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SIGNIFICATION PATHOGÉNIQUE DES LEUCOCYTOSES

On comprend plus difficilement que l'iiyperleucocytose et la polynucléose excessives puissent être d'un pronostic défavorable et qu'on puisse voir groupés parmi les formes mortelles, des cas à leucopénie et des cas à lijperleucocytose excessive.

Il y a là une antinomie qui ne laisse pas que de choquer l'esprit. Cette antinomie n'existe qu'en apparence ; elle provient de la signification fausse que nous attachons à l'hyperleucocytose. Associant l'idée de leucocytose à celle de phagocytose et, par suite, à celle de réaction de défense, on est arrivé à penser que plus la leucocytose est intense, plus la défense doit être énergique et le pronostic favorable.

Même en admettant, ce qui n'est pas démontré, que l'hyperproduction des leucocytes et la leucocytose qui en résulte aient surtout pour fin de débarrasser l'organisme des bactéries par la phagocytose, il ne s'ensuit pas qu'il y ait une équation nécessaire entre l'intensité de la réaction leucocytaire et la bénignité de la maladie. En effet, la production des leucocytes est en raison directe des besoins de l'organisme en face de l'infection ; plus le nombre des microbes est considérable, plus les foyers infectieux sont multipliés ou étendus, plus il faut de leucocytes pour la lutte, et, par suite, plus la leucocytose est intense.

La leucocytose ne doit donc pas être considérée comme une réaction d'immunité, elle n'a que la valeur d'une réaction d'infection, d'une réaction de défense ; et l'on comprend que la mort puisse survenir lorsque l'infection est excessive, malgré que l'organisme lui ait opposé une forte réaction leucocytaire.

En résumé, dans les infections graves avec leucopénie, l'organisme meurt sans se défendre ; dans les infections graves avec hyperleucocytose, l'organisme succombe malgré une défense énergique.

§ VIT. — Signification pathog-énique des leucocytoses

L'examen du sang montre que les formules hémoleucocytaires des différentes maladies infectieuses se ramènent à un petit nombre de

F. Bezançon et M. Labbé. Les leucocytes dans les maladies infectieuses. Presse médicnle, 8 nov. 1902. '

LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

types distincts. Nous avons vu la leucocytose avec polynucléose commune à toutes les maladies inflammatoires, aux suppurations, à la pneumonie, à l'érysipèle, etc. ; nous avons vu la mononucléose commune à la malaria, à certaines périodes de la tuberculose et de la syphilis, à la coqueluche ; enfin la mononucléose, avec apparition de quelques formes anormales, commune à la variole et à la varicelle.

Y a-t-il un lien entre les diverses maladies qui possèdent la même formule, et le même mode de réaction implique-t-il, pour ces maladies, une parenté étiologique ' ?

Le tableau synoptique des diverses infections, classées d'après leur formule hémoleucocytaire, semble le démontrer. La leucocytose poynucléaire est l'apanage des états inflammatoires que les recherches bactériologiques nous ont montrés être la résultante de l'action des microbes saprophytes aérobies, hôtes habituels de nos téguments et de nos muqueuses comme le staphylocoque, le streptocoque, le pneumocoque, etc. La réaction leucocytaire est la même dans ces différents cas (suppurations chaudes, érysipèle, septicémies, pneumonie, etc.), et ses variations tiennent plus à l'intensité du processus qu'à la nature du germe qui l'a mis en œuvre.

Des affections dues à ces parasites autochtones il faut rapprocher, au point de vue du mode des réactions leucocytaires, la diphtérie et la blennorrhagie ; le bacille de Loeffler et le gonocoque déterminent en effet les mêmes réactions locales et générales que le pneumocoque ou le staphylocoque. Enfin la scarlatine, qui possède, au point de vue clinique, tant de points de contact avec les infections streptococciques, s'en rapproche aussi par sa formule hémoleucocytaire, alors qu'elle se sépare des autres fièvres éruptives.

D'autre part, la leucocytose mononucléaire est la caractéristique des maladies spécifiques, causées par l'introduction et la pullulation de germes étrangers à l'organisme, chacune de ces maladies apportant d'ailleurs, en raison même de sa spécificité, une variante dans

1 D'après Roger, la réaction polynucléaire ou mononucléaire de l'organisme serait en rapport avec le rang qu'occupent les germes microbiens dans la classification naturelle : les maladies à leucocytose polynucléaire seraient causées par les bactéries (bacilles, coccus, etc.), les maladies à mononucléose seraient dues aux protozoaires ; ainsi, la malaria, produite par l'hématozoaire de Laveran, la variole, que Roger attribue, d'après ses recherches avec Weil, à un protozoaire, la coqueluche, la varicelle, la leucémie, que certains auteurs rapportent aussi à l'action des protozoaires, sont caractérisées par des mononucléoses.

SIUNlKICATION PATHOGÉNIQUE DES LEUCOCYTOSES.

la formule de la mononucléose. Ainsi la coqueluche et les oreillons produisent une hyperleucocytose lympliocytique ; la fièvre typhoïde une leucopénie avec mononucléose ; la variole et la varicelle, une mononucléose avec formes anormales.

Cette relation étant établie entre la formule hémoleucocytaire et la nature du virus, il est nécessaire de rappeler certains faits qui, loin de diminuer la valeur du rapprochement précédent, montrent seulement qu'il n'y a pas, entre le mode de réaction de l'organisme aux infections par les microbes autochtones et aux maladies spécifiques, de démarcation absolue.

S'il est bien vrai que, dans la grande majorité des cas, la leucocytose polynucléaire traduise le mode de réaction de l'organisme aux microbes autochtones, il faut se rappeler que, dans certains états infectieux dus à ces germes, par suite de la virulence insolite du microbe ou de la faiblesse anormale de résistance de l'organisme, la réaction leucocytaire vient à manquer : en même temps que la maladie prend en clinique le masque des états typhoïdes, l'examen du sang révèle non plus l'hyperleucocytose avec polynucléose habituelle, mais l'hypoleucocytose, la leucopénie, comme dans la fièvre typhoïde .

Il ne faut pas oublier non plus que, dans les maladies spécifiques à mononucléose, il est de règle d'assister, au début de la maladie, à une ébauche plus ou moins marquée de polynucléose. Le fait a été signalé à la période d'invasion de la rougeole et au début de la fièvre typhoïde.

Par contre, l'étude de la formule hémoleucocytaire des affections dues aux microbes autochtones au moment de la convalescence, nous montre qu'à cette période la polynucléose disparaît et que s'ébauche une réaction mononucléaire, comme dans les maladies spécifiques ; dans certains cas même (convalescence de la diphtérie, de la pneumonie), on voit apparaître dans le sang des formes cellulaires anormales, notamment quelques myélocytes, comme il est de règle au cours de la variole pendant la période d'état.

Certaines maladies aiguës à rechute, comme la fièvre paludéenne et la fièvre récurrente, ont une formule sanguine qui participe à la fois de la polynucléose et de la mononucléose ; la polynucléose

passagère est la réaction du début de l'accès et fait place dès la fin de celui-ci et dans l'intervalle des rechutes, à la mononucléose.

Pour les maladies infectieuses chroniques, comme la tuberculose et la syphilis, la longue durée et l'irrégularité de l'évolution empêchent d'établir la formule hémoleucocjlaire de l'ensemble de la maladie. L'examen du sang montre tantôt de la polynucléose, tantôt une réaction de mononucléose. La polynucléose correspond peut-être, comme l'ont fait remarquer Achard et Loeper, au début des poussées évolutives, tandis que la mononucléose est la réaction fondamentale de la maladie. C'est du moins ce qui semble résulter de l'étude des réactions nodulaires que déterminent dans les tissus l'agent de la syphilis et le bacille tuberculeux.

La formule hémoleucocytaire a donc une signification très complexe. La nature du virus, son degré d'activité, son mode de pénétration, le plus ou moins de résistance du terrain, l'époque de la maladie, et ])ien d'autres conditions encore interviennent dans sa constitution.

Par cela même qu'elle traduit la manière dont l'organisme se comporte vis- à-vis des microbes et des toxines, la formule hémoleucocytaire offre comme un schéma de ce qui se passe dans l'intimité des tissus au cours des infections.

Elle est l'image des réactions locales que suscitent les microbes à leur contact, au niveau du foyer morbide primitif, et des réactions secondaires qui se produisent à distance dans les organes hématopoïétiques ; le sang n'intervient que comme véhicule des éléments nécessaires à la défense organique, éléments qui^ formés dans les organes hématopoïétiques, vont être déversés au niveau des foyers morbides.

Un coup d'œil rapide, jeté sur le mécanisme de la défense de l'organisme contre les bactéries, va nous permettre de mettre en relief la fonction spéciale remplie par chacune des deux principales variétés de leucocytes.

Lorsqu'il s'agit d'affections causées par les germes qui vivent en commensaux à la surface de nos téguments et de nos muqueuses, l'organisme, déjà accoutumé à ces germes, oppose à leur effraction une mobilisation massive et brutale de leucocytes polynucléaires,

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