CHAPITRE XXVI
Des moyens d'exiger les allures.
Explication préliminaire.
Au nombre des explications que j'ai données jusqu'à présent, j'ai parlé de l'action différente de chaque moteur. J'ai démontré que l'action des moteurs de l'arrière-main se contre-balançait avec celle des moteurs de l'avant-main, comme j'ai expliqué aussi que les deux rênes dans leur travail respectif, ainsi que les deux jambes, devaient se prêter un mutuel secours. Lorsque chacun de ces moteurs n'a pas une action égale, je définis ainsi leurs diverses fonctions : le moteur qui agit et celui qui soutient. Le côté agissant est celui qui détermine le mouvement, c'est-à-dire
celui qui pousse la masse dont il est chargé dans une direction quelconque, tandis que celui qui soutient n'a d'action que pour recevoir cette pesanteur et la maintenir. Il est aisé de sentir que, plus le moteur qui agit poussera vers un point, plus celui qui soutient aura à supporter.
Ainsi, lorsque la bride porte le poids des épaules sur l'arrière-main, c'est la main qui agit et les jambes qui soutiennent ; lorsqu'au contraire les jambes chassent la masse en avant, ce sont elles qui agissent et la main qui soutient.
]1 en est de même pour l'action séparée des jambes : lorsque la jambe droite pousse l'arrière-main à gauche, c'est la jambe gauche qui soutient ; les mêmes effets ont lieu pour les rênes.
Si dans ces divers cas le moteur qui soutient est trop surchargé, c'est que celui qui agit pousse avec trop de force ; il faut alors pour y remédier arrêter ce moteur et ne plus le considérer que comme soutien, tandis qu'on fait agir celui qui soutenait. Par ce balancement bien calculé on obtient chez le cheval les diverses allures : elles s'augmentent, se diminuent, se changent et s'arrêtent.
Nous savons que plus les allures sont allongées, plus le cheval pèse sur le devant, et plus elles sont raccourcies, plus il est sur l'arrière-main.
Mais, afin que chacune d'elles puisse s'établir, le cheval doit rechercher d'abord des appuis propres k les déterminer. Ces appuis diffèrent en raison de chaque allure, et tendent à faire sortir un cheval de son aplomb ordinaire.
Il faut donc, pour prendre l'une ou l'autre, savoir placer le cheval, ou lui donner une disposition qui soit en rapport avec l'allure que l'on exige.
Une fois les allures déterminées, on les augmente, on les diminue selon le besoin, en donnant une action calculée aux forces qui soutiennent et a celles qui poussent; mais lorsqu'il s'agit d'en changer, il faut retomber dans les principes et user des moyens nécessaires pour obtenir une nouvelle allure.