ÉTUDE MACROSCOPIQUE
§ T'. — Technique.
1° RÉCOLTE DU SANG
A. Saignée. — La saignée ne permet pas une étude facile, complète et rigoureuse de la coagulation ; elle donne seulement quelques indications générales sur le volume, la consistance, la couleur et la forme du caillot, dont les anciens médecins ont tiré un enseignement utile et que l'on ne devra pas négliger encore aujourd'hui, toutes les fois que l'indication thérapeutique d'une saignée mettra à la disposition du médecin une certaine quantité de sang.
B. Application de ventouses scarifiées. — L'application de ventouses scarifiées n'est d'aucun secours pour l'étude de la coagulation du sang; trop de causes d'erreur interviennent dans cette opération : état de la peau, état du verre à ventouses, rapidité ou lenteur de l'écoulement du sang, impossibilité de noter précisément le début de l'écoulement et le moment de la coagulation, etc.
C. Ponction de la veine. — La ponction de la veine est considérée en général comme un mauvais procédé qui ne permet pas d'apprécier exactement la durée de la coagulation ; comme elle constitue une opération toujours délicate, elle ne peut être employée en clinique, mais nous ne voyons pas pourquoi dans des recherches expérimentales elle devrait être proscrite ; elle permet en effet
TECHNIQUE
d'éviter une cause d'erreur que nous signalerons plus loin et qui tient à l'action de la plaie sur la coagulabilité du sang.
D'ailleurs, c'est le procédé employé par les physiologistes pour étudier la coagulation du sang chez les animaux. On introduit dans l'artère fémorale du chien ou du lapin une canule à laquelle est adapté un tube de caoutchouc qu'on peut fermer avec une pince : on peut ainsi, ouvrant ou fermant à volonté la pince, faire des prises successives de sang. Malheureusement il est à craindre que les globules blancs qui restent adhérents aux parois de la canule et du tube après l'écoulement du sang, ne donnent naissance à des ferments qui, en se mélangeant au sang, augmentent sa coagulabilité.
D. Piqûre du doigt. — f^a piqûre du doigt à la lancette, faite avec les précautions indiquées et assez profondément, permet en général d'obtenir assez de sang ; c'est le procédé de choix en clinique.
2" PROCÉDÉS POUR l'étude DE LA COAGULATION
La coagulation du sang peut être étudiée sur une lame de verre ou dans une éprouvette. Le premier procédé est simple, rapide ; le second exige, il est vrai, une plus grande quantité de sang, mais il permet de mieux suivre les modifications du caillot.
A. Coagulation sur lame. — Sur trois lames de verre nettoyées avec grand soin à la potasse, puis à l'alcool et à l'étlier et bien séchées, on fait tomber une goutte de sang, en notant l'heure exacte de la chute.
Les trois lames sont placées l'une à côté de l'autre sous une cloche de verre pour empêcher l'évaporation trop rapide du sang; elles sont retirées de temps en temps pour suivre les modifications qui se produisent dans l'aspect de la goutte et saisir le moment précis de la coagulation,
La goutte de sang frais prend d'abord sur la lame une forme convexe, et si l'on incline la lame, le sang tend à couler vers les parties déclives. Quand la coagulation commence à se faire, la goutte se déforme encore un peu dans la position verticale, mais le sang moins fluide ne tombe plus. Quand la coagulation est parfaite, la goutte reste convexe et immobile, quelle que soit la position qu'on lui imprime.
La coagulation du sang d'homme normal, étudiée par ce procédé, se fait attendre environ 10 minutes. Un retard de 20, 30 ou 45 minutes indique un état pathologique.
B. Coagulation dans l'éprouvette. — On se sert d'une éprouvette à fond plat de 5 millimètres de hauteur, de 7 millimètres de diamètre intérieur environ
COAGULATION DU SANG
L'éprouvette doit être rigoureusement propre. Elle sera donc lavée successivement dans la lessive de soude à 40 p. 100, qui la débarrassera des grumeaux de sang adhérents aux parois, dans l'acide sulfurique dilué, dans l'alcool à 90°, dansl'éther et l'eau distillée. Elle sera ensuite sécliée soigneusement à la flamme d'une lampe à alcool. On peut préparer à l'avance une série d'éprouvettes, à la condition de les maintenir soigneusement bouchées avec du liège ou de l'ouate.
Le sang doit être recueilli aussi rapidement que possible, en prenant soin que les gouttes tombent directement au fond, sans couler le long des parois de l'éprouvette, ce qui modifierait la rétraction du caillot ; on cesse la récolte quand on a obtenu une colonne de 3 à 4 centimètres de haut.
L'éprouvette est alors fermée par un bouchon ou un tampon d'ouate et laissée au repos dans la position verticale. Elle est placée dans un endroit frais et surtout à l'abri du soleil ; on évitera également le grand froid et les fortes chaleurs; une température de 12° à 15° est favorable.
On a noté l'heure au moment où la première goutte de sang est tombée dans l'éprouvette. On la note au moment de la coagulation. La coagulation est effectuée quand le sang est pris en gelée assez complètement pour qu'on puisse retourner l'éprouvette sans que la masse sanguine se déforme.
Normalement, la coagulation dans l'éprouvette a lieu en 10 à 20 minutes.
C. Goagulomètre de Wright. — L'appareil se compose d'un récipient qu'on remplit d'eau à la température de 37°.; ce récipient est entouré d'un cylindre de flanelle avec 9 poches contenant des tubes capillaires de 10 centimètres de long, de 1/4 de millimètre de diamètre et un thermomètre. Chaque tube est rempli à moitié par aspiration avec le sang à examiner et replacé dans l'appareil ; on note le moment précis où le sang a été recueilli.
Après 3 minutes, le premier tube est retiré et son contenu est chassé en soufflant sur un papier-filtre. On fait de même à des intervalles de plus en plus rapprochés pour les autres tubes,
Fig. 14. — Coaguio- jusqu'à cc qu'on en rencontre un dont le contenu ne peut être
mètre de Wright. j i t r
chassé : dans celui-là le sang est coagulé ; on connaît ainsi la durée de la coagulation du sang.
Avec cet appareil le sang normal coagule en 3 à 5 minutes.
Les procédés que l'on emploie pour apprécier la coagulabilité du sang sont sujets à bien des critiques : avant l'arrivée dans l'éprouvette, dans le tube ou sur la lame, le sang sorti du vaisseau traverse plusieurs tissus, en particulier la peau; il se charge au niveau de
TECHNIQUE
celle-ci de substances coagulantes, dont Milian ' a démontré l'existence chez l'homme. La coagulabilité est donc influencée par l'état des tissus superficiels. C'est pourquoi la coagulation du sang ne s'accomplit pas dans le même temps au commencement et à la fin d'une prise de sang ; elle est accélérée à la fin. Sa durée dépend aussi de la lame de verre ou des parois de l'éprouvette. Elle est encore influencée par la température ambiante : la chaleur accélère, le froid retarde.
L'expérimentation permet d'ailleurs de se rendre compte d'une façon plus précise de l'influence de la plaie et des prises successives de sang sur la vitesse de la coagulation du sang. Delezenne a montré que le sang d'oiseau qui s'épanche en bavant sur les bords de la plaie, se coagule en une demi-minute à deux minutes, tandis que le sang puisé directement dans les vaisseaux au moyen d'un tube effilé et recueilli dans des vases d'une propreté rigoureuse ne se coagule qu'en deux à huit jours. Le même fait a été observé chez les mammifères et chez le chien par Spangero et par Arthus -.
Le rôle de la plaie peut être démontré d'autre part par le fait que l'eau de lavage de la plaie, ajoutée au sang, hâte sa coagulation.
La vitesse de la coagulation du sang augmente aussi rapidement, dans les prises faites successivement et cela d'autant plus que la quantité de sang extraite est plus considérable. La vitesse très faible au début devient très grande dans la suite (Arthus)
Enfin, en dehors de ces causes d'erreur dont on pourrait à la rigueur tenir compte et à l'abri desquelles on pourrait se mettre, il en est encore d'autres que rien ne permet de prévoir et qui ne se révèlent que par la bizarrerie et l'irrégularité inexpliquée des résultats obtenus. Ainsi, par exemple, si on recueille en même temps trois gouttes de sang de l'oreille d'un lapin, ces trois gouttes ne coagulent pas toujours dans le même laps de temps ; il y a des différences qui vont du simple au double ; c'est tantôt la première, tantôt la dernière goutte qui coagule le plus vite; l'étalement
' Milian. Contribut. à rétude de la coagulation du sang, Soc. de biolor/ie, 2'j mai 1901 ; — Intluonce de la peau sur la coagulation du sang. Soc. de biologie, l'-'' juin 1901.
^ AuTHi's. Influence de la plaie sur la vitesse de la coagulation du sang in vitro. Soc. de biologie, 25 janvier 1902.
3 Arthus. Soc. de biologie, 22 février 1902,
COAGULATION DU SANG
de la goutte, sa grosseur entrent probablement pour une part clans la rapidité plus ou moins grande de la coagulation, sans toutefois que l'observation permette d'établir aucune règle à cet égard.
Hayem a insisté sur ces variations sans cause connue de la coagulabilité du sang ; il a vu que chez un même chien, le sang qui coagulait une première fois en une minute, coagulait quelques jours plus tard, en 20 minutes seulement ; chez un chien, le sang pris au même moment dans la veine de l'oreille et dans la veine saphène, coagulait, le premier en 9 minutes, le second en 2 minutes. La coagulabilité, si variable déjà chez un même animal, à l'état physiologique, doit l'être encore bien plus chez deux individus différents d'une même espèce ou chez deux animaux d'espèces ditîérentes, de sorte que les résultats obtenus ne peuvent légitimement être comparés.
Fort heureusement, les résultats présentent plus de régularité et de précision chez l'homme que chez les animaux, ce qui permet de comparer le mode de coagulation du sang à l'état normal et pathologique, et d'utiliser les renseignements obtenus pour le diagnostic clinique, à condition d'user toujours du même procédé et de ne tenir compte que des grosses difterences observées.
Ainsi ramenée à sa valeur, l'étude de la coagulabilité du sang nous fournit quelques renseignements intéressants sur les processus hémorragiques. Si la coagulabilité du sang hors des vaisseaux, in vitro ^ n'est pas la seule condition qui influe sur l'arrêt des hémorragies, elle est du moins une des principales. Nous verrons ainsi que les états hémorragiques sont caractérisés hématologiquement par une diminution de la coagulabilité, tandis qu'au contraire les substances hémostatiques ont en général pour action d'augmenter la coagulabilité du sang.
§ II. — Résultats.