L. polynucléaires éosinophiles
Lymphocytes 25
Grands 1. mononucléaires 4,1
Les granulations neutrophiles sont plus petites que chez riiomme.
Chien. — Le nombre des leucocytes est de 8 à 15 000 par milhm. cube (TallqvisL et Villebrand) -; il varie de 6 000 à 10 000, suivant Gourmont et Montagard.
On trouve, suivant Tallqvist et Villebrand - :
Leucocytes polynucléaires à granulations neutrophiles 70 à 80 p. 100
Leucocytes polynucléaires à granulations acidophiles 4 à 8 —
Grands leucocytes mononucléaires et formes de transition.. 10 à 15 —
Lymphocytes 5 à 10 —
Mastzellen 0,5 —
Suivant Busch et Van Bergen il y a dans le sang du chien cinq types de leucocytes : un petit leucocyte mononucléé (21 p. 100) ; lin grand mononucléaire (6 à 8 p. 100) ; un polynucléaire ordinairement non granuleux, mais contenant parfois des granulations (65 p. 100) ; un éosinophile (3 à 5 p. 100) ; enfin, de très rares mastzellen. Le nombre des polynucléaires varie peu, celui des éosinophiles beaucoup.
Cheval. — Chez le cheval, le nombre des leucocytes est d'environ 12 000 (Gourmont et Montagard).
Suivant Hayem, les leucocytes sont plus volumineux que chez riiomme, bien qu'au contraire, les hématies soient un peu plus petites. Les mononucléaires se composent de petits mononucléaires appartenant surtout à la variété opaque, qui est relativement plus abondante que dans le sang humain, et d'un petit nombre de grands
1 Batty Schaw. The journal of palhologij and baclerioloçjy, mars 1902. - Tallqvist et Villebrand Scand, Archiv fiir PhijsioL, Bd. X, 1899. 3 Bl'scu et Van Bekgen. Med. Re^earc/t., nov. 1902.
LES GLOBULES BLANCS A l'ÉTAT PHYSIOLOGIQUE CHEZ l'hOMME.
mononucléaires clairs. Les polynucléaires ont un protoplasma très homogène, presque absolument dépourvu de granulations neutrophiles. Les leucocytes à granulations acidophiles sont plus nombreux que chez l'homme : ils sont volumineux, remplis de grosses granulations arrondies, très réfringentes, groupées en grappe, masquant le noyau et donnant à l'élément un aspect muriforme ; elles se teintent faiblement par l'éosine. Les leucocytes à granulations basophiles sont aussi plus fréquents dans le sang du cheval que dans celui de l'homme.
Génisse. — Le nombre des leucocytes varie entre 5 000 et 9 000 (J. Courmont et Montagard).
Batraciens. — Il est très remarquable, dit Hayem, que dans le sang des animaux à hématies nucléées, les globules blancs diffèrent à peine de ceux des mammifères.
Chez la grenouille^ les éléments de la première variété de l'auteur (lymphocytes), comprennent deux types : l'un à granulations fines, à protoplasma pâle et clair ; l'autre à grosses granulations, rendant le protoplasma sombre. Après coloration par le chlorhydrate de rosaniline, le protoplasma de cette dernière variété apparaît sombre, presque violet.
D'après Hayem, enfin, sur les préparations de sang sec, la masse protoplasmique, qui entoure le noyau, est souvent colorée nettement en jaune orange et il n'est pas douteux qu'elle renferme une proportion sensible d'hémoglobine.
Les autres variétés de globules blancs ne présentent pas de caractères spéciaux.
Oiseaux. — Les globules blancs des oiseaux sont, en général, plus riches en hémoglobine que ceux des animaux à sang froid ; ainsi, chez le canard, les éléments de la l"^*" variété seraient presque aussi colorés que les hématies. Les globules blancs de la 2'' variété (polynucléés) sont quelquefois aussi légèrement imprégnés d'hémoglobine. Les leucocytes éosinophiles sont relativement très abondants.
ORIGINE DES LEUCOCYTES.
Meinertz ' a fait une étude très complète de la morphologie comparée des globules blancs, dans un certain nombre d'espèces animales inférieures.
§ VII. — Orig-ine des leucocytes.
De tous les problèmes suscités par l'hématologie, il n'en est aucun qui ait soulevé plus de controverses que celui de l'origine des leucocytes.
Pour mettre un peu de clarté dans la discussion, après avoir sommairement rappelé le mode de formation des leucocytes chez le fœtus, nous aborderons le mode de formation dans la vie extraulérine et étudierons successivement les points suivants :
1" Les leucocytes peuvent-ils se former dans le sang circulant, aux dépens des leucocytes adultes, ou bien se forment-ils exclusivement dans les organes hématopoïétiques, dont les vaisseaux les déversent dans le sang?
2" Les diverses variétés de leucocytes dérivent-elles d'une même cellule d'origine (théorie uniciste), ou bien existe-t-il deux séries leucocytaires irréductibles (théorie dualiste) ?
3" Les granulations des leucocytes sont-elles spécifiques ?
4° Les leucocytes peuvent-ils se transformer en cellules conjonctives ou inversement ?
Nous ne reviendrons pas, dans ce cha|:titre, sur les liens qui unissent les hématies et les leucocytes, ce point ayant déjà fait l'objet d'une étude spéciale au chapitre de l'origine des hématies.
1" Origine des leucocytes chez le fœtus. — Nous avons vu que les premiers leucocytes semblaient n'apparaître dans le sang que tardivement, bien après les globules rouges, et qu'ils avaient une origine différente, extra-vasculaire , et non intra-vasculaire comme les érythroblastes.
Les premières cellules blanches ou cellules migratrices primaires sont, en effet, d'origine mésodermique et se voient dans les tissus connectifs lâches du jeune embryon. Ce sont des cellules de 6 à 8
i Meinertz. Arch. f. path. Anat., CLXVIII, 3.
LES GLOBULES BLANCS A l'ÉTAT PHYSIOLOGIQUE CHEZ l'hOMME.
munies criui gros noyau, contenant un ou plusieurs nucléoles et une quantité modérée de protoplasma finement granulé, légèrement acidophile (Saxer). Leur époque d'apparition dans le sang serait assez tardive ; elle n'a pas été soigneusement fixée, du moins chez l'embryon humain ; chez la grenouille, d'après Hayem, les leucocytes n'apparaîtraient dans le sang que 3 ou 4 jours après les hématies.
Le rôle de ces premières cellules d'origine dans la formation des leucocytes, n'est pas encore élucidé ; comme nous l'avons vu avi chapitre de l'origine des hématies, les uns admettent que les hématies, comme les globules blancs, dérivent de la même cellule d'origine, la cellule migratrice primaire (Saxer) ; les autres admettent que les deux variétés d'éléments figurés du sang ont une origine différente ( Denys). D'après Saxer, il semble bien prouvé que toutes les cellules de l'embryon ont une origine commune, la cellule migratrice primaire, et que celle-ci est capable pendant 3 à 4- générations de donner naissance à l'une ou l'autre de ces variétés, mais que plus tard, la spécialisation s'accomplit, de sorte que chez l'adulte, érythrocytes et leucocytes ont une origine absolument distincte.
Lieux d'origine des leucocytes embryonnaires. — Quoiqu'il en soit de cette origine commune ou distincte des hématies et des leucocytes, il semble démontré que les premiers leucocytes apparaissent, réunis en amas, dans les tissus connectifs lâches des régions variées où, plus tard, se développeront les ganglions lymphatiques, mais surtout dans le foie embryonnaire. Ces amas se voient dans les interstices des tissus connectifs et entre les cellules du foie ; les cellules y sont fréquemment en état de karyokinèse. Plus tard, la formation passe graduellement du foie aux organes lymphoïdes et myéloïdes, aux ganglions, à la rate, à la moelle osseuse et au thymus, qui se développent peu à peu.
Époque d'apparition des leucocytes polynucléaires. — Dans les derniers mois de la vie intra-utérine on commence à découvrir dans le sang d'autres variétés de leucocytes que les cellules embryonnaires ; cette apparition se fait longtemps avant la naissance, et il est certain que toutes les variétés de leucocytes que l'on rencontre chez l'adulte sont présentes à cette époque.
Pour les leucocytes à granulations neutrophiles, le moment de
ouiGiNE DES Leucocytes.
l 'apparition dans l'embryon humain n'est pas connu. Saxer a trouvé cependant, chez un embryon de mouton de 4,5 cent., dans le tissu connectif et rarement dans la lymphe, des leucocytes polynucléaires identiques en apparence à ceux de l'adulte.
Les leucocytes éosinopliiles, par contre, sont de très bonne heure différenciés des leucocytes primaires ; Engel les a trouvés dans le sang du poulet le 5^ jour de l'incubation; Scheffer, Gulland les ont vus dans le thymus et les ganglions lymphatiques avant l'apparition de la moelle des os.
2" Origine des leucocytes dans la vie extra-utérine. — L'étude des leucocytes du sang circulant montre qu'à l'état physiologique tout au moins, il existe une fixité des formes leucocytaires, un état d'équilibre sur lequel Leredde et Loeper ont insisté à juste titre. Qu'il s'agisse des hématies ou des leucocytes, il semble que les éléments figurés pénètrent dans le sang sous leur forme définitive sans y subir dans la suite de transformation notable. On ne voit, qu'exceptionnellement du moins, des figures de division, et les formes dites de transition sont d'une extrême rareté ; c'est ainsi que, bien qu'il soit à peu près unanimement reconnu que les hématies dérivent des hématies nucléées, et les leucocytes polynucléaires neutrophiles et éosinophiles, des myélocytes neutrophiles et éosinophiles, l'on ne constate, dans le sang normal, ni ces formes, ni les états transitionnels par lesquels ces cellules passent pour arriver à leur état adulte.
Le sang apparaît donc bien plutôt comme un produit de sécrétion des organes hématopoïetiques que comme un tissu propre dans lequel s'accomplit la genèse des éléments.
Origine des lymphocytes et petits mononucléaires. — L'origine des cellules non granuleuses du sang est facile à démontrer; les lymphocytes et les petits mononucléaires se forment dans tous les organes de la série lymphoïde, au niveau des centres germinatifs, et sont apportés au sang par la lymphe ; l'identité absolue du petit mononucléaire du sang et de celui des organes lymplioïdes n'est contestée par aucun hématologiste.
Origine des polynucléaires granuleux (Neutrophiles, éosinophiles^ basopiiiles. — L'origine des leucocytes polynucléaires granu-
LES GLOBULES BLANCS A l'ÉTAï PHYSIOLOGIQUE CHEZ l'hOMME.
leux a soulevé plus de controverses ; on a admis trois modes de formation :
a) Aux dépens des myélocytes granuleux. — La plupart des hématologistes admettent aujourd'hui avec Ehrlich que les leucocytes polynucléaires du sang reconnaissent pour origine hahituelle les niyélocytes granuleux de la moelle osseuse, dont le noyau uniforme se transforme en noyau polylobé ; ces myélocytes, selon leur variété, donnent naissance : le^myélocyte à granulations neiitrophiles, au
Fis. 77.
1, Myéloeytc neutropliile à noyau arrondi ; — 2, Myélocyte neutrophile à noyau cylindrique ; — 3, 4, 5, Polynucléaires neutropliiles (Dominici;.
polynucléaire neutrophile ; le myélocyte éosinophile au leucocyte polynucléaire éosinophile ; le myélocyte à granulations basophiles, au polynucléaire basophile.
h) Aux dépens du myélocyte à proloplasma basophile. — Pour Dominici, il est bien exact que le leucocyte polynucléaire neutrophile se développe le plus souvent aux dépens des myélocytes ; mais le myélocyte à granulation neutrophile n'est pas la seule cellule souche du polynucléaire neutrophile ; celui-ci a encore une autre origine ; le myélocyte basophile. D'après Dominici, on voit en effet dans la moelle osseuse, à côté des myélocytes granuleux, une autre variété de leucocyte mononncléé, à noyau clair volumineux, à
Fip
1, 2, 3, 4. Myi'locytes basopliiles de taille graduellement croissante ; — 5 et G, Myélocytes basopbiles se chargeant de granulations neutrophiles (Dominici).
protoplasma non granuleux, fixant fortement les couleurs basiques. Ce leucocyte peut se multiplier par division directe ou indirecte, et reproduire d'autres myélocytes de même genre, ou bien se transformer en myélocyte granuleux par apparition de granulations dans son protoplasma.
Les myélocytes à granulations éosinophiles et basophiles (mastzellen)
OttlGINE DES LEUCOCYTES.
bl5
peuvent dériver aussi, d'après Dominici, du myélocyle à proloplasma basopliile, mais le plus souvent ils se multiplient essentiellement en tant qu'éléments granuleux.
c) Aux dépens des cellules de la série lymphatique. — Le leucocyte polynucléaire pourrait cependant reconnaître une autre origine. Pour Ouskoff, Lôwit, Klein, Stiénon, Gulland, Kanthak, le leucocyte polynucléaire dérive directement des cellules de la série lymphatique, du lymphocyte, par l'intermédiaire du gros leucocyte mononucléaire. Le noyau de celui-ci se plisse, devient d'abord réniforme ou en fer à cheval, puis se charge de chromatine et prend l'aspect polylobé du leucocyte polynucléaire. Cette transformation s'accomplit dans les organes hématopoïétiques pour certains auteurs; dans le sang, pour les autres.
Fig. 79. — Développement du polynucléaire aux dépens du lymphocyte (Dominici).
Tout en considérant ce mode de développement du leucocyte polynucléaire comme exceptionnel, Dominici, comme Everard', Demoor et Massart a vu, au cours de certaines leucocytoses expérimentales chez le lapin, le lymphocyte se transformer directement dans le sang en leucocyte polynucléaire.
Tantôt, dit Dominici, le noyau de certains leucocytes mononucléaires bourgeonne, tantôt il se fissure, tantôt il s'incurve, puis s'étrangle et devient identique à celui des polynucléaires ; il n'a pas à rénover sa structure pour lui être identifié, car sa chromatine et ses grains de chromatine ont d'emblée la même densité, les mêmes
* Everard, DE.MOOR'et Massart. Ann. Insl. l'asleur, 1893.
LES GLOBULES BLANCS A l'ÉTAT PH YStOLOGlQUE CHEZ l'hOMME.
affinités liucloriales que ceux du polynucléaire adulte. D'autre part, au moment où se produit la transformation du noyau arrondi en noyau lobulé, les granulations se montrent.
Relation des leucocytes de la série lymphoïde avec les leucocytes DE LA SÉRIE MYÉLOÏDE. — Eiî résumé, iious voyous que les hématologistes se partagent en deux camps, lorsqu'il s'agit d'interpréter les rapports des divers leucocytes entre eux, et admettent soit une théorie uniciste, soit une théorie dualiste.
Pour OuskofF, Lôwit, GuUand, Flemming, Benda, E. Maurel, etc., qui sont partisans de la théorie uniciste, le lymphocyte représente la cellule primordiale aux dépens de laquelle va se former le mononucléaire, puis le polynucléaire.
Le gros mononucléaire c[u'on observe dans le sang, est le terme de passage entre le lymphocyte et le leucocyte polynucléaire ; par sa forme et son noyau il dérive nettement du lymphocyte ; mais, ce noyau lui-même est susceptible de se moditîer, il prend l'aspect réniforme, en haricot, en fer à cheval, et se transforme finalement pour donner le noyau irrégulier, riche en chromatine des leucocytes polynucléaires.
Pour Ehrlich, Denys, Levaditi, etc., qui sont partisans de la théorie pluraliste^ il n'y aurait là qu'une apparence.
Le gros mononucléaire, que les partisans de la théorie uniciste considèrent comme le terme de passage entre la série lymphatique et la série médullaire, appartient en réalité à la série médullaire et doit être distingué soigneusement du petit mononucléaire, qui est la forme adulte' du lymphocyte. Le leucocyte mononucléaire diffère en effet du lymphocyte, d'après Ehrlich, et par les caractères de son noyau et par ceux de son protoplasma ; l'on ne trouve, ni à l'état normal, ni dans les maladies qui provoquent de la leucocylose, de forme de transition entre cette variété cellulaire et le lymphocyte.
Bien plus, d'après Levaditi, au cours des leucocytoses, les lymphocytes et les gros mononucléaires varient d'une manière absolument indépendante.
Denys se rattache aussi à la théorie pluraliste d'Ehrlich ; il montre que dans la lymphe, les leucocytes mononucléaires ne contiennent
ORIGINE DÈS LEUCOCYTES.
pas de granulations et n'offrent pas de formes de transition avec le leucocyte polynucléaire.
En résumé, on voit que pour tous les hématologistes, les leucocytes polynucléés sont susceptibles de dériver d'une variété de grand leucocyte mononucléé non granuleux ; le point en litige est de savoir si ce grand leucocyte mononucléé est une cellule lymphatique, comme Tadmettent Ouskoff, Askanazy, Pappenheim, Benda, ce qui nous couduit à la théorie uniciste, ou bien s'il est une cellule médullaire comme l'admettent Ehrlich, Denys, Engel, Levaditi, ce qui conduit à la théorie pluraliste.
L'étude des organes hématopoïétiques, à Eétat physiologique, montre que le lymphocyte ne s'y transforme jamais en leucocyte polynucléaire. Pas plus dans les voies lymphatiques efférentes du ganglion (F. Bezançon et M. Labbé) que dans la lymphe du canal thoracique, au moment où elle se jette dans le système veineux (Denys), on ne voit de forme de transition entre le lymphocyte et le polynucléaire ; l'examen du sang, d'autre part, montre que cette transformation dans le sang normal, si tant est qu'elle existe, est pour le moins exceptionnelle.
Il semble donc bien que le leucocyte polynucléaire ne dérive pas directement des cellules lymphoïdes à l'état physiologique, mais bien des cellules de la moelle osseuse, des myélocytes granuleux ou du myélocyte à protoplasma basophile de Dominici qui est lui aussi une cellule médullaire.
Reste à interpréter l'origine même de ces myélocytes granuleux.
Dominici s'est attaché, comme nous l'avons déjà vu, à démontrer la fdiation qui existe entre le myélocyte granuleux et une cellule médullaire non granuleuse, à laquelle il a donné le nom de myélocyte Ijasophile ou orthobasophile, cellule qu'on doit identifier, semble-t-il, au gros leucocylose mononucléaire non granuleux, déjà signalé dans la moelle osseuse par Pappenheim, Benda, et que ces auteurs considèrent comme un lymphocyte.
D'après lui, tous les éléments figurés du tissu myéloïde semblent procéder d'une souche unique, du mononucléaire à protoplasma homogène (cellule migratrice primitive de Saxer \ myélocyte basophile ou orthobasophile de Dominici).
1 Saxer. Anal. Anzeiger Nr. XI, 1896. Vorl. MiUheilung.
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LKS GLOBULES BLA>'(;S A l'ÉTAT PHYSIOLOGIQUE CHEZ l'hOMME.
L'origine de ce myélocjLe à proloplasma basophile serait une cellule de même sorte à mince bordure protoplasinique basophile, à gros noyau fortement teinté ; autrement dit une cellule qui ressemble beaucoup au lymphocyte ou à la cellule dite embryonnaire.
Ce mononucléaire, par accroissement de taille et bourgeonnement du noyau, se transformerait en mégacaryocyte ; par formation intraprotoplasmique diffuse d'hémoglobine, il deviendrait hématie nucléée ; par élaboration endogène de granulations, il se changerait soit en myélocyte neutrophile soit en myélocyte éosinophile, soit en mastzelle.
On reviendrait ainsi à la théorie uni ciste, mais à une théorie uniciste modifiée. La cellule embryonnaire, le lymphocyte du système lymphoïde, la cellule germinative, serait à l'origine des autres formes cellulaires.
Dans le ganglion et la rate, le lymphocyte formerait le petit mononucléaire et le grand mononucléaire ou macrophage, forme terminale; dans la moelle osseuse, la cellule germinative pourrait donner naissance soit aux éléments de la série hémoglobique tels que le normoblaste, soit à ceux de la série myélogène, tels que le mononucléaire non granuleux à protoplasma basophile, qui se transformerait lui-même en myélocyte, puis en leucocyte polynucléaire.
Ainsi comprise, cette théorie comporte cependant, d'après Dominici, une restriction. S'il est bien certain que toutes les cellules, lymphatiques ou médullaires, semblent dériver de cellules, conformées suivant un type à peu près homéomorphe, auquel on donne le nom de lymphocyte ou de cellule embryonnaire, rien ne prouve que ces cellules embryonnaires, ayant à peu près le même aspect, soient cependant, à ce moment, des cellules indifférentes, capables de donner naissance aussi bien au mégacaryocyte qu'à l'hématie nucléée.
Il existe déjà, d'ailleurs, même dans les cellules embryonnaires, des différences d'aspect qui permettent de préjuger de leur évolution subséquente ; les mégacaryocytes, à l'état embryonnaire sont plus volumineux que les autres cellules et leur chromatine est arborescente ; les hématies nucléées ont déjà cette coloration intense et cette condensation de la chromatine nucléaire, qui les caractérisera dans la suite ; le lymphocyte ordinaire, souche de mononucléaire ordinaire et de macrophage^ a un noyau assez fortement teinté, ponctué
ORIGINE DES LEUCOCYTES.
de grains de cliromatine nets, centraux et périphériques, entouré d'une mince bordure protoplasmique légèrement basophile ou claire ; la petite plasmazelle a un noyau opaque à grains de chromatine extrêmement foncé, la bordure protoplasmique est fortement basophile. Enfin, le petit mononucléaire basophile, souche des myélocytes, a un petit noyau clair, à chromatine invisible, serti d'une mince couche protoplasmique basophile. Il est certain, cependant, qu'alors rien ne distingue la cellule embryonnaire souche des myélocytes, qu'il s'agisse du myélocyte orthobasophile, ou du myélocyte à granulations neutrophiles, éosinophiles et basophiles (Dominici).
Relation des divers leucocytes polymucléaires granuleux entre EUX. — 1" Leucocytes polynucléaires à granuhilions neuti^ophiles et leucocytes polynucléaires à granulations éosinophiles. — GuUand admet qu'il existe des stades de transition entre les granulations neutrophiles et les granulations éosinophiles, du moins dans les cellules de l'embryon, mais ses assertions n'ont pu être vérifiées, et sont nettement contredites par les résultats de la majorité des observateurs qui n'ont pu trouver aucune forme de transition chez l'adulte.
Ehrlich a beaucoup insisté sur la spécificité des granulations et l'absence de forme de transition entre les diverses cellules granuleuses; dans un même leucocyte, jamais on ne trouve d'après lui, deux espèces de granulations, les unes neutrophiles, les autres éosinophiles.
Il existe en effet de nombreuses preuves physiologiques, morphologiques et microchimiques qui démontrent que les leucocytes éosinophiles ne sont pas dérivés des leucocytes à granulations neutrophiles.
D'après Ewing, les cellules éosinophiles sont avant tout des cellules du tissu conjonctif, trouvant leur habitat naturel dans les tissus et non dans le sang, tandis que les leucocytes neutrophiles sont principalement des cellules hématiques, se montrant presque exclusivement dans le sang. Ces deux sortes de leucocytes granuleux diffèrent encore par leurs fonctions, la phagocytose est presque exclusivement dévolue aux neutrophiles et est plus rare pour les éosinophiles.
Les preuves morphologiques sont nombreuses : les noyaux des deux espèces de cellules, comme Leredde et Bezançon, JoUy l'ont
LES GLOBULES BLANCS A LKTAT PHYSIOLOGIQUE CHEZ l'hOMME.
démonlré, onl des caractères dislinclifs; les granulations sont de taille dilïerente ' et ont des réactions histochimiques distinctes.
Les granulations éosinopliiles donnent la réaction de Lilienfeld et de Monti pour le phosphore (Herrington), contiennent du fer (Barker), et donnent les réactions de la vanilline et de l'aldéhyde de Weiss, tandis qu'aucun de ces caractères n'a été démontré dans les granulations nentrophiles.
Si l'on a pu discuter sur la spécificité de ces diverses granulations, cela tient : 1° à l'existence des granulations dites amphophiles ; 2° à l'existence de granulations hétérochromatiques dans certains cas pathologiques.
a) Granulations amphophiles. — Jolly pense que les granulations nentrophiles des polynucléaires de Thomme sont dans certaines conditions faiblement acidophiles : si, en effet, après fixation par l'acide chromicpie on colore fortement par la thionine et qu'on ne traite pas par l'alcool on voit les colorations nentrophiles colorées en vert bleu.
Marino ^ a admis qu'on peut colorer les granulations nentrophiles du sang de l'homme et du singe par les couleurs acides (fuchsine ou éosine), et que les granulations nentrophiles n'existent pas, tontes les granulations étant acidophiles ou basophiles. Les granulations nentrophiles sont d'ailleurs colorables par les solutions basiques de bleu de méthylène ; elles sont donc, en réalité, amphophiles. Il en serait de même des granulations éosinopliiles, qui pourraient être acidophiles ou basophiles. Les deux variétés de granulations ne se distingueraient plus que par la dimension des granulations.
Ces observations sont intéressantes, mais elles ne permettent pas cej)endant d'identifier les granulations acidophiles et nentrophiles. Si, en effet, par des procédés spéciaux et dans des cas particuliers on peut arriver à colorer les granulations nentrophiles par les réactifs
1 La dimension des granulations ne sufiit pas toujours d'ailleurs pour distinguer une granulation éosinophile d'une neutropliile ; dans un cas de leucémie myélogène, F. Be/.ançon et E. Weil ont observé des leucocytes granuleux, qui, sur les préparations colorées par le triacide, semblaient à cause de leurs dimensions et de leur aspect, devoir être étiquetées éosinopliiles et qui, cependant rentraient dans la catégorie des nentrophiles, puisque sur les lames colorées par l'hématéine-éosine elles ne prenaient point la couleur. Ces mêmes auteurs ont vu d'ailleurs, dans la même cellule, à la fois de fines granulations semblables à celles des neutrophiles et de grosses granulations qui ne fixaient pas l'éosine.
- Marlno. Sur la non-existence des nentrophiles d'Ehrlich dans le sang de l'homme et du singe. Ann. de l'Inst. Pasteur, mai 1903.
ORIGINE DES LEUCOCYTES.
basiques ou par les réactifs acides seuls, il ne faut pourtant pas oublier que dans les conditions ordinaires les granulations neutropliiles des polynucléaires du sang de Tbomme traité par le bleu de méthylène ou le bleu de Unna ne se colorent pas ; elles ne se colorent pas plus par les solutions d'éosine ; tandis qu'un mélange en proportions définies de bleu de méthylène et d'éosine les colore. Il y a là un fait absolument différent de ce qu'on observe chez le cobaye, où les granulations neutrophiles bien distinctes des acidophiles par leurs dimensions, se colorent par Téosine seule aussi bien que par un mélange de bleu de méthylène et d'éosine : celles-là sont nettement amphophiles en même temps que neutrophiles.
h) Granulations hétérochromaliques. — Ehrlich a signalé dans la moelle osseuse du lapin et aussi dans le sang d'un leucémique, l'existence de certains myélocytes éosinophiles^ dont les granulations se colorent différemment dans un mélange glycériné d'éosine et d'induline ; certaines prenant l'induline, d'autres Téosine ; mais ce sont, en réalité, mêmes granulations, leur différence de colorabilité tenant, non à une constitution chimique différente, mais à une simple inégalité dans leur richesse en eau ; en effet, si l'on soumet les préparations à des températures croissantes, on constate que parallèlement à la perte d'eau que subissent ces granulations, leur affinité à l'égard de l'induline diminue, de sorte qu'à un certain degré de chaleur elles sont toutes éosinophiles.
D'après Ehrlich, la différence dans les réactions chromatiques des éosinophiles serait due à l'âge des cellules : les granulations éosinophiles à l'état de jeunesse auraient une prédilection pour les matières colorantes basiques. La présence simultanée dans un même leucocyte de granulations de différents âges explique que sur des préparations colorées par l'éosine-bleu de méthylène, certaines granulations sont colorées en bleu, tandis que les autres sont teintées en rose.
Pour Bettmann ^, ces granulations hétérochromatiques doivent être considérées comme un produit de dégénérescence.
Pour Arnold 2, le changement de coloration tient, soit au
^ Bettmann. Miinch. med. Woch., 1898, n" 39; Volkinann's Sanvnlunr/ /ilin. Voiirdf/e, n» 266.
2 Arnold. VircJioiv's Archiv, Bd. CXL, II. 3.
LES GLOBULES BLANCS A l'ÉTAT PHYSIOLOGIQUE CHEZ L'HOMME
développement progressif des granulations, soit à une métamorphose régressive, soit à une variation des processus nutritifs intra-cellulaires.
Pour Levaditi', conformément à l'opinion d'Elirlich, la présence de granulations liétérochromatiques est en rapport avec un processus évolutif, comparable à celui qu'on observe dans la moelle des os à l'état physiologique. Les granulations basophiles sont destinées à se transformer à un moment donné, en granulations éosinophiles.
Rappelons encore que, dans certains cas de leucémie myélogène, Levaditi a vu des mastzellen qui renfermaient, à côté des granulations basophiles, des granulations oxyphiles, d'un violet rougeâtre, plus rouges que celle des neutrophiles, moins que celle des éosinophiles.
Engel a décrit des altérations analogues dans un cas d'anémie ; pour Levaditi, comme le montrent les recherches histo-chimiques, il ne s'agit pas là de cellules contenant plusieurs espèces de granulations, mais bien de cas où le proloplasma contient des granulations altérées, métachromatiques, n'ayant rien de commun avec les éosinophiles, les neutrophiles ni les basophiles.
En résumé, si dans im leucocyte bien différencié comme l'osinophile, il est possible de déceler des granulations plus ou moins basophiles, destinées à se transformer à un moment donné en granulations éosinophiles typiques (Ehrlich), si dans certains cas pathologiques (Levaditi et Engel), on peut observer des leucocytes dont les granulations sont métachromatiques , il n'en reste pas moins, que jamais on ne trouve mélangées dans une même cellule les diverses granulations éosinophiles, neutrophiles ou basophiles et que les divers leucocytes granuleux sont bien des formes terminales, incapables de se transformer les unes dans les autres.
Relations entre les diverses cellules du tissu conjonctif et LES leucocytes DU SANG. — R cxistc d'étroitcs relations entre les diverses cellules du tissu conjonctif et certaines variétés de leucocytes. Un certain nombre de leucocytes se métamorphosent dans le tissu conjonctif en cellules connectives, ainsi que Metcli-
1 Levauiti. Journal de phys. et de palh. f/e'n., 15 mai 1903.
ORIGINE DES LEUCOCYTES.
nikofT ' a pu expérimentalement le démontrer sur les larves de triton et de l'axolotl.
Dans une série de mémoires, Cornil a montré les transformations des cellules endothéliales et des cellules fixes en cellules mobiles, ayant tous les caractères des leucocytes mononucléaires.
Dans les inflammations, ces cellules se tuméfient, leur j^rotoplasma s'accroit et devient globuleux, les noyaux augmentent de volume ; ces phénomènes sont, comme nous l'avons montré, très actifs dans les voies lymphatiques du ganglion, dans les infections humaines et expérimentales. Dans les pleurésies non tuberculeuses. Widal, Ravaut et Dopter - ont pu surprendre cette transformation de la cellule endothéliale de la plèvre en leucocyte mononucléaire.
Lorsqu'on étudie l'épiploon de jeunes animaux, on constate, d'après Lacapère % qu'il est semé de très nombreuses cellules ayant tous les caractères des cellules embryonnaires : chez les animaux plus âgés, celles-ci sont moins nombreuses, les unes s'étant transformées en cellules endothéliales de revêtement, ou en cellules fixes, ou en cellules adipeuses ; les autres en grands leucocytes mononucléaires, faisant fonction de macrophages ; on voit en effet tous les intermédiaires entre les cellules embryonnaires et ces diverses formes cellulaires.
La relation qui existe entre les cellules du tissu conjonctif et les leucocytes trouve encore sa preuve dans Yidentité de formation du tissu conjonctif et du tissu lymphoïde. D'après Retterer, le tissu conjonctif serait tout d'abord constitué par un immense plasmodium semé de noyaux. Primitivement anhiste, il se montre bientôt strié par un réticulum protoplasmique dont les travées sont d'abord très serrées, surtout condensées autour des noyaux; ces travées se transforment en fibrilles élastiques; entre ces travées, dans les portions intermédiaires aux noyaux, s'accumule une substance nommée hyaloplasma qui élabore les fibres conjonctives.
Les vaisseaux lymphatiques ou sanguins apparaissent dans ce tissu par liquéfaction du hyaloplasma ; dans les régions où se formera
1 Metciinikoff. Leçons sur l'inflammation, 1891, Masson, édit.
2 Widal, Ravaut, et Dopter. Soc. de Diol., 18 juillet 1902.
3 Lacapère. Le macrophage. Thèse Paris, 1902.
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plus lard un amas de tissu lymphoïde, c'est-à-dire là où va s'ébaucher le ganglion, il se constitue un lacis de canaux qui sont les premiers vaisseaux lymphatiques ; une partie des cellules du plasmodium primitif restent anastomosées, constituant le tissu de soutènement du follicule.
En même temps dans ce tissu apparaissent les éléments mobiles du ganglion, les futurs leucocytes mononucléaires, qui se forment aux dépens des cellules du plasmodium qui se limitent, s'isolent, subissent une véritable desquamation.
Ainsi la cellule fixe et le leucocyte mononucléaire ont une origine commune : le plasmodium conjonctif primitif ; elles possèdent un cycle évolutif semblable, passant successivement par le stade de cellule embryonnaire indifférenciée ou lymphocyte, par le stade de cellule adulte difTérenciée (cellule conjonctive avec ses ditlerenls types, cellule mononucléée de la lymphe et du sang) ; elles aboutissent enfin toutes deux, sous rinfluence de Firritation, à la même forme cellulaire, au macrophage (Lacapère).
Ces deux cellules, qui ne sont que des modalités d'un élément commun, peuvent se transformer, la cellule fixe en cellule mobile, comme l'ont montré les travaux de Ranvier, de Cornil ; la cellule mobile en cellule tixe, comme le fait s'observe à la suite des infections, lorsqu'au moment de la guérison les phénomènes inflammatoires disparaissent.
Relation des cellules du tissu conjonctif a type de plasma-
zellen et de mastzellen avec les leucocytes du sang. lcs
lîistologistes discutent encore sur l'origine des plasmazellen.
Suivant Unna, il faut admettre que celte variété de cellule nait des cellules fixes : dans le mycosis fongoïde, on voit des formes cellulaires intermédiaires aux cellules fixes et aux plasmazellen très caractéristiques.
Marchalko a émis l'hypothèse qu'elles peuvent dériver des lymphocytes du sang.
L'un de nous avec Leredde a montré les rapports qui existent entre la plasmazelle et le lymphocyte ; les caractères du noyau
1 Bezanço.n et Leiîedue. Les principales formes cellulu res du tissu conjonctif et du sang. Presse médicale, 23 nov. 1898.
DKGIÎ.NÉRESCENCE DES LEUCOCYTES.
rapprochent en effet ces deux cellules ; leur volume est le même, tous deux sont arrondis, souvent excentriques ; rappelons enfin que le protoplasma de la plasmazelle comme celui des lymphocytes a des affinités basophiles.
Les rapports du lymphocyte et de la plasmazellen sont aussi admis enfin par Pappenheim Dominici, qui font de la plasmazelle un dérivé du lymphocyte et un des éléments de la série lymphoïde.
Si Ton peut facilement admettre une filiation étroite entre ces divers éléments et les rattacher tous à une origine commune la cellule embryonnaire, lympho-conjonctive, il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit de définir la filiation des mastzellen du tissu conjonctif avec les autres variétés cellulaires.
Le siège de ces mastzellen, l'aspect de leur noyau les rapprochent des cellules fixes du tissu conjonctif dont elles semblent dériver (Bezançon et Leredde).
D'autre part, en dépit des apparences, leur rapport avec les myélocytes granuleux et les polynucléaires granuleux basophiles est encore très obscur, car il y a de grandes difTérences morphologiques entre le noyau et les granulations de ces deux variétés cellulaires-
Dominici admet la transformation des mastzellen à noyau unique de la moelle en mastzellen à noyau polymorphe du sang ; mais il ne considère pas cet élément comme spécifique du tissu myéloïde, faisant remarquer : 1° que la mastzelle à noyau arrondi du tissu conjonctif est identique à celle de la moelle, et 2" combien est marqué la diffusion de ces cellules dans l'organisme, là où le tissu myéloïde est absent et peu susceptible de réviviscence.
§ VIII. — Dég-énéresoence des leucocytes.
Formes régressives du sang normaL — L'étude des leucocytes du sang circulant dénote une fixité très grande du type cellulaire; à l'état physiologique, les formes de multiplication ou de transition sont exceptionnelles. Il semble que les leucocytes ne pénètrent dans le sang qu'après avoir achevé leur évolution, et que l'on n'observe
1 Pappenheim. Virchow's Archu', 1901. Bd. CLXV, S. 3Gy.
LKS GLOBULES BLANCS A l'ÉTAT PHYSIOLOGIQUE CHEZ l'hOMME.
guère que des formes adultes, des formes mûres ; les formes jeunes restant dans les organes hématopoïe tiques. La même observation peut être faite pour les formes vieilles ; elles ne s'observent guère dans le sang circulant; et les leucocytes usés, comme les vieilles hématies, s'accumulent dans les organes hématopoïétiques ; là ils subissent des désintégrations variées qui précèdent leur dissolution définitive ; ainsi sont mis en liberté une partie des matériaux qui les constituent, matériaux qui vont servir à la genèse des jeunes éléments cellulaires.
Le sang nous apparaît ainsi comme un tissu hautement différencié, adapté au fonctionnement le plus intensif et le plus parfait, dépourvu par conséquent de tous les éléments jeunes, inaptes encore aux fonctions, et des formes usées devenues impropres à les remplir, qui ne serviraient qu'à augmenter la masse, sans augmenter le rendement fonctionnel.
Pour certains auteurs, Mezincescu* en particulier, on peut cependant observer dans le sang, à l'état normal, des formes régressives qui représenteraient une phase normale dans l'évolution physiologique des leucocytes. Ces types régressifs sont très rares à l'état normal, 1 à 2 sur 100 leucocytes tout au plus.
Pour Jolly ^, ces formes régressives n'existent pas dans le sang circulant, car on ne les observe pas sur du sang fixé avant qu'il ne soit desséché; ce sont des artifices de préparation, qui se produisent au moment de l'étalement et de la dessication du sang.
Ces altérations sont en réalité dues à une modification préalable des leucocytes dans la circulation, qui diminue la résistance de la cellule et change ses réactions colorantes. En effet, quand on se sert d'une technique toujours identique à elle-même, on observe que ces altérations, rares dans le sang normal, sont beaucoup plus fréquentes dans les leucocytoses pathologiques et surtout dans les anémies et les leucémies. Elles possèdent donc une valeur dont il faut tenir compte dans les examens hématologiques.
Leredde a montré la fréquence de ces formes régressives dans les
1 Mezin'cescu. Soc. de bioL, 2o oct. 1902.
2 JoLLV. Soc. de biol., 8 nov. 1902.
DÉGÉNÉRESCENCE DES LEUCOCYTES.
hématoclermites ; Gilbert et Weil, dans la chlorose; elles se voient surtout dans les leucocytoses pathologiques, dans les leucémies, en particulier dans la leucémie myélogène.
Fig. 80. — Leucocytes du sang en dégénérescence.
1. Leucocyte à protoplasma dégénéré ; — 2 et 7. Leucocyte polynucléaire à noyau et protoplasma altérés : — 3. Leucocyte à noyau vacuolaire et protoplasma réduit à une sorte de réseau ; — 4. Leucocyte polynucléaire à granulations éosinophiles. éparpillées ; — 5. Reste de leucocyte où le noyau n'est même plus reconnaissable ; — 6. Leucocyte mononucléaire ; — 8. Leucocyte polynucléaire réduit à son noyau.
Les altérations des leucocytes ne peuvent être bien étudiées que dans les organes hématopoïétiques, ou bien dans les sérosités normales ou pathologiques. Nous allons en passer les principaux modes en revue ; elles peuvent porter sur le protoplasma et les granulations qu'il renferme, ou sur le noyau.
Dégénérescence protoplasmique. — Les altérations régressives, qui ont été considérées par Mezincescu comme la caractéristique des leucocytes usés, se présentent sous des aspects très variés ; le contour des leucocytes est mal délimité, dans certains cas même, il y a une véritable dissolution de la cellule qui n'apparaît plus que comme une ombre (Klein).
Le protoplasma des leucocytes mononucléaires, grands et petits, peut prendre un aspect réticulé, parfois granuleux (voir fig. 80, n"^ 3 et 5).
Diminution du nombre des granulations neutrophiles. — Cette diminution, d'après Ewing, est très communément observée dans les leucocytes polynucléaires neutrophiles au cours des leucocytoses ;
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elle peut aller jusqu'à la disparition presque complète des granulations ; l'absence totale ne se voit guère que dans la leucémie. Les leucocytes éosinophiles peuvent subir des altérations analogues.
Les affinités tinctoriales des granulations peuvent être modifiées. Ewing dit que dans la diphtérie, les granulations neutrophiles ont une tendance à prendre les colorants acides ; nous avons vu que dans certains cas de myélémie, on assiste à un état hétérochromatique des granulations qui en rend la classification difficile.
Eclatement du leucocyte. — Dans le sang normal, et plus encore dans le sang pathologique, surtout dans les leucémies, on voit des leucocytes polynucléaires dont le protoplasma a éclaté, et dont le noyau se trouve entouré de granulations disséminées (fîg. 80 n° 4). Cet aspect se rencontre plus fréquemment sur les leucocytes polynucléaires éosinophiles que sur les neutrophiles, mais, contrairement à l'opinion de Audihert il n'a rien de spécial au polynucléaire éosinophile.
Il faut voir dans cet éclatement du leucocyte un processus de destruction qui témoigne de la fragilité de la cellule ; en effet, le noyau montre en même temps des signes de dégénérescence. Pour certains auteurs cependant (Audibert), l'éparpillement des granulations dans le plasma sanguin pourrait se voir sans qu'il y ait destruction de la cellule et devrait être considéré comme un indice d'activité protoplasmique.
Surcharge en hémoglobine. — Les leucocytes polynucléaires peuvent, dans les anémies intenses, s'infiltrer d'hémoglobine. Dans le sang humide, leur couleur apparaît légèrement jaunâtre. Sur des préparations de sang sec, ils sont colorés en jaune orangé, surtout au niveau des bords. Sur des préparations colorées, leur protoplasma prend fortement les couleurs acides et possède un aspect granuleux qui rend souvent leur distinction difficile avec les leucocytes éosinophiles. Nous avons déjà insisté sur les difficultés que cette lésion peut entraîner dans le diagnostic des espèces leucocytaires.
1 Audibert. Thèse Montpellier, 1903.
LRUCOCYTES ANORMAUX.
Celle alléralion a été signalée par Hayem clans la chlorose et clans les anémies. Nous avons montré les difficultés cju'elle peut entraîner pour le diagnostic des espèces leucocytaires.
Pour Jolly, ce serait une altération artificielle ; il y aurait dissémination, à la surface des globules blancs, de l'hémoglobine des globules rouges, mise en liberté par suite d'une fixation imparfaite.
Dégénérescence hydropique du noyau. — Elle ne s'observe guère c[ue dans la malaria et dans la leucémie.
Elle est caractérisée par la présence, à l'intérieur du noyau, d'un grand nombre de vacuoles, grandes et petites, limitées par un réticulum homogène ou granulé ; le noyau devient souvent indistinct et même invisible.
Dans la malaria, lorsque les leucocytes cpii ont subi la dégénérescence hydropicpie de leur noyau renferment en même temps du pigment, ils prennent l'apparence du parasite même de la malaria.
Pycnose. — La pycnose est caractérisée par une fragmentation du noyau qui se résout en un certain nombre de grains inégaux, sphériques, isolés, prenant uniformément et fortement les matières colorantes ; celte altération, c|u' Arnold a décrite sous le nom de fragmentation indirecte et que nous avons retrouvée dans le ganglion e la rate au cours des infections, se voit surtout dans les viscères et dans les sérosités, mais est très exceptionnelle dans le sang.
On peut rapprocher de la pycnose un aspect c|u'Ehrlich a observé dans le sang des anémiques ; il a vu des éléments avant à peu près la grosseur des petits lymphocytes, possédant un noyau arrondi fortement coloré et une caloUe proloplasmique étroite ; ces formes cellulaires simulent les lymphocytes sur les préparations à l'hémaléineéosine, mais elles s'en distinguent sur les préparations au triacide par la présence de granulations neutropliiles dans le protoplasma ; les caractères du noyau empêchent d'autre part de les confondre avec des myélocytes. Ces formes ont été considérées par certains auteurs comme le résultat d'une fragmentation nucléaire. Avec Wolfï'\ nous pensons qu'elles sont dues plutôt à la coalescence des lobes du
1 WOLFF. Berlin, klin. Wocli., 10 février 1902.
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noyau des polynucléaires. Cet aspect, que d'ailleurs nous n'avons jamais rencontré dans le sang pathologique, s'observe au contraire très fréquemment sur des préparations de liquide séro-fîbrineux, de pus ou de crachats.
Dégénérescence graisseuse des leucocytes. — Elle ne se voit qu'exceptionnellement dans le sang circulant. Ewing dit l'avoir observée sur des coupes, dans les vaisseaux sanguins provenant de viscères gras. On l'a rencontrée dans la leucémie. La présence de granulations graisseuses dans les leucocytes n'implique pas fatalement un état dégénératif, car il peut y avoir simple surcharge graisseuse des leucocytes ; la graisse est cependant en bien faible quantité dans les leucocytes du sang, alors même qu'elle est abondante dans le plasma.
§ IX. — Licucocytes anormaux.
Danc le sang pathologique, on peut rencontrer un certain nombre de formes leucocytaires qui, à l'état physiologique, ne passent pas dans la circulation, et restent cantonnées dans les tissus ou dans les organes hématopoïétiques.
Tels sont les leucocytes mononucléaires à granulations neutrophiles, acidophiles ou basophiles, qui sont des éléments de la moelle osseuse normale, et qu'on désigne, pour cette raison, sous le nom de myélocytes. Nous reviendrons sur leur description à propos des leucémies, où on les rencontre principalement. Ce sont^ en général, de gros leucocytes, dont le noyau est arrondi, ovalaire, ou réniforme, et présente parfois déjà un commencement de lobulation, comme dans les formes intermédiaires qui appartiennent au sang normal ; les granulations y sont plus ou moins nombreuses.
D'autres sont des leucocytes mononucléaires à protoplasma fortement basophile qu'on rencontre à l'état normal dans les ganglions lymphatiques et peut-être aussi dans la moelle osseuse; on' les désigne sous les noms de plasmazelle et de cellule de Tûrck.
La plasmazelle de Unna représente un mononucléaire de dimensions petites ou moyennes, à protoplasma plus fortement basophile que le lymphocyte ordinaire ; avec le bleu de Unna ou le bleu de
LEUCOCYTES A GRANULATIONS lODOPHILES. 531
méthylène le protoplasma paraît souvent plus coloré que le noyau ; celui-ci est arrondi, et présente parfois une situation excenlricpie et un réseau chromatique disposé en rayons de roue ; mais cet aspect qui appartient à la plasmazelle des tissus pathologiques ne s'observe guère dans le sang.
La cellule cT irritation de Turck est un gros leucocyte mononucléaire dont le protoplasma est fortement basophile ; il est, sur des préparations au bleu de méthylène et au bleu de Unna, au moins aussi foncé que le noyau et, par suite, souvent assez difficile à distinguer au milieu de la cellule ; sur des préparations au triacide, le protoplasma de ce leucocyte, au lieu de se dessiner en clair sur le fond de la préparation, tranche au contraire par sa coloration foncée.
§ X. — r>eucocytes à granulations îodopliiles.
Ranvier avait déjà montré autrefois que certains leucocytes présentent des granulations qui se teintent en brun acajou sous l'influence de l'iode; il considérait ces granulations comme formées de glycogène.
Depuis, on a beaucoup étudié ces leucocytes à granulations iodophiles, on a montré leur absence constante du sang normal et signalé leur apparition au cours de certaines infections ; mais on n'a pu encore se mettre d'accord sur la nature chimique et sur la signification pathogénique des granulations'.
Technique. — Pour les mettre en évidence on peut employer les procédés suivants :
1° La préparation séchée à l'air est colorée en quelques minutes par la solution
suivante :
Iode pur 1 gr.
lodure de potassium 3 —
Eau 100 —
Gomme arabique pulvérisée en excès.
La préparation, recouverte d'une goutte de gomme iodée, puis d'une lamelle, est examinée directement au microscope. L'épaisseur trop considérable de la couche de gomme iodée et la teinte jaune foncée que prend toute la préparation gênent l'examen.
2° Le procédé suivant, préconisé par Ehrlich, est préférable : la lame de
1 ZoLLiKOFER. Zur lodreaktion d. Leukocijlen. Inaug. Dissert. Berne, 1899.
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sang est placée dans un vase contenant des cristaux d'iode ; en quelques minutes elle prend une coloration brun sombre. On la monte alors dans une solution saturée do lévulose qui a un fort indice de réfraction et on recouvre d'une lamelle.
Salmon, employant le même procédé de coloration, monte les préparations dans l'huile de cèdre.
Aspect des leucocytes iodophiles. — Dans ces conditions, les globules rouges ont pris une coloration jaune brun ; les globules blancs sont à peine teintés; leur noyau, très pâle, est entouré d'un proloplasma jaune paille (V. Pl. lY).
La substance iodopliile se présente sous différents aspects'. Elle est intracellulaire ou extracellulaire. Intracellulaire, elle peut donner :
1° Des granulations brun acajou de diverses grandeurs, disséminées dans le proloplasma et se dessinant netlement sur le fond jaune paille; cet aspect nous semble surtout caractéristique ;
2" Une teinte brun jaune diffuse du protoplasma ;
3° Des masses assez volumineuses, irrégulières, brun pâle, situées à la péripbérie de la cellule, dont le protoplasma est pâle.
Extracellulaire, la substance iodopliile dessine des excroissances, des anneaux concentriques et des croissants.
On peut, suivant Salmon, assister à la sortie de la substance iodopliile liors des cellules, en traitant les leucocytes vivants du pus par la solution iodo-iodurée de Gram : on voit les granulations iodophiles s'accumuler en formant une boule à Fun des pôles de la cellule et être évacuées hors de celle-ci.
L'observation de Lépine, qui a vu le glycogène libre augmenter progressivement dans le bang après sa sortie des vaisseaux, semble bien indiquer aussi que le glycogène est mis en liberté par la destruction des cellules du sang.
Dans le sang, les granulations iodophiles se voient presque exclusivement dans les leucocytes polynucléaires ; la réaction iodopliile appartient, comme nous le verrons aux leucocytoses polynucléaires. Cependant Loeper aurait pu, à plusieurs reprises, déceler de très fîncb granulations dans les leucocytes mononucléaires moyens au
1 Cabot et Locke. Med. Research., 1902, t. VIF, n" 1.
LEUCOCYTES A GRANULATIONS lODOPHILES.
cours d'une leucémie aiguë. D'autre part, Salmon, Loeper ont vu des granulations iodopliiles dans les cellules de la lymphe des animaux infectés; dans les exsudais, dans les foyers infectieux, les lymphocytes peuvent contenir des granulations iodopliiles ; enfin, dans les organes hématopoïétiques en réaction, on retrouve parfois de la substance iodophile dans les cellules souches et même dans les mégakaryocyles.
Nature chimique des granulations. — On n'est pas d'accord sur la nature de la substance iodophile :
1" Ehrlich, Gabritchewsky, Livierato', Hûppert -, Salmon^, Tarchetti* Loeper % Kauflfmann et Dastre admettent qu'elle est formée par du glycogène. Son accumulation dans les leucocytes serait donc, d'après les travaux de Brault sur le glycogène, l'indice d'une activité plus grande de ces cellules et d'une réaction intense des organes hématopoïétiques.
2° Czerny ^ admet que les granulations iodopliiles intracellulaires sont formées d'une substance chimique intermédiaire au glycogène et à l'amyloïde. La coloration brun acajou par l'iode, la disparition de cette couleur sous l'influence de la chaleur, la digestion des granulations par la salive sont des caractères appartenant au glycogène ; mais la substance iodophile n'est pas soluble dans l'eau comme le glycogène; l'iode et l'acide sulfurique dilué colorent les granulations en violet comme ils le font pour la substance amyloïde ; de plus les leucocytes à granulations iodophiles sont surtout abondants chez des chiens atteints de suppuration prolongée avec dégénérescence amyloïde des viscères. Quant à la substance extra-cellulaire, Czerny la regarde i^omnie un produit artificiel.
3° Goldberger et Weiss ^ considèrent la substance iodophile comme formée de peptone ou d'albumose.
^ LiviERATO. Deut. Arch. f. /clin. Med., t. LUI, 189i, p. 303.
HûrPEBT. Zeit. f. p/ujs. Cheinie, t. XVIII, p. l l i. 3 Salmon. Glycogène el: leucocyles. Thèse Paris, 1899. * Tauciietti. Clinica ital., 1900, no 8.
s LoEi'Eii. La glycogène clans le sang, les org. hématopoïétiqaes, les exsudais et les foyers infectieux. Arc/i. (jén. de niéd., sept. 1902, n" 5, p. 376.
s KaukFiMann et Dastre. Soc. de biologie, 9 mars et avril 189;i.
C/.EHKY. Arch. f. exp. l'ii/h., 1893, t. XXXI. 8 Goldberger et Weiss. Wiener Idin. ^^ock., 1897.
LES GLOBULES BLANCS A l'ÉTAT PHYSIOLOGIQUE CHEZ l'hO.MME.
4° Uiîii ' n'admet pas la nature glycogéniqne de la substance iodophile. Pour lui, elle est constituée par de Fliémoglobine ou un de ses dérivés provenant de la phagocytose des hématies ; elle se teinte en effet par l'éosine de la même façon que l'hémoglobine, et les granulations iodophiles correspondent aux granulations éosinophiles ou pseudo-éosinophiles.
Cette dernière opinion ne nous paraît pas acceptable, car lorsqu'on étudie le sang comparativement sur des préparations teintées par l'iode et sur des préparations colorées ])ar les réactifs ordinaires, on ne constate aucun rapport entre le chiffre des leucocytes iodophiles et celui des leucocytes éosinophiles ; bien plus, les conditions d'apparition de ces deux variétés cellulaires sont très différentes : les leucocytes iodophiles se voient principalement dans les suppurations chaudes et dans la pneumonie^ au cours desquelles on voit, au contraire, les éosinophiles disparaître du sang.
Origine des leucocytes iodophiles. — Suivant Salmon, les leucocytes se chargeraient de glycogène au niveau des foyers de suppuration et de là émigreraient dans le sang. Il est plus vraisemblable que les leucocytes sont chargés de substance iodophile dès leur naissance dans les organes hématopoïétiques, où Loeper a montré l'existence de la substance iodophile dans les cellules souches, et qu'ils passent de là dans le sang pour être apportés en dernier lieu au foyer d'infection.
Conditions d'apparition des leucocytes. — Quoiqu'il en soit de la nature chimique de la substance iodophile, les leucocytes à granulations iodophiles n'existent pas dans le sang normal de l'homme, du lapin, du cobaye. Ils apparaissent seulement dans les conditions pathologiques, ainsi que l'ont montré les recherches expérimentales et cliniques.
Hyperglycémie. — Ehrlich a décrit ces leucocytes dans le sang d'un individu atteint de coma diabétique.
Gabritchew^sky - les a considérés comme caractéristiques de l'hyper-
1 BiFFi. Il Policlinico, 1901, n» 44, p. 299.
- Gabritchewsky. Arc/t. f. experim. Path., Bd. XXVflI.
LEUCOCYTES A GRANULATIONS lODOPHILES.
glycémie. Il a vu la réaction manquer après une injection de pliloridzine et se produire après extirpation du pancréas ; et il explique ces résultats différents par la diminution dans le premier cas, l'augmentation dans le second cas du glycose dans le sang.
Suivant Salmon, Loeper, les leucocytes iodophiles ne se montrent dans le sang des diabétiques que si ces malades sont atteints d'une complication infectieuse. Loeper n'en a pas trouvé dans le sang des animaux rendus liyperglycémiques.
Infections. — Gabritchewsky et Czerny ont vu les leucocytes iodophiles se montrer dans le sang des animaux chez lesquels ils avaient provoqué des abcès, et disparaître après l'ouverture des abcès.
Sabrazès et Muratet ^ ont obtenu la production de leucocytes à granulations iodophiles dans le sang des animaux chez qui ils provoquaient des suppurations aseptiques par injection sous cutanée d'essence de térébenthine.
Kaminer - a étudié expérimentalement Faction des microbes et de leurs toxines sur le sang des lapins et des cobayes, et vu que l'inoculation de la plupart des microbes produit une réaction iodophile du sang ; qu'il en est de même avec les toxines de ces microbes, exception faite pour la toxine tétanique ; pour la diphtérie, la réaction iodophile peut être empêchée par l'inoculation de sérum antidiphtérique.
Loeper, par inoculation de pneumocoques ou de streptocoques, n'a eu des résultats que 3 fois sur 7.
Livierato ^ a montré l'apparition des leucocytes iodophiles au cours des maladies infectieuses. Golberger et Weiss les ont vus chez les sujets atteints de suppuration, après les fractures, les épanchements sanguins considérables, les opérations sur les os, la narcose chloroformique.
La réaction iodophile est constante dans les septicémies, même quand les symptômes sont peu caractérisés et que le nombre de leucocytes reste normal. Elle est presque constante dans les suppurations septiques et disparaît peu de temps après l'ouverture de l'abcès.
1 Sabrazès et Muratet. Acad. des Sciences, 20 avril 1903.
2 S. Raminer. Deut. med. Woch., 28 mars 1902.
3 Livierato. Arch. f. klin. Med., Bd. LUI.
LEE GLOliULES BLANCS A l'ÉTAT 'Il VSIOLOGIQUE CHEZ l'hOMME.
Au cours de rappentliciLe. la réaclion varie, en rapport avec Texlension et le caractère de rinflammalion. Elle fait défaut dans l'intervalle des crises, est nulle ou légère au début d'une attacpie aiguë, est bien marquée dans les cas où se produit un abcès ou une péritonite. Dans la péritonite généralisée, elle est toujours très intense.
Les auteurs américains se sont attachés surtout à établir la valeur des leucocytes à grains iodophiles dans le diagnostic des suppurations.
Dunham', Kûttner -, Locke % ont préconisé la recherche des leucocytes à granulations iodophiles pour le diagnostic des divers modes évolutifs de l'appendicite.
Dans la pneumonie aiguë, la réaction iodophile est constante et généralement très marquée ; nous l'avons vu porter sur 28 p. 100 des leucocytes; après la crise, elle diminue rapidement, pour disparaître en un ou deux jours; suivant Gabritchewsky, Loeper, elle ne dépasserait pas le 1'' ou 8" jour. Son apparition, son intensité sont en rapport, d'une façon générale, avec l'évolution et le degré de l'hyperleucocytose polynucléaire.
Elle existe en cas d'abcès du poumon, de thrombose pulmonaire.
Elle fait défaut dans la pleurésie sèche et la pleurésie sérofibrineuse, tandis qu'elle existe toujours en cas d'empyème.
Elle est très modérée dans les amygdalites.
Elle est positive dans la salpingite, surtout s'il y a formation d'abcès.
On l'a vue dans la méningite cérébro-spinale aiguë (Loeper).
Modérée dans l'arthrite blennorrhagique, elle fait défaut ou est très atténuée dans le rhumatisme articulaire aigu bénin, tandis q l'elle est intense dans les rhumatismes articulaires aigus graves.
On la voit dans la moitié des cas de malaria ; dans la moitié des cas de fièvre typhoïde, où elle apparaît vers la 2" ou S*" semaine, surtout lorsqu'il se produit une complication.
La réaction iodophile manque toujours chez les tuberculeux, en l'absence de complication inflammatoire (Locke) ; elle fait défaut, suivant Loeper, dans les tuberculoses pulmonaires fermées, tandis
DuNHAM. The leucocyte count in Surgery. Annales of Surgeri/, juin i'JOO ; et Iodophiua, Boston med. J., 13 juin 1901.
2 KùTïNER. Diagn. Bluluntersuch. bei chirurg. Eiterung., Cenlrttlbl. f. C/iiruryie, 28 juin 1902. ' Locke. Clinical value of the iodine reaction of blood. Boston nicd. ./., 11 sept. 1902.
LEUCOCYTES A GRANULATIONS lODOPHILES.
qu'elle apparaît dans les Uiberculoses ouvertes, infectées, surtout au moment des poussées fébriles.
Intoxications. — La pilocarpine s'est montrée sans action ; mais le sérum d'anguille, à dose non mortelle, a déterminé une hjperleucocjtose polynucléaire énorme avec presque tous les éléments iodophiles (Loeper).
Cancer. — Chez les cancéreux, elle n'apparaît qu'à une période tardive. Sur o cas positifs de Loeper, il j avait un cancer du sein infecté et 4 cancers de l'estomac, très probablement infectés.
Anémies. — Dans l'anémie pernicieuse, à une période tardive^ on peut voir une faible réaction ; dans la chlorose, elle est négative; dans les anémies secondaires intenses, elle est souvent positive.
Gabritchewsky et Czerny ont vu les leucocytes iodophiles apparaître chez un chien deux jours après une forte saignée. Dans les mêmes conditions, Loeper a observé une réaction iodée des organes hématopoïétiques.
Elle fait défaut dans l'obstruction intestinale, la hernie étranglée, la grossesse extra-utérine rompue.
Valeur diagnostique. — L'ensemble des travaux parus dans ces dernières années ont montré la relation entre les infections, et surtout les suppurations, et l'apparition des leucocytes iodophiles dans le sang. La réaction iodophile indique surtout la présence de pus ; elle peut servir à diagnostiquer un abcès appendiculaire, une pleurésie purulente, à reconnaître qu'une collection purulente est insuffisamment évacuée et drainée. Telles sont du moins les conclusions de E. Locke, basées sur l'étude chnique de 800 cas et celles d'un certain • nombre d'auteurs.
Cependant la valeur clinique de la réaction iodophile leucocytaire a été fortement discutée. Pour Galli ', elle s'observe aussi bien chez des sujets sains que chez des malades; chez ceux-ci, elle peut faire défaut sans cause apparente et n'est nullement en rapport avec l'intensité de l'infection ; elle accompagne souvent l'hyperleucocytose, mais sans être en rapport direct avec elle.
Nous ne saurions être aussi affirmatifs que les auteurs américains sur la valeur diagnostique de la réaction iodophile, car si nous n'avons
LES GLOBULES BLANCS A l'eTAT PHYSIOLOGIQUE CHEZ l'hOMME.
examiné qu'un petit nombre de cas, nous avons pu cependant nous apercevoir déjà que la réaction faisait parfois défaut ou était fort peu marquée au cours de la pneumonie ou des suppurations.
Nous pensons seulement qu'une forte réaction iodophile indique la présence d'un foyer inflammatoire, suppuré ou non. Si la réaction iodophile est surtout marquée au cours des suppurations franches, nous admettons cependant avec Loeper qu'elle ne peut guère servir à distinguer la nature de la supjDuration.
La coïncidence de la réaction iodophile du sang avec l'hyjserleucytose intense, sa constatation dans les organes hématopoïéliques en hyperactivité, doivent faire considérer la réaction iodophile comme un indice de la suractivité des processus de défense.
1 Galli. Policlinico, 1901, 44.