A MADAME DE
Tout le talent auquel vous devez aspirer est de juger le genre de cheval qui convient a une femme, la position que vous devez avoir, les moyens à employer pour établir un aplomb d'allures qui fasse que les mouvements étant plus doux, vous vous trouviez portée plus commodément, et enfin la manière d'exiger, de changer les allures et de conduire votre cheval dans toutes les directions.
On recherche en général chez le cheval destiné k votre sexe une taille élevée : la raison en est que, plus il y a de taille, plus on a de chances de rencontrer de grands mouvements qui, se répétant moins souvent, seront nécessairement plus doux. Cependant il arrive que des allures allongées se rencontrent dans de petits chevaux, comme des mouvements rétrécis chez des chevaux de grande taille; il faut donc moins vous arrêter à la hauteur du cheval qu'à des mouvements libres et allongés qui dénotent
toujours des allures agréables et de la sûreté de jambes. Quant à votre posture, madame, qu'ai-je à vous demander pour qu'elle soit pleine de grâce et de charme, si ce n'est qu'elle soit naturelle et sans apprêts, qu'enfin vous apportiez à cheval cette aisance et ces manières nobles qui vous distinguent dans l'habitude de la vie. Je ne vous parle pas cependant de cette attitude nonchalante et abandonnée si familière aux femmes, et qui a tant d'attraits ; à cheval, madame, il faut une attitude décidée qui sente le vouloir; il n'y a rien de si gracieux qu'une femme, ordinairement forte de sa faiblesse, montrant une énergie qui, semblant se communiquer a son cheval, a l'air de redoubler son action. Dans ce cas, que le corps soit bien soutenu, un peu incliné en avant, comme pour dire à votre monture : c'est en avant que je veux aller.
Mais pour vous aider a garder cette position, il faut faire le choix d'un cheval dont les dispositions naturelles soient en rapport avec les moyens que vous avez pour le soumettre k l'obéissance, n'ayant ni jambes ni éperons pour le pousser en avant. Un cheval d'un caractère froid ne peut vous convenir ; celui qui aurait une trop grande énergie et qui prendrait un fort appui k la main, ne serait pas plus votre fait, car en tirant sur la bride, il vous obligerait, pour l'arrêter, d'employer une force qui fausserait votre position, vous fatiguerait et finirait k la longue par vous emporter, n'ayant plus en vous-même la force de le retenir.
Vous devez donc rechercher le cheval qui, ayant une
construction saine, c'est-k-dire qui, n'ayant point de tares*, offre des garanties de sagesse^, et dont l'espèce ou le sang lui donne une énergie et une sensibilité que vous pourrez atténuer ou exciter par les moindres effets de votre bride ou de votre cravache.
Je serai oblige de faire ici une digression pour vous apprendre, madame, ce qu'on entend par un cheval d'espèce ou de sang.
Dans le moyen âge. les chevaux neustriens étaient en renom dans les tournois. C'était alors la race la plus estimée de l'Europe ; aussi les chevaliers de toutes les nations donnaient-ils la préférence aux destriers de ce pays; l'Angleterre, si renommée aujourd'hui par son espèce chevaline, vit l'aurore de ses progrès en ce genre, lors de la conquête de Guillaume, qui, se fixant en Angleterre, emmenant après lui une suite nombreuse d'écuyers, de chevaliers et d'hommes d'armes, importa ainsi dans le lieu de sa conquête les meilleures chevaux que l'Europe produisait à cette époque.
Mais a mesure que la tenue des hommes de guerre se simplifia, que les armures devinrent plus légères, que l'on sentit enfin la nécessité de donner à cette espèce chevaline plus de légèreté dans la construction, et de rapidité dans
' On appelle un cheval d'une construCtiun saine, celui ({ui est exempt de tares. Les tares sont des callosités ou des rel;lclicments ({ui se présentent aux diverses articulations, en gênent les mouvements et provoquent chez le cheval une douleur qui, lorsqu'elle est excitée, le désordonné et l'éloigné de l'obéissance. Les tares, lorsqu'elles sont fortement prononcées, font JJoiter les chevaux.
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les mouvements, on songea k établir des croisements qui devaient atteindre ce but, mais qui, en raison du peu de lumières de chacun, eurent des résultats plus ou moins satisfaisants qui firent apercevoir qu'en ayant voulu modifier cette espèce, on l'avait abâtardie, et que les produits n'avaient plus ni la même force ni la môme énergie.
On vit alors que les races indigènes devenaient insuffisantes à l'accomplissement du travail qu'on avait entrepris. Quelques chevaux arabes, qu'on amena en Europe k l'époque des croisades, donnèrent déjà des produits qui prouvèrent la supériorité de ces espèces étrangères : c'est ce qui fit que plus tard, lorsqu on songea sérieusement à l'amélioration de nos races, des hommes éclairés jetèrent les yeux sur l'Orient, ce berceau du monde et de la civilisation, pour y rechercher chez les tribus arabes la race primitive pure et sans mélange.
Il pourra vous paraître étonnant que ce soit chez des hordes barbares qu'on aille chercher le type parfait du cheval ; mais votre surprise cessera lorsque vous saurez que, de temps immémorial, l'Arabe s'occupe spécialement de ce genre d'éducation; le cheval n'est pas pour lui, comme pour nous, un accessoire de l'existence et l'emblème de la richesse, c'est toute sa vie, c'est son ami le plus dévoué, il partage avec lui ses peines et joies, ses fatigues et son repos. Sa noblesse est celle de son cheval, il a sa généalogie, connaît ses affiliations et peut prouver jusqu'à plus de trois mille ans que son compagnon, son ami fidèle est de race noble et de sang qu'aucune mésal-
liance n'a pu tacher. Cette noblesse chevaline s'appelle en Arabie la race des koclhani ; les races croisées, ou qui laissent du doute sur la pureté de l'alliance, des kadischi : il existe aussi des races communes ou plébéiennes, car il y a des vilains partout. Dans la caste des koclhani, madame, il y a de hautes prétentions nobiliaires, car certaines tribus prétendent avoir des chevaux qui descendent en droite ligne d'un étalon ayant appartenu à Salomon, et que le roi montait à la guerre. Il arriva que ce cheval reçut au défaut de l'épaule et de l'encolure un coup de lance qui lui laissa une cicatrice qu'il transmit, a ce qu'on prétend, a toute sa descendance : en effet, j'ai remarqué sur plusieurs chevaux arabes, ou sur des espagnols qui ont aussi une origine orientale depuis la conquête des Maures, un enfoncement au bas de l'encolure, qui ressemble à une blessure et qui n'est qu'une bizarrerie de la nature que l'on nomme coup de lance, pour faire allusion à la fable que je viens de vous rapporter ; car je me garderai bien d'insister pour vous faire croire une chose qui ne servirait par la suite qu'à vous faire douter de toutes les vérités que je pourrais vous dire, et qui vous paraîtraient quelquefois invraisemblables.
Ce fut donc, madame, cette race de koclhani et de kadischi qu'on importa en Europe, aiîn de la mélanger à notre espèce indigène, pour lui donner la vigueur, le fond, la sensibilité et l'énergie qui sont le propre de la race arabe ; ainsi, lorsque vous entendrez dire qu'un cheval a du sang ou de l'espèce, c'est que sa tournure, son élégance
et sa vivacité laissent supposer que dans ses veines coule du sang oriental.
Mais afin de n'être pas toujours tributaires de l'Arabie, les Européens tentèrent d'acclimater la race sans mélange. Indépendamment des étalons, ils importèrent des juments de pur sang, afin de faire naître le pur sang en Europe.
Vous jugez, madame, qu'il fallut de grands soins pour que des produits, qui auraient dû naître sous un ciel et sur des sables aussi brûlants que ceux de l'Arabie, pussent s'acclimater dans un pays aussi tempéré et aussi humide que le nôtre.
Les Français eurent peu de succès dans leurs essais, parce qu'ils n'y mirent point assez de persévérance. Cependant notre race limousine, si renommée jadis, ne devait sa supériorité qu'aux chevaux arabes importés lors des croisades. Je crois que le climat du Limousin et le hasard firent cette race bonne ; l'ignorance, la négligence et le manque d'encouragement l'ont totalement perdue ; mais l'Angleterre, au contraire, a complètement réussi. Ce peuple suivit dès le principe les errements des Arabes a l'égard des généalogies, car les chevaux de pur sang nés en Angleterre ont aussi leurs parchemins. Les divers produits furent mis en concurrence dans les courses afin de juger leur force et leur supériorité. Les meilleurs résultats lurent conservés précieusement comme producteurs. Les soins, les bonnes nourritures et les emplacements chauds et commodes rendirent à ces chevaux la différence du climat moins sensible. Enfin, nnadame. les Anglais sont parvenus
à acclimater en Europe la race arabe en lui conservant la même énergie, la même pureté de sang en même temps qu'ils en ont grandi la taille et peut-être augmenté l'élégance.
C'est sous Henri VIII qu'on s'occupa spécialement de l'amélioration des races en Angleterre. Les courses furent instituées k cette époque, et ce roi. qui ne ressemble en rien à ceux de nos jours, prévoyant qu'en améliorant les races des chevaux dans son royaume il le doterait pour l'avenir d'un bien-être et de produits énormes, rendit un édit qui ordonnait de tuer, chez tout Anglais qui possédait des juments, celles que les experts en cette matière ne jugeraient pas propres à une reproduction convenable. Le despotisme de Henri fut un grand bien pour son pays, puisque l'Angleterre est a présent la contrée de l'Europe où la cavalerie est le mieux montée, les voitures publiques menées avec le plus de célérité, les chevaux de chasse les plus beaux et les meilleurs, les chevaux de course, considérés non seulement comme les coursiers les plus renommés, mais comme les producteurs les plus recherchés; et enfin, madame, malgré tout ce bien-être et cette gloire, l'exportation des chevaux anglais sur les continents rapporte a l'Angleterre plus de vingt millions par an. Malgré tous ces bienfaits, je crois qu'il serait bien mal venu le roi qui, de nos jours, pour le bonheur de son peuple, agirait comme Henri VIH.
Vous savez à présent, madame, ce que c'est que les chevaux de pur sang ; vous voyez qu'il peut s'en trouver
en tout pays, mais que leur point de départ est l'Arabie. Le cheval de demi-sang est le produit d'un pur sang avec un sang indigène. Le trois-quarts de sang, le produit du pur sang avec le demi-sang. Je crois, madame, que c'est un cheval issu de cette dernière manière qui doit convenir aujourd'hui k une femme, en répudiant à tout jamais la haquenée et la jument d'allure, qui jadis faisaient les délices de nos vagabondes damoiselles, et qui sont aujourd'hui tout au plus dignes de porter nos fermières normandes au marché.
Avant d'être entré dans cette longue et peut-être ennuyeuse digression sur le cheval de sang, nous avions parlé de votre posture. Lorsque vous aurez pris une bonne attitude, le moyen de la conserver est de rechercher des points d'appui, qui, vous fixant et vous liant au cheval, vous identifient à ses mouvements. Ainsi votre jambe droite qui passe dans le crochet de la selle doit être pliée de manière que vous puissiez étreindre ce crochet lorsque des secousses violentes pourraient vous désarçonner, la jambe gauche doit être dans toute sa longueur le plus près possible du corps du cheval, en appuyant le pied dans l'étrier, parce que plus vous aurez de contact, plus vous aurez de tenue. Votre étrier sera assez court pour qu'en appuyant dessus, le talon soit plus bas que la pointe du pied; et afin que votre jambe ne s'éloigne pas. vous fixerez le plus possible votre genou gauche sur la selle, en tournant autant que possible cette jambe sur son plat.
Quand le corps sera ainsi fixé, vous aurez alors le double
emploi de vos mains, chose plus essentielle encore pour vous, madame, que pour les hommes, puisque la manière dont vous êtes placée vous ôte le secours puissant des jambes, et que ce sera l'adresse que vous emploierez à vous servir de votre main qui pourra suppléer au manque d'un semblable secours.
Vous devez considérer la main qui tient la bride comme un gouvernail qui doit régler tous les mouvements de votre cheval. C'est pour cela qu'une fois en marche, il faut qu'elle se fixe, et qu'en tn^ant un peu sur le mors vous vous mettiez en contact avec la bouche, afin que ce contact établi, votre cheval puisse se fixer et attendre pour changer ses mouvements ou sa direction que votre main change de place.
Si je compare la bride qui dirige le cheval au gouvernail qui dirige une barque, c'est qu'en effet, sur beaucoup de points, barque et cheval sont mus par les mêmes causes, c'est-k-dire par des résistances et des oppositions. Ainsi, madame, lorsque vous parcourez dans votre légère nacelle les mille détours de la rivière qui baigne votre parc, si beau et si plein de grands souvenirs, quand, assise sur la poupe, vous tenez en main le gouvernail, vous savez que pour voguer en ligne droite il faut que ce gouvernail soit maintenu bien droit, mais qu'il suffît de le déranger et d'offrir une résistance plus forte d'un côté, pour qu'alors la proue quitte le sillon qu elle s'était ouvert, et qu'elle fende les eaux dans une direction opposée à la résistance qu'elle vient de recevoir.
L'avant-main du cheval maintenu par la puissance du mors et des deux renés, de même se maintiendra droit tant que ces deux rênes auront une action égale ; mais dès que cette égalité cessera, la pression la plus forte fera tourner le cheval du côté opposé. Ainsi, lorsque, tenant votre bride dans la main gauche, vous voudrez aller droit devant vous, vous aviserez a ce que vos rênes soient égales et que votre main se trouve placée au-dessus de l'encolure. Quand il A^ous plaira d'aller à droite, vous porterez la main de ce côté; la main cessant de rester au-dessus de l'encolure, les rênes cesseront alors d'être égales, la droite deviendra ballante et la gauche, au contraire, s'appuyant sur le côté gauche de l'encolure et du mors, marquera une pression que le cheval fuira en se portant a droite : tant que cette pression aura lieu le cheval tournera ; dès que vous voudrez cesser de tourner il suffira de placer la main dans la nouvelle direction que vous désirerez suivre, et dès que l'encolure sera arrivée sous votre main, les rênes ayant alors une action égale, le cheval marchera droit, arrêtera si. après avoir fixé votre main, vous marquez un temps d'arrêt.
Vous pouvez encore faire tourner le cheval par l'écartement d'une rêne au lieu de la pression ; ainsi, voulant tourner a droite, vous laisserez votre main gauche fixe, prendrez la rêne droite avec la main droite et l'écarterez de manière à tirer la tête à droite. La tête s'étant portée dans cette direction, si le mouvement continue, le reste du corps suivra nécessairement la nouvelle direction que vous aurez
donnée à la tête. Si le cheval refusait de répondre à cette action, vous agiriez avec la pression de la rêne gauche. Ainsi vous voyez, madame, que vous avez deux moyens au lieu d'un pour tourner à droite ou à gauche.
La bride a d'autres propriétés qui vous sont fort essentielles à connaître : celle de pouvoir agir sur l'arrièremain ; le cavalier au moyen de ses jambes peut par leur pression agir sur les hanches du cheval. Cette propriété est une grande ressource pour le bien conduire, attendu qu'il arrive souvent que les chevaux marchent de travers, c'està-dire que les hanches ne suivent pas exactement la ligne des épaules ; cette manière d'aller serait de plus fort incommode pour vous, aussi faut-il avoir le moyen de la rectifier.
La disposition naturelle du cheval étant de se porter en avant, lorsque nous avons voulu l'approprier à nos besoins il a fallu rechercher un frein qui, tout en ayant la propriété de changer sa direction, eût aussi celle de ralentir son action et de l'arrêter. Qu'est-ce qui fait qu'il s'arrête lorsque vous tirez sur le mors ? C'est que celui-ci, en basculant, fait éprouver au cheval une pression de devant en arrière qui lui fait reculer la tête, relève ses épaules, et. rejetant le poids qui se portait en avant sur l'arrière-main, ralentit sa marche, l'arrête ou le fait reculer en raison de la force et de la continuité de la résistance que vous marquez sur le mors.
Vous voyez d'après cela, madame, que votre bride peut agir sur l'arrière-main, puisqu'en tirant dessus vous pouvez la faire marcher la première, c'est-à-dire faire reculer votre
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cheval. On peut ensuite, et vous le comprendrez facilement, le faire reculer droit ou de travers. Si les hanches sont exactement sur la même ligne que les épaules, en tirant également sur les deux rênes, les pressions étant égales sur les deux côtés de la bouche, la tête et l'encolure resteront droites, et le portant en arrière feront reculer de même d'une manière droite les épaules et les hanches. Mais si vous vouliez reculer de travers, il faudrait alors marquer sur un côté de la bouche une résistance plus forte que sur l'autre côté. Vous vous doutez, madame, qu'étant sur une ligne droite, s'il vous plaisait de faire sortir la hanche gauche de cette ligne, il faudrait marquer sur la bride une résistance plus forte du côté opposé; car, dans ce cas, en agissant avec plus d'action sur la rêne droite, le cheval amenant et reculant un peu la tête k droite, cette position de tête fera reculer plus l'épaule droite que la gauche, ce qui mettra le cheval de travers et lui rejettera l'arrière-main a gauche ; il en sera de même toutes les fois que vous voudrez faire tourner votre cheval ; en même temps que le devant se porte k droite, l'arrière-main est forcée de se porter k gauche.
Ainsi, marchant au pas, au trot ou au golop, si les hanches ne suivent pas la ligne des épaules, il vous suffira pour mettre le cheval droit de marquer une résistance plus forte sur une rêne que sur l'autre. Par exemple, si les hanches tombaient k droite, vous marqueriez alors, en tirant k vous la rêne droite, une résistance qui, portant un peu la tête k droite et reculant l'épaule droite, redressera la
hanche de ce côté, puisque ce mouvement doit contribuer il rejeter l'arrière-main à gauche. Si cette action ne suffisait pas, vous pourriez vous servir de votre cravache que vous appuierez sur le ventre du cheval, afin que cette pression put pousser l'arrière-main encore à gauche. S'il déviait en portant l'arrière-main k gauche, vous agiriez avec la rêne gauche en vous aidant cette fois de la pression de votre talon gauche, qui a la propriété de pousser les hanches à droite.
Tachez de comprendre, madame, que cette action que vous marquez sur les rênes, et que j'appelle résistance, n'a rien de commun a\ec la pression que vous marquez sur l'encolure poui- Taire tourner ; l'action n'est plus la même ou ne s'exige pas de la même façon. Il arrive cependant qu'il faille alternativement et instantanément donner k vos rênes les deux actions différentes. Une grande justesse est nécessaire pour que, tout en rapprochant ces effets divers, la différence en soit sensible au cheval. Par exemple, madame, il est des cas où vous voulez, au lieu d'aller en avant, faire appuyer votre cheval de gauche k droite ou de droite k gauche, en marchant sur les pas de côté. Souvent aussi, tout en marchant, il vous plaira d'aller d'un côté d'une route k un autre côté, en faisant marcher encore votre cheval sur les hanches ; eh bien ! c'est au moyen de la résistance dont nous venons de parler, et ensuite de la pression de la rêne sur l'encolure que vous pourrez obtenir ces divers résultats.
Si vous voulez appuyer de gauche k droite sans aller en
avant, il vous suffira d'abord de mettre votre cheval en mouvement, de marquer un temps d'arrêt de la bride, assez fort pour qu'il ne se porte pas en avant ; vous établirez alors une résistance de la rêne gauche, afin de jeter les hanches à droite et les engager de ce côté. Une fois que vous avez obtenu ce premier mouvement, vous portez aussitôt la main à droite, afin de faire agir votre rêne gauche par la pression sur l'encolure pour porter les épaules à droite, et vous répéterez alternativement ces deux mouvements afin que, tout en engageant les hanches, les épaules se trouvent placées sur la même ligne que r arrière-main.
Afin que le cheval soit plus impressionnable aux divers effets des rênes et qu'il ne recule pas, il faut avoir soin de réveiller son action par quelques coups de cravache sur l'encolure ; comme vous pourrez, pour redoubler cette action et pousser les hanches de gauche k droite, vous servir de votre talon gauche, que vous appuierez fortement et par à-coup sur le ventre du cheval ; il faut encore, en revenant de droite à gauche, user de la cravache sur le flanc pour rejeter l'arrière-main à gauche.
Lorsque vous voudrez appuyer ainsi en allant en avant, vous userez des mêmes moyens, excepté que vous laisserez à la bride plus de liberté.
Voilà, madame, les seuls moyens qu'ont les femmes pour diriger leurs chevaux ; avec du tact, elles peuvent à l'aide de ces faibles secours savoir cependant changer, régulariser les allures et les maintenir d'aplomb.
Lorsque vous voulez marcher le pas, il suffit d'exciter légèrement le cheval, soit par un appel de la langue, soit par un petit coup de fouet sur l'encolure, en maintenant votre main légèrement devant vous. Une fois le pas déterminé, vous le régulariserez, c'est-à-dire que si vous sentez qu'il aille avec trop de précipitation, vous marquerez un arrêt de la main jusqu'à ce que vous sentiez qu'il marche également et d'aplomh ; s'il n'allongeait pas assez, vous l'exciteriez de la cravache.
Pour marcher au trot, vous donnez au moment du départ un peu de liberté à la bride, en laissant toutefois votre main bien fixe devant vous, afin que votre cheval se maintienne droit ; vous exciterez plus fortement de la cravache pour augmenter son action et le porter en avant ; une fois l'allure prise, votre main se fixera au point que vous croirez devoir l'aire effet pour que le trot soit régulier, c'est-à-dire que les battues se succèdent assez également pour qu'elles aillent en mesure. Vous aurez soin de maîtriser de la bride ou d'exciter avec la cravache, en raison du plus ou moins de rapidité que vous désirerez obtenir.
Dans le pas et le trot, le cheval place alternativement ses jambes également devant lui; il faut donc pour obtenir ces deux allures le maintenir droit. Le galop diffère en ce qu'il entame le terrain toujours du même côté pendant toute la durée du temps de galop, c'est-à-dire que, lorsqu'il court à droite, il entame le terrain avec le pied droit. C'est lorsqu'il court sur ce pied que vous vous trouvez portée le
plus commodément. Lorsqu'il court k gauche, c'est son pied gauche qui précède. Vous sentez que, pour prendre l'un ou l'autre pied, il y a nécessairement une préparation à faire, c'est-à-dire que, lorsque yous voulez partir à droite, il faut porter votre main un peu à gauche atin d'avancer l'épaule droite et marquer ensuite une résistance sur la rêne gauche, qui. en reculant le côté gauche, mettra le droit dans le cas de se maintenir en avant.
Gomme le galop ne peut se déterminer que lorsque le cheval est un peu assis, il faut, en même temps, que vous agissiez de manière à placer le côté droit le premier, arrêter par l'action de la main le développement des épaules, et engager ainsi le cheval à s'enlever au galop en ayant toujours soin d'entretenir et même d'augmenter son action par des coups de cravache sur son encolure. , Si la fantaisie vous prenait de changer de pied, c'est-adire de passer à gauche, vous rompriez par un fort arrêt le galop a droite, placeriez de suite l'épaule gauche la première en portant la main k droite, et en marquant une résistance sur la rêne droite, afin de faire avancer tout le côté gauche et reculer le droit. Enfin exciter de nouveau de la cravache et marquer un petit temps d'arrêt : alors, madame, votre cheval partira infailliblement k gauche.
J'ai peut-être été bien long et bien diffus pour vous donner l'explication des moyens qui sont k votre portée et dont vous devez user pour tirer parti d'un cheval. J'espère, madame, que dans l'avenir tous ceux que vous me permettrez de vous faire monter vous comprendront, parce
que je m'efforcerai de leur donner une éducation en rapport avec le tact que vous acquerrez : c'est du reste, pour moi, une tâche bien douce, mais difficile peut-être, que de prendre l'engagement de vous dresser des chevaux toujours dignes de vous.