II
418 TRAITÉ d'hÉMATOI-OCtIE DYNAMIQUE.
de la diathèse, celle-là même qui, siégeant dans le sang, tend à vicier les actes plastiques du liquide; ce pouvoir se retrouve d'une manière encore plus évidente dans un médicament qui, comme eux, obtient un emploi utile contre diverses diathèses. De la part d'une substance telle que l'opium, on ne saurait prétendre à aucune action chimique et pas davantage à une influence portée sur la fibre solide, et c'est bien par le procédé que nous accusons, par le fait de supprimer dans sa source la lésion morbide qui provoque la fluxion et préside à ses produits plastiques; c'est bien ainsi qu'il obtient les bons effets qu'on lui a reconnus depuis longtemps. Les praticiens, entre autres Pierre Frank, avaient parlé de l'utilité de l'opium dans l'hydropisie, sans toutefois préciser l'indication. De nos jours, l'illustre Graves l'a formulée plus positivement et a prescrit l'opium à la dose de 0^'",20 par jour, dans l'hydropisie à marche lente, sans fréquence du pouls, où toute irritation locale et générale a disparu; celle en un mot qui appartient directement à la diathèse séreuse, regardant alors notre médicament comme susceptible d'empêcher la ti ans f oronation du sang en eau' , de même que dans d'autres cas il prévient celle en sucre ou en albumine.
On sait, en effet, que l'opium est encore le seul remède peut-être dans lequel il soit permis de se confier dans le diabète; il a pour effet de diminuer la soif, l'appétit, la quantité d'urine, c'est-à-dire les symptômes caractéristiques, ce qu'il ne peut faire qu'en attaquant la lésion essentielle'. C'est lui aussi qui joue le principal rôle dans le traitement des flux. Quel est cependant le mode d'action dont il soit permis de le gratifier? On ne saurait conserver à cet égard le moindre doute : c'est en modifiant primitivement la lésion diathésique qu'il prévient les transformations. La fluxion qui en procédait n'ayant plus à s'accomplir.
» Graves ; Clin. mécL, II, 410.
3 Grisolle ; Palhol. inl., II, 784.
ces néoplasmes divers sont par cela même supprimés ; oii I comprend ainsi certains effets qui ne s'expliquent pas ; autrement : la diminution de la soif, par exemple. Elle ne 1 résulte pas purement de l'action narcotique, car, dans les I circonstances ordinaires, l'opium a plutôt pour conséquence 1 Y augmentation de la soif, la sécheresse de la bouche et de la igorge\ Et si le contraire arrive dans le diabète, c'est qu'en ■s'opposant aux déperditions des liquides de l'économie, U'opium diminue le besoin de les remplacer, suivant que mous aurions pu le prévoir dans notre théorie ; et si par là :se confirme l'action antidiathésique de l'opium, nous pouwons nous en prévaloir pour la démontrer dans les altérants, Itels que le fer et l'iode ou les toniques proprement dits; cc'est également en remontant jusqu'à la source de la lésion [morbide qu'ils deviennent capables de prévenir la fluxion eelses résultats. Même dans l'albuminurie, où l'on a cru ces jcmoyens capables de modifier l'état du rein, il n'est pas sûr ,]qu'ils ne portent, comme dans les autres cas, jusque sur il l'acte sécrétoire lui-même .
316. Quelque importance que nous revendiquions pour IVaction antidiathésique directe des toniques, des altérants îet de l'opium, il nous faut bien redire qu'elle ne s'exerce ^que dans quelques cas privilégiés, mais que la plupart des Idiathéses dont nous parlons lui résistent. Le praticien se irouve alors placé dans une situation nouvelle : n'ayant pu )prévenir la formation du néoplasme, il cherche à en opérer '.'élimination; c'est une indication analogue à celle que mous nous sommes posée pour le cautère dans les néoplasmes TOolides, avec la facilité que nous donne en plus ici le jeu les fluides et le pouvoir d'opérer une sécrétion. Ce seul not nous révèle la nature de l'opération. Nous savons en [uoi consiste une sécrétion : c'est un mouvement actif du lang, qui se fluxionne vers un organe, où il vient se livrer
Trousseau et Pidoux ; Tr. de thérap., II, 12.
42U TRAITÉ d'hématologie oyNAMlQUIi.
à un acte déterminé do plasticité, sans que l'organe soit pour rien ni dans la fluxion ni dans l'acte qui la suit. Lors donc que pour combattre un néoplasme diathésique liquide, nous nous elibrçons de mettre en jeu une sécrétion antagoniste, nous ne faisons que changer la détermination du sang, qui contracte artificiellement de nouvelles habitudes, si bien que celle qu'il puisait dans la diathése n'a plus sa raison d'être, le nouveau produit donnant suffisante satisfaction à son besoin de plasticité. Et, qu'on veuille bien le remarquer, en dehors du sang il n'y a pas la moindre considération à faire valoir. Dans les maladies afi"ectives, on continuera bien de nous donner le change, de nous faire accroire que par certaines révulsions nous déplaçons l'irritation ou l'activité vitale. Mais lorsque nous excitons la sécrétion urinaire ou intestinale pour dissiper l'hydropisie, personne ne prétendra que nous ne fassions qu'appeler sur le rein ou la muqueuse digestive un centre d'irritation ou d'activité; c/est bien le fait de la sécrétion, la détermination spontanée, vitale et plastique du sang, et, en définitive, la déperdition de substance, qui seules nous ofl'rent tout l'intérêt.
Les diverses sécrétions ne présentent pas pour notre objet les mômes avantages. Celles de la peau sont, de toutes peut-être, celles sur qui nous devons faire le moins de fond. Elles peuvent néanmoins être utiles contre le flux séreux, contre le diabète, où toutefois nous ne les croyons pas susceptibles de contre-balancer la sécrétion urinaire, dont l'exagération constitue alors le fait principal et réclame d'autres agents modificateurs. On a recherché surtout la diaphorése contre la diathése laiteuse, où divers moyens qu'on lui a i cru appropriés, sels d'ammoniaque, esprit de corne de cerf, * camphre, n'ont pas d'autre but. Il n'y a pas jusqu'à l'hydro- l pisie où l'on a espéré le succès des sudorifiques ; malheu- | reusement il est rare alors de leur voir produire un résultat, à raison de l'inertie et presque de la flétrissure de la peau. Dans ce cas, comme au reste dans tous ceux où les sueurs
n'ont pas suffi, on tâche d'y suppléer au moyen d'une autre sécrétion provoquée sur la même membrane, celle du vésicatoire, laquelle rend tous les jours de signalés services dans les flux • dans la diathése laiteuse, où, en vue d'aider au dégorgement, on prescrit de ïentretenir jusqu'à deux et trois mois ' , ainsi que dans l'anasarque et dans l'hydropisie en général, où, à part l'utilité directe de ses déperditions, le vésicatoire active à la fois les voies urinaires et les vaisseaux absorbants, grâce à l'action altérante que nous lui avons reconnue
Une sécrétion qui, au moins dans certains cas, donne des résultats plus positifs, c'est celle des urines. Tout comme la sueur, on l'utilise dans les flux et les maladies laiteuses, mais c'est dans l'hydropisie qu'on en retire les succès les plus importants. Ici, l'indication capitale est d'cvacuer les eaux, et le plus sûr moyen est de déplacer le mouvement fluxionnaire , de le détourner de sa tendance habii tuelle vers telle ou telle cavité, en l'attirant sur les voies urinaires^. Il faudrait pourtant, suivant les praticiens, faire • exception pour l'hydropisie liéeàl'albuminurie. où les diurréliques, aussi bien que les autres évacuants, sont peu 1 utiles*, où ils seraient même nuisibles, suivant les chi- 1 mistes*.
Enfin, dans des cas plus nombreux, c'est aux sécrétions i intestinales que l'on s'adresse; on peut même dire que (c'est par elles principalement que s'opère l'évacuation des iplus importants de nos néoplasmes liquides. On n'a pas i ainsi la prétention de les éliminer directement; on met ; seulement en jeu une sécrétion qui détourne et consomme Iles matériaux qui leur étaient destinés. Ainsi, dans les bron- (chorrhées, les émétiques sont souvent utiles à ce titre. Les
' Ghamboa ; Mal. des femmes en couches, II, 153. 2 Portai ; Obs. sur l'hydr., l, 212.
* Baumès ; Pr. sur hs diath., 331.
■'■ Grisolle ; Op. cU., 11, «04.
* Becquerel et Roclior-, Ghim. palhol., 171,
Arabes et surlout Avicenne les employaient même contre les diverses hydropisies. Mais, impuissants contre les grandes collections, telles que l'ascite , on leur a reproché de pouvoir rappeler à l'intérieur, sur la poitrine entre autres, les sérosités de l'œdème ou de la leuco-phlegmasie et c'est alors aux purgatifs, quelquefois aux plus énergiques d'entre eux, que l'on s'adresse de préférence; cela avec une utilité , manifeste, quelle que soit la forme affectée par la diathèse séreuse. Les maladies laiteuses offrent encore aux purgatifs un emploi peut-être plus fréquent et plus utile ; c'est par eux principalement que les anciens s'efforçaient d'expulser le lait, qui, circulant avec le sang, était suivant eux toujours prêt à se déposer sur les organes ^. On l'attaquait d'abord par les fondants, pour prévenir ou dissoudre ses coagulations, et pendant qu'on lui ouvrait diverses voies d'élimination, on achevait de le détruire et de l'expulser par les purgatifs incisifs ' ; c'est là une théorie à laquelle on ne croit plus. Dès longtemps on a proclamé l'impossibihté où est le lait de produire tous les mauvais effets qu'on lui impute *. Et la chimie a été la première à confesser son absence dans tous les cas. Mais l'indication des purgatifs n'a pour cela rien perdu de son importance, et, chose plus curieuse, on n'a pas cessé de croire, comme les anciens, à la propriété qu'ils ont de dégorger l'organisme des matières nuisibles ^ Tout en acceptant cette indication, nous ne saurions croire qu'il s'agisse ici de matière quelconque, pas plus que de lait. Pour nous, la théorie est toujours la même, et, nous le répétons, cette facihté de s'adapter sans effort à tous les cas possibles est pour nous un garant de sa valeur. Pendant la lactation, le sang avait contracté une longue habitude de se fluxionner vers la mamelle et
1 Portai ; Hydr., I, 383-4.
2 Chamboa; Op. cit., II, 158.
3 Ibid., Op. cit., 153.
* Bosquillon ; Noies à Cullen, I, 292.
* Velpeau ; Tr. des accouch., II, 952.
d'y provo(juer un néoplasme abondant. La fluxion el ses résultats venant à se supprimer brusquement, le sang cherchera à donner satisfaction, vers un point différent, à ses besoins fluxionnaires el plastiques. Le meilleur moyen de s'y opposer sera de donner lieu à la fluxion séreuse intestinale, et d'y concentrer les matériaux, qui seront par là détournés de se porter ailleurs.
317. Partout donc nous retrouvons le sang, partout la vie, la lésion, la plasticité variée du sang; en conséquence, partout la nécessité de chercher dans le sang les véritables indications de nos diathèses. Mais s'il en est ainsi de celles qui s'expriment par un produit matériel, à plus forte raison des autres, dont l'essence est de n'intéresser que le liquide lui-même, de susciter dans sa substance seule des changements qui accusent en principe l'action de la cause qui préside à sa nutrition, ou des mouvements, des fluxions, qui ne procèdent que de la force d'impulsion qui lui appartient en propre.
Ici le Solidisme renonce à toutes prétentions ou ne les émet qu'avec la plus grande réserve. Dans la chlorose, où il allègue principalement pour cause l'atonie des organes génitaux, il essaye bien de recommander les excitants généraux, et, dans certains cas, ceux de l'utérus ; mais la force de l'évidence lui arrache, eu définitive, cet aveu que le fer, sous toutes les formes, est le plus 23uissant moyen*. Or, on ne saurait considérer dans le fer la seule influence qu'il peut porter sur l'utérus; s'il en en était ainsi, on devrait trouver dans des excitants plus appropriés et plus puissants, tels que la rue, la sabine, le seigle ergoté, un secours bien plus assuré, auquel on ne recourt pourtant que dans des cas très-exceptionnels, et toutefois comme simple adjuvant. D'ailleurs, suivant l'opinion tout à fait générale
* Roche-, Art. Chlorose, du Diclionn. de Mèd. et de Ghirurg. pral., V, 130-35.
aujourd'hui, c'est entièrement en dehors du système utérin que s'exerce l'action du fer. L'hémorrhagie ne se prête pas davantage aux considérations solidistes. Les lésions diathésiques et organiques qui l'accompagnent parfois, à part que leur traitement rentre dans les vues déjà exposées, ne nous fournissent que des indications secondaires. Elles ne sauraient nous donner seules la raison de l'hémorrhagie, qui devrait être permanente comme elles ; et s'il nous faut toujours réserver une part à la fluxion, il est évident que c'est à elle aussi que s'adressent plus ou moins nos moyens. Pour ce qui est même de ceux qui semblent intéresser le plus directement les tissus , tels que le froid et les astringents , il n'est pas sûr qu'il ne convienne de remonter plus haut. De tels moyens, nous le savons, opèrent manifestement sur le sang : sur sa vitalité, qui est abaissée, sur le principe qui l'anime, jusque-là qu'ils peuvent amener sa condensation* , et une telle action ne saurait manquer d'être comptée dans leurs effets astringents. S'il en est ainsi de ces moyens, qu'en sera-t-il d'autres dont l'action n'a rien de local, et dans des cas où la moindre circonstance organique ne peut plus être invoquée?
Le scorbut n'a pu offrir à la thérapeutique aucune indication tirée de l'état des organes ou des tissus; c'est dans une voie tout à fait opposée qu'ont dû être cherchés pour lui les moyens de traitement; il semble qu'il en aurait pu être autrement pour l'anémie. Du mom.ent où l'on tirait son caractère distinctif de ce qu'elle avait pour cause une maladie antécédente, le plus souvent une lésion organique, phlegmasie ou autre, on devrait s'attendre à ce que les indications fournies par celle-ci entrassent en première ligne dans le traitement. On n'a point cependant insisté à cet égard. Sans doute, si la maladie organique dure encore, il faudra bien en tenir compte. Mais nous avons dit que, même dans ces cas, elle n'est pas la cause unique, car elle
Trousseau et Pidoux ; Thérap., I, 144.
existe Lrés-souvent sans que l'anémie s'ensuive, tout comme celle-ci peut exister sans l'autre. L'anémie suppose donc toujours une lésion propre du sang, une débilitation dynamique contrariant sa reconstitution, et c'est cette lésion, cette débilitation, qui deviennent alors le point du mire du praticien; il s'efforce de les combattre par de bonnes conditions d'habitation et de régime, par l'emploi d'une alimentation tonique-analeptique, soutenu par celui de substances médicamenteuses du même ordre, et au besoin du quinquina ; tous moyens assez mal assortis, ce nous semble, à l'idée d'une lésion organique quelconque, et qui nous paraissent bien mieux dirigés contre la lésion dynamique du sang dont nous parlons'. A plus forte raison, si la maladie organique a disparu, sera-t-on alors dispensé de s'arrêtera toute autre indication que celle fournie par la cause essentielle de l'anémie.
Remarquons qu'ici cette maladie est guérie, et la perte des globules qu'elle représente rétablie exclusivement par des moyens dans lesquels il ne peut entrer aucune idée de spécificité. Tout à l'heure on nous signalera le fer comme le remède unique, direct, matériel, chimique, en un mot, de la déglobulisalion du sang. Voici cependant un cas où cette lésion est tout aussi prononcée, aussi importante que dans la chlorose, et où nous la dissipons à merveille sans le prétendu spécifique; ce qui suffit déjà pour nous mettre, à son égard, en suspicion contre les allégations de la chimie. On a, il est vrai, essayé de contester le fait. Le professeur Gorneliani (de Pavie) s'est vanté d'avoir prouvé expérimentalement que V usage du fer seul peut effectuer V augmentation des globules, et nullement celui des autres moyens, chimiques ou non ^. Mais les faits que nous consignons ici et qui sont vérifiés tous les jours par les pathologistes, répondent suffisamment à cette assertion. D'ailleurs,
• TTrisolle; Pathol. int., I, 177.
3 Ibid., Op. cit., I, 135.
i-O TRAITÉ D'HÉMATOr.OrrlE DYNAMIQUE.
les chimistes eux-mêmes acceptent tous ces faits ; ils admettent entièrement ce pouvoir des toniques de reproduire alors, de toutes pièces , les globules perdus ; ils iraient même plus loin, déclarant qu'ici l'action du fer est tout à fait secondaire à la différence des médecins, qui la proclament comme la plus efficace, non-seulement pour remédier à l'état du sang, mais aussi pour combattre les divers accidents nerveux, si fréquents dans l'anémie'. Et, en effet, on ne voit pas vraiment sur quoi se fondent les chimistes, encore moins l'intérêt qu'ils trouvent à faire ici si bon marché de l'action du fer , eux qui vont nous le prôner comme le spécifique incomparable d'un état très-analogue à l'anémie ; et, si nous étions en pénurie d'arguments, nous nous emparerions de leurs propres déclarations pour combattre les étranges systèmes qu'ils nous proposent. Mais nous ne nous arrêterons pas à les relever sur un point isolé, quand il nous est donné de contredire ceux de leurs enseignements au sujet desquels ils chantent leurs plus beaux triomphes.
318. En attendant, nous pouvons montrer le peu de succès de la chimie dans les médications des diathèses à défîbrination du sang. Elle avait assez mal réussi à les théoriser et ne pouvait que laisser la même incertitude dans les indications. Cependant, de même que le fond de la pensée chimique est bien que l'essence de nos deux maladies consiste dans la diminution de la fibrine du sang, de même aussi on la voit tendre, par tous les moyens, à relever le chiffre de cet élément; si l'on pouvait à cet égard conserver quelque hésitation, elle serait sûrement levée par la considération que voici : exclusivement préoccupé, dans le traitement de l'hémorrhagie, du besoin de rendre au sang la fibrine perdue, le professeur
Becquerel et Rodier ; Chini. patliol., 165. -Grisolle; Pathol. ml., I, 177.
Millier ne trouve rien de mieux que rétablissement d'un vésicatoire'. Ce n'est là qu'une ^hlegmasie externe, laquelle, si elle ne profite pas toujours beaucoup, ne comporte pas au moins de grands inconvénients. Fasse le ciel qu'un chimiste plus aventureux et, au fait, plus conséquent, ne propose pas d'aller plus loin, ou plutôt félicitons-nous de ce que la provocation d'une phlegmasie quelconque ne soit pas, de tant s'en faut, à sa disposition, car il pourrait bien, un de ces quatre matins, nous offrir la pneumonie comme le remède rationnel de l'hémoptysie, ou le rhumatisme aigu comme le plus puissant antagoniste de l'apoplexie ! Le besoin d'opérer sur la fibrine du sang ne se traduit pas toujours par des formules d'une pareille excentricité. Mais ce n'est que là que tendent les moyens de traitement entrevus par la chimie.
Elle a beau se complaire dans les distinctions, les restrictions, les arguties; après avoir proclamé la perle de fibrine du sang comme la condition essentielle de l'hémorrhagie et du scorbut, elle s'imposait le devoir rigoureux d'indiquer comme traitement tout ce qui est susceptible de rétablir l'élément perdu. Et alors elle ne pouvait éviter de recommander spécialement une alimentation riche, substantielle, animalisée, excitante, les médicaments doués de propriétés analogues, amers, aromatiques, toniques de toutes sortes; si elle ne l'a pas fait, c'est qu'elle était tenue en réserve par les enseignements pratiques. En effet, c'est dans une direction toute contraire que l'expérience a prononcé : une nourriture légère, l'usage de beaucoup de végétaux, parmi lesquels on admet seulement ceux qui, tels que le cochléaria ou le cresson, peuvent corriger des propriétés rafraîchissantes exagérées, les sucs de ces mêmes plantes ; le lait ou encore mieux le petit-lait, et, en première ligne, les fruits d'été, surtout les fruits acides, re-
' Eslor; Anal. appt. à la chirurg., 1304,
gardés comme de bons spécifiques : voilà la série desŒoyens
auxquels s'adressent les praticiens \
Il est vrai que, s'emparant de ces derniers, la chimie recommence aussitôt ses explications. Elle enseigne doctement que l'acide de ces fruits précipite la soude en excès qui tenait en dissolution la fibrine du sang, et cela grâce à la formation d'un carbonate de soude qui est éliminé; oubliant qu'à quatre pages de là elle a mis elle-même en question l'existence de cette soude, qui ne lui paraît pas encore démontrée"^. Au surplus, pour concéder une telle action chimique, il faudrait pouvoir attribuer à l'acide carbonique, dans les fruits, une prépondérance qui évidemment ne lui revient pas. Il faudrait en outre que ce même acide qui, administré directement, obtint un résultat identique sinon supérieur ; il faudrait que tout acide pouvant décomposer ou précipiter la soude, comme le sulfurique et le phosphorique, obtînt la même utilité ; il faudrait surtout faire abstraction d'une foule de substances non acides, d'un effet tout aussi favorable, sans que rien de chimique puisse être invoqué de leur part. D'ailleurs, la chimie a été la première à contredire ces enseignements. Elle a considéré l'effet tempérant des acides dans les phlegmasies, lequel lui a paru opposé à celui qu'on lui prête dans le scorbut, en tant, sans doute, qu'il concourt dans celleslà àabaissar le chiffre delà fibrine, qu'il serait censé relever dans l'autre \
11 y a donc pleine contradiction entre les dogmes théoriques de la chimie et les conséquences pratiques qu'elle se plaît tant à faire valoir. Et, malheureusement, il n'y en a pas moins avec les données de l'expérience. Au point de vue chimique, rien ne devrait être plus funeste, dans l'hémorrhagie, qu'une substance qui, capable d'acrroîtrc
1 Lind ; Tr. du scorbut. I, 327, 18, 33.
2 Becquerel el Bodier; Chim. patliol., 145-41. Lhéritier ; Cliùn. pathoL, 260.
INDICATIONS DKS DIATHÈSES. 429
le chiffre des globules, tendrait par là même à abaisser relativement la fibrine. Or, le fer est la principale substance de ce genre, et, au dire des praticiens, il est telles bémorrhagies où les ferrugineux, aidés des toniques, sont les moyens les plus puissants \ De même, avec le parti pris de ne voir dans le scorbut que la défibrination du sang, la chimie devrait avoir horreur de tout ce qui pourrait porter atteinte à la constitution de ce liquide, des évacuants de toute sorte en particulier. Et, ici encore, les médecins préconisent les diurétiques, surtout les sudorifiques , dont les scorbutiques retirent plus d'avantages que d'aucun autre moyen, et enfin les purgatifs, dont on ne craint pasl'emploi réitéré tous les trois jours, ni l'opération assez vive ^.
En ce qui concerne le régime et les médicaments, la chimie ne pouvait donc plus mal réussir. Mais il est une dernière indication, celle de la saignée, que, sur la foi de ses dogmes, on risquerait de prendre plus encore à rebours. Ces dogmes, on le sait, iraient droit à contre-indi~ querla saignée ; et comme l'expérience proteste contre une telle proscription, il est curieux de voir la chimie se débattre devant cette conséquence, à propos des diathèses à défibrination du sang. D'abord, elle ne proscrit que les saignées trop copieuses, qui auraient pour eiïet de ramener ou de perpétuer l'hémorrhagie ^ Mais à quoi bon se retrancher ainsi sur le plus ou le moins ? De ce que, trop copieuse, la saignée doit être condamnée; de ce que, en quantité plus mesurée, elle entraîne moins d'inconvénients, s'ensuit-il qu'en principe elle mérite moins sa condamnation ? Alors, la chimie se rabat spécialement sur une seule espèce, l'hémorrhagie cérébrale, où elle signale l'accroissement de la fibrine et des globules à la fois, pour légitimer l'emploi de la saignée"*. Mais, d'un côté, cet exemple n'est pas uni-
» Grisolle ; Palhol. int., I, 579.
2 Liad; Tr. du scorbut, 329, 34, 69.
Anilrul ; Hémal.. 135.
•'' Becquerelet Rodier ; Chim. palkol., 151.
que : la métrorrhagie, l'hémoptysie, l'épistaxis , peuvent dans certains cas admettre aussi la saignée. Est-ce lorsque les éléments hématologiques ont augmenté? Et, d'un autre côté, si cette augmentation n'exclut pas l'hémorrhagie , que parlez-vous de défîbrination ? A propos du scorbut, la contradiction est encore plus choquante. Ici la logique ne devrait pas moins nous éloigner absolument de la saignée. Toutefois la chimie n'ose pas encore la rejeter, et dans quel cas l'admet-elle? C'est uniquement dans le scorbut aigu, où les éléments du sang oscillent dans leurs limites physiologiques, et elle la repousse dans le scorbut chronique, où la densité et les parties solides du sang ont augmenté, et plus encore les globules, qui atteignent parfois jusqu'à 176 '. De sorte que c'est partout et toujours en mentant à ses propres principes que la chimie entreprend de mettre le pied dans la médecine ; et s'il est vrai que, de l'avis de Boerhaave dans le scorbut, de celui de tous les médecins dans l'hémorrhagie, la saignée soit loin d'être toujours nuisible^, c'est partout ailleurs que dans les errements des chimistes qu'on doit en chercher la raison.
319. Alors qu'elle a eu si peu de succès pour la fibrine, la chimie va-t-elle prendre sa revanche à propos des globules? A l'entendre, on serait tenté de le croire: c'est ici où elle se dit le plus sûre d'elle-même. Et cependant nous allons voir la vanité de ses assertions. Nous avons déjà parlé de l'anémie et montré que, bien qu'il s'agisse pour elle de globules, et par conséquent de fer à restituer au sang, cette double tâche est parfaitement remplie par des substances qui n'ont absolument rien de chimique, qui sont incapables de rendre directement l'élément perdu. A la rigueur, on a pu en dire autant de la chlorose. On a observé que l'emploi des toniques, tels que le houblon,
1 Becquerel et Roclier -, Op. cit., 141-43.
2 Liad ; Tr. du scorbut, II, 409.
INDICATIONS DES DIATHÉSES.
l'absinthe, l'armoise, le quinquina, joint à de bonnes conditions hygiéniques, ont longtemps suffi et suffiraient encore à son traitement, c'est-à-dire à la restitution du fer et des globules perdus. Les systématiques ont prétendu que c'était en guérissant la névrose gastrique dont ils gratifient la chlorose, que de tels moyens obtiennent leurs effets' . Mais il n'en est pas moins vrai que par eux la guérison se vérifie très-bien, et que, sans posséder la moindre action chimique, ils parviennent cependant à rétablir le fer et les globules, comme dans l'anémie. Toutefois, à raison de l'intensité plus grande de la lésion spéciale qui a procédé à la déglobulisation; à raison sans doute de la spécialité de cette lésion dans la chlorose, de tels moyens n'ont qu'un effet faible et lent ; on a dù rechercher une action thérapeutique plus intense aussi, plus appropriée, plus sûre, et c'est au fer qu'on s'est adressé, ce qui a donné lieu aux belles théories dont nous parlons.
Ces théories n'ont sans doute rien d'absolu, et, nulle part peut-être, on ne les trouverait signées d'un nom propre. Mais elles n'en ont pas moins conquis une large place dans l'opinion, en prétendant établir par les faits que le fer absorbé rend immédiatement au sang les principes qui lui manquent et répare d'emblée ses éléments organiques. Mais plus d'une difficulté s'élève contre une telle assertion. D'abord, au dire d'un habile chimiste lui-même, le fait principal serait déjà contestable. Il a analysé le sang de plusieurs chlorotiques, et il a trouvé, d'un côté, qu'avec des quantités très -variables de globules, celle du fer était constamment la même; de l'autre, que lorsque, sous l'influence des ferrugineux, la reconstitution organique s'opère, ce sont les globules qui reviennent à leur chifî're normal, la proportion du fer n'ayant pas changé^. Sans trop nous
' Roche ; Art. Chlorose, du Dictionn. de Méd. et de Chirurg. prat. V, 324-3G.
2 Réveil, in Trousseau et Pidoux ; Tr. de ihérap., I, 11.
432 TKAITÉ d'hématologie DYNAMlgulî.
prévaloir de ces expériences, qui, à les supposer exactes, prononceraient en dernier ressort , nous rappellerons les effets des simples toniques et du régime, qui guérisssent sans action chimique. Nous invoquerons es outre ceux des préparations insolubles de fer qui, bien que n'introduisant aucun principe et devant ainsi, au dire delà chimie, rester complètement sans efficacité, n'en sont pas moins acceptées par les Ihérapeulistes, qui font une loi de commencer par elles le traitement de la chlorose*. Bien plus, devant les succès, aujourd'hui incontestables, du manganèse, comment s'en tenir encore à la restitution directe et matérielle du fer ? Gomment ne pas reconnaître que si celui-ci jouit de propriétés reconstitutives incontestables, c'est par une action ihniquement tonique , qu'il partage avec une foule d'autres subtances, et en vertu de laquelle les fondions digestives et nerveuses ; Qx\ d'autres termes, la digestion et l'innervation, sont rendues plus parfaites, suivant l'opinion formelle des écrivainsles plus compétents^?
En vérité, si la chimie avait un peu plus de respect de ses propres observations, elle perdrait son assurance. Elle est la première à constater que dans quelques cas de chlorose le sang n'a reçu aucune altération appréciable^ . Le fer n'est pas sans doute alors moins utile, peut-être moins indispensable, sans qu'on puisse pourtant lui attribuer l'action chimique directe, qui peut-être ne serait pas sans inconvénients. D'ailleurs, si cette action était réelle, si elle se passait, suivant qu'on affecte de le dire, comme. dans nos laboratoires, il est une chose certaine : c'est qu'elle devrait être prompte, instantanée, comme toutes les actions chimiques. Lorsque la dose totale du fer qui entre dans la masse du sang ne dépasse pas deux ou trois grammes ; lorsque la proportion qui s'en est perdue équivaut à peine à quelque
' Trousseau et Pidoux ; Op. cit., I, 14.
2 Ibid., Op. cit.. I, 10.
•* Becquerel el Rodier ; Chini. palhol., isr»-
centigrammes, suivant l'appréciation du célèbre chimiste Dumas, on se persuade aisément qu'avec les doses considérables de fer qu'on administre journellement, la restitution de ces quelques centigrammes ne devrait être l'affaire que d'un instant, on comprendrait surtout que le résultat ne devrait souffrir ni hésitation ni incertitude. Au lieu de cela, les praticiens savent combien est long, difficile, chanceux, rebelle, le traitement de la chlorose. Les chimistes vont plus loin : ils sont obligés de convenir que le fer échoue quelquefois , que les récidives sont fréquentes. Ils n'en affirment pas moins que le fer constitue le seul, l'unique moyen de traitement' , Mais si cela est, ce qui déjà peut se contester, il faut au moins convenir qu'il s'agit ici de toute autre chose que d'un fait chimique, qui ne saurait se passer dans de telles conditions,
Cependant la chimie insiste ; elle prétend en venir aux preuves et déterminer la nature de l'opération qui se passe alors. Suivant elle, le sel ferrugineux absorbé et l'albuminate alcalin existant dans le sang réagissent l'un sur l'autre, et de leur double décomposition, le plus simple des faits chimiques, résultent un nouveau sel alcalin et l'albuminate de fer, véritable base du cruor, àuqnelprend naissance le globule sanguin ou, pour mieux dire, la trame de ce globule. Kien ne paraît plus clair, plus positif que cela. Mais allez plus loin : demandez à la chimie de vous expliquer la formation des globules sanguins au, moyen de son composé ferroalbuminique. Elle répond : /Vo^ recherches sont inhabiles à expliquer les nombreux phénomènes qui président à l'organisation; nos prétentions ne vont pas jusque-là^. Que prétendez-vous donc nous donner l'albuminate comme la base du globale? Vous ave« compris vous-mêmes qu'un sel ne saurait jamais être un élément organique, que la transition de l'un à l'autre suppose un travail qui est hors
' Becquerel c'- Roilier ; Op cil., IG'i Miullie ; (Jkim. pathol., 299-301,
de votre compétence. Pourquoi donc ne l'avoir pas compris plus tôt et avoir entrepris une explication que vous étiez incapables de donner? D'ailleurs, le fait chimique ainsi entendu aurait-il plus de valeur, nous en reviendrions à demander comment, en cette qualité, il ne jouit en rien de la précision, de la sûreté, de la promptitude des faits de ce genre, et pourquoi le traitement de la chlorose comporte les lenteurs, les incertitudes et les insuccès plus haut signalés. Il faut bien avouer que la chimie n'a pas saisi la véritable action du fer ni les indications qu'il est appelé à remplir, et nous sommes autorisés à douter, avec les praticiens, que l'accroissement des globules se fasse aux dépens du fer administré^ C'est-à-dire que ce n'est pas celui-ci qui va directement, chimiquement, brutalement, restituer au sang le fer par lui perdu. Non. Mais si, par une action commune à tous les médicaments, le fer opère vitalement sur la chlorose, s'il supprime la lésion par laquelle eUe contrariait l'élaboration des globules, et si, par suite de la multiplication de celui-ci, on voit augmenter la quantité de fer qui lui est, on le sait, proportionnelle, l'importance du fer administré n'a pour cela rien à perdre de son effet souverain ou spécifique.
320. On le voit, les considérations hématologiques et chimiques relatives, soit à la fibrine, soit aux globules, ne nous fournissent en thérapeutique aucune notion sérieuse; celles qu'elles nous donnent étant acceptées, on entrerait dans une voie qui nous mènerait presque toujours à rencontre des indications. Le cas par excellence où la chimie se flatte d'avoir le succès le plus certain, n'a pu nous procurer aucune satisfaction réelle. Voyons donc si dans nos idées vitalistes, en considérant, non plus les éléments chimiques du sang, mais la force qui réside en lui et d'où résultent son ton, son impulsion, ses actes de plasti-
' Trousseau et Pidoux ; Op. cil., II, 12.
cité; voyons si nous n'aboutirons pas plus sûrement à trouver les véritables indications des diatlièses, que nous étudions en ce moment.
Dans certaines d'entre celles-ci, au lieu de la défîbrination du sang qu'on y fait valoir et qui nous a si mal réussi, invoquons ses lésions dynamiques et les fluxions qui s'y rattachent, et un horizon tout nouveau va s'ouvrir devant nous. Ainsi, quanta l'hémorrhagie, nous constatons qu'elle survient souvent chez des sujets jeunes, vigoureux, hien nourris, pléthoriques, offrant en un mot toutes les conditions d'un dynamisme en excès. Car, il est bon de le remarquer, dans la pléthore, il faut faire passer la force d'impulsion, la vitalité exagérée du sang, avant son abondance, qui, réduite à elle seule, ne devrait être qu'une cause d'emharras et de gêne circulatoire. Il n'arrive pas toujours que l'état dynamique du sang soit monté jusqu'à ce degré; une simple déviation de ses mouvements et de sa direction, une fluxion anomale, suffit souvent pour produire l'hémorrhagie. Et, dans ce cas comme dans l'aulre, il s'agit avant tout de modérer le ton et l'impulsion du liquide ; ce qu'on obtient par une diète sévère, le repos du corps et de l'esprit, la digitale, et tous les tempérants possibles , par la saignée aussi, la saignée, que la chimie nous porterait plutôt à proscrire. On ne se contente pas d'agir sur l'impulsion générale du sang, on tente en outre de dévier la fluxion en suscitant dans le liquide un mouvement factice qui puisse contrarier son arrivée sur le point où se produit l'hémorrhagie ; on a recours, dans ce but, aux sinapisnies, aux sangsues, aux révulsifs de toutes sortes.
Il est des hémorrhagies où le sang ne pèche plus par un excès de ton, mais par l'excès contraire, car nous savons qu'une telle condition n'est nullement incompatible avec les mouvements désordonnés du hquide. Ce sont alors les toniques et les astringents qui seront indiqués Mais il ne
' Grisolle : l^ulhul. inl., 077 -8-9,
436 THAITÉ D HÉMATOLOfilK UYiNAMlgUK.
faudrait pas croire qu'en cela on ail plus d'égard aux considérations solidistes ; c'est toujours la force ou la lésion de la force que l'on a en vue, pour supprimer l'impulsion vicieuse qui en résulte. C'est toujours le désordre circulatoire, la fluxion, que l'on entreprend de modérer; si l'on pouvait douter de la vérité de cette assertion, des faits plus évidents viendraient corroborer la preuve. L'hémorrhagie perd très-souvent son caractère diathésique et se lie à telle ou telle aflection pour revêtir tour à tour le génie phlogistique , bilieux , nerveux ou intermittent , et alors la saignée, Vémétique, Vopiuin, le quinquina, tour à tour, sont seuls aptes à en triompher \ Il n'y a pas à tergiverser ici : vainement on voudra, de la part de ces divers agents, sup-. poser une influence organique quelconque, encore moins les croire capables de modifier lacomposition du sang; c'est plutôt sa vie qu'ils ont rendue à son état normal. En dissipant la lésion dynamique qui avait suscité sa vicieuse impulsion, en mettant fin à la fluxion, ils ont supprimé l'hémorrhagie ; et si la théorie est ici incontestable, nous avons le droit de nous en autoriser, dans l'hémorrhagie diathésique, pour croire que le traitement n'a pas alors d'autre but et d'autre résultat que de modifier aussi la lésion vitale du sang et les désordres circulatoires qui en proviennent.
Appliquons ces mêmes données au traitement du scorbut, et ses indications n'auront plus pour nous rien d'embarrassé ni de contradictoire. Si, au lieu d'un vice chimique essentiel, nous considérons plutôt dans le sang une lésion dynamique spéciale qui, après avoir produit ce vice, enraie les actes de plasticité du liquide, nous comprendrons très-bien que cette lésion soit de telle nature que le régime végétal et tempérant, ainsi que divers ordres d'évacuants, lui soient profitables; que le fer, que l'hémorrhagie ne repousse pas, soit ici, au dire de Lind , manifestement
* Grisolle ; Op. cit.,l, 579.
nuisible* ; que, d'un autre côté, la saignée, que dans beaucoup de cas Boerhaave déclarait n'enlvàinev aucun risque'^ , ail pu être approuvée par les chimistes tout les premiers, qui insistent beaucoup sur son emploi, vantant ses succès et affirmant qu'ils n'ont eu qu'd s'en louer, bien qu'elle soit formellement incompatible avec leur propre théorie*. En un mot, delà part d'une lésion vitale, rien ne saurait nous étonner en ce qui concerne les indications qui nous sont révélées par l'expérience ; tandis qu'à s'en tenir aux vues chimiques, on marche de contradictions en contradictions.
Lesdiathèses à déglobulisation nous fournissent des enseignements tout à fait semblables. Nous avons vu à combien de difficultés donne lieu la prétendue action directe du fer pour reconstituer chimiquement les globules. Mais si, au-dessus de la perle de ceux-ci, nous plaçons la lésion dynamique qui en est cause, nous évitons toutes ces difficultés. Nous voyons, dans l'anémie, de bonnes conditions hygiéniques et alimentaires, soutenues au besoin de simples toniques, suffire au traitement, et suffire si bien, qu'au dire de la chimie elle-même, le fer n'est alors que d'une ulilité secondaire. Oui, dans ce sens qu'il n'est pas ici indispensable. Mais s'il le devient dans la chlorose, ce n'est pas qu'il y exerce une action d'un genre différent, c'est sans doute qu'il est plus approprié à la lésion diathésique, qui est ici essentielle, de symptomatique qu'elle est dans l'anémie. Au fond, il ne se comporte pas autrement que les toniques, que le manganèse lui-même, qu'on ne soupçonnera pas d'agir chimiquement; il a pour effet de modifier l'innervation et la digestion, de manière à rendre la reconstitution organique 'plus parfaite; en un mot, de mettre l'organisme en état de prendre dans les aliments les parties
' Lind: Tr. du scorbut, I, 365.
2 In Lind, IL 409.
3 Becquerel el Rudier ; Clùin. palhol., 144.
438 TRAITÉ d'hématolooie dynamique.
constituantes des globules ' . Si bien que si le fer est alors rétabli, ce n'est pas d'une façon chimique directe , ce n'est pas isolément, mais en tant que faisant partie des globules, dont le nombre est augmenté par une opération entièrement organique, ce qui est bien différent. Au reste, la chimie elle-même paraît l'avoir senti lorsque, après ses théories si absolues, elle s'est résignée àconsidérer le fer comme un aliment*, et même un aliment de premier ordre. Il est vrai qu'en parlant ainsi elle suppose le fer capable, par décomposition, c'est-à-dire par sa conversion directe, de produire, non pas encore le globule, mais la trame du globule sanguin. Or, on bonne physiologie, une telle opération ne se conçoit pas; le titre d'aliment doit être réservé aux matières susceptibles de céder directement leurs éléments à la substance animale, et nous ne croyons pas que ce soit le cas du fer; un corps qui en userait exclusivement ne serait pas nourri le moins du monde, assurément, et tout ce qu'il pourrait attendre de lui, c'est qu'il le mit en état, ainsi que nous le disons, de mieux opérer la conversion, l'assimilation de ses véritables aliments. Il n'y a donc pas à en douter, l'action du fer est purement tonique, c'est-à-dire dynamique; et si elle est ici plus efficace qu'aucune autre, c'est qu'elle est plus en rapport avecla lésion diathésique du sang.
Nous voudrions bien savoir ce que les novateurs ont gagné pratiquement aux vues organiques qu'ils ont tenté d'introduire dans l'histoire de la déglobulisation du sang. Car en médecine, nous ne cesserons de le redire, toute théorie doit conduire à un perfectionnement thérapeutique; sinon, à part les défauts qu'elle peut avoir, elle est au moins inutile. Quelles indications serait-il donc permis de tirer de la lésion des ganglions lymphatiques et de la rate, à laquelle on rapporte les maladies des globules? A-t-on
1 Trousseau et Pidoux ; I, 10, 12.
- Mialhe ; Chim. physiol., 284.
seulement essayé de détorininci' cette lésion et les moyens directs de la combattre? Dirait-on que c'est à elle que s'adresse le fer? Une telle proposition ne s'appuierait sur aucun principe, aucune analogie. Tandis que l'action du fer sur le sang est connue et admise de tout le monde, que nous la voyons, dans certains cas, s'appliquer à la défîbrination, et que tout autorise à penser qu'elle modifie de même les globules. Du reste, les bistologues eux-mêmes ne devraient éprouver aucune répugnance à nous concéder une telle action. Quand ils parlent de la faculté de respirer, d'absorber l'oxygène, qu'ont les globules, ils ne veulent exprimer sans doute que leur vitalité, leur fonctionnement plus ou moins parfait ; et ils se condamnent ainsi à admettre pour eux la possibilité d'opérer directement sur cette vitalité et ce fonctionnement, ainsi qu'ils font sous l'influence du fer.
Nous en avons fini avec la diathèse. Nous avons passé en revue le traitement relatif à chacune de leurs classes différentes, et nous avons montré que dans celles à néoplasmes solides, où le praticien est presque toujours désarmé, les seules indications qu'il lui soit donné de remplir avec quelque succès, il les tire exclusivement des considérations fournies par le sang et ses lésions diathésiques. Il n'est guère plus heureux pour les néoplasmes liquides ; il ne remonte pas mieux à leur source pour prévenir leur formation ; seulement il trouve le moyen de les évacuer, non pas directement sans doute et en substance, mais en provoquant artificiellement des sécrétions qui en absorbent les matériaux, ainsi qu'il cherche à le faire moins heureusement, avec le cautère, pour les néoplasmes solides. Enfin, dans les diathèses sans néoplasme, qu'il s'agisse de remédier, soit à des mouvements morbides, soit à un simple vice de composition du sang, nous nous sommes convaincus qu'il est impossible de chercher les indications en dehors de co liquide lui-même, de sa vie, de sa force, de ses actes de plasticité. Jusqu'ici, le sang lui seul a donc
dû être l'unique point de mire du praticien, comme il l'avait été déjà du pathologiste. Le traitement des maladies affectives, dans lequel nous allons entrer, va nous conduire aux mêmes conséquences d'une façon plus positive et surtout plus évidente ; car, au lieu de fluxions lentes, obscures, à résultats organiques, qu'il n'est pas toujours facile de bien analyser, nous allons rencontrer maintenant des troubles considérables, des mouvements orageux qui, nés et presque toujours renfermés dans le sang, imposent au médecin le devoir exclusif de les chercher et de les combattre au sein même de ce liquide.