeligmiiLIer, -ayant à traiLer des personnes très maigres, s'est efforcé de remédier à cet inconvénient, quelquefois fâcheux, en construisant une électrode spéciale, formée de deux tiges métalliques, parallèles, rondes et revêtues d'épongé. On l'applique de telle façon que les liges reçoivent entre elles les prolongements épineux et saillants. Mais vous pouvez toujours vous tirer d'affaire même sans cette électrode.
En vertu de principes connus, il importe naturellement de placer la partie malade, aussi directement que possible, sous l'action des pôles et de la mettre en contact avec eux dans toute son étendue. Suivant la nature du cas, vous choisirez tel ou tel pôle. Dans la plupart des cas surtout quand il s'agira d'obtenir des ell'ets catalytiques, vous ferez bien délaisser agir sur la partie malade, successivement, les deux pôles.
La méthode plus spéciale de l'application se règle naturellement sur les conditions an atomiques du cas isolé et ici il est permis d'établir une distinction entre les affections longitudinales de la moelle épinière
(les dégénérescence restiformes), et les affections circonscrites (les foyers de maladie de très faible étendue, la myélite transverse, la paralysie spinale des enfants, l'apoplexie spinale, etc.).
On recommande, pour les affections circonscrites en foyer, de recouvrir la partie malade entièrement avec l'un desdeux pôles et d'appliquer l'autre pôle sur la surface antérieure du tronc, juste en face, de telle façon que le foyer de maladie, tombe dans le domaine de la ligne droite que relie les deux électrodes ; c'est ainsi que l'on obtient son irrigation avec le plus de certitude. Comme ces foyers morbides se trouvent le plus souvent dans les renflements de la moelle épinière, vous devrez tenir compte, dans l'application des électrodes, surtout de la position relative de ces renflements par rapport aux segments de la colonne vertébrale (voir page 272). Suivant l'indication ou votre volonté, vous choisirez pour l'application sur le dos tel ou tel pôle ; vous pourrez même les faire agir successivement de cette manière.
Si vous pensez qu'un pareil courant purement transversal ne soit pas suffisamment actif, vous pourrez toujours laisser l'un des deux pôles au-dessus du foyer morbide et placer l'autre sur la colonne vertébrale par-dessus ou par-dessous, à la plus grande distance possible. Vous pourrez aussi dans certaines circonstances, intercaler le foyer morbide entre les deux électrodes, pas trop éloignées l'une de l'autre, sur le dos. J'ai souvent fait cette dernière opération, dans une myélite de compression avec cyphose forte et angulaire, en plaçant un pôle au-dessus et l'autre au-dessous de la cyphose et en amenant aussi le foyer morbide presque immédiatement dans le domaine des traînées de courant les plus denses.
Dans les maladies longitudinales (labes, sclérose des voies pyramidales, sclérose multiple* dégénérescences secondaires, etc.) vous ferez bien d'appliquer les deux pôles sur le dos, l'un sur la région de la nuque, l'autre sur celle des reins. C'est ordinairement une action stable que l'on désire, mais il faut alors naturellement qu'elle ait lieu avec un échange successif des points d'application, pour amener autant que possible, toute l'étendue de la partie malade sous l'influence des traînées de courant les plus denses. Vous fixerez ainsi, par exemple, le pôle inférieur et vous ferez passer peu à peu le pôle supérieur sur toute la longueur de la moelle épinière, en descendant (opération à laquelle suffisent, le plus souvent, trois ou quatre étapes). Vous en ferez ensuite autant avec le pôle inférieur, en montant et en fixant le pôle supérieur. Mais vous pourrez aussi obtenir une action tout à fait semblable en fixant l'un des pôles sur la surface antérieure du tronc (sternum, épigastre) et en agissant stablement avec l'autre, successivement sur toute la longueur de la colonne vertébrale ; on pourrait effectuer cela éventuellement avec les deux pôles, l'un après l'autre.