CHAPITRE III LES LEUCOCYTES A L'ÉTAT PATHOLOGIQUE
Dans ces dernières années, la formule hémoleucocytaire au cours des différentes maladies a été, tant en France qu'à l'étranger, l'objet de nombreux travaux. Grâce à ces études, on possède aujourd'hui un certain nombre de notions qui, à part quelques points de détail, peuvent être considérées comme détînitivement acquises.
Nous étudierons successivement les leucocytoses au cours des maladies infectieuses aiguës et chroniques, des intoxications, des néoplasies, etc. ; les particularités des réactions leucocytaires qui accompagnent certaines lésions cutanées nous obligent à étudien, dans un chapitre spécial, les leucocytoses des dermopathies, bien que celles-ci répondent à des étiologies très disparates.
Bien que la formule hémoleucocytaire des leucémies se rapproche par plus d'un point de celle de certaines maladies infectieuses, et qu'en dernière analyse il n'y ait pas de démarcation absolue entre les leucémies et les leucocytoses symptomatiques, nous croyons qu'il est préférable encore de conserver intact le bloc des leucémies qui ont une anatomie pathologique et une évolution assez particulières et de les décrire dans un paragraphe spécial.
MALADIES INFECTIEUSES
§ l"'. — Maladies infectieuses aig-uës.
Les maladies infectieuses aiguës s'accompagnent, dans la majorité des cas, d'une augmentation du nombre des leucocytes qui porte surtout sur les polynucléaires, c'est-à-dire d'une hypeideucocylose avec polyiiucléose.
Un certain nombre s'accompagnent bien aussi d'une hyperleucocytose, mais celle-ci porte sur les mononucléaires; il y a hyperleu-
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
cocytose rivec mononucléose^ et quelquefois apparition de leucocytes à forme anormn/e clans la circulation.
Quelques maladies, par contre, s'accompagnent d'une diminution du nombre des leucocytes, d'nne hypoleucocyfo.se.
A. MALADIES s' ACCOMPAGNANT d'hYPERLEUCOCYTOSE AVEC
POLYNUCLÉOSE.
Suppurations. — L'hyperleucocytose polynucléaire est la règle dans les suppurnlions chaudes; que celles-ci portent sur le (issu cellulaire, les parenchymes ou les séreuses.
Déjà Griesinger ' (1853), Cristot et Kiener- (1858), Malassez % Hayem, avaient insisté sur ces faits et montré dans l'abcès du sein, dans les pleurésies suppurées, l'existence d'une véritable « leucémie de suppuration ».
Le nombre des globules blancs varie, en général, de 15 000 à 25 000, mais il n'est ])as rare d'observer des chilFres beaucoup plus considérables, 40 000, 70 000 et plus. Le processus de suppuration est de ceux qui s'accompagnent de la plus forte leucocytose, si bien que dans une affection comme l'appendicite ou la salpingite, qui peut être ou non suppurée, une très forte hyperleucocytose doit toujours faire soupçonner la suppuration.
L'augmentation d.i nombre des leucocytes porte principalement sur les polynucléaires, dont la proportion atteint de 70 à 80 p. 100 ; quelquefois même davantage. On trouve, en général, dans ces cas, un certain nombre de leucocytes à. yranulations ioclophiles .
L'hyperleucocytose avec polynucléose est donc, d'une façon générale, la réaction des suppurations; elle peut cependant faire défaut dans quelques cas, qui correspondent, sans doute, à des collections enkystées, anciennes, non virulentes.
Dans les suppurations enkystées, on a noté, un certain nombre de fois, l'absence de leucocytose. Feddermann n'a pas trouvé
1 Ghiesinger. Leukœmie und Pyœmie. Virchow's Archiv. 1853. - Cuistot et Kiener. Accu/, des Sciences, nov. 1858. 3 Malassez. Soc. anat., 21 fév. 1813.
* Feddermann, cité par Sonnenburo. Congrès de chir. Belge, sept. 1902.
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d'hyperleucocytose dans des cas d'abcès enkystés appendiculaires ; plusieurs a.uteurs américains ont noté la même absence dans quelques cas d'abcès enkystés, au cours d'appendicite chronique ou à rechute ; Silhol ' a vu l'absence de leucocytose dans un cas de salpingite et dans un cas d'abcès phlébitique enkystés. De même, Vaquez et Laubry -, dans un cas d'abcès salpingilique enkysté très volumineux et datant de plusieurs mois, n'ont trouvé que 8 000 leucocytes. L'hyperleucocytose fait encore défaut dans certains cas de kystes hydatiques suppurés, parce que le pus y est bien enkysté.
On est en droit de se demander si l'absence de leucocytose dans certains cas de suppuration, ne tient pas à ce que le pus est devenu slérile; il résulte, en eifet, des observations de Silhol et de celles de Bérard et Descos, que, tout au moins au point de vue des résultats opératoires, le pus semblait dénué de toute virulence dans des cas où l'hyperleucocytose faisait défaut.
La leucocytose n'est pas en rapport direct avec V étendue de la suppuration ; il y a des suppurations circonscrites qui s'accompagnent d\me forte liyperleucocytose, tandis qu'au contraire des suppurations très étendues provoquent une réaction faible; ainsi, Stuart Macléan a vu 27 000 leucocytes dans un cas où il s'agissait cependant d'un simple abcès du dos de la main ; tandis qu'il n'a trouvé que 17 000 leucocytes dans un cas d'abcès appendiculaire.
La leucocytose présente encore des variations en rapport avec le siège et l'évolution de la suppuration, ce qui nous oblige à étabilr diverses catégories dans son étude.
Suppurations cutanées ; Panaris. — Tuffier et Milian ^ ont vu que les suppurations très circonscrites, comme le panaris, provoquent cependant une hyperleucocytose polynucléaire ; le nombre des leucocytes s'abaisse brusquement après l'évacuation spontanée ou chirurgicale du pus, pour augmenter de nouveau lorsque cette issue est suivie d'une suppuration secondaire.
Phlegmons péri-prostatiques. — Le nombre des leucocytes atteint, suivant Wassermann, 18 000 à 19 000.
Abcès du foie. — L'hyperleucocytose polynucléaire est la règle
1 SiLFiOL. L'examen du sang en chirurgie. Thèse de Paris, 1903. - Vaquez et Laubry. Presse médicale, 6 mai 1903. 3 Tuffier et Milian. Soc. anat., oct. 1901.
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dans les grands abcès du foie, d'origine dysentérique (Maurel (Boinet-, Mossé et Sardat ■').
Pour Boinet, cette hyperleucocytose est considérable; le nombre des globules blancs varie de 30 000 à 50 000.
Mais cette opinion est exagérée ; de pareils chiffres sont exceptionnels. Mossé et Sardat n'ont trouvé que 12 000 à 20 000 leucocytes ; Bispal sur 3 cas d'abcès du foie, a vu deux fois une hyperleucocytose moyenne de 12 000 à 15 000 leucocytes et une fois un chiffre normal de globules blancs.
Suppurations des séreuses. — D'après Vaquez et Laubry ^, dans les suppurations des séreuses, l'hyperleucocytose est constante, et ordinairement intense. Dans aucune affection elle n'atteint un degré aussi élevé et, par suite, une importance diagnostique aussi grande que dans les suppurations péritonéales ; que la séreuse soit intéressée directement ou par le fait d'une affection viscérale voisine, qu'elle réagisse sous forme de collection localisée ou dans sa totalité, la leucocytose se maintient rarement au-dessous de 25 000 et dépasse souvent 30 000.
Ostéomyélite. — Ligorio et Giani ont constaté une hyperleucocytose polynucléaire dans l'ostéomyélite.
Appendicite. — La leucocytose de l'appendicite a été étudiée, avec grand soin, par beaucoup d'auteurs.
Hayem et Parmentier ^, Loeper% Curschmann, Da Costa", Bâum- 1er Kûttner^', Sauerbruck Schmitzler '% Longridge Wasser-
1 Maurel. Soc. de Biologie, 2 mars 1901.
2 Boinet. Soc. de Biologie, 22 déc. 1900.
' Mossé et S.\rdat. Soc. de Biologie, 21 déc. 1901. * RisPAL. Soc. de Biologie, 9 mai 1901.
5 Vaquez et Laubry. L'hémodiagnostic en chirurgie. Presse médicale, 6 mai 1903, n" 36, p. 349. ^ LiGORio et Giani. Biv. critica di clin, medica, 13 avril 1900.
Hayem et Parmentier. Soc. med. des hôpitaux, 8 déc. 1899. 8 LoEPER. Soc. anal., 24 mai 1901.
8 Da Costa. The clin, value of blood examinât, in appendicitis. Am. J. ofthemed. Sciences, nov. 1901.
10 Baumler. Deuf. Arch. f. klin. Med., 1902, Bd LXXIII.
11 KûTTNER, Diagn. Blutuntersuch. bel chirurgisch. Eiterung. Centralbl. f. Chirurgie, 28 juin 1902, n» 26.
12 Sauerbruck. Klin. Beitr. zur diagn. der eitrig. Perityphlitis. Corresp. Blatt. d. allg- Vereins v. Tlniringen, 1902, XXXI, 7, p. 313.
13 ScHNiTZLER. Ub. d.Verwcrt. d. microsc. Blutunters. zur diagn. u. Indikationsst. bel intraabd. Eiterung., Wien. klin. Bundschau, 1902, n<" 10 et H.
1* LoNORiDOE. Leucocytoses in appendicites. Lancet, 12 juillet 1902.
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mann ^, Coste-, Kuhn % Sonnenburg*, Joy et Wright^, Cazin, ont bien tixé, par leurs travaux, révobition de la lencocytose au cours de l'appendicite, dans ses rapports avec les indications et le pronostic opératoire.
Les conclusions, auxquelles sont arrivés les différents auteurs, sont assez concordantes ; nous les rapporterons, en détail, à cause de l'importance que présente le sujet.
Ilayem a, le premier, indiqué la lencocytose comme un signe précieux pour le diagnostic de l'appendicite. Plus récemment, Hayem et Parmentier ont interprété l'apparition de la leucocyLose comme un signe de péritonite. Certains auteurs pensaient que l'hyperleucocytose cesse brusquement quand l'appendicite se perfore.
Loeper a étudié le sang dans 75 cas d'appendicite; suivant lui : dans les appendicites légères, qui méritent à peine ce nom en clinique et qui devraient plutôt être désignées sous le nom de psorentérie appendiculaire, la réaction sanguine est nulle ou ne se traduit que par une légère augmentation du nombre des leucocytes ; dans les appendicites ulcéreuses perforantes, gangréneuses, les vraies appendicites chirurgicales, l'hyperleucocytose peut atteindre 35 000 et la polynucléose 80 à 90 p. 100 ; dans les vieilles appendicites torpides, de même qu'à la période terminale des appendicites spontanément guéries, l'éosinophilie est la règle.
Laignel Lavastine ^ avait déjà signalé l'éosinophilie dans l'appendicite ; ce résultat tient probablement à ce que ses observations ont été faites à une période tardive, après la terminaison de la crise d'appendicite. Loeper, Audibert ont vu, en effet, que l'éosinophilie fait défaut à la période aiguë.
Curschmann à la suite d'une étude très complète portant sur 60 cas d'appendicite, conclut que : Dans les appendicites non puru-
1 Wassermann. Ub. d.Verhalt. d. weiss. Blutkôrp. bei ein. chirurg. Eiterung., Miinch. med. Woch., 29 avril 1902, n» 17, p. 751 ; et Arch. f. klin. Chirurgie, 1903, p. 392.
2 CosTE. Ub. d. Verhalt. d. Leukocyt. bei Append. MUnch. med. Woch., 9 déc. 1902.
3 RuHN. Zur diagn. Bedeut. d. Leukocyt. b. Typhus abd. u. b. chir. Eiterung., Mm/2 c/(. med. Woch., 9 et 16 déc. 1902, n» 49 et 50.
^ SoNNENBuno. Rapport à la session annuelle de la Soc. belge de Chirurgie; Gaz. hebd. de me'd. et de chirurgie, 28 sept. 1902. * Joy et Wright. Med. news, 3 avril 1902. ^ Laignel Lavastine. Soc. me'd. des hôpitaux, 19 avril 1901. CuRSCHM.^NN. Mûnch. med. Woch., 26 nov. 1901, p. 1907 ; et ibid., 1902, n<" 48 et 49,
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lentes, le taux des globules blancs ne subit qu'une légère augmentation passagère, pour revenir vite à la normale. Dans toutes les formes d'appendicite, le nombre des leucocytes s'élève dès le début de la crise avant qu'il y ait suppuration; dans les formes légères, l'élévation est modérée (10 à 15 000, rarement 20 000) et le nombre des leucocytes revient en quelques jours à la normale.
Par contre, quand il se forme un abcès, le taux leucocytaire reste élevé d'une façon durable ; dans tous les cas où il a pu constater, quelques jours après le début de la crise, un taux leucocytaire égal ou supérieur à 25 000, l'intervention chirurgicale a toujours confirmé le diagnostic d'abcès.
Après l'incision de l'abcès, le nombre des globules blancs redevient bientôt normal ; si l'opération reste sans effet, c'est que l'évacuation du pus a été incomplète.
L'étude de la leucocytose après ouverture spontanée des abcès pérityphliques à l'extérieur ou dans les viscères, donne les mêmes renseignements sur l'évacuation plus ou moins parfaite du pus.
Les observations de Da Costa ont porté aussi sur un grand nombre de cas divers. D'après lui : dans l'appendicite non compliquée de suppuration, gangrène ou péritonite, il n'y a généralement pas d'hyperleucocytose, sauf exceptionnellement. Sur 45 cas de ce genre, la leucocytose était en moyenne de 9 000 et dans 4 cas seulement elle dépassait L5 000 ; quand il y a hyperleucocytose c'est qu'il y a péritonite péri-appendiculaire limitée.
Quand il y a abcès, gangrène ou péritonite généralisée, il est de règle d'observer une forte hyperleucocytose (15 000 à 20 000). Celle-ci ne peut manquer que si l'abcès est fortement enkysté ou bien si la toxémie est excessive. Si la forte liyperleucocytose se montre d'une façon précoce, c'est qu'il y a probablement péritonite ; si elle est tardive, on doit penser à un abcès localisé. L'augmentation de l'hyperleucocytose indique l'extension de la péritonite ou du phlegmon.
Après une opération, si le pus a été entièrement évacué, le nombre des leucocytes revient en quelques jours à la normale ; si la leucocytose persiste après le 3^ ou le 4° jour, c'est que le foyer est insuffisamment drainé ou qu'il se fait une péritonite généralisée. Si l'appendicite n'est
MALADIES INFECTIEUSES AlGtlES.
pas opérée, la leiicocylose atteint son maximum au 4^ ou 5*^ jour de la maladie ; elle persiste sans modification, si la lésion reste localisée ; elle diminue si le pus tend à se résorber ; elle augmente brusquement, si la suppuration augmente.
En résumé : 1° la leucocytose légère ou nulle indique : « l'appendicite catarrhale simple ; (3 l'appendicite foudroyante ; ou y un abcès enkysté sans résorption de toxines ;
2° La leucocytose intense indique : a un abcès avec résorption de toxines ; [3 une péritonite généralisée ; ou y une gangrène de l'appendice.
Cazin * a étudié la formule leucocytaire dans 23 cas d'appendicite. Au début de la crise, il y a toujours augmentation du nombre des leucocytes, sauf dans quelques cas de septicémie suraiguë où le nombre est normal ou même abaissé. Dans les formes bénignes, terminées par résolution, le chilfre des leucocytes atteint 15 000 à 20 000, du 2'' au 4" jour; mais cette liyperleucocytose est passagère et le chiffre retombe bientôt à 10 000 ou 12 000. Lorsqu'il doit y avoir suppuration, l'hyperlcucocytose persiste et s'exagère ; dans les cas de gangrène, d'abcès ou de péritonite généralisée, le nombre des leucocytes s'élève à 20 000 ou 25 000 : il peut atteindre jusqu'à 45 000.
Cette réaction leucocytaire est très sensible et s'observe dans des cas où les signes locaux, la température et le poids ne permettent pas le diagnostic. Elle peut faire défaut quand l'abcès est enkysté, au cours des appendicites chroniques.
Après l'évacuation opératoire du foyer appendiculaire, l'hyperleucocytose diminue, et en deux jours, le chiffre des leucocytes revient à la normale ; il n'en est plus ainsi quand l'évacuation du pus a été incomplète.
Silhol - distingue dans les appendicites trois catégories :
1° Formes ordinaires^ caractérisées par la diminution de l'hémoglobine et des globules rouges, et par l'hyperleucocytose ; cette dernière étant particulièrement accusée s'il y a suppuration et surtout s'il y a suppuration diffuse ;
1 Cazin. Des indications opératoires fournies par l'examen du sang dans l'appendicite au XV' Congrès français <Ie chirurgie, oct. 1902, Paris.
2 Silhol. L'examen du sang en chirurgie, thèse Paris, 1903.
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2° Formes légères présentant à des degrés beaucoup plus légers les caractères des formes précédentes ;
3° Formes toxiques^ avec absence de leucocytose et diminution considérable de l'hémoglobine.
Suppurations du petit bassin. — Dutzmann Laubenburg - ont étudié la formule hémoleucocytaire dans les affections gynécologiques et ont vu que Thyperleucocytose était le meilleur signe qui permit d'affirmer une suppuration des organes du petit bassin ; sa constatation peut servir à distinguer les affections cancéreuses des affections septiques.
Bérard et Descos ont repris cette étude et classent de la façon suivante les cas qu'ils ont observés :
1° Affections suppurées aiguës ou subaiguës (salpingo-ovarites suppurées avec grande collection) : 21 000 à 10 900 leucocytes ;
2° Affections inflammatoires chroniques (salpingites pariétales, hydrosalpinx, ovarite scléro-kystique) : 9 000 à 7 050 leucocytes ;
3° Affections inflammatoires éteintes et affections non inflammatoires (hématosalpinx, hématocèles, ovaires scléro-kystiques, métrites) : 6 550 à 4 750 leucocytes.
Les chiffres de leucocytes assez faibles qu'ils ont trouvés s'expliquent peut-être par les conditions spéciales d'examen dans lesquelles ils se sont placés (toujours en dehors de la période digestive) ; suivant eux, dans ces conditions la leucocytose normale varierait de 5 000 à 6 000.
Hernie étranglée. - Bloodgood '*^ a observé une hyperleucocytose chez les malades atteints de hernie étranglée.
Dans 5 cas observés dans les 12 heures après que la hernie fut devenue irréductible, il a compté 10 000 à 20 000 leucocytes ; à l'opération, on a rencontré un intestin congestionné, sans gangrène encore. Dans les cas oii le malade était examiné au 3^ ou 4*^ jour, il distingue : 1° ceux oii la leucocytose est abondante et le pronostic
1 DuTZNANN. Cenli-albl. /'. Gijnœkolor/ie, 1902, n° 14.
2 Laubbenburg. Cenlraibl. f. Gynœk., 1902, n" 22.
3 Béraud et Descos. Rev. de Gijnécol. et de Chir. abd., 1903, t. VIII, n" 1.
4 Bloodgood. Examinations as an aid to surgical diagnosis. Médical News, 31 août 1901.
MALADIES INFECTIEUSES AlGUES.
favorable; 2° ceux où la leucocjtose est au-dessous de 10 000, et le pronostic grave.
Septicémies et pyémies. — L'hyperleucocytose est encore la règle dans les septicémies et dans les pyémies, comme l'avait déjà signalé Virchow. Elle est cependant moins constante que dans les suppurations localisées, et Limbeck ^ a pu soutenir que, si les septicémies avec abcès métastatiques s'accompagnent d'hyperleucocytose, les septicémies proprement dites, dont le type est l'infection puerpérale, s'accompagnent souvent d'hyperleucocytose.
Les observations de Rieder, de Sadler, de Canon -, de Grawitz et Roscher, de Turck ^ ont montré qu'il n'y a pas de règle précise à établir à ce sujet.
Dans la majorité des cas d'infection sanguine, et même dans les cas les plus graves, qu'il y ait ou non formation d'abcès, on constate une liyperleucocytose. Cependant il y a quelques cas exceptionnels, d'une gravité extrême, sans localisation viscérale et sans suppuration, qui ne s'accompagnent pas d'hyperleucocytose.
Dans les septicémies, la polynucléose est la règle, le chiffre des polynucléaires s'élève souvent à 80 p. 100 (Turck) ; les éosinophiles diminuent ou disparaissent. Cependant Klein ^ a trouvé, dans un cas de septicémie hémorragique, 40 p. 100 d'éosinophiles dans le sang et 76 p. 100 dans l'exsudat pleural.
Endocardite maligne. — Une hyperleucocytose se produit sans doute ici, comme dans toutes les septicémies ; mais son degré est extrêmement variable. Roscher ^ et Cabot ont vu des cas mortels avec 8 000 et 9 000 leucocytes; Krebs " par contre a trouvé, avant la mort, une leucocytose de 44 200, et Grawitz a pu compter 168 000 leucocytes.
Infections par les microbes anaérobies. — Loeper " a étudié la
1 Limbeck. Prar/er Zeif. f. Heilkunde, 1889; et Grundriss einer klin. Pathologie des Blutes, i.Aufîage, léna, 1896, Fischer.
2 Canon. Virchow's Archiv., t. CXXXI, p. 401.
3 Turck. Klinische Untevsuchungen iib. d. Verhallen des Blutes, Leipzig. <• Klein. Centralbl. f. innere Med., 1899, p. 97.
» Roscher. Blut bei sept. Fieber, Inaug. Dissert. Berlin, 1894. ^ Krebs. Inaug. dissert , Berlin, 1893. Loeper. La formule leucocytaire des infections et intoxications. Arch. de parasit. 1" fév. 1903, t. VI, n» 4.
LËS LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
formule sanguine dans deux cas d'infection puerpérale putride, dans trois cas de gangrène pulmonaire, et dans un cas de phlegmon gazeux. La réaction leucocytaire, dans ces six cas, était faible; le taux des leucocytes n'a pas dépassé 10 000; le chiffre des polynucléaires était sensiblement normal (70 p. 100) ; il y avait 4 à 6 p. iOO de formes souches, parmi lesquelles de grands mononucléaires; enfin, les leucocytes à granulations iodophiles faisaient défaut.
Pneumonie. — Dans la pneumonie, dès la période de frisson, comme l'ont montré Rieder \ Ltehr Bieganski % Tûrck, Loeper *, le nombre des globules blancs s'élève d'emblée à 18 000, à 24 000. Pick ^ cependant a prétendu que cette hyperleucocytose était précédée d'un stade passager d'hypoleucocytose pendant les premières heures de la maladie.
Le nombre des leucocytes se maintient pendant la durée de la maladie entre 20 000 et 26 000 ; il peut atteindre 40 000, et même exceptionnellement 87 000 dans un cas de Head, et 115 000 dans un cas de Lajhr.
Il n'y a pas, d'après Rieder, Laehr, Tûrck, de parallélisme absolu entre l'intensité de la leucocytose et l'élévation de la température, contrairement à l'avis de Bœckmann. Le nombre des globules blancs serait plutôt en rapport, d'après Hayem, avec le degré d'extension de la maladie.
Chez les enfants, la leucocytose est d'autant plus marquée que l'enfant est plus jeune; au-dessous de cinq ans, Head** a trouvé une moyenné de 41 090 leucocytes; au-dessus de cet âge, une moyenne de 26 800.
La leucocytose manquerait dans les formes typhoïdes, d'après Hayem et Gilbert.
La leucocytose, d'après Loeper, est presque toujours plus élevée le premier jour que les jours suivants. Le taux s'abaisse ensuite
1 Rieder. Milncli. med. Woch., 1892, n» 29.
2 L.ïHR. Berlin, klin. Woch., 1893, n»» 36-37.
3 BiEGANSKi. Beul. Arch. f. klin. Med., 1894.
* Loeper. Arch. de méd. ej:pé riment., nov. 1899. » Pick. Prag. med. Woch., 1890, n" 24. 6 Head. Arch. of pedialrics, 1902.
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légèrement, pour atteindre un nouveau maximum au voisinage de la défervescence. Il se produirait alors une véritable poussée de leucocytose traduite par une augmentation de 6 000 à 17 000 au-dessus du taux des jours précédents. Heim ^ n'a observé cette hyperleucocylose précritique que 2 fois sur 19 cas.
Au moment de la défervescence, il se produit une cbute rapide de la leucocylose, qui a la valeur d'un pbénomène critique. Le nombre des leucocytes s'abaisse alors rapidement, comme l'a déjà montré Hayem, pour revenir à la normale le lendemain de la défervescence.
Si la pneumonie est à résolution lente, la crise ne se produit pas ou n'est qu'ébaucbée et se fait irrégulièrement, par fractions, par décbarges successives (Loeper).
Dans les rechutes, on n'assiste pas au retour à l'état normal du nombre des leucocytes.
Le nombre des globules blancs ne fait que diminuer pendant la période d'apyrexie, pour remonter à un taux élevé lors de la reprise de la fièvre.
Tous les auteurs, Stiénon -, ïûrck, Loeper, s'accordent à reconnaître l'existence d'une polynucléose. Le nombre des leucocytes polynucléaires à granulations neutropbiles est de 80 à 90 p. 100. De 85 p. 100 dans les cas moyens, il s'élève à 95 p. 100 dans les cas mortels (Loeper) ; une polynucléose aussi intense serait, d'après cet auteur, l'indice de la transformation purulente de l'exsudat pneumonique. L'élévation progressive du pourcentage des polynucléaires est d'un pronostic presque fatal.
Les leucocytes éosinophiles disparaissent pendant la période d'état de la maladie. Des leucocytes polynucléaires à granulations iodo-
1 Heim. Leucocytose dans la pneumonie et ladiphtérie. Arch. demécl. des enfants, janv. 1901 ' Stiénon, La leucocytose dans les maladies infectieuses. Bruxelles, 1896.
Fig. 81. — Pneumonie à résolution rapide (Loeper).
LES LEUCOCYTES A l'kTAT PATHOLOGIQUE.
philes apparaissent souvent en proportion assez considérable dans le sang pour qu'on ait voulu en faire un signe diagnostique de la pneumonie.
La polynucléose diminue au moment de la crise.
Fig. 82. — Pneumonie à résolution lente (Loeper),
Dans les rechutes, la formule leucocytaire ne revient pas à l'état normal ; aussi, malgré la défervescence, la constatation d'une polynucléose persistante permet de prévoir la rechute (Chauffard) ^
Au moment de la convalescence, la diminution du taux des polynucléaires coïncide avec l'apparition de formes cellulaires anormales : Loeper a signalé des grands leucocytes mononucléaires à protoplasma basophile, les uns sans noyau, les autres à noyau central volumineux, à chromatine en rosace, quelques-uns à à contours déchiquetés, effilochés. Tûrck a vu, d ans un cas, 12 p. 100 de myélocytes neutrophiles au moment de la crise.
On voit aussi reparaître, à ce moment, les leucocytes à granulations éosinophiles, qui avaient disparu pendant la période d'état de la maladie ; mais ils ne sont pas en général augmentés de nombre et il n'y a pas^, d'après Loeper, dans la convalescence de la pneumonie.
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Fig. 83. — îPneumonie mortelle (Loeper).
1 Cii.\uFKARD. Presse médicale, 18 janv. 1899.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
de crise éosinophilique, comme dans certaines autres maladies infectieuses. D'après Stiénon', Féosinophilie est plus considérable dans les formes légères que dans les formes graves. Heim a vu 46 p. 100 d'éosinoplîiles dans un cas de pneumonie migrante.
Erysipèle. — Dans l'érysipèle, la leucocytose est, en général, moins marquée que dans la pneumonie. Le nombre des leucocytes s'élève à 7 000 ou 8 000 seulement dans les cas légers, d'après Chantemesse et Rey- ; de 12 000 à 20 000 dans les cas graves, d'après Hayem. Le maximum du nombre des leucocytes correspond à l'acmé de la fièvre; le nombre des i2.ono leucocytes baisse en même temps que la " ûoo température. Il y a concordance, d'après Chantemesse et Rey entre la courbe thermique et la courbe leucocytaire. Cepen-
dant l'abaissement du chiffre de la leuco- ^oo
cytose précède souvent l'abaissement de la température.
Pendant toute la durée de la fièvre, coïncidant avec l'hyperleucocytose totale, il y a polynacléose (Chantemesse et Rey) ; celle-ci est moins marquée chez l'enfant que chez l'adulte ; elle est, au contraire, plus intense chez le vieillard, alors même que la leucocytose totale n'eitpastrèsélevée.
Comme pour la pneumonie, dans les cas mortels, il y a non seulement hyperleucocytose, mais encore polynucléose excesssive (92 p. 100).
A la période de convalescence, et déjà dès le troisième jour, dans les formes régulières, le nombre des polynucléaires décroît progressivement et peut tomber même au-dessous du taux normal.
L'ascension brusque de la courbe des polynucléaires trahit l'imminence d'une rechute.
Fig. 84. — Erysipèle guéri CCLantcmesse et Rey).
A, Leucocytose totale ; — B, Eosinophiles ; — G, Formes intermédiaires; — D, Lymphocytes ; — E, Grands mononucléaires; — F, Polynucléaires.
1 Stiénon. Ann. de la Soc. ro;/. des Se. me'd. et nat., Bruxelles, 1896.
2 Chantemesse et Rey. Soc. de Biologie, 18 février 189'J ; Presse médicale, l" juillet 1899.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
Dans les érysipèles à poussées successives, les poussées nouvelles se traduisent, avant tout phénomène clinique, par un arrêt dans la descente régulière de la courbe des polynucléaires et par la réascension de cette courbe dans les heures qui précèdent ou accompagnent l'apparition de la nouvelle plaque.
Dans l'érysipèle, la leucocytose, qui a atteint ses chiffres les plus élevés au moment de F acmé fébrile^ s'abaisse au moment de la défervescence. Les leucocytes polynucléaires subissent une diminution progressive ; par contre, les lymphocytes, qui étaient rares pendant la période fébrile, augmentent de nombre au moment de la chute de la fièvre et surtout quand la guérison se confirme. On assiste même parfois, à la veille et au début de la défervescence, à une augmentation du nombre des grands leucocytes mononucléaires.
Les éosinophiles, absents pendant la période fébrile, reparaissent au moment de la défervescence parfois en assez grand nombre (Hey). Pour Audibert, il n'y aurait après l'érysipèle, pas plus qu'après la pneumonie, d'hyperéosinophilie.
Diphtérie. — Tous les auteurs s'entendent sur ce fait que l'angine diphtérique provoque de Vhyperleiicocytose (Bouchut, Quinquaud, Talamon, Binaut \ Gabritchewsky -, etc.).
L'intensité de l'hyperleucocytose est généralement en rapport avec l'extension des fausses membranes (Lowett Morse % Ewing*, Schlesinger
Suivant Gilbert % la leucocytose est en rapport avec les infections secondaires et avec la gravité de la maladie. Elle est faible dans les diphtéries simples évoluant vers la guérison ; son chiffre varie dans ces cas de 10 à 15 000 ; elle est plus considérable dans les diphtéries simples, mortelles (13 à 17 000) ; elle l'est plus encore dans les diphtéries compliquées d'infections secondaires (17 à 31 000). Schlesinger admet que la leucocytose est d'autant plus accentuée
1 BiNAUT. Altérations globulaires dans la diphtérie. Thèse Paris, 1885.
2 Gabritchewsky. Ann. de l'Institut Pasteur, oct. 189i, p. 673.
3 Morse. Boston city hospital med. a surg. Report, 1893. * EwiN-G. N. York med. J., août 1845.
s Schlesinger. Arch. f. Kinderheilk., 1896, Bd XIX.
6 Gilbert. Traité de médecins de Charcot-Bouchard, II, p. 483.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
que le cas est plus grave. Il faut savoir d'autre part, comme Ta vu Gilbert, que l'hyperleucocytose peut faire défaut dans les cas moi tels. Une leucocytose excessive ou une absence de lencocytose indique donc une évolution sévère de la maladie. C'est là un fait qui n'est pas particulier à la diphtérie, comme nous le verrons dans la suite.
La leucocytose varie avec les périodes de la diphtérie. Elle commence dès le début de la maladie, progresse avec l'évolution de la maladie, atteint son maximum au moment de l'acmé de la diphtérie, diminue pendant la convalescence et disparaît avec la chute des fausses membranes ou peu de temps après.
La leucocytose de la diphtérie est due à Vexcè.s des polynucléaires. Le nombre de ces leucocytes peut, d'après Besredka \ atteindre 60 à 70 p. 100, au lieu de 40 p. 100 chez l'enfant, 80 à 85 p. 100, au lieu de 65 p. 100 chez l'adulte.
La polynucléose dure 12 à 15 jours et persiste encore 5 à 10 jours après la chute de la température. Une mononucléose avec éosinophilie lui succède. D'après Pitkianen-, les éosinophiles qui avaient disparu pendant les premiers jours de la maladie, reparaissent d'une façon précoce dans les formes légères et restent absents au contraire dans les formes graves ; leur absence prolongée du sang en traîne donc un mauvais pronostic. D'après Heim, les éosinophiles ne disparaissent complètement qu'au début de la maladie, dans les diphtéries pures ; dans la streptodiphtérie on en trouve toujours. Ils augmentent quand la diphtérie guérit, et peuvent atteindre le chiffre de 7 à 13 p. 100.
Contrairement à ce qu'on observe dans la pneumonie et dans l'érysipèle, les leucocytes polynucléaires, très nombreux lorsque l'enfant va guérir, deviennent de plus en plus rares dans le sang lorsque la maladie a une évolution mortelle (Besredka).
Engel a trouvé dans le sang, au cours des diphtéries graves, des myélocytes neutrophiles au nombre de 3 à 16 p. 100. Simon, dans les diphtéries mortelles^, a décrit des altérations des polynucléaires : ceux-ci contiennent moins de granulations qu'à l'état normal et ont un noyau plus large et à contours souvent moins nets. Simon a
1 Besredka. Leucocytose dans la diphtérie. Ann. de l'Institut Pasteur, mai 1898, p. 30o. ^ PiïKiANEN. Morph. du sang dans la diphtérie^ la Karlatine et l'e'rijt/ième scarlatiniforme. Thèse St-Pétersbourg, 1900.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
trouvé en outre quelques cellules de Turck, des myélocjtes et des hématies iiucléées.
Diphtérie expérimentale. — Les auteurs qui ont inoculé à des animaux, soit des bacilles diphtériques^ soit de la toxine, ont observé en général une hyperleucocytose.
L'intoxication diphtérique expérimentale chez le lapin produit d'abord, suivant Besredka, une hypoleucocytose passagère, puis une hyperleucocytose progressive persistant jusqu'à la mort ; cette hyperleucocytose manque dans certaines diphtéries très graves où l'organisme est sidéré par le poison (Nicolas et P. Courmont) ^
Les polynucléaires augmentent dès la 3^ heure après l'inoculation, deviennent très nombreux, atteignent un maximum entre la \'2'' et 16" heure, et diminuent progressivement pour tomber au minimum et quelquefois même au-dessous de la normale au moment de la mort. L'hyperleucocytose terminale n'est donc pas due à la polynucléose, mais à l'augmentation des mononucléaires qui masque la diminution des polynucléaires.
Paris -, en inoculant à des lapins des doses mortelles de toxine diphtérique dans le péritoine, a provoqué chez ceux-ci une hyperleucocytose notable ; avec des doses massives de toxine, le chiffre des leucocytes, d'abord non modifié, s'élève progressivement jusqu'à la mort.
Action des injections de sérum antidiphtérique. — Gabritcliewsky, Billings ont signalé la diminution progressive du chitTre des leucocytes chez les malades traités par le sérum. Schlesinger, Filé, Smianotto Ettore ont vu que l'hypoleucocytose produite immédiatement par l'injection de sérum, est suivie d'une poussée d'hyperleucocytose atteignant son maximum vers la 5'' ou 6* heure pour décroître ensviite dans les cas favorables ; au contraire, dans les cas mortels, le sérum ne modifie pas le nombre des leucocytes.
Besredka a vu que l'injection de sérum antitoxique dans la diphtérie humaine ou expérimentale augmente le nombre des leuco-
1 J. Nicolas et P. Courmont. Arch. de méd. expériment., juillet 1897; — et Ibid., p. 737. juillet 1898, p. .592. — et Journal de physiologie et palhol. générale, nov. 1900, p. 973. - Paris. Modifications sanguines chez l'enfant diphtérique. Thèse Paris, 1903. 3 Smianotto Ettore, Gaz. degli Ospedali, février 1888,
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
cytes et le taux des polynucléaires dans les cas heureux ; si ceux-ci n^augmenlent pas, si la polynucléose, chez l'enfant, reste inférieure à 50 p. 100, le pronostic est grave. L'hyperleucocytose polynucléaire des enfants en voie de guérison dure douze à quinze jours. La réaction de polynucléose est de moins en moins accentuée à mesure cpi'on répète les injections de sérum.
Nicolas et Courmont, Bize ^ , Heim ont battu en brèche les conclusions de Besredka.
D'après Simon les injections de sérum ne font qu'exagérer les réactions de défense naturelle de l'organisme. Après l'injection de sérum, dans les diphtéries bénignes ou de moyenne gravité, il se produit une hypoleucytose légère et passagère, bientôt suivie au bout d'une heure d'une augmentation du nombre des leucocytes qui atteignent, deux heures après l'injection, le chiffre qui avait été constaté avant celle-ci. L'hyperleucocytose atteint son maximum quatre heures après l'injection, s'y maintient quelques heures, puis baisse à nouveau lentement et progressivement, pour atteindre en deux à cinq jours le taux normal. L'hyperleucocytose est due à l'augmentation des polynucléaires ; vers la fin de la maladie, la polynucléose est remplacée par la mononucléose, puis l'éosinophilie, comme au début de toute convalescence.
Dans les diphtéries mortelles, malgré les injections de sérum, la diminution du chiffre des leucocytes qui succède immédiatement à l'injection n'est pas suivie d'une hyperleucocytose secondaire et va plutôt en s'accentuant, sans qu'il y ait cependant leucopénie.
Suivant Paris, les injections de sérum chez les enfants diphtériques, produisent : dans les cas bénins et de moyenne intensité une diminution progressive du nombre des leucocytes, qui aboutit à une hypoleucocytose après 24 heures ; dans les cas moyens et graves, le chiffre des leucocytes ne s'abaisse que plus tardivement. Une seconde injection de sérum diminue encore immédiatement ou laisse stationnaire le chiffre des leucocytes. Au moment de la convalescence, le chiffre des leucocytes est revenu à la normale, à moins de complication.
1 Bize. Action des séruins de Roux et de Marmorek sur les globules sangiiins. Thèse Paris, 1899.
2 Simon. Variations leucocytaires dans la diphtérie. Journal de phys. et de pat/i. ge'tie'rales, 13 sept. 1903.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
En général, et quelle que soit la gravité du cas, la proportion des polynucléaires augmente notablement après rinjection de sérum, pour diminuer ensuite progressivement trois à six heures plus tard. Dans les cas graves, et après une très forte dose de sérum, le chiffre des polynucléaires ne commence à baisser qu'au bout de deux jours. Au cours de la convalescence, le chiffre des polynucléaires est normal, assez souvent il y a de la mononucléose (40 et 45 p. 100), parfois elle est très accentuée (70 p. 100).
D'après Paris, les lapins ayant reçu des doses moyennes de toxine et de sérum, présentent successivement une hypoleucocytose, puis une hyperleucocytose et une hypoleucocytose au bout de 24 heures. Les animaux ayant reçu une forte dose de toxine et une dose curative de sérum, ont successivement : après une demi-heure, une hyperleucocytose avec polynucléose ; au bout de quatre heures, une hypoleucocytose ; après 24 heures, une diminution des polynucléaires avec hyperleucocytose (dose forte de sérum), ou hypoleucocytose (dose faible). Les animaux qui doivent succomber ont de riiyperleucocylose avec polynucléose.
A la suite d'injections répétées de sérum, la réaction leucocytaire suit une marche banale (hypoleucocytose, hyperleucocytose polynucléaire, retour à la normale en 24 ou 48 heures).
Les animaux inoculés seulement avec du sérum antidiphtérique sans toxine, ont une réaction analogue à celle des animaux précédents, mais la réaction leucocytaire est plus simple et plus passagère.
Angines. — La leucocytose avec polynucléose s'observe aussi dans les angines simples pulfacées^ oîi, comme l'ont montré Gilbert et Lion, le nombre des globules blancs varie de 9 000 à 15 000.
Lorlat Jacob ^ a vu que la polynucléose était surtout marquée dans les angines herpétiques (79 à 80 p. 100 de leucocytes polynucléaires). Elle l'est beaucoup moins dans les angines pultacées. La disparition des vésicules d'herpès s'accompagne de la chute brusque des polynucléaires, de l'augmentation des lymphocytes et des mononucléaires, et de l'apparition d'une éosinophilie (5 p. 100).
1 LoRTAT Jacob. Soc. de Biologie, juin 1902.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
V amygdalite phlegmoneuse s'accompagne, en général, d'une forte hyperleucocytose (20 000 leucocytes et plus).
Blennorrhagie. — La polynucléose est la règle dans la blennorrhagie, d'après Leredde et Loeper ^ J. Sabrazès -, Lien cpi'il n'y ait qu'une très faible leucocytose. Le chiffre des polynucléaires passe progressivement de 66 à 78 p. 100, augmentant et décroissant avec l'écoulement. Bettmann pense qu'il y a souvent une éosinoplîilie sanguine, pouvant atteindre jusqu'à 25 p. 100, de même qu'il y a une éosinophilie du pus uréthral dans la blennorrhagie.
Rhumatisme articulaire aigu. — Le sang des sujets atteints de rhumatisme articulaire aigu non compliqué montre, durant la période fébrile, une hyperleucocytose modérée (Turck, Stiénoii', Pée^% Halla, V. Limbeck, Reinert, Rieder, Garrod). Elle ne dépasse guère 15 000 (Achard et Loeper) Si des localisations sur les séreuses pleurale et péricardique, ou des complications endocardiques, pulmonaires ou cérébrales surviennent, la leucocytose peut atteindre un plus haut degré (20 000 à 25 000). Avec la disparition de la fièvre, même s'il reste des douleurs dans les jointures et s'il se produit de petites récidives, la leucocytose ne reparaît pas.
Dans les cas où la leucocytose est très accentuée, il y a aussi augmentation relative des polynucléaires (76 à 84 p. 100) ; il n'en est pas toujours ainsi quand la leucocytose est faible. Par contre, les lymphocytes sont diminués de nombre. Avec la chute de la leucocytose, le nombre des leucocytes polynucléaires revient à la normale^ tandis que celui des lymphocytes s'élève.
Les cellules éosinophiles ne font défaut qu'à une période tout à fait précoce. Au moment de la période fébrile, ils existent, bien qu'en petit nombre. Après la défervescence, ils tendent à augmenter; dans certains cas, leur proportion s'élève jusqu'à 9 et même 13,8 p. 100. Les formes facilement curables sont caractérisées par une abondante éosinophilie à la période d'acmé (Turck).
^ Leredde et Loeper. Presse médicale, 25 juin 1899.
2 J. Sabrazès. Gaz. hebdom. des sciences médicales de Bordeauc, 20 juillet 1902.
3 Stiénon. Ann. de la Société des Se. médic. de Bruxelles, 1896. <■ Pée. Unters. iib. Leukoci/tose. Inaug. dissert., Berlin, 1890.
s Achard et Loeper. Soc, de biologie, 1" décembre 1900.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
Ces résultats ont été confirmés par Achard et Loeper qui, dans 14 cas de rhumatisme articulaire aigu généralisé, ont observé de la leucocyLose modérée, ne dépassant guère 15 000, avec polynucléose à la période d'état (76 à 84 p. 100) et aussi l'apparition de quelques myéloc y tes. L'éosinophilie apparaît à la fin de l'accès et pendant la convalescence.
La leucocytose peut atteindre un très haut degré, si le rhumatisme est compliqué.
Dans les rhumatismes blennorrhagiques, scarlatins, streptococciques, et, au cours d'une poussée aiguë chez un rhumatisant chronique, Loeper a observé aussi la polynucléose.
Scarlatine. — Dans la scarlatine, Vhyperleucocytose est la règle ^ Elle peut manquer dans les cas très légers (Pick, Limbeck, Halla^). Kotschetkoff 3 a trouvé 10 à 20 000 globules blancs dans les cas légers, 20 à 30 000 dans les cas moyens, 30 à 40 000 et davantage dans les cas graves. P, Mackie a trouvé dans un cas 95 300 leucocytes. Le nombre des leucocytes est plus en rapport avec la gravité de la maladie qu'avec le degré de la température.
L'hyperleucocytose débute à la période d'incubation, très peu après l'infection (Bowie) ^ Le nombre des globules blancs atteint son maximum deux à trois jours après l'apparition de l'exanthème ; il reste encore longtemps augmenté ; au 8" jour, il est de 8 à 10 000 d'après Sacquépée et il revient à la normale vers le 20*^ jour après la fm de l'éruption.
Il s'agit de polynucléose (85 à 98 p. 100, suivant Kotschetkoff, Weiss). Cette polynucléose est à son maximum le 2'' jour de l'exanthème, et diminue rapidement dans la suite. Les grands et petits mononucléaires, ainsi que les formes de transition, augmentent de nombre au début de la convalescence. La formule revient à la normale au début de la deuxième semaine, un peu plus tard d'après Sacquépée, au bout de 3 semaines d'après Bowie.
1 Van denBero. ^;'c/i. f.Kinderheille.,t.\XV; — Felsenthal. ^/-c/t. f. IiinderheUk.,l%92et 1898
2 Kotschetkoff. Centralbl. f. allgem. Path., 1892. Bd. III, H ; — et Yratch, 1891, n» 41.
3 Halla. Zeit. f. Heilkunde, 1883, t. IV. P. Mackie. Lancef, 24 août 1901.
s J. M. Bowie. The Journ. of path. a. bact., mars 1902, t. VII, n» 1. 6 Sacquépée. Arch. de méd. eape'rimenl., janv. 1902.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
Les éosinophiles ne disparaissent pas au début de la scarlatine, niais diminuent de nombre ; dès le 4'' ou le 5° jour de la maladie, leur taux relatif s'élève brusquement ; on en compte jusqu'à 13 p. 100 ; leur nombre baisse ensuite progressivement, mais lentement; et pendant 3 ou 4 semaines, il reste encore au-dessus de la normale. Leur nombre va au contraire en s'abaissant rapidement pour arriver à 0 dans les cas graves (KotscbetkofF).
Dans les cas mortels, il y a polynucléose excessive (plus de 95 p. 100), suivant Kotschetkoff.
Dans un cas mortel, Sacquépée a trouvé une proportion très considérable (34 p. 100) de formes anormales, intermédiaires entre les mononucléaires et les polynucléaires à granulations neutropbiles.
Les complications qui surviennent chez les scarlatineux convalescents modifient la formule leucocytaire : un adénophlegmon du cou, une néphrite aiguë ont donné de la polynucléose ; les oreillons survenus au 30" jour ont donné de la mononucléose (Sacquépée).
Méningite cérébro-spinale épidémique. — Tiirck a signalé 1'%perleucocylose, avec polynucléose^ diminution des lymphocytes, sans modification du nombre des gros mononucléaires et des formes de transition. Bonnet, Cochez et Lemaire, Loeper ^ ont observé également une hyperleucocytose polynucléaire.
Rage. — Friedrich - a signalé une hyperleucocytose. Courmont et Lesieur ^ ont observé l'hyper leucocytose avec polynucléose considérable (98 p. 100) dans la rage de l'homme et des animaux.
Grippe. — Friedreich Kollmann % Chanlemesse \ Laveran, Maillart" ont signalé l'hyperleucocytose dans la grippe. Rieder*,
^ Loeper. La formule leucocytaire des infections et intoxications. Avcli. de parasitologie, 1" février 1903.
2 Friedrich. Schmidt's JahrbUcher, 1869.
^ Courmont et Lesieur, Soc. de Biologie, 16 févr. 1901; etJouni. de phi/siol. el de pal/t. ge'n. juillet 1901.
* Friedreicii. Arbeiten ans dem kaiserl. Gesundamle, 1890. 5 ROLLMANN. Berl. klin. Woch., 1890.
^ Chantemesse. Bull, médical, 1898, p. 83; — Laveran. Ibid. "i Maillart. Thèse Genève, 1891,
* Rieder. Midich. med. Woch., 1892, n° 19.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
Cabot, ont vu que la leucocytose manquait le plus souvent, ou bien était très faible, en l'absence de complications. Stiénon ^ a constaté une liyperleucocylose polynucléaire. La polynucléose est d'autant plus marquée que les complications pulmonaires, pleurales, otiques, sont plus accentuées et à tendance plus suppurative. Au bout de quelques jours^ une mononucléose succède à la polynucléose.
Cette formule n'est pas constante. Certaines grippes adynamiques, typlioïdes, présentent une réaction sanguine très faible, une leucocytose légère, une polynucléose peu marquée, une lympbocytose précoce.
Choléra. — Le clioléra s'accompagne, en général, d'une hyperleucocytose (Virchow, Okladnych, Biernacki-).
Le nombre des leucocytes est d'autant plus élévé que le cas est plus grave et plus rapide ; il peut atteindre 40 000 à 60 000. L'hyperleucocytose est précoce, se montre dès la 1 2^ heure ; son maximum s'observe à la phase algide ; puis elle diminue à la phase de réaction ; elle persiste pendant six jours. Quand le choléra est mortel, l'hyperleucocytose ne diminue pas et peut même aller crescendo juscju'à la mort.
Il s'agirait, suivant ces auteurs, d'une polynucléose ; les éosinophiles diparaissent du sang.
L. Rogers a observé dans le choléra asiatique une hyperleucocytose, variant de 13 BOO à 51 000 ; d'après lui, le nombre des polynucléaires varie de 64 à 88 p. 100, celui des éosinophiles de 0,2 à 1,8 p. 100.
Gastro-entérite des enfants. — On a signalé plusieurs fois une forte leucocytose ; dans deux cas de choléra infantile, rapportés par Weiss, il y avait une lympbocytose rappelant la leucémie lymphatique ; dans d'autres cas, les auteurs parlent de lympbocytose, mais ils ne tiennent pas compte de ce que la formule leucocytaire des enfants est caractérisée par un excès des mononucléaires sur les polynucléaires.
1 Stiénon. Ajin. de la soc. des se. ftie'd. de Bruxelles, 1896.
2 BiERN'ACKi. Deut. nied. Woch., 1893, p. 79o, n» 48.
3 L. RooERs. The Lancet, 6 sept. 1902, p. 659.
MALADIES iNtECtlEtlSE? AIGUÈS
Peste. — Aoyama ^ aurait trouvé une hyperleucocytose considérable, variant de 110 000 à 200 000, dans 3 cas aigus. Les leucocytes polynucléaires étaient surtout augmentés ; les éosinopliiles faisaient défaut.
La Commission autrichienne de la peste - a indiqué seulement une hyperleucocytose modérée dans la majorité des cas.
Tétanos. — Loeper, dans trois cas de tétanos humain, dont un mortel, a trouvé la réaction sanguine nulle au troisième jour ; la leucocytose paraît donc être de très courte durée.
Cabot, dans un cas mortel traité par l'antitoxine, a trouvé 12 000 leucocytes et une persistance des éosinopliiles.
Chatenay a observé un hyperleucocytose avec polynucléose dans quelques cas d'intoxication tétanique expérimentale.
Charbon. — Dans un cas d'infection charbonneuse mortelle en sept jours, Chauffard et Boidin ont observé une hyperleucocytose progressive jusqu'à la mort ; le chiffre des leucocytes, de 10 000 au 4'" jour, s'est élevé à 50 000 le 6" jour. Le chiffre des leucocytes polynucléaires, normal au début, a été en augmentant progressivement, de 79 p. 100 à 92 p. 100 ; les éosinopliiles qui existaient au 4" jour ont disparu dans la suite.
Morve. — Dans un cas de morve humaine, Gabrielidès et Remlinger * ont trouvé une hyperleucocytose avec polynucléose (16 000 leucocytes, 85 p. 100 de polynucléaires).
Cabot, dans un cas mortel de morve aiguë, a compté de H 600 à 13 600 leucocytes.
B. — MALADIES s' ACCOMPAGNANT d'hYPERLEUCOCYÏOSE AVEC MONONUCLÉOSE
Coqueluche. — Y,' hyperleucocytose a été signalée dans la coqueluche (Frohlich, Meunier '% Carrière) " ; le chiffre des leucocytes
1 Aoyama. Milth, a. d. kaiserl. Japon. Univers., 1895, t. III, n° 2
2 Wiener klin. Woch., 1897, p. 46S.
3 Chavvfaud et Boidin. Soc. méd. des IIôp., 23 juillet 1903. * Gabhiélidès et Remlinger. Soc. de biologie, 18 oct. 1902. ^ Meunier. Arch. de Médecine des enfants, avril 1898.
s Carrière. Soc. de Biologie, l"' février 1902.
LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
varie de 15 000 à 51 000 ; il est en moyenne de 28 000. L'hyperleucocytose est précoce, apparaît à la période catarrhale, atteint son maximum à la période convulsive. Elle est surtout intense chez les enfants très jeunes. Les complications la modifient peu.
Pour Carrière, la coqueluche est caractérisée par une polynucléose très marquée, atteignant son maximum à la période de bronchite (85 p. 100 de leucocytes polynucléaires), persistant à la période d'état (80 à 85 p. 100), diminuant à la convalescence (70 p. 100), et s'accompagnant alors d'une éosinophilie, qui peut aller jusqu'à 12 et 15 p. 100. Les complications augmentent la leucocytose; les coqueluches graves s'accompagnent d'une leucocytose peu marquée.
Celte formule servirait à distinguer la coqueluche de l'adénopathie Irachéobronchique, oii la leucocytose est faible ou absente, ne dépasse jamais 15 000, et est toujours caractérisée par une mononucléose.
Pour Meunier, au contraire, la coqueluche est caractérisée par une lijmphocylose ; d'après lui, im coqueluchon de 3 ans aurait la formvde hémoleucocytaire suivante :
Lymphocytes petits et gros 33,8 p. 100
Polynucléaires 39 —
Formes intermédiaires 6,4 —
Eosinopliiles 0,8 —
Tandis qu'un enfant sain du même âge aurait :
Lympliocytes 39 p. 100
Polynucléaires o4 —
Formes intermédiaires 6 —
Eosinophiles 1 —
Mais si l'on se rapporte aux chiffres que nous avons indiqués pour la proportion des diverses formes de leucocytes dans le sang des enfants, on voit qu'une lymphocytose caractérisée par 53,8 p. 100 de lymphocytes est faible, puisqu'à cet âge le chiffre total des leucocytes mononucléaires atteint 50 p. 100 dans les conditions physiologiques.
Il nous a paru d'ailleurs que la mononucléose était bien la formule de la coqueluche, et qu'elle était même plus accentuée que ne l'avait indiqué Meunier.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
Dans deux cas, M. Labbé et Pépin ont trouvé, chez des nourrissons de 5 à 10 mois atteints de coqueluche fébrile, même compliquée de congestion pulmonaire, au 3'' septénaire, une véritable mononucléose. Les polynucléaires n'alteignaient que 17 à 19 p. 100; dans l'un des cas, il y avait 5 p. 100 d'éosinophiles.
De nouvelles observations de Pépin, il résulterait que la formule leucocytaire oscille, à la période convulsive de la coqueluche, autour des chiffres normaux et que la mononucléose peut être légère ou absente.
Oreillons. — Turck a vu, dans un cas d'oreillons, une hyperleucocytose, avec polynucléose et proportion assez forte d'éosinophiles.
D'après Sacquépée', les oreillons sans orchite s'accompagnent d'ordinaire d'une hyperleucocylose modérée (8 à 13000). L'augmentation des globules blancs porte surtout sur les mononucléaires (lymphocytes et formes moyennes), dont le pourcentage s'élève à 50 ou 60 p. 100; il y a mononucléose. Le chiffre des polynucléaires peut même s'abaisser d'une façon considérable, jusqu'à 16 p. 100.
L'apparition d'une orchite au cours des oreillons change la formule préexistante ; elle augmente le nombre des polynucléaires d'une façon considérable, de sorte que la mononucléose fait place à une légère polynucléose ou à un équilibre normal (64 à 72 p. 100 de polynucléaires).
Krestnikow^- est arrivé à des conclusions analogues à celles de Sacquépée ; il admet aussi l'hyperleucocytose mononucléaire à la période d'état des oreillons, et l'hyperleucocytose polynucléaire au début de l'orchite ourlienne. D'après lui, les modifications de la leucocytose précèdent de deux à trois jours l'apparition des manifestations ourliennes nouvelles ou de l'orchite et permettent de prévoir la marche de la maladie.
Variole. — Dans la variole, on observe généralement une h yperleucocylose (Verstrœten, Brouardel, Hayem, Pick, Golgi, Halla,
1 Sacquépée. Formule hémoleucocytaire, Arcli. de viéd. expériment., pour 1902,
2 Krestnikow. Thèse de Saint-Pétersbourg, 1902.
LES LEUCOCYTES A l'ÉtAT PATHOLOGIQUE.
Pée)'. Le degré en est très variable; les chiffres extrêmes vont de 6 000 à 35 000 leucocytes. L'hyperleucocytose peut apparaître dès le début; elle est surtout intense au moment de la vésiculation ; elle reste alors stationnaire, puis augmente ou diminue légèrement au moment de la pustulation. Elle est moins intense, mais existe néanmoins, dans les formes hémorragiques.
Dans des mémoires parus presque simultanément, J. Courmont et Montagard - ont montré que la leucocytose de la variole était, avant tout, une mononucléose ; Emile Weil ^ a donné la formule hémoleucocytaire précise du sang des varioleux.
Les mononucléaires représentent 58 à 60 p. 100 des leucocytes : ce sont de grands mononucléaires (4 k 6 p. 100), des moyens mononucléaires (45 p. 100), des lymphocytes (0,5 p. 100), et, ce qui est surtout caractéristique (E. Weil), des variétés qui n'existent pas dans le sang normal, telles que les cellules de Tûrck^ les plasmazellen, et mononucléaires à granulations neutrophiles (2 p. 100), à granulations éosinophiles (1 p. 100), à granulations basophiles (0,5 p. 100).
Les polynucléaires à granulations neutrophiles sont diminués en proportion normale et relative (40 p. 100), les polynucléaires éosinophiles (1 à 2 p. 100) et basophiles (0,5 p. 100), sont en proportion normale (Y. Pl. IV).
Cette formule s'est montrée constante dans 17 cas de varioloïde étudiés par Weil. Elle est constituée dès l'apparition de l'éruption ; même auparavant, au moment du rash, on pourrait déjà constater des formes anormales dans le sang; mais à cette période de la maladie, la diminution des polynucléaires n'est pas aussi marquée que dans la suite ; quelquefois même il y a au début une véritable polynucléose.
Les formes anormales persistent longtemps, jusqu'à la chute des croûtes, et même parfois jusqu'au quarantième jour de la maladie.
1 Vf.hstk.iîten. Bull.de VAcad. royale de Belgique, 1875; — Broi'ardel. Soc. me'd. des hôpitaux, 1879 ; — Pick. Arch. /'. Dermalol. und Syphilis, 1898; — Golgi. Rivesta clinica di Boloynn, 1873, p. 238 ; — Halla. Zeil. fur Heilkunde, 1883, p. 198;— Pée. Thèse Berlin, 1890.
- J. Courmont et Momtagahd. Soc. de Biologie, 16 juin 1900; et Journal de physiologie et pathologie générale, 1900.
3 E, Weil. Soc. de Biologie, 23 juin 1900; et Thèse Paris, 1901.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
Dans la variole suppurée^ la formule est la môme ; elle apparaît dès le début, au moment du rash, et est absolument réalisée au moment de la période de suj)puration. Il n'y a pas, le plus souvent, de polynucléose, ce qui cadre, d'après M. Weil, avec ce fait que la suppuration fait partie intégrale du processus éruptif, lequel est fonction de l'infection variolique et non d'infection secondaire.
Dans la variole hémorragique, la mononucléose est aussi Importante que dans les autres formes ; mais les leucocytes mononucléaires granuleux, en particulier les neutrophiles, sont plus abondants; leur pourcentage peut s'élever à 10 et à 24 p. 100; les polynucléaires subissent une diminution considérable. Des hématies nucléées apparaissent en très grand nombre, suivant Golgi; en très petit nombre, suivant Weil.
Les complications infectieuses qui surviennent à la période d'état ne modifient guère la formule leucocytaire, tandis que celles de la convalescence la changent considérablement, puisqu'elles déterminent souvent de la leucocytose et de la polynucléose.
Dans la variole, le retour du sang à l'état normal se fait lentement et les modifications apportées à la formule sanguine par l'infection persistent, très accusées, jusqu'à la chute des croûtes, au quarantième jour et au-delà. Les myélocytes granuleux disparaissent d'abord, tandis que diminuent les grands et moyens mononucléaires ; les cellules de Tiirck ne s'effacent que plus tard ; en même temps, les lymphocytes et les polynucléaires augmentent, et les éosinophiles, qui n'avaient jamais disparu dans le cours de la maladie, subissent un accroissement.
Varicelle. — Dans la varicelle, il n'y a pas de règle fixe pour le nombre des leucocytes ; souvent celui-ci n'est pas augmenté ; quelquefois il y a légère leucocytose ou, au contraire, hypoleucocytose (Nobécourt et Merklen) ^
On observe le plus souvent une hypopolynucléose ; mais cette formule est inconstante ; le nombre des mononucléaires non granuleux varie en sens inverse de celui des polynucléaii^es ; les éosinophiles sont constamment diminués ; enfin 5 fois sur 15, il y a des myélo-
1 Nobécourt et Mekklejj. Journal de physiologie et pathologie générale, 1901, p. 428,
LES LECCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.
cytes neutrophiles dans la proportion de 1 à 3,5 p. 100; dans un cas^ Nobécourt et Merklen en ont vu 12,5 p. 100.
Engel a vu une poljnucléose avec disparition des ëosinophiles au moment de la pustulose ; trois jours plus tard, il y avait au concontraire mononucléose et éosinophilie (16 p. 100).
Vaccine. — La formule du sang dans la vaccine de l'homme et des animaux a été étudiée par Roger et Weil, Enriquez et Sicard J. Courmont et Montagard ^ qui la considèrent comme analogue à celle de la variole.
Sobotka ^ a observé le sang des enfants vaccinés et a vu que l'hyperleucocytose est constante, débute au 3*^ ou au 4*^ jour, et diminue ensuite graduellement jusqu'au 7" ou H" jour, pour tomber même souvent au-dessous du chiffre normal. Du 11*^ au 12*^ jour, une hyperleucocytose secondaire apparaît, durant 2 à 6 jours, en rapport avec l'activité du virus et le nombre des pustules. La première leucocytose porte le nombre des globules blancs de 12 000 à 23 000 ; la seconde de 10 000 à 17 500 ; à la période intermédiaire ils tombent à 3 500. Dans les cas non comphqués, la leucopénie correspond ordinairement au maximum de la température, et la leucocytose précède de plusieurs jours les manifestations locales et générales de la vaccine.
Dominici*, étudiant la vaccine expérimentale du lapin, a vu se succéder une phase de polynucléose peu marquée du 3*= au 7'= jour, et une phase de mononucléose qui apparaît au septième jour quand l'immunité est acquise.
Clavelée. — Rose a étudié la formule leucocytaire dans la clavelée ou variole ovine ; dès le troisième jour après l'inoculation, le nombre des mononucléaires augmente d'une façon progressive dans le sang jusqu'au neuvième jour ; les mononucléaires sont surtout des moyens et des grands, les lymphocytes sont en petit nombre (mononucléaires 71 à 83, polynucléaires 21 à 17 p. 100).
1 Enriquez et Sicard. Soc. de btolor/ie, 1"' déc. 1900.
2 J. CouBMONT et MoNTAGARD. Jounicil (le p/vjsiol. et de palkol. gén., 15 janv. 1901.
3 Sobotka. Zeit f. HeUkunde, t. XIV, p. 411 * DoMiNici. Soc. de biologie, juin 1901.
5 F.-J. Bosc. Formule leucocytaire de la clavelée. Soc. de biologie, 6 déc. 1902.
MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS
Après le 9" jour, les polynucléaires augmentent, tandis que les mononucléaires diminuent et une polynucléose se produit (65 à 80 p. 100) ; la polynucléose correspond au ramollissement de la pustule.
Pendant la période de mononucléose, la pustule est le siège d'une prolifération épitliéliale; pendant la polynucléose, des polynucléaires font leur apparition dans le liquide de la pustule.