DURÉE DE LA COAGULATION
La durée de la coagulation est influencée par les conditions physiologiques, thérapeutiques et pathologiques. Les unes l'accélèrent, les autres la retardent.
RÉSULTATS
Accélération de la coagulation. — L'accélération de la coagulalion n'a pas grande signification pathologique. On la voit chez quelques anémiques.
Un certain nombre de substances accélèrent la coagulation. Telles sont les injections intra-vasculaires à haute dose de plasmase (Edelberg), de substances produisant le ferment (Naunyn), ou contenant le ferment (Kôhler), de nucléoproLéides (Schmidt, Wooldridje, Wright, Lilienfeld), d'extraits de thymus ou de testicule contenant des nucléo-albumines.
Parmi ces substances, les unes agissent en apportant directement de la plasmase dans le sang, les autres en apportant des nucléoalbumines qui se dédoublent en leuconucléine ayant une action coagulante énergique et en histone anti-coagulante.
Elles déterminent, chez les chiens à qui on les injecte, des coagulations limitées en général au système porte ; les thromboses sont dans quelques cas généralisées.
Les sels de calcium jouent un rôle certain dans la coagulation : privé de chaux, le sang est incoagulable ; s'il est additionné d'une certaine quantité d'un sel de chaux, sa coagulation est accélérée ; s'il est en présence d'un excès de chaux (plus de 2 p. 100) il devient également incoagulable.
Employé à doses modérées, le chlorure de calcium peut aider la coagulation. Son action locale sur une plaie qui saigne est manifeste ; c'est ainsi qu'il a été utilisé avec succès contre les hémorragies du tube digestif, les épistaxis et les hémorragies urinaires.
Son action générale^ après ingestion, est moins évidente. Wright admet que le chlorure de calcium peut être utilisé comme hémostatique général, à condition que son emploi soit soumis à des règles que l'expérience détermine. Il a vu, 24 heures après ingestion d'une dose modérée de chlorure de calcium, son sang coaguler en une minute et demie au lieu de 5 minutes comme auparavant.
Quand on soumet, suivant Wright, des sujets à une administration prolongée de chlorure de calcium, la coagulabilité de leur sang augmente jusqu'à un maximum (coagulation en 1 ou 2 minutes par exemple), mais souvent, malgré la continuation du traitement, elle décline ensuite ; il suffît alors de cesser le traitement et de le
COAGULATION DU SANG
reprendre au bout de quelques jours pour voir de nouveau augmenter la coagulabilité du sang.
Les résultats thérapeutiques ont paru assez favorables dans quelques cas d'hémoptysie, chez les hémophiles, dans le purpura hémorragique (Wright, Apert et Rabé), dans les hémorragies hépatiques, dans les varioles hémorragiques (Roger). Mais ils sont inconstants. Dans plusieurs cas de purpura nous n'avons obtenu aucun effet. En outre, P. Carnot a eu des résultats expérimentaux extrêmement variables, qui ne lui permettent pas de conclure à l'action coagulante générale du chlorure de calcium ingéré.
Dastre et Floresco ' ont montré les propriétés coagulantes de la gélatine. Une solution de gélatine à 5 p. 100 dans du sérum artificiel, injectée dans les veines d'un chien, fait coaguler le sang en l'espace de 10 secondes au lieu de 2 à 3 minutes.
Le mécanisme de cette action coagulante est inconnu. On a pensé que la gélatine pouvait agir par les sels de chaux quelle contient et qui proviennent des os. Pour Camus et Gley, la gélatine ne favorise la coagulation que par son acidité ; en effet, la gélatine neutralisée n'a plus d'action coagulante. Suivant P. Carnot -, la gélatine n'agit pas sur le processus même de la coagulation, ni sur l'activité de la plasmase ; par la lencocytose intense qu'elle provoque, elle amène peut-être une sécrétion rapide et abondante de la plasmase.
La gélatine agit comme hémostatique local, ainsi qu'il résulte des observations et des expériences de P. Carnot. Elle a été très employée comme hémostatique général sous forme d'injections sous-cutanées de sérum artificiel gélatineux ; mie série de recherches nouvelles tendent même à prouver que son action hémostatique générale s'exerce encore quand on l'ingère par le tube digestif.
La gélatine a été utilisée par Lancereaux et Paulesco dans le traitement des anévrismes. P. Carnot, Heymann l'ont employée avec succès dans le traitement de l'hémophilie ; Arcangeli contre le purpura ; Carnot contre les hémorragies gingivales des hépatiques ; Karchery, Jaboulay pour diminuer les hémorragies opératoires. Plu-
1 Dastre et Floresco. Arch. de physiologie, 1896.
- P. Carnot. Presse médicale, 189T; et La médication hémostatique, in Œuvre me'dico-c/iirurr/icale de Critzmann, 1903.
RIÎSULTATS.
sieurs auteurs ont eu de bons résultats de son emploi contre les hémoptysies, contre les hémorragies du tube digestif, les hématuries, les métrorragies, etc.
Mais rien n'est plus difficile à juger que la valeur réelle d'un médicament hémostatique. Si l'action hémostatique locale de la gélatine est indiscutable, son action hémostatique générale reste encore à prouver. M. Labbé et Froin n'ont obtenu aucun effet hémostatique des injections de sérum gélatineux dans plusieurs cas d'hémoptysie tuberculeuse, d'hématurie tuberculeuse, de purpura arthropatique à poussées successives, d'entérorrhagie typhoïdique. Bien plus, la coagulabilité du sang n'a été nullement influencée par ces injections; examinée quelques minutes, quelques heures ou un jour après l'injection, la coagulation est restée lente, après comme avant, chez les malades. D'une série d'expériences faites sur le lapin, M. Labbé et Froin ' ont pu conclure que les injections souscutanées de sérum gélatineux n'ont aucune action sur la coagulabilité du sang. D'ailleurs, P. Carnot n'est pas arrivé à des conclnsions plus favorables. Laborde a même nié que la gélatine puisse être absorbée lorsqu'on l'injecte sous la peau.
Brat - a montré que certaines substances alhuminoïdes, comme l'antipeptone, le tryptone, la somatose, ont une action coagulante comparable à celle de la gélatine.
Retard de la coagulation. — La coagulabilité du sang peut être diminuée par l'ingestion d'acide lartrique ou citrique, d'alcool, etc.
Nous indiquerons plus loin l'action anticoagulante de certaines substances : la thromhase des têtes de sangsues, quand on l'injecte dans les veines d'un animal, empêche ensuite la coagulation du sang recueilli m vitro. Les peptones de V^ itte inoculées dans les veines d'un chien, à la dose de 3 décigrammes par kilogramme d'animal, rendent le sang du chien incoagnlable, et cette propriété est utilisée dans les laboratoires pour obtenir du sang qui reste liquide.
L'injection intraveineuse de sang ou de sérum provenant d'une
1 M. Labbé et J. Fboin". Les injections sous-cutanées de sérum gélatineux dans le traitement des hémorragies. Presse médicale, 20 mai 1903, n" 40, p, 384.
2 Brat. Munch- med, Wochen., 8 juillet 1902.
COAGULATION DU SANG
espèce animale étrangère retarde anssi la coagulation. Hayem attribue ce retard à la précipitation des hématoblastes. Il est probable qu'il se développe dans ces conditions des substances anticoagulantes et peut-être de véritables ferments anticoagulants ou thromboses capables de s'opposer à Faction de la plasmase.
Alors qu'une chaleur modérée (25 à 55") accélère plutôt la coagulation, le froid (vers 0") retarde manifestement celle-ci ; cette action a d'ailleurs été utilisée dans les cas de transfusion du sang. L'absence d'oxygène dans le sang retarde la coagulation ; la coagulation a lieu cependant dans le vide, ou dans un autre gaz, mais elle se fait plus lentement qu'en présence de l'air ; la saturation du sang par l'acide carbonique comme dans les cas d'asphyxie, le rend incoagulable.
Le retard de la coagulation a une importance pathologique plus grande que l'accélération. Hayem distingue : 1" les petits retards (coagulation en une demi heure à une heure), caractéristiques du sang phlegmasique, que l'on voit chez les pneumoniques, les rhumatisants, etc. On s'explique mal le retard de la coagulation dans les infections, quand on sait d'autre pari que les sécrétions microbiennes ont pour rôle d'augmenter la coagulabilité du sang ;
2" les grands retards (deux à dix heures), qui s'observent dans les états hémophiliques.
Le retard de la coagulation apparaît même comme la caractéristique principale du sang des hémophiles ; car les hématies ne présentent chez ces sujets que les altérations banales qu'on observe dans toute anémie post-hémorragique, la quantité de fibrine du sang n'est pas diminuée et l'on en est réduit à incriminer une altération chimique du plasma de nature inconnue, qui rend le sang des hémophiles, selon l'expression de Hayem, analogue à celui des animaux peptonisés.
Après les hémorragies abondantes et répétées, il se produit une diminution de la coagulabilité du sang ; les hémorragies deviennent plus profuses et résistent plus à l'action des hémostatiques locaux : il se constitue une sorte d'état hémophilique post-hémorragique. Cet état n'est pas dû à une diminution du poids de la fibrine dans le sang, les expériences sur les animaux ont montré au contraire une augmentation de la fibrine dans ces conditions. Il paraît tenir
RÉSULTATS
à une altération de la fibrine qui est, ainsi que Cl. Bernard ' et Frémy l'ont vu, plus lâche, plus molle, moins rétractile, et qui se dissout quand on la chauffe longtemps avec de l'eau.