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FORMULE LEUCOCYTAIRE ET IMMUNITÉ

L'inversion de la formule hémoleucocytaire est brusque clans les maladies à crise comme la pneumonie, ou bien comme dans les suppurations qui s'ouvrent au dehors ; elle est plus lente dans les maladies qui présentent une défervescence irrégulière ou en lysis comme le rhumatisme articulaire aigu, la scarlatine, la diphtérie. Au lieu de revenir à l'équilibre leucocytaire physiologique, le sangprésente, en même temps qu'une diminution du nombre des polynucléaires, une augmentation réelle plus ou moins marquée de celui des mononucléaires. Ainsi dans l'érysipèle, comme l'ont montré Ghantemesse et Rey, les lymphocytes qui étaient rares dans la période fébrile, augmentent de nombre au moment de la chute de la fièvre et surtout quand la guérison se confirme.

L'époque même à laquelle on rencontre cette mononucléose, aux approches de la convalescence, trahit encore le rapport qui existe entre la mononucléose et les phénomènes d'immunité. Il semble bien qu'ici encore, dans les maladies à polynucléose, . le stade terminal de mononucléose soit en rapport avec le développement de l'immunité transitoire qui marque la fin de ce genre d'infection.

Ce qui le prouve éncore, c'est que dans les cas d'érysipèle ou de pneumonie où il se produit une rechute, la polynucléose persiste et la mononucléose n'apparaît pas, bien que la température ait baissé et que la crise se soit produite en apparence. L'absence de mononucléose concorde avec l'absence d'immunité temporaire.

Que l'on considère donc les maladies à mononucléose ou les maladies à polynucléose, on voit que dans l'un et l'autre cas, la réaction mononucléaire semble être en rapport avec la constitution de l'immunité ; mais tandis que dans les premières, où la mononucléose est précoce, intense, durable, l'immunité est solide et persistante, dans les secondes, où la mononucléose est tardive, légère, transitoire, l'immunité est elle-même faible et passagère.

4° Mononucléose dans la période intercalaire des maladies INTERMITTENTES. — Lcs iiialadics intermittentes, comme la fièvre récurrente et le paludisme, apportent une preuve de plus à la théorie que nous avons énoncée des rapports de la mononucléose avec l'immunité.

Dans la fièvre récurrente, comme dans la fièvre paludéenne, à la

LEE LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

polynucléose qui accompagne le début de l'accès et l'invasion du sang par le parasite, fait suite un stade de mononucléose qui correspond à la fin de l'accès et à la période de temps qui le sépare de l'accès subséquent.

Celte mononucléose correspond précisément à la phase de la maladie pendant laquelle le parasite ne peut plus se développer dans le sang, et où Ton peut admettre qu'une immunité relative s'est développée.

Dans ces deux maladies d'ailleurs, une première atteinte est susceptible de conférer un certain degré d'immunité ; le fait est signalé du moins par MetchnikofF pour la fièvre récurrente ; il en serait de même pour le paludisme, d'après les observations de Koch, qui a vu que des sujets, ayant présenté dans leur enfance des manifestations paludéennes, étaient réfractaires dans la suite a de nouvelles inoculations.

5° Mononucléose de certains stades des maladies chroniques. — Pour les maladies chroniques, telles que la tuberculose et la syphilis, dans lesquelles la formule hémoleucocytaire parait être surtout une mononucléose entrecoupée de polynucléose au moment des poussées aiguës, la corrélation entre la mononucléose et l'immunité est beaucoup plus obscure. Il est difficile d'ailleurs de parler d'immunité 1 pour des maladies dont l'évolution dans le temps n'est pas limitée, et qui, même lorsqu'elles semblent guéries, sont encore sujettes à des retours offensifs.

On peut supposer cependant que la mononucléose du sang, traduisant les phénomènes intimes qui s'accomplissent au niveau des tissus, correspond à l'effort que fait l'organisme pour englober le parasite et limiter son action, et qu'elle est en rapport avec des tentatives partielles d'immunisation.

Rôle de la mononucléose dans la production de l'immunité. —

La corrélation entre la mononucléose du sang et l'état d'immunité de

1 L'impossibilité pour un syphilitique de contracter un nouveau cliancre à la suite d'une contamination nouvelle, ne saurait être comparée à l'immunité qui succède aux infe:;tions aiguës. 11 s'agit là de phénomènes d'ordre différent. Pour la tuberculose, la possibilité de réinfection multiple est un fait d'observation indiscutable,

FORMULE LEUCOCYTAinE ET IMMUNITÉ.

l'organisme étant admise, il nous reste à établir le rôle que joue cette mononucléose dans rinslitution du phénomène.

Ce que nous connaissons des fonctions du leucocyte mononucléaire nous permet-il de comprendre comment il intervient dans l'immunisation ?

i" Rôle phagocytaire des mononucléaires. — Le mononucléaire est un leucocyte essentiellement adapté à la phagocytose, et joue comme phagocyte un rôle bien nettement défini. MetchnikolF a opposé la fonction du mononucléaire ou macrophage à celle du polynucléaire ou microphage, et a montré que tandis que le polynucléaire englobe et est susceptible de détruire les bactéries peu résistantes, le mononucléaire est avant tout l'agent d'englobement de tous les corps étrangers de digestion difficile : celkdes usées (leucocytes polynucléaires, hématies, cellules des tissus), microbes résistants (bacille tuberculeux, bacille de la lèpre, etc.), spores microbiennes, etc.

Cette destruction des corps étrangers se ramène à une sorte de digestion intra-cellulaire, et est due à une diastase particulière, la macrocytase, différente de la microcytase sécrétée par le leucocyte polynucléaire. La macrocytase a pu être isolée des organes riches en mononucléaires, tels que la rate, les ganglions, le grand épiploon. Tandis qu'elle ne possède qu'une action destructive très peu marquée sur les bactéries banales, elle agit au contraire très puissamment sur les cellules animales et sur les bactéries pathogènes des maladies chroniques.

La fonction phagocytaire des leucocytes mononucléaires, si importante qu'elle soit à la période terminale des maladies pour débarrasser l'organisme des dernières bactéries qui l'infectent et surtout des déchets cellulaires et pour amener la guérison, ne peut rendre compte de l'établissement de l'immunité. C'est dans une seconde fonction des leucocytes mononucléaires que doit être cherchée l'explication du rapport que nous avons établi entre la mononucléose et l'immunilé.

2° Rôle des mononucléaires dans la production des antitoxines. — Les macrophages semblent, comme l'a montré Metchnikoflf, être la source principale des antitoxines ; ainsi, c'est dans les maladies où l'englobement des microbes est fait beaucoup plus par les macro-

LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

pliages que par les micropliages, que le sang accuse un pouvoir antitoxique incontestable. Dans la peste, d'après Roux, dans la fièvre typhoïde, d'après Deutscli, infections dans lesquelles les microbes sont englobés par les macrophages, le sérum acquiert non seulement des propriétés antimicrobiennes, mais encore des propriétés antitoxiques ; les macrophages qui ont englobé les bacilles, les digèrent en effet, et cette digestion aboutit à la production dans le sérum de la substance antitoxique préventive.

Metchnikoff signale encore un lait qui plaide eu faveur du rôle des macrophages dans la production des antitoxines : le caïman» dont le système leucocytaire est constitué surtout par des leucocytes polynucléaires éosinophiles peu phagocytaires et par des macrophages, est de tous les êtres connus, celui qui fabrique le plus vite et le plus facilement des antitoxines.

Ce rôle prépondérant des macrophages dans la production des anticorps rend compte assez bien de la production de l'immunité solide à la suite des infections qui éveillent 'surtout une réaction de mononucléose, et de l'établissement de l'immunité légère au moment de la poussée de mononucléose transitoire qui marque la terminaison des infections banales à polynucléaires.

La constatation d'un rapport entre la réaction de mononucléose et l'état d'immunité n'a pas seulement un intérêt spéculatif, mais peut être l'origine d'une direction thérapeutique.

11 semble, en effet, qu'il y aurait intérêt, dans certaines maladies, à stimuler la formation en excès de mononucléaires pour aider à la phagocytose et à la sécrétion des antitoxines ; de même que certaines substances telles que les nucléines, la spermine, qui provoquent des leucocytoses polynucléaires, ont pu être préconisées dans le traitement des infections à polynucléose, de même on peut se demander si l'emploi de certaines substances éveillant électivement la mononucléose ne pourrait pas être utilisé.

Localement déjà, Metchnikoff et ses élèves ont injecté de la pilocarj)ine pour éveiller une mononucléose dans le péritoine, et favoriser la lutte par les macrophages contre les substances toxiques et infectieuses introduites ensuite,

AFFECTIONS PARASITAIRES

La quinine dans le traitement du paludisme, maladie où Forganisme se défend par le moyen des mononucléaires, a pour résultat, comme Fa montré Billet, d'exagérer dans des proportions considérables, et de prolonger la mononucléose que déjà éveille le parasite.

L'utilité de l'iode dans certaines affections chroniques, telles que la tuberculose et la syphilis, s'expliquerait peut-être par ce fait, que l'iode excite l'activité des organes lymphoïdes et produit une réaction intense de mononucléose ^

AFFECTIONS PARASITAIRES

La caractéristique principale de la formule hémoleucocytaire chez les sujets atteints d'affections parasitaires est Y augmentation du nombre des éosinophiles .

Ankylostomasie . — Muller et Rieder -, Zappert ont vu jusqu'à 17 p. 100, Leichtenstern jusqu'à 72 p. 100 de leucocytes éosinophiles. L'éosinophilie n'est cependant pas constante, comme le montre un cas de Zappert^. Il y a souvent en même temps une hyperleucocytose ; mais dans les cas d'anémie très intense, on observe plutôt une hypoleucocytose.

Oxyures. — Dans les helminthiases produites par les oxyures, il y a généralement éosinophilie. Bucklers * a vu dans un cas 16 p. 100 d'éosinophiles ; la proportion est quelquefois plus élevée, souvent elle l'est moins : Weil a vu dans un cas 4 à 5 p. 100 d'éosinophiles avec un chiffre de 7 000 à 8 000 leucocytes.

Ascarides. — La proportion est quelquefois considérable chez les sujets porteurs d'ascarides ; Bucklers a vu jusqu'à 19 p. 100 d'éosinophiles. Par contre, Limasset dans trois cas, n'a trouvé que 3 p. 100 d'éosinophiles. Dans un cas, nous avons trouvé 6 p. 100 d'éosinophiles avec une légère polynucléose. Il n'y a pas en général d'hyperleucocytose, Schulze a vu cependant chez un

1 M. Labbé et L. LoRTAT Jacob. Action de l'iode sur les tissus lymphoïdes. Société de biologie, 2 mai 1903.

2 Muller et Rieder. Dcut. Arc/i. f. klin. Medicin, Bd. 48, 1891.

3 Zapi'Ert. Zeilschrift. f. klin. Medicin, Bd. XXIII, 1893.

* Bucklers. Miinch. med. Wochenschrift, 1894, ii° 2 et 3. 6 Limasset. Thèse Paris, nov. 1901,

chien porteur d'ascarides 64 000 leucocytes. La leucocytose disparut sitôt après l'expulsion des vers.

Tœnias. — Chez les individus porteurs de tœnias, Leichtenstern, dans un cas, a trouvé 34 p. 100 d'éosinophiles ; Bucklers 8,75p. 100 ; Limasset jusqu'à 26 p. 100. L'éosinophilie n'est cependant pas constante, nous l'avons vu manquer chez des sujets porteurs de tœnia.

Avec le tœnia bothriocépliale, l'éosinophilie n'existerait que dans un petit nombre de cas, d'après Schaumann.

Anguillule intestinale . — Dans un cas de diarrhée causée par l'anguillule intestinale, Bucklers a trouvé 13,5 p. 100 d'éosinophiles.

Bilharzia hœmatohia. — Dans le sang d'un sujet atteint de bilharzia hfematobia, Colles a trouvé une éosinophilie de 20 p. 100, avec 46 p. 100 de polynucléaires, sans anémie.

Filariose. — Dans la fdariose, l'éosinophilie a été notée par Gulland Calvert, Coles-, Sicard et Biais % etc.; ordinairement, le nombre des éosinophiles varie de 4 à 8 p. 100, le nombre des polynucléaires est normal ; il y a souvent en même temps une légère hyperleucocytose. Parfois, le nombre des éosinophiles peut être beaucoup plus considérable. Dans deux cas de filariose avec chylurie, Remlinger* a trouvé 70 p. 100 d'éosinophiles; en outre les granulations étaient beaucoup plus abondantes qu'à l'état normal dans ces cellules.

Le nombre des leucocytes et la proportion des éosinophiles augmentent pendant la nuit, en même temps que les fdaires apparaissent dans le sang (Gulland, Vaquez et Clerc) \

Quand la fîlaire meurt et disparaît du sang, l'éosinophilie cesse probablement, ainsi qu'il semble résulter d'une observation faite par M. Labbé et L. Bernard dans un cas d'hématochylurie vraisemblablement d'origine lîlarienne.

Trichinose . — La trichinose s'accompagne toujours d'une hyperleucocytose, dont le degré est très variable; parfois faible, elle peut être très forte et atteindre 35 700 (Kerr).

1 Gulland. Brit. nied. Journ., 'ô avril 1902.

2 Coles. Brit. med. Journ., 10 mai 1902.

^ Sicard et Blais. Soc. de biologie, 6 déc. 1902.

^ Remlinoer. Soc. de biologie, 18 oct. 1902.

5 Vaquez et Clerc. Ibid., 18 oct. 1902.

^ M. Labbé et L. Bernard. Soc. de biologie, 20 déc. 1902,

AFFECTIONS PARASITAIRES

La proportion des éosinopliiles est considérablement augmentée, ainsi qu'il résulte des observations de Thayer et I3rown \ Cabot, Gwyn, Atkinson, Stump, Blumer, Neumann, Gordineer-, etc. Cette éosinophilie peut atteindre le chiffre de 86 p. 100 (Kerr) ^ ; on trouve souvent le taux de 40 à 60 p. 100 ; mais dans certaines périodes, il tombe à Hou 10 p. 100. Le nombre absolu des éosinopliiles est aussi considérable ; on Ta vu s'élever à 24 000 par millim. cube, c'est-àdire à un degré qui n'est pas toujours atteint dans la leucémie. L'éosinopliilie est persistante; dans un cas de Brown, le taux de 34 p. 100 d'éosinophiles persistait depuis cinq mois dans le sang. L'éosinopliilie est un phénomène constant dans la trichinose, et parlant très utile pour le diagnostic. Si le degré de l'hjperleucocytose est en rapport avec la gravité de la maladie, il n'en est pas de même pour Téosinophilie ; on peut voir une très forte éosinophilie dans les cas bénins.

Ladrerie. — Dans la ladrerie humaine, Achard et Loeper* ont vu 6 à H p. 100 d'éosinophiles ; Liniasset, Launois et Weil^ ont compté aussi 5 p. 100 dans les cas qu'ils ont observés. La réaction n'est pas constante, Marie et Guillain " l'ont vu manquer dans un cas de ladrerie chronique généralisée.

Kystes hydntiques. — Chez les sujets atteints de kystes liydatiques, l'éosinophile a été si souvent signalée qu'elle en acquiert une véritable valeur diagnostique. Memmi ^ a observé dans 12 cas de kystes hydatiques du foie une éosinophilie de 7 à 20 p. 100. Cette éosinophilie peut être considérable ; Achard et Clerc ont observé une fois 40 p. 100 d'éosinophiles; Seligman et Dudgeon* jusqu'à 57 p. 100; Dargein et Tribondeau 12 p. 100; Achard et Laubry 10 p. 100. Le plus souvent elle est modérée : Tuffier ^ ' et Milian ont noté

1 Brown. John Hopkins Hospital Reports, avril 1897.

2 Gordineer. New York med. Record, 20 octobre 1900; Médical News, 22 déc. 1900.

3 Kerr. Pliilad. med. Journal, 25 août 1900.

* Achard et Loeper. Soc. de Biologie, 23 février 1901. ^ Launois et Weil. Soc. méd. des Ilâp., 17 nov. 1902.

6 Marie et Guillain. Soc. méd. des Ilâpit., 8 novembre 1901. Mem.mi. Conr/rès de Pise, 27 octobre 1901.

* Seligman et Dudgeon. Lancet, 21 juin 1902.

" Dargein et Tribondeau. Soc. de Biologie, 16 novembre 1901. 1" Achard et Laubry. Soc. de Biologie, 1901. 11 Tuffier. Sem. médicale, 26 juin 1901.

LES LEUCOCYTES A l'ÉïAT PATHOLOGIQUE.

5 p. 100 dans un cas de kyste hydatique du poumon; M. Labbé a compté 4 p. 100 cbez un sujet opéré pour un kyste bydaticpie du foie.

L'éosinopbilie n'est d'ailleurs pas constante ; elle manquait dans un cas de Bezançon et Weil, dans un cas de Gouraud ^

U expérimentation a donné, dans les cas de parasitisme, des résultats variables. Avec le liquide des tumeurs d'un cas de ladrerie injecté dans le péritoine de souris, Achard et Loeper ont vu une très légère éosinopbilie (3 p. 100). Achard et Laubry, Memmi, ont pu reproduire l'éosinophilie en injectant du liquide hydatique à des animaux; par contre, F. Bezançon et E. Weil ont inoculé le liquide d'un kyste hydatique à quatre cobayes sans obtenir de réaction éosinophilique.

INTOXICATIONS

La leucocytose s'observe au cours des intoxications comme au cours des infections. Cette leucocytose présente, dans sa nature et dans son évolution, de grandes analogies avec la leucocytose des infections. Nous exposerons d'abord les résultats des examens de sang, et nous chercherons ensuite à classer les faits.

Ehrlich indique cpi'un certain nonibre de poisons et, en particulier, les poisons du sang (hydrogène arsénié, chlorate de potasse, dérivés de la phénilhydrazine, pyrodine, phénacétine) , les médicaments déterminant une narcose prolongée, provoquent chez l'homme, en même temps qu'une destruction de globules rouges,^ une hyperleucocytose considérable. Rieder est arrivé à la même conclusion à la suite de recherches expérimentales.

Dans V alcoolisme, les résultais sont plus inconstants ; dans un cas de delirium tremens, et dans trois cas d'ivresse, l'examen du sang dénotait une hyperleucocytose avec polynucléose (Achard et Loeper). Les recherches expérimentales faites par de Lavarenne et M. Labbé sur l'intoxication alcoolique chez les lapins ont abouti à des résultats discordants: l'alcoolisme aigu, par injection sous-cutanée ou intrapéritonéale d'alcool, provoque tantôt une hyperleucocytose, tantôt une hypoleucocytose.

1 GouRAUD. Soc. anatomique, 10 janvier 1902.

2 M. Labbé. L'alcool et la résistance de l'organisme aux maladies. Presse médicale, 16 août 1902.

INTOXICATIONS

Haiipt' a constaté, au cours de recherchesexpérimentale chez le poulet, que Fintoxication par le sulfure de carbone s'accompagne d'une hyperleucocylose, en même temps que d'une anémie.

L^introduction dans l'organisme d'un grand nombre de substances chimiques, organiques ou inorganiques, détermine aussi de l'hyperleucocytose. Hirt-, Meyer ^ ont vu c]ue la térébenthine^ le camphre, l'essence de menthe poivrée, les amers, causent une augmentation importante du nombre des leucocytes.

Pôhl* a vu que les extraits aromatiques, les essences, les amers d'origine végétale, certains alcaloïdes (pipérine, strychnine, etc.) produisent une hyperleucocytose chez les chiens à jeun. Par contre, les alcools, un certain nombre de sels, l'acétate de plomb, le sulfate de cuivre, le calomel, la caféine, la quinine, les oxydes de fer, se sont montrés inactifs. Ordinairement, ces leucocytoses apparaissent une demi-heure après l'ingestion et disparaissent en deux heures ; elles sont donc moins marquées que celles que produit la digestion de l'albumine.

Chez l'homme, Binz% Limbeck*' ont produit une leucocytose au moyen de camphre, des essences de cinnamone, de menthe et d'anis. Rieder n'obtint aucun résultat avec l'extrait de gentiane et la teinture de myrrhe.

Bernard, Meyer et Seegen ont vu le nombre des leucocytes doubler après l'administration de vingt gouttes d'éther.

Horbaczev^ski trouva une diminution modérée du nombre des leucocytes après la prise de quinine ou d'atropine et une augmentation considérable par l'antipyrine, l'antifébrine et la pilocarpine.

Wilkinson ^ a constaté que l'injection sous-cutanée d'un grand nombre de substances (iodure de potassium, pilocarpine, atropine, digitaline, acide phénique, térébenthine, camphre, antipyrine, salicylate de soude, chlorhydrate de quinine) produit, après une courte

1 IIaupt. Ai'ch. internat, de pharmacod. et de thérapie, 1903, t. XI, 3-4.

2 HiRT. Mullers Arcliiv, 1836, p. 174.

3 Meyer. Schmidt's Jahrb., t. CLXXX, p. 121.

4 PoHL. Arch. f. exper. Path., t. XXII, p. 306. 6 BiNz. Arch. f. exp. Path., t. V, p. 109.

« LiMBECK. Zeit. f. Heilkunde, 1889, p. 392.

HoRBACZEWSKi. Sitz. Wien. Acad. Wissensch., 1891, t. C, 3" partie, p. 101. * WiLKixsoN. Brit. med. Journal., sept. 1896.

LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

phase d'hypoleucocytose, une hyperleucocjtose avec polynucléose. Avec la quinine à dose mortelle, il se produit une hypoleucocytose persistante avec hypopolynucléose. Maurel ' a observé également une hypoleucocytose produite par la quinine. Bauer- a étudié les hyperleucocytoses produites par des injections sous-cutanées d'essence de térébenthine, ce qui présente un intérêt particulier à cause des essais thérapeutiques au moyen des abcès de fixation dans les infections.

Borini^ a vu que la digitale injectée à des lapins provoque une hyperleucocytose, à laquelle il attribue TefFet curateur de cet agent dans rinfection pneumococcique. Brighetti* a observé une hyperleucocytose à la suite de l'injection d'infusion de digitale, de digitaline, de digitoxine.

Un certain nombre de substances organiques, telles que le fibrinferment, la pepsine, les peptones, l'hémoglobine, les liquides albumineux en décomposition, le pus, les purées de tissu lymphoïde, la pepsine, l'urée, l'urate de soude, le curare, les albumines végétales^ provoquent en injection sous-cutanée, une leucocytose assez abondante (Hirt, Bojanus, Hoffmann, Himmelstjerna, Heyl, Groth, Lôwit, Buchner, etc.).

Goldscheider et Jacob ont produit des hyperleucocytoses avec des extraits glycérinés de rate, de thymus, de moelle des os, mais n'ont rien obtenu avec des extraits de corps thyroïde, de foie, de rein et de pancréas.

Les nucléines, la spermine de Poehl, Vhémialbumose, la protalhumose, les peptones^ injectées dans la circulation ou sous la peau, ont pour action de provoquer une hyperleucocytose qui a été utilisée pour des essais de thérapeutique anti-infectieuse

L'hyperleucocytose est précédée d'une phase très passagère d'hypoleucocytose ; elle est progressive, atteint son maximum 5 à 10 heures après l'injection, décroît ensuite et disparaît en

1 Mauhel. Soc. de biologie, 1 1 mars 1903.

2 Bauer. Ueb. cl. Leukocyloseerveg. Wb-k. subkut. TerpinôlinjecL, Inaug. Diss. Berne, 1899.

3 BoRiNi. Centralbl. f. Bakt.,m2, t. XXXII, p. 207. BrtiGHErn. Clin. med. ital., nov. 1901.

^ Goldscheider et Jacob. Zeit. f. kliii. Med., t. XXV.

s Marcel Labbé. Les essais de leucothérapie dans les infections. Presse médicale, 18 juillet 1903.

INTOXICATIONS

24 heures. La formule est caractérisée au début par une lymphocytose à laquelle fait suite rapidement une polynucléose,

Stassano et Billon ' ont, au moyen d'injections intraveineuses de tallianine, provoqué des hyperleucocytoses polynucléaires passagères chez certains animaux. Chez le lapin, le nombre des leucocytes s'élève de 13 000 à 45 000, quarante minutes après l'injection, pour revenir à la normale trois heures après; chez la génisse et chez la vache, le nombre des leucocytes est doublé ; chez un vieux cheval l'effet a été nul.

Stassano et Billon - ont vu, après injection intraveineuse d'une émulsion de lécithine dans du sérum artificiel, une augmentation constante du nombre des leucocytes, L'hyperleucocytose s'établit immédiatement, augmente jusqu'au lendemain et décline ensuite lentement. Elle porte dans les premières heures sur les polynucléaires, ensuite et d'une façon durable sur les mononucléaires.

D'après Sabrazès^ les injections de pilocarpine produisent une hyperleucocytose qui souvent persiste durant 24 heures ; l'augmentation des leucocytes porte sur toutes les variétés, et dans certains cas sur les lymphocytes en particulier. Wilkinson*, à la suite d'injections répétées de pilocarpine chez le lapin, a constaté la disparition des granulations neutrophiles des polynucléaires.

L'injection sous-cutanée d'une solution d'iode sous la peau du cobaye produit une réaction leucocytaire importante caractérisée : par une courte phase d'hypoleucocytose, suivie d'une phase d'hyperleucocytose plus durable, pouvant atteindre le chiffre de 29 000, et d'un retour à la normale en l'espace de trois à quatre jours. A la période d'hyperleucocytose, on note d'abord une mononucléose, puis une polynucléose passagère, à la suite de laquelle s'installe définitivement une mononucléose abondante (79 p. 100). Les éosinophiles, très rares pendant la période de réaction, sont augmentés à la période terminale ; les grands mononucléaires, absents au début, atteignent à la fin le taux de 10 p. 100. La mononucléose est donc la caractéristique de cette réaction iodée ; elle persiste assez longtemps après la fin de la réaction. Si on la rapproche de la réaction mononucléaire

1 Stassano et Billon. Soc. de biologie, 25 avril 1903.

2 Stassan'o et Billon. Soc. de biologie 8 février 1902.

3 J. Sabrazès. Gaz. hebd. des Se. méd. de Bordeaux, 30 nov. 1902. * WiLKiNSON. Brit. Med. Journal, sept. 1896.

LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

que l'iode provoque aussi clans les séreuses, on peut en conclure que l'iode est un agent provocateur de mononucléose ^.

Le collargol injecté dans les veines provoque, suivant Brunner ^ et Beyer% une hyperleucocytose qui débute après six heures, atteint son maximum au bout de 24 heures et disparaît après deux jours. Suivant Salomon, les injections intraveineuses ne produisent pas, chez l'homme, de réactions leucocytaires spécifiques, mais deS' modifications de la formule en rapport avec l'évolution ultérieure de la maladie ; on observe tantôt une hyperleucocytose avec mononucléose, tantôt aucune modification du nombre des leucocytes, mai& une polynncléose, une mononucléose ou même une éosinophilie ; les frictions produisent, tantôt et le plus souvent une mononucléose, tantôt une polynncléose, tantôt aucune réaction leucocytaire.

Uichler et Spiro, Shaw * ont vu que l'injection intraveineuse de cinnamate de soude à des animaux produit une hyperleucocytose avec polynucléose. Landerer, en faisant à des lapins des injection» intraveineuses d'acide cinnamique, a produit une élévation du chiffre des leucocytes jusqu'à 30 000 et même 70 000, avec une polynucléose de 85 p. 100; chez l'homme, il a vu 90 p. 100 et même 98 p. 100 de polynucléaires après l'injection.

M. Labbé a observé de la polynucléose à la phase aiguë de l'intoxication par l'essence de mirbane chez un lapin.

Dans les intoxications expérimentales chez le cobaye par le venin des serpents^ Auché et Vaillant-Hovius ^ ont trouvé de l'hyperleucocytose avec polynucléose ; l'hyperleucocytose peut aller jusqu'à 20 000 ; le résultat est le même dans les cas curables et dans les casmortels.

La simple injection de sérum antivenimeux détermine aussi ime hyperleucocytose rapide et intense avec polynucléose. Chez les animaux injectés d'abord avec du sérum antivenimeux et mordus aussitôt après, il y a hyperleucocytose considérable, jusqu'à 37 000^ avec polynucléose.

1 Marcel Labbé et Lobtat Jacob. Action de l'iode sur le sang. Soc. de biologie, n mars 1903.

2 Bhunneb. Forlsch., d. Medic, 1900, n- 20.

3 Beyer. Muiich. med. Woch., 1902, n» 8.

* SiiAW. The journal of palh. and bacterioL, mars 1902.

5 Auché et Vaillant-Hovius. Arch. de méd. expériment., mars 1902.

INTOXICATIONS

L'inoculation de doses non mortelles de sérum d'anguille à des lapins provoque une réaction d'hjperleucocytose polynucléaire très forte, qui peut, dans certains cas, dépasser le chiffre de 50 000 globules blancs (Loeper).

Anesthésiques. — L'action des anesthésiques est très difficile à apprécier; chez l'homme, en eft'et, il est impossible de séparer leur rôle de celui que l'opération elle-même exerce sur le sang.

Dunham ^ pense que l'anesthésie par l'éther est suivie d'une leucocytose fugace, légère, peu appréciable dans les cas où il y avait déjà une leucocjtose d'origine infectieuse ; l'action de la narcose éthérée n'empêche pas la leucocytose de tomber franchement en un ou deux jours, après l'opération d'un abcès.

Ghadbourne -, sur 21 cas d'anesthésie par l'éther, a noté constamment une augmentation du nombre des leucocytes de plus d'un tiers; cette augmentation porterait sur toutes les espèces de leucocytes et principalement sur les lymphocytes.

Cabot, Blake et Hubbard ' n'ont trouvé qu'une augmentation très légère des leucocytes jusqu'au début de l'opération ; l'opération elle-même produit, dans la moitié des cas, une hyperleucocytose qui disparaît en l'espace de 12 à 36 heures.

Expérimentalement, Benassi * a vu que la narcose par Véther produit, chez les animaux, une légère hyperleucocytose; au contraire, la narcose par le chloroforme produit une hypoleucocytose.

Lœwy et Paris ^ ont étudié, chez l'homme et chez le cobaye, la formule leucocytaire dans l'anesthésie par le chloroforme. Au cours et surtout à la lin de l'anesthésie, ils ont observé une diminution relative des polynucléaires, avec légère augmentation des mononucléaires. Au bout de quelques heures, il se fait une polynucléose qui atteint son maximum après 24 heures et persiste 48 heures.

Evolution générale des leucocytoses toxiques. — Les faits que nous avons réunis ci-dessus montrent, d'une façon générale, que l'introduction dans l'organisme, surtout par la voie sous-cutanée ou

1 DuNiiAM. Annals of suir/ery, sept. 1901. - CiiAnBOURNE. Philadelpida med. Journal, 18 février 1899. 3 Cabot, Blake et Hubbard. Aimais of surgery, sept. 1901. * Benassi. Gazz. degli ospedali e délie clin., 1901, n° 21. 5 LœwY et Paris. Soc. de biologie, 13 février 1902.

LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

intraveineuse!, de loule substance étrangère, médicamenteuse ou toxique, provoque une réaction leucocytaire.

Les réactions provoquées sont dans leur ensemble comparables ; dans les cas où l'on a étudié d'une façon précise la formule leucocytaire, on a vu que celle-ci évoluait à peu près de même que la formule des infections et qu'elle passait, en général, par les quatre phases successives : d'bypoleucocytose, d'hyperleucocytose avec polynucléose, de mononucléose et d'éosinophilie.

Cependant, ici comme pour les infections, il n'est pas possible de confondre et de ramener à un seul type les réactions leucocytaires provoquées par les divers agents toxiques. La réaction n'est pas identique dans tous les cas, et certaines substances paraissent avoir pour rôle de produire surtout une polynucléose, tandis que d'autres donnent plutôt une mononucléose ou une éosinophilie. Il y a, au moins à l'état rudimentaire, une sorte de spécificité des agents toxiques et médicamenteux.

A cet égard, on peut distinguer trois groupes de substances ' :

1° La plupart des substances, comme les alcaloïdes, les nucléines, les extraits d'organe, etc., produisent une polynucléose ;

2° D'autres, comme la lécithine, la pilocarpine et surtout l'iode, ne donnent lieu qu'à une polynucléose passagère, et l'ensemble de la réaction est caractérisée par une mononucléose ;

3° D'autres enfin, produisent surtout une éosinophilie, avec ou sans hyperleucocytose appréciable.

Nous avons signalé déjà l'éosinopliilie qui survient à la suite des injections de tuberculine. Von Noorden - a observé une éosinophilie chez deux chlorotiques qui avaient absorbé du camphre (9 p. 100). Cette réaction est d'ailleurs inconstante. Carrière a vu l'éosinophiHe dans l'empoisonnement par l'oxyde de carbone (12 p. 100). Achard et Clerc, dans un cas d'intoxication par l'acide picrique, suivie d'érythème (13 p. 100). L'éosinophiHe peut se voir aussi, comme l'ont montré Leredde, Seifert, à la suite d'absorption d'iodure de potassium. L'éosinophiHe a été observée à la suite d'ingestion de phosphore

1 Lamastzellen-leucocytose n'a pas assez d'importance pour mériterune description spéciale ; elle n'a été observée qu'exceptionnellement chez des lapins intoxiqués par la pyrodine, ou par les toxines stapliylococcique et diphtérique (Levaditi).

2 Von Noorden. Zeitsch. f. klin. Medicin, Bd. XX.

INTOXICATIONS

et de nucléine (V. Jaksch), de salicylate de soude chez les rhumatisants (Zappert), de nitrobenzol (Ehrlich et Lindenthal), d'antipyrine. Brown a trouvé, après un empoisonnement par l'acétanilide, 30 000 leucocytes et 12 p. 100 d'éosinophiles. Simonin dans un cas d'intoxication par ingestion accidentelle de benzine, a observé une hyperleucocytose modérée, avec prédominance des polynucléaires et proportion considérable de cellules éosinophiles (25 p. 100).

L'éosinophilie n'est pas absolument constante dans les conditions que nous venons d'indiquer ; si certaines substances provoquent plus volontiers que les autres une réaction éosinophilique, il faut aussi se rappeler que l'éosinophilie, à un degré plus ou moins marqué, s'observe à la phase terminale de toutes les réactions leucocytaires toxiques. Un certain nombre d'éosinophilies sont peut-être dues seulement à ce que l'examen du sang a été fait à une phase tardive. Ainsi, chez nn nouveau-né qui avait un érythème toxique dû au calomel, à la période aiguë de l'intoxication nous avons trouvé 6p. 100 d'éosinophiles, tandis qu'après la guérison nous en avons vu 14 p. 100.

Certaines éosinophilies sont peut-être aussi plus en rapport avec la réaction cutanée provoquée par le toxique, qu'avec la nature de l'intoxication.

La nature de la réaction est en rapport, suivant Achard et Loeper-, moins avec la nature du poison qu'avec le caractère aigu ou chronique de l'intoxication. Les diverses intoxications aiguës par le plomb, l'alcool, le mercure, la morphine, l'éther, l'antipyrine, produisent, en général, une hyperleucocytose avec polynucléose. Dans trois cas de coliques de plomb, l'examen a montré une légère leucocytose avec polynucléose. Le mercure paraît amener des modifications analogues : leucocytose polynucléaire et éosinophilie terminale (8 à 12 p. 100). La formule était la même chez un malade ayant absorbé de l'antipyrine.

Dans les intoxications chroniques, Achard et Loeper ont observé en général la leucopénie avec hypopolynucléose. Il en était ainsi chez trois malades intoxiqués de longue date avec la morphine et

1 AcHAKD et LoEPEU. Soc. de biologie, 23 février 1901.

2 Simonin. Soc. méd. des hôpitaux, 20 février 1903.

LES LEUGOCYTES A L lîTAT PATHOLOGIQUE.

Téther, dans deux cas d'intoxication saturnine chronique, et dans trois cas d'hydrargyrisme chronique. Dans l'alcoohsme chronique, la leucopénie et Thypopolynucléose sont moins constantes et ne furent observées par Achard et Loeper que 13 fois sur 20.

La dose de substance toxique paraît avoir aussi de l'importance. Ainsi Bentivegna et Carin, après absorption de doses non mortelles d'arsenic, de bichlorure de mercure, ou d'iode, ont observé une hyperleucocytose, tandis qu'après des doses mortelles ils ont vu une hypoleucocytose. Tandis que la quinine à dose faible produit une hyperleucocytose polynucléaire, la quinine à dose mortelle amène une hypoleucocytose avec hypoponucléose (Wilkinson).

Winternitz ^ a étudié l'action d'un certain nombre de substances et a établi une relation entre le degré de V inflammation locale produite par l'injection et le degré de la leucocytose générale. Une première catégorie de substances, comme les sels, les alcalis, les acides dilués, produisent une faible réaction locale et générale.

Une deuxième catégorie de substances, comprenant les vésicants, la sapotoxine, la digitoxine, le nitrate d'argent, le sulfate de cuivre^ le mercure, l'antimoine, produisent une suppuration aseptique et une leucocytose plus marquée.

La réaction déjîend encore de Vespèce animale à laquelle appartient le sujet intoxiqué, de Yâge et des prédispositions de l'individu, dont les organes hématopoïétiques sont plus ou moins aptes à réagir; c'est ainsi qu'on peut expliquer les différences dans la réaction provoquée chez plusieurs personnes avec la même dose d'un même médicament.

Auto-intoxications. — Des intoxications accidentelles ou expérimentales produites par des substances chimiques définies ou par des extraits d'organe, il nous faut rapprocher certains états pathologiques dans lesquels les symptômes morbides peuvent être attribués à une auto-intoxication.

Goutte. — Dans un cas de goutte aiguë arthritique, M. Labbé a noté une hyperleucocytose avec polynucléose pendant l'accès, suivie d'une légère mononucléose avec éosinophilie (3 p. 100) après l'accès.

1 Winternitz. Arch. f. exp. Path., t. XXXV, p. 77.

INTOXICATIONS

Dans un cas de goutte saturnine, il a vu de même une légère polynucléose.

Myxœdème. — Le sang des mjxœdémateux a été surtout étudié au point de vue des globules rouges et de Fanémie (Vaquez).

L'hyperleucocytose a été signalée par Mendel, Schôtten. Murray l'a vue 6 fois sur 23 cas. Vaquez ne l'a pas observée. En somme, elle fait le plus souvent défaut.

La formule leucocytaire est ordinairement normale ; cependant Vaquez, dans un cas de myxœdème de l'adulte, a constaté une augmentation du nombre des éosinophiles ; Cabot a trouvé dans deux cas 5 p. 100 et 4,4 p. 100 d'éosinopbiles ; Putnam a trouvé dans un cas quelques myélocytes.

Dans un cas de myxœdème congénital chez un sujet de vingt ans, nous avons fait l'examen du sang à plusieurs reprises. Le nombre des globules blancs a oscillé entre 4 500 et 7 500 ; la formule leucocytaire était sensiblement normale ; cependant, le nombre des leucocytes éosinophiles s'est montré assez élevé et a atteint 7 p. 100 au cours de plusieurs numérations. Le traitement n'a pas amené de changement bien remarquable dans la formule hémoleucocytaire ; seul, le nombre des hématies a un peu augmenté. Par contre, une entérite légèrement fébrile a produit des modifications notables, semblables à celle qu'on peut observer au cours de toute infection banale (hyperleucocytose, polynucléose, disparition des éosinophiles, diminution légère et passagère des globules rouges et de l'hémoglobine, etc.)

J. Lépine a constaté que l'ingestion de corps thyroïde provoquait une hyperleucocytose avec mononucléose chez le chien,

Mezincescu ' a vu que la thyroïdeclomie chez l'homme et chez les animaux est suivie d'une hyperleucocytose post-opératoire très accentuée ; elle se maintient et s'accroît jusqu'à l'apparition des phénomènes strumiprives qui sont toujours accompagnés d'une importante leucocytose (jusqu'à 49 000 globules blancs), avec polynucléose (jusqu'à 84 p. 100).

Brûlures. — Locke ^ a vu, à la suite des brûlures, une hyperleu-

1 J. LÉriNE. Soc. de biologie, 29 nov. 1902.

2 Mezincescu. A7-ch. de méd. expériinent., mars 1902.

3 Locke. Boston med. a. surg. Jauni., 30 oct. 1902.

LES LEUCOCYTES A LÉTAT PATHOLOGIQUE.

cocytose constante, progressive, en rapport avec la gravité des cas : clans les cas curables, il a trouvé 30 à 40 000 leucocytes ; dans les cas mortels, plus de 50 000. Dans ces derniers, il y a dans le sang de très nombreux leucocytes en voie de destruction et des myélocytes. La leucocytose est caractérisée par une polynucléose, moins intense que celle des suppurations.

Asthme. — Les emphysémateux ont, en général, une certaine hyperleucocytose ; celle-ci augmente quand survient une bronchite ou un accès d'asthme.

Chez les asthmatiques, on note habituellement une éosinophilie avec ou sans hyperleucocytose ; cette éosinophilie sanguine correspond à Téosinophilie des crachats. Gabritchewsky ' a trouvé dans trois cas^ 11 à 22 p. 100 d'éosinophiles, Fisk a vu 14 p. 100, GoUasch 10 à 20 p. 100, et BilUngs - jusqu'à 53,6 p. 100, dans un cas où il y avait 8 300 leucocytes.

Des observations de Leyden% de V. Noorden * et surtout de Schwerschewski \ il résulte que l'éosinophilie sanguine se montre surtout au moment des accès d'asthme, qu'elle augmente quand les accès se répètent, diminue à la fin de l'accès quand l'expectoration commence, et disparaît dans l'intervalle des accès.

(]ette éosinophilie pourrait servir à distinguer l'asthme bronchique de la dyspnée endocarditique ou brightique et à indiquer l'approche d'un accès. D'après V. Noorden, elle manque, en effet, dans l'asthme secondaire.

Rachitisme. — En général, il n'y a pas d'hyperleucocytose dans les cas bénins de rachitisme infantile ; il est exceptionnel décompter 30 000 globules blancs, comme dans un cas de Felsenthal, en l'absence de toute complication.

Dans les cas graves, I hyperleucocytose est presque constante, mais elle n'èxcède guère 30 000. Luzet pensait qu'il y avait tous les degrés depuis la leucocytose modérée jusqu'à la leucémie. Il

1 Gabritchewsky. Arch. f. exper. Path., t. XXVIII, p. 83.

2 BiLLiNGS. New-York med. Journ., t. LXV, p. 691.

3 Leyden. Deut. med. Wock., 1891, p. 1083.

* V. Noorden. Zeit. f. klin. Med., t. XX, p. 98.

^ ScnwERsciiEwsKi. Centrani. f. innere Medicin, 189S, p. 183.

INTOXICATIONS

est certain que le syndrome de l'anémie pseudo-leucémique infantile s'observe parfois chez des racliitiques.

La plupart des auteurs signalent un excès de lymphocytes, mais si l'on se reporte à la proportion normale des mononucléaires dans le sang des enfants, on voit qu'il n'y a pas en réalité de lymphocytose.

Les éosinophiles sont souvent nombreux. Morse indique une moyenne de 3 p. 100. Leur nombre varie d'ailleurs beaucoup : tantôt ils sont rares, tantôt très nombreux, comme dans des cas de Ilock et Schlesinger (20 p. 100) et de Weiss (16 p. 100).

Cautley a vu des myélocytes dans le sang, en proportion parfois assez considérable, jusqu'à 13 p. 100.

La cause de l'hyperleucocytose est inconnue. Limbeck la rapporte à la gastro-entérite ; Luzet à l'hypertrophie de la rate ; Ewing à l'irritation de la moelle osseuse.

Quoi qu'il en soit, l'hyperleucocytose est fréquente, souvent accompagnée du passage de myélocytes, de leucocytes en karyokinèse et de globules rouges nucléés dans la circulation, ce qui, joint à l'anémie et à la splénomégalie^ réalise, comme dans le cas de Cautley^ le syndrome de l'anémie pseudo-leucémique infantile.

Scorbut. — Uskow a vu le nombre des leucocytes osciller entre 20 000 et 47 000. D'après Hoffmann, celte hyperleucocytose considérable serait due aux complications inflammatoires.

Thomas et Morel ' ont trouvé le sang normal dans un cas de scorbut.

OsTÉOMALACiE. — Le nombre de leucocytes est très variable : tantôt inférieur, tantôt légèrement supérieur à la normale.

Il y a généralement excès de lymphocy tes (Ritchie - , Tchistowitch^). Neusser*, Tchistowitch ont trouvé des myélocytes.

Neusser propose de diviser les cas d'ostéomalacie en deux catégories : 1° les uns montrant des myélocytes dans le sang ; 2° les autres accompagnés d'éosinophilie intense.

Affections hépatiques. — Ictère catarrhal. — La formule héma-

* Thomas et Morel. Lyon médical, 2 mars 1902.'

2 RiTCHiE. Edinh. med. J., 1896, t. XLII, p. 208.

3 Tchistowitch. Berlin, klin. Woch., 1893, p. 919.

* Neusser. W'ienev. klin. Woch., 1892, p. il,

LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

tologiqiie serait la suivante, d'après Achard et Lœper ' : après une très légère leucocytose avec polynucléose qui marque le début, il y a leucopénie, avec augmentation relative des mononucléaires jusqu'à inversion de la formule, passage de 3 à 4 p. 100 de myélocytes dans le sang, et éosinopliilie terminale très légère.

On observe des faits de même ordre dans les hépatites chroniques : les mononucléaires prédominent, et il peut même y avoir inversion de la formule (32 polynucléaires, 68 mononucléaires).

Les causes des variations de la formule leucocytaire dans les divers ictères sont difficiles à déterminer, et sans doute multiples, tenant à la fois à l'infection ou à l'intoxication causale, à l'état de résistance de l'organisme, et à l'action directe de la bile sur le sang et les organes hématopoïétiques. La rétention biliaire ne semble pas devoir être invoquée pour expliquer la mononucléose, car expérimentalement l'injection de bile chez le chien détermine une polynucléose. Gilbert et Herscher - ont constaté que l'injection intraveineuse de bile, de sels biliaires ou de pigment biliaire produit une leucocytose rapide, considérable et persistante ^

Colique hépatique. — Même intense, la colique hépatique pevit ne pas s'accompagner d'hyperleucocytose ; elle peut même abaisser le nombre de leucocytes et le taux des polynucléaires. L'apparition de l'ictère est quelquefois accompagnée d'une leucocytose modérée ; d'autres fois, toute leucocytose fait défaut. La différence tient probablement à l'état des voies biliaires : aseptiques, il n'y a pas de leucocytoses septiques, il y a leucocytose

Cirrhose hypertrophique biliaire. — Hanot et Meunier ^ ont observé, dans cinq cas, une hyperleucocytose (9 000 à 21 800). Lukachewitch a trouvé 20 000 globules blancs dans un autre cas. Auché a rapporté trois cas où la leucocytose a varié de 12 400 à 18 600.

Ictère grave. — Dans plusieurs cas, Grav^itz, Cabot, Ev\^ing ont observé une leucocytose variant de 12 000 à 21 000. Dans un

* AcHAKD et LoEPER. Soc. de biologie, 23 février 1901.

- Gilbert et Herscher. Leucocytose de la cholémle e.xpérim. Soc. de biologie, 31 mai 1902 3 CAiiKiÈRE et BouRNEViLLE. Soc. de bioL, 11 février 1809.

Achard et Clerc. Gaz. hebdomad., 11 oct. 1900. s Haxot et Meumer, Soc, de biologie, février ISg.*).

ÉPITHÉLIOMES.

cas d'iclère grave, Caziot ' a trouvé 6 000 leucocytes avec 50 p. 100 de mononucléaires.

Fièvre jaune. — Pothier - a vu le nombre des leucocytes osciller entre 4 660 et 20 000. Les polynucléaires étaient tantôt en excès, tantôt en nombre normal. Les éosinophiles sont très rares ; les myélocytes ont été vus dans un cas. Ewing, dans deux cas rapidement mortels, a noté de l'hypoleucocytose. Maurel a noté une diminution considérable des globules blancs, qui peuvent tomber à 1 023, à 1 550;, leur nombre augmente à la période de réparation si la maladie guérit.

NÉOPLASMES

§ I". — Ëpitliélioiiies.

Dans les cancers, on observe le plus souvent àeVhyperleucocytosey ainsi que l'ont établi Andral, Vircbow, Hayem, Alexandre^; la leucopénie est exceptionnelle.

La leucocytose peut être précoce et constituer le premier signe de la cachexie néoplasique.

D'ordinaire peu accentuée (10 000 à 15 000 en moyenne), elle peut être considérable dans certains cas. Hayem cite un cas de cancer primitif du corps thyroïde où il y avait 71 000 globules blancs.

Un très grand nombre d'auteurs, en France, et surtout en Allemagne, ont fait des recherches analogues dans les diverses variétés de cancer, et par leurs résultats ont confirmé l'opinion de Hayem. Strauss et Rohnstein* ont constaté une hyperleucocytose dans 60 p. 100 des cas. Mario Donati ^ admet son existence dans 53 p. 100 des cas.

La majorité des hématologistes admettent que, le plus souvent, il s'agit d'une polynucléose.

Dans les cas de cancer avec hyperleucocytose, Reinbach a trouvé 77 à 89 p. 100 de polynucléaires; Cabot 74 à 96 p. 100. Strauss et

1 Caziot. Gaz. hebdoinad., M avril 1901.

^ PoTHiEK. Journal americ. med. Associai., t. XXX, p. 884.

3 Alexandre. De la leucocytose dans les cancers. Thèse de Paris, 1887.

* Strauss et Roh.xstein. Blutzusanirnens. bei d. versch. Anœmien. Berlin 1901, Hirschwald. ^ Mario Doivati. Giorn. délia Accad. di med. di Torino, mai 1901, p. 40y.

LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

Rohnstein onl observé presque conslamment la polynucléose, le chiffre des leucocytes polynucléaires élant en moyenne de 84 p. 100. Nos recherches ^ chez un certain nombre de cancéreux nous ont montré aussi l'existence fréquente d'une hyperleucocytose, variant de 15 000 à 25 000, et d'une polynucléose, variant de 72 à 90 p. 100.

Dans quelques cas cependant^ l'équilibre leucocytaire est normal ; par exemple dans un cas de cancer du pancréas avec cancer secondaire du foie nous avons trouvé 9 000 leucocytes avec une très légère polynucléose.

D'autres fois, il y a an contraire une mononucléose. Ainsi dans un cancer gastrique à type d'anémie pernicieuse, Sailer et Tayloront trouvé 45 000 leucocytes, dont 46 p. 100 de mononucléaires, représentés par des gros mononucléaires plutôt que par des lymphocytes. Braun ^ a vu un cancer de la prostate avec une anémie intense (1 million d'hématies) et 10 700 leucocytes dont la plupart étaient des lymphocytes, et quelques-uns des myélocytes éosinophiles.

En général, les leucocytes éosinophiles persistent ; quelquefois même (4 fois sur 40 cas, d'après Reinbach), on note une éosinophilie légère, variant de 5 à 9 p. 100.

Des myélocytes apparaissent dans le sang, surtout lorsque la cachexie est très avancée. Ils peuvent être assez nombreux, comme dans le cas de Sailer et Taylor, où il y en avait 9,3 p. 100.

Quelques auteurs possèdent une opinion différente sur la nature de la leucocytose cancéreuse.

Pour Tuffîer et Milian*, le cancer produit au début une mononucléose, tandis qu'à une période plus avancée il s'accompagne d'une polynucléose. Hartmann, Silhol admettent que l'hyperleucocytose est le plus souvent une mononucléose. Mais Silhol ^ pense que la leucocytose ne suffit pas à caractériser le cancer, et qu'en présence d'une affection gastrique on ne peut affirmer le cancer que si l'on a la formule suivante : diminution notable de l'hémoglobine, réduite

1 Marcel Labbé. L'examen du sang peut-il servir au diagnostic du cancer ; Journal des Praticiens, 31 mai 1902.

2 Sailek et Taylor. Internat, med. magazine, t. VI, p. 404.

3 Braun. Wiener klin. Woch., 1896, p. 482.

* TuFFiER et 'SliiAK-m. Association française de chirurgie, oct. 1901; et Socieïe «na^., cet. 1902. s SiLiiOL. Revue de chirurgie, 10 juin 1903, p. 1634.

ÉPITHÉLIOMES.

à moins de la moitié ; diminution notable du nombre des hématies ; leucocytose marquée, au moins 15 000 ; mononucléaires en proportion élevée ; globules rouges inégaux, déformés.

Un certain nombre de conditions influent sur la leucocytose des cancéreux :

1° Nature el évolution de la tumeur. — Les sarcomes, ainsi qu'on le verra plus loin, provoquent en général une leucocytose plus intense que les épithéliomes ; cependant il y a des exceptions à cette règle.

Parmi les épithéliomes, les squirrlies à évolution torpide ne provoquent en général pas de leucocytose, et souvent la quantité de polynucléaires y est inférieure à la normale; tandis que les tumeurs très proliférantes, à évolution rapide, s'accompagnent le plus souvent de leucocytose moyenne et de polynucléose évidente (Achard et Loeper) .

La leucocytose cancéreuse est bien en rapport avec le développement de la tumeur elle-même, car elle peut disparaître avec elle et se reproduire en même temps qu'elle ; Hayem a vu une leucocytose de 21 700 cesser après l'ablation d'un squirrhe du sein, pour reparaître avec la récidive ; il pense que la récidive peut être prédite quand on voit survenir une hyperleucocytose progressive.

Chez un malade, nous avons vu aussi la polynucléose disparaître après l'ablation très complète d'un cancer de l'estomac, en même temps que se manifestait une légère éosinophilie (4 p. 100),

2° Siège de la tumeur. — Le siège de la tumeur ne paraît influer que d'une façon détournée sur la fréquence et le degré de la leucocytose. Certaines tumeurs, comme celles du tube digestif, qui s'ulcèrent et s'infectent facilement et donnent souvent lieu à des hémorragies, produisent plus volontiers une hyperleucocytose polynucléaire ; au contraire, les tumeurs des membres, du sein, qui sont moins sujettes à ces complications, donnent moins souvent de la leucocytose.

Donati * accorde plus d'importance au siège de la tumeur qu'à sa nature pour la détermination de la leucocytose. Ainsi l'épithélioma de la peau s'accompagnerait de peu de modifications sanguines, et

^ Donati. Giorn. délia Accad. di med. di Torino, juin 1901.

LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

quelquefois d'une éosinophilie ; le cancer de l'estomac, au contraire, donnerait une anémie considérable avec des altérations marquées des hématies, des modifications chimiques du sang et une hyperleucocytose dans plus de la moitié des cas.

3° Généralisation du cancer. — Vaquez et Laubry* ont particulièrement insisté sur le rapport qui existe entre la leucocytose et la généralisation de l'infection cancéreuse. En cas de cancer non ulcéré, une leucocytose dépassant 12 000 globules blancs indique, suivant eux, la généralisation ou du moins l'extension de la néoplasie. Ils citent, par exemple, un cancer non ulcéré du sein avec propagation ganglionnaire dans l'aisselle oi\ le chiffre des leucocytes atteignait 17 000, un cysto-épithéliome de l'ovaire avec propagation péritonéale, où le chiffre des globules blancs était de 44 000, un cancer de l'intestin avec générahsation viscérale, cutanée et muqueuse, dans lequel la leucocytose variait de 25 000 à 35 000.

Ravaut et Ribierre, dans un mémoire inédit, ont admis aussi que tout néoplasme ayant tendance à se généraliser ou à retentir sur le système lymphatique s'accompagne de leucocytose.

Si cette règle se vérifie dans un certain nombre de cas, elle souffre cependant des exceptions ; ainsi nous avons observé un cas de cancer gastrique avec généralisation à une partie du système ganglionnaire, évoluant avec un chiffre normal de leucocytes.

4° Infections secondaires . — Malassez a établi le premier, au point de vue de la leucocytose, la distinction entre les cancers ulcérés, ouverts à l'extérieur, infectés, et les cancers fermés, non infectés : les premiers seuls produiraient une hyperleucocytose.

La plupart des auteurs admettent aussi cette distinction ; la nature de la leucocytose des cancéreux, qui est une polynucléose comme celles des infections banales, les rapports maintes fois constatés entre l'infection du néoplasme et la leucocytose, sont les bases sur lesquelles reposent celte opinion.

S'il est de règle de voir les suppurations qui se produisent au niveau des cancers produire une hyperleucocytose avec polynucléose abondante, il y a cependant quelques exceptions. Certains

1 Vaquez et Laubuv. Hémodiagnostic en chirurgie. Presse médicale, 6 mai 1903.

ÉPITHÉLIO.MËS.

cancers gastriques manifestement ulcérés ne donnent lieu qu'à une leucocytose discrète, tandis que certains cancers fermés, non infectés, produisent une leucocytose abondante.

On ne saurait donc attribuer la leucocytose des cancéreux exclusivement aux infections secondaires qui se produisent au niveau de la tumeur.

Leucocytose digestive chez les cancéreux. — On a cberché à tirer de l'étude de la leucocytose digestive des éléments de diagnostic pour le cancer. Muller ^ le premier a montré l'absence de leucocytose digestive cbez les individus atteints de cancer de l'estomac ; Schneyer-, Jez^, Hartung''* insistent aussi sur l'absence de la leucocytose digestive dans le cancer de l'estomac et sur sa présence dans l'ulcère simple de Testomac ; Hartung montre que cette absence est bien le fait du cancer de l'estomac, puisqu'elle ne fait pas défaut dans le cancer des autres organes.

Il semblerait donc qu'on put tirer parti de cette étude pour faire le diagnostic du cancer gastrique. Malbeureusement, des observations nouvelles ont montré que la règle ci-dessus comportait de nombreuses exceptions; ainsi Capps ^ et Cabot ont trouvé une leucocytose digestive dans 3 cas sur 37 de cancer gastrique, et ont vu d'autre part cette leucocytose faire défaut dans la moitié des cas de gastrite chronique et dans un cas de sténose fibreuse du pylore. Hoffmann ^ a trouvé la leucocytose digestive 3 fois dans 24 cas de cancer de l'estomac, 2 fois seulement dans 9 cas d'ulcère de l'estomac et 2 fois dans H cas d'hypoacidité gastrique de cause variée. Hassmann et Schneyer n'ont pas trouvé de leucocytose digestive dans 3 cas d'ulcère avec sténose pylorique. Sailer^ l'a vu manqvier dans un cas de cachexie tuberculeuse. Ossler et Mac Crae " ont trouvé, par contre, une leucocytose digestive 10 fois sur 22 cas de cancer gastrique.

1 R. MuLLER. Prag. med. Woch., 1890, n» 17.

Schneyer. Zeit. f. klin. Med., t. XXVII, p. 475. 3 Jez. Wien. med. Woch., 1898, p. 653. * Hartunc. Wien. klin. Woch., 1895, p. 697. s Capps. Boston med. a. surg. Journal, i nov. 1897.

6 Hoffmann. Zeit. f. klin. Med., t. XXXIII, p. 460.

7 Hassmann. Wien. klin. Woch., 1896, p. 314.

8 Saileb. Infernal, med. Mag., juillet 1897.

5 OsLER et Mac Crae. New York med. Journal, t. LXXI, p. 7.57.

LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

En somme, l'absence de leiicocjlose digestive n'est pas un signe de cancer gastrique ; elle paraît être en rapport avec l'insuffisance des fonctions de l'estomac, quelle qu'en soit la cause, cancéreusé ou non ; elle est un élément de pronostic, non de diagnostic.

PATHOGIiNIE DE LA LEUCOCYTOSE DES CANCÉREUX. La leUCOCjtOSC

des cancéreux, d'ailleurs variable d'un sujet à l'autre, relève sans doute de causes multiples.

1° A une période avancée, des infections secondaires se produisent souvent au niveau des tumeurs ; il en résulte des phénomènes intlammatoires et une réaction banale à polynucléaires qui est la clef de l'hyperleucocytose polynucléaire observée chez nombre de cancéreux.

Les hémorragies auxquelles donnent lieu certains cancers sont susceptibles aussi de provoquer une leucocytose polynucléaire.

Mais quand les cancers sont fermés et non infectés, et qu'ils ne s'accompagnent pas d'hémorragies, il est difficile de comprendre la genèse de la leucocytose polynucléaire.

2° A une période précoce, le cancer provoque une irritation et une activité formatrice exagérée des ganglions voisins qui s'hypertrophient et donnent naissance à un grand nombre de cellules lymphatiques jeunes : les recherches liistologiques que nous avons faites sur les ganglions des cancéreux ont mis en évidence l'hypertrophie et l'hyperactivité des centres germinatifs producteurs de lymphocytes. Les mononucléaires formés en excès passent dans la circulation et ainsi s'expliquerait la mononucléose signalée au début des cancers ^

§ II. — Sarcomes.

L'hyperleucocytose paraît être encore plus fréquente, plus précoce et plus considérable dans les sarcomes que dans les épithéliomes. Dès le premier examen, les bujets atteints de sarcome présentent en général une hyperleucocytose ; celle-ci va en augmentant jusqu'à la mort.

» F. Bezançon et M. Labbé. Réaction de ganglions lymphatiques au voisinage des cancers. Soc. anat., avril 1899 et M. Soupault et M. Labbé. Les ganglions lymphatiques dans le cancer. Revue de médecine, 10 février 1900.

ADENOLiPOMATOSË.

Dans 16 cas d'osléosarcome rapportés par divers auteurs, la moyenne du nombre des leucocytes était, suivant Cabot, de 17 000; dans 12 cas de lymphosarcome elle était de 20 000 ; dans 7 cas de sarcome mélanique elle était de 25 100 ; peut-être certains cas d'ostéosarcome avec 32 000 et 52 000 leucocytes, rapportés par Limbeck et par Alexandre, correspondaient-ils à des tumeurs myéloïdes ?

Dans la majorité des cas on note nne polynncléose. La lympljocytose s'observe rarement ; elle n'est pas plus fréquente dans les lymphosarcomes que dans les autres espèces. L'éosinopliilie a été considérée par Neusser comme un des signes diagnostiques du sarcome de la moelle des os ; dans un cas de lymphosarcome compliqué de métastases osseuses, Renibach a vu une forte éosinophilie de 48 p. 100; dans trois autres cas, ilyavaitSà 12 p. 100 d'éosinophiles ; mais dans beaucoup de cas les éosinophiles étaient en nombre normal, et dans cinq ils faisaient défaut. Dans un cas de myxosarcome de la cuisse, nous avons trouvé 15 à 20 p. 100 d'éosinophiles.

Des myélocytes ont été signalés, en quantité parfois notable.

La leucocytose du sarcome a, dans plusieurs cas, été suivie d'une leucémie lymphatique terminale (Ewing, Palma \ Sadler Strauss).

En résumé, rien n'est plus variable que la leucocytose observée dans les cas de sarcome ; ces résultats ne doivent pas nous étonner, car les sarcomes sont des tumeurs dont la nature est encore mal caractérisée et leur réunion forme un groupe assez disparate.

§ III. — Adénolipomatose.

H. Girard^ a fait, dans un cas de lipomatose symétrique, l'examen du sang à plusieurs reprises et a constaté : un nombre élevé de globules rouges (5 300 000 environ), un nombre normal de globules blancs, et une formule leucocytaire qui ne se distinguait de la normale que par un certain degré d'éosinophilie (5 à 6 p. JOO). Dans un cas d'adénolipomatose, Démon et Sabrazès ont observé une hyperleucocytose avec polynucléose légère. M. Labbé et J. Ferrand ont trouvé^

1 Palma. Deiit. med. Woch., 1892, p. 784.

2 Sadler. Fortsch. der Medicin, 1892 ; suppl' sept., p. 38.

5 Henry Girard. Réunion biologique de Bordeaux, 2 déc. 1902.

LES LEUCOCYTES A l'ÉTAT PATHOLOGIQUE.

dans lin cas d'adénolipomatose cervicale tuberculeuse, une formule sanguine qui ne différait de la normale que par l'existense d'une éosinophilie légère (5 p. 100). Jaboulay a trouvé une hyperleucocytose avec mononucléose dans un cas d'adénolipomatose.

Végétations adénoïdes. — Sabrazès ^ a signalé l'éosinophilie chez les adénoïdiens.

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