‹ Traité d'équitation illustréChapitre 7 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Afin de mettre l'art de l'équitation h la portée de toutes les intelligences, il est nécessaire de le simplifier, de le rapprocher de la nature, et de ne pas l'astreindre a des règles qui ne peuvent être applicables d'une manière générale. L'enfant ne peut avoir sur un cheval les mêmes points de contact qu'un homme d'une taille moyenne ; il en est de même pour celui-ci par rapport à un plus grand.

Si l'on met à la torture un élève pour le placer à cheval, on n'obtiendra qu'une position raide et forcée. Il faut, au contraire, lui donner avant tout une grande aisance. On conçoit sans peine que le sujet qui aurait peu de dispositions a moins de chances d'acquérir une bonne tenue, si l'on use de moyens violents pour la lui faire prendre. L'homme même de forme naturellement éléganle.

réussira moins bien si vous contrariez son organisation. Loin donc d'exiger des positions forcées, il faut laisser l'élève chercher de lui-même son équilibre et des points d'appui qui. en le fixant, lui rendent ce naturel et cette aisance que l'on perd souvent, dans le principe, par la crainte de tomber.

Quand l'élève a acquis de la confiance et de la solidité, c'est au maître a juger si l'art est nécessaire pour régulariser la position.

Ce naturel apporté dans la position doit être consulté et suivi dans tout ce qui sert, soit à former l'élève, soit à dresser le cheval. Si l'art peut servir k corriger les imperfections, il doit consister aussi k employer les moyens les plus simples, en harmonie avec la nature, pour obtenir des résultats efficaces : s'il fait ressortir le naturel et lui donne un poli, au fond ce naturel doit toujours être le même, seulement il nous apparaît sous des formes plus agréables. Par le même motif, lorsque l'on dresse un cheval il est essentiel de ne pas s'écarter de la nature ; il faut parler k l'animal un langage qu'il comprenne, et avec lequel il se familiarise k mesure que son éducation s'avance.

L'équitation instinctive doit être aujourd'hui la base de la nôtre. L'art peut servir k tirer un meilleur parti du cheval, dont tout le dressage consiste k l'amener au service auquel il est propre, et k le ménager plus ou moins, en raison de sa construction, de sa vigueur et de ses imperfections.

Nous avons, moins que jamais, besoin d'une équitation en apparence fort brillante, mais sans aucune utilité. Les gens qui comprendront l'emploi du cheval comme il doit être raisonnablement entendu^ ne pourront croire qu'il y ait une règle fixe pour dresser tous les chevaux, qu'ils aient tous la même sensibilité, et qu'ils puissent tous être soumis au même travail. 11 existe dans la manière d'user du cheval, un tact et une intelligence qui sont le propre de l'homme qui le monte. C'est le discernement qui le mène k savoir ce qu'il peut exiger. Je dirai mieux, c'est que. quelque bien que soit ajusté un cheval, un homme lourd ne pourra lui demander autant qu'un enfant, ou qu'un homme léger, et pour cela dénotera-t-il moins de savoirfaire parce qu'il sera plus sobre dans ses exigences .i^

Les premiers hommes qui voulurent approprier les chevaux à leurs besoins, les soumirent k l'obéissance en usant de moyens simples et rationnels, ceux que le bon sens commande, c'est-k-dire les oppositions et les résistances. Si les cordes, la lanière, le bâton, dont on se servait dans le principe, et dont usent encore les peuplades de l'Amérique du Sud. les cosaques et les paysans de nos contrées, ont fait place au caveçon. au bridon, au mors, etc.. le cheval n'en cède pourtant pas moins k la même loi. L'art ne doit servir qu'k faire naître des moyens plus exacts, plus positifs, afin de mieux posséder le cheval, égaliser ses allures, et non pas k les employer pour exiger des positions forcées, des mouvements inutiles, ne tendant qu'k fatiguer les chevaux en pure perte.

Ce n'est que lorsque l'élève a acquis une grande confiance et une grande tenue ; c'est lorsque, par l'habitude, il a su prendre une idée des allures, qu'il sera temps de lui indiquer les moyens de les régulariser. Il ne doit donc s'agir, dans le principe, que de s'occuper de la posture et de la manière de tenir la bride et les bridons.

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