XII . TRAITE D EQUITATION
quelques malheureux chevaux de manège, et qui, n'ayant aucune idée de l'emploi du cheval dans nos usages habituels, s'efforcent d'étouffer, par leurs moyens de répression, ces qualités, ces mouvements, cette vigueur dont l'ancienne équitation pressentait tous les avantages, et que nous avons su conquérir par l'introduction du sang dans la fabrication de nos races ?
Rien n'était plus conséquent, au contraire, que nos anciens écuyers : pourquoi Grisou avait-il de la brutalité? c'est parce que les chevaux de son temps étaient lourds et apathiques : manquant d'espèce, et par conséquent de sensibilité, ils avaient besoin d'être plus fortement excités.
Tout en cherchant à réveiller leur action, tout en cherchant k les rendre liants, il recommandait surtout de ne pas trop leur assouplir l'encolure ; il comprenait qu'un cheval lasche de col, comme il le disait, perdrait de son perçant; c'est au moyen des attaques violentes de l'éperon qu'il réveillait l'action, qu'il assouplissait l'arrière-main pour obtenir les voltes, les posades, les courbettes, les demitours ; tandis que pour donner aux épaules une légèreté qui leur manquait, il conseillait de promener les chevaux dans les guérets frais labourés, dans des chemins pierres, dans les rivières, dans la mer, pour les engager à lever les jambes et donner par là du développement aux épaules. Il cherchait aussi à entretenir l'action en faisant parcourir avec furie des distances plus ou moins longues ; mais, comme je viens de le dire, il recoinmandait particulièrement de ne pas trop briser l'encolure, sachant fort bien que chez
TRAITÉ d'ÉQUITATION. XIII
des che\aux qui n'ont ni trop d'énergie ni trop de vitesse. il faut éviter de laisser prendre un pli qui peut amoindrir cette vitesse et cette énergie. Il avait reconnu que le cheval de son époque, qui n'était pas ferme de col, n'était pas un bon cheval de guerre, et que souvent trop de flexibilité dans cette partie lui donnait de l'incertitude et des moyens de défense.
Lorsqu il s'agissait d'obtenir des mouvements précipités S son travail le plus habituel, une fois que le cheval était familiarisé a. l'homme et que ce dernier l'avait promené par la campagne, était de lui faire exécuter des passades et des voltes, c'est-à-dire d'aller et de revenir toujours sur une même piste, appelant la ligne droite que l'on parcourait, la passade, et la volte, le tournant exécuté pour revenir sur la ligne que l'on venait de parcourir.
La volte se faisait par un tournant simple, et quelquefois sur les hanches, ou par un demi-tour.
Lorsqu'au bout de la passade on revenait par un demitour, la perfection était, avant de tourner, de faire faire une posade au cheval, c'est-à-dire de l'arrêter vigoureusement et de le renfermer alors dans la main et dans les jambes, de façon à lui faire faire la jambette. c'est-à-dire lui faire plier la jambe du devant, de la main à laquelle il se trouvait, et la maintenir ainsi pliée jusqu'à ce que le demitour fût exécuté. Je citerai tout à l'heure le texte de
' Le cheval du temps de Grison n'est-il pas le type, ou du moins n'a-t-il pas beaucoup d'analogie avec les chevaux de notre grosse cavalerie ?
XIV TRAITE D EQUITATION.
Grisou, pour expliquer l'action des jambes du cavalier, lorsqu'il faisait exécuter les tournants et les voltes ; on verra que le principe de se servir de la jambe gauche pour faciliter le tournant k droite, et vice versa, n'est pas du tout nouveau, comme le disent les innovateurs, qui ne comprennent pas, prétendent-ils. comment on est resté jusqu'à ce jour sans faire connaître cette action. Tout homme sachant monter k cheval sait qu'il y a deux manières d'exécuter un tournant : la première en faisant marcher Farrière-main. la seconde en faisant marcher les épaules. Quand le cheval est en place ou très maintenu dans la main, si on veut le tourner k droite sans que les épaules se déplacent, la jambe droite du cavalier agit pour redresser les hanches du cheval k gauche, ce qui exécute le tournant k droite ; quand au contraire le cheval marche, et que l'on tourne k droite, la jambe gauche du cavalier doit agir pour soutenir la hanche gauche, afin de maintenir l'action transversale des jambes du cheval; car. en agissant autrement, il se désunirait. Si l'on pouvait ne pas savoir cela avant Grisou, depuis nous ne devons pas l'ignorer. Laissons-le parler :
« Pour vous faire plus clairement entendre, et avec la (( vraie raison et sans fausseté, comment il faut aider au « cheval avec les éperons quand on le manie, je vous dis « que quand, au bout de la passade, vous le voulez volter « k main droite, il vous le faut aider du côté opposite avec '( l'éperon gauche, et l'arrondir ensemblement avec l'autre « éperon, afin qu'il aille juste et qu'il retourne k sa route.
TRAITE DEQUITATION. XV
« Et le voulant volter k main gauche avec semblable (( ordonnance, le vous faudra pareillement aider avec (( l'éperon droit, et en môme temps l'arrondir avec le (( gauche; et par ce moyen, il ira juste et correct, toujours (( en un même rond, sans s'avancer plus d'un côté que de <( l'autre. Et vous faut bien noter qu'aucune fois il le faut « aider au commencement de la volte. autre fois au milieu. (( et autre fois à l'instant qu'il la clôt ; et lorsqu'il la clôt. (( ne faut pas que l'éperon, qui arrondit la volte, batte k « per ains. ira en même temps battre un peu plus en (( arrière que l'autre, qui bat au long des sangles, au côté « opposite, comme il est besoin. Et en cela sourd une « grande difficulté pour savoir bien connaître le sentiment (( du cheval, et le piquer k temps, et le poindre plus ou « moins, selon qu'il en est besoin ; ce que je ne vous puis « bonnement exprimer de paroles ; mais la pratique et (( l'expérience vous en feront sages. »
Grison comprenait parfaitement, comme nous, les oppositions et les résistances, les actions et les soutiens qui servent k mettre le cheval en mouvement et k le maintenir. S'il usait quelquefois de moyens plus violents, c'est qu'il avait aft'aire k une espèce plus brutale, moins sensible. Si nous avons eu des chevaux assez fins pour comprendre les moindres indications, n'en avons-nous pas rencontré quelquefois d'autres sur lesquels la correction qu'il indique aurait pu être appliquée avec succès ?
« Je vous advise que quand le cheval use de quelque « malice, comme de branler la tête, se lever debout, ou
XVI TRAITÉ D'ÉQUITATIOM.
« s'appuyer sur la bride, ou bien quand il fera d'autres (( notables fautes, lors vous lui donnerez le châtiment avec (( une voix horrible et effrayante, et ireusement direz, avec (( un cri âpre et menaçant, celle de ces paroles qui vous (( viendra plus a gré : Or sus. or sus; or la, or la: « ah traître! ah ribaud ! tourne, tourne, tourne; arrête, (( arrête: tourne ci, tourne là, et autres semblables. (( pourvu que le cri soit terrible, et que vous disiez paroles (( qui vous sembleront plus conformes et plus propres à « intimider le cheval pour sa correction ; et continuerez (( d'ainsi faire jusqu'à ce qu'il se revienne et corrige de sa (( faute ; et le ferez la voix plus haute, selon que sa faute (( sera plus ou moins grande. »
Malgré tout ce qu'il peut y avoir d'original dans cette leçon, bien qu'il recommande le châtiment fort et ferme quand il le croit utile, il comprenait parfaitement le cheval, savait le point où il devait être amené, et connaissait les moyens d'y arriver. La dernière citation que je vais faire de lui est en quelque sorte le résumé de sa manière de voir et de ses principes :
« Mais ne pensez pas que pourtant le cheval, bien qu'il « soit proportionné et organisé de nature, puisse de soi- (( même bien faire, et se manier sans le secours humain et « la vraie doctrine? partant, lui faut-il avec l'art, recueillir « les membres et les vertus occultes qui sont en lui; et (( selon le vrai ordre et la bonne discipline, la vertu sera (( plus ou moins éclaircie. Ainsi, au contraire, l'art quand (( il est mauvais et faux, ruine et anéantit le cheval, et lui
TRAITÉ d'ÉQUITATION. XVII
(( couvre et assoupit toute la vertu ; comme aussi étant bon
(( et vrai, il supplée à beaucoup de parties où nature lui a
(( défailli, et vraiment à juste cause les Latins ont appelé
(( le cheval eqiius, qui ne signifie autre chose que juste,
(( pour ce qu'outre les autres raisons que les anciens en ont
(( données, il faut que le cheval soit en tout et partout
(( juste par mesures, juste au pas, juste au trot, juste au
(( galop, juste à la carrière, juste au parer, juste au manier,
(( juste au saut, et finalement, juste de tête, et juste quand
« il est sur les pieds arrêté, et encore juste et uniment
« mesuré selon la volonté de celui qui le chevauche. En
« outre cela, il lui faut le pas élevé, le trot libre et délié, le
(( galop vigoureux et gaillard, la carrière viste, les sauts
(( justes, amassés et amoncelés, le parer léger, le manie-
(( ment sûr et prompt. Et pource que le cheval naturelle-
(( ment du jour qu'il sort du ventre de la mère, va le pas,
(( le galop, et court, et ne lait rien moins, et avec plus
(( grande difficulté que le trot ; à cette cause, quand vous
(( serez dessus, prenez toujours garde à l'y aduire et rendre
(( léger : car par ce moyen il deviendra plus juste et plus
(( aisé à conduire a la perfection de toutes les autres vertus.
(( lesquelles particulièrement, puis après vous connaîtrez
(( évidemment, car de ce trot le cheval vient à prendre au
(( pas, agilité; au galop, gaillardise; à la carrière, vitesse;
(( au saut, reins et force; au parer, légèreté; au manie-
(( ment, sûreté et grande dextérité ; à la tête et au col et à
(( la voûte du col, fermeté incroyable ; et à la bouche, doux
(( et bon appui qui est le fondement de toute la doctrine. »
XYIII TRAITÉ d'ÉQUITATION,
Le dressage du cheval, comme l'entendaient Grison et ses prédécesseurs, s'adressait à une espèce généralement commune, pesamment chargée et destinée au combat. Quand Pluvinel et Newcastle arrivèrent, l'équipement de guerre et les costumes devinrent plus légers, et l'on employa des races moins pesantes ; car, au nombre des chevaux en usage, il s'en trouvait d'espagnols et de barbes. Non seulement alors le travail devint plus fin en raison de l'espèce de chevaux, mais encore en raison des nouveaux usages. Les tournois où les chevaliers bardés de fer venaient se heurter les uns contre les autres, rompant leurs lances, et se livrant combat à outrance avec la hache d'armes, avaient fait place aux carrousels, dans lesquels le chevalier d'alors, vêtu beaucoup plus légèrement, venait plutôt faire briller son adresse que son courage. Il existait donc une double raison pour demander aux chevaux un travail plus fini, puisque les futilités du spectacle devaient remplacer les simples besoins de la guerre.
L'équitation. renfermée par Pluvinel dans les murs du manège, allait nécessairement devenir plus régulière et plus raccourcie : le traA^ail plus compliqué des reprises, la variété des airs, tout ce qu'on voulait enfin exiger du cheval à cette époque, amena l'obligation de le posséder davantage, de le tenir a des allures plus raccourcies, et par conséquent de l'assouplir bien plus que précédemment. C'est pourquoi Pluvinel, tout en gagnant et assouplissant l' arrière-main comme Grison, dut. à l'égard de lavant-main, agir autrement que lui. Si Grison, pour conserve]' du perçant au
BECÇUtT A P*RIS
l'rédéric Cin son .
TRAITÉ d'ÉQUITATION. XIX
cheval, recommandait de ne pas le rendre lasche de col, il était tout naturel que du jour où l'on voulait détruire ce perçant pour raccourcir les allures, il fallait faire le contraire de ce que recommandait Grison. Pluvinel chercha donc k combattre les forces de l'encolure, et les détruisit en les assouplissant afin d'arriver à son but.
Nous verrons tout k l'heure de quels moyens il se servait, et s'ils n'avaient pas beaucoup d'analogie avec ceux qu'aujourd hui on nous présente comme nouveaux ; s'ils en difterent. c'est qu'ils étaient employés avec beaucoup plus de discernement.
Dans la leçon que Pluvinel donne k Louis XIII, il s'exprime en sujet respectueux, ne parle pas en vantard de son talent. Il répond aux questions que lui adressent le roi et le grand écuyer, M. de Bellegarde, avec la modestie qui appartient au mérite.
Le roi demande k M. de Pluvinel :
(( La voye et l'ordre qu'il emploie pour dresser les « chevaux, et les rendre adroits k manier, avec cette (( grande facilité qu'il reconnaît en tous ceux de son (( école. »
Pluvinel répond :
« Sachant par la pratique et par le long usage que le (( cheval ne se peut dire dressé qu'il ne soit parfaitement « obéissant k la main et aux deux talons, je n'ai ])our but (( pour réduire mes chevaux k la raison que ces deux (,( choses, d'autant qu'il est très certain que tout cheval qui (( se laisse conduire par la bride, qui se range de çk et do
XX TRAITE D EQUITATION.
(( là, s'il se relève devant et derrière à la volonté du
« cavalier, je l'estime bien dressé, et doit manier juste
(( selon sa force et sa vigueur. Or. pour arriver a gaigner
(( ces deux points, j'ai cru par ma méthode en avoir abrégé
(( les moyens de plus de moitié du temps ; mais pour
« autant que la perfection d'un art consiste à sçavoir par
« où il faut commencer, je me suis très bien trouvé en
(( celui-cy, de donner les premières leçons au cheval (sans
(( être monté), parce qu'il treuve le plus difficile, en
(( recherchant la manière de lui travailler la cervelle plus
(( que les reins et les jambes, en prenant garde de l'en-
(( nuyer. si faire se peut, et d' étouffer sa gentdlesse, car elle
(( est aux chevaux comme la fleur sur le fruit, etc —
(( Sachant donc que le plus difficile est de tourner, je le
« mets autour d'un pilier, comme je vais dire à Votre
(( Majesté, afin que le faisant cheminer quelques jours, il
« nous montre sa gentillesse, et tout ce qui peut être en lui,
(( afin de juger à quoi il sera propre, en laquelle sorte il
(( faut le conduire. Ce que je fais bien plus facilement a un
(( lieu où il est retenu, parce qu'on a le loisir de voir mieux
(( tous ses mouvements que s'il était sur sa foi avec un
(( homme sur lui, d'autant qu'à ces premiers commence-
« raients, le naturel du cheval est d'employer toute sa
(( force, son industrie pour se défendre de l'homme, ce qui
(( lui est très aisé en travaillant à une autre méthode que la
(( mienne C'est l'occasion. Sire, qui m'a fait rechercher
(( plus soigneusement la méthode de laquelle j'use pour ce
(( que, par autre voye, il me serait impossible de réduire
TRAITÉ d'ÉQUITATION. XXI
(( quantité de chevaux que l'on m'amène, dont la plupart K ont de mauvaises qualités. »
Le résumé de l'emploi du pilier, d'après Pluvinel, est de plier, d'assouplir l'encolure du cheval, et d'assouplir les hanches. Après avoir travaillé ainsi le cheval quelque
Travail du cheval autour du pilier.
temps, il passe au travail des deux piliers, pour arriver à un travail plus contraint que sur un seul pilier :
(( Après avoir commencé la leçon autour du pilier, je (( l'attache entre deux piliers de la forme suivante ; et avec (( le manche de la houssine, le fais marcher de çà et de là « d'autant que le cheval se trouve grandement contraint (( du caveçon en ce lieu-là plus qu'à un autre. Une fois (( soumis à ce travail, on pourra le ramener autour du « pilier; raccourcir la corde du caveçon, et. lui tenant la (( tête proche du pilier, le faire cheminer des hanches avec u le manche de la gaule, etc. »
XXIV TRAITE D EQUITATION.
« clieval est bien appuyé sur la main, il faut arriver à la (( connaissance de l'action des talons ' . »
Ce travail se faisait aussi dans les piliers. N'est-ce pas encore le travail sur place, et la reproduction du travail des hanches et du système des attaques que l'on prétend avoir inventés en i8/io?
Il suffira pour en être coiwaincu de laisser parler Pluvinel. Tout le monde doit savoir que l'équitation du dix-septième siècle s attachant à provoquer des mouvements élevés et brillants était très ralentie , et nécessairement devait être pour cela fort assise. Elle ne pouvait amener ce résultat que par l'emploi presque continuel de l'éperon ; aussi travaillait-on les chevaux pour les amener à cette connaissance parfaite.
A la question que fait le roi pour savoir comment on lait comprendre l'aide des talons, Pluvinel répond :
« Je déclarerai a Votre Majesté ce qu'elle désire, qui est (( que rencontrant un cheval fort sensible aux talons, pour (( commencer à les lui faire souffrir, estant bien assuré (( dans sa cadence, je fais toujours, ou le plus souvent (( selon le besoin, commencer la leçon au pilier seul, ou le (( faisant aller sur les voltes ; lorsqu'il est en train, je (( tâche tout doucement à le piquer le plus délicatement (( que je puis, d'un talon ou de l'autre selon le besoin, ou de (( tous les deux ensemble un temps ou deux s'il le souffre.
1 Les talons étaient toujours armés des éperons. Quand les anciens écuyers parlaient de l'attaque du talon, il était bien entendu que c'était une attaque de l'éperon.
TRAITÉ d'ÉQUITATION. XXV
(( lui faire connaître avec caresse ce qu'on désire ; s'il ne
(( l'endure pas, je le fais placer entre les deux piliers, les
(( cordes courtes, et l'élevant le fais pincer doucement; s'il
(( se détraque de sa mesure, je le redresse derrière sur la
(( croupe avec la houssine, et en lui aydant, je fais en sorte
(( que celui qui est dessus continue a le pincer, afin qu'il
(( remarque qu'il faut répondre à l'aide des talons, comme
« à celui de la houssine, chose qui sera bientôt
(( apprise, etc. »
Leçons au pilier seul, pour faire marcher le cheval sur les voiles et faire connaître l'éperon.
(Pluvinel.)
Pluvinel entre dans de longs détails pour amener le cheval trop sensible, comme le cheval trop froid, à supporter et à comprendre le pincer de l'éperon :
« Quentendez-vous, dit le roi. par pmcer ?
« Sire, pincer son cheval, lorsqu'il manie, est presser
XXVI TRAITÉ d'ÉQUITATION.
« tout doucement les deux éperons, ou l'un d'iceux, contre a son ventre, non de coup, mais serrant délicatement, ou (( plus fort selon le besoin k tous les temps, ou lorsque la (( nécessité le requiert, afin que par l'accoutumance de « cette aide, il se relève un peu, ou beaucoup, selon (( l'affermance de laquelle le chevalier advisera. Cette aide (( qui est véritablement tout le subtil de la vraie science, (( et pour le chevalier et pour le cheval, que j'ai nommée la (( délicatesse principale de toutes les aides dont V intelligence (( est la plus nécessaire à l'homme et au cheval, et sans (( laquelle il est impossible au chevalier de faire manier « son cheval de bonne grâce ; d'autant que le cheval (( n'entendant, ne cognoissant et ne souffrant les aides des (( talons, s'il a besoin d'être relevé, animé, ou châtié, il n'y (( aura nul moyen de le faire, car le coup d'éperon est « pour le châtiment, et les jambes et la fermeté des nerfs, (( pour les aides ; mais où il ne répondrait pas assez (( rigoureusement aux aides de la jambe, il faudrait en (( demeurer là, si le cheval ne souffrait le milieu d'entre le (( coup d'éperon et l'aide de la jambe, qui est le pincer (( que je viens de dire, et que fort peu de gens pratiquent (( volontiers par faute de savoir. »
Les gens qui ne pratiquaient pas le pincer de l'éperon, et qui pouvaient l'ignorer du temps de Pluvinel, étaient sans doute semblables k ceux de nos jours qui se servent tout simplement du cheval comme moyen de transport, et qui ne recherchent pas le subtil de l'art.
Au surplus, est-il possible de mieux définir l'emploi de
Il monte avec les mains les éperons, et gaule Le cheval do Pégase qui vole en caprioles, Il monte si haut qu'il touche de sa tête les cieux, Et par ses merveilles ravit en extase les dieux, etc.
• (Newoa«tlp.
de Pliivinei sur le Bonite
TRAITE D EQUITATION. XXIX
l'éperon, lorsqu'il est employé comme aide ? qu'il soit appelé attaque, ou pincer, tout cela n'est qu'un travestissement pour donner le change. Si M. de la Guérinière n'en a pas donné une définition très claire pour notre époque, elle l'était pour la sienne, où les principes de Pluvinel et de Newcastle étaient connus et encore en vigueur. 11 en est de même de ce qu'on appelle aujourd'hui le rassemblé. Qu'est-ce que rassembler un cheval^ si ce n'est le posséder dans la main et dans les jambes? Peut-on trouver une définition meilleure que dans Pluvinel :
(( En usant bien à propos de cette leçon, elle relève, (( allégit le cheval ; elle le résoud, l'affermit sur les (( hanches, l'assure dans sa cadence, lui fait recevoir (( franchement les aides de la main et des talons, lesquelles (( choses le rendent plus agile a tout ce qu'on désire de lui, (( et par conséquent lui en facilitent les inoyens ? »
Avions-nous besoin de voir appeler à son secours des mots abstraits et scientifiques pour définir le rassemblé, expliqué par Pluvinel d'une façon aussi simple que claire ? Il n'est question dans le livre de Pluvinel que des moyens d'assouplir le cheval, de le renfermer dans la main et dans les talons; tout cela n'est-il pas encore du rassemblé? Je terminerai cette analyse sur l'ouvrage de Pluvinel en citant ce que dit le duc de Bellegarde a propos du cheval nommé le Bonite. On trouvera la preuve déjà acquise, d'après ce que j'ai cité plus haut, que jadis les chevaux n'étaient pas plus qu'aujourd'hui une espèce à part qui allait toute seule, et que l'art de l'écuyer y était pour quelque chose.
XXX TRAITE D EQUITATION.
(( Le Bonite, le parangon certes de tous les manèges du « monde, tant pour sa beauté que pour son excellence k (( manier parfaitement et de bonne grâce, terre à terre et (( courbettes, avec tant de justesse et d'agilité, que ce n'est f( pas sans cause qu'il s'appelle le Bonite.
(( Sire, dit monsieur de Bellegarde, monsieur de Pluf( vinel a raison de vous montrer ce cheval comme un chef- (( d' œuvre ; car il est vrai que monsieur de la Broue. très (( excellent en l'exercice de la cavalerie, après l'avoir fait (( longtemps travailler, et fait voir a feu M. le connétable.
Le Bonite, cheval dressé par Pluvinel, et sur lequel le roi Louis XIII a pris ses premières leçons.
(( ils le jugèrent tous deux incapable de pouvoir jamais bien « manier, à cause de son impatience, de sa tète mal « assurée, etc. . . Néanmoins quelque jugement qu'en fissent K ces excellents hommes, monsieur de Pluvinel m'assura (( de le rendre à la perfection, ce qui m'obligea de lui (( abandonner mon cheval pour le dresser et manier a toute (( sa volonté, à quoi il travailla, de sorte que par sa
TRAITE D EQUITATION. XXXI
(( patience et son Industrie, il lui gagna la tête, et lui « donna le parfait appui de la main. etc.. En sorte qu'au « bout de très peu de jours, il me le montra à Fontainece bleau, où il le fit manier à courbettes, par le droit, après (( deux voltes à main droite, toutes d'une haleine, sans « sortir d'un rond a peu près de la longueur du cheval, (( et puis le fît manier en avant, en arrière, de côté, de çà (( et de là, et à une place, en ûiisant courbettes de côté, et (( changeant tout en l'air, retombait de l'autre côté tant de « fois qu'il plaisait au chevalier, ce qui me fit appeler ces {( mouvements la sarabande du Bonite, »
Qu'on lise l'ouvrage de Pluvinel, il est impossible d'y trouver des idées plus saines et plus justes; elles pourraient servir de base a toutes les équitations présentes et futures.
A peu près dans le même temps que Pluvinel. arriva le marquis de Newcastle ; mais celui-ci se pose en novateur. Il ne dit pas, comme Pluvinel, que sa méthode est bonne; il ne blâme pas les écuyers qui n'agissent pas tout à fait comme lui. Tout ce qui a existé avant lui n'a rien su ; il dit comme certains auteurs de nos jours : u J'écris de la (( façon la plus courte qu'il m'est possible, non pas aux « élèves, mais aux maîtres, l'art de bien dresser les « chevaux, lequel n'a jamais été connu )).
L'avant-propos de Newcastle, trop long à rapporter ici. a pu avec celui de Pluvinel servir de texte à d'autres avantpropos écrits tout récemment. Ce sont les mêmes pensées remises à neuf.
Quant à luititulé de son Hvre. vous voyez :
XXXII TRAITÉ d'ÉQUITATION.
(( Méthode nouvelle, Invention extraordinaire de dresser « les chevaux, les travailler selon la nature, et parfaire la (( nature par la subtilité de l'art, laquelle n'a jamais été (( trouvée que par le très noble et haut puissant marquis (( de Newcastle. »
(Gela se passait en i65o.)
En lisant les légendes écrites au bas de chaque gravure représentant Newcastle, vous voyez la même présomption :
Après l'homme, le cheval, le plus noble animal. Est rendu par ce seigneur si juste et si égal. Par cette méthode que tout le monde admire, Qu'on voit aisément qu'il est sujet de son empire. Son assiette si belle, ses aides si secrètes, Tout à la négligence encore si bien faites, Nous sont un argument assez valide et puissant Qu'il est à ses talons et bride obéissant, Et que tous les chevaux sont assujettis à sa loi, Puisqu'ils lui obéissent comme à leur propre roi.
S'il montait un diable très robuste.
Ce diable irait en tous airs foi-t juste.
(Newcastle.)
Pour arriver à des résultats paraissant aussi prodigieux, analysons les principes de Newcastle.
A la demande qu'on pourrait lui faire de savoir combien de temps il faut pour dresser un cheval, il répond : « Gela (( dépend de sa force, de son âge, de son esprit et de ses <( dispositions. Ils ne peuvent pas tous avoir les mêmes « qualités, pas plus que tous les peintres ne peignent de la (( même manière ; que les danseurs ne dansent de la même (( façon. Mais enfin, si un cheval est docile, propre, a des (( esprits et de la force, on pourra le dresser en trois mois, (( c'est-a-dire en quarante-cinq leçons. D'une chose vous (( puis-je répondre, que quelque autre dresse un cheval, (( et le parfasse par son industrie, cette mienne méthode (( nouvelle le parfera en moins de la moitié de temps que (( lui, et il ira encore mieux et plus juste ou parfaitement. « ce que j'ai vu faire à peu de chevaux que les autres « dressent ».
Quels sont donc les moyens employés par Newcastle ? c'est encore, dans le début, de placer la tête au cheval et de lui assouplir l'encolure, après les explications préliminaires pour familiariser le poulain.
(( Il faut, dit-il, que le cavalcador lui place le plus qu'il (( pourra la tête, et peu à peu, et quoiqu'il gagne sur lui, « soit sur la tête, soit sur la bouche, il ne doit pas lui (( donner de liberté, mais l'y garder en gagnant tous les (( jours de plus en plus sur lui, jusqu'à ce qu'il ait placé (( sa tête au lieu qu'il veut qu'elle soit ; alors il doit la (( garder là. le travaillant en bas. avec le bas de la main. »
XXXIV TRAITE D EyLlTATlON.
Cela ressemble bien au travail en place nouvellement trouvé. 11 continue : « Trottez-le alors sur des cercles (( larges au commencement, et tirez toujours la rené de (( dedans du caveçon, afin que non-seulement il regarde la <( volte, mais aussi qu'il ait la croupe plutôt dehors que « dedans, etc. La principale chose est de gagner la tête du (( cheval et de lui donner bon appui : car, pour sa croupe, (( elle est aisée ; ce qui m'a fait étonner de voir des cava- (( liers commencer par la queue ou croupe du cheval. Si (( vous placez la tête du cheval, vous pourrez en faire ce (( que vous voudrez; si vous ne lui assurez la tête, vous « n'en ferez jamais un cheval parfait; car vous n'avez en (( tout que la main et les talons* pour le dresser, et la (( meilleure partie vous manquera ».
Passons à la posture de l'homme à cheval. Il voudrait (( qu'un homme fût placé sans formalité ; je n'ai jamais vu -( aucune formalité qui ne m'ait semblé rapprocher du (( simple et du niais. Celui qui n'est pas bel homme à (( cheval ne peut être bon homme de cheval ».
Il poursuit : « Quant aux rênes de la bride et du (( caveçon, je vous enseignerai aux discours suivants ce qui (( n'a jamais été connu jusqu'ici ».
Newcastle indique alors la manière de se servir de son caveçon : « Je prends une longue rêne qui a un petit (( anneau attaché à un bout ; je mets l'autre bout de la « rêne dans cet anneau ; je la mets autour du pommeau de
• Les talons, avec Newcastle et Pluviiiel, s'entendent armés d'éperons.
TRAITÉ D'ÉqUITATION. XXXV
c( la selle, et l'y attache ferme, pour y demeurer sans u reinuer; et après, je mets la rené en bas, et la fais passer (( dans le liège de la selle ; alors je remets la rené à c( l'anneau du caveçon. droit en avant, et fais revenir le (( bout de la rêne dans ma main. J'en fais autant de l'autre « côté, etc. Cette sorte de caveçon est très excellente pour (( assurer la tête d'un cheval, lui donner le vrai pli de son (( corps, lui préserver la bouche, etc. »
Premier assouplissement de Newcastle, la rêne fixée au siège de la selle.
Il n'est pas douteux que cette manière d'obtenir le pli de l'encolure ne soit préférable à cette espèce de variante que l'on veut faire admettre aujourd'hui. Ce pli obtenu, en comprimant dès le principe les barres du cheval, peut amener à olïenser la bouche ; ou si le cheval cède à cause
XXXVI TRAITÉ d'ÉQUITATION.
de la sensibilité de ses barres, ce pli, obtenu trop promptement, peut amener une contraction au lieu d'un assouplissement.
Newcastle insiste pour l'assouplissement : « 11 ne suffît a pas de tourner un peu la tête ou le col en dedans de la (( Yolte ; mais on doit lui donner un pli total depuis le nez a jusqu'à la croupe. Je vous ai montré comment il le faut (( faire ; car, quant à ce que aucuns disent que ce lui (( rendra le col débile, je n'y saurais dire autre chose. « sinon que ces cavaliers ont l'entendement débile, qui (( voudraient que par leur travail leur cheval ait le col (( roide, sans être capable de tourner ».
L'assouplissement de l'encolure avec la rêne du banquet de la bride.
Si Ton continue a consulter Newcastle, que l'on peut considérer comme un partisan outré des assoupHssements
Marcjuis de I^ewoastle
TRAITÉ d'ÉQUITATION. XXXVII
et des moyens de sujétion, on verra néanmoins que, tout en conseillant d'asseoir et d'assouplir les chevaux, il veut avant toute chose qu'ils soient d'abord exercés de façon a être rendus francs devant eux. En effet, c'est la condition première et indispensable, quel que soit ensuite le travail auquel on veuille soumettre un cheval.
La leçon suivante de Newcastle, qui a lieu sur un jeune cheval, servira à prouver ce que j'avance :
a Quand le cheval trotte, disait-il, le cavalier le doit « pousser un peu plus vite avant que de l'arrêter, et (( l'arrêter incontinent ; après, tirant la rêne de dedans du (( caveçon un peu plus fort que l'autre, et un peu plus vers « son col, mettant le corps un peu en arrière, afin que le (( poids oblige le cheval à se mettre sur les hanches. Il faut, (( sur toute chose, que le cheval ne se relève point, mais (( seulement qu'il s'arrête sans se relever ; car c'est le (( moyen de gâter un cheval que de l'apprendre à se lever « avant qu'il trotte et galope franchement. » Et il ajoute : // faut prendre garde de ne le lever, c'est-à-dire l'asseoir, le mettre sur les hanches, qu'il n'obéisse franchement aux éperons tant au trot qu'au galop.
Ce qui prouve que, tout en considérant l'aide de l'éperon comme indispensable pour soutenir F arrière-main, et la mettre dans le cas de supporter des arrêts tendant à relever le cheval, à l'asseoir et à le rassembler, il pense avec raison que la première connaissance de l'éperon doit s'acquérir en poussant d'abord le cheval en avant.
Newcastle poursuit : ((. Trotter et arrêter un cheval sont
XXXVIII TRAITE D EQUITATION.
(( le fondement de tous airs : placer sa tête et sa croupe. (( le met sur les hanches et le fait léger du devant ; aller en (( arrière, assurer la tête, le mettent sur les hanches, et le (( rendent léger du devant. En mettant la tête au mur, on « lui apprend h connaître l'aide de l'éperon : on lui gagne « ainsi les hanches et l'assoit ».
Ici la muraille remplace les deux piliers de Pluvinel ; Newcastle n'est pas partisan des piliers ; mais les résultats sont toujours les mêmes. Il s'agit, pour habituer le cheval à connaître l'action de l'éperon comme aide, de l'empêcher de se porter en avant. Ainsi, qu'il soit maintenu vis-a-vis d'un mur, dans les piliers, ou tenu par un homme au milieu d'un manège ou d'une carrière, tout cela est pour arriver au même but. Que l'on appelle 1 action de l'éperon, en cette circonstance, ou le pincer, ou l'attaque, je demande si ce n'est pas exactement la même chose ?
Newcastle s'occupe très spécialement de l'assouplissement de l'encolure, et en fait une méthode à lui ; au lieu de se servir des piliers, il commence, comme je l'ai indiqué, k l'assouplir en place sur le caveçon et la bride ; il le travaille ensuite en mouvement en agissant d'abord sur le caveçon :
(( Après cet assouplissement sur le caveçon, je voudrais (( que vous prissiez de fausses rênes et que vous les (( attachassiez, à ma mode, au banquet de la bride ; mais (( donnez la liberté à la gourmette, en sorte qu'il a moins « d'appréhension de la bride ; et son appui se fortifie « tellement, que quand on travaille de la bride et par
((. conséquent de la gourmette, la bride le rend léger. Ceci (( est bon autant pour tous ceux qui ont trop d'appui que (( pour tous ceux qui en ont trop peu, et lui donne le pli (( de la même sorte que le cayeçon, sinon que le caveçon « le travaille sur le nez, et les fausses rênes sur les barres ; <( ce qui le rend très sensible, comme il doit être, et du <( même côté des barres, comme la bride doit faire ; ce qui a l'accoutume tellement, que quand on le met avec la « bride seulement et qu'il a l'aide de la gourmette, il va (( à merveille. »
Assoupliss&ment de l'encolure avec la rêne do la bride.
Ceci ressemble bien à ce que l'on appelle aujourd'hui les flexions de mâchoires :
« Posez que vous ayez rendu votre cheval souple, et que (( vous lui ayez donné suffisamment le pli avec le caveçon.
XL TRAITÉ d'ÉQUITATION.
(( et après avec les fausses renés, les rênes de la bride
(( continueront la souplesse de son corps, et travailleront a
« merveille sur les barres pour lui faire entendre la bride
(( seule ; en tenant les rênes séparées en vos deux mains.
(( vous travaillerez toujours la rêne du dedans de la volte,
(( et vous rendrez le cheval souple ; cette façon de le
« travailler est pour le rendre sensible h la gourmette, qui
« est finir votre travail pour la main.
Les rênes séparées dans les deux mains, travaillant le dedans de la volte.
a Cette laçon de travailler est la quintessence de la « cavalerie, car, au moyen de ces trois degrés, du caveçon, (( des fausses rênes et de la bride, on rend un cheval aussi « parfait, que c'est merveille. »
Newcastle entre aussi dans une longue dissertation sur la distinction qui doit exister entre mettre un cheval sur
TRAITÉ d'ÉQUITATION. XLI
les hanches et l'acculer ; il serait trop long de le suivre clans ses préceptes ; il finit enfin en disant que les aides de la main, des cuisses, du gras de jambe et du pincement des éperons, en un mot toutes sortes d'aides, doivent être plus douces au pas qu'aux airs relevés :
« Le doux passage demande des aides douces, et les airs (( plus forts demandent des aides plus fortes ; ce qui est (( conforme à la raison. »
Si l'école de Grison. de Pluvinel, de Newcastle usait de l'emploi de l'éperon comme aide, si elle en recommandait l'application, néanmoins dans bien des circonstances, avec de certaines natures de chevaux, elle échouait complètement. Voici ce que disait de la Broue k cet égard : « S'il a est rétif (le cheval) pour avoir été trop gourmande et (( contraint , il faudra observer autant de douceur et de (( cérémonies, comme s'il estoit poulain. Je veux aussi que (c le cavallerice se souvienne que les espérons grands et « fort piquants sont extrêmement contraires à l'école des « jeunes chevaux. Les châtiments de ces espérons les « pourront effrayer et rendre plus timides, et par consé- (( quent les faire plus tost devenir rétifs, s'ils ne le sont, (( que déterminez s'ils sont ramingues. Et ceux qui seront (( sanguins ou colères s'en pourront aussi facilement (( desdeigner ou désespérer, au lieu de se rendre obéis- (( sants.
(( Voilà d'où vient le plus souvent que les chevaux (( pissent de rage et d'effroy, ou qu'ils sont cherchant les (( murailles, ou s'arrêtent tout à fait, ou quelquefois, à
XLII TRAITÉ d'ÉQUITATION.
(( faute d'autres remèdes, se couchent par terre, ou se (( mettent au hasard de se précipiter avec cekii qui est « dessus. »
Notez qu'à cette époque on ne hvrait au travail que des chevaux entiers ; mais si l'appHcation de semblables moyens s'était adressée aux juments, les trois quarts de celles soumises à de semblables étreintes fussent devenues rétives.
Après avoir signalé le mal. il indique le palliatif dans le chapitre suivant :
« Si le cheval est rebuté ou rétif pour avoir esté trop (( rudement et longuement exercé et trop asprement battu a avec les espérons, il le faudra premièrement laisser (( séjourner jusques à ce qu'il ait reprins ses lorces et (( premiers esprits ; et s'il n'est bien sain dedans le corps. (( il le faudra purger ; car estant malade ou plein de (( mauvaises humeurs, le cavallerice perdra le temps et la « peine qu'il mettra, pensant le remettre en son premier (( et courageux estât, d'autant que cette indisposition le « rendant par accident colère, mélancolique, quoiqu'il soit « naturellement mieux composé et de bonne inclination. « le pourra disposer a quelque mauvais vice. Mais estant « sain, séjourné et bien nourry, on pourra après com- (( mencer de l'exercer a la campaigne, au large et en <( divers lieux, peu et souvent et sans espérons, évitant. a tant qu'il en sera possible , toutes les occasions qui a pourront le faire battre. Néanmoins, toutes les lois que (( le cavallerice cognoîtra qu'il se voudra arrêter et qu'il
TRAITE D EQUITATION. XLIII
« aura quelque dessein malicieux, il ne manquera de le « braver et menacer à haute voix : et s'il est besoin, le « fouettera à travers les fesses et le ventre avec un fouet ; « et pour une plus grande facilité, il faudra estre secouru (( d'un homme qui suivra ce cheval sur un bidet ordinaire- « ment à vingt-cinq ou trente pas de distance, lequel se « tienne toujours prest pour mettre diligemment pied à « terre quand ce cheval rétif refusera d'aller en avant, et « pour le chasser à grands coups de fouet sur les fesses et k a travers les jambes, principalement s'il se défend en « ruant. Il faudra aussi que le cavallerice soit curieux de (( le caresser quand il lui obeyra librement ; car la douceur « est autant et plus nécessaire aux chevaux estonnez et « rebutez qu'à ceux que l'on exerce pour leur apprendre « ce qu'ils n'ont jamais sceu. »
L'école de la Broue, de Pluvinel, de Newcastle se continua, tout en cherchant k se modifier, pendant la durée d'un siècle. L'équitation du tournoi et du carrousel faisant insensiblement place k l'équitation militaire et k l'équitation de chasse, il devait naître une transition qui apportât nécessairement dans les principes un désordre, un conflit que la Guérinière essaya de régulariser. Sa tache fut d'autant plus difficile qu'après Newcastle et Pluvinel , l'équitation trouva des interprètes peu d'accord dans la pratique de cet art. Les uns outraient les préceptes laissés par New^casle ; d'autres, au contraire, reconnaissaient la nécessité de les simplifier. La grande discussion k cette époque était, comme aujourd'hui, do savoir si l'on devait
XLIY TRAITE D EQUITATION.
plus OU moins assouplir et rompre l'encolure pour bien tirer parti d'un cheval. Les uns voulaient un assouplissement simple, raisonné, calculé selon les chevaux ; les autres , au contraire , appliquaient un assouplissement outré indistinctement sur toutes les natures.
Je citerai k cette occasion ce que disait, en 1756, Gaspard Saulnier, écuyer de l'université de Leyde ; nous acquerrons encore la preuve que le système des assouplissements n'est pas nouveau, car voici ce- qu'il dit :
Pages 87 et 38. « S'il s'agissait de plier un cheval (( comme du temps passé, je conviendrai d'abord que le (( caveçon serait encore le meilleur moyen pour plier le col <i du cheval, et faire venir la tête. Ce pouvait autrefois être (( plus difficile avec la bride, mais aujourd'hui le cheval (( ne doit pas avoir le col plié comme un arc, ainsi que les (( anciens l'ont prétendu. »
A la page 86, Gaspard Saulnier parle en homme qui a reconnu le danger de ces assouplissements, il s'exprime d^une façon un peu acerbe sur les gens qui, avec l'aide de ces moyens, veulent en imposer au public :
■(( J'ai vu des écuyers qui poussaient l'extravagance (( jusqu'à plier le cou des chevaux, de manière que leur « tête venait jusqu'à la botte du cavalier; ils croyaient alors (( faire des merveilles et être fort habiles, et réellement ils « passaient pour tels dans le public. C'est pourquoi je ((. remarque que la pluralité des suffrages n'est pas toujours (c la marque la plus certaine de la capacité de ceux en (( faveur de qui l'on se déclare, pusqu'il se trouve dans
IMP. BECQUET * PAPIS .
de la Guermière
TRAITE D EQUITATION. XLV
« toutes sortes d'arts plus d'ignorants que d'habiles
« gens. »
La Guérinière partage en cela l'opinion de Gaspard Saulnier ; laissons-le parler :
(( Je regrette que les grands maîtres, tels que les
(( Duplessis et les de la Valée ', qui firent tant de bruit
(( dans les temps heureux de la cavalerie, ne nous aient
(( point laissé de règles pour nous conduire dans ce qu'ils
(( avaient acquis par une application sans relâche et
(( d'heureuses dispositions. Je déplore cette disette de
« principes qui fait que les élèves ne sont point en état de
« discerner les défauts d'avec les perfections, et n'ont
(( d'autres ressources que l'imitation. Les uns, voulant
(( imiter ceux qui cherchent à tirer parti d'un cheval et de
(( tout le brillant dont il est capable, tombent dans le défaut
(( d'avoir la main et les jambes dans un continuel
(( mouvement, ce qui est contraire k la grâce du cavalier,
(( donne une fausse posture au cheval, lui falsifie la bouche
(( et le rend incertain dans les jambes. Les autres s'étu-
« dient à rechercher une précision et une justesse qu'ils
(( voient pratiquer à ceux qui ont la subtilité de choisir
(( parmi un nombre de chevaux ceux auquels la nature a
« donné une bouche excellente, les hanches solides, et des
« ressorts unis et liants, qualités qui ne se trouvent que
(( dans un petit nombre de chevaux. Cela fait, que les
(( imitateurs de justesses si recherchées amortissent le
' Écuycr de Louis XIV.
XLYI TRAITE D EQUITATION.
(( courage d'un brave cheval, et lui otent toute la gentil- (( lesse que la nature lui avait donnée.
(( D'autres enfin, entraînés par le prétendu bon goût du (( public, dont les décisions ne sont pas toujours des (( oracles, et contre lequel la timide vérité n'ose se révolter, « se trouvent, après un travail long et assidu, n'avoir pour « tout mérite que la flatteuse et chimérique satisfaction de (( se croire plus habiles que les autres. »
La Guérinière, dans son Traité d'équitation, tout en s'étayant des principes de de la Broue, de Pluvinel, de Newcastle, élague de leur école ce qu'il croit inutile à la sienne. S'il conserve encore des allures trides et relevées, il simplifie beaucoup néanmoins le travail des anciens maîtres. L'ordre qu'il introduit dans les reprises de manège est plus rationnel, plus en rapport avec ce que l'on doit exiger du cheval dans l'usage habituel. Les principes qu'il offre sont basés sur la raison ; il ne pense pas que tous les chevaux puissent être soumis au même travail, qu'ils puissent tous être dressés dans le même laps de temps. Les exigences sont basées sur leurs moyens et sur leurs forces.
Les courbettes, les voltes doublées, les sarabandes, les terre-a-terre, et tous ces airs qui ne peuvent s'obtenir qu'en possédant les chevaux d'une façon extrême, et qui nécessitaient, pour entretenir l'action, l'emploi continuel de l'éperon, ayant fait place à un travail plus simple, les moyens pouvant servir a pousser l'assouplissement du cheval à son extrême degré, qu'employait généralement
TRAITÉ D EQUITATION. LXVII
l'équitation de Newcastle et de Pluvinel, ne fuient plus mis en usage par la Guérinière que dans l'exception.
La Guérinière, comprenant très bien qu'un cheval ne peut être dressé que lorsqu'il est dans la main et dans les jambes, ce résultat ne pouvant s'obtenir que par l'assouplissement de l'encolure, la connaissance parfaite des jambes et du pincer de l'éperon, usa de ces mêmes moyens pour soumettre les chevaux à l'obéissance. Son travail
De la Guérinière.
Travail de l'épaule en dedans.
favori, après avoir arrondi le jeune cheval à la longe, après l'avoir mis assez en confiance, et après avoir assez avancé son éducation pour lui mettre le mors, est de faire exécuter le travail de l'épaule en dedans.
(( Cette leçon, dit-il, produit tant de bons effets à la (( fois, que je la regarde comme la première et la dernière
XLYIII TRAITÉ d'ÉQUITATION
(( de toutes celles qu'on peut donner au cheval, pour lui (( laire prendre une entière souplesse et une entière liberté (( dans toutes ses parties. Gela est si vrai, qu'un cheval a qui aura été assoupli suivant ce principe, et gâté après (( à l'école ou par quelque ignorant, si un homme de (( cheval le remet pendant quelques jours à cette leçon, il (( le trouvera aussi souple et aussi aisé qu'auparavant. (( Cette leçon assouplit les épaules ; peu à peu le cheval se (( mettra sur les hanches, se disposera h fuir les talons, et « lui donnera un bon appui de la main. »
Tout le travail de la Guérinière est pour arriver à l'assouplissement de lavant-main et de l'arrière-main ; seulement, il exigeait moins, parce qu'il voulait moins obtenir.
Il conseille encore de varier les assouplissements de l'encolure en raison de la construction du cheval : « G'est « le pli qu'on lui donne en maniant qui met le cheval a dans une belle attitude ; mais, prétend-il encore, le pli (( est expliqué différemment par les habiles maîtres. Les (( uns veulent qu'un cheval soit simplement plié en arc, (( qu'il n'ait qu'un demi-pli, dans lequel le cheval regarde « seulement d'un œil, dans le cercle de la volte ; les autres (( veulent qu'il fasse le demi-cercle, c'est-à-dire qu'il (( regarde presque des deux yeux en dedans de la ligne. Il (( faut convenir que dans l'un et l'autre pli le cheval a de (( la grâce; mais, selon moi, le pli en arc, qui n'est qu'un « demi-pli, ne contraint pas tant le cheval, et le tient plus (( relevé du devant que dans celui oi^i il est plus plié ; et
TRAITÉ d'ÉQUITATION. XLIX
« dans cette dernière posture la plupart des chevaux sont « encapuchonnés, c'est-à-dire baissent trop le nez et (( courbent l'encolure. »
Cette leçon de la Guérinière est pleine de raison : c'est au cavalier à savoir discerner le point où doit être poussé l'assouplissement que l'on doit nécessairement varier en raison de la nature des chevaux, de leur force, de l'emploi auquel on les destine, loin de les assouplir et de les rompre tous indistinctement et de la même manière. Si le grand pli, dont parle la Guérinière et qui tend a encapu— chonner, peut être employé utilement sur un cheval raide d'encolure et portant au vent, qu'adviendra-t-il si l'on use du même assouplissement sur un cheval ayant le défaut de s'encapuchonner ? On ne pourra nécessairement amener qu'un résultat déplorable.
Les variations inévitables dans l'explication des principes ne peuvent être jugées que par des hommes déjà assez exercés pour avoir le sentiment du cheval ; vouloir faire, avec des recettes invariables, un dresseur de chevaux du premier individu venu est une chimère que l'on ne peut accepter.
On a reproché à la Guérinière de n'avoir pas donné une assez longue explication du pincer délicat de l'éperon. Il me semble que sur ce point, comme sur les autres, il a été assez explicite. Du reste, était-il nécessaire qu'il s'étendît bien au long sur cette matière. Grison, Newcastle, Pluvinel, tous les auteurs avant lui en avaient parlé : tout homme de cheval, à l'époque de la Guérinière comme
L TRAITÉ d'ÉQUITATION.
depuis, on connaissait parfaitement l'explication. Il faudrait alors reprocher à la Guérinière de n'avoir su prévoir Toubli dans lequel tomberaient les traditions, et la manière dont elles sont interprétées de nos jours.
En régularisant les principes, la Guérinière fit faire à l'art un progrès incontestable. Admirateur de la Broue, de Newcastle, de Pluvinel. il les prit pour modèles. Pratiquant un travail qui tendait beaucoup à assouplir les hanches et les épaules, il conservait à la bouche une légèreté extrême, et ne considérait un cheval ajusté que lorsque, fidèle a l'action des jambes, k l'attaque ou au pincé de l'éperon, il se dirigeait et se maintenait placé du devant par la simple pesanteur des rênes.
L'école des d'Abzac, tout en suivant les préceptes de la Guérinière, dégagea complètement 1 équitation de toutes ces superfluités, de toutes ces inutilités en vogue du temps de Pluvinel, et que la Guérinière avait encore trop conservées, bien qu'il les eût cependant modifiées. Les d'Abzac voulaient une équitation moins restreinte et moins assise ; ils pressentaient déjà le changement qui devait un jour s'opérer dans cet art. L'introduction en France des chevaux anglais, montés par les grands seigneurs aux chasses royales, les courses, l'organisation plus large de notre cavalerie commençaient à faire comprendre la nécessité de préparer les chevaux à marcher à des allures plus franches. Le talent de l'écuycr ne consistait plus alors seulement k faire parader, k fatiguer inutilement un cheval pour obtenir des airs relevés, mais bien k calculer ses forces, k
TRAITÉ d'ÉQUITATION. LI
les ménager, et à régulariser ses allures. On ne conservait du tridc que ce qu'il en fallait pour donner au cheval de l'élasticité et du mouvement ; on ne l'assouplissait que pour le rendre liant et le soumettre à la volonté du cavalier.
A côté des d'Abzac marchaient les écuyers militaires, tels que Bohan, d'Auvergne, JVIottin de la Balmc, Melfort. Ces hommes sentaient peut-être plus encore la nécessite des modifications, leur équitation devant s'adresser à l'instruction de nos troupes à cheval.
Dans son Traité de cavalerie, Mottin de la Balme dit : (( Loin de mettre de la science dans l'instruction à cheval « ou de subtiliser l'art, ce qui l'a rendu dangereux et « impraticable, il fallait le simplifier, réduire le travail à « ce que j'explique ci-dessous.
« Loin d'exiger des cavaliers qu'ils fassent passager, (( piaffer ou cheminer des deux pistes leurs chevaux, il « faudra uniquement leur apprendre quatre mouvements « avec lesquels ils pourront exécuter toutes les évolutions « nécessaires à la guerre, etc. Voilà à quoi peut se réduire « ce fantôme d' équitation qui a tant fait désespérer les « cavaliers et extrapasser les chevaux depuis quelques « années. » Cette citation ne scmble-t-elle pas une actualité, ainsi que la note qui va suivre, tirée du même auteur :
« Ce qu'il y a de fâcheux dans tout cela, c'est que le (( nombre des ignares est plus grand que celui des juges u compétents ; de là, la permanence des erreurs. »
En 1789, l'équitation civile et militaire, suivant la
LU TRAITÉ d'ÉQUITATION.
marche simple et progressive dont je viens de parler, servait de type à toutes les écoles de l'Europe *.
Quand la Révolution arriva, elle reçut une cruelle atteinte ; de tous les arts, l'équitation devait avoir le plus à souffrir. Son sanctuaire, à Versailles, soutenu par la munificence royale, disparut avec la royauté. Les autres écoles tombèrent également, et tous nos écuyers s'exilèrent, ou trouvèrent un refuge dans les camps.
Lorsque, a la suite d'une longue anarchie, la France, devenue militaire, sentit la nécessité d'organiser sa cavalerie, elle rétablit une école. Versailles fut destiné à faire l'instruction de nos troupes à cheval. Ce n'était plus ce manège académique des tenaps passés, chargé de conserver les vieilles traditions en développant le progrès ; il ne s'agissait plus alors que de former à la hâte des instructeurs pour nos régiments.
Coupé, Jardin, Gervais et quelques autres débris du manège de Versailles furent mis à la tête de cette nouvelle institution ; étant pour la plupart anciens piqueurs des écuries du roi, on leur confia néanmoins l'instruction de cette école ; on ne redouta point l'insubordination, persuadé que l'on était alors que des hommes spéciaux, ayant fait d'un art l'étude de toute leur vie, offraient pour bien instruire de bonnes garanties.
* Aûn d'éviter les longueurs, j'ai omis de citer Leaucoup de noms célèbres, qui tous avaient fait faire un grand pas à l'équitation. J'ai cherché autant que possible à ne pas entrer dans de nouvelles citations ne pouvant servir qu'à fatiguer le lecteur.
TRAITE D'EQUITATION. LUI
En raison de la promptitude avec laquelle il devint nécessaire de former des officiers, Coupé et Jardin, tout imbus qu'ils étaient des principes de la Guérinière et de d'Abzac, furent en quelque sorte les chefs d'une nouvelle école que l'on peut appeler, avec raison, école de circon-
Piqueur du temps de l'Empire.
stance. Deux générations étant en présence, l'une n'ayant pas appris, l'autre n'ayant pas le temps d'apprendre, il devenait difficile de pousser très loin l'éducation des hommes et des chevaux. Dans beaucoup de circonstances, un cheval bien ajusté eût été un inconvénient, un danger, au lieu d'être un avantage.
Jardin et Coupé, comme tous les hommes de cheval, savaient fort bien que, plus on laisse un cheval libre et plus on modère les exigences, moins on provoque de sottises. L'emploi des mains et des jambes, très utile quand on doit
LIV TRAITÉ d'ÉQUITATION.
s'en servir pour accorder un cheval, le rassembler, le posséder, sont autant de moyens dangereux avec ceux qui peuvent en ignorer les effets.
L'équitation de cette époque consistait donc, à peu d'exceptions près, à laisser marcher les chevaux librement \ Une fois assuré sur la selle, le cavalier apprenait souvent, autant par instinct que par préceptes, la manière de conduire son cheval ; fermant ses jambes pour le faire marcher, tirant la bride pour l'arrêter ou diminuer sa vitesse, il laissait flotter les rênes quand il allait à peu près selon son désir. Le fond de presque toutes les leçons données à cette époque était de dire : arrêtez et rendez ; il s'agissait simplement d'arrêter a temps et de rendre k propos. N'ayant ni le temps ni la faculté d'assouplir les chevaux, de leur gagner les hanches, abandonnés en quelque sorte }\ eux-mêmes, les cavaliers restaient d'aplomb tant bien que mal, mais prenant toujours en tout état de cause la position le plus en rapport avec leur nature. C'est avec une équitation aussi peu savante, dans laquelle souvent l'instinct faisait tous les frais, que nos armées firent le tour do l'Europe,
' Les personnes d'un certain cage pourront se rappeler encore la tenue à cheval des anciens piqueurs ayant passé du service de Napoléon à celui de Louis XVIII, qui, pour donner plus de flottant aux rênes de la bride, les tenaient au bouton, ayant la main très en l'air, les coudes écartés outre mesure, et les laissaient aller à tous les mouvements du cheval. On comprendra qu'avec une pareille position, il n'était pas aisé d'avoir la main fixe. Du reste, cette fixité de la main n'était nullement appréciée à cette époque ; qunnd on voulait désigner un cheval dressé, on disait qu'il était mis au bouton.
TRAITÉ D'ÉQUTTATION. LV
Si Napoléon avait su faire des prodiges avec une cavalerie oii les hommes de cheval étaient en si petit nombre, il reconnut cependant la nécessité, pour l'avenir, de faire pratiquer de bonne heure l'équitation h la jeunesse.
Cavalier du temps de l'Empire.
En même temps qu'il réorganisa les haras pour assurer des remontes à sa cavalerie, il fonda et subventionna des écoles d'équitation. Le manège des pages, l'école de Saint- Germain, le manège subventionné de Paris furent autant d'établissements où les jeunes gens de l'Empire pouvaient venir chercher des préceptes.
Ces divers manèges, quoique dirigés par des hommes capables, n'amenèrent pas. tout en produisant quelque bien, les résultats désirables. Songeant plus îi la guerre qu'à l'équitation. les élèves n'aspiraient qu'au moment de
LVI TRAITÉ d'ÉQUITATION.
quitter les écoles ; et lorsqu'une fois ils étaient arrivés à l'armée, les mauvaises habitudes, mises généralement en pratique, venaient remplacer l'application de bonnes leçons.
Officier du temps de l'Empire.
Quand les masses font mal, le respect humain commande de les imiter, dans la crainte d'être ridicule en faisant bien.
Lorsque la Restauration arriva, quand la paix promettait d'être durable, la jeunesse, cherchant a se donner un air martial, copiait tout ce qui était mihtaire. Nos officiers ayant contracté l'habitude de mener leurs chevaux les rênes flottantes, tous les jeunes gens trouvèrent de fort bon ton d'avoir à cheval les jambes en avant outre mesure et de mener les chevaux à l'abandon.
La mode adoptant en même temps l'équipement anglais,
TRAITÉ d'ÉQUITATION. LVIl
ceux qui sur des selles anglaises pouvaient plus facilement prendre cette posture ridicule, incommode et contraire à toute espèce de principes, prétendaient monter à l'anglaise; et comme il était de très bon ton encore de copier tout ce que l'on croyait anglais, cette équitation. très peu anglaise, prévalut pendant toute la Restauration.
Cependant, bien des raisons pouvaient faire croire au rétablissement de la bonne équitation. L'école d'instruction des troupes à cheval, transférée à Saumur, avait pour chef de manège M. de Ghabannes, écuyer de l'ancienne roche, ayant toutes les capacités voulues pour régénérer notre cavalerie. On le trouva trop savant, sans doute, car sa présence a Saumur ne fut qu'éphémère. Dans son désir du bien, n'ayant pu marcher d'accord avec l'autorité militaire, il se retira : les regrets et les souvenirs qu'il a laissés en quittant l'école, les conseils judicieux qu'il donnait encore dans sa retraite à ses anciens élèves ', témoignent du bien qu'il aurait pu faire s'il eût conservé la direction du manège de Saumur.
Versailles rendue à son ancienne destination, les deux d'Abzac. dépositaires de nos vieilles et saines traditions équestres, reprirent la direction du manège du roi.
La France possédait donc tous les moyens de donner à l'équitation des racines durables. Gomment quelques années ont-elles sullî pour faire retomber encore une fois
' M. de Chabannos se retira aux environs de Saumur; il recevait journellement la visite de jeunes officiers, venant réclamer en cachette les avis de leur ancien professeur.
LYIII TRAITÉ d'ÉQUITATION .
dans l'oubli ces préceptes pratiqués pendant les quinze ans de la Restauration ? C'est ce que je vais essayer d'expliquer.
Le manège du roi, pendant les six premières années de sa réorganisation, malgré un matériel considérable en chevaux capable de former plus de cent personnes, avait simplement pour élèves les gens du service des écuries, destinés à être un jour piqueurs ou sous-piqueurs. Quelques jeunes gens de famille, aptes à devenir élèvesécuyers ou écuyers, quatre gardes du corps envoyés par les compagnies pour faire des instructeurs, et enfin un très petit nombre d'élèves privilégiés, apprenant pour eux, mais non pour transmettre aux autres.
Le tort de la Restauration, sans nul doute, après avoir fait les frais d'une aussi grande organisation, est de n'avoir pas formé à Versailles une pépinière de sujets étrangers au service des écuries, pouvant, une fois leur éducation achevée, aller porter ailleurs les principes qu'ils auraient reçus. Cette organisation n'a pas eu lieu, et, comme je viens de le dire, c'est une faute.
Mais néanmoins, l'école aurait pu rendre de très grands services, si le désir d'apprendre eût été réel, pendant les six années dont je parle; il suffisait de la moindre protection pour être admis comme élève, et la plupart des officiers en garnison à Versailles eussent été reçus au manège s'ils en avaient témoigné le désir.
Il faut se rappeler les idées, les usages, la mode de cette époque, pour expliquer comment la jeunesse d'alors n'a
M. lo vicomte rl'Abzac
TRAITE D EQUITATION. LXI
pas su profiter des avantages qui s'offraient à elle pour s'instruire.
Les raisons que je vais donner paraîtront futiles, et pourtant elles sont vraies.
Les MM. d'Abzac voulaient en commençant un élève, pour le placer et le fixer à cheval, qu'il fût mis en selle à piquet ; ils voulaient une coiffure qui tînt sur la tète, et préféraient pour cela le chapeau à trois cornes du temps de Louis XVI, comme le portait du reste Napoléon, à cette espèce de pyramide en feutre, coiffée de travers et la pointe en avant, comme les portaient les tapageurs de l'Empire; ils préféraient en outre la botte k l'écuyère et la culotte un peu juste, au charivari, au pantalon large et k la boUo forte ; ils donnaient encore la préférence k l'éperon court sur l'éperon d'une longueur démesurée.
Ce furent des exigences aussi raisonnables de la part de MM. d'Abzac qui contribuèrent le plus k éloigner de leur école \ Monter sur une selle fermée, était une humiliation ; porter un chapeau dit k la voltigeur de Louis XIV, était un ridicule: et puis, comment les vieillards portant de la poudre pouvaient-ils enseigner quelque chose ?
Si la création des pages du roi, en 1820, donna plus d'importance au manège de Versailles, les résultats qui en découlèrent pour l'art furent presque nuls. Les pages, pris dans les grandes familles de France, formaient une iiisli-
' Je pourrais nommer des ofllciers désignés par leurs chefs pour venir au manège de Versailles, et qui refusèrent d'y entrer pour cette seule raison.
LXII TRAITÉ d'ÉQUITATION.
tution militaire destinée à fournir des officiers de cavalerie k l'armée. Ayant presque tous un grand avenir de fortune, ils n'acceptaient l'équitation que comme un art d'agrément, simplement utile pour eux; et, par conséquent, leur instruction équestre ne pouvait être que fort secondaire et fort imparfaite. Obligés qu'ils étaient de suivre des cours de toute nature, le temps qu'ils donnaient à l'équitation était très limité, car ils ne montaient à cheval que trois lois par semaine et la leçon que chaque élève devait recevoir n'avait pas plus de vingt à vingt-cinq minutes de durée.
Le calcul avait été fait, que, dans le courant d'une année, en raison des fêtes et des services, un page ne montait pas plus de soixante-dix heures à cheval. Ils acquéraient néanmoins une excellente posture et un si bon fonds de principes, qu'aujourd'hui encore, des hommes de Paris que l'on cite comme montant le mieux k cheval sortent de cette école.
L'école de Versailles ne pouvait donner que ce qu'on lui demandait. A l'égard des pages, elle ne pouvait que les acheminer k faire un jour d'élégants cavaliers ; quant a l'instruction des piqueurs pour dresser les chevaux de service des écuries, elle a produit des hommes aussi capables que possible. Les preuves en existent encore k Paris ' ; ce ne sont pas des écrivains capables d'entamer
' Bellanger, Uoutard, Ernest, etc., etc., sont des hommes ayant fait leurs preuves.
TRAITE DEQUITATION. LXIII
une polémique, ce ne sont pas non plus des hommes aimant à faire du spectacle, k faire danser et pirouetter leurs chevaux en pure perte. Toutes ces jolies choses, bonnes pour amuser le public, étaient mises à l'index dans l'instruction des hommes de Versailles. On tenait k ce qu'ils apprissent k mettre les chevaux dans la main et dans les jambes, k les mener régulièrement et d'aplomb. Tout piqueur qui se serait écarté de cette règle sage, qui se serait avisé de tourmenter, de contorsionner un cheval, de le faire parader et changer de pied inutilement, eût été sévèrement puni.
L'école de Versailles pouvait rendre d'immenses services ; mais, comme je l'ai dit tout k l'heure, organisée k une époque d'indifférence, elle fut méconnue par ceux-là mêmes ayant le plus d'intérêt k la consulter.
Sa réforme, arrivée en i83o, dispersant le peu d'hommes capables qui restaient encore, lit perdre le souvenir des bonnes et saines traditions. L'art une fois banni de Versailles, il devenait matériellement impossible qu'il pût trouver un refuge, et surtout qu'il pût se propager dans l'industrie particulière : il ne restait donc plus que l'école de Saumur dans laquelle il pût se conserver; mais pour cela, il devenait nécessaire d'apporter des modifications dans l'ordonnance de i825. Saumur non seulement devait alors servir k l'instruction de nos officiers de cavalerie, mais encore créer une pépinière d'hommes spéciaux, capables de conserver les traditions. L'organisation de 18^5 ne pouvait point amener ce
LXIV TRAITE D EQUITATION
résultat : en militarisant jusqu'aux écuyers de l'école, en offrant aux officiers le manège comme un marchepied militaire, l'art ne pouvait qu'en souffrir, et c'est ce qui est arrivé.
Ainsi, quoique M. le général Oudinot, en organisant Saumur. se fût entouré d'hommes spéciaux, tels que Cordier et Rousselet, bien qu'il eût fait accepter, comme base d'instruction, les principes de Bohan et de la Guérinière, ces principes se sont insensiblement erronés, et sont assez tombés dans l'oubli pour laisser accepter aujourd'hui, comme innovation, des préceptes outrés et calqués sur l'ancienne équitation. Il ne pouvait en être autrement; car quel que soit le zèle des professeurs, quel que soit le désir d'apprendre des élèves, ces derniers arrivant à vingt ans k Saumur, sans une éducation équestre préliminaire, n'ont pas le temps, pour se former une opinion sur cet art, de faire une étude pratique assez approfondie de l' équitation : ils peuvent tout au plus apprendre à monter à cheval pour eux, mais ne peuvent avoir le temps de travailler un art qui demande de longues études, une longue observation, surtout quand il doit être question de s'occuper du dressage des jeunes chevaux.
En cette circonstance, une longue pratique est préférable a toutes les théories. La pratique laisse toujours un souvenir; les théories, au contraire, s'oublient ou s'interprètent mal. Nous pouvons en acquérir une nouvelle preuve aujourd'hui, car si l'on a été à même de lire Grison, Pluvinel, Newcastle, la Guérinière, Dupaty de Clam.
TRAITE DEQUITATION. LXV
Thiroux. etc., etc., et même le Traité a Equitation de Saamiir, très claireraLent et très parfaitement rédigé, on devrait se souvenir que ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on attaque les chevaux avec l'éperon, pour leur assouplir les jambes et les asseoir ; que ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on leur ploie l'encolure pour les rendre liants, les posséder davantage et les mettre dans la main ; que toutes ces découvertes enfin, connues de temps immémorial, ne peuvent paraître nouvelles qu'à ceux se posant en juges d'une question qu'ils ignorent ou qu'ils n'ont jamais étudiée avec fruit.
A côté de cette equitation de Saumur, qui ne sera jamais qu'imparfaite tant qu'elle n'aura pas des hommes spéciaux et d'expérience pour la représenter, conserver les traditions et marcher avec le progrès, vient se placer une equitation toute de vigueur et d'énergie, peu savante sans doute, mais en rapport avec les goûts de notre époque. Les tournois et les carrousels, où les chevaux venaient parader dans des allures trides et raccourcies, étant remplacés par les courses, les chasses, les steeple-chascs, des principes ne servant qu'à donner de l'incertitude aux chevaux ne pouvaient guère être goûtés de notre jeunesse.
La plupart des professeurs se raidissant contre le changement qui s'opérait, n'ayant modifié dans l'équitation de manège que les airs inutiles, restant néanmoins toujours fidèles aux allures raccourcies, ne démontraient pas les moyens de développer la vitesse, et laissaient les élèves dans cette erreur de croire que de fermer les jambes en
LXVI TRAITÉ d'ÉQUITATION.
rendant la main était le plus sûr moyen de provoquer la rapidité. Perdant d'un côté tout le prestige qu'entraîne après soi l'exécution brillante des anciens airs trides et relevés, n'inspirant d'autre part que peu de confiance à des élèves apprenant par expérience que, pour donner du perçant et développer la vitesse, il faut au contraire donner du soutien a la bouche du cheval, etc., tous les jeunes gens cessèrent dès ce jour d'avoir foi dans le manège, et cherchèrent k voler de leurs propres ailes. Ils se firent en conséquence une équitation k eux. consistant k savoir
Équitation de chasse.
franchir les obstacles, k rendre un cheval perçant, sans s'inquiéter autrement qu'il fût juste ou faux, placé ou non placé, droit ou de travers.
Cette équitation toute naturelle, toute de courage, devenue en vogue, ne demandait qu'k être régularisée par
TRAITÉ d'ÉQUITATION. LXVII
des principes. L'école de Versailles marchait dans cette voie quand elle a été supprimée ; les anciennes traditions, déjà modifiées par d'Abzac, devaient se modifier encore. L'époque, voulant une équitation large, avait besoin, tout en conservant le souvenir des préceptes qui servent a placer le cheval, à régulariser ses allures, à le soumettre enfin à l'obéissance la plus complète, de connaître les moyens qui tendent à provoquer et à maintenir la franchise dans les allures.
N'ayant aucune connaissance du passé, il est facile de comprendre k présent comment notre nouvelle génération, ne montant à cheval que d'inspiration, pouvait croire à la nouveauté des moyens qui servent à placer un cheval, k Tassouplir, k lui gagner les hanches, etc.
Notre jeunesse était en mesure de tout accepter, et nécessairement le plus grand nombre devaient, comme il arrive d'ordinaire, donner la préférence aux choses les moins utiles, mais qui pouvaient le plus flatter les yeux.
L'effet que devait produire un praticien intelligent, faisant exécuter des changements de pieds en l'air, des mouvements quelquefois forcés, quelquefois élégants et gracieux, n'était pas douteux; et comment ne pas accepter avec faveur une théorie vous offrant les moyens de mettre en pratique des préceptes avec lesquels lous les chevaux peuvent acquérir la même énergie et les mêmes qualités, et susceptibles d'exécuter un semblable travail?
Il me suffira, pour combattre ce que peut avoir de fâcheux une semblable croyance, de répéter ici ce que
LXVIII TRAITÉ d'ÉQUITATION
disait la Guérinière k uue époque où il craignait aussi les imitations dangereuses :
c( Il en est qui s'étudient à rechercher une précision, a une justesse qu'ils voient pratiquer à ceux qui ont la « subtilité de choisir parmi un nombre de chevaux ceux « auxquels la nature a donné une bouche excellente, les (( hanches solides, et des ressorts assis et liants qualités « qui ne se trouvent que dans un très petit nombre de « chevaux; cela fait que ces imitateurs de justesse si « recherchée amortissent le courage d'un brave cheval, et « lui ôtent toute la gentillesse que la nature lui avait « donnée. »
Notre époque devait être assez avancée pour ne pas croire aux nouvelles panacées, et cependant; il y a quelques années un M. Segundo se présentait avec un moyen infaillible de réduire, de posséder et de diriger tous les chevaux. On devenait d'après lui un cavalier accompli en achetant la collection des mors dont il était l'inventeur ; il eut aussi son moment de prestige ; mais les accidents qui arrivèrent donnèrent la preuve qu'il fallait autre chose pour faire un homme de cheval. Il en sera de même, je crois, des procédés que l'on a voulu mettre aujourd'hui en vigueur pour le dressage des chevaux.
Cette pensée appartient presque entièrement à l'ancienne équitation : voulant réduire les chevaux à travailler dans de très petits espaces, on a forcé les moyens ; aussi est-ce pour cela qu'ils ne peuvent, k de rares exceptions près, s'appli(juer avec succès k des chevaux destinés aux exer-
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cices du dehors. Le progrès n'est pas dans 1 application des moyens qui tendent k réduire le cheval, à l'asseoir, à le captiver, de façon à provoquer des mouvements factices. Il est nécessaire, au contraire, d'établir aujourd'hui des principes pouvant amener un élève à tirer parti d'un cheval, comme l'exigent le goût et le besoin de notre époque.
Les préceptes de notre ancienne équitation nous sont toujours nécessaires, sans nul doute : ils doivent être seulement plus ou moins modifiés en raison de l'emploi auquel on veut astreindre le cheval, comme en raison de l'espèce à laquelle on s'adresse.
L'art, en se généralisant, doit se simplifier ; il ne doit plus consister à provoquer des allures élevées, des mouvements forcés, servant tout simplement à faire valoir l'adresse et la patience de l'écuyer. Il doit être, au contraire, appliqué de nos jours a régulariser les allures, k posséder le cheval, tout en lui laissant son énergie naturelle, et l'aidant k développer presque de lui-même les qualités qui lui sont propres.
Toute autre équitation, très bonne peut-être pour les personnes qui veulent faire du spectacle, ne peut trouver une application utile dans nos usages habituels.
TRAITE D'EOUITATION
TRAITÉ DÉQUITATION