‹ Traité d'équitation illustréChapitre 56 sur 68 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

Résumé général.

Il est fort essentiel de connaître combien la position do la main influe sur la manière de mener un cheval, et combien cette position plus ou moins élevée contribue k

faire paraître les allures et les arrêts plus ou moins durs.

L'ancienne équitation recommandait de placer la main très haut et très en avant. Cet usage, nécessaire sans doute pour les chevaux qu'on avait k cette époque, trouve moins d'application avec notre espèce actuelle ; cependant cette vieille tradition est restée, sans qu'on se soit occupé de la modifier, en raison de la différence qui existe entre nos chevaux et ceux d'autrefois.

En consultant tout ce qui avait rapport k la cavalerie du moyen âge, il est incontestable que l'espèce que l'on montait k cette époque était d'une construction différente de la nôtre (fig. 21). Dans des temps plus rapprochés, sous Louis XIIL Louis XIV, les tableaux représentant des chevaux de cette époque ne nous laissent voir que des constructions robustes et toujours des chevaux entiers, k lourdes épaules et fortes encolures. 11 est aisé de concevoir la nécessité alors de relever et de soutenir la masse du cheval, qui devait toujours se porter en avant. De Ik le besoin, pour maintenir le cheval d'aplomb, d'user d'embouchures très dures ; de Ik aussi la nécessité de placer la main élevée afin de rejeter sur l'arrière-main une pesanteur qui tendait toujours k se porter en avant.

Mais k présent, au contraire, nos chevaux étant généralement plus fins, le croisement des races ayant produit des espèces toutes différentes, que l'on recherche comme qualité les garrots élevés, les encolures fines et déliées, et les épaules très relevées, nécessairement cette construction

TRAITÉ DÉQUITATION. Ha

de l'avant-main doit tendre a surcharger le derrière. Dans ce cas, en usant sur le cheval ainsi construit des mêmes moyens pratiqués sur ceux d'une construction diamétralement opposée, on doit nécessairement tomber souvent dans l'erreur.

11 est rare de trouver un cheval parfait, c'est-à-dire chez lequel toutes les forces se balancent ; généralement celui supérieur dans son devant est faible dans quelques parties de son arrière-main. 11 est donc nécessaire, lorsque l'on monte un cheval, de soulager la partie la plus faible aux dépens de la plus forte.

On sait que l'allure du galop est formée de sauts répétés ; k chaque temps l'arrière-main, par sa flexion et son extension, pousse la masse en avant, et qu'il est nécessaire alors, pour embarquer un cheval au galop, d'arrêter les mouvements des épaules, de les élever, et de disposer par k l'arrière-main k agir pour pousser la masse. On conçoit que ces arrêts doivent être calculés en raison des chevaux que l'on monte. Car, si en effet l'arrière-main a besoin d'une sujétion nécessaire pour provoquer la flexion amenant l'extension qui doit chasser la masse en avant, il ne faut pas ôter les moyens k cette arrière-main d'agir avec force et facilité.

Chez le cheval qui a la position basse, chez lequel par conséquent le devant est trop chargé, il est bon de lever la main afin de rejeter sur le derrière assez de poids pour l'asseoir et provoquer cette flexion de l'arrière-main sans laquelle le galop n'aninil pas lieu.

Mais sur celui qui a la tête haute et les épaules élevées, et se trouvant naturellement assis, si vous élevez la main pour le préparer au galop, vous affaisserez par trop les hanches, et restreindrez tellement les mouvements de ses jarrets qu'il ne pourra prendre cette allure ; et si vous persistez k la demander de cette manière, il est rare qu il ne se défende pas, et que ce ne soit par une lançade qu'il cherche k porter sur l'avant-main l'excédent du poids qui surchargeait le derrière et l'empêchait d'agir ; tandis qu'ayant la main hasse, l'arrêt qui diminuera le mouvement des épaules reportera sur l'arrière-main assez de pesanteur pour provoquer le galop, tout en laissant aux hanches la position convenant le mieux pour marcher cette allure.

Si l'arrêt marqué pour mettre le cheval au galop ne lui convient pas, k plus forte raison il s'y soumettra plus difficilement lorsqu'il s'agira de l'arrêter.

Par exemple, voulant passer d'une allure rapide k une allure raccourcie, si vous élevez la main pour rejeter le poids du devant sur le derrière, alors en élevant la tête et l'encolure, et par conséquent les épaules, vous finissez par baisser les hanches et par restreindre le mouvement de flexion des jarrets. Plus le cheval sera sensible dans son arrière-main, moins il se soumettra k cette nouvelle sujétion, ou du moins, s'il cède momentanément k l'action de la bride, il cherchera ensuite k faire reprendre k ses hanches et k ses reins une position élevée, afin de soulager les jarrets. C'est alors qu'il donnera des contretemps

d'autant plus durs que les mouvements de son arrièremain seront restreints et affaissés, et que ces contretemps se répéteront autant de fois que vous marquerez les arrêts de cette manière.

En fermant les jambes pour offrir un soutien à l'arrièremain, la tête du cheval se baissant permettra aux hanches de s'élever, et celles-ci à leur tour soulageront les jarrets, qui, n'étant plus forcés dans leur flexion, ne donneront plus cette extension brusque et répétée, cause des contretemps.

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