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PRINCIPES DU MANIEMENT DU SABRE

Mis en usage dans plusieurs régimens de cavalerie , extrait d’un Manuel imprimé à Hambourg en 1812.

On placera les hommes sur une ligne ayant un intervalle de trois pas entre chaque cavalier, tenant dans la main gauche un sabre de bois , comme il est dit plus haüt , de la longueur et du même poids que celui d’ordonnance , la lame touchant la cuisse , la main gauche àhauteuret appuyée à la hanche gauche, la main droite sur le côté.

On commandera : Sabre a la main. Deux temps.

Ier. Saisir de la main droite le sabre à la poignce , le tirer de la main gauche d’environ six pouces.

2e. Tirer vivement le sabre en faisant passer la lame le long du bras gauche ; appuyer le dos de la lame au défaut de l’épaule droite, le poignet sur le haut de la cuisse droite , le coude en arrière.

On commandera ensuite : Haut le sabre , position du premier rang. Deux mouvemens.

ier. Elever l’arme perpendiculairement , le poignet à hauteur de l’épaule, tourner la main en tierce , le taillant à droite. Le plat de la lame en avant.

2e. Retirer l’épaule droite en arrière; baisser la lame, le bras demi-tendu, toujours la main en tieice. La pointe plus basse que le poignet. L’instructeur commandera ensuite : Pointer en avant.

A ce commandement, les cavaliers allongeront vivement le bras de toute sa longueur , et donneront successivement avec lorce , deux coups de pointe en avant.

Les deux coups de pointe portés , les hommes reviendront à la position de haut le sabre, position qui met à même de parer et de riposter. Après avoir lait exécuter plusieurs lois ce mouvement, on leur commandera de pointer à droite en suivant les mêmes principes, dirigeant la pointe du sabre à droite. Ils donneront deux coups de pointe, ensuite reviendront à la position de haut le sabre.

On commandera ensuite : Pointer a gauche.

Les hommes porteront la pointe de la lame à gauche , allongeront le bras et donneront deux coups de pointe. De cette position , on fera porter la pointe du sabre

en l'air et à gauche, le poignet à hauteur et près de 1 épaulé gauche pour donner le coup de revers. On commandera: Coup de revers.

Déployer avec lorce le bras de toute sa longueur , horizontalement de gauche à droite. Après avoir donné ce coup de revers , revenir promptement à la position de haut le sabre.

Ayant fait haut le sabre , on leur apprendra à parer le coup de tête; ils élèveront le sabre le bras demitendu , le poignet un peu au-dessus de la tête, le tranchant de la lame en l’air, la pointe un peu en arrière et plus élevée que le poignet d’environ un pied. — Après avoir paré , ils reviendront à laposition de haut le sabre , et donneront un coup de pointe. Après avoir paré et riposte, donner le coup de revers; il faut toujours revenir a la position de haut le sabre , qui est la plus avantageuse pour attaquer et se défendre.

Lorsque les hommes sauront bien exécuter ces mouvemens les uns après les autres, on leur fera exécuter successivement un commandement, pointer en avant , a droite, à gauche, le coup de revers.

Et pour donner de là souplesse au poignet , on leur fera exécuter le moulinet.

On commandera : Moulinet.

Les cavaliers porteront le sabre à la position de la parade de la tête , leront tourner le sabre en arrière , en avant et sur les côtés, en élevant le poignet, baissant la pointe, le dos de la lame rasant les épaules , revenant toujours à la parade, donnant successivement des coups de pointe et des coups de revers. Ce mouvement n’a d’autre avantage que d’assouplir les bras

des hommes et leur donner plus de dextérité pour parer et riposter. Devant l’ennemi, il sert a donner un peu d’assurance aux militaires isolés lorsqu’ils se trouvent mêlés avec des tirailleurs ennemis ; mais il ne doit jamais être fait en ligne.

Lorsque des cavaliers devront combattre des lanciers , ils porteront le sabre vis-à-vis le milieu du corps , presque perpendiculairement ; la main de quarte , le poignet droit au-dessus du gauche. Les cavaliers pareront quarte en arrondissant le poignet, les ongles en dessus pour les coups de lance qui seraient portés dans les armes, c’est-à-dire à la gauche du bras droit, et tierce en tournant les ongles en dessous pour les coups de lance portés sur les armes à droite du poignet droit. — Après avoir paré et détourné ainsi la pointe de la lance ; ils reviendront à la position de haut le sabre , pour donner un coup de pointe avec d’autant plus d’avantage qu’une fois arrivé corps à corps avec un lancier , son arme ne fait que l’embarrasser étant serré de près , ayant surtout le soin de le laisser à droite. C’est un homme mort ou vaincu.

Pour parer la baïonnette à droite, il faut prendre la position de haut le sabre , baisser le poignet , la main de tierce ; la pointe du sabre en bas , tâcher de relever le coup ou le baisser en frappant dessus , donner un coup de pointe dans la poitrine du fantassin. Pour parer la baïonnette à gauche , prendre la position de haut les armes, baisser la pointe du sabre, la main de tierce, relever le coup et donner un coup de pointe.

Un cavalier démonté dans une alfaire , connaissant bien ses parades , et qui ne perd pas la tête , peut faire

encore beaucoup de mal à l’ennemi : tenant son sabre de la main droite , delà main gauche il pare avec le fourreau les coups qui lui sont portés. Il frappe sur les jarrets des chevaux, sur la main de la bride des cavaliers , ayant soin gagner toujours la gauche de de son adversaire , il lui donne en passant un coup de pointe dans le bas-ventre , ou un coup de sabre sur le jarret du cheval. L’honneur soutient le courage des braves : tranquille dans les plus grands dangers , son sang-froid double son adresse ; s’il succombe, c’est toujours avec honneur, lorsqu’il est intimement persuadé qu’il a rempli ses devoirs en faisant le plus de mal possible aux ennemis de l’Etat.

Les mouvemens du cheval obligeant le cavalier à changer ses coups et ses parades, il serait absurde d’établir d’autres règles et des principes d’escrime praticables dans ce cas. Il suffit de se familiariser av.ee ses armes, d’être lerme à cheval, le poignet devant soi ; attaquer le premier, porter beaucoup de coups de pointe et peu de coups de sabre , c’est le moyen de n’être jamais blessé ou rarement, et de combattre avec avantage.

Pour acquérir cette assurance , si nécessaire à la guerre, il faut beaucoup pratiquer la sixième leçon, tourner son cheval à droite et à gauche , pointer et sabrer des têtes.

Les troupes légères, qui ont des sabres courbes, peuvent se servir de bâtons de cornouiller plus courts et plus gros, ou de sabres mouchetés. Plus le bâton est gros, et moins de mal il fait lorsque l’homme en est louché. Au surplus, pour prendre la leçon à cheval, on pourrait se couvrir d’un casque, mettre des

masques , gants et plastrons , ou corsets de toile rembourrés avec du foin.

On peut également porter des coups de pointe avec un sabre de hussard, en plaçant le sabre dans la main droite , de manière que le tranchant soit en l’air; dans cette position , on peut parer de la pointe ou du fort de la lame , et avoir la pointe au corps : un coup de pointe donné de cette manière , est très-dangereux ; une fois que la pointe a dépassé la saignée du bras , toute parade devient inutile ; l’ennemi est frappé s’il ne rompt lestement la mesure (i).

(i) Les Turcs sabrent très-bien , parce qu’ils s’exercent continuellement à faire usage de leurs armes. Lorsqu’ils sont parvenus à connaître toutes les parades , on leur donne la leçon cies courses de tête et du schall.

Cette dernière leçon se donne avec beaucoup d ostentatior. On suspend à un arbre, ou à un poteau, un schall de mousseline plié en deux et mouillé. Le Mameluck arrive au galop, passe près du schall; il lui donne un coup de sabre en tirant le poignet lui; il doit le couper en deux sans le toucher avec la main, et sans que le schall fasse un trop grand mouvement. On pourrait observer que cela tient à la qualité de la lame; quelques personnes pensent ainsi ; mais je crois que l’instruction et 1 adresse y entrent pour beaucoup.

On a vu des Mamelucks couper des têtes de petits buffles d un seul coup de sabre ; et des Français , qui se croyaient trèsadroits, ne pouvoir, avec les mêmes sabres , les couper en trois coups.

On a vu également un Turc, chargé de couper la tête à dixèept Arabes qui avaient volé des armes à l’armée française , donner un coup à faux sur la première tête , qui lui fit casser son sabre. Comme cet accident pouvait lui faire perdre sa place , et l’exposait en outre à une punition rigoureuse, ce Turc prit le

S’il est reconnu en principe que l’escrime est aussi nécessaire à la cavalerie que le maniement des armes à 1 infanterie, parce que la cavalerie se bat continuellement avec le sabre, et se sert rarement de ses armes à leu, elle ne peut donc combattre avec succès si elle n’a pas la grande habitude de manier son sabre, d’être familiarisée avec cette arme , qui n’est dangereuse que dans la main de celui qui sait s’en servir.

Ce n est pas l’étude d’un jour ; il faut que le cavalier , qui doit combattre corps à corps , partage son attention entre l’escrime et l’équitation, qui doit seconder les mouvemens du sabre. C’est cet accord parlait qui lui donne la lacilité de se défendre. Le cavalier qui ne sait pas conduire son cheval, est déjà assez embarrassé, sans se servir de son sabre. L’équitation et l’escrime sont deux sciences indispensables à un cavalier.

Des personnes ont voulu innover, et introduire des principes peu analogues à nos usages, et même à l’adresse des Français. Tous ces grands mouvemens à cheval sont mal raisonnés ; ils sont la plupart impraticables , et ne peuvent s’exécuter sans déranger l’équilibre et l’assiette du cavalier , sans jeter les chevaux sur les jarrets , et sans rompre l'harmonie de l’équita-

briquet du caporal de l’escorte , qui était française , et coupa avec ce sabre les seize têtes en autant de coups, sans en manquer une. Ce fait est arrivé sur la grande place d’Alexandrie , en présence de plus de six cents Français. On peut donc dire, d’après cela , que l’adresse est la première qualité à acquérir dans le maniement des armes, et surtout des sabres de cavalerie.

tion : il faudrait encore examiner si ces parades sont avantageuses , si elles peuvent être faites avec les fortes épées et sabres actuellement en usage , et si elles peuvent être amalgamées avec la sixième leçon de l’ordonnance.

On a parlé de pointe, contre-pointe et espadon , sans dire de quelle espèce de sabre on se servira pour exécuter ces différentes parades : est-ce avec un sabre droit, est-ce avec un sabre courbe ? Corrigeons ce qui est mal , mais ne renversons pas des principes dont l’expérience a prouvé l’utilité. Otera la cavalerie française l’usage du coup de pointe, c’est paralyser sa force , et la priver de l’avantage qu’elle a sur les troupes du Nord.

Si l’usage des coups de pointe est destructif en champ-clos , il n’est pas inutile à l’armée , et surtout pour un cavalier, qui peut s’en servir avec avantage sans être obligé de déranger sa position et risquer de perdre son équilibre. Au surplus, l’usage de la pointe a été reconnu avantageux depuis plusieurs siècles. Les Romains le pratiquaient avec succès , et une foule de leurs victoires sur les Parthes et les Daces , est due à cette manière de combattre. Yégèce , dans son Traité de Re militari, soutient qu’il faut accoutumer les soldats à frapper plutôt d’estoc que de taille, parce que la taillade découvre celui qui s’en sert, étant obligé de lever le bras droit, tandis qu’au contraire l’estoc couvre toujours son homme etblesserennemiavantqu’ilpuisse parer le coup ni même l’apercevoir.

A quoi bon vouloir abolir une méthode avantageuse que l’expérience des anciens et la nôtre ont consacrée,

qui se trouve en harmonie parfaite avec l’équitation , pour en produire une défectueuse , en ce qu’elle est contraire à la conservation des cavaliers, et qu’elle peut nuire à leur solidité à cheval ?

Le goût de l’escrime est général en France depuis nombre d’années; on ne voit plus les hommes du peuple se battre dans les rues comme autrefois; ils vident leurs querelles l’épée à la main , avec autant de sanglroid qu’un Anglais en met à tirer le pistolet. Autrefois , en Angleterre, on se boxait par partie déplaisir.

Un recrue de l’année qui se battrait à coups de poing, serait méprisé par tous ses camarades.

Dans une grande partie de l’Allemagne , on ne peut, en se battant, porter un coup de pointe, sans, au préalable, en avoir fait la convention avec son adversaire. Mais chaque nation a ses goûts et ses usages , et ce qui plaît à l’une ne convient pas à l’autre.

Pour nous, qui nous distinguons particulièrement dans les arts d’exercice, nous devons chercher les moyens d’exécution les plus simples et les plus avantageux ; et puisque notre adresse nous permet d’obtenir quelque prépondérance dans l’art de l’escrime , nous devons le pratiquer tant à pied qu’à cheval, afin de le perfectionner et de nous mettre à même de concourir à la sûreté de l’Etat, à la gloire de la nation, et pouvoir , quand les circonstances nous y forcent , défendre notre vie avec quelque avantage. C’est le vœu de l’auteur.

Explication des planches.

Planche ire.

Figure ire.

Elle représente un écolier qui va prendre la première leçon ; la main gauche tenant son épée sur la hanche gauche, la droite à la poignée, les pieds dans une fausse position.

Figure A.

Elle représente un fleuret. Le fleuret est une espèce d’épée qui a un bouton au lieu de pointe ; le bouton doit être enveloppé d’un cuir, afin que les bottes ne fassent point de mal; on s’en sert pour apprendre l’art de l’escrime.

Figure B.

Elle représente un gant : on met un gant rembourré à la main droite , afin d’éviter les blessures que les angles du fleuret pourraient faire en tirant.

Figures C. C.

Elles représentent deux bâtons de cornouiller , montés avec des paniers assez grands pour contenir et couvrir la main ; on s’en sert pour s’habituera manier les sabres de cavalerie ; le plus court est pour la cavalerie légère, pareequ’ilapproebe davantage d’un sabre courbe.

Figure D.

Eile représente le plastron du maître : c’est une espèce de coussin de cuir, rembourré de crin ou de laine, entonne de devant de cuirasse ; on l’attache avec des courroies qui passent autour du cou et des reins.

Figure E.

Elle représente un masque : le masque se met pour se garantir des coups qui peuvent être portés au visage lorsqu’on s’exerce à l’art de l’escrime ; on peut blesser son adversaire en tirant mal , ou se taire blesser soimême en relevant une botte mal parée.

Figure F.

Elle représente une sandale : la sandale est un soulier qui n’a qu’une demi-empeigne avec une iorte semelle et point de talons ; on attache les tirans sur le coude-pied avec des courroies; dans les académies d’armes , on ne se sert que d’une sandale pour le pied droit.

Planche II.

Figure II.

Elle représente un tireur en garde , la main de quarte.

Figure III.

Un homme en garde , la main de tierce.

Planche IV.

Elle représente un coup porté dans les armes , paré par quarte , et la riposte prête ; celui qui est fendu a la bonne position du bras droit etdu gauche , les jambes et Jarrets bien placés, le gauche tendu, la hanche cavée , pour ramener le haut du corps en arrière: son adversaire a fait une demi-retraite de corps et est prêt à riposter.

Planche V.

Elle représente un coup d’épée porté et touché , la main de tierce ; la parade est manquée.

Planche VI.

Un dégagement sur les armes.

Planche VII.

Un coup de seconde.

Planche VIII.

Un coup de quarte basse.

Planche IX.

Battement d’épée ; quinte sur quinte *, le maître rentrant avec la main gauche l’épée de l’écolier dans la ligne.

Il faut examiner les positions du corps , des bras et des jambes , dans les différentes figures : le jarret gauche es t tou j ours tendu dans les mouvemens d’extension ; les yeux continuellement fixés sur ceux de l’adversaire.

table

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