PREMIÈRE LEÇON
Sommaike. — Introduction. — Coup d'œil rapide sur l'histoire de l'électrothérapie. — Thérapeutique électrique dans l'antiquité. — Machine électrique. — Electricité de te7ision. — Découverte de Galvani. Courants électriques. — lre période : Expériences galvanothérapeuliques au commencement du siècle. — Courants d'induction. — 2e période : Faradisation. Duclienne. Froriep. — 3e période: Le courant galvanique est de nouveau introduit par Remak-Breuner. — L'électrothérapie de nos jours. But. Recherches. Travaux. Développements. — L'électrothérapie en France, en Angleterre, en Amérique, en Italie.
Messieurs, Le développement considérable qu'ont pris de nos jours les sciences médicale- force les savants à. la division du travail. La spécialisation devenait inévitable en raison même de la nature des choses. A l'époque actuelle, il est impossible à l'intelligence même la plus richement douée, d'embrasser d'un coup d'œil tous les détails de la science et à plus forte raison de se les assimiler. C'est ainsi qu'il a fallu limiter peu à peu le champ de certaines parties de la science ; c'est ce qui était arrivé depuis longtemps pour la médecine interne, pour La chirurgie,
iNTRonrcTinx
pour l'obstétrique, et c'est ce que nous avons vu se produire sous nos yeux pour la gynécologie, l'ophtalmologie, l'otologie, la dermatologie et pour les maladies nerveuses.
L'application de certains moyens thérapeutiques, exigeant des études, une habileté particulière, des appareils spéciaux et compliqués, beaucoup d'habitude et d'expérience dans les détails, cette application, disons-nous, est devenue une spécialité. Avouons-le, ni la science, ni le malade n'en ont souffert : seul peut-être le spécialiste souffre-t-il des limites imposées à son cadre.
Mais il fallait se rendre à l'évidence. La spécialisation en thérapeutique devenait également nécessaire.
Aux spécialités thérapeutiques appartiennent l'hydrothérapie, l'orthopédie, le massage, la gymnastique, la balnéothérapie, laérothérapie et, en première ligne, l'électrothérapie, c'est-à-dire le traitement des maladies au moyen des courants électriques. Messieurs, dans ces leçons, nous ne nous occuperons d'une manière exclusive que d'un seul médicament, l'électricité, le courant électrique dans toutes ses modifications. L'électricité joue un rôle si prépondérant dans la pathologie et dans la thérapeutique actuelles ; on l'a étudiée sous tant d'aspects et de points de vue différents, dans son action sur le corps animal ; elle est considérée dans des cas nombreux et divers, comme si efficace et si indispensable, que s'occuper d'elle et de son action est non seulement intéressant, mais encore absolument obligatoire pour le médecin qui tient à prouver que le but suprême de ses efforts est de guérir les maladies.
Vous savez tous quel élan gigantesque la névropathologie a pris dans ces dix dernières années ; il est inutile d'en énumérer ici les causes nombreuses ; mais il est entendu que l'électrothérapie se relie de la manière la plus intime à ces progrès, que, d'une part, la névropathologie est redevable de grandes et importantes acquisitions aux travaux des électrothérapeutes et que, de l'autre coté, l'extension et l'approfondissement de nos connaissances, en fait de névropathologie, ont réagi de la manière la plus heureuse sur l'électrothérapie ellemême.
Nous avons trouvé, dans l'utilisation de l'électricité basée sur des faits physiologiques importants, comme moyen de sonder différentes parties excitables du corps, un auxiliaire de diagnostic important, indispensable, dans bien des cas, pour certaines séries d'affections du système nerveux. Dans un grand nombre de cas, nous pouvons au moyen de l'investigation électrique, établir le pronostic avec une exactitude auparavant inespérée. Le nombre des affections nerveuses, dans la société moderne, croissant, à ce qu'il paraît, avec une rapidité extrême, nous sommes tenus d'une manière de plus en plus urgente.
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à utiliser un médicament qui a conquis, depuis longtemps, une place éminente dans le traitement des maladies nerveuses, d'un médicament que nul autre, à nous connu, n*a surpassé, en ce qui regarde la multiplicité, l'énergie et la certitude.
CCst ainsi qu'aujourd'hui, tout névropathologiste est tenu de s'occuper de l'électricité et de son action sur le corps, soit sain, soit malade ; ce doit être un des objets principaux de ses études.
Quel est d'ailleurs le médecin qui ne soit pas forcé, de nos jours, d'être en même temps névropathologiste? Les névroses ne jouent-elles pas aujourd'hui un rôle prépondérant dans la clientèle de presque chaque médecin? Chacun est donc intéressé à acquérir des notions d'électro thérapie, mais nous sommes loin de prétendre que tout médecin doit savoir diriger et pratiquer l'emploi des courants électriques, ce serait vouloir imposer à ses épaules un fardeau bien lourd, sans compter qu'il en porte déjà un bien pesant sans cela. Nous croyons cependant pouvoir exiger que chaque médecin possède une vue d'ensemble dea théories et des pratiques de l'électrolhérapie et sache utiliser, dans les maladies graves, les principales indications du traitement électrique. C'est ainsi seulement qu'il pourra, en temps opportun, donner à ses malades les soins que leur état réclamera.
Permettez-moi maintenant de jeter un coup d'œil rapide sur le développement de l Électrothérapie depuis sa naissance jusqu'à nos jours.
L'antiquité, il est vrai, ne nous a pas transmis grand'chose à cet égard. Tant que les hommes n'ont pas été à même de produire de l'électricité en quantité suffisante, il n'a pas pu être question de l'utilisation régulière de ce remède. Nous apprenons cependant que, dès les temps anciens, les abondantes sources d'électricité existant dans la nature furent utilisées dans un but thérapeutique. Ainsi l'on aurait mis île- paralytiques, des goutteux et d'autres patients, dans de l'eau où se trouvaient des torpilles, pour que les décharges électriques amenassent la guérison. Voilà ce que l'on rapporte concernant d'anciens médecins romains.
Après que la machine électrique eut été inventée, l'emploi de l'électricité fut considérablement facilité et pratiqué ; mais nous n'avons pas appris que ce mode de traitement ait eu des résultats dignes d'être mentionnés. Ainsi, dans le XVIIIe siècle, Haën, Kratzenstein etKriiger, en Allemagne; en France, particulièrement Jalabert, Sigaud de la Fond, Bertholon et Mauduyt employèrent la machine électrique au service de la médecine. Ce dernier publia, en 177.'J et en 1778, sur cette matière, des rapports qui promettaient beaucoup.
Ce ne fut qu'après la grande découverte de Galvani, en 1780 et 1791. quel 'électrothérapie reçut une impulsion énergique et durable. Ainsi commença, pour cette science, une ère nouvelle, datant de
ELECTRICITE STATIQIE, GALVANISME 7
la fin du XVIIIe siècle et se prolongeant jusqu'aux années 1820-1830. Il est vrai que l'invention de la pile de Volta, en 1800, mit le sceau à la découverte de Galvani en permettant de l'utiliser d'une manière plus pratique.
Peu de temps auparavant (1797), Alexandre de Humboldt avait publié sou ouvrage, bien des fois mentionné « sur l'excitation de la fibre musculaire et nerveuse », et il avait de la sorte frayé la voie pour l'étude physiologique de l'action des courants électriques, voie dans laquelle on entra plus tard avec tant de succès.
Les médecins les plus célèbres de celte époque-là: Hufeland, Reil, Sômmering, Pfaff, etc., tournèrent leur attention vers cette puissance merveilleuse, nouvellement découverte et bientôt après parurent des livres écrits par des médecins allemands (Grapengiesser, Augustin, Loder etBischoff, Jacobi, Ph. Fr. Walther, etc.) qui s'occupèrent des vertus curatives du Galvanisme et en vantèrent l'efficacité dans un grand nombre de maladies nerveuses et autres, telles que l'asphyxie, la paralysie, la faiblesse nerveuse, la myopie, la presbytie, la cataracte, la surdité, l'aphonie, les rhumatismes chroniques, les maux de dents, etc. En France et aussi en Italie, on fit alors diverses expériences sur le Galvanisme.
Malgré cela, l'électrothérapie ne se développa point d'une manière durable ; elle tomba au contraire bientôt en désuétude, sans doute à cause du prix élevé des appareils, de la difficulté de les manier et de les conserver, des notions défectueuses que l'on avait sur différents états morbides, de l'invasion d'un grand nombre de charlatans, enfin de la prévention qui voyait, dans l'électrothérapie, une parente ou plutôt une complice du magnétisme animal et du Mesmérisme, ce qui lui fît perdre une partie de son crédit.
En 1823, Most tenta en vain de réhabiliter le Galvanisme et de le réconcilier avec la thérapeutique.
Bientôt après commença une nouvelle période pour l'électrothérapie, lors de la découverte des phénomènes magnéto-électriques, faite par Oersted (1820), bientôt suiviede celle des actions d'induction par Faraday (1831). On peut appeler cette période celle du courant induit ou de la Faradisation.
Vers 1830-1835, on construisit les premiers appareils, qui fournirent des courants d'induction magnéto-électriques et volta-électriques. Ces appareils produisaient aisément et à chaque instant des courants intenses et très énergiques au point de vue physiologique ; ils n'exigeaient pas de soins continuels et dispendieux, et des améliorations efficaces (telles que la pose d'interrupteurs automatiques et autres), les rendirent bientôt maniables et commodes pour les médecins et leurs clients. Comme ils donnaient des effets physiologiques fort accentués
S BISTOIRE DE LÉLECTROTHÉRAI'IE
et comme on professait l'opinion, non encore ébranlée par des faits pathologiques, que tous les courants électriques sont à peu près identiques dans leur action, sauf environ un degré de différence, les médecins choisissaient naturellement les appareils qui fournissaient ces courants de la manière la plus commode et la plus facile. Tels étaient entre autres les appareils de rotation et d'induction, qui furent bientôt universellement recherchés et sous le bruit et le bourdonnement desquels l'électrothérapie prit un nouvel et vigoureux élan.
Il v a, avant tout, un nom auquel se relie cet élan et qui domine tous les autres, aussi bien ceux de Marshall Hal et de Golding Bird que celui de Froriep, qui s'adonna en Allemagne à l'étude des appareils de rotation magnéto-électrique et en recommanda l'emploi ; ce nom est celui de Duchenne (de Boulogne), qui fit en France avec l'appareil d'induction volta-électrique ses fameuses recherches à si longue portée.
C'est au nom de cet homme éminent que se rattachent les plus grands progrès de cette époque- ci. On peut regarder Duchenne comme le principal fondateur et propagateur de l'électrothérapie actuelle. Son mérite toutefois n'est pas concentré sur le domaine spécial de l'électrothérapie. Ce qui immortalisera son nom, ce sont d'abord ses recherches électro-physiologiques puis, avant tout, les services qu'il a rendus sur le terrain de la névropathologie. C'était un observateur extraordinairement perspicace ; son œil perçant examinait avec le plus grand soin et avec la plus minutieuse exactitude. Ses descriptions de maladies sont tout simplement incomparables (voir ses articles surl'ataxie locomotrice, la paralysie bulbaire, l'atrophie progressive des muscles, la paralysie spinale des enfants, les paralysies partielles de certains muscles et groupes de muscles, etc.).
Dans ses recherches, il se servait surtout du courant faradique ; (Duchenne lui-même désigna plus tard, son procédé sous la nom de « Faradisation »). 11 partait de ce fait que l'on peut localiser le courant faradique sur certaines parties placées sous la peau, jusqu'à une certaine profondeur, au moyen de méthodes d'application appropriées. C'est là dessus qu'il établit sa méthode de la Faradisation localisée, dont il se servit surtout dans ses recherches sur le système musculaire, à l'état physiologique et pathologique. En thérapeutique, la conséquence de ses théories et de ses méthodes, était qu'il fallait, aussi bien pour obtenir des effets physiologiques déterminés que pour opérer des cures avec succès, localiser le courant sur les parties malades seules.
La série do ses publications commença en 1847-1850; il s'occupa tout d'abord de l'exposé de sa méthode, de la galvanisation localisée comme il l'appelait dans le principe ; il y joignit ensuite ses recherches
ÉLECTRICITÉ FHNDUCTION, FARADISATION, DUCBENNE 9
physiologiques sur le fonctionnement de certains muscles, qui s'étendirent peu à peu jusqu'à une complète « Électro-physiologie des mouvements (1831). » Il y donne des notions très exactes sur le fonctionnement de tous les muscles du corps, accessibles à sa méthode et il en déduit quantité de conclusions pratiques pour la pathologie.
A cela s'ajoute un grand nombre de recherches électro-diagnostiques, particulièrement sur les paralysies traumatiques périphériques, la paralysie spinale des enfants, l'atrophie musculaire progressive, les paralysies partielles des muscles, etc. Tous ces travaux furent ensuite réunis avec les résultats thérapeutiques clans le principal ouvrage de Duchenne, sous le titre de V Électrisation localisée, dont la première édition parut en 1855.
Les recherches thérapeutiques et leurs résultats s'étendirent également d'abord aux formes de paralysies que nous venons de mentionner, aux paralysies mimiques de la face, puis aux névralgies et anesthésies, à la surdi-mutité, etc. Par contre, Duchenne fut assez sincère pour avouer que le courant faradique n'avait pas donné d'effet notable dans les maladies du système nerveux central.
Les travaux de Duchenne, malgré de nombreuses erreurs en physique et maintes illusions en thérapeutique, eurent un grand succès dans le monde médical, non seulement en France, mais encore en Allemagne. Erdmann publia une traduction avec commentaires de l'ouvrage de Duchenne ; Meyer, Baierlacher, Althaus, Schulz, etc. trouvèrent dans ses œuvres une impulsion fructueuse à publier les leurs qui parurent coup sur coup.
La méthode Duchenne, bien que déclarée empirique par l'auteur, en ce qui concerne les points capitaux, fut adoptée généralement et trouva partout des adeptes à cause de sa simplicité et de la facilité de son emploi. Duchenne avait trouvé que l'on pouvait exciter plus facilement et amener à une contraction complète les muscles par une faradisation directe, mais non indirecte, en prenant- pour points de départ les troncs des nerfs, en un ou plusieurs points de la surface, appelés par lui les points d'élection.
R. Remak démontra que ces points d'élection n'étaient tautre chose que les points où les nerfs moteurs entraient dans les muscles et qu'en règle générale il valait mieux exciter les muscles par leurs nerfs moteurs que directement. Ainsi s'éleva entre Duchenne et Remak une polémique assez aigre, mais dont le résultat fut d'élucider la question et de fixer les principes de la faradisation localisée. Ziemssen reprit L'idée de Remak fit une étude très soigneuse de ces points moteurs aussi bien sur des cadavres que sur des hommes vivants, il constata que c étaient toujours des points, auxquels le rameau du nerf moteur »mi question, on dehors ou au dedans du muscle correspondant, était
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assez rapproché de la surface de la peau pour pouvoir être atteint parle courant faradique. L'ensemble des résultats obtenus à l'aide de ces recherches y fut inséré dans une publication très importante dont les éditions postérieures n'ont pas contribué médiocrement aux progrès de l'électrothérapie.
La méthode Duchenne, appuyée par le zèle et les travaux de nombreux investigateurs, devint promptement d'un usage commun parmi les médecins et partout l'on traita, particulièrement les maladies des muscles et les paralysies, ainsi qu'une partie des névralgies et des crampes, à l'aide du courant faradique.
C'est vers ce temps (1850-1855) que commencèrent les travaux grandioses et faisant époque, des physiologistes, qui avaient pour but d'étudier l'électricité animale dans le nerf et dans le muscle 'vivant et de constater l'action des courants galvaniques sur ces parties du corps animal. Les noms de Dubois-Reymond,Eckhard, Pfluger, etc., suffiront pour rappeler à votre souvenir tous les faits importants, qui concernent le courant nerveux et musculaire, la théorie de l'électrotonus, la loi des commotions motrices, etc.
Un fait découvert par Eckhard, dans lequel une action paralysante sur les muscles et les nerfs était attribuée au courant galvanique, détermina Remak en décembre 1855, à diriger ce courant sur les nerfs et les muscles d'un homme vivant ; cela donna lieu à toute une série d'expériences préparatoires physiologiques, sur lesquelles on s'appuya pour faire, le 22 juin 1855, la première expérience thérapeutique, dans le but de faire, disparaître une contracture ; le résultat fut surprenant et se reproduisit bientôt après dans d'autres expériences thérapeutiques, de même nature et différentes. L'on venait ainsi de faire le premier pas pour réintégrer le courant galvanique dans la thérapeutique; et c'est ainsi que commence la nouvelle période de l'électrothérapie, période dans laquelle nous nous trouvons en ce moment'.
Remak aura eu le mérite impérissable d'avoir continué ses expériences avec une énergie infatigable et une ardeur exceptionnelle sur de nombreux malades et d'avoir ainsi déterminé pour l'emploi du courant galvanique une base forte et large qu'il ne perdra plus. Remak publia, en 1858, un premier compte rendu de ses recherches multiples, bous le titre de « Galvanothérapie des maladies des nerfs et des muscles. » Ce livre contient outre des notices historiques détaillées, des recherches physiologiques, pathologiques et thérapeutiques, et avant tout, un exposé approfondi des effets du courant que Remak a nommés catalytiques, de son action contre des états inflammatoires et autres qui, d'après lui, auront la plus grande utilité et le plus bel avenir : les effets « antiparalytiques » <•( «antispasmodiques »