ACTIONS CATALYTIQUES DE REMAK
seaux sanguins et lympathiques produit par le courant électrique, la plus grande facilité de circulation du sang et de la lymphe qui en découle; une augmentation de la faculté d'imbibition des tissus; un accroissement des phénomènes osmotiques et par suite de ces deux causes une augmentation de volume (particulièrement des muscles) ; ajoutez-y les modifications de l'échange moléculaire et de la nutrition produites par l'excitation ou l'apaisement des nerfs en eux-mêmes et dans les parties qu'ils innervent, de plus la modification de la disposition moléculaire des tissus, de leur faculté et activité nutritive, provoquée par les phénomènes électrolytiques, enfin les conséquences et actions du transport mécanique de liquides d'un pôle à l'autre.
Remak s'est donné beaucoup de peine pour mieux étudier les actions du courant ; non seulement il les a observées en faisant agir directement le courant sur ries parties du corps déterminées, mais encore il a trouvé que l'on peut produire des effets semblables en galvanisant les troncs nerveux dans les parties innervées par eux, effets qu'il appelle indirects. Cette catalyse indirecte est ensuite devenue l'objet d'expériences ultérieures et le point de départ de galvanisation thérapeutique, dont on a tant parlé et sur laquelle je reviendrai en détail.
Mais, si nous nous demandons maintenant, comme c'est ici notre premier devoir, quelle est la base exacte physiologique ou expérimentale de ces effets catalytiques, nous sommes forcés d'avouer qu'elle est encore très étroite et très défectueuse. La conviction de l'existence réelle de ces effets s'est formellement imposée, depuis Remak, à presque tous les électrothérapeutistes, par une longue série d'expériences pathologiques et thérapeutiques, que vous apprendrez à connaître plus tard ; mais ces expériences thérapeutiques, ont généralement rapport à des circonstances tellement compliquées qu'on aurait de la peine à obtenir une analyse exacte des différents facteurs qui entrent en œuvre. Aussi ressentons-nous maintenant la nécessité de nous rapprocher de cette analyse par des recherches physiologiques plus approfondies, et d'examiner un à un les divers éléments de ce qu'on appelle l'action catalytique. Sous ce rapport, on a déjà fait quelque petite chose, de très minime importance, et il serait fort à désirer que tout ce domaine fût, une fois pour toutes, soumis à de larges recherches expérimentales.
Remak lui-même avait fait quelques expériences sur ce sujet, et déterminé dans des muscles de grenouilles galvanisés par des courants mobiles un énorme afflux de sang; il trouva en outre les muscles rebondis et comme gonflés et ilprétenditqu'ilsabsorbent l'eau rapidement que des muscles non galvanisés ; à ce sujet se rattachent aussi les observations faites sur l'homme, concernant le gonflement des muscles sous l'influence du courant, gonflement que Remak décrit souvent.
\-2 \ ÉLECTROPHYSIOLOGIE
De plu> le? changements décrits par Remak, Bollinger, Von Ziemssen et moi, sur la peau que l'on galvanise, sont si évidents, si accentués que je les ai toujours regardés comme des argument péremptoires en laveur des effets catalytiques.
Mais ce qui a une importance particulière, c'est la démonstration des effets vase-moteurs des courants électriques, quelque obscurs qu'ils soient eux-mêmes, sous bien des rapports, en ce qui concerne les vasoconslrieteurs et les vaso-dilatateurs; les expériences de Przewosky seraient surtout très importantes pour la catalyse indirecte, pour la démonstration des modifications de circulation provenant des troncs nerveux, à condition toutefois qu'on les trouve généralement exactes dans les expériences nécessaires de contrôle; plus importantes encore sont les observations déjà mentionnées, faites parGriitzner et par moi sur l'action vaso-dilatatrice de la durée du courant, lors de l'introduction du courant galvanique dans un tronc nerveux. Enfin les derdernières observations expérimentales de Lowenfeld sur l'élargissement et le rétrécissement des vaisseaux cérébraux, lors d'une galvanisation delà tète avec un courant longitudinal ou transversal, peuvent aussi être utilisées ici.
On peut en outre, invoquer au profit de notre travail les réflexes de vaisseaux, tant étudiés de nos jours, les changements de circulation consécutifs à une action sur les nerfs sensibles, l'élargissement démontré des vaisseaux musculaires et la suractivité de la circulation du sang dans les muscles lors de l'excitation des nerfs moteurs. L'augmentation de chaleur constatée par Von Ziemssen dans le muscle faradisé de l'homme vivant prouve l'apparition d'une plus grande intensité dans les échanges moléculaires de matières, mais elle n'est pas en soi l'effet du courant électrique ; elle n'est que celui de la contraction provoquée par lui.
De plus, on peut aussi mentionner la constatation, faite par les physiologistes, de phénomènes ëlectr&ly tiques plus délicats, dans les tissus eux-mêmes, sur les limites des différentes portions organiques histalogiques (ce que l'on appelle polarisation interne), comme un fait utilisable en ce moment, fait dont l'importance augmente notablement, grâce à l'expérience précitée de Drechsel, qui constata la formation électrolytique d'urée; citons aussi la non moins importante démonstration faite par Munk, de l'existence d'effets cataphoriques dans l'organisme vivaui.
Enfin L'on peut citer aussi, quoique timidement, les nerfs trophiques, ces voies nerveuses, si souvent mentionnées et traitées d'illusoires, auxquelles finalement, du moins sur un point, on paraît avoir accordé l'autorisation d'exister. La constatation faite par Heidenhain, de l'existence de nerfs trophiques, à côté des nerfs sécréteurs, près des glandes
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salivaires, a certainement une haute portée pour maintes parties de la physiologie. Car de nombreuses expériences, faites par la médecine clinique ainsi que par la physiologie expérimentale établissent nettement l'opinion qu'il existe aussi pour d'autres tissus du corps, peutitre pour la plupart, des voies et des centres trophiques, bien qu'ils ne soient pas démontrables anatomiquement et que la physiologie n'ait pas encore pu les isoler; cela s'applique tout particulièrement aux nerfs moteurs et aux muscles, dont nous nous occupons tant, ainsi qu'à la peau extérieure, aux os et aux articulations. Ces nerfs trophiques peuvent être mus par des excitations électriques comme l'ont précisément et incontestablement démontré les expériences de Heidenhain. Ici se produit invinciblement la pensée que l'action électrique, sur ces voies trophiques, peut produire, sur d'autres tissus et organes du corps, des modifications dans les échanges moléculaires, des déplacements organiques, des changements dans la nutrition, le tout faisant partie des effets « catalytiques ». Contentons-nous ici d'indiquer en peu de mots cette pensée encore absolument hypothétique, quoique très justifiable, que j'ai déjà énoncée antérieurement et attendons le développement ultérieur de la physiologie dans cette direction.
Vous voyez cependant, Messieurs, que, dans le cours des années, depuis le premier et perçant coup d'oeil lancé par Remak sur ces questions, on a déjà trouvé et rassemblé quantité de pierres de taille que la postérité utilisera pour construire un édifice complet relativement à l'action des courants électriques, que nous désignons aujourd'hui, tant bien que mal, par le titre, pas très heureusement choisi, mais pourtant adopté, « d'effets catalytiques ». D'innombrables faits thérapeutiques s'ouvriront alors à notre intellect et l'électrothérapie aura une base scientifique bien plus large qu'elle ne l'a en ce moment.