JUNIE
Pardonnez, madame, à ce transport.
Je vais le secourir, si je puis, ou le suivre.
AGRIPPIKE.
Quel attentat, Burrhus!
BURRHUS
Je n'y pourrai survivre, Madame, il faut quitter la cour et l'empereur.
AGRIPPINE
Quoi! du sang de son frère il n'a point eu d'horreur!
BURRHUS
Ce dessein s'est conduit avec plus de mystère.
A peine l'empereur a vu venir son frère,
Il se lève, il l'embrasse, on se tait, et soudain
César prend le premier une coupe à la main :
« Pour achever ce jour sous de meilleurs auspices,
Ma main de cette coupe épanche les prémices,
Dit-il. Dieux, que j'appelle à cette effusion,
Venez favoriser notre réunion, o
Par les mêmes serments Britannicus se lie.
La coupe dans ses mains par Narcisse est remplie,
Mais ses lèvres à peine en ont touché les bords,
Le fer ne produit point de si puissants efforts.
Madame : la lumière à ses yeux est ravie;
Il tombe sur son lit sans chaleur et sans vie.
Jugez combien ce coup frappe tous les esprits :
La moitié s'épouvante et sort avec des cris;
Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage
Sur les yeux de César composent leur visage.
Cependant sur son lit il demeure penché;
D'aucun étonnement il ne parait touché :
« Ce mal dont vous craignez, dit-ii, la violence
A souvent sans péril attaqué son enfance. »
Narcisse veut en vain affecter quelque ennui.
Et sa perfide joie éclate malgré lui.
Pour moi, dût l'empereur punir ma hardiesse,
D'une odieuse cour j'ai traversé la presse,
Et j*aI1ais, accablé de cet assassinat, Pleurer Britannicus, César, et tout l'Etat i.
Le dénouement est annoncé dès le début d'une manière précise, il ne reste plus au spectateur qu'à se représenter la sc^ne elle-même ; le poète a donc fait une série de tableaux :
i® Epancbenîents affectueux de Britannicus et de Néron.
2® Mort foudroyante du jeune prince;
3® Sentiments divers des assistants;
4* Impassibilité de Néron ;
6* Hypocrisie de Narcisse ; •
6* Désespoir (le Burrhus.
Ainsi le plan des narrations n'est pas difficile à reconnaître. Danç les narrations dramatiques, on trouve tou* jours une exposition plus ou moins longue ; un nœud plus ou moins développé, et finalement un dénouement qui doit toujours être imprévu. Dans les narrations par tableaux, c'est le dénouement qui est annoncé tout d'à* bord ; les différentes phases du récit viennent ensuite.