‹ Traité d'escrime, à pied et à chevalChapitre 4 sur 5 · CG · texte numérisé non relu

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et le corps tombant en avant ôte à l’avant-bras la liberté d’agir librement.

Pour que l’homme puisse se déployer promptement et avec légèreté , et diriger scs coups avec adresse , il faut toujours qu’il soit d’aplomb sur ses hanches, que les ressorts de son individu jouent avec souplesse et rapidité les uns après les autres , et produisent un mouvement aussi prompt que 1 éclair : il doit commencer par le talon gauche , le jarret et la hanche ; le bras gauche formant balancier descend , et chasse en avant l’épaule droite et le bras droit; la saignée sc déploie plus ou moins, l’avant-bras dirige le poignet, qui , par le serrement des doigts sur la poignée de l’arme , en conduit la pointe au corps de l’adversaire , en meme temps que le pied droit , emporté par 1 inclination du corps , se porte en avant pour le soutenir. C’est encore par la partie gauche que doit commencer 1 action du relèvement en garde, que la partie droite doit exécuter la dernière, et par suite de la cohérence des parties de gauche , qui, entraînant le corps en arrière , aident la jambe droite à se relever.

C’est ainsi que l'élève, connaissant l’avantage d’un mouvement fait d’une manière plutôt que d une autre , s’attachera à le pratiquer ainsi, et y parviendra , par la raison qu’on fait beaucoup mieux ce qu’on comprend bien.

Résumant donc les qualités essentielles qui doivent distinguer celui qui a acquis une grande habileté sous les armes , nous trouverons qu’elles sont le véritable honneur , qui nous met à même de discerner les occasions où nous devons employer notre talent , le coup-

d’œil, le jugement, la vitesse , la prc'cision et le sentiment de l’épée, si utile dans un assaut ou dans une affaire sérieuse, et la prudence , qui nous engage à ne pas compter tellement sur notre adresse , que nous nous croyions invincibles.

Nous ne parlons pas de la bravoure ni de la générosité' envers un adversaire malheureux ; ces vertus sont naturelles aux Français, et nous n’écrivons que pour ceux qui savent concilier l’honneur des armes avec le repos et l’intérêt de la société dont ils deviennent l’appui en s’opposant a ces querelleurs audacieux qui , fiers de leur adresse , insultent toujours ceux qu’ils croient moins habiles qu’eux , et devraient être repoussés par leurs compatriotes , pour (aire de leurs armes et de leur talent un autre usage que celui que prescrivent les lois, l’honneur et la sûreté de leur patrie.

Règles a observer dans une Salle d' Armes.

Comme chaque maître établit , selon ses idées ou ses connaissances , qui sont plus ou moins étendues , les règles d’honnêteté et d’égards que l’on se doit réciproquement , pour plus d’uniformité , nous allons donner celles que l’on doit observer dans une académie d’armes :

i° L’on ne doit point jurer dans la salle ;

20 On n'y chante point de chansons indécentes ;

3° On n’y plaisante point, attendu que les suites en

sont ordinairement fâcheuses, et que cela peut troubler l’ordre et les personnes qui prennent leçon ;

4° Ne point railler personne sur le fait des armes ;

5° Ne point tirer l'épée dans la salle ;

6° Ne point faire des armes l’epce au côté ;

7° Ne point faire des armes sans ctre ganté ;

8° Ne point troubler ceux qui font des armes ;

9° En tirant, ne point redresser le fleuret en appuyant le bouton à terre ;

io° Ne point faire des armes lorsque l’on se sent pris de vin ;

1 1° Ne point boire ni fumer dans la salle ;

i2° Faire politesse aux étrangers qui se présentent honnêtement, leur offrir des fleurets d’après l’agrément du maître , et faire des armes avec eux s’ils le désirent ;

i3° Les fleurets cassés sont pour le compte des personnes de la salle qui les auront présentés aux étrangers pour faire assaut ;

i4° Les fleurets qui sont cassés par les écoliers d’une même salle, seront payés par celui entre les mains duquel le tronçon sera resté ;

i5° Lorsqu’en faisant des armes on fait tomber le fleuret de son adversaire , il faut le ramasser promptement et le lui remettre avec politesse ;

i6° Ne point taire des armes sans avoir un masque sur la figure ; dans le cas contraire , il faut éviter de tirer haut, de crainte de se donner des coups de bouton dans les yeux. Si par malheur on frappait au visage , celui qui donne le coup doit faire des excuses à l’autre ;

i y® Les écoliers reçoivent leçon les jours ouvrables ; les fêtes et dimanches la salle doit être fermée *,

i8° L’écolier doit payer les fleurets qui se cassent lorsqu’il s’exerce contre le maître ou le prévôt de la salle.

Observations sur l'escrime que Von pourrait pratiquer a cheval.

Les principes de l’escrime à pied peuvent se mettre en pratique à cheval. On peut faire tous les mouvemens d’épée , les feintes et les parades ; mais le cavalier a un sabre qui pèse trois fois autant qu’une épée. Il convient donc de l’accoutumer insensiblement à manier une arme qui ait le même poids que celle avec laquelle il doit combattre.

La forte épée dont notre grosse cavalerie est armée actuellement, est la même dont se servaient les anciens.

En Allemagne , et surtout aux académies de Gottingen , les jeunes gens qui se destinent à l’art militaire , apprennent l’escrime de la pointe avec le fleuret ; ensuite ils mettent les mêmes principes en pratique avec des épe'es et des sabres mouchetés. Le poignet , de cette manière , s'accoutume à manier une arme qui a le même poids que le sabre.

Autrefois, en France, on enseignait l’espadon avec de grands bâtons de cornouiller, qui avaient le même poids que le sabre ; ce% bâtons étaient montés snr desr

paniers pour garantir le poignet; cette leçon avait l’avantage de le fortifier , et d’accoutumer le cavalier à manier son sabre. Ce défaut d’habitude est un grand vice dans la manière d’enseigner l’escrime à la cavalerie.

11 faut , pour y remédier, lorsque l’homme connaît sa position, ses parades, ses teintes, qu’il sait marcher, rompre, attaquer et opposer, qu’il soit exercé à manier un sabre moucheté, ou un bâton de la'lon-^ gueur et pesanteur d’un sabre ; que celle leçon lui soit donnée à cheval , et que de pareils sabres courbes ou bâtons soient laits pour les troupes légères.

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