CHAPITRE XIV
La vraie indication des Diathèses serait de les atteindre dans leur cause dynamique, dans la fluxion qui en résulte. A défaut, on attaque leurs produits, soit solides, soit liquides, à l'effet de fondre les uns et d'évacuer les autres. Pour celix-ci comme pour ceux-là, et à plus forte raison pour les diathèses sans néoplasmes , c'est toujours sur le sang ou sur la lymphe et sur leurs lésions dynamiques qu'il faut opérer.
304. Nous avons précédemment montré la lésion dynamique du sang provoquant activement de sa part un mouvement original, une fluxion qui devient l'acte morbide universel au moyen duquel se conslituent toutes les maladies. Nous venons de voir maintenant que les diverses méthodes thérapeutiques, comme toutes les classes de médicaments, n'opèrent qu'à raison et en proportion d'une modification, dynamique aussi, qu'ils portent sur le sang, dont les mouvements anormaux se trouvent par là contrariés ou réprimés. Nous avons dù dès-lors être amené à penser que lorsqu'un médicament se montre utile dans une maladie quelconque, c'est que son mode d'action est en rapport avec la cause, la lésion morbide qui produit le désordre circulatoire ; c'est qu'il se met en antagonisme avec elle et qu'il est susceptible de la combattre et de la dompter. Ce n'est guère qu'empiriquement que nous pouvons juger de ces résultats, ne connaissant à fond ni la nature de la maladie ni l'action intime du moyen qui la guérit. Mais la constance et surtout l'universalité de notre point de vue attestent suffisamment sa vérité, alors surtout qu'aucun autre système n'est capable de théoriser avec le même succès.
L'action dynamique n'est pas, nous le savons, du goût de tout le monde ; peut-être l'admettrait-on pour certains médicaments, comme les spécifiques, dont les effets obscars,
378 TRAITÉ D HÉMATOLOfilK DYNAMIQUE.
cachés, mystérieux , forcent malgré soi à soupçonner une intervention vitale ; mais on la rejettera pour le plus grand nombre. Et cependant sait-on mieux pourquoi le camphre et le nitre sont tempérants que pourquoi le mercure et le quinquina sont : l'un antisyphilitique, l'autre antipériodique ? Se flatterait-on d'avoir trouvé dans une foule d'explications organiques, physiques, chimiques ou mécaniques, dont on nous rebat chaque jour les oreilles, des théories plus sûres, plus satisfaisantes, surtout plus médicales? C'est ce que nous aurons l'occasion d'examiner; et après que nous l'aurons fait avec quelque soin, peutêtre sera-t-on amené à confesser que la théorie dynamique ne le cède à aucune, même en fait de précision et de clarté, alors que par sa portée pratique elle les dépasse toutes de fort loin.
A première vue, on serait tenté de supposer que les diathèses se prêtent moins que les autres maladies à la démonstration de l'action dynamique des médicaments; leurs produits ou leurs lésions organiques si fréquentes, surtout si intenses, sembleraient devoir ouvrir la porte aux théories matériahstes. Il n'en est rien ; car si l'on excepte les opérations chirurgicales, qui malheureusement offrent souvent l'unique moyen palliatif extrême, la seule indication rationnelle que l'on puisse se poser dans ces maladies, c'est d'atteindre la lésion morbide du sang, qui en a vicié les phénomènes plastiques. C'est par conséquent une action dynamique; et, à ce sujet, une curieuse remarque s'offre tout d'abord à l'esprit.
Nous savons que certaines diathèses ont pour résultai un néoplasme solide analogue : tantôt c'est un tissu osseux, fibreux, glanduleux, dont la valeur augmente par suite de la production excessive de ses éléments normaux, et l'on en voit résulter l'exostose, l'hypertrophie d'un muscle, du cœur, du foie, de la rate, etc. ; tantôt c'est un de ces éléments qui surabonde isolément, soit qu'il se répande par tout le corps, comme fait la graisse dans les polysarcies, soit
INDlCAXrON DES DIATHÈSES. .370
i que sa production ne soit que locale, comme il arrive pour I la graisse encore dans le lipome, pour le tissu fibreux dans I certains kystes ou pour la substance osseuse dans rossifî- I cation. Dans tous les cas, c'est un ou plusieurs éléments I organiques normaux qui ont cessé de se produire ou de se I déposer suivant les lois physiologiques ; c'est donc une ; simple déviation poiétique, aussi près que possible de ces ] lois, et il semble qu'il devrait y avoir peu à faire pour (qu'elle y rentre, en quoi l'erreur serait grande. Quand ces I hypertrophies dépendront de quelque vice diathésique spé- ( cial, nous pourrons parvenir à les atteindre empiriquement, j Mais rien ne sera plus difficile ni plus incertain si aucun de I ces vices n'existe, et qu'il ne s'agisse que d'une simple I déviation des lois de la nutrition normale. Tant il est vrai ( que ce que nous connaissons le moins et ce qu'il nous est 1 le moins donné de modifier, ce sont les conditions et les j procédés des opérations naturelles de notre machine !
Que, par exemple, nous soyons mis en présence d'un [ polype, d'un lipome, d'une tumeur fibreuse : l'idée d'un t traitement quelconque ne nous viendra pas même à l'esprit, mous ne songerons qu'à une opération. Nos ressources ne I prévaudront pas mieux contre la polysarcie ou l'hypertro- [ phie. On a fait grand bruit, contre celle du cœur, du traite- I ment sauvage de Yalsalva, qui obtint le suffrage de l'illustre 1 Laënnec. Mais il n'avait rien de spécial pour l'organe hyperttrophié ; il n'opérait sur lui qu'en modifiant la nutrition i générale, en y mettant obstacle, ce qui était si peu sans i inconvénient, qu'on a pu dire qu'il n'avait jamais guéri [personne et qu'il avait hâté la mort de beaucoup de mallades *. Quant à la polysarcie, il est tout aussi impossible de [prévenir ou de détruire la graisse dont l'excès la constitue. IBordeu, qui à l'occasion ne fuyait pas le paradoxe, se deimandait si, au heu de condamner au mouvement, au froid, 'id la privation du sommeil , les hommes très-gras qu'on
Grisolle ; Palhol. inl., II, 174.
380 TRAITÉ o'hÉMATOI.OGIE DYNAMIQUE.
voudrait maigrir , il no vaudrait pas mieux les placer dans les conditions de repos, de sommeil et de chaleur où vivent les animaux hibernants Il est probable que ni ces conditions ni le jeûne prolongé qui y est associé n'auraient un succès assuré. La graisse des marmottes n'a rien d'anormal ; c'est une provision très-physiologique que la nature prévoyante se réserve pour suffire à la nutrition, qui pendant six mois n'aura pas d'autres matériaux et qui la consommera graduellement. Mais, n'en déplaise à Bordeu, ceci n'a rien de commun avec la polysarcie, laquelle, quoi qu'en puisse dire la chimie, que nous allons retrouver, n'en demeure pas moins inaccessible à nos moyens.
Qu'au lieu de ces produits, en quelque sorte normaux, l'hypertrophie soit provoquée par quelque vice spécial , comme les excroissances, les exostoses, les engorgements vénériens ou les tumeurs scrofuleuses : nous ne serons plus alors désarmés; un traitement approprié nous promettra un succès à peu près certain. C'est que nous connaissons empiriquement la lésion morbide qui a dévié la fluxion ou modifié les transformations plastiques; qu'en agissant sur elle, nous empêchons de nouvelles déviations et transformations des molécules nutritives, et que le produit diathésique, privé d'aliment d'un côté et livré de l'autre au travail de l'absorption , ne tarde pas à s'atrophier et à d isparaitre.
Quoi qu'il en soit, appelé à combattre ces sortes de produits , ceux du moins susceptibles d'être modifiés, voyons ce que le médecin trouvera à faire, quelles indications lui seront posées.
305. Nous pouvons, dès l'abord, laisser dans l'ombre celles qu'on serait tenté de tirer des considérations solidistes. Malgré les lésions souvent très-graves qu'ils subissent, personne ne s'aviserait de demander aux tissus ou aux organes les inspirations qui doivent diriger le traitement.
1 Bordeu; OEuvr. compl., TI, 371.
■ A une époque de trislo mémoire pour la médecine, on .essaya bien de dire, dans le but de sauvegarder le principe, que les médicaments altérants, de préférence affectés aux [maladies dont nous parlons, que le mercure entre autres, .avait pour effet d'éveiller la vitalité de l'estomac et d'ac- : croître l'énergie de ses forces et de la digestion. Mais, quel i que soit l'aveuglement de l'esprit de système , on comprit Ibien qu'il ne fallait pas trop insister sur de semblables [théories, et l'on concluait par reconnaître au mercure le [ pouvoir de pervertir l'assimilation dans le sang et les tisi sus ' . C'est en effet à un pareil pouvoir qu'on s'est générralement arrêté pour expliquer l'action des altérants. La i chimie est intervenue avec son outrecuidance, avec ses
0 airs de tranche-montagne , et elle a prétendu nous faire t toucher du doigt les phénomènes. Mais quels enseignements
1 attendre d'une science qui débute par déclarer que ce L qu'on appelle aciion^, opérations vitales, sont tout bonne- [ ment des mots vides de sens ; qu'il n'est permis d'y voir i qu'une suite non interrompue de réactions chimiques; bien [ plus, que ce qu'on veut bien regarder comme le principe t même de la vie n'est qu'une simple affaire à' oxydation vittale"^. Un peu d'oxygène brûlé dans le sang, au sein, soit i du poumon, soit des vaisseaux : voilà ce qui fait surgir et c ce qui entretient cette flamme, que nous avions la bonhomie i de croire d'émanation divine, ni plus ni moins que la 1 lumière d'une lanterne ! En vérité, c'est à n'y pas croire, f et nous ne voyons pas pourquoi la chimie s'arrête en si I beau chemin ! Le principe de la vie et le principe de la 1] pensée ont entre eux les plus grands rapports, puisque d'il- 1 lustres pensears ont pu les confondre ou les confondent H encore tous les jours, et que ceux-là mêmes qui les dislinj guent ne sauraient nier leur afBnité. Pourquoi, dès-lors, I poussant la théorie jusqu'à ses dernières conséquences, no
1 Barbier; Mal. méd., III, 638-40.
^ Mialhc ; Chim. physiol.. 7, 8.
pas proclamer que la pensée, que l'âme, ne sont qu'un autre phénomène d'oxydation? La chimie est déjà en bonne voie pour former de toutes pièces les substances organiques ; les combinaisons de l'oxygène sont parmi ses procédés les plus rudimentaires ; quel beau, quel grand jour pour elle que celui où nous verrions surgir de ses matras un être vivant et pensant tout frais éclos !
Quelque déplorable, quelque ridicule que soit cette manière de philosopher, les théories chimiques n'en ont pas moins fait fortune, et, formulées avec plus ou moins de réserves, elles prétendent nous fournir la véritable raison des médications altérantes et fondantes : selon elles, les substances qu'on y emploie ont pour effet de rendre le sang plus fluide, de le décolorer, de donner lieu par là à une cachexie caractérisée par la pâleur, par la bouffissure et l'amaigrissement; en un mot, û'em2Jêcher la nutrition. Le mercure en particuUer, quand il produit de pareils effets, paraît agir sur le sang à l'instar d'un véritable poison qui altère ses qualités propres, et par là modifie l'exercice fonctionnel des organes. Les mêmes substances sont accusées en outre d'augmenter l'alcalinité du sang, et avec lui de certaines sécrétions ; de neutraliser plus ou moins les acides de plusieurs d'entre elles, principalement des sucs gastriques, qui deviennent ainsi impropres àla digestion stomacale; si bien que, par un effet chimique nécessaire, ils contrarient la transformation des aliments et par conséquent la nutrition. Ce n'est pas tout encore que cette double manière de contrarier les réparations organiques : les altérants ont aussi pour résultat de facihter dans le sang la combustion des éléments carbonés , sucre, graisse, etc. , ce qui opère de la même façon *.
Ce qu'il faut tout d'abord remarquer dans cette théorie, c'est le mélange des dogmes chimiques avec d'autres dogmes plus rationnels. Quand ils parlent des qualités, de
' Trousseau et Pidoux ; Tr. de thérap., 1,296, 297, 170, 164, 165. 174.
INDICATION DES DIATHÈSES. ooi
l'exercice fonctionnel du sang ou des organes modifiés par les altérants, comme par un poison; quand plus loin ils déclarent ces substances capables d'attaquer d'emblée et sans intermédiaire la cause morbide , les honorables écrivains font assez entendre qu'à leurs yeux l'action dynamique m'est pas absente'; mais, on ne peut en disconvenir, l'effet .chimique a pour eux une importance bien plus grande, et mous nous permettrons quelques réflexions.
Serait-il donc vrai que pour obtenir l'effet altérant ou Jondant il soit indispensable d'arriver jusqu'à cette fanlasimagorie de chlorose, de cachexie, de dissolution, d'amaiigrissement, qu'on nous fait valoir? Est-ce que, tous les jjours, au moyen de l'iode ou du mercure, nous ne réussis- ;3ons pas à résoudre des engorgements, des tumeurs, des 'sxcroissances, des exostoses, scrofuleuses ou syphilitiques, >lBt cela sans attenter le moins du monde à la constitution, <5oit du sang, soit des tissus, à la récorporation des sujets? ■Est-ce que d'ailleurs tous les fondants doivent être gratifiés Ide cette puissance de dissolution? Est-ce que l'iode, le vbrome, la ciguë, n'auraient pas plutôt la puissance conrtraire? En outre, s'il ne s'agit que de dissoudre l'albumine •ou la fibrine, d'où vient que le fondant doive n'être pas toujours le même et varier suivant la nature de la tumeur? .Quant à la saturation des acides de la digestion, les ab- ^sorbants ne la procurent-ils pas et sont-ils pour cela des altérants et des fondants au même titre que les autres alcai.ins? Il ne s'agit donc pas de diminuer ou de détruire les îÊléments plastiques du sang, soit directement, soit par un )bbstacle mis à la digestion. Vous n'institueriez ainsi qu'un iétat général, qui mettrait en souffrance les phénomènes
iiQutritifs sur tous les points du corps, sur tous les organes, cous les tissus à la fois, et vous n'expliqueriez en aucune façon pourquoi l'effet se concentre particulièrement sur le iQéoplasme qu'il s'agit de résoudre, par une raison que nous
* Loc. cit., I, 300.
384 THAITÉ d'hÉMATOLOGIK DYNAMIQUE.
essayerons tout à l'heure de pénétrer. I^a chimie, même alors qu'elle ne répudie pas le concours de doctrines plus médicales, réussit donc assez mal à nous faire comprendre l'effet de la médication altérante et fondante contre nos néoplasmes solides. Mais la chimie n'intervient pas toujours avec cette réserve au moins louable. Elle invoque aussi ses dogmes purs, ses procédés radicaux, et veut que l'actioD médicatrice ne soit plus, comme elle dit, qu'une simple opération de laboratoire, ayant notre corps pour cornue. Voyons quel genre de succès elle peut tirer de ces étranges prétentions.
306. Elle en a fait l'essai le plus incroyable à propos du traitement antiphlogistique et de ses agents : affirmant de la façon la plus tranchante qu'il ne s'agit de leur part que de quelque saturation ou de quelque déplacement d'oxygène. A plus forte raison devait-elle s'expliquer sur l'action des fondants, moins transcendante, plus matérielle, sans y mieux réussir toutefois.
Pour elle, lorsqu'un fondant ou du moins un alcalin concourt à résoudre un engorgement^ c'est qu'il a le pouvoir de dissoudre les principaux éléments qui en forment la hase ^ entre autres V albumine et la fibrine^ A quoi contribue sans doute, pour une bonne part, l'ammoniaque qu'il dégage des humeurs oii elle était combinée^. Devant une partie engorgée, une tumeur, une hypertrophie quelconque, tel serait donc le problème : trouver un corps capable d'opérer chimiquement la dissolution des éléments organiques qui les constituent Mais combien l'on s'abuse, et qu'il faut avoir peu de souci des faits et des lois de la pathologie pour se complaire dans des vues de ce genre !
Nous le redirons d'abord : tous les médicaments vantés comme fondants ne partagent pas, que nous sachions, ce
1 Mialhe ; Chim. physioL, CCI.
a Op. cit., 663.
I pouvoir dissolvant. L'iode, qui en est le roi, qui, à l'inverse ; du mercure, augmente l'appétit, les foliotions digestives, la .constipation, qui exalte lesystème nerveux jusqu'à l'ivresse ,et au délire* ; l'iode, à qui la chimie elle-même reconnaît lun effet coagulant qu'elle démontre plus spécialement sur i Valbîimine-; un tel médicament, à coup sûr, quand il exerce :son pouvoir souverain sur une foule d'engorgements, n'oipère aucune action dissolvante, et si ceux-ci n'en dispairaissentpas moins, il faut en chercher une raison différente, ILe brome, qui comme lui a été classé parmi les coagullants^; les sels de plomb, de baryte, qui tous les jours sont (employés comme résolutifs; la ciguë, qui, au même titre, j jouit d'une confiance et est d'un emploi non contestés, ne : sauraient davantage se prêter à l'hypothèse d'une dissolu- I tien quelconque, laquelle n'a plus le droit dès-lors d'être i invoquée comme le phénomène propre de l'action du I fondant.
S'il en était ainsi d'ailleurs, et que la dissolution fût i réelle , comment ne pas voir qu'elle devrait s'exercer à un t égal degré sur tous les points du corps, sur tous les tis- : s.us dont les éléments sont susceptibles d'être atteints par t elle? Ce qui ne serait pas vraiment sans inconvénients, car I plus d'une partie, plus d'un organe essentiel, pourraient i avoir à en souffrir dans leur contexture. Lors donc que : sous l'action d'un fondant, alcalin ou autre, nous voyons I la tumeur ou l'engorgement être le point unique où se cont centrent les effets de résolution, c'est-à-dire la destruction ides éléments plastiques, de l'albumine et de la fibrine si 1 l'on veut; tandis qu'à côté et partout ailleurs, la nutrition, lia reconstitution de ces mêmes éléments ne paraissent pas i souffrir le moindre dommage, il faut bien reconnaître qu'il me s'agit plus d'un obstacle général mis à la nutrition;
1 Trousseau etPidoux ; Tr. de Ihérap., T, 217-19.
2 Mialhe ; Chim. physiol., 223.
3 Ibid.
qu'il y a quelque chose de spécial, d'éleclif, dans celte aclion thérapeutique qui s'exerce ainsi dans un cercle restreint, à l'exclusion de tout le reste du corps. Et celte spécialité ne saurait en aucune façon se déduire d'un effet, d'une opération chimique, qui devrait invariablement se produire partout où se rencontreraient les éléments qu'il doit mettre en jeu.
Que parle-t-on, au reste, de dissolution? L'effet fondant ou résolutif n'est pas le seul qu'on attende du même ordre de médicaments. Avec la même puissance qu'ils déploient contre une gomme, une exostose syphilitiques ou une tumeur scrofuleuse, le mercure ou l'iode s'exerceront sur un chancre ou sur une ulcération de même nature pour restaurer, rétablir les éléments plastiques perdus ou détruits, et amener la constitution de toutes pièces d'un tissu nouveau qui se substitue à ceux qui avaient disparu. Où donc est ici la dissolution? N'est-ce pas tout le contraire qui arrive? Et ces éléments néoplastiques qui viennent remplir les vides laissés parla diathése, la chimie voudrait-elle bien encore nous en donner la théorie avec l'aplomb et l'entrain passionnés qu'elle montre dans les questions médicales, où elle a et aura éternellement le succès qu'on peut voir?
Pour croire à l'action chimique des fondants^ il faudrait qu'on la vît s'exercer , partout et toujours , d'une façon égale ou proportionnelle, n'ayant à dépendre que de la qualité des éléments sur lesquels elle doit s'exercer, et nullement de la nature de la lésion morbide sous l'empire de laquelle ils s'étaient produits. Voici une tumeur: nous mesurons sa dimension, nous calculons les proportions d'albumine et de fibrine qui peuvent entrer dans sa masse, et nous n'avons plus qu'à choisir le dissolvant qui doit le mieux en triompher. Tout est là, le succès est infaillible. Arrière, profanes ! vous prouvez une fois de plus que le champ de la médecine vous est à tout jamais interdit ! Suivant l'espèce diathésique à laquelle il faudra là ratta-
cher, celte tumeur pourra fournir des indications, non seulement différentes, mais opposées. Tel moyen, spécial à l'une, n'aura plus pour l'autre que dos vertus insuffisantes ou contraires. Si son origine est syphilitique, le mercure, sous toutes ses formes, lui sera parfaitement approprié ; mais en sera-t-il de même si cette origine est scrofuleuse? L'iode est le spécifique des engorgements de ce dernier genre, et l'antimoine s'applique très-heureusement à ceux de nature dermotasique : intervertissez donc les rôles : employez indifféremment le mercure, l'iode, l'antimoine, sans vous préoccuper de l'espèce diathésique à laquelle chacun d'eux est opposé, et sûrement vous n'aboutirez qu'à des résultats incertains ou malheureux. C'est, redisons-le pour terminer, c'est que l'effet des médicaments ne dépend eu aucune façon de leur action chimique, et qu'ici comme partout un seul moyen existe de trouver la véritable indication : c'est de s'adresser directement et exclusivement à la nature spéciale de la maladie, à la lésion dynamique qui lui a servi de point de départ.
307. Il ne faudrait pas toutefois entendre ce terme de dynamique à la façon ordinaire, et, le traduisant par l'équivalent de nerveux, prétendre appliquer à nos médicaments antidiathésiques la théorie que GuUen propose pour tous les médicaments. De ce que les corps extérieurs n'agissent sur celui de l'homme que grâce à l'impulsion qu'Us font sur les extrémités des nerfs, GuUen conclut que les médicaments n'ont pas un autre mode d'action , et que si, appliqués sur une petite partie du corps, ils n'opèrent pas moins sur les autres parties , c'est par le mouvement des nerfs'. Nous avons vu déjà ce qu'il en est de l'intervention des nerfs dans les actes morbides ou thérapeutiques en général, et nous savons à quoi nous en tenir. Mais dans le cas particulier des fondants, la dicussion n'est nullement
1 Mat. méd., I, 57, 59.
nécessaire, et GuUen lui-même ne soutiendrait pas que, dans la résolution d'une tumeur ou d'un engorgement, nous ayons à nous préoccuper du système nerveux ; c'est en effet à un tout autre point de vue qu'il faut considérer l'action dynamique des fondants pour avoir leur indication rationnelle.
Du travail que nous avons faitsurles diathèses, et particulièrement sur celles à néoplasmes solides, normaux, qui nous occupent, il est demeuré, nous aimons à le croire, que ces néoplasmes n'ont d'autre cause ejffective qu'une déviation des lois de la nutrition normale, c'est-à-dire de la fluxion plastique, qui en est l'agent régulier et qui, au lieu de s'exercer sur chaque point respectif dans une juste mesure, dirige et concentre plus spécialement ses matériaux vers un centre donné. Mais, il faut bien le remarquer, ce dont il s'agit dans une tumeur, un engorgement diathésique, ce n'est pas simplement une déviation accidentelle ou passagère, car dans ce cas le néoplasme, livré au travail de désagrégation organique qui renouvelle incessamment les tissus, ne tarderait pas à céder aux lois de l'absorption et à disparaître. C'est plutôt une exagération que prend localement la fluxion nutritive, qui, à part cela, continue à s'accomplir comme une fonction, suivant ses lois ordinaires, avec ses actes accoutumés d'assimilation et de désassimilation, tout comme dans l'organe ou le tissu le plus normal, si ce n'est qu'il n'existe plus alors de borne finale qui limite ses dimensions.
De tout cela nous tirons cette conséquence que, pour s'opposer utilement à la formation d'un néoplasme diathé sique, il faudrait connnaitre en quoi consiste essentiellement la lésion qui, déviant la fluxion plastique, empêche l'égale répartition des molécules nutritives et les concentre sur un point en nombre exagéré ou sous une forme inaccoutumée. Il faudrait en outre trouver le moyen de prévenir ou de corriger cette lésion, double problème également au-dessus de nos ressources. Redresser la fluxion
plastique, c'est-à-dire s'opposer à la vicieuse tendance du sang à s'organiser en excès et sous diverses formes , sur tel ou tel point du corps, c'est là un résultat que nous devons désespérer d'atteindre. Autant vaudrait nous proposer pour but d'agir sur les opérations plastiques qui président à la formation du fœtus, de changer, de diminuer ou d'exagérer le nombre et la forme des molécules qui, sous la direction de la force vitale, vont coopérer à la construction de telle ou telle partie, du bras, du nez, de l'oeil ; aspirer, en un mot, à régler d'avance la forme ou le volume de ces parties ou à produire à volonté, comme à prévenir ou à corriger les monstruosités. L'impossibilité de parvenir à un tel résultat nous fournit l'idée exacte du pouvoir qu'il nous est donné d'exercer sur les formations diathésiques. Nous ne sommes pas pourtant entièrement désarmés contre elles, et s'il faut renoncer à rechercher les déviations plastiques, au moins nous est-il permis d'opérer sur une partie des matériaux qui les accompagnent et qui n'ont pas reçu de transformation organique définitive.
A part le tissu néoplastique proprement dit, il se dépose en effet, soit autour de lui, soit dans ses mailles mêmes, des molécules d'une organisation moins avancée, qui entrent dans sa masse. S'agit-il de substances restées en dehors du travail plastique, dans l'activité duquel' elles n'ont pu être comprises? Seraient-ce plutôt des molécules de retour qui, reprises par la lymphe et insuffisamment élaborées par elle, conservent un degré imparfait d'organisation ? Toujours est-il que ces molécules demeurent dans un état amorphe et accroissent la masse du néoplasme. Eh bien ! contre elles il n'est pas interdit au médecin de se promettre quelque succès. Il s'adresse dans ce but à la lymphe , il s'efforce d'exciter sa vitalité, son énergie, et c'est toujours par les fondants et les altérants qu'il peut espérer remphr cette indication. Ces remèdes ont sans doute pour principal effet d'accélérer le cours de l'humeur et de faire par là qu'elle reprenne peu à peu les substances qui lui
390 xnAiTÉ d'hématologie dynamique.
avaient d'abord échappé, et en même temps s'oppose à ce que d'autres lui échappent encore. Ce n'est là qu'une action indirecte. Le néoplasme n'a pas été atteint et ne pouvait pas l'être. Mais en le débarrassant de ces molécules accessoires, on a diminué plus ou moins son volume, et l'on s'est ainsi procuré un succès apparent qui n'est pas toujours à dédaigner. Seulement, qu'on veuille bien le remarquer, on n'a ainsi mis en jeuaucune action chimique ou dissolvante ; on n'a fait qu'agir sur une humeur dépendante du sang, sur la vitalité de l'une et de l'autre, sans avoir toutefois, nous le répétons, porté la moindre influence sur le néoplasme luimême, que nous croyons au-dessus de nos atteintes.
308. Lors donc que le médecin sera mis en présence d'une de nos diathèses à produits sohdes , à moins que ce ne soit une de celles dont il connaît au moins empiriquement la nature, comme la syphihs ou la scrofule, il ne lui viendra pas même à l'idée d'entreprendre un traitement quelconque; soit que ce produit nouveau s'interpose simplement dans les mailles du tissu d'une membrane, d'un muscle ou tout autre, pour l'hypertrophier, pour en augmenter le volume ou la consistance ; soit qu'il s'organise à part, sous forme de végétation, de kyste, de corps fibreux : l'impuissance de l'art sera la même. En dehors d'une opération chirurgicale, la seule voie à tenter sera un obstacle mécanique opposé au libre abord du sang qui alimente le néoplasme, ainsi qu'on le fait parfois avec succès au moyen de la compression ou de la hgature. Cependant il est tel cas où la chimie ne désespère pas de réussir, et nous donne ainsi un nouvel échantillon de la profondeur et de la sûreté de ses vues.
Passons, sans trop insister, sur cette éternelle prétention qu'elle a d'opérer dans notre corps toute sorte de combinaisons ou de dissolutions, aussi sûrement qu'entre les substances inertes qui composent sou domaine. Lorsque le mercure vient à triompher d'une tumeur, d'une excrois-
INDICATION DES DIATHÉSES. 391
>sance charnue ou osseuse, elle veut que ce soit en se combinant avec la partie albumineuse des tissus et les chlorures alcalins qui l'accompagnent. Mais, nous le redirons à ■satiété: pourquoi donc cette combinaison se passe-t-elle exclusivement dans la tumeur et non point contre la masse entière de l'albumine et des chlorures? Et surtout, d'où 1 vient que la tumeur pourra être de telle nature qu'elle ne :se prêtera plus aux combinaisons du mercure? N'est-ce pas lia une preuve de l'action spéciale, élective, que nous accuisons, et qui enraie dans son essor la fluxion plastique? ; Ainsi, du reste, que la chimie elle-même semble s'en dout ter lorsque, ne se confiant plus exclusivement à l'effet i dissolvant du mercure , elle reconnaît qu'il agit sur le sang i et y apporte un trouble modificateur. Non pas un trouble c chimique, toutefois, car elle nous eût dit ou tout au moins t essayé de dire lequel ; mais un trouble dynamique modii fiant le sang dans ses fonctions, dans son rôle plastique' . ! Mais passons sur de telles prétentions, et venons-en à des : assertions qu'elle semble tenir pour plus positives.
Sur la foi d'expériences faites sur les corps gras, sur 1 leur émulsion par les alcalis, la chimie s'est demandé si t en mettant en liberté une proportion ammoniaque caustique suffisante pour émulsionner les huiles animales, on I ne parviendrait pas à rendre celles-ci propres à être assi- ! milées ou éliminées, et à remédier ainsi à la diathèse grais- : seuse, à la pohjsarcie* . Ce serait là, il faut en convenir, I un vrai service rendu à la médecine, si souvent impuis- ; santé contre un pareil état. Mais la chimie n'a pas osé |i conclure ni proposer une méthode de dissolution directe. Pas même pour ces amas locaux, lipomes, stéatomes, qui : semblaient devoir s'y prêter plus facilement. Et Bordeu ne ! s'y était pas trompé quand il avertissait hautement, il y a plus d'un siècle, de se méfier des prétentions des médecins
' Mialhe ; Chim. physioL, 485-6.
^ Mialhe ; Chim. appl. à la physiol., 188-9.
qui, à l'aide de certaines drogues, s'imaginaient pouvoir fondre l'huile figée par un acide*.
11 est de fait qu'on ne saurait chercher rien de chimique dans l'action des moyens qui, seuls, entre les mains des praticiens, obtiennent quelques résultats contre la polysarcie : tels que le régime animal exclusif, non compris toutefois le beurre, la graisse ou l'huile ; la modération des doses d'aliments et surtout de Veau, l'exercice et l'usage hahitnel des purgatifs"^ .
Dans d'autres diathéses, c'est la substance osseuse qui se produit, soit en défaut, soit en excès, et la chimie n'a pas répandu sur elles une plus vive lumière. Dans Vostéomalacie, elle essaye bien de dire que c'est un acide anormal qui transforme le sous-phosphate ou le phosphate de chaux. Mais elle a le bon goût de ne pas insister, compre nant très -bien que Vaction chimique n'est pas ici de mise ; que ce qui se passe dans cette diathèse, c'est un travail de plasticité anormale ayant sa source dans certains états de la vie inconmcs, et altérant non-seulement la portion calcaire, mais aussi la portion organique des os^. Travail contre lequel l'intervention de la chimie n'a plus dès-lors sa raison d'être. Quant au fait inverse, l'excès de production de la substance osseuse, il ne lui est pas davantage accessible. Si c'était dans le sang que l'opération se passât par la rencontre de quelque sel calcaire et d'un acide, on pourrait encore ne pas désespérer de la contrarier. Mais, d'un côté, la présence préalable de telles substances ne se démontre pas dans le sang; de l'autre, l'analyse du phénomène n'y révèle absolument rien de chimique, bien au contraire, car c'est après l'épanchemenl et dans le blastème qu'il a lieu, comme tous les faits plastiques, sur un espace ordinairement borné. Et cette dernière circonstance
1 Bordeu; Anal. méd. du sang, II, 973.
2 Piorry ; Pathol. iatr., VII, 398.
3 Lhéritier; Chim. pathol., 656-7.
INDICATION DES DIATHÈSES. oJà
suffît à elle seule à écarter l'action chimique, qui ne se conçoit pas ainsi concentrée et qui devrait se faire un peu ici, un peu là, partout où aurait lieu la rencontre des éléments à combiner. D'ailleurs, dans ce cas comme dans le précédent, il ne s'agit pas d'un simple dépôt calcaire; c'est une substance organique, c'est une masse osseuse qui se crée avec tous ses éléments plastiques, fibreux et calcaires, et le fait purement chimique ne saurait représenter tout cela. Pour nous en faire une juste idée, c'est donc comme partout l'acte vital qu'il faut y chercher, le travail fluœionnaire, ainsi qu'on l'a dit, qui détache du courant artériel et dirige vers un siège déterminé la molécule sanguine disposée d'avance à prendre la forme voulue'. C'est ainsi que la fluxion continue à nous apparaître comme le fait souverain de nos produits diathésiques ou autres , comme l'agent effectif du blaslème et de ses diverses transformations. Aussi, pour trouver les méthodes susceptibles de triompher de celles-ci et de tous leurs produits, la voie la plus, la seule certaine, serait de parvenir jusqu'à la lésion morbide qui, affectant le sang, a mis la fluxion en jeu. Malheureusement, c'est là une ressource qui nous manque, attendu que nous n'avons pas la moindre notion de cette lésion, qui semble n'être que le déplacement d'un phénomène normal.
309. S'il en est ainsi contre les diathèses dont nous parlons, bien moins encore doit-on se flatter de réussir contre celles à néoplasmes hétérologues. Dans les cas les plus légers, ces néoplasmes demeurent amorphes ou ne reçoivent qu'une organisation transitoire. Ils ne seront pas alors inattaquables. Mais dès qu'ils ont atteint une forme déterminée, l'art se trouve contre eux impuissant. Ainsi, tant que les diathèses dartreuse et scrofuleuse se bornent : l'une, ' à quelques vésicules ou pustules et aux croûtes qui en ré-
Baumès ; Pr. sur les diath., 358.
suUent ; l'autre, à ces engorgements blancs indéterminés qui sont son expression habituelle, il ne sera pas impossible d'en triompher. Mais si celle-là parvient au tubercule du lupus ou au tissu lardacé de l'éléphantiasis, ou celle-ci aux granulations de la phthisie, il n'en sera plus de même. Encore moins devrait-on espérer de succès contre le néoplasme cancéreux. Au demeurant, s'il est permis de tenter quelque chose dans certains cas, c'est toujours en s'adressant à la lésion dynamique qui est la cause de la fluxion.
Une autorité très-respectable a, il est vrai, invoqué la théorie et l'observation pour préconiser les avantages des médications extérieures et directes \ Mais nous ne croyons pas que la bonne médecine ait à sanctionner un pareil précepte. Sans doute, dans les cas légers, où le vice diathésique n'existe pas ou se trouve sans importance, la dartre pourra être attaquée directement avec succès ; sans doute encore, la médication extérieure viendra souvent eu aide au traitement médical, mais c'est à la condition de concourir avec lui ou de ne venir qu'après que celui-ci aura préparé ou dissipé les lésions diathésiques. Sans quoi rien ne serait plus dangereux que de supprimer brusquement la dartre, qui ne manquerait pas de reparaître ailleurs au détriment du malade, comme le savent très-bien les praticiens. Ainsi, les bains sulfureux, d'origine minérale ou non, constituent un excellent moyen de traitement, mais l'action extérieure et directe n'est pas alors seule à invoquer. La solution sulfureuse appliquée sur une large surface agit par absorption, comme un médicament interne, d'autant que d'ordinaire elle est prise simultanément en boissons. Si bien que même dans ce cas, le plus favorable assurément à la médication extérieure, on ne saurait, tant s'en faut , réserver tout l'effet thérapeutique à l'action locale et directe.
Rayer ; Mal. de la peau, Intr., xxxii.
Dans la diathèse dartreuse, on s'est flatté de réussir au 1 moyen de certains médicaments évacuants, tant ceux qui, >;comme les sudorifiques, et en particulier le soufre, ont pour •. résultat d'assurer le plein exercice de la transpiration, que de ceux qui portent sur l'exhalation intestinale; car, a-t-on Ldit, sans les purgatifs, une guérison reste souvent incomiplète ou peu durable *. Et l'on a appliqué à ces moyens, tdu moins aux derniers, la théorie solidiste de la révulsion, fprétendant que les purgatifs n'ont d'autres effets que ià.'o'pérer cette révulsion sur le canal intestinal^. Mais ceci ss'écrivait durant la grande faveur de la doctrine physiollogique, et ne s'écrirait plus aujourd'hui. Il était par trop aabusif de faire de cette pauvre muqueuse digestive le ssoufFre-douleur de l'organisme , le centre unique de tous lies actes morbides ou thérapeutiques. Nous avons d'ailleurs Itdiscuté, et nous y reviendrons, la prétention de déplacer aainsi l'irritation, et montré combien elle était le plus souiwent illusoire. Nulle part elle ne l'est plus que dans cette ccirconstance, où l'on serait bien embarrassé de démontrer U'irritation produite sur l'intestin et permanente, comme il iffaudrait la supposer. Ce que font réellement ici les purgattifs, c'est de provoquer une sécrétion abondante qui déiltourne et absorbe à son profit une partie des matériaux qqu'utilisait la fluxion dartreuse. Mais cette sécrétion com- 1 i;porte si peu de spécialité qu'elle manque dans les médiiccaments vraiment antidartreux, tels que le mercure, l'iode, jU'antimoine, l'or, l'arsenic, et qu'il n'est pas sûr que le issoufre lui-même, le principal d'entre eux, n'opère que par isses efl'ets sudorifiques, très-souvent absents ou au moins linsensibles, et que, dans tous les cas, personne sans doute lïïie voudrait, suivant la belle théorie de Rayer, considérer ocomme révulsifs. La seule action que l'on puisse prêter à cces divers moyens antidartreux, tous de l'ordre des alté-
Alibert ; Tr. sur les mal. de la peau, I, 367, 375, 79. Rayer ; Mal. de la peau, I, xl.
rants, c'est de porter sur les causes diathésiques, sur les lésions du sang, pour les combattre et pour supprimer la fluxion qui en résulte avec tous ses produits, suivant une loi générale déjà suffisamment indiquée et que nous espérons établir solidement.
Tant que la scrofule en est à ses produits amorphes, on peut espérer, disons-nous, de les faire rétrograder. Ce sont alors les amers, les toniques, les fondants, auxquels on a recours. Or, quel est le mode d'action de ces divers moyens ? Des systématiques attardés diront-ils encore qu'ils augmentent la capacité digestive de l'estomac? Non, car certains, comme le mercure, ont plutôt un effet contraire, et l'on fait de leur passage dans le sang et les humeurs une condition absolue do leur succès'. Se prévaudrait-on plutôt de leurs effets chimiques? Pas davantage, puisque si les uns tendent à atténuer, à liquéfier, les autres sont reconnus coagulants ; de quoi l'on ne saurait, dans les idées solidistes ou chimiques, déduire aucun effet résolutif. Si l'on veut donc avoir de l'action des fondants dans la scrofule une idée rationnelle, il faut nécessairement se dire qu'ils s'attaquent directement à la lésion diathésique pour prévenir la fluxion et ses produits, outre qu'ils excitent la lymphe à reprendre ceux de ces produits qui n'ont pas reçu leur dernière transformation.
Une fois le néoplasme scrofuleux parvenu à sa forme définitive et surtout à celle de tubercule, il est au-dessus de nos ressources. On en a dit autant de la simple scrofule , assurant quel'iode lui-même, le prince de ses antidotes, n peut rien contre sa cause spéciale , mais seulement contre Véta général, qu'il est peut-être spécieux d'en distinguer^. Le fai est que la scrofule est tous les jours modifiée par l'iode et se congénères; que par l'action qu'ils portent sur l'état généra ils peuvent même relarder ou contrarier le travail d
1 Trousseau et Pidoux ; Tr. de ihérap., I, 217.
' Lebert ; Tr. de la scrof., 54, in Baumès ; Diallièie^, 170.
INDICATION DES DIATHl^SES. 397
utubercule ; mais aussitôt que celui-ci est formé , on ne ppeut plus rien, ni contre lui, ni contre son mode de formaition, qui nous est inconnu. Tout ce qui reste à faire, c'est dde combattre les œdèmes, les engouements, les engorge- )ments, développés autour de lui ; ce qu'on fait heureuseument par l'usage de certaines eaux', et ce qui suffit parfois îià procurer le plus heureux soulagement.
Quant au cancer, bien moins encore faut-il se flatter Jde le modifier. Lorsque certains ont cru l'avoir fait, ils ont ssimplement diminué, à l'aide de quelques fondants, iode ou cconicine, l'engorgement lymphatique, les produits blancs aamorphes, qui en augmentent presque toujours la masse, llls ont ainsi opéré un semblant de résolution. Mais la omolécule cancéreuse elle-même n'a pas été atteinte : elle une reconnaît point àe spécifique^ . Il ne faudrait pour cela lirien moins que connaître et enrayer l'acte plastique qui liionne lieu à ce fatal produit. Ce à quoi l'on n'est pas jiprès de parvenir, malgré l'élude si perfectionnée qu'on a ffaite de ces tissus morbides, et les tentatives ayant pour pbut de les rattacher à la nutrition normale, à un simple [\vice d'évolution de la cellule. Car, nous le redirons, cet élément anatomique dont on fait si grand bruit a pu être ujn progrès au point de vue des productions organiques, lanais elle n'a pas apporté et nous la croyons incapable iJl'apporter le moindre secours à la pathologie ou à la thérapoeutique , par la raison qu'elle n'est, au demeuriint, qu'un ifelément de seconde main, et qu'elle sera toujours primée poar la fluxion qui la constitue, et en dernière analyse par lee sang, de qui dérive cette fluxion.
310. Devant les diathèses dont il est question, le praliiicien ne trouve donc le plus souvent rien à faire. Cependant, )blutôt que de rester les bras croisés, il se résigne parfois
♦ Durand-Fardel ; Tr. des Eaux minér., 399-400.
''Trousseau et l'idoux ; Op. cit., I, 223. — Baumès ; Op. cit., 178.
à tenter un moyen indirect, le cautère ; el comme le mode d'action do cet exutoire a été très-diversement entendu, il ne sera pas sans intérêt de nous y arrêter quelque peu.
A en croire les organiciens , et ils sont nombreux , le cautère n'aurait d'utilité que par son action sur les tissus , par l'irritation qu'il y établit et qui devient révulsive de l'irritation morbide qu'il s'agit de combattre. C'est l'opinion qui, à quelque différence près dans la manière de l'exprimer ou de l'entendre, a réuni la presque unanimité, dans une récente et solennelle discussion à l'Académie de Médecine. Ceux-là mêmes qui se sont montrés les plus favorables au cautère et aux traditions médicales, qui en ont consacré l'usage, ne lui ont concédé d'autres effets que l'irritation ou quelque chose d'équivalent, se prévalant de cet adage de Stoll, que c'est lestimulus qui sert etnon la suppuration, sans remarquer que Stoll parle ainsi du vésicatoire dans la pleurésie, ce qui est bien différent du cautère dans des maladies essentiellement chroniques. Ils se sont surtout défendus de reconnaître au cautère un déplacement d'humeur quelconque ' .
Le prestige du talent dépensé dans ces mémorables séances ne doit pas nous détourner d'apprécier les doctrines qui y furent professées. Le déplacement d'une irritation par une autre irritation est un fait beaucoup plus difficile à concevoir qu'on ne le pense. On ne voit pas comment cette petite plaie, dont l'habitude finit par émousser complètement l'action sensible, peut être capable de faire contre-poids à une lésion bien plus considérable. Et l'on ne s'étonne plus qu'un mordant orateur ail proclamé le cautère un procédé d'une cruauté toute gratuite, et estimé ses effets par celui qu'il pourrait obtenir sur une jambe de bois*. Si l'on ne saurait faire compte sur l'action irritante du cautère, peut-on mieux dire que les états auxquels on
1 Revue thérap. du Midi, IX, 261. — Opinion de M. Bousquet, X. 11.
2 Bouillaucl ; Op. cit., IX, 321.
INDICATION DES DIATHÉSES. 399
l'oppose le plus communément, que la fluxion dartreuse ou scrofuleuse, par exemple, soient de véritables irritations? Et n'arriverait- on pas ainsi à constater la double absence, et de l'irritation diathésique et de l'irritation curative ?
Il s'agit d'ailleurs de s'entendre sur cette prétendue révulsion de l'une par l'autre, et à ce sujet nous signalerons un double fait peu susceptible de l'appuyer. D'abord, si cette révulsion était positive, il s'ensuit qu'elle devrait s'exercer juste en proportion du degré d'irritation comportée par le cautère; plus celle-ci serait intense, plus la révulsion devrait se montrer efficace et le soulagement du néoplasme diathésique prononcé, et tous les praticiens savent que c'est précisément le contraire qui arrive. C'est an fait vulgaire que tous les jours le cautère se gonfle et s'enflamme ; que les chairs sont rouges, saignantes ; qu'il y a de la chaleur et de la douleur ; et c'est alors que ses . bons efî'ets se suspendent, que les symptômes auxquels il remédiait d'habitude, que la toux, que l'étoufi'ement, que la céphalalgie, se reproduisent ; qu'une inquiétude , un malaise général annoncent que l'état du malade a empiré. Pourquoi donc cela? En serait-il ainsi s'il s'agissait réellement de contre-irritation?
D'un autre côté, on applique souvent le cautère à titre préventif, dans le but d'empêcher le développement d'une : maladie héréditaire ou de la lésion organique que l'existence reconnue d'une diathèsefait appréhender. Et pendant I des années le cautère suffît à entraver les fatales manifes- ' talions en perspective, lesquelles éclateraient le lendemain • de sa suppression. Gomment encore le cautère agit-il alors? i Est-ce par la contre-irritation ou la révulsion? En aucune I façon, attendu qu'il n'y avait pas trace d'irritation existante , ] pas la moindre lésion actuelle à révulser. Que parle-t-on (des effets irritants du cautère sur les tissus, et du déplac cernent qu'ils peuvent amener de la scène morbide?
Aussi, dans la même discussion, d'autres champions
furent-ils les premiers à émettre des doutes sur ce déplacement, assurant que si quelque chose se déplace, ce n'csi plus l'irritation en masse, mais simplement la douleur \ que la révulsion n'a d'effet que contre la douleur'. Mais d'abord, dans les diathèses dont nous nous occupons, la douleur, nous l'avons dit, n'existe pas, et la révulsion n'en a pas moins lieu. Dans les cas où la douleur est réelle, comme dans certaines inflammations aiguës ou chroniques, elle n'est que le fait secondaire de la fluxion, et quand on l'atteint on peut être sûr que ce n'est qu'en modifiant cette fluxion, et que par conséquent, ici encore, ce n'est pas contre la douleur que s'exerce directement la révulsion. Non, rien de plus difficile à déplacer que la douleur, la douleur essentielle s'entend; bien plus difBcile que l'irritation, en vérité ! Si Malgaigne avait voulu s'en donner la certitude, il n'avait qu'à essayer du cautère au genou contre le tic douloureux. Il a voulu étayer son dire de l'autorité d'Hippocrate. Mais, avec son habileté et son érudition, il aurait pu se défier de l'opinion vulgaire, qui a tant abusé des aphorismes du grand homme, surtout en fait de révulsion et d'inflammation. Lorsque Hippocrate déclare que la douleur la plus forte obscurcit la plus faible, il n'a pas, que nous sachions, parlé de déplacement. Peutêtre a-t-il voulu exprimer cette vérité banale, que la première nous empêche de sentir ou du moins de discerner la seconde ; que si, par exemple, une puce vient à nous piquer pendant une rage de névralgie dentaire ou de toute autre névralgie, la piqûre passera inaperçue. Et il n'y a pas de quoi s'emparer de cette sentence pour l'ériger eu grand principe de pathologie.
Cependant on n'abandonne pas facilement l'idée d'une surexcitation artificielle se substituant au travail morbide. On la retourne, on la traduit en termes capables, et l'on s'imagine avoir fait faire un pas à la question. Non, veut-
1 Ibid , Malgaigne ; IX, 262.
i on bien dire, ce n'est pas la douleur ni l'irritation qui est I déplacée par le cautère et les autres révulsifs ; c'est l'activité vitale qui se concentrait sur le point malade et que vous attirez ailleurs \
Et le Vitalisme se rallie à cette manière de voir en accu- : sant un travail morbide artificiel remplaçant le travail mor- 1 bide qui vés,\x\\.e naturellement la maladie''. Il reste tou- I tefois à compléter l'explication ; ces quatre mots : irritation, (douleur, travail morbide, activité vitale, expriment à peu [près le même fait dynamique, et, par la substitution de l'un à l'autre, on n'évite'pas toute difficulté. Dans le cautère c enflammé, la douleur, le travail morbide, l'activité vitale, ï sont également exagérés, tout comme l'irritation ; et cef pendant la révulsion se suspend. Ce n'est donc pas encore tdans cette direction qu'il faut chercher notre solution. Et, L disons-le sans détour, l'Académie s'était barré à elle-même 1 la bonne voie pour s'enfermer dans un cercle de fer lorsque . fpar la bouche de tous les partis, elle avait mis hors de ccause tout déplacement d'humeurs quelconques. Il saute aux \yeux, au contraire, que ce déplacement est le fait capital ; Lil ne fallait que le comprendre et l'expliquer.
311. Nous ne voudrions pas, par exemple, dire crûtment avec les anciens qu'en ouvrant un cautère on offre aw )mal ou à la cause qui l'entretient, une route artificielle ppar où il prend son issue''. C'est la même théorie ingénue Iqqu'on retrouve à chaque pas dans leur Humorisme. Et il èest très-remarquable que jusqu'à nos jours les esprits les pplus élevés et les plus judicieux n'ont pu entendre les bbons effets du cautère en dehors de l'écoulement d'humneurs qu'il procure. Ainsi, Bordeu y voit avant tout W'évacuation de sérosités contenues dans les cellules du
' Parchappe, Bousquet, Ibid.. X, 10, 11.
^ Saurel ; Ibid.. IX, 323.
' Raymond; Tr. des mal. dang, de guér., 188.
402 TMAITÉ d'hématologie DYNAMIQUE.
lissu muqueux ' ; Barlhez, le flvx habituel auquel il atlribue une révulsion constamment avantageuse"^ . Alibert lui-même, qui n'oublie pas de revendiquer le contre-appel de l'irritation et des propriétés vitales^ n'a pas cru pouvoir nier l'utilité incontestable résultant de V évacuation des sérosités^. Jusqu'au courant de la discussion que nous analysons, uu très-honorable académicien, mieux que personne à portée d'apprécier les effets du séton par les bienfaits qu'en retire la médecine vétérinaire, a affirmé qu'ils étaient dus à la déperdition de pus qu'il occasionne* .
Il s'agit toutefois de bien concevoir les effets de cette déperdition de pus ou de sérosité. Ne parlons pas de la théorie ancienne; voudrait-on n'y voir qu'un résultat mécanique ou hydraulique, un changement de direction dans le cours des liquides animaux, ainsi qu'on a essayé de le dire de la saignée ? A l'occasion de celle-ci, nous avons discuté l'idée et ne saurions y attacher ici la moindre importance. M. Bouleya proposé une autre exphcation : il a dit qu'à raison des grandes déperditions qu'ils occasionnent, le séton ou le cautère augmentaient considérablement l'absorption interstitiehe, et que c'est ainsi qu'ils opèrent la résolution des engorgements et des inflammations. Mais nous connaissons aussi cette théorie de l'absorption interstitielle, et, à ceux qui persisteraient à y croire, nous ferions volontiers le vieux conte que voici :
Le roi d'Egypte Amasis, étant en commerce d'énigmes avec le roi d'Ethiopie (l'énigme était, on le sait, en grand honneur dans l'antiquité), avait fini par recevoir de celuici, toujours vaincu jusqu'alors, la proposition effrayante et absurde de boire toute la mer. L'enjeu était, des deux côtés, une province ; et le pauvre Amasis, ahuri, n'eut d'autre ressource que de s'adresser au prince des sages de
' OEuv. compl., Il, 793.
2 2" Mém. sur les flux., 49.
a Mat. méd., II, 445.
* Ibid., IX. 265. App. de Bouley.
lia Grèce. « Que le roi d'ÉLhiopie, répondit Bias, commence l^pav arrêter tous les fleuves qui se jettent à la mer\» On 1 ne pouvait mieux dire, et c'est exactement le cas de l'enigorgementou de l'inflammation : tant que les fleuves, ou, : sans métaphore, les courants d'humeurs qui leur correspondent, ne seront pas arrêtés, tant que la fluxion ne sera pas vaincue, l'absorption aura beau s'exercer, elle ne boira ; jamais toute la mer.
Quel est donc le but, le résultat véritable de la suppuration du cautère? car, quoi qu'en ait dit l'Académie tout ' entière, c'est bien là l'origine de ses efi'ets. La théorie va, . ce nous semble, résulter tout naturellement de l'idée que nous nous sommes faite delà diathèse. Pour nous, l'engor- : gement, la tumeur, le néoplasme, procèdent d'une fluxion plastique anormale qui, par l'efi^et d'une disposition vicieuse du sang, dirige, concentre et transforme morbidement sur ce point une partie des matériaux de la nutrition. Le vrai remède à cela serait, disons-nous, de remonter jusqu'à la cause de cette fluxion, de la combattre, de la détruire, et de supprimer avec elle toutes ses conséquences. Une telle prérogative nous étant refusée, et, la difficulté n'étant pas de nature à être attaquée de face , nous nous contentons de la tourner.
En ouvrant sur un point à notre choix, c'est-à-dire dépourvu de danger ou d'inconvénient, une petite plaie artificielle, nous établissons, non un centre d'irritation, de douleur et d'activité vitale, car nous avons vu l'insuflisance de tout cela, mais bien un nouveau travail fluxionnaire tout entier, avec le courant sanguin qu'il comporte et l'opération plastique d'où sort le pus. Nous opposons une fluxion de notre fait à la fluxion morbide, dans l'intention de la contre-balancer et de la suppléer, attendu qu'il n'entre ni dans les attributs ni dans les habitudes de la force vitale de s'exercer sur deux points différents avec le même
' Plularque: OEuvr. morales. Bouqaot des sept sages, \, 337,
404 TRAITÉ D HÉMATOI.OGIK DYNAMIQUE.
succès. Observons seulemenL qu'il ne s'agilpas d'un simple travail vital morbide, mais d'une certaine quantité de matériaux plastiques auxquels on donne une direction et un emploi forcés, et qui, par cela seul qu'ils sont appelés sur un point, doivent faire défautsur un autre. Et c'est peut-être en cela principalement que consiste la révulsion. Lésée par la diathèse, la force vitale avait introduit dans le saug une tendance fatale à se fluxionner ici ou là, et à s'y organiser sous telle ou telle forme. Nous venons, à rencontre, imposer artificiellement à ce sang une direction et un travail plastique ; en un mot, un efTort dynamique nouveau; et peu à peu, cédant à nos sollicitations quotidiennes, il perd son ancienne route, et, son activité dynamique trouvant au surplus une entière satisfaction dans l'incessante élaboration du pus, il doit être de moins en moins en état do se prêter à la fluxion et au travail diathésique. Telle est pour nous la théorie du cautère. Ce sont, disons-nous, une fluxion et un acte plastique que nous opposons à la fluxion et au travail morbides. Et c'est pourquoi, contrairement à une opinion qui tend par malheur à se généraliser, nous croyons à l'utilité pratique du cautère; pourquoi, même dans le néoplasme irréductible du tubercule ou du cancer, ne fît-il que dissiper une partie des matériaux qui tourneraient à leur profit, il n'est pas encore à dédaigner.
Mais alors , il ne faut plus faire fi des déperditions de substance qu'il occasionne. Ce sont au contraire ces déperditions qui, résolvant les difficultés que nous ont offertes l'irritation, la douleur ou l'activité vitale, nous permettront seules de comprendre comment, dans le cautère enflammé, ses bons efl'ets se suspendent avec la suppuration ; comment, pendant le cautère préventif, la diathèse est détournée de chercher un autre moyen d'expression; comment, en un mot, le cautère est également utile, et dans la période latente desdiathéses, et lorsque l'acte morbide est apparu* ; ce qui
' pécholier: De la HévuLs. ; Thèse de concours, 114.
INDICATION nus DIATHÈSES. 'l05
manifestement n'aurait pas lieu dans les théories solidistos I de la révulsion.
312. Nous avions craint que les diathèses à produits I solides n'offrissent que très-peu de prise à nos considérations 1 dynamo-hématiques. Et voilà que nous avons vu celles-ci : nous y fournir, comme partout, les bases rationnelles de [ leurs indications, et que le cautère lui-même, qui semblerait m'avoir trait qu'aux tissus, ne sort pas de ces mêmes conïsidérations. Voyons maintenant si les diathèses à produits [liquides ne se montreront pas plus favorables encore à rnotre manière de voir.
Ici, du moins, nous aurons peu à craindre la concurrrence de l'Organicisme et de la chimie ; non toutefois [qu'ils renoncent, tant s'en faut, à leurs prétentions, mais icon peut se dispenser de les prendre au sérieux, ainsi que |[nous nous en assurerons en parcourant la série entière de icces diathèses. Commençons par l'Organicisme.
Il signale dans l'hydropisie, des engorgements, des hyppertrophies, des rétrécissements ; en un mot, diverses léssions organiques dont le traitement rentre dans les conssidérationsque nous venons de présenter. A propos d'autres ildésordres solides, il invoque des irritations, des phlegiimasies, dont les indications appartiennent au traitement de l'celles-oi. Mais l'hydropisie est souvent essentielle, et alors ilil n'y a pas la moindre vue thérapeutique à chercher, dans da considération des tissus. Pour les flux, qu'on se représente Ides effets d'une action portée directement sur la muqueuse bxhalante, ceux des astringents entre autres , et l'on verra fjqii'outre qu'ils seraient le plus souvent infidèles, ils ne 'eeraient, en cas de succès, que transporter l'exhalation sur une surface différente, et cela peut-être au grand préjudice idu malade. Quant à l'hydropisie, même dans le cas d'une ^sause organique, celle-ci étant ordinairement hors de notre lUlteinto, nous verrcins que le seul parti qui nous reste, c'est [l'évacuation du liquide par le fait d'une fluxion mise en
406 TUAiTÈ d'hématologie dynamiquk.
jou, c'esUà-dire une indication qui n'a rien de commun
avec les tissus.
On ne dira pas que les diathèses sucrée et acide soient plus favorables aux prétentions du Solidisme. Le traitement de la première n'a pas fait naître à cet égard les moindres prétentions. Pour ce qui est de la seconde, Cullen, s'appuyant du succès que les toniques ontd'ordinaire contre elle, a imaginé de dire que ces moyens ne réussissaient ainsi qu'en opérant sur la fibre solide. Mais observons d'abord que s'il ne s'agissait que de la fibre solide , on ne s'adresserait pas aux toniques amers et aux ferrugineux; encore moins aux toniques analeptiques, qui revendiquent pourtant leur bonne part d'action. Ce serait plutôt aux excitants musculaires, aux toniques nerveux, à la noix vomique, à l'électricité, au galvanisme, auxquels personne n'a songé. D'ailleurs, ce conseil des toniques est donné principalement en vue des acides des voies gastriques, où la théorie du spasme peut à la rigueur faire quelque illusion. Mais quand il s'agira des acides de la bouche, quel est le tissu muqueux ou glanduleux dont on devra tonifier les fibres? Dans cette tendance aux acidités qui distingue les nourrices et les enfants, quelle est encore la fibre sur laquelle il sera opportun d'agir? Et dans les maladies où la diathèse acide est générale, telles que le rachitis, l'osléomalacie ou la goutte elle-même, si les toniques conservent plus on moins de leur utilité, dira-t-on toujours que c'est en s'adressant à la fibre solide, à la fibre osseuse? On voit à quels excès conduit la théorie de GuUen. Et l'on se fera du succès de la médication tonique contre la diathèse acide une idée bien plus rationnelle, en admettant qu'elle opère d'abord sur la force vitale, et par elle sur l'économie tout entière; qu'elle a surtout pour efl'et de favoriser la réparation du sang, de lui assurer une plasticité régulière, et de prévenir par là sa tendance à des néoplasmes anormaux, acides ou autres.
Le Solidisme aurait bien moins de chance dans les dia-
thèses laiteuse et purulente. S'il est vrai que les résultats les plus communs de celle-là soient des engorgements, des phlegmasies aiguës ou chroniques, les indications se tirent alors bien moins de la nature des tissus envahis ou d'une circonstance quelconque, relative à l'organe sécréteur du lait, que de la lésion dynamique du sang et de ses tendances fluxionnaires et plastiques, suivant quenousle verrons. Il en est de même pour ladiathése purulente. Quelque part qui doive être réservée à la phlébite et aux indications qui en découlent, il est évident que cène sont point celles qui appartiennent essentiellement à cette diathèse, lesquelles ne peuvent consister que dans les vues capables de s'opposer à cette disposition morbide qui prépare le sang aux néoplasmes purulents.
C'est donc en vain que pour trouver les indications propres aux diathèses dont nous parlons, on aurait recours aux enseignements du Solidisme, qui, convenons-en, s'en est montré fort sobre. Mais la chimie n'a pas usé de la même réserve ; c'est même ici qu'elle a cru pouvoir donner carrière à ses prétentions les plus ambitieuses, et il nous importe de chercher à quoi elles ont abouti.
313. Après s'être flattée d'avoir découvert dans l'état du sang la vraie cause de l'hydropisie, la chimie devait, avec la même assurance, conclure à son traitement. Voyons quel succès a obtenu cette nouvelle prétention , devant laquelle elle n'a pas reculé. Dans son système de ne considérer que la perte de densité et le nombre des éléments du sang, ses indications étaient tracées d'avance : elle devait tout d'abord proscrire la saignée. Elle a bien fait toutefois quelques réserves en faveur de certains cas aigus, avec fibvre et urines albumineuses\ Mais il est par trop évident que tous ses enseignements vont à condamner et à repousser un pareil moyen, qui est cependant bien loin
Becquerel et Rodier ; Chim.falhol,, 190.
408 THAITÉ d'hÉM/iTOLOGIU IJY.XAMinUE.
d'êlre toujours inutile ou nuisible, puisque les praticiens y ont recours tous les jours avec succès, et qu'ils ont pu parfois l'employer de la manière la plus large ; comme dans ce cas d'ascite qui augmenta excessivement par les hydragogues et les diurétiques, et que Sauvages ne parvint à guérir que par l'usage de vingt saignées'.
La chimie se méfie également des diurétiques : elle les déclare trop infidèles dans les cas, soit aigus, soit chroniques, et craint d'ailleurs la quantité d'eau considérable qu'ils introduisent. Les purgatifs ne lui paraissent pas moins mériter d'être exclus, surtout dans les hydropisies cachectiques, comme débilitants et comme pouvant léser secondairement le tube digestif. Tout au plus les toléreraitelle dans les cas aigus, qui sans doute, à son dire, redoutent moins la débilitation, opinion qu'il serait bon peut-être de contrôler^. Toujours est-il que diurétiques et purgatifs sont proscrits par la chimie, alors cependant que, suivant les médecins, c'est par les premiers que s'opèrent la plupart des guérisons^ ; et que parmi les seconds, les plus vigoureux, les drastiques, sont ceux qui ont le plus d'efficacité*.
La seule chose dont se préoccupe la chimie, c'est d'élever l' albumine à son chiffre normal, aussi bien que les globules, et dans ce but elle se jette à corps perdu dans une médication réparatrice et tonique : un bon régime, une alimentalion azotée, les viandes rôties, les vins généreux, les tisanes, les extraits amers, la gentiane, le quinquina, le fer: voilà pour elle les agents les plus utiles, même dans les hydropisies aiguës, où toutefois elle consent à tenir compte de la moindre diminution des principes immédiats du sang^. Et ce sont encore là des prescriptions excessives, qui jurent avec le principe général établi par la pratique dans le trai-
1 Nos. méth., II, 504, in Portai, I, 58. 3 Becquerel et Rodier ; Op. cit., 189-90. ^ Portai ; Obs. sur l'hydr.. I, 365.
Grisolle; Palhol. int., I, 671.
* Becquerel et Rodier, /oc. cit., 188-90.
tement de l'hydropisie, de donner peu d'aliments, de les 1 choisir parmi ceux qui ne sont pas trop analeptiques, et I de préférer les boissons adoucissantes, rafraîchissantes, apéritives, sans redouter leur administration abondante, de laquelle Baccher et d'autres grands médecins ont retiré d'in- 1 contestables succès'. Quant à l'obligation que s'impose plus ; spécialement la chimie de s'attacher avant tout à la restituttion del'albumine, on peutjuger desa valeur par le succès ialtribué à la diète lactée, c'est-à-dire à l'emploi exclusif id'une substance qui, renfermant à peine des traces d'albuimine, ne semblerait pas précisément propre à la rétablir. ïSans doute, nous n'entendons pas le nier, le traitement t tonique pourra parfois n'être pas hors de saison dans U'hydropisie ; mais le présenter comme l'unique voie de jsalut, c'est s'aveugler étrangement, et, pour méconnaître liles indications essentielles qui se rencontrent à chaque pas t?en dehors de lui, il faut, comme la chimie, s'interdire d'aivvance les considérations pathologiques, les seules dont le umédecin ait à s'inspirer.
j II est une autre diathèse où la chimie a fait encore I plus grand bruit de ses oracles sans assurer davantage ses svues thérapeutiques : c'est la dialhèse sucrée, c'est le diabète. D'abord Bouchardat avait cru que l'indication ma-
Ireure consistait à prévenir la formation du sucre, et pour lâelu il lui suffisait d'ordonner un régime d'où il excluait ees féculentsd'une manière absolue. Mais, lui a- t-on objecté, JQU tel régime n'aurait jamais qu'un succès momentané ; lant qu'il refusera à l'économie le genre de substances qui ice prêtent le plus facilement à la production du sucre, l'eelui-ci pourra bien diminuer ou même disparaître, mais Ijicour se remontrer à la première ingestion de matière fécu- Ijfm^e, si la cause inconnue qui préside à l'opération n'a f ias été elle-même détruite. Un régime institué dans le Kiême but, l'usage exclusif des viandes, ne constituera, pour
' ' Portai ; Op. cU., l. 403.
-ilO TRAITÉ d'hématologie Uy.NAMIQUIJ.
la même raison, qu'un moyen palliatif. Bien plus, en amenant à la longue un excès d'acides, il pourra conduire aussi au diabète, comme il arrive à l'homme des villes, dont la nourriture est fortement animalisce ; tant est incertaine ou erronée la question du régime, destituée des considérations médicales, qui seules peuvent lui donner quelque valeur'.
Aussi la chimie n'a-t-elle pas tardé à comprendre que ce n'est pas tout de travailler à empêcher la formation du sucre, qu'il faut en outre opérer la destruction de celui qu'on n'a pu éviter, et elle a cru y parvenir en le brûlant au moyen del'alcaU sous toutes ses formes : eau de Vichy, eau de chaux, carbonate de soude et surtout d'ammoniaque, dans le but d'augmenter l'alcalinité du sang et d'expulser les acides^. Mais on a fait au traitement chimique juste le même reproche qu'au régime : on l'a traité de palliatif. Tant que l'alcalisation durera, le sucre pourra bien être brûlé ; mais aussitôt qu'elle fera défaut, l'effet cessera de se produire.
La participation que M. Cl. Bernard a prétendu prêter au foie, dans la production du sucre, en sus de l'action chimique pure, n'a pas même eu l'avantage de fournir une seule donnée thérapeutique rationnelle; ou plutôt, en enseignant lui-même que le sucre diminue ou disparaît par tout ce qui peut contrarier la nutrition du foie, affaiblir la quantité ou la richesse du sang qui l'abreuve, principalement par l'abstinence^, l'illustrô Professeur s'engage manifestement dans une voie thérapeutique erronée, puisqu'il résulte des données pratiques les mieux établies, qu'une forte et abondante nourriture est un des principaux et des plus utiles moyens à apporter au diabète.
Le succès de la chimie dans le traitement de notre diathèse est donc aussi mince ou plutôt aussi nul que
' Mialhe ; Chim. phys., 82-72.
3 Jbid ; Op. cit., 80.
Becquerel et Rodicr ; Op- cit., 2G5-G1.
possible, et elle a été la première à le sentir lorsque, en dehors des moyens qu'elle présente comme rationnels, elle en recommande d'autres qui sortent évidemment de son domaine : Vexercice, les frictions, la flanelle, les lains froids, \esbains de mer, les bains de vapeur, les sndorifiques^ tout ce qui peut rétablir la transpiration, et quelques médicaments, comme les amers, les toniques, le quinquina et Viodure de fer , parla vertu desquels elle espère remonter jusqu'à la cause, qu'elle se résigne en fin de compte à placer dans une lésion spéciale du système nerveux, une perversion de la vitalité* .
314. S'il est unediathèse où la chimie aurait dû pouvoir se promettre un succès plus réel, c'est la diathèse acide. Neutraliser l'acide par quelque agent susceptible de se combiner avec lui, c'était une opération qui rentrait dans celles qui lui sont le plus habituelles et le plus faciles. Et cependant il s'en faut bien que l'événement ait répondu à ces présomptions; et ici encore les mécomptes sont formels. Il est un cas où l'acide est renfermé dans les premières voies; il semble dès-lors qu'en mettant en contact avec lui une dose convenable d'alcali, on devrait être toujours assuré de le détruire. Ce n'est pourtant pas ce qui arrive, c'est-à-dire que si l'acide est de cause locale, accidentelle, né d'une mauvaise digestion ou de quelques aliments spéciaux ; autrement dit, que sa nature ne soit pas diathésique, rien ne sera plus facile que de le neutraliser. Mais s'il existe comme néoplasme, comme produit d'un travail morbide, les choses changeront entièrement, et vous aurez beau alors donner la chaux, la soude, la magnésie, tous les alcalis possibles, vous aboutirez peut-être à procurer un soulagement momentané; mais, la production acide se continuant, il faudra continuer aussi l'administra-
> arisolle-, Pallwl. int., Il, 784. — Miallie -, Cliim. physiol., 81, 82. — Cl. BcmarJ, mMialhe, 77. — Lhéritier ; Chim. pathol.. 549.
tion de l'alcali, sans espoir d'arriver à un résultat définitif; car, ainsi que le déclare Cullen lui-même : pour détruire la diatlièse, il ne suffit pas de corriger l'acide, il faut remonter jusqu'à la disposition qui y donne Lieu* .
Quand l'acide sera répandu dans toute l'économie, mêlé à la plupart des sécrétions et à certains tissus, il sera bien plus difficile de le combattre. Voyez-le dans l'état puerpéral, chez les nourrices et les enfants à la mamelle, oîi l'odorat nous le révèle parfois de la façon la plus prononcée, et ditesnous si quelques alcalins suffiront alors à le neutraliser. Dans certaines destructions ou productions osseuses également, dans le rachitis ou l'ostéomalacie, où la chimie réclame pour lui ce rôle prépondérant, a-t-elle formulé ou même tenté de proposer, quelque vaguement que ce fût, la moindre vue de traitement puisée dans son domaine? Elle l'aurait pu toutefois, et nous allons voir que dans des cas très-analogues à ceux-ci elle s'est montrée beaucoup moins réservée. Il s'agit de rechercher si, malgré ses affirmations, qui redeviennent ici aussi tranchantes qu'elles puissent l'être, elle ne s'est pas bercée de nouvelles illusions.
On sait que pour la chimie la goutte n'est autre chose que le résultat d'une production excessive d'acide urique et d'urates. La destruction de cet acide et de ces sels constituait dès-lors pour elle la souveraine indication. Et comme les eaux alcalines, et en première ligne celles de Vichy, sont comptées parmi les moyens les plus puissants et les plus utiles à employer contre la goutte, la chimie concluait gracieusement que leur action bienfaisante ne pouvait être attribuée qu'à la propriété qu'elles ont de neutraliser le principe acide, regardé comme la cause déterminante de la maladie^. C'est là une opinion beaucoup trop concrète et qu'il aurait fallu d'ailleurs appuyer de quelque preuve; ce qui n'eût pas été impossible si elle fût partie
1 GMea; Méd. pral., II. na.
2 Petit: De l'action des eaux de Vichy, 3î9. in Durand- F.anlel, 473.
d'un principe vrai. On poûvait, entre autres, nous montrer la disparition ou la diminution des tophus, ce qui était simplement du ressort de l'œil. Mais on l'eût tenté en pure perte, et les esprits sages, ceux-là mêmes qui ont observé de plus près l'action des eaux de Vichy, reconnaissent très-bien que leur succès ne dépend en aucune façon du pouvoir qu'elles auraient de rfi^sowc?re et de neutraliser un produit chimique quelconque, mais de ce qu'elles rétablissent Tawirni/aiio?! pervertie, de ce q\x elles régularisent des fonctions; en d'autres termes, de ce qu'elles contrarient ou détruisent la lésion dynamique d'où procède la fluxion goutteuse, laquelle ne consiste pas seulement dans la production d'un acide ou de sels quelconques, mais bien plutôt dans le gonflement douloureux, non du système articulaire en général, mais de certaines articulations, toujours les mêmes. Et si tant est que l'acide urique et les urates aient à cela quelque participation, c'est purement à titre de produit delà fluxion, ce qui indique surabondamment que le meilleur ou même le seul moyen de les détruire, c'est de prévenir cette fluxion'.
Lorsque le produit (dirions-nous encore ?), le néoplasme (Calcaire se concrète en un corps distinct, sous forme de i calcul urinaire ou hépatique, la chimie n'abandonne pas t encore ses prétentions, et le succès des eaux alcahnes [pourrait autoriser l'idée d'une dissolution directe. Cepenidant chimistes et médecins s'accordent [)0ur affirmer le (contraire. On ne regarde pas les calculs du rein ou de la wessie comme accessibles à l'action chimique pure ; contre ieeux, les boissons alcalines demeurent tout à fait impuis- ^santes; et si elles peuvent leur apporter quelque amendement, c'est en modifiant le trouble initial, autant dire la (lésion diathésique, dont ils sont les manifestations, c'est en iprévenant ou en arrêtant ainsi leur développement^. 11 en est
' Durand-Fardel ; Tr. des Eaux min., 477, 2 Ibid., Op. cit., 610-20.
de même des calculs biliaires. La cholestérine, qui en forme la subsLance, est iuallaquable par les lessives alcalines; elle serait plutôt soluble par certaios acides concentrés^ ; et, au demeurant, tous les prétendus fondants qu'on oppose à ces calculs ne sont, au dire de Pujol, qu'une véritable chimère'^. Faudrait-il faire une exception pour le remède fameux de Durande? A la rigueur, l'éther et l'essence de térébenthine dont il est composé n'étant pas destitués d'une action directe contre la cholestérine', on pourrait admettre la dissolution. Mais elle est encore très-difficile à comprendre, vu la nature du phénomène, le siège des concrétions et la dose elle-même du prétendu fondant ; et nous inclinerions à penser qu'il s'agit plutôt d'un effet antispasmodique propre à celui-ci, et qui en détendant le conduit arrive, non à dissoudre, mais à dégager le calcul, ce qui suffit; sans quoi il faudrait grandement s'étonner qu'on n'ait pas eu même l'idée d'en étendre l'emploi aux calculs vésicaux. Nous ne prétendons pas nier toutefois que l'emploi des alcalins ne soit profitable à la diathèse calcaire ; mais ce n'est pas en facilitant une dissolution quelconque, c'est en absorbant, en neutralisant les acides de l'organisme, et en prévenant ainsi leurs combinaisons. Après avoir si mal réussi dans trois de nos diathèses, pour conséquences pratiques qu'avec son aplomb imperturbable elle tire des principes par elle posés, la chimie devait être peu encouragée à s'occuper des deux autres. Ici, au lieu de purs éléments chimiques, ehe rencontrait des produits organiques, lait ou pus, qui ne lui offraient pas les mêmes facilités. A propos de ce dernier, elle aurait bien été tentée d'invoquer la simple conversion d'un élément, d'une espèce de globules dans une autre ; et c'est là un phénomène qu'elle aurait pu avoir la fantaisie de se réserver. Elle y a
1 MilloQ; Chim. org.,]l, 232-3.
Duraad-Fardel ; Op. cit.. 600.
■i Millou ; Op. cit., II, 232.
prudemment renoncé, et c'esl ce qu'elle avait de mieux à faire. Son échec est donc complet : le traitement d'aucune de nos diathèsesà néoplasme liquide n'a pu recevoir de ses visées le moindre secours. Essayons aiaintenant nos considérations vitalistes, les seules qui nous restent, et montrons que, s'il est vrai que la dilBculté demeure toujours grande, elles ne nous laisseront pas au moins sans quelque direction.
315. Nous avons dit que pour prévenir ou détruire les produits liquides qui caractérisent certaines diathèses, la seule voie rationnelle seroit d'attaquer la lésion dynamique du sang qui préside à leur sécrétion. Mais cette lésion étant jusqu'ici inaccessible à notre investigation, sa nature spéciale nous restant parfaitement inconnue, tout ce qu'on a pu faire, c'est de déterminer le plus ou moins d'élévation du degré de ton vital qui y correspond, de baser sur lui leurs indications. Presque toujours c'est un abaissement de ce ton qui a été démontré par l'expérience ; une seule exception, peut-être, a lieu pour certains cas d'hydropisie Celle-ci, développée rapidement r\ovs chez des sujets jeunes, vigoureux, bien nourris, a pour cause un état de pléthore, une disposition sthénique ou même inflammatoire , et se marque par la force, la vibrance du pouls, la chaleur, la congestion de la peau, et au besoin l'injection de la séreuse exhalante. C'est, on le sait, un état voisin de la phlegmasie, dans lequel le sang a peut-être changé simplement l'expression de son blaslème; il n'en est pas moins vrai qu'il s'agit alors d'un produit séreux, trés-analogue à ce qu'il est dans la diathèse, et que s'il peut être efficacement combattu, c'est par la saignée, les antiphlogistiques et le régime débilitant dont nous avons parlé' . Mais c'est là, disons-nous, une exception. Partout ailleurs, qu'il s'agisse
» Grisolle; Palhol. int., II, G70. — Portai; Op. cit., I, 58.
41G TRAITÉ d'hématologie DYNAMIQUE.
de la diathèse séreuse ou des autres, c'est une indication contraire qui nous sera suggérée.
Sans accepter comme article de foi le traitement tonique et reconstituant préconisé par les chimistes avec trop peu de discernement, en tout cas tout à fait en dehors de leur système, on ne saurait nier que dans un certain nombre d'hydropisies un tel traitement ne soit indiqué.
Le grand praticien Pierre Frank place en tète de la méthode qu'il institue, les toniques, les amers, \q?, martiaux , les nervins\ et ces prescriptions ne sont pas désavouées par la médecine nioderne^. Ceux-là mêmes qui insistent le moins sur leur emploi sont encore d'avis qu'elles peuvent être utiles après la ponction et l'évacuation des eaux, pour prévenir le retour de Chydropisie^ . Et, si cela est, on ne voit pas pourquoi, employées au début, elles ne pourraient de même en prévenir le premier développement. Rien ne répugne à nous faire croire que lorsque la diathèse séreuse est vraiment essentielle, les toniques lui sont directement applicables. Nous nous appuierions en cela de leur emploi, recommandé d'une façon tout à fait générale contre les flux séreux*. S'il y a beaucoup moins de distinction à faire alors, c'est que la nature des flux est plus uniforme que celle de l'hydropisie. Mais toutes les fois que celle-ci dépendra de la diathèse séreuse proprement dite, on peut admettre l'utilité des toniques. On ne saurait s'en étonner lorsqu'on les voit employés avec succès pour la plupart de nos diathèses, dans lesquelles ils semblent avoir pour mission de relever le ton de la force vitale trop délibité, pour s'opposer à la lésion des actes plastiques qui dépendent du sang.
Déjà nous avons noté les bons effets des toniques dans la diathèse acide. GuUen assure, il est vrai, qu'ils ne sont
1 Méd. prat., IV, 240.
2 Grisolle; Palhol. int., I, 670.
Portai; Obs. sur l'hydr.. I, 401 ; II, 180. * Grisolle; Op. cit., I, 728-30.
INDlCATlOiNS DES DIATHÈSES. 417
dus qu'en ce que le t07i de l'estomac est alors rétabli. Mais il est le premier à reconnaître que parmi ces moyens il en est, comme le froid et l'exercice, qui agissent sur tout le corps*. Et, bien que pour lui ce soit encore là une voie pour opérer sur la fibre, on peut ne pas l'en croire sur parole, alors surtout que l'explication ne saurait s'étendre aux cas analogues.
Ainsi, dans le diabète, on recommande les amers, le (quinquina, \'iodu7'e de fer et autres toniques'^. Dira-t-on enicore que c'est à l'adresse delà fibre musculaire ? De même, (dans la diathèse purulente , on se propose de combattre la ^faiblesse profonde de l'économie entière, qui est la condition (essentielle à la transformation du sang en pus. Et on le fait ; avec des moyens semblables. Alors même que la diatbése :se rattache aune suppuration interne, à une lésion organiique, les toniques ne laissent pas de sortir leurs bons effets. ITant il est vrai que, bien loin de s'adresser aux tissus, dont lils ne pourraient qu'aggraver la lésion, ils ont plutôt fpour résultat direct de diminuer l'abondance de la suppurattion, c'est-à-dire de contrarier le travail plastique d'où réssulte la formation du pus, suivant que Delpech le dit des hbains de mer, dont il avait pu voir les bons effets entre les amains de Barthez. 11 est toutefois un médicament, le merecure, dont l'emploi largement dispensé obtient des avantages ^considérables dans certains cas de pyoéhémie, et auquel ou me saurait attribuer le même mode d'action. Mais c'est qu'adors il n'existe pas proprement de diathèse, et que le merscure agit comme simple antiphlogistique contre l'éréthisme sanguin, les irritations locales, surtout contre V inflammation iies veines, d'oîi le pus provient'.
Ce pouvoir que nous attribuons aux toniques de porter directement leur action sur la lésion dynamique essentielle
1 Méd. prat., It, 291-95.
2 Grisolle; Pathol. int., 784.
Âlquié ; Clin, chir., 549, ÔO, 5i, 47.