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CHAPITRE III

Le simple bon sens indique la nécessité de ne rien presser dans l'éducation du jeune cheval. Les longs services que rendirent les chevaux dans les écuries impériales et royales, dans la maison mihtaire du roi, s'obtenaient au moyen de réserve, où l'on attendait, pour le mettre en service, qu'un cheval ait pris son développement, sa force, et qu'il fût exempt de toutes les maladies du jeune âge. Notre cavalerie, en suivant ces vieux et bons exemples, peut en retirer des avantages incontestables, tout en épargnant au Trésor des dépenses énormes. Qu'elle se pénètre bien des raisons qui rendirent l'ancienne équitation patiente et lente dans l'éducation des jeunes chevaux. Que l'armée, au lieu de s'occuper de questions en dehors de sa compétence, laisse l'agriculture faire sa besogne ; qu'elle lasse tout simplement, pour préparer et dresser les jeunes chevaux, ce que faisait l'ancienne équitation, et bientôt elle aura une cavalerie excellente qui lui coûtera beaucoup moins cher qu'aujourd'hui.

Il nous suffira de voir comment la chose se passe dans l'agriculture pour nous mettre a même de savoir comment nous devons agir.

Une grande partie des chevaux livrés au commerce ont

travaillé k la terre. Ceux que l'agriculture utilise peuvent se diviser en deux catégories : premièrement, les chevaux communs de trait employés plus tard au roulage, aux diligences ou aux postes; deuxièmement, les chevaux d'une espèce plus distinguée, destinés à faire des carrossiers de luxe, des chevaux à deux fins, ou bien encore des chevaux de grosse cavalerie ou de cavalerie de ligne.

Dans la deuxième catégorie, le travail auquel on soumet le cheval est toujours subordonné aux qualités qu'il déclare, et a l'espérance avantageuse qu'il laisse k l'éleveur sur sa vente future. Plus l'éleveur croira tirer un prix avantageux de son élève, plus il le ménagera et lui donnera de soins: tandis qu'au contraire il surchargera de besogne celui sur lequel il ne présume aucun bénéfice. Dans tout état de cause, du moment où il est question de livrer au commerce, soit le cheval dont on aura pris le plus de soin, soit celui dont on aura abusé, il devient nécessaire k l'éleveur de mettre l'un et l'autre en condition de vente, et pour cela il suspendra le travail et l'exercice, et emploiera, pour le mettre en état, des moyens artificiels qui les engraissent promptement.

Cette transition dans le régime et les habitudes du cheval est souvent dangereuse pour sa santé, surtout si 1 on n'use pas plus tard de soins, de ménagements extrêmes, pour détruire insensiblement cette sorte d'obésité, cette santé factice qui le prédispose aux gourmes et aux maladies inflammatoires.

Le cheval resté k l'herbe réclame peut-être encore plus

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de ménagements, car il est plus prédisposé aux gourmes et maladies inflammatoires, que celui ayant été soumis précédemment k un travail rigoureux, si pendant le travail il a été bien nourri. En tout état de cause il faut éviter d'exiger trop promptement des services d'un jeune cheval ; la moindre tracasserie, une sueur trop abondante suffiront pour faire déclarer les maladies dont je viens de parler, et qui peuvent devenir d'autant plus graves que le cheval aura été plus surexcité. Les maladies que je viens de signaler, causées par le travail, le changement de nourriture, de régime, etc.. peuvent frapper plus généralement les chevaux ayant été abandonnés à l'herbe. Mais quand elles se déclarent sur ceux ayant été exténués de travail, et dont le sang aura été appauvri et vicié, elles se présentent souvent avec le caractère de la contagion.

L'armée doit donc, pour bien réussir, adopter le système des réserves ; elles sont indispensables pour donner au cheval le temps de se développer, de jeter ses gourmes, de se faire à la nourriture régimentaire, de se mettre en haleine, et de se dresser sans trop de précipitation. Voilà le secret des hommes, de toutes les époques, les plus compétents en équitation. C'est en agissant ainsi que les écuries royales, la maison militaire du roi. etc., obtenaient de longfs services de leurs chevaux.

Le ministère de la guerre a prouvé qu'il ne reculerait devant aucun sacrifice pour assurer la remonte de sa cavalerie. L'idée de créer des haras militaires et des dépôts de poulains prouve en même temps qu'il est tout disposé à

avoir de la patience. Au lieu donc de se jeter dans des créations aussi douteuses dans leurs résultats qu'elles sont gigantesques et onéreuses, qu'il essaye des réserves, comme je le propose, et je crois pouvoir assurer que, tout en apportant une économie dans le budget, il atteindra le résultat qu'il cherche depuis si longtemps. Qu'il ne se préoccupe pas des ressources qu'offre le pays : qu'il achète bien, qu'il fasse faire des acquisitions régulières, qu'il n'entrave pas les opérations de la remonte par des règlements méticuleux \ et il peut être certain que le pays ne lui faillira jamais !

Les établissements de réserves pour la cavalerie peuvent être installés de plusieurs manières ; en admettant cette hypothèse oii chaque régiment serait chargé du soin de sa réserve, cette organisation aurait beaucoup d'analogie avec ce qui se passait dans les gardes du corps et les maisons royales. Chaque réserve pourrait être alors sous la surveillance des capitaines instructeurs, ayant sous leurs ordres immédiats un piqueur, avec rang de sous-ofïicier, et recevant une haute paye. Ce piqueur, dont la spécialité serait constatée', aurait, comme les piqueurs des gardes du corps ou des maisons royales, la surveillance de tous les

' Voir ce que je dis à cet égard dans mon Traité de l'industrie chevaline ACTUELLE DES REMONTES.

^ Ces piqueurs ou ces écuyers militaires, comme on voudra les appeler, seraient fournis par l'Ecole de Saumur; ils seraient choisis parmi les sous-officiers les plus capables; ils pourraient prendre dans le corps une position analoarue à celle du vétérinaire.

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chevaux do réserve, et présiderait à la distribuliou des fourrages ; ferait donner à chaque jeune cheval la nourriture qui peut lui convenir ; sachant alors comment ils se nourrissent et se conduisent à l'écurie, il pourra éclairer le capitaine instructeur sur le travail que chacun d'eux peut recevoir, comme il pourra avertir à propos le vétérinaire et le mettre souvent dans le cas de parer a une maladie.

A la réserve seraient attachés les soldats reconnus comme les plus soigneux, et les sous-officiers les plus intelligents et les plus jeunes.

Indépendamment que le , iqueur serait chargé de l'éducation des chevaux les plus susceptibles, il resterait k la disposition du capitaine instructeur, et lui viendrait en aide pour faire monter à cheval les sous-officiers de la réserve chargés aussi du dressage des jeunes chevaux.

Ces chevaux ne pourraient rester moins de huit mois à la réserve ; nulle raison ne devrait faire enfreindre cette règle, tandis qu'après cette époque ils pourraient y séjourner jusqu'à ce que le capitaine instructeur ait jugé s'ils sont capables de rendre de bons services.

Tout cheval sorti de la réserve, venant à se déranger à l'escadron, à manquer de force, etc.. rentrerait immédiatement k la réserve, pour être régularisé ou altenthi.

Je crois qu'avec une organisation semblable les régiments seront assurés de voir entrer tous les ans, dans leurs rangs, des chevaux aptes alors k rendre de très longs services.

L'expérience que j ai de l'éducation de nos jeunes

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chevaux indigènes m'a mis à même de voir que les pertes faites en sujets de quatre à cinq ans, lorsqu'ils sont d'un bon choix et bien attendus, sont tout au plus de trois à quatre pour cent. Une lois l'éducation terminée, quand le cheval a reçu les soins convenables, sa durée moyenne est au moins de quatorze à quinze ans.

Mais aussi j'ai appris a mes dépens que, quand on voulait trop promptement avancer l'éducation de ces jeunes chevaux, les pertes de quatre a cinq ans pouvaient être de vingt à trente pour cent, et que ceux qui survivaient n'offraient plus pour l'avenir d'aussi longues garanties de service que les précédents.

Avec une bonne organisation de réserve, le Gouvernement peut faire, comme je l'ai déjà dit. d'immenses économies, tout en ayant une cavalerie mieux montée et plus complète. Car il n'est pas douteux que le renouvellement ne se fasse alors par dix ou douze ans. C'est, du reste, ce qui arrive en Allemagne : les Allemands n'obtiennent de semblables résultats que par les bons soins donnés aux chevaux dans le jeune âge. et cependant ils s'adressent à des races offrant beaucoup moins de garantie de durée que les nôtres, et dont la longévité est incontestablement plus courte que celle de nos chevaux indigènes.

Nos pays d'élève en France ont certainement besoin de donner à l'éducation de leurs jeunes chevaux des soins mieux entendus, afin d'offrir moins de chances défavorables au commerce ; mais jusqu'à ce que les idées des éleveurs se soient rectifiées, jusqu'à ce que le Gouverne-

ment ait adopté les mesures nécessaires pour provoquer le progrès : le consommateur doit agir comme je viens de le dire. 11 n'est aucun doute que l'obligation d'attendre un très grand laps de temps nos chevaux indigènes n'ait engagé le commerce à s'éloigner de nos pays d'élève ; mais cela est une question en dehors de celle que je traite en ce moment.

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